mercredi 1 février 2017

INDEX NIETZSCHE (1/16) : LES PHILOSOPHES, LA PHILOSOPHIE


Guillaume Erner ;" Le philosophe aimait l’art et l’Antiquité grecque, mais son désir de surhomme ou ses diatribes contre ce « juif de Socrate » le rendent difficile à citer. " France Culture, 7 mars 2017


Note sur mes indexations de Nietzsche :

A / Les notes et les indications entre [ ] sont de MOI, sauf lorsqu'il s'agit de phrases allemandes en italiques, l'original nietzschéen. La traduction est le plus souvent revue vers une plus grande littéralité à partir de celle des éditions Gallimard (Paris),Œuvres philosophiques complètes. Traducteurs : Anne-Sophie Astrup, Henri-Alexis Baatsch, Jean-Louis Backès, Pascal David, Maurice de Gandillac, Jean Gratien, Michel Haar, Cornélius Heim, Jean-Claude Hémery, Julien Hervier, Isabelle Hildenbrand, Pierre Klossowski, Philippe Lacoue-Labarthe, Jean Launay, Marc B. de Launay, Jean-Luc Nancy, Robert Rovini, Pierre Rusch. Plus récemment, j'ai aussi utilisé les traductions GF-Flammarion de Geneviève Blanquis, Eric Blondel, Ole Hansen-Love, Théo Leydenbach et Patrick Wotling 

B / Je rectifie ci-dessous quelques rares erreurs ou imperfections  manifestes de l'édition de ces traductions :

Naissance de la tragédie, Dédicace, : « les mouvements d’humeur et les incompréhensions ».

La Philosophie à l’époque tragique des Grecs,
§ 3 : « Thalès a vu l’unité de l’étant » (au lieu de de l'être) ;
§ 8 : « l’essence du grand naturel philosophe » (au lieu de grand tempérament philosophe)

Opinions et sentences mêlées, § 186, « cette basse fondamentale » (au lieu de base)

Gai savoir 
I, § 11 : « la conscience est la dernière et plus tardive évolution de l’Organique, et par conséquent ce qu’il y a de moins accompli et de plus fragile en lui » ;
III, § 149 : « Là où quelqu’un domine, il y a des masses : où il y a des masses, il règne un besoin d’esclavage. »

IV, § 141 : « que l'être humain » (au lieu de que l'homme)
VI, § 213 : « Il est difficile d’apprendre ce qu’est un philosophe, parce qu’il n’y a rien à enseigner » (au lieu de difficile d'enseigner ce qu'est un philosophe, parce qu'il n'y a rien à enseigner) ;
IX, § 259,  « elle appartient à l’essence de » (au lieu de elle est inhérente à).

Crépuscule des Idoles, Divagations d’un inactuel, § 32 : « L’histoire de ses aspirations fut jusqu’à présent la partie honteuse de l’être humain. »
L’Antéchrist, § 51 : « le démocratisme de l’instinct chrétien triompha » (au lieu de démocratisme des instincts)

Ecce Homo,
Pourquoi je suis si avisé, § 10 : « je n’ai jamais souffert que de la "multitude" » (au lieu de que la multitude)
Pourquoi j’écris de si bons livres, § 2 : « je suis en grec, et pas seulement en grec, l’Antichrist. » (au lieu de Antéchrist)
Pourquoi je suis un destin, § 8 : « aucun but, aucune raison, aucune tâche » (au lieu de aucun but, aucune tâche)

Fragments posthumes, M III 1, printemps-automne 1881, [62] : « Les jésuites plaidaient, contre Pascal, les Lumières et l’Humanité. » ; [244] : « L’homme bilieux a trop peu de sulfate de soude ; le mélancolique manque de sulfate et de phosphate de potassium. »
N II 7, été 1878, 30[164] : « Goethe ... GOETHE » (au lieu de Gœthe ... GŒTHE)
N VII 2b, automne 1885 - printemps 1886 : 1[87] : « Le "Je" »
W II 2, automne 1887 : [138] : « l’évolution ultérieure autant que l’antérieure »
W II 3, novembre 1887 - mars 1888 : [347] : « les Grecs ont divinisé la nature et ils ont légué au monde leur religion, c’est-à-dire la philosophie et l’art ».


Les textes allemands sont tous accessibles sur Nietzsche Source 

Je me permets de franciser le prénom de notre philosophe parce qu'il avait une connaissance et une estime particulière pour la culture française, et parce que j'ai pour lui une affection durable.

* * * * *

Ma définition personnelle de la philosophie.


12 : KNABENLIEBE, PÉTRONE
13 : LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
16 : LA PROBITÉ


Fragments posthumes, 1869-1873,


P II 1b, automne 1869 : [3] : valeur de la croyance grecque aux dieux : elle se laissait mettre de côté d’une main légère et n’inhibait pas le philosopher [Philosophiren].

U I 2b, fin 1870 - avril 1871 : [17] : la pensée philosophique ne peut pas construire, mais seulement détruire. Cf Alfred de Vigny : « La philosophie de Voltaire […] fut très belle, non parce qu’elle révéla ce qui est, mais parce qu’elle montra ce qui n’est pas. » (Journal d’un poète, 1830).

U I 5a, hiver 1870-1871 - automne 1872 : [62] : impossibilité de la philosophie à l’Université

PI 20b, été 1872 - début 1873 : 19[7] : Décrire la tâche de la nouvelle génération philosophique.
19[52] : la philosophie est indispensable à la formation [Bildung] car elle intègre le savoir dans une conception du monde artistique
19[62] : philosophie : exposition par concepts [Darstellung in Begriffen] en commun avec la science ; la philosophie est une forme de l’art poétique ; impossible à classer.
19[75] : La pensée philosophique peut être décelée au cœur de toute pensée scientifique ; même dans la conjecture. [Das philosophische Denken ist mitten in allem wissenschaftlichen Denken zu spüren: selbst bei der Conjektur.]
19[76] : Il n’y a pas de philosophie en aparte, coupée de la science : on pense pareillement ici et là.
19[136] : "Toutes les sciences ne reposent que sur le fondement général qu'offre le philosophe".[alle Wissenschaften ruhen nur auf dem allgemeinen Fundamente des PhilosophenIdée présente chez Martin Heidegger, et chez Alexandre Koyré (1954)].
19[172] : Dans le philosophe, la connaissance et la culture se rejoignent. [Im Philosophen berührt sich das Erkennen wieder mit der Kultur.]
19[216] : la philosophie fut d’abord pratiquée de la même manière que s’était formé le langage, c’est-à-dire de manière illogique. [Wir sehen, wie zuerst weiter philosophirt wird, so wie die Sprache entstanden ist, d.h. unlogisch.

Mp XII 4, hiver 1872-1873 : 23[45] : la philosophie n’est pas pour le peuple.
n’est donc pas la base d’une civilisation.
donc seulement instrument d’une civilisation. [Philosophie nicht für das Volk
also nicht Basis einer Kultur,
also nur Werkzeug einer Kultur.
a) Gegen den Dogmatism der Wissenschaften
b) gegen die Bilderverwirrung mythischer Religionen in der Natur
c) gegen die ethische Verwirrung durch Religionen.]

U II 1, printemps-automne 1873 :
27[23] : La foule est non philosophique et [David] Strauss appartient à la foule. [Die Menge ist unphilosophisch und Strauß gehört zur Menge.]


Cinq préfaces à cinq livres qui n'ont pas été écrits, 1872, [Fünf Vorreden zu fünf ungeschriebenen Büchern]
1 "Sur le Pathos de la vérité" : " le dédain du présent et de l’instantané fait partie du mode philosophique de réflexion. Il détient la vérité ; que la roue du temps roule où elle veut, jamais elle ne pourra échapper à la vérité. " [die Mißachtung des Gegenwärtigen und Augenblicklichen liegt in der Art des philosophischen Betrachtens. Er hat die Wahrheit; mag das Rad der Zeit rollen, wohin es will, nie wird es der Wahrheit entfliehen können.]

La philosophie à l’époque tragique des Grecs, [1873]
§ 1 : les questions qui touchent aux origines de la philosophie sont parfaitement indifférentes, parce qu’à l’origine la barbarie, l’informe, le vide et la laideur règnent partout, et qu’en toutes choses seuls importent les degrés supérieurs.
D’autres peuples ont des saints [ou des prophètes], les Grecs ont des sages.
§ 3 : S’il [Thalès] a, en l’occurrence, bien utilisé la science et employé des vérités démontrables pour les dépasser aussitôt, c’est précisément là un trait caractéristique de l’esprit philosophique. […] Une acuité dans l’activité de discernement et de connaissance, une grande capacité de distinction constituent donc, suivant la conscience populaire, l’art qui définit le philosophe. […] En choisissant et en distinguant ce qui est extraordinaire, étonnant, difficile, divin, la philosophie se définit par rapport à la science, de même qu’elle se définit par rapport à l’habileté en préférant l’inutile. La science se précipite sans faire de tels choix, sans une telle délicatesse, sur tout ce qui est connaissable, aveuglée par le désir de tout connaître à n’importe quel prix. La pensée philosophique est au contraire toujours sur les traces des choses les plus dignes d’être connues, des grandes et importantes connaissances. [Wenn er dabei die Wissenschaft und das Beweisbare zwar benutzte, aber bald übersprang, so ist dies ebenfalls ein typisches Merkmal des philosophischen Kopfes. [...] ein scharfes Herausmerken und -erkennen, ein bedeutendes Unterscheiden macht also, nach dem Bewußtsein des Volkes, die eigenthümliche Kunst des Philosophen aus. [...] Durch dieses Auswählen und Ausscheiden des Ungewöhnlichen Erstaunlichen Schwierigen Göttlichen grenzt sich die Philosophie gegen die Wissenschaft eben so ab, wie sie durch das Hervorheben des Unnützen sich gegen die Klugheit abgrenzt. Die Wissenschaft stürzt sich, ohne solches Auswählen, ohne solchen Feingeschmack, auf alles Wißbare, in der blinden Begierde, alles um jeden Preis erkennen zu wollen; das philosophische Denken dagegen ist immer auf der Fährte der wissenswürdigsten Dinge, der großen und wichtigen Erkenntnisse.]


Fragments posthumes, 1873-1874,
U II 2, été - automne 1873 : 29[199] ; faire de la philosophie une pure science, c’est renoncer sur toute la ligne
29[205] : Le philosophe est philosophe d’abord pour lui-même, ensuite pour d’autres. Il n’est pas possible de l’être seulement pour soi tout seul.
Le produit du philosophe est sa vie (d’abord, avant ses œuvres)
Poser la question des effets de la philosophie sur la civilisation en général 
29[223] : De la destination du philosophe.
Le philosophe n’est jamais utile que pour un petit nombre, et pas pour le peuple. Et encore l’utilité n’est-elle pas aussi grande pour ce petit nombre que pour le philosophe lui-même.
29[230] : la philosophie populaire (Plutarque, Montaigne)

U II 3, automne 1873 - hiver 1873-1874 : 30[18] : Socrate exigerait que l’on fasse redescendre la philosophie vers les hommes 

Mp XIII 5, automne 1873 - hiver 1873-1874 : [5] : la philosophie est devenue une discipline historique
[10] : toute la philosophie antique était basée sur la simplicité de la vie. Tant que les philosophes ne trouveront pas le courage de transformer radicalement leur mode de vie et de le donner en exemple [cité par Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, I.], ils n’auront rien fait.
Malheur à une jeunesse qui voudrait s’accrocher aux plus hautes branches de la philosophie.


De l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la vie, 1874,
§ 1 : " Si le bonheur, la poursuite d'un bonheur nouveau est, de quelque manière que ce soit, ce qui maintient en vie et pousse l'être vivant à vivre, alors peut-être aucun philosophe n'a-t-il autant raison que le cynique : car le bonheur de l'animal, qui est le cynique accompli, représente la vivante justification du cynisme. "
" L'élément historique et l'élément non historique sont également nécessaires à la santé d'un individu, d'un peuple, d'une civilisation. "
§ 5 : " Personne n’ose appliquer à soi-même la loi de la philosophie, personne ne vit en philosophe, avec cette probité simple et virile qui obligeait un Ancien, une fois qu'il avait juré fidélité à la Stoa, à se conduire toujours et partout en stoïcien. Toute activité philosophique, aujourd'hui, est tenue en bride par la police et la politique. ".


Schopenhauer éducateur [Schopenhauer als Erzieher], 1874,

§ 3 : J’estime un philosophe dans la mesure où il est en état de donner un exemple. Nul doute que par l'exemple il puisse entraîner à sa suite des peuple entiers ; l'histoire des Indes qui est presque l'histoire de la philosophie indienne le prouve [Ich mache mir aus einem Philosophen gerade so viel als er im Stande ist ein Beispiel zu geben. Dass er durch das Beispiel ganze Völker nach sich ziehen kann, ist kein Zweifel; die indische Geschichte, die beinahe die Geschichte der indischen Philosophie ist, beweist es.].
[...]
Kant restait attaché à l'Université, se soumettait aux gouvernements, il gardait l'apparence d'une foi religieuse, supportait de vivre avec collègues et étudiants ; il est donc naturel que son exemple ait produit surtout des professeurs de philosophie et une philosophie de professeurs. Schopenhauer s'embarrasse peu des castes académiques, il fait bande à part, il recherche l'indépendance à l'égard de l'État et de la société – c'est là son exemple, son modèle —, pour commencer par ce qu'il y a de plus extérieur [Kant hielt an der Universität fest, unterwarf sich den Regierungen, blieb in dem Scheine eines religiösen Glaubens, ertrug es unter Collegen und Studenten: so ist es denn natürlich, dass sein Beispiel vor allem Universitätsprofessoren und Professorenphilosophie erzeugte. Schopenhauer macht mit den gelehrten Kasten wenig Umstände, separirt sich, erstrebt Unabhängigkeit von Staat und Gesellschaft — dies ist sein Beispiel, sein Vorbild — um hier vom Äusserlichsten auszugehen.].
[...]
Partout où il y a eu des sociétés, des gouvernements, des religions, des opinions publiques puissantes, bref, partout où il y a eu tyrannie, elle a exécré le philosophe solitaire, car la philosophie offre à l'homme un asile où nulle tyrannie ne peut pénétrer, la caverne de l'intériorité, le labyrinthe du cœur : ce qui indispose les tyrans. [Wo es mächtige Gesellschaften, Regierungen, Religionen, öffentliche Meinungen gegeben hat, kurz wo je eine Tyrannei war, da hat sie den einsamen Philosophen gehasst; denn die Philosophie eröffnet dem Menschen ein Asyl, wohin keine Tyrannei dringen kann, die Höhle des Innerlichen, das Labyrinth der Brust: und das ärgert die Tyrannen.]

§ 4 : « Il existe encore des gens naïfs dans quelque coin de la Terre, en Allemagne par exemple, [...] qui affirment avec le plus grand sérieux que depuis quelques années le Monde s'est corrigé [...] L'on n'a même plus idée de ce qui sépare le sérieux de la philosophie du sérieux d'un journal. C'es gens-là [aussi des hommes réputés pensants et honorables] ont perdu le dernier vestige, non seulement de toute pensée philosophique, mais aussi de toute pensée religieuse, et en lieu et place, ce qu'ils ont acquis, ce n'est pas l'optimisme, c'est le journalisme, l'esprit — et l'absence d'esprit — du jour et des journaux. Toute philosophie qui croit qu’un événement politique puisse écarter, ou qui plus est résoudre, le problème de l’existence [Dasein] est une plaisanterie de philosophie, une pseudo-philosophie. » [Nun giebt es auch augenblicklich naive Leute in irgend einem Winkel der Erde, etwa in Deutschland, [...] ja die alles Ernstes davon sprechen, dass seit ein paar Jahren die Welt corrigirt sei [...] ein Beweis dafür, dass man gar nicht mehr ahnt, wie weit der Ernst der Philosophie von dem Ernst einer Zeitung entfernt ist. Solche Menschen haben den letzten Rest nicht nur einer philosophischen, sondern auch einer religiösen Gesinnung eingebüsst und statt alle dem nicht etwa den Optimismus, sondern den Journalismus eingehandelt, den Geist und Ungeist des Tages und der Tageblätter. Jede Philosophie, welche durch ein politisches Ereigniss das Problem des Daseins verrückt oder gar gelöst glaubt, ist eine Spaass- und Afterphilosophie.]

§ 8 : Liberté et toujours liberté : ce même élément merveileux et dangereux dans lequel les philosophes grecs ont pu s’éveiller. […] de tout temps ce sont les pères qui se sont le plus farouchement opposés à la vocation philosophique de leur fils.
Concessions de la philosophie à l’État
L’histoire érudite du passé n’a jamais été l’affaire d’un vrai philosophe
C’est une nécessité pour la culture de retirer à la philosophie cette reconnaissance de l’État et de l’Université.
C’est l’esprit des journalistes qui se presse toujours plus à l’Université, et il n’est pas rare que ce soit sous le nom de philosophie.


Fragments posthumes, 1874-1877,

U II 5a, début 1874 - printemps 1874 : Éducation du philosophe.
Mp XIII 3, printemps-été 1874 : [12] : ce que la philosophie a de plus précieux, c’est précisément d’enseigner sans cesse le contraire de tout ce qui est journalistique.
U II 5c, octobre-décembre 1876 : [39] : la philosophie peut délivrer progressivement de […] la peur qui vient au lit de mort, du reprentir et du remords suivant l’acte ; l’état d’esprit philosophique est un fatalisme froid ; la philosophie n’a pas à porter son attention sur les conséquences de la vérité.
Mp XIV 1a, hiver 1876-1877 : [2] : la philosophie n’a pas à porter du tout son attention sur les conséquences de la vérité, mais seulement sur la vérité elle-même.
N II 3, fin 1876 - été 1877 : [46] : la philosophie est le mirage qui fait miroiter la solution aux yeux des disciples fatigués des sciences.
N II 2, printemps-été 1877 : [107] : défaut de presque toutes les philosophies : leur manque de connaissance des hommes, une analyse psychologique inexacte
Le philosophe déploie sa science de la nature autour des fausses données psychologiques, et il enveloppe le tout d’un besoin métaphysique.
Mp XIV 1b, fin 1876 –été 1877 : 23[22] : Chez presque tous les philosophes, l’utilisation d’un devancier et la lutte menée contre lui manquent de rigueur, et sont injustes. Il n’ont pas appris à lire et interpréter correctement, les philosophes sous-estiment la difficulté de comprendre réellement ce qu’un autre a dit, et n’y appliquent pas leur attention. [Fast bei allen Philosophen ist die Benutzung des Vorgängers und die Bekämpfung desselben nicht streng, und ungerecht. Sie haben nicht gelernt ordentlich zu lesen und zu interpretiren, die Philosophen unterschätzen die Schwierigkeit wirklich zu verstehen, was einer gesagt hat und wenden ihre Sorgfalt nicht dahin.]


Humain, trop humain, I. Un livre pour esprits libres (1878),
I " Des principes et des fins ", § 2 : Tous les philosophes ont en commun ce défaut qu’ils partent de l’homme actuel et s’imaginent arriver au but par l’analyse qu’ils en font […] le manque de sens historien est le péché originel de tous les philosophes.
§ 6 : soulève la question de l’utilité de la connaissance en général
VII " Femme et enfant ", § 436 : dans l’ordre des plus hautes spéculations philosophiques, tous les gens mariés sont suspects. [Pour Sylviane Agacinski-Jospin, ce sont les célibataires qui sont suspects.]


Fragments posthumes, 1878-1879,

N II 7, été 1878 : 30[130] : " le sentiment proprement antiphilosophique, le repentir, m'est devenu tout à fait étranger. " [Das ganz eigentlich unphilosophische Gefühl, die Reue, ist mir ganz fremd geworden.]

N III 4, automne 1878 : 33[2] : On peut maintenant objecter à Socrate que ce n'est rien que la vertu humaine, mais beaucoup que la sagesse humaine. [Gegen Sokrates kann man jetzt einwenden daß es mit der menschlichen Tugend nichts ist, aber sehr viel mit der menschlichen Weisheit.]

N IV 3, juillet-août 1879 : 42[4] : « Platon et Rousseau en pleine opposition sur la civilisation. Platon pense [Protagoras, 327cd] que face à des hommes à l'état de nature (les sauvages), nous embrasserions même le criminel athénien (en tant que civilisé). Il a raison contre Rousseau. » [Plato und Rousseau über Cultur in Einem Gegensatz: Plato meint, unter Naturmenschen (Wilden) würden wir auch noch den athenischen Verbrecher umarmen (als Culturwesen). Er hat Recht gegen Rousseau.]


Humain, trop humain, II. Opinions et sentences mêlées (1879), [Vermischte Meinungen und Sprüche]

§ 1 : Aux déçus de la philosophie.
Si vous avez cru jusqu'à présent à la valeur suprême de la vie et vous voyez désormais déçus, est-ce une raison pour la brader au prix le plus bas ?
§ 5 : Péché originel des philosophes.
rage philosophique de la généralisation [Philosophen-Wuth der Verallgemeinerung]
§ 10 : Sous la coupe de l'histoire.
« Les philosophes occupés à voiler et occulter le monde, c'est-à-dire tous les métaphysiciens au grain plus ou moins fin ou grossier, sont pris de maux d'yeux, d'oreilles et de dents dès qu'ils commencent à se douter qu'il y a quelque chose de vrai dans la thèse selon laquelle toute la philosophie est désormais tombée sous la coupe de l'histoire. Il convient, à cause de leurs souffrances, de leur pardonner les pierres et les ordures qu'ils lancent à qui parle de la sorte : mais la théorie elle-même peut s'en trouver un certain temps salie et dépréciée et y perdre de son effectivité [Wirkung]. »
§ 33 : Vouloir être juste et vouloir être juge. [Gerecht sein wollen und Richter sein wollen.]
« Schopenhauer fait cette pertinente distinction, qui lui donne raison plus encore qu'il ne pourrait se l'avouer : " La connaissance de la stricte nécessité des actions humaines est la ligne de démarcation qui sépare les têtes philosophiques des autres. " [„die Einsicht in die strenge Nothwendigkeit der menschlichen Handlungen ist die Gränzlinie, welche die philosophischen Köpfe von den anderen scheidet.“ Ethik, 114 = Libre arbitre, édition Aubier (?), page 120].
[...]
Le philosophe a à dire comme le Christ [Luc, VI, 37], " Ne jugez point ! " et la dernière différence entre les têtes  philosophiques et les autres serait que les premiers veulent être justes, les derniers voulant être juges. [der Philosoph hat also zu sagen, wie Christus, „ richtet nicht ! “ und der letzte Unterschied zwischen den philosophischen Köpfen und den andern wäre der, dass die ersten gerecht sein wollen, die andern Richter sein wollen.] »
§ 201 : Erreurs des philosophes.
" Le philosophe croit que la valeur de sa philosophie tient à l'ensemble, à la construction ; la postérité la trouve dans la pierre avec laquelle il a construit et avec laquelle, à partir de là, on construit encore souvent et mieux : en somme dans le fait que la première construction peut être détruite et garde pourtant encore  sa valeur de matériau.
§ 271 : Toute philosophie est la philosophie d’un âge de la vie.
L'age de sa vie auquel un philosophe a trouvé sa doctrine se trahit en celle-ci ; il ne saurait l'empêcher, si élevé qu'il puisse se sentir au dessus du temps et de l'heure.


Humain, trop humain, II. Le Voyageur et son ombre (1880),
§ 86 : Socrate.
" Si tout va bien, le temps viendra où l'on préférera, pour se perfectionner en morale et en raison, prendre en main les Mémorables de Socrate [de Xénophon d'Athènes] plutôt que la Bible, et où Montaigne et Horace deviendront nécessaires comme guides pour la compréhension du sage et du médiateur le plus simple et le plus impérissable de tous, de Socrate. C'est à lui que ramènent les chemins des modes de vie philosophique les plus divers, qui sont au fond les modes de vie des divers tempéraments, fixés par la raison et l'habitude, et tous tournés par la pointe vers la joie de vivre et d'être soi-même ; d'où l'on pourrait déduire que le trait le plus original de Socrate a été de participer à tous les tempéraments. — Sur le fondateur du christianisme, l'avantage de Socrate est le sourire qui nuance sa gravité et cette sagesse pleine d'espièglerie qui fait à l'homme le meilleur état d'âme. En outre, il a une plus grande intelligence. [Sokrates. — Wenn Alles gut geht, wird die Zeit kommen, da man, um sich sittlich-vernünftig zu fördern, lieber die Memorabilien des Sokrates in die Hand nimmt, als die Bibel, und wo Montaigne und Horaz als Vorläufer und Wegweiser zum Verständniss des einfachsten und unvergänglichsten Mittler-Weisen, des Sokrates, benutzt werden. Zu ihm führen die Strassen der verschiedensten philosophischen Lebensweisen zurück, welche im Grunde die Lebensweisen der verschiedenen Temperamente sind, festgestellt durch Vernunft und Gewohnheit und allesammt mit ihrer Spitze hin nach der Freude am Leben und am eignen Selbst gerichtet; woraus man schliessen möchte, dass das Eigenthümlichste an Sokrates ein Antheilhaben an allen Temperamenten gewesen ist. — Vor dem Stifter des Christenthums hat Sokrates die fröhliche Art des Ernstes und jene Weisheit voller Schelmenstreichevoraus, welche den besten Seelenzustand des Menschen ausmacht. Ueberdiess hatte er den grösseren Verstand.]

§ 192. " Le philosophe de l'opulence. — Un jardinet, des figues, des petits fromages et avec cela trois ou quatre bons amis, — c'était le festin opulent d'Épicure. " [Der Philosoph der Ueppigkeit. — Ein Gärtchen, Feigen, kleine Käse und dazu drei oder vier gute Freunde, — das war die Ueppigkeit Epikur’s.

§ 221. La dangerosité des Lumières. C’est un ensemble de traits quasi déments, histrioniques, bestialement cruels, voluptueux, et surtout d’une sentimentalité toujours prête à se griser d’elle-même, qui constituent le fonds proprement révolutionnaire et qui, avant la Révolution, s’étaient incarnés dans la personne et le génie de Rousseau : or, l’être qu’ils définissent trouva encore, avec un enthousiasme perfide, à poser les Lumières sur sa tête fanatique ; et celle-ci se mit à resplendir comme transfigurée par ce nimbe, ces mêmes Lumières qui lui étaient étrangères au fond et qui, agissant d’elles-mêmes, auraient comme un brillant rayon tranquillement traversé les nuées, longtemps satisfaites de réformer les individus seulement, en sorte qu’elles auraient aussi réformé, quoique très lentement, les mœurs et les institutions des peuples. Mais dès lors, liées à un phénomène violent et brutal, les Lumières se firent elle-mêmes violentes et brutales. Le danger qu’elles représentent en est devenu presque plus grand que l’élément utile d’émancipation et d’éclaircissement qu’elles ont introduit dans le vaste mouvement révolutionnaire. Qui comprendra cela saura aussi de quelle confusion il s’agit de les tirer et de quelle salissure les purifier, afin de continuer ensuite l’œuvre des Lumières, pour elle-même, et d’étouffer en germe la Révolution, après coup, de faire qu’elle n’ait pas été. » [Die Gefährlichkeit der Aufklärung. — Alles das Halbverrückte, Schauspielerische, Thierisch-Grausame, Wollüstige, namentlich Sentimentale und Sich-selbst-Berauschende, was zusammen die eigentlich revolutionäre Substanz ausmacht und in Rousseau, vor der Revolution, Fleisch und Geist geworden war, — dieses ganze Wesen setzte sich mit perfider Begeisterung nochdie Aufklärung auf das fanatische Haupt, welches durch diese selber wie in einer verklärenden Glorie zu leuchten begann: die Aufklärung, die im Grunde jenem Wesen so fremd ist und, für sich waltend, still wie ein Lichtglanz durch Wolken gegangen sein würde, lange Zeit zufrieden damit, nur die Einzelnen umzubilden: sodass sie nur sehr langsam auch die Sitten und Einrichtungen der Völker umgebildet hätte. Jetzt aber, an ein gewaltsames und plötzliches Wesen gebunden, wurde die Aufklärung selber gewaltsam und plötzlich. Ihre Gefährlichkeit ist dadurch fast grösser geworden, als die befreiende und erhellende Nützlichkeit, welche durch sie in die grosse Revolutionsbewegung kam. Wer diess begreift, wird auch wissen, aus welcher Vermischung man sie herauszuziehen, von welcher Verunreinigung man sie zu läutern hat: um dann, an sich selber, das Werk der Aufklärung fortzusetzen und die Revolution nachträglich in der Geburt zu ersticken, ungeschehen zu machen.]

§ 227. " L'éternel Epicure "

Fragment posthume, 1880,
N V 6, fin 1880 : [97] : on devrait apprendre aux ouvriers à vivre en philosophes ; la philosophie convient à ces classes.


Aurore (1881, 1887),
Avant-propos, § 3 : Tous les philosophes ont construit sous le charme de la morale, même Kant.
V, § 427 : Du sentiment la science est laide, aride, désolante, difficile, ardue, allons ! embellissons là, renaît constamment quelque chose qui s’appelle la philosophie.
V, § 504 : concilier ce que l’enfant a appris et ce que l’homme a reconnu
Les philosophes forment leurs conceptions au moment où il est trop tard pour croire et trop tôt encore pour savoir.
V, § 544 : Comment on fait aujourd’hui de la philosophie. Dialogue platonicien : jubilation que procurait la découverte nouvelle de la pensée rationnelle. [das Jauchzen über die neue Erfindung des vernünftigen Denkens]

Fragments posthumes, 1881,
M III 1, printemps-automne 1881 : [124] : Platon entend que l’amour de la connaissance et de la philosophie serait une impulsion sexuelle sublimée [Banquet, 207-212].
[132] : La raison ! Privée de savoir, elle est quelque chose d’absolument insensé, même chez les plus grands philosophes ! Comme Spinoza divague sur la raison !
[262] : L’histoire de la philosophie jusqu’alors est courte : ce n’est qu’un commencement, elle n’a pas encore livré de guerres ni rassemblé les peuples pour les confronter en son nom : le suprême moment de son stade préliminaire fut les guerres ecclésiastiques – l’époque des guerres de religion est loin d’être close.
[273] : Le temps vient où sera livré le combat pour la souveraineté planétaire – il sera mené au nom des doctrines philosophiques fondamentales.

Gai Savoir (1882,1887),




Préface à la 2e édition, § 2 : je me suis demandé assez souvent si, tout compte fait, la philosophie jusqu’alors n’aurait pas été uniquement une interprétation [Auslegung] du corps et une incompréhension du corps.
IV, § 289 : ce qui fait défaut, c’est une nouvelle justice […] Et de nouveaux philosophes [Expression utilisée en France dans les années 1970] ! La Terre morale, elle aussi, est ronde ! [Sondern eine neue Gerechtigkeit thut noth! Und eine neue Losung! Und neue Philosophen! Auch die moralische Erde ist rund!]
§ 328 : Faire du tort à la bêtise. l’Antiquité philosophique [...] ces philosophes ont fait du tort à la bêtise. [Das philosophische Alterthum [...] — diese Philosophen haben der Dummheit Schaden gethan.]
V, § 346 : Le monde ne vaut pas ce que nous avons cru qu’il valait, voilà à peu près la chose la plus certaine dont notre méfiance se soit enfin saisie. Autant de méfiance, autant de philosophie. [die Welt nicht das werth ist, was wir geglaubt haben, das ist ungefähr das Sicherste, dessen unser Misstrauen endlich habhaft geworden ist. So viel Misstrauen, so viel Philosophie.]
§ 372 : Pourquoi nous ne sommes pas idéalistes. [Warum wir keine Idealisten sind.] [D'où



Fragments posthumes, 1884-1885,

W I 1, printemps 1884 : [337] : l’époque du suffrage universel a porté à son comble le ton irrespectueux avec lequel on traite aujourd’hui le philosophe : toutes les oies font déjà chorus de leurs cris !
[372] : On a toujours oublié le principal : pourquoi donc le philosophe veut-il connaître ? Pourquoi estime-t-il la "vérité" davantage que l’apparence ?
[451] : philosophie comme amour de la sagesse.

W I 2, été-automne 1884 : [3] : Les grands philosophes sont de drôles de corps. Qu’est-ce donc que ces Kant, Hegel, Schopenhauer, Spinoza ! Si pauvres, si étroits !

C’est la connaissance des grands Grecs qui m’a éduqué : il y a dans Héraclite, Empédocle, Parménide, Anaxagore, Démocrite plus à admirer, ils sont plus pleins.

[75] : l’histoire de la philosophie montre une profusion de ratés, d’accidents, et une marche extrêmement lente.

W I 2, été-automne 1884 : 26[153] :
De la naissance du philosophe
1. Le profond malaise à être parmi les braves gens – comme parmi les nuages – et le sentiment de devenir paresseux et négligent, vaniteux aussi. Cela corrompt. – Pour voir clairement à quel point le fondement ici est mauvais et faible, il suffit de les provoquer et d’entendre alors leurs cris.
2. Dépassement du ressentiment et de la vengeance à partir d’un profond mépris ou de compassion pour leur sottise.
3. Hypocrisie comme mesure de sécurité. Et mieux encore, fuite dans sa solitude.
[Von der Entstehung des Philosophen.
1. Das tiefe Unbehagen unter den Gutmüthigen — wie unter Wolken — und das Gefühl, bequem und nachlässig zu werden, auch eitel. Es verdirbt. — Will man sich klar machen, wie schlecht und schwach hier das Fundament ist, so reize man sie und höre sie schimpfen.
2. Überwindung der Rachsucht und Vergeltung, aus tiefer Verachtung oder aus Mitleid mit ihrer Dummheit.
3. Verlogenheit als Sicherheits-Maßregel. Und noch besser Flucht in seine Einsamkeit.]

26[202] : Celui qui n’est pas lassé de se représenter l’état des hommes ordinaires, celui-là n’est pas un homme supérieur. Mais dans la mesure où un philosophe doit savoir comment est fait l’homme ordinaire, il doit pratiquer cette étude.
[NB. Für wen es nicht mühsam ist, sich den Zustand der gewöhnlichen Menschen vorzustellen, der ist kein höherer Mensch. Aber insofern ein Philosoph es wissen muß, wie der gewöhnliche Mensch beschaffen ist, muß er dieses Studium treiben]
[238] : le philosophe, espèce supérieure, mais jusqu’ici beaucoup plus ratée.
[285] : hypocrisie des philosophes.
[340] : il y a beaucoup de philosophique dans notre vie, en particulier chez tous les hommes ayant part aux sciences, mais des philosophes eux-mêmes, il en reste tout aussi peu que de noblesse authentique.
[342] : On ne croit plus aux philosophes

26[352] : Religion et philosophie : sur l’essentiel, elles ne font qu’un
[Ich interessire mich nicht
1)  für den nationalen Staat, als etwas Ephemeres gegenüber der demokratischen Gesamtbewegung.
2)  für die Arbeiter-Frage, weil der Arbeiter selber nur ein Zwischenakt ist.
3) für die Differenzen der Religion und Philosophie, weil sie in der Hauptsache Eins sind, nämlich über gut und böse — wo ich zweifle.
4) für die Denkweisen, welche nicht den Leib und die Sinne festhalten, und die Erde
5) nicht für die l’art pour l’art, die Objektiven usw.


[396] : pour être bon philosophe, il faut être clair, sec, sans illusion.
[430] : Aucun philosophe idéaliste ne se laisse abuser sur son déjeuner.
[432] : Sans le fil conducteur du corps, je ne crois à la validité d’aucune recherche. Non pas une philosophie comme dogme, mais comme provisoire et régulative de la recherche.
[440] : seul le vrai philosophe est un animal audacieux
[452] : Inévitable que le philosophe soit une plante rare. La philosophie a peu à faire avec la vertu.

Z II 5a, été-automne 1884 : 27[76] : malhonnêteté des philosophes à déduire quelque chose [Dieu, notamment], qu’ils tiennent pour bon et vrai depuis le début. [Allusion au Descartes des Méditations métaphysiques].
N VII 1, avril-juin 1885 : [75] : les Stoïciens et presque tous les philosophes n’ont aucun regard pour le lointain.
Mp XVI 1-2, juin-juillet 1885 : [11] : l’esprit philosophique supérieur est environné de solitude
[13] : deux espèces différentes de philosophes.
W I 5, août-septembre 1885 : [12] : je vois venir de nouveaux philosophes
Z I 2c, automne 1885 : [1] : croyance de Platon que même la philosophie serait une manière de sublime instinct sexuel et de reproduction
Mp XVII 2b, automne 1885 : [2] : il ne s’est rien passé depuis Pascal : face à lui, les philosophes allemands n’entrent pas en ligne de compte.


Par-delà Bien et Mal. Prélude à une philosophie de l'avenir (1886),
Préface : « À supposer que la vérité soit femme, n'a-t-on pas lieu de soupçonner que tous les philosophes, pour autant qu'ils furent dogmatiques, n'entendaient pas grand-chose aux femmes et que l'éffroyable sérieux, la gauche insistance avec lesquels ils se sont jusqu'ici approchés de la vérité, ne fuent que des efforts maladroits et mal appropriés pour conquérir justement les faveurs d'une femme ? » [Vorausgesetzt, dass die Wahrheit ein Weib ist —, wie? ist der Verdacht nicht gegründet, dass alle Philosophen, sofern sie Dogmatiker waren, sich schlecht auf Weiber verstanden? dass der schauerliche Ernst, die linkische Zudringlichkeit, mit der sie bisher auf die Wahrheit zuzugehen pflegten, ungeschickte und unschickliche Mittel waren, um gerade ein Frauenzimmer für sich einzunehmen? ]

I, « Des préjugés des philosophes »,
§ 2 : Il faudra attendre la venue d'une nouvelle race de philosophes, de philosophes dont les goûts et les penchants s'orienteront en sens inverse de ceux de leurs devanciers  philosophes du dangereux peut-être dans tous les sens — Sérieusement, je vois poindre au loin ces philosophes nouveaux. [Man muss dazu schon die Ankunft einer neuen Gattung von Philosophen abwarten, solcher, die irgend welchen anderen umgekehrten Geschmack und Hang haben als die bisherigen, — Philosophen des gefährlichen Vielleicht in jedem Verstande. — Und allen Ernstes gesprochen: ich sehe solche neue Philosophen heraufkommen.]
§ 3 : Après avoir assez longtemps lu entre les lignes des philosophes et épié leurs tours et détours, je me dis :  la majeure partie de la pensée consciente doit être imputée aux activités des instincts, et aussi dans le cas de la pensée philosophique. [Nachdem ich lange genug den Philosophen zwischen die Zeilen und auf die Finger gesehn habe, sage ich mir: man muss noch den grössten Theil des bewussten Denkens unter die Instinkt-Thätigkeiten rechnen, und sogar im Falle des philosophischen Denkens].
§ 6 : « Peu à peu j'ai appris à discerner ce que toute grande philosophie a été jusqu’à ce jour : la confession de son auteur, des sortes de mémoires involontaires et qui n'étaient pas pris pour tels ; de même, j'ai reconnu que les intentions morales (ou immorales) constituaient le germe proprement dit de toute philosophie. [...] je ne crois pas qu'une pulsion de la connaissance soit le père de la philosophie, mais qu'une autre pulsion, ici comme ailleurs, s'est servi de la connnaissance (et de la méconnaissance !) comme d'un simple instrument. » [Allmählich hat sich mir herausgestellt, was jede grosse Philosophie bisher war: nämlich das Selbstbekenntnis ihres Urhebers und eine Art ungewollter und unvermerkter mémoires; insgleichen, dass die moralischen (oder unmoralischen) Absichten in jeder Philosophie den eigentlichen Lebenskeim ausmachten, aus dem jedesmal die ganze Pflanze gewachsen ist. [...] Ich glaube demgemäss nicht, dass ein „Trieb zur Erkenntniss“ der Vater der Philosophie ist, sondern dass sich ein andrer Trieb, hier wie sonst, der Erkenntniss (und der Verkenntniss!) nur wie eines Werkzeugs bedient hat. ]
§ 9 : La philosophie est cette pulsion tyrannique elle-même, la plus intellectuelle volonté de puissance, de "création du monde", de causa prima. [Philosophie ist dieser tyrannische Trieb selbst, der geistigste Wille zur Macht, zur „Schaffung der Welt“, zur causa prima.]
§ 20 : Quand il y a parenté linguistique, il est inévitable qu'une philosophie commune de la grammaire — je veux dire la prépondérance inconsciente et l'action des mêmes fonctions grammaticales — prédisposent la pensée à produire des systèmes philosophiques qui se développent de la même manière et se suivront dans le même ordre, alors que la voie semble barrée à certaines autres possibilités d'interprétation du monde. [Gerade, wo Sprach-Verwandtschaft vorliegt, ist es gar nicht zu vermeiden, dass, Dank der gemeinsamen Philosophie der Grammatik — ich meine Dank der unbewussten Herrschaft und Führung durch gleiche grammatische Funktionen — von vornherein Alles für eine gleichartige Entwicklung und Reihenfolge der philosophischen Systeme vorbereitet liegt: ebenso wie zu gewissen andern Möglichkeiten der Welt-Ausdeutung der Weg wie abgesperrt erscheint. ]
§ 25 : jusqu’ici aucun philosophe n’a eu le dernier mot
pesanteur de l’indignation morale : signe certain, chez un philosophe, que l’humour philosophique l’a quitté ;

II, « L’esprit libre »,
§ 30 : les vertus de l’homme ordinaire constitueraient peut-être des vices et des faiblesses chez un philosophe.
§ 39 : Personne n’admettra aisément qu’une doctrine est vraie pour la simple raison qu’elle rend heureux […] On ne doit pas restreindre la notion de "philosophe" au seul philosophe qui écrit des livres, et encore moins à celui qui couche sa philosophie dans des livres. Esquisse du philosophe à l’esprit libre [Stendhal : sec, clair, sans illusion]
§ 42 : une nouvelle race de philosophes monte à l’horizon.
§ 43 : tous les philosophes connus ont aimé leurs vérités.
§ 44 : ils seront de libres, très libres esprits, ces philosophes de l’avenir, tout aussi certainement qu’ils ne seront pas seulement des esprits libres, mais quelque chose de plus, de plus élevé, de plus grand, de radicalement autre.

III, « Le phénomène religieux »,
§ 46 : la philosophie "éclairée" indigne ; l’esclave veut de l’absolu.
§ 54 : Depuis Descartes, et plutôt pour braver sa pensée que pour la suivre, les philosophes s’attaquent de toutes parts à l’ancienne notion d’âme, sous prétexte de critiquer la notion de sujet et de verbe, autrement dit ils s’en prennent au postulat fondamental de la doctrine chrétienne. En tant qu’elle est sceptique en matière de connaissance, la philosophie moderne est antichrétienne.
§ 61 : le philosophe […] l’homme de la plus vaste responsabilité, qui se fait un cas de conscience du développement global de l’humanité.

VI, « Nous, les savants »,
§ 204 : philosophes du micmac qui se nomment "réalistes" ou "positivistes"
§ 211 : les philosophes proprement dits sont des êtres qui commandent et qui légifèrent.
§ 212 : Le philosophe, qui est nécessairement l’homme de demain et d’après-demain, s’est trouvé et devait se trouver à n’importe quelle époque en contradiction avec le présent.
§ 213 : Il est difficile d’apprendre ce qu’est un philosophe, parce qu’il n’y a rien à enseigner [cf Kant] : on doit le « savoir » d’expérience, ou avoir l’orgueil de ne pas le savoir. Si de nos jours chacun parle de choses dont il ne peut avoir aucune expérience, cela est vrai surtout du philosophe et de l’esprit philosophique : très peu d’hommes connaissent cet esprit, peuvent le connaître, et toutes les opinions populaires sur ce chapitre sont fausses. [...] un droit à la philosophie [Was ein Philosoph ist, das ist deshalb schlecht zu lernen, weil es nicht zu lehren ist: man muss es „wissen“, aus Erfahrung, — oder man soll den Stolz haben, es nicht zu wissen. Dass aber heutzutage alle Welt von Dingen redet, in Bezug auf welche sie keine Erfahrung haben kann, gilt am meisten und schlimmsten vom Philosophen und den philosophischen Zuständen: — die Wenigsten kennen sie, dürfen sie kennen, und alle populären Meinungen über sie sind falsch. [...] ein Recht auf Philosophie — das Wort im grossen Sinne genommen — hat man nur Dank seiner Abkunft, die Vorfahren, das „Geblüt“ entscheidet auch hier.]

IX, « Qu’est-ce qui est aristocratique ? »,
§ 289 : toute philosophie dissimule aussi une philosophie.
§ 292 : un philosophe prend souvent la fuite devant ses pensées.


Fragment posthume, 1886,
Début1886 – printemps 1886 : 4[1] : philosophe = qui aime les hommes sages. [es Philosophen geben soll, im griechischen Sinne und Wortverstande, heran zuerst mit euren „weisen Männern“!]


La Généalogie de la morale. Un écrit polémique (1887),

I " « Bon et méchant » « Bon et mauvais » ", § 17 : Remarque : le philosophe doit résoudre le problème de la valeur, il doit déterminer la hiérarchie des valeurs.
III « Que signifient les idéaux ascétiques ? », § 7 : un philosophe marié est à sa place dans la comédie. ; le philosophe n’affirme que son existence.
§ 8 : nous philosophes, nous avons avant tout besoin qu’on nous laisse en paix avec l’actualité ; le philosophe se reconnaît à ce qu’il évite la gloire, les princes et les femmes.
§ 10 : " Les philosophes anciens savaient donner à leur existence et à leurs manifestations un sens, un appui, un fond qui apprenaient aux autres à les craindre "
" L'esprit philosophique a dû se déguiser, se cacher sous les traits du prêtre, du sorcier, du devin, de l'homme religieux tout court. L'idéal ascétique a longtemps servi au philosophe de forme de manifestation, de condition d'existence "
" cette manière d'être caractéristique du philosophe qui le fait se tenir à l'écart et qui, se prologeant jusqu'à notre époque est à peu près parvenue à) s'imposer comme l'attitude philosophique par excellence "


Fragments posthumes, 1887-1888,
W II 1, automne 1887 : [55] : La philosophie comme art de découvrir la vérité : ainsi selon Aristote. À l’opposé les Épicuriens qui surent mettre à profit la théorie sensualiste de la connaissance d’Aristote : contre la recherche de la vérité, s’y refusant, pleins d’ironie ; « la philosophie comme un art de vie ».
[60] : le regard philosophique objectif pourrait être ainsi le signe d’une pauvreté en force et en vouloir.

W II 2, automne 1887 : [175] : La haine de la médiocrité est indigne d’un philosophe : c’est presque un point d’interrogation sur son droit à la "philosophie". Précisément parce qu’il est l’exception il se doit de préserver la règle, d’entretenir pour tout ce qui est médiocre le courage de lui-même.

W II 3, novembre 1887 - mars 1888 : [107] : L’oisiveté est le commencement de toute philosophie. – Par conséquent – la philosophie est un vice ? [Allusion au proverbe « l’oisiveté est la mère de tous les vices ».]
[296] : Voltaire le dernier esprit de la France ancienne, Diderot le premier de la France nouvelle.
[347] : « les Grecs ont divinisé la nature et ils ont légué au monde leur religion, c’est-à-dire la philosophie et l’art. » (Dostoïevski.)

W II 5, printemps 1888 : [83] : le philosophe de décadence a jusqu’ici passé pour le philosophe typique.
[91] : le mouvement chrétien est en opposition avec tout mouvement intellectuel, toute philosophie : il prend le parti des imbéciles et jette un anathème contre l’esprit.
[94] : la philosophie comme décadence
[100] : les véritables philosophes des Grecs sont ceux d’avant Socrate : avec Socrate, quelque chose change.
[109] : caractère falsificateur de la vénération
La vénération est l’épreuve suprême de la probité intellectuelle : mais il n’y a dans toute l’histoire de la philosophie aucune probité intellectuelle.
[111] : la philosophie comme décadence
[116] : les sophistes effleurent la première critique de la morale, la première vue pénétrante sur la morale
[131] : Science et philosophie
[134] : hostilité sournoise et aveugle des philosophes envers les sens
L’histoire de la philosophie est une rage secrète contre les conditions premières de la vie, contre les sentiments de valeurs de la vie, contre le parti-pris en faveur de la vie.
[143] : La prétendue pulsion de connaissance de tous les philosophes est régie par leurs "vérités" morales, – n’est qu’apparemment indépendant …
[194] : Le philosophe en face de ses rivaux, par exemple en face de la science
: là, il devient un sceptique
: là, il se réserve une forme de connaissance qu’il refuse à l’homme de science
: là, il va la main dans la main avec le prêtre


Crépuscule des Idoles, 1889, [1888]
Le problème de Socrate,
§ 1 : " De tout temps, les plus grands Sages ont porté le même jugement sur la vie : elle n'a aucune valeur... Partout et toujours, ce qu'ils en disent a le même accent, un accent de doute, de mélancolie, de lassitude à vivre, de résistance à la vie. Socrate lui-même a dit, au moment de mourir : " La vie n'est qu'une longue maladie ; je dois un coq à Asclépios, le Sauveur. " [Platon, Phédon, 118a].
§ 2 : " De la part d'un philosophe [Dühring], voir dans la valeur de la vie un problème, voilà qui parle contre lui, voilà qui met en doute sa sagesse, ou atteste sa non-sagesse. "

La « raison » dans la philosophie,
§ 1 : " Tout ce que les philosophes ont manié depuis des millénaires, ce n'étaient que des momies de concepts ; rien d'effectif n'est sorti vivant de leurs mains. " [Alles, was Philosophen seit Jahrtausenden gehandhabt haben, waren Begriffs-Mumien; es kam nichts Wirkliches lebendig aus ihren Händen.]
§ 2 : " Je mets à part, avec tout le respect qui lui est dû, le nom d'Héraclite. [...] Héraclite gardera éternellement raison en affirmant que l'Être est une fiction vide de sens. Le monde "apparent" est le seul. Le "monde vrai" n'est qu'un mensonge rajouté. "
§ 4 : "L'autre idiosyncrasie des philosophes n'est pas moins dangereuse : elle consiste à intervertir ce qui vient en premier et ce qui vient en dernier. "
§ 6 : " Diviser le monde en un monde "vrai" et un monde "apparent", soit à la manière du christianisme, soit à la manière de Kant (qui n'est en fin de compte qu'un chrétien dissimulé), cela ne peut venir que d'une suggestion de la décadence, qu'être le symptôme d'une vie déclinante... [Die Welt scheiden in eine „wahre“ und eine „scheinbare“, sei es in der Art des Christenthums, sei es in der Art Kant’s (eines hinterlistigen Christen zu guterletzt) ist nur eine Suggestion der décadence, — ein Symptomniedergehenden Lebens…]

Ceux qui veulent « amender » l’humanité, § 1 : J’exige du philosophe qu’il soit au-dessus de l’illusion du jugement moral.

Divagations d’un inactuel, § 3 : historien, il [Sainte-Beuve] est sans philosophie, sans la puissance du regard philosophique.
§ 42 : les philosophes ne laissent affleurer que certaines vérités.


L’Antéchrist, 1894 [1888],
§ 12 : Je mets à part quelques Sceptiques – le seul type convenable dans toute l’histoire de la philosophie – : mais les autres ignorent les exigences élémentaires de la probité intellectuelle. […] ces grands rêveurs, ces rares phénomènes, prennent les "beaux sentiments" pour des arguments, le "sein agité" pour un divin soufflet de forge, la conviction pour un criterium de vérité. Finalement Kant, dans sa candeur "allemande", est allé jusqu’à tenter de donner un aspect scientifique à cette forme de corruption, à ce manque de conscience de l’intellect, en l’appelant "raison pratique" : il a inventé une raison spéciale qui doit indiquer dans quel cas on n’a pas à se soucier de la raison, c’est-à-dire quand la morale, quand le sublime commandement "tu dois" se fait entendre.
§ 55 : Comprendre les limites de la raison, c’est cela, et cela seulement la vraie philosophie … [description critique de la philosophie kantienne ; Déjà Pascal, Pensées, Br 267 : « La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent. »].


Ecce Homo, 1908 [1888]
Avant-propos, § 3 : La philosophie, telle que je l’ai toujours comprise et vécue, consiste à vivre volontairement dans les glaces et sur les cimes, – à rechercher tout ce qui, dans l’existence dépayse et fait question, tout ce qui, jusqu’alors, a été mis au ban par la morale.
Les « Inactuelles », § 3 : je conçois le philosophe comme un terrifiant explosif.


Fragments posthumes, 1888,

W II 6a, printemps 1888 : [25] : rien n’est plus rare parmi les philosophes que la probité intellectuelle
[118] : l’oisiveté est la mère de toute philosophie. Par conséquent, la philosophie est-elle un vice ?

W II 7a, printemps-été 1888 : 16[32] : À quoi je reconnais mes pairs. – La philosophie, telle que je l’ai jusqu’à présent comprise et vécue, c’est la recherche délibérée des aspects mêmes les plus maudits et les plus infâmes de l’existence. [Woran ich meines Gleichen erkenne. — Philosophie, wie ich sie bisher verstanden und gelebt habe, ist das freiwillige Aufsuchen auch der verwünschten und verruchten Seiten des Daseins.]

Mp XVII 5, juillet-août 1888 : [14] : Les métaphysiciens.
Je parle du plus grand malheur de la philosophie moderne, – de Kant …
Hegel : quelque chose du Souabe confiant en Dieu, de l’optimisme raisonnable et bovin

W II 9c, octobre-novembre 1888 : 24[1] : § 1 [Ecce homo Oder:
warum ich Einiges mehr weiss.],
2 : Faire de sa vie même une expérience – c’est d'abord cela la liberté de l’esprit, cela devint plus tard ma philosophie … [Aus seinem Leben selbst ein Experiment machen — das erst ist Freiheit des Geistes, das wurde mir später zur Philosophie…]

mardi 10 janvier 2017

L'HUMANISME ET LES LUMIÈRES FACE À L'ISLAM

Voir, pour les périodes antérieure et postérieure, la page dont est extraite cet article :


MAUVAISES (ET BONNES) RÉPUTATIONS DE L'ISLAM


et aussi


DES CHRÉTIENS FACE À L'ISLAM

* * * * *

Rabelais, Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Encyclopédie, Rousseau, Chevalier de Jaucourt dans Encyclopédie, Beaumarchais et Condorcet.


1580-1588 Montaigne (1533-1592)




« Le grand Seigneur [le Grand Turc, Soliman le magnifique] ne permet aujourd'hui ni à Chrétien ni à Juif d'avoir cheval à soi, à ceux qui sont sous son empire. » (Essais, I, xlviii, page 289 de l'édition Saulnier/Villey) 
« [...] quand Mahomet promet aux siens un paradis tapissé, paré d'or et de pierrerie, peuplé de garçes d'excellente beauté, de vins et de vivres singuliers, je vois bien que ce sont des moqueurs qui se plient à notre bêtise pour nous emmiéler et attirer par ces opinons et espérances, convenables à notre mortel appétit. » (II, xii, 518) 
« Je ne m'étonne plus de ceux que les singeries d'Apollonius [de Tyane] et de Mahomet embufflarent. Leur sens et entendement est entièrement étouffé en leur passion. » (III, x, page 1013).

1532 : RABELAIS (1494 ? / 1553) :


« [Panurge] Je leur contais comment ces diables de Turcs sont bien malheureux de ne boire goutte de vin. Si autre mal n'était en l'Alchoran, de Mahumeth, encore ne me mettrais-je mie de sa loi. »
Pantagruel, chapitre XIV.


Baron de Montesquieu (1689-1755) :

???? « Les Mahométans, qui, pour se procurer des extases, se mettent dans des tombeaux où ils veillent et ne cessent de hurler, en sortent toujours avec l'esprit plus faible. » (Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères, [Première partie]).


1721 : ‎« J'ai parlé à des mollaks qui me désespèrent avec leurs passages de l'Alcoran ; car je ne leur parle pas comme vrai Croyant, mais comme homme, comme citoyen, comme père de famille. » (Lettres persanes, 1721, lettre X).

« La religion juive est un vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert toute la terre : je veux dire le mahométisme et le christianisme ; ou plutôt c’est une mère qui a engendré deux filles qui l’ont accablée de mille plaies : car, en fait de religion, les plus proches sont les plus grandes ennemies. Mais, quelque mauvais traitements qu’elle en ait reçus, elle ne laisse pas de se glorifier de les avoir mises au monde ; elle se sert de l’une et de l’autre pour embrasser le monde entier, tandis que, d’un autre côté, sa vieillesse vénérable embrasse tous les temps. [...] On s'est aperçu que le zèle pour les progrès de la Religion est différent de l'attachement qu'on doit avoir pour elle, et que, pour l'aimer et l'observer, il n'est pas nécessaire de haïr et de persécuter ceux qui ne l'observent pas. Il serait à souhaiter que nos Musulmans pensassent aussi sensiblement sur cet article que les Chrétiens. » (Lettres persanes, 1721, lettre LX).


" Ce n'est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres [de religion], c'est l'esprit d'intolérance, qui animait celle qui se croyait la dominante ; c'est cet esprit de prosélytisme que les Juifs ont pris des Égyptiens, et qui, d'eux, est passé, comme une maladie épidémique et populaire, aux Mahométans et aux Chrétiens ; c'est, enfin, cet esprit de vertige, dont les progrès ne peuvent être regardés que comme une éclipse entière de la raison humaine. " (Lettres persanes, 1721, lettre LXXXVI).

1748 : « Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion, chez les chrétiens, rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. […] Sur le caractère de la religion chrétienne et celui de la mahométane, on doit, sans autre examen, embrasser l’une et rejeter l’autre : car il nous est bien plus évident qu’une religion doit adoucir les mœurs des hommes, qu’il ne l’est qu’une religion soit vraie. C’est un malheur pour la nature humaine, lorsque la religion est donnée par un conquérant. La religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée. […] La religion des Guèbres rendit autrefois le royaume de Perse florissant ; elle corrigea les mauvais effets du despotisme : la religion mahométane détruit aujourd’hui ce même empire. »
De l’Esprit des loislivre XXIV, chapitres 3, 4 et 11.


Voltaire (1694-1778) et ENCYCLOPÉDIE :

1756 : « Mahomet, comme tous les enthousiastes, violemment frappé de ses idées, les débita d’abord de bonne foi, les fortifia par des rêveries, se trompa lui-même en trompant les autres, et appuya enfin, par des fourberies nécessaires, une doctrine qu’il croyait bonne. » Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, 1756, chapitre VI, "De l’Arabie et de Mahomet".

1756 : « Sa définition de Dieu est d’un genre plus véritablement sublime. On lui demandait quel était cet Allah qu’il annonçait : « C’est celui, répondit-il, qui tient l’être de soi-même, et de qui les autres le tiennent ; qui n’engendre point et qui n’est point engendré, et à qui rien n’est semblable dans toute l’étendue des êtres. » Cette fameuse réponse, consacrée dans tout l’Orient, se trouve presque mot à mot dans l’antépénultième chapitre du Koran.
[...]
Il n’y eut rien de nouveau dans la loi de Mahomet, sinon que Mahomet était prophète de Dieu.

En premier lieu, l’unité d’un être suprême, créateur et conservateur, était très-ancienne. Les peines et les récompenses dans une autre vie, la croyance d’un paradis et d’un enfer, avaient été admises chez les Chinois, les Indiens, les Perses, les Égyptiens, les Grecs, les Romains, et ensuite chez les Juifs, et surtout chez les chrétiens, dont la religion consacra cette doctrine.

L’Alcoran reconnaît des anges et des génies, et cette créance vient des anciens Perses. Celle d’une résurrection et d’un jugement dernier était visiblement puisée dans le Talmud et dans le christianisme. Les mille ans que Dieu emploiera, selon Mahomet, à juger les hommes, et la manière dont il y procédera, sont des accessoires qui n’empêchent pas que cette idée ne soit entièrement empruntée. Le pont aigu sur lequel les ressuscités passeront, et du haut duquel les réprouvés tomberont en enfer, est tiré de la doctrine allégorique des mages.

C’est chez ces mêmes mages, c’est dans leur Jannat que Mahomet a pris l’idée d’un paradis, d’un jardin, où les hommes, revivant avec tous leurs sens perfectionnés, goûteront par ces sens mêmes toutes les voluptés qui leur sont propres, sans quoi ces sens leur seraient inutiles. C’est là qu’il a puisé l’idée de ces houris, de ces femmes célestes qui seront le partage des élus, et que les mages appelaient hourani, comme on le voit dans le Sadder. Il n’exclut point les femmes de son paradis, comme on le dit souvent parmi nous. Ce n’est qu’une raillerie sans fondement, telle que tous les peuples en font les uns des autres. Il promet des jardins, c’est le nom du paradis ; mais il promet pour souveraine béatitude la vision, la communication de l’Être suprême.

Le dogme de la prédestination absolue, et de la fatalité, qui semble aujourd’hui caractériser le mahométisme, était l’opinion de toute l’Antiquité : elle n’est pas moins claire dans l’Iliade que dans l’Alcoran.

À l’égard des ordonnances légales, comme la circoncision, les ablutions, les prières, le pèlerinage de la Mecque, Mahomet ne fit que se conformer, pour le fond, aux usages reçus. La circoncision était pratiquée de temps immémorial chez les Arabes, chez les anciens Égyptiens, chez les peuples de la Colchide, et chez les Hébreux. Les ablutions furent toujours recommandées dans l’Orient comme un symbole de la pureté de l’âme.

Point de religion sans prières. La loi que Mahomet porta, de prier cinq fois par jour, était gênante, et cette gêne même fut respectable. Qui aurait osé se plaindre que la créature soit obligée d’adorer cinq fois par jour son créateur ?

Quant au pèlerinage de la Mecque, aux cérémonies pratiquées dans le Kaaba et sur la pierre noire, peu de personnes ignorent que cette dévotion était chère aux Arabes depuis un grand nombre de siècles. Le Kaaba passait pour le plus ancien temple du monde ; et, quoiqu’on y vénérât alors trois cents idoles, il était principalement sanctifié par la pierre noire, qu’on disait être le tombeau d’Ismaël. Loin d’abolir ce pèlerinage, Mahomet, pour se concilier les Arabes, en fit un précepte positif.

Le jeûne était établi chez plusieurs peuples, et chez les Juifs, et chez les chrétiens. Mahomet le rendit très-sévère, en l’étendant à un mois lunaire, pendant lequel il n’est pas permis de boire un verre d’eau, ni de fumer, avant le coucher du soleil ; et ce mois lunaire, arrivant souvent au plus fort de l’été, le jeûne devint par là d’une si grande rigueur qu’on a été obligé d’y apporter des adoucissements, surtout à la guerre.

Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées.

On voit évidemment que toutes les religions ont emprunté tous leurs dogmes et tous leurs rites les unes des autres.

Dans toutes ces ordonnances positives, vous ne trouverez rien qui ne soit consacré par les usages les plus antiques. Parmi les préceptes négatifs, c’est-à-dire ceux qui ordonnent de s’abstenir, vous ne trouverez que la défense générale à toute une nation de boire du vin, qui soit nouvelle et particulière au mahométisme. Cette abstinence, dont les musulmans se plaignent, et se dispensent souvent dans les climats froids, fut ordonnée dans un climat brillant, où le vin altérait trop aisément la santé et la raison. Mais, d’ailleurs, il n’était pas nouveau que des hommes voués au service de la Divinité se fussent abstenus de cette liqueur. Plusieurs collèges de prêtres en Égypte, en Syrie, aux Indes, les nazaréens, les récabites, chez les Juifs, s’étaient imposé cette mortification.

Elle ne fut point révoltante pour les Arabes : Mahomet ne prévoyait pas qu’elle deviendrait un jour presque insupportable à ses musulmans dans la Thrace, la Macédoine, la Bosnie, et la Servie. Il ne savait pas que les Arabes viendraient un jour jusqu’au milieu de la France, et les Turcs mahométans devant les bastions de Vienne.

Il en est de même de la défense de manger du porc, du sang, et des bêtes mortes de maladies ; ce sont des préceptes de santé : le porc surtout est une nourriture très-dangereuse dans ces climats, aussi bien que dans la Palestine, qui en est voisine. Quand le mahométisme s’est étendu dans les pays plus froids, l’abstinence a cessé d’être raisonnable, et n’a pas cessé de subsister.

La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne puisse trouver d’exemple dans aucune religion. Elle ressemble à une loi de couvent plutôt qu’à une loi générale d’une nation. Il semble que Mahomet n’ait formé un peuple que pour prier, pour peupler, et pour combattre.

Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à sa religion le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu, présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations, et jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien.

Cette religion s’appela l’Islamisme, c’est-à-dire résignation à la volonté de Dieu ; et ce seul mot devait faire beaucoup de prosélytes. Ce ne fut point par les armes que l’Islamisme s’établit dans plus de la moitié de notre hémisphère, ce fut par l’enthousiasme, par la persuasion, et surtout par l’exemple des vainqueurs, qui a tant de force sur les vaincus. Mahomet, dans ses premiers combats en Arabie contre les ennemis de son imposture, faisait tuer sans miséricorde ses compatriotes pénitents. Il n’était pas alors assez puissant pour laisser vivre ceux qui pouvaient détruire sa religion naissante ; mais sitôt qu’elle fut affermie dans l’Arabie par la prédication et par le fer, les Arabes, franchissant les limites de leur pays, dont ils n’étaient point sortis jusqu’alors, ne forcèrent jamais les étrangers à recevoir la religion musulmane. Ils donnèrent toujours le choix aux peuples subjugués d’être musulmans, ou de payer tribut. Ils voulaient piller, dominer, faire des esclaves, mais non pas obliger ces esclaves à croire. Quand ils furent ensuite dépossédés de l’Asie par les Turcs et par les Tartares, ils firent des prosélytes de leurs vainqueurs mêmes ; et des hordes de Tartares devinrent un grand peuple musulman. Par là on voit en effet qu’ils ont converti plus de monde qu’ils n’en ont subjugué.

Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent ; mais la vérité doit les combattre.

Bornons-nous toujours à cette vérité historique : le législateur des musulmans, homme puissant et terrible, établit ses dogmes par son courage et par ses armes ; cependant sa religion devint indulgente et tolérante. L’instituteur divin du christianisme, vivant dans l’humilité et dans la paix, prêcha le pardon des outrages ; et sa sainte et douce religion est devenue, par nos fureurs, la plus intolérante de toutes, et la plus barbare. »

1756 : " Comment dans ce temps-là même les mahométans, qui, sous Abdérame, vers l’an 734, subjuguèrent la moitié de la France, auraient-ils laissé subsister derrière les Pyrénées ce royaume des Asturies ? C’était beaucoup pour les chrétiens de pouvoir se réfugier dans ces montagnes et d’y vivre de leurs courses, en payant tribut aux mahométans. Ce ne fut que vers l’an 759 que les chrétiens commencèrent à tenir tête à leurs vainqueurs, affaiblis par les victoires de Charles Martel et par leurs divisions ; mais eux-mêmes, plus divisés entre eux que les mahométans, retombèrent bientôt sous le joug. Mauregat, à qui il a plu aux historiens de donner le titre de roi, eut la permission de gouverner les Asturies et quelques terres voisines, en rendant hommage et en payant tribut. Il se soumit surtout à fournir cent belles filles tous les ans pour le sérail d’Abdérame. Ce fut longtemps la coutume des Arabes d’exiger de pareils tributs ; et aujourd’hui les caravanes, dans les présents qu’elles font aux Arabes du désert, offrent toujours des filles nubiles."

1759" Les captifs, mes compagnons, ceux qui les avaient pris, soldats, matelots, noirs, basanés, blancs, mulâtres, et enfin mon capitaine, tout fut tué, et je demeurai mourante sur un tas de morts. Des scènes pareilles se passaient, comme on sait, dans l’étendue de plus de trois cents lieues, sans qu’on manquât aux cinq prières par jour ordonnées par Mahomet. " (Voltaire, Candide (1759), chapitre XI)


1762 ROUSSEAU

" Mahomet eut des vues très saines ; il lia bien son système politique, et tant que la forme de son gouvernement subsista sous les califes ses successeurs, ce gouvernement fut exactement un, et bon en cela. Mais les Arabes, devenus florissants, lettrés, polis, mous et lâches, furent subjugués par des barbares ; alors la division entre les deux puissances [politique et religieuse] recommença ; quoiqu’elle soit moins apparente chez les mahométans que chez les chrétiens, elle y est pourtant, surtout dans la secte d’Ali ; et il y a des États, tels que la Perse, où elle ne cesse de se faire sentir. " (Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, IV, viii, 1762)


1765 : Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1779),

« MAHOMÉTISME, s. m. (Hist. des religions du monde.) religion de Mahomet. L'historien philosophe de nos jours [Voltaire] en a peint le tableau si parfaitement, que ce serait s'y mal connaître que d'en présenter un autre aux lecteurs.
Pour se faire, dit-il, une idée du Mahométisme, qui a donné une nouvelle forme à tant d'empires, il faut d'abord se rappeler que ce fut sur la fin du sixième siècle, en 570, que naquit Mahomet à la Mecque dans l'Arabie Pétrée. Son pays défendait alors sa liberté contre les Perses, et contre ces princes de Constantinople qui retenaient toujours le nom d'empereurs romains.
Les enfants du grand Noushirvan, indignes d'un tel père, désolaient la Perse par des guerres civiles et par des parricides. Les successeurs de Justinien avilissaient le nom de l'empire ; Maurice venait d'être détrôné par les armes de Phocas et par les intrigues du patriarche syriaque et de quelques évêques, que Phocas punit ensuite de l'avoir servi. Le sang de Maurice et de ses cins fils avait coulé sous la main du bourreau, et le pape Grégoire le grand, ennemis des patriarches de Constantinople, tâchaient d'attirer le tyran Phocas dans son parti, en lui proposant des louanges et en condamnant la mémoire de Maurice qu'il avait loué pendant sa vie. [...] Après avoir connu le caractère de ses concitoyens, leur ignorance, leur crédulité, et leur disposition à l'enthousiasme, il vit qu'il pouvait s'ériger en prophète, il feignit des révélations, il parla : il se fit croire d'abord dans sa maison, ce qui était probablement le plus difficile. [...]
Il enseignait aux Arabes, adorateurs des étoiles, qu'il ne fallait adorer que le Dieu qui les a faites, que les livres des Juifs et des Chrétiens s'étant corrompus et falsifiés, on devait les avoir en horreur : qu'on était obligé sous peine de châtiment éternel de prier cinq fois par jour, de donner l'aumône, et surtout, en ne reconnaissant qu'un seul Dieu, de croire en Mahomet son dernier prophète ; enfin de hasarder sa vie pour sa foi. [...]
Sa religion était d'ailleurs plus assujettissante qu'aucune autre, par les cérémonies légales, par le nombre et la forme des prières et des ablutions, rien n'étant plus gênant pour la nature humaine que des pratiques qu'elle ne demande pas et qu'il faut renouveler tous les jours.
Il proposait pour récompense une vie éternelle, où l'âme ferait enivrée de tous les plaisirs spirituels, le où le corps ressuscité avec ses sens, goûterait par ses sens mêmes toutes les voluptés qui lui font propres.,
Cette religion s'appela l'islamisme qui signifie résignation à la volonté de Dieu. Le livre qui la contient s'appela coran, c'est-à-dire, le livre, ou l'écriture, ou la lecture par excellence. [...]
On y voit surtout une ignorance profonde de la Physique la plus simple et la plus connue. C'est là la pierre de touche des livres que les fausses religions prétendent écrits par la Divinité. [...]
Le nouveau prophète donnait le choix à ceux qu'il voulait subjuguer d'embrasser sa secte ou de payer un tribut. [...] De tous les législateurs qui ont fondé des religions, il est le seul qui ait étendu la sienne par les conquêtes. [...]
Le peuple hébreux avait en horreur les autres nations, et craignait toujours d'être asservi. Le peuple arabe au contraire voulut tout attirer à lui, et se crut fait pour dominer. »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 9, pages 864-865.


1765 : Denis DIDEROT (1713-1784),

« SARRASINS ou ARABES, philosophie des, : Le saint prophète ne savait ni lire ni écrire : de-là la haine des premiers musulmans contre toute espèce de connaissance ; le mépris qui s'en est perpétué chez leurs successeurs ; et la plus longue durée garantie aux mensonges religieux dont ils sont entêtés.

Mahomet fut si convaincu de l'incompatibilité de la Philosophie et de la Religion, qu'il décerna peine de mort contre celui qui s'appliquerait aux arts libéraux : c'est le même pressentiment dans tous les temps et chez tous les peuples, qui a fait hasarder de décrier la raison.

Le peu de lumière qui restait s'affaiblit au milieu du tumulte des armes, et s'éteignit au sein de la volupté ; l'alcoran fut le seul livre ; on brûla les autres, ou parce qu'ils étaient superflus s'ils ne contenaient que ce qui est dans l'alcoran, ou parce qu'ils étaient pernicieux, s'ils contenaient quelque chose qui n'y fût pas. Ce fut le raisonnement d'après lequel un des généraux ''sarrazins'' fit chauffer pendant six mois les bains publics avec les précieux manuscrits de la bibliothèque d'Alexandrie. On peut regarder Mahomet comme le plus grand ennemi que la raison humaine ait eu. Il y avait un siècle que sa religion était établie, et que ce furieux imposteur n'était plus, lorsqu'on entendait des hommes remplis de son esprit s'écrier que Dieu punirait le calife Almamon [Al-Ma’mūn calife de Bagdad de 813 à 833], pour avoir appelé les sciences dans ses États; au détriment de la sainte ignorance des fidèles croyants.  »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 14 (1765), page 664, Neufchastel : Samuel Faulche et Compagnie.


1770 : VOLTAIRE :

« Cet Alcoran dont nous parlons est un recueil de révélations ridicules et de prédications vagues et incohérentes, mais de lois très bonnes pour le pays où il vivait, et qui sont toutes encore suivies sans avoir jamais été affaiblies ou changées par des interprètes mahométans, ni par des décrets nouveaux. »
Questions sur l'Encyclopédiearticle "Alcoran, ou plutôt le Koran".

« Il était bien difficile qu'une religion si simple et si sage, enseignée par un homme toujours victorieux, ne subjuguât pas une partie de la Terre. En effet les musulmans ont fait autant de prosélytes par la parole que par l'épée. Ils ont converti à leur religion les Indiens et jusqu'aux nègres. Les Turcs même leurs vainqueurs se sont soumis à l'islamisme. [...] Il défendit le vin, parce qu’un jour quelques-uns de ses sectateurs arrivèrent à la prière étant ivres. Il permit la pluralité des femmes, se conformant en ce point à l’usage immémorial des Orientaux. En un mot, ses lois civiles sont bonnes ; son dogme est admirable en ce qu’il a de conforme avec le nôtre ; mais les moyens sont affreux : c’est la fourberie et le meurtre. [...] Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de l'enthousiasme. Rien n'est plus terrible qu'un peuple qui, n'ayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion. [...]
Il disait que « la jouissance des femmes le rendait plus fervent à la prière ». En effet pourquoi ne pas dire benedicite et grâces au lit comme à table ? une belle femme vaut bien un souper. On prétend encore qu’il était un grand médecin ; ainsi il ne lui manqua rien pour tromper les hommes. »
Questions sur l'Encyclopédiearticle "Alcoran, ou plutôt le Koran", section II.

« Nous convenons avec Grotius que les mahométans ont prodigué des rêveries. Un homme qui recevait continuellement les chapitres de son Koran des mains de l’ange Gabriel était pis qu’un rêveur : c’était un imposteur, qui soutenait ses séductions par son courage. Mais certainement il n’y avait rien ni d’étourdi, ni de sale, à réduire au nombre de quatre le nombre indéterminé de femmes que les princes, les satrapes, les nababs, les omras de l’Orient, nourrissaient dans leurs sérails. Il est dit que Salomon avait sept cents femmes et trois cents concubines. »
Questions sur l'Encyclopédie, article " AROT ET MAROTS ET COURTE REVUE DE L’ALCORAN ".

1774 

Je vous le dis encore, ignorants imbéciles, à qui d’autres ignorants ont fait accroire que la religion mahométane est voluptueuse et sensuelle, il n’en est rien [Voyez Essai sur les Mœurs, chapitre vii, tome XI, page 216 ; et dans les Mélanges, année 1767, le chapitre iii de la Défense de mon oncle.] ; on vous a trompés sur ce point comme sur tant d’autres.
Chanoines, moines, curés même, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu’à dix du soir, pendant le mois de juillet, lorsque le carême arriverait dans ce temps ; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine ; s’il vous fallait faire un pèlerinage dans des déserts brûlants ; s’il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres ; si, accoutumés à jouir de dix-huit femmes, on vous en retranchait tout d’un coup quatorze ; en bonne foi, oseriez-vous appelez cette religion sensuelle ?
Les chrétiens latins ont tant d’avantages sur les musulmans, je ne dis pas en fait de guerre, mais en fait de doctrine ; les chrétiens grecs les ont tant battus en dernier lieu depuis 1769 jusqu’en 1773, que ce n’est pas la peine de se répandre en reproches injustes sur l’islamisme.
Tâchez de reprendre sur les mahométans tout ce qu’ils ont envahi ; mais il est plus aisé de les calomnier.
Je hais tant la calomnie que je ne veux pas même qu’on impute des sottises aux Turcs, quoique je les déteste comme tyrans des femmes et ennemis des arts.
Je ne sais pourquoi l’historien du Bas-Empire prétend [Douzième volume, page 209. (Note de Voltaire.)] que Mahomet parle dans son Koran de son voyage dans le ciel ; Mahomet n’en dit pas un mot, nous l’avons prouvé [Voyez " Arot et Marot " ; et dans les Mélanges, année 1750, le Remerciement sincère à un homme charitable ; et, année 1767, le chapitre xii de l’Examen important de milord Bolingbroke].
Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite [Voyez Arot et Marot, et Alcoran. (Note de Voltaire)] " (Questions sur l'Encyclopédie, article "Mahométans")


Vers 1782 Marquis de Sade

« Voudrais-tu que j'adoptasse les rêveries de Confucius, plutôt que les absurdités de Brahma, adorerais-je le grand serpent des nègres, l'astre des Péruviens ou le dieu des armées de Moïse, à laquelle des sectes de Mahomet voudrais-tu que je me rendisse, ou quelle hérésie de chrétiens serait selon toi préférable ? [...] Reviens à la raison, prédicant, ton Jésus ne vaut pas mieux que Mahomet, Mahomet pas mieux que Moïse, et tous trois pas mieux que Confucius qui pourtant dicta quelques bons principes pendant que les trois autres déraisonnaient; mais en général tous ces gens-là ne sont que des imposteurs, dont le philosophe s'est moqué, que la canaille a crus et que la justice aurait dû faire pendre. »


1784 : Caron de Beaumarchais :
« Je me jette à corps perdu dans le théâtre ; me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé … de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte [les Turcs], la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : « chiens de chrétiens » ! Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. »
Le Mariage de Figaro (1784), V, iii.

1794 : Marquis de CONDORCET (1743-1794 ) :
« J'exposerai comment la religion de Mahomet, la plus simple dans ses dogmes, la moins absurde dans ses pratiques, la plus tolérante dans ses principes, semble condamner à un esclavage éternel, à une incurable stupidité, toute cette vaste portion de la Terre où elle a étendu son empire ; tandis que nous allons voir briller le génie des sciences et de la liberté sous les superstitions les plus absurdes, au milieu de la plus barbare intolérance. La Chine nous offre le même phénomène, quoique les effets de ce poison abrutissant y aient été moins funestes. »
Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, " Sixième époque, Décadence des Lumières, jusqu'à leur restauration vers le  temps des croisades ", Paris : Masson, 1822 [1794].
« Frédéric II fut soupçonné d’être ce que nos prêtres du XVIIIe siècle ont depuis appelé un Philosophe. Le pape l’accusa, devant toutes les nations, d’avoir traité de fables politiques les religions de Moïse, de Jésus et de Mahomet. On attribuait à son chancelier, Pierre Des Vignes, le livre imaginaire des Trois Imposteurs. Mais le titre seul annonçait l’existence d’une opinion, résultat bien naturel de l’examen de ces trois croyances, qui, nées de la même source, n’étaient que la corruption d’un culte plus pur, rendu, par des peuples plus anciens à l’âme universelle du monde. » Esquisse..., " Septième époque : Depuis les premiers progrès des sciences, lors de leur restauration dans l’Occident, jusqu’à l’invention de l’imprimerie. "