Affichage des articles dont le libellé est raison. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est raison. Afficher tous les articles

samedi 17 février 2018

"DIEU", LA FOI suivi de (§ XII) SUR « FIDES ET RATIO »

 Reprise par les Athées Humanistes de Belgique
 de ma formulation de la position philosophique
athée, que je rappelle à la fin de cet article


Voir aussi mes pages : LES RELIGIONS suivi de NOTES SUR L'OBSCURANTISME RELIGIEUX ; j'ai préféré séparer l'approche philosophique de la critique de la foi de l'approche historique et politique des religions ; Michel Onfray eut tort de ne pas pratiquer ainsi dans son Traité... car cela l'affaiblit.


et

"DIEU", LA RELIGION, DANS L'ŒUVRE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE


* * * * *

Athéisme de " l'Insensé " noté dans l'Ancien Testament :

Dixit insipiens in corde suo: “ Non est Deus ”.
Corrupti sunt et abominationes operati sunt;
Psaumes, I, 14, 1 (vers -VIe siècle ?)


§ I / Les premiers pas de l'athéisme
§ II / « La raison offense tous les fanatismes. »
§ III / A / "DÉFINITIONS" DE "DIEU"
§ III / B / La toute-puissance n’existe pas selon Aristote, Horace et Sénèque le Jeune.
§ III C / Qualifications et métaphorisations de "Dieu"
§ IV / DÉFINITIONS DE LA FOI :
§ V / Philosophie et/ou foi
§ VI / "DIEU" … HYPOTHÈSE OU INVENTION ?
§ VII / UNE HYPOTHÈSE EXTRÊME
§ VIII / SUR L’IDÉE DE DIEU CHEZ DESCARTES
§ IX / HUMAIN, TROP HUMAIN
§ XI / MAIS DIEU SAUVÉ EN TANT QUE FILS DE L’HOMME ?
§ XII / SUR FIDES ET RATIO
§ XIII - Sur "totalitarisme et athéisme"

§ I / Les premiers pas de l'athéisme :


Xénophane de Colophon [Ionie], (vers -570 / vers -475 ) : « Si les bœufs savaient dessiner, ils donneraient aux dieux forme bovine. » (rapporté par Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 110) . C'est quasiment dire que l'homme a créé les dieux à son image, contrairement au mythe de Genèse, I, 27 " Et creavit Deus hominem ad imaginem suam ; ad imaginem Dei creavit illum ".

La thèse athée de l’invention des dieux est ancienne : le sophiste Critias (-Ve siècle) apparaissait à Sextus Empiricus appartenir au groupe des athées,
« Un homme à la pensée astucieuse et sage
Inventa la crainte des dieux pour les mortels,
Afin que les méchants ne cessassent de craindre
D’avoir à rendre compte de ce qu’ils auraient fait,
Dit, ou encore pensé, même dans le secret :
Aussi introduisit-il la pensée du divin. »
(Critias d'Athènes, cité par le sceptique Sextus Empiricus, IIe siècle, Contre les professeurs, IX, 54).
Élien (vers 175 / vers 235), Histoires variées, livre II,
" § 31. Qu'il n'y a point d'athées chez les barbares.
Qui pourrait ne pas louer la sagesse des peuples qu'on nomme barbares ? On n'en vit jamais aucun nier l'existence de la divinité : jamais ils n'ont mis en question s'il y a des dieux, ou s'il n'y en a pas ; si les dieux s'occupent, ou non, de ce qui concerne les hommes. Nul Indien, nul Celte, nul Égyptien n'imagina de système pareil à ceux d'Évhémère de Messine [vers -340 / vers -260], de Diogène de Phrygie [Diogène d'Apollonie, élève d'Anaximène, milieu -Ve siècle], d'Hippon [de Métaponte, -Ve siècle], de Diagoras [de Mélos], de Sosias, d'Épicure. Toutes les nations que je viens de nommer, reconnaissent qu'il y a des dieux, et que ces dieux veillent sur nous, et nous annoncent ce qui doit nous arriver, par certains signes dont leur providence bienveillante nous donne l'intelligence ; comme le vol des oiseaux, les entrailles des animaux, et quelques autres indices, qui sont autant d'avertissements et d'instructions. Ils disent que les songes, que les astres même nous découvrent souvent l'avenir. Dans la ferme croyance de toutes ces choses, ils offrent d'innocents sacrifices, auxquels ils se préparent par de saintes purifications ; ils célèbrent les mystères ; ils observent la loi des Orgies ; enfin, ils n'omettent aucune des autres pratiques religieuses. Pourrait-on après cela ne pas avouer que les barbares révèrent les dieux, et leur rendent un véritable culte ? "
Traduction du grec par Bon-Joseph Dacier, 1827.

  Sextus Empiricus« Que Dieu n'existe pas, c'est l'avis de ceux qu'on appelle athées, comme Évhémère [« Évhémère, surnommé l’Athée, dit ceci : lorsque les hommes n’étaient pas encore civilisés, ceux qui l’emportaient assez sur les autres en force et en intelligence pour contraindre tout le monde à faire ce qu’ils ordonnaient, désirant jouir d’une plus grande admiration et obtenir plus de respect, s’attribuèrent faussement une puissance surhumaine et divine, ce qui les fit considérer par la foule comme des dieux. »] Diagoras de Mélos, Prodicos de Céos, Théodore [de Cyrène] » (Contre les professeurs, IX, 52).



   L'écrivain latin Marcus Tullius Cicero fit le point :

« La plupart [des philosophes] ont dit que les dieux existaient, mais Protagoras [d'Abdère] était dans le doute (1), Diagoras de Mélos et Théodore de Cyrène pensaient qu’il n’y en avait aucun. [Velut in hac quaestione plerique, quod maxime veri simile est et quo omnes +sese duce natura venimus, deos esse dixerunt, dubitare se Protagoras, nullos esse omnino Diagoras Melius et Theodorus Cyrenaicus putaverunt.] […] Diagoras [de Mélos], appelé άθεος [athée] et plus tard Théodore [de Cyrène] ont ouvertement nié l’existence des dieux. [Quid Diagoras, Atheos qui dictus est, posteaque Theodorus nonne aperte deorum naturam sustulerunt? Nam Abderites quidem Protagoras, cuius a te modo mentio facta est, sophistes temporibus illis vel maximus, cum in principio libri sic posuisset "De divis neque, ut sint neque ut non sint, habeo dicere".] » Cicéron (-106 / -43), De la nature des dieux, I, i, 2 et I, xxiii, 63.
1. Cf Les Présocratiques (traduction Jean-Louis Poirier, coll. Pléiade), pp. 986, 995, 1000 et la note de Poirier pp. 1527-1528.



The Greek word "αθεοι" as it appears in the Epistle to the Ephesians II, 12

(early 3rd-century Papyrus 46).



   « C’est d’abord la crainte qui a créé les Dieux ("Primus in orbe deos fecit timor") », écrivit l’athée et romancier latin du 1er siècle Pétrone (Poésies, V).

Enfin, dans sa lettre à Érasme du 30 novembre 1532, Rabelais, écrivant en grec, disait du grammairien et polémiste Jules César Scaliger qu'il était "totalement athée".


Tout sec ...

Michel de Montaigne« Perseus [-307/6  -243], auditeur de Zénon [de Citium], a tenu qu'on a surnommé Dieux ceux qui avaient apporté quelque notable utilité à l'humaine vie et les choses mêmes profitables [Cicéron, De Natura Deorum, I, xv]. Chrysippe [de Soles, vers -280 / -206] faisait un amas confus de toutes les précédentes sentences, et comptait, entre mille formes de Dieux qu'il fait, les hommes aussi qui sont immortalisés. Diagoras [de Mélos, fin  -Ve siècle] et Théodore [de Cyrène, fin -Ve siècle] niaient tout sec qu’il y eût des Dieux. » (Essais, II, xii, pages 515-516 de l'édition de référence Villey/PUF/Quadrige).

Montaigne semble là rejoindre par avance le point de vue de Nietzsche :
Aurore, I, § 95. La réfutation historique en tant que réfutation définitive. :
« Autrefois, on cherchait à prouver qu’il n’y avait pas de dieu, — aujourd’hui on montre comment la croyance qu’il y a un dieu put s’établir et à quoi cette croyance doit son poids et son importance. »
Les athées connus dans l'Antiquité grecque :
Bion de Borysthène, philosophe cynique, (vers -325 / vers -250) : niait l'efficacité de la prière.
Critias d'Athènes, homme politique, (vers -455 / -403)
Diagoras de Mélos, philosophe disciple de Démocrite, (vers - 475 / vers -405) : " the Greek lyric poet Diagoras of Melos was sentenced to death in Athens under the charge of being a "godless person" (ἄθεος) after he made fun of the Eleusinian Mysteries, but he fled the city to escape punishment. Later writers have cited Diagoras as the "first atheist", "
Évhémère de Messsine, romancier grec, (-316 / - 260) : explique les mythes par les actions d'anciens personnages réels. 
Hippon de Métaponte (- VIe siècle) : 
Prodicos de Céos : philosophe grec, (vers - 465 / vers -395)
Théodore de Cyrène :


Montaigne nie l'immortalité de l'âme lorsqu'il écrit, suivant Épicure :
« La mort est moins à craindre que rien, s'il y avait quelque chose de moins. Elle ne vous concerne ni mort, ni vif : vif, parce que vous êtes : mort, par ce que vous n'êtes plus. » Essais, I, xx (" Que philosopher C'est apprendre à mourir ").
Surtout, à la toute fin des Essais, Montaigne recommande hardiment non son âme, mais la vieillesse, cet ante mortem, non au dieu des chrétiens, mais au divin Apollon. Certainement deux des raisons pour laquelle l'ouvrage de Montaigne fut (bien que tardivement) inscrit à l'Index Librorum Prohibitorum. (en plus du peu de cas qu'il faisait de Jésus).


The first known explicit atheist was the German critic of religion Matthias Knutzen in his three writings of 1674. In the February 1674 he went to Rome and in the September 1674 to Jena (Thuringia). There, Knutzen distributed handwritten pamphlets with atheistic contents. The town and the university of Jena carried out an investigation. In order not to be arrested, Knutzen went first to Coburg and then to Altdorf near Nuremberg.

The Polish ex-Jesuit philosopher Kazimierz Łyszczyński who wrote a treatise entitled On the non-existence of God (De non existentia Dei)and was later executed on charges of atheism. he was accused of having denied the existence of God and having blasphemed against the Virgin Mary and the saints. He was condemned to death for atheism. The sentence was carried out le 30 mars 1689 before noon in the Old Town Market in Warsaw, where his tongue was pulled out followed by a beheading. His trial has been criticized and is seen as a case of legalized religious murder in Poland. "ergo non est Deus" dans la marge de la Theologia Naturalis d'Henry Aldsted.

In the 1720s, the French priest Jean Meslier.


Paul Henri Thiry, baron d’HOLBACH (1723-1789) :
« Qu’est-ce, en effet, qu’un athée ? C’est un homme qui détruit des chimères nuisibles au genre humain pour ramener les hommes à la nature, à l’expérience, à la raison. C’est un penseur, qui ayant médité la matière, son énergie, ses propriétés et ses façons d’agir, n’a pas besoin pour expliquer les phénomènes de l’univers et les opérations de la nature, d’imaginer des puissances idéales, des intelligences imaginaires, des êtres de raison, qui, loin de faire mieux connaître cette nature, ne font que la rendre capricieuse, inexplicable, méconnaissable, inutile au bonheur des humains. »
" Système de la nature ou Des lois du monde physique et du monde moral ", 1770, Seconde partie " De la divinité ; des preuves de son existence, de ses attributs ; de la manière dont elle influe sur le bonheur des hommes ", chapitre xi " Apologie des sentiments contenus dans cet ouvrage. De l’impiété. Existe-t-il des athées ? "
NIETZSCHE : Le Gai Savoir, V, § 357 :
« [Arthur] Schopenhauer fut en tant que philosophe le premier athée avoué et inflexible qui se soit trouvé parmi nous autres Allemands : c’était là le vrai motif de son hostilité envers Hegel. […] discipline doublement millénaire de l’esprit de vérité qui finit par s’interdire le mensonge de la croyance en Dieu. …»
Aurore, I, § 96 " In hoc signo vinces. " : " Aussi avancée que soit l'Europe dans d'autres domaines : sur le plan religieux elle n'a pas encore atteint la naïveté libérale des anciens brahmanes. [...] Il y a bien aujourd'hui dix à vingt millions d'hommes parmi les différents peuples d'Europe qui " ne croient plus en Dieu "", — est-ce trop demander qu'ils se fassent signe ? "

§ / II - « La raison offense tous les fanatismes. »
Alfred de Vigny, Le Journal d’un poète, hiver-printemps 1829.

Magnifique et subtil commentaire anticipé de l'affaire des caricatures danoises de Mahomet, caricatures qui faisaient suite, je le rappelle, à l'assassinat du réalisateur néerlandais Theo Van Gogh le 2 novembre 2004 par un islamiste marocain.


Complément du Traité d'athéologie
d'Onfray, et réciproquement.

ONFRAY : « L’inverse [de la thèse de Dostoïevski] me semble plutôt vrai : " Parce que Dieu existe, alors tout est permis …" Je m’explique. Trois millénaires témoignent, des premiers textes de l’Ancien Testament à aujourd’hui : l’affirmation d’un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant, belliqueux a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix …. Le fantasme juif du peuple élu qui légitime le colonialisme, l'expropriation, la haine, l'animosité entre les peuples, puis la théocratie autoritaire et armée ; la référence chrétienne des marchands du Temple ou d'un Jésus paulinien prétendant venir pour apporter le glaive, qui justifie les croisades, l'Inquisition, les guerres de Religion, la Saint-Barthélémy, les bûchers, l'Index [Librorum Prohibitorum], mais aussi le colonialisme planétaire, les ethnocides nord-américains, le soutien aux fascismes du XXe siècle, et la toute-puissance temporelle du Vatican depuis des siècles dans le moindre détail de la vie quotidienne ; [je souligne] la revendication claire à presque toutes les pages du Coran d'un appel à détruire les infidèles, leur religion, leur culture, leur civilisation, mais aussi les juifs et les chrétiens — au nom d'un Dieu miséricordieux ! »
Michel Onfray, Traité d’athéologie-Physique de la métaphysique, Paris: Grasset, 2005, 1ère partie "Athéologie", III " Vers une athéologie ", § 1 " Spectrographie du nihilisme ".

Inversion salutaire, que l'actualité parisienne du 13 novembre 2015 (après celle du 7 janvier) vient encore de renforcer, mais dans un opuscule malheureusement plus politique que philosophique, très insuffisant sur l'histoire de l'athéisme, et qui ressemble bien davantage à un Abrégé qu'à un Traité. (Ceci dit pour les juristes qui connaissent le distinguo entre un "traité", un "manuel", et un "précis" ou "abrégé"). Ce pauvre Onfray, qui n'est plus à une volte-face près, dénonce maintenant (15 novembre 2015) une " politique islamophobe " de la France...


§ III / A / " DÉFINITIONS " DE "DIEU" :

Elles ne proviennent pas seulement de l'Ancien Testament, mais aussi de la philosophie gréco-romaine anté-chrétienne. Cependant il serait très surprenant, s'il y avait un dieu, qu'il ait choisi de se manifester dans ces contrées alors obscures et arriérées d'Asie mineure, l'axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque, — et pas un peu plus tard en Grèce ou à Rome. Sans doute ne prévoyait-il pas l'avenir ...


« Celui qui est (ou Je suis celui que je suis ?)» (14 Dixit Deus ad Moysen : “ Ego sum qui sumExode, III, 14) ;
« l’Intellect qui façonne toutes choses à partir de l’eau » (Thalès de Milet, cité par Montaigne, Essais, II, 12);
« le moteur immobile » (Aristote) ;
« un esprit libre et sans entraves, détaché de toute matière périssable, conscient de tout et source de tout mouvement, doué lui-même d’un mouvement sempiternel » (Cicéron, -106 / -43, Tusculanes, I, xxvii, 66-67) ;

Attribué à Jean, « I, 1 In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum.» « Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. » 
« l'être tel qu'on ne peut rien penser qui le surpasse »  (Anselme de Cantorbéry) ;
« une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante et par laquelle moi-même et toutes les choses qui sont ont été créées et produites » (Descartes);
« l’être absolument infini » (Spinoza);
« une substance nécessaire » (Leibniz);
« être nécessaire, unique, simple, immuable et éternel » (Kant) ;
l'Absolu, l'Idée éternelle (Hegel).

« principe et fin de toutes choses » (Dei Verbum, 1965)
Les éléments récurrents, et « extrêmes » de ces tentatives farfelues de définitions ab nihilo sont:
L’être
Le créateur
L’éternité
L’infinité
L’unicité
L’immuabilité
La toute-puissance


§ III / B / La toute-puissance n’existe pas selon Aristote, Horace et Sénèque le Jeune.

En effet, « la seule chose que Dieu n’a pas, le pouvoir de défaire ce qui s’est fait » (Éthique à Nicomaque, VI, ii, 6) ;

« Dieu [Jupiter] ne peut pas faire que ce qui a eu lieu ne se soit pas produit » ( " non tamen inritum quodcumque retro est efficiet neque
diffinget infectumque reddet
quod fugiens semel hora vexit." ; Odes, III, xxix, 45-48) ;

« le souverain créateur du monde a pu dicter les destinées, il y est soumis, il obéit incessamment, il a commandé une seule fois » (De la Providence, V, 8).

Cette impossibilité de la toute-puissance de Dieu, qui nuisait gravement au concept, fut niée, mais sans arguments convaincants, par Jérôme (vers 347 / 420) puis par Pierre Damien (vers 1007 / 1072).

« Dieu ne possède rien […] Dieu est nu […] personne ne connaît Dieu […] Dieu est le plus grand [maximus] et le plus puissant. »
« Dieu est près de toi, il est avec toi, il est en toi. » (Sénèque le Jeune, 1er siècle, Lettres à Lucilius, XXXI, 10 et XLI, 1). C'était presque déjà suggérer, avec sagesse, que "Dieu" est une invention toute humaine.

« Crois d’abord, et tu comprendras [...] Comprends ma parole pour arriver à croire, et crois à la parole de Dieu pour arriver à la comprendre. » (Augustin d'Hippone, Il faut croire pour comprendre, Sermon XLIII, 4 et 9). Déjà l’éloge de la pseudo-logique circulaire commune au christianisme (voir le § XI)  et au marxisme …


§ III C / Qualifications et métaphorisations de "Dieu" :

« le Dieu, éternel et un, semblable et sphérique, ni illimité ni limité, ni au repos ni en mouvement » (Xénophane de Colophon, cité par Pseudo-Aristote) ;
« Dieu est éternel, un, partout semblable, limité, sphérique et doué de sensation dans toutes ses parties »  (Xénophane de Colophon, cité par Hippolyte)
L'être le plus excellent (Aristote) ;

son centre est partout, sa circonférence nulle part (Livre des XXIV philosophes ; Rabelais, Tiers livre, XIII, et Cinquième livre, XLVII) ;
asile de l’ignorance (Spinoza) ;
tout ensemble Père, Fils, et Saint-Esprit (Bossuet ; c'est le dieu Un et Trine) ;
une grosse ou petite araignée dont les fils s'étendent à tout (Diderot) ; un père qui fait grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants (Diderot) ;
un fantôme inventé par la méchanceté des hommes (marquis de Sade) ;
une idée sans objet [cf Kant], une idée sans prototype, une chimère (Sade) ;
un mot rêvé pour expliquer le monde (Alphonse de Lamartine) ;
« Le seul être qui, pour régner, n’ait même pas besoin d’exister. » (Charles Baudelaire, Fusées) :
« la raison de ceux qui n'en ont pas » (Ernest Renan, Dialogues philosophiques) ;
notre mensonge de plus grande durée (Frédéric Nietzsche) ;
« Où qu’est Dieu ? le Dieu nouveau ? le Dieu qui danse ?... Le Dieu en nous !... qui s’en fout ! qu’a tout de la vache ! Le Dieu qui ronfle ! » (L.-F. Céline, Les beaux draps) ;
" unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre " (Paul VI, 1965)
un élément organisateur de l’univers discursif de la philosophie (G. Almeras et Sylvain Auroux) ;
soleil des intelligences, force des volontés et boussole de notre cœur (pape Benoît XVI).


§ IV / DÉFINITIONS DE LA FOI :

La substance de ce qu’on espère, la preuve de ce qu’on ne voit pas (Paul)
Croire les choses parce qu’elles sont impossibles (Pic de La Mirandole)
Argument des choses de nulle apparence (Rabelais)
Ne pas voir, et croire ce qu’on ne voit pas (Bourdaloue)
Croyance en ce qui semble faux à notre entendement (Voltaire)
An illogic belief [croyance] in the occurrence of the improbable (Mencken)

Frédéric Nietzsche : « Qui ne sait mettre sa volonté dans les choses, y met au moins un sens : cela s’appelle croire qu’une volonté s’y trouve déjà (principe de la "foi"). » (Crépuscule des Idoles, "Maximes et traits", § 18).


§ V  / Philosophie et/ou foi :

Thomas Browne, 1605-1682 : « To believe [croire] only possibilities is not faith [foi] but mere [simple] philosophy. » (Religio Medici).
« Vous mêlez la théologie avec la philosophie ; c’est gâter tout, c’est mêler le mensonge avec la vérité ; il faut sabrer la théologie. »
Denis Diderot, reproche fait à des Anglais, rapporté par Samuel de Romilly en 1781.
Arthur Schopenhauer: « Soit croire, soit philosopher. » (Paralipomena et parerga, "Sur la religion", § 181).

Martin Heidegger: « L’inconditionnalité de la foi et la problématisation de la pensée sont deux domaines dont un abîme fait la différence. » (Qu’appelle-t-on penser ?, II, vi).

Le « miracle » intellectuel de l'Occident est d’avoir, seul, et dès l’Antiquité, problématisé la foi.


Qualifications et métaphorisations de la foi :

Un acte, non de l’intelligence, mais de la volonté (Descartes)
Un don de Dieu (Pascal)
La consolation des misérables, et la terreur des heureux (Luc de Vauvenargues)

Croyance suffisante subjectivement et insuffisante objectivement (I. Kant, Critique de la raison pure, II, "Théorie transcendantale de la méthode", 2, 3e section)

Une espérance fervente (Alfred de Vigny)

Frédéric Nietzsche : La véritable ruse chrétienne, Un veto contre la science, le mensonge à tout prix, Une forme de maladie mentale (cf Sigmund Freud)

La démission de l’intelligence (Henri de Montherlant)


§ VI / "DIEU" … HYPOTHÈSE OU INVENTION ?

Commentant Ludwig Feuerbach (1804-1872), Michel Onfray nota : « les hommes créent Dieu à leur image inversée ». Mais il passe inaperçu que cette inversion fut révélée dans ces belles lignes d’un auteur grec du IIe siècle, Lucien de Samosate [Syrie actuelle] :
« Le marchand : Que sont les êtres humains ? 
Héraclite : Des dieux mortels. 
Le marchand : Que sont les dieux ? 
Héraclite: Des êtres humains immortels. » 
Philosophes à vendre, 14.
Pour la petite histoire : ces vers de Lucien de Samosate ont un temps figuré comme message d'accueil sur le répondeur téléphonique de Marc Sautet, fondateur des cafés-philo parisiens.


« Dieu » fut un objet de la foi judéo-islamique : Jacques Derrida, juif lui-même, faisait ce rapprochement qui semble pertinent aussi à Michel Onfray ; et en Occident l'objet de la foi chrétienne qui étoffe son édifice avec la médiatisation par les personnes de Jésus de Nazareth et de Marie (la mère), et par le Saint-Esprit ; la pratique de la confession auriculaire réalisa ce contrôle des pensées imaginé par Critias d’Athènes et qu’Ernest Renan appelait « tyrannie spirituelle ». Enfin, « Dieu » accéda au statut de simple hypothèse philosophique ; on connaît la réponse du physicien le marquis de Laplace à Bonaparte : « Je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. » (rapportée par Victor Hugo qui la tenait du physicien français François Arago) ; ceci au moment de la publication de L'Exposition du système du monde, en 1796. Hypothèse bien trop extrême, selon Nietzsche.


S’il y a des dieux …

Protagoras d'Abdère (sophiste, -Ve siècle) : « Les dieux, je ne saurais dire ni s’ils existent, ni s’ils n’existent pas. » (cité par Cicéron, De la nature des dieux, I, xxiv, 63). Protagoras serait donc le patron des agnostiques.

Frédéric Nietzsche : « "S’il y a des dieux, ils ne se soucient pas de nous" – voilà la seule proposition vraie de toute philosophie de la religion. [Wenn es Götter giebt, so kümmern sie sich nicht um uns“ — dies ist der einzige wahre Satz aller Religions-Philosophie] […] Les plus anciennes hypothèses doivent être les plus bêtes ». (Fragments posthumes, M III 6a, décembre 1881 – janvier 1882 ; N VI 2, mai-juin 1883).

Blaise Pascal, bien plus audacieux que Descartes, s'aventurait à envisager la non existence divine : « nous sommes incapables de connaître s'il y a un Dieu. Cependant il est certain que Dieu est, ou qu'il n'est pas : il n'y a point de milieu. » Et : « S'il y a un Dieu il est infiniment incompréhensible puisque n'ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport à nous. ». Pour lui,  l’hypothèse tournait au fameux pari, faute de possibilité de preuve.

Commentaire de Denis Diderot :
« Pascal a dit: " Si votre religion est fausse, vous ne risquez rien à la croire vraie ; si elle est vraie, vous risquez tout à la croire fausse". Un imam peut en dire tout autant. »
Addition aux Pensées philosophiques, 1770, LIX. D'actualité ...
Diderot à Voltaire :
« Je me suis aperçu que les charmes de l’ordre les captivaient [les athées] malgré qu’ils en eussent ; qu’ils étaient enthousiastes du beau et du bon, et qu’ils ne pouvaient, quand ils avaient du goût, ni supporter un mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action : en voilà tout autant qu’il m’en faut ! Ils disent que tout est nécessité. Selon eux, un homme qui les offense ne les offense pas plus librement que ne les blesse la tuile qui se détache et qui leur tombe sur la tête : mais ils ne confondent point ces causes, et jamais ils ne s’indignent contre la tuile, autre conséquence qui me rassure. Il est donc très-important de ne pas prendre de la ciguë pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu.  » (Lettre du 11 juin 1749).
« Si les cieux, dépouillés de son empreinte auguste,
Pouvaient cesser jamais de le manifester,
Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. »
Voltaire, Épître 104, À l’auteur du livre des Trois imposteurs, vers 20-22, 1769.
« Pourquoi existe-t-il tant de mal, tout étant formé par un Dieu que tous les théistes se sont accordés à nommer bon ? »
Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, "Les Pourquoi". Cet argument peut se contourner de la façon suivante : ce qui semble "mal" à l'homme n'est pas nécessairement "mal" dans l'absolu. Mais difficile à avaler quand même.


§ VII / UNE HYPOTHÈSE EXTRÊME :


« Un seul Dieu, le plus grand chez les dieux et les hommes,
Et qui en aucun cas n'est semblable aux mortels
Autant par sa démarche, autant par ce qu'il pense. » (Xénophane de Colophon, -VIe/-Ve siècles, cité par Clément d'Alexandrie, Stromates, V, 109).

Plus tard, on dira, en restant dans le pensable : « grandeur telle que rien de plus grand ne peut être pensé » : Sénèque le Jeune (-4 / 65), puis Anselme de Cantorbéry (1033-1109) ; voire même, entrant dans l'impensable, « plus grand que ce qui peut être pensé » (Anselme, repris par Thomas d'Aquin). Ce qui correspond au concept courant (mais non au concept mathématique) d’infini. Cf l’actuel, moins élaboré et plus modeste, « Allahou Akbar » (" Dieu est plus grand ") des islamistes.

Selon Aristote, Dieu était « le moteur immobile », c’est-à-dire la « première cause », la cause en soi [causa sui des scolastiques, cause incausée] qui aurait lancé l’Univers à la fois en existence et en mouvement.

« Créateur du monde » est l’attribut principal de « Dieu », d’où la toute-puissance, mais avec une restriction de taille : Dieu ne peut pas faire que ce qui s’est produit ne se soit pas produit (concession au principe de réalité). C’est l’artifex (maître d’œuvre) de Sénèque le Jeune, créateur d’un monde « optimal » (Lettres à Lucilius, LXV, 10, 19). Ou encore le fameux horloger de Voltaire.

La création du monde est complétée par la création de l'homme, et de l'homme paradoxalement créé moralement LIBRE, libre de choisir entre le bien et le mal vus selon le créateur ; "Dieu" se trouve ainsi exempté de toute responsabilité du mal. Pour filer la métaphore de Voltaire, l'horloger a donc fabriqué une horloge "libre" d'indiquer n'importe quelle heure ... Création suivie de celle de la femme, pour certains autre argument de poids contre la bonté infinie du dieu ...


§ VIII / SUR L’IDÉE DE DIEU CHEZ DESCARTES :

Cartésianisme est souvent perçu comme synonyme de pensée logique. Pour se défaire de ce préjugé, il suffit d’examiner sommairement la façon dont Descartes traita l’idée de Dieu.

Dans le Discours de la méthode, première apparition de la notion de Dieu dans le passage suivant :
« Il est bien certain que l’état de la vraie religion, dont Dieu seul a fait les ordonnances, [2e partie] »
Ici, aucun doute n’est exprimé, ni sur la religion, ni sur l’existence d’un dieu ; dans la 4e partie du Discours …, Descartes essayera bien, après d’autres, de prouver l’existence de son Dieu, mais on sait que cette "preuve" a été définitivement ruinée par David Hume et Kant.



Pour réhabiliter le cartésianisme, il a été dit que le Discours … ne représentait pas le sommet de la pensée cartésienne, et qu’il fallait aller voir les Méditations métaphysiques. Soit. Ce texte s’ouvre sur une adresse à Messieurs les Doyen et Docteurs de la sacrée Faculté de Théologie de Paris dans laquelle on peut lire :
« Bien qu’il nous suffise, à nous autres qui sommes fidèles, de croire par la foi qu’il y a un Dieu, et que l’âme humaine ne meurt point avec le corps[…] »
En contradiction avec cette ouverture, Descartes annonce, dès la première Méditation:
« Je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions. »
Bon programme, mais peu suivi ; quelques pages plus loin, Descartes se contredit une nouvelle fois en écrivant :
« Toutefois il y a longtemps que j’ai dans mon esprit une certaine opinion, qu’il y a un Dieu qui peut tout, et par qui j’ai été créé et produit tel que je suis. »
Toutefois n’a pas pour fonction d’amener le doute sur Dieu, mais de mettre en doute les vérités mathématiques envisagées à la fin de l’alinéa précédent.
« Or qui me peut avoir assuré que ce Dieu n’ait point fait qu’il n’y ait aucune Terre, aucun ciel, aucun corps étendu, aucune figure, aucune grandeur, aucun lieu, et que néanmoins j’aie les sentiments de toutes ces choses, et que tout cela ne me semble point exister autrement que je le vois ? »
Ce Dieu est ici évoqué sans aucune mise en doute, alors que l’existence de l’Univers est, elle, suspectée !
« Et même, comme je juge quelquefois que les autres se méprennent, même dans les choses qu’ils pensent savoir avec le plus de certitude, il peut se faire qu’il [Dieu] ait voulu que je me trompe toutes les fois où je fais l’addition de deux et de trois, ou que je nombre [compte] les côtés d’un carré, ou que je juge de quelque chose encore plus facile, si l’on se peut imaginer rien de plus facile que cela. »
Dans cette mise en doute des vérités mathématiques, Descartes a recours à l’idée de Dieu dont il admet implicitement l’existence ; il examine si grâce à elle le doute sur les vérités mathématiques peut ou non être levé.
« Mais peut-être que Dieu n’a pas voulu que je fusse déçu de la sorte, car il est dit souverainement bon.Toutefois, si cela répugnait à sa bonté, de m’avoir fait tel que je me trompasse toujours, cela semblerait aussi lui être aucunement contraire, de permettre que je me trompe quelquefois, et néanmoins je ne puis douter qu’il ne le permettre. »
Un peu plus loin, toujours dans la première méditation, Descartes vient à envisager l’objection que pourraient lui faire des athées, et envisage enfin qu’il puisse n’y avoir ni Dieu, ni univers, et ceci dans un même mouvement; mais Descartes n’envisage toujours pas la seule non existence de Dieu...

* * * * *
Sur le catholicisme de Descartes, on peut se reporter au stimulant article de François Miclo,

Descartes excommunié ? Léa Salamé, zéro pointé.

* * * * *

Force est donc de constater que dans son exposé, Descartes faisait une exception, une entorse à la logique, pour l’opinion particulière que constitue la foi en le Dieu chrétien. « Il [Descartes] se perd dans l’hypothèse de la véracité de Dieu », remarquait Alfred de Vigny (Journal d’un poète, hiver 1834). La perfection est mise en avant par Descartes : Dieu est parfait, il ne lui manque rien, donc il existe ; preuve dite « ontologique » (ou définitionnelle), mieux nommée "preuve" circulaire, réfutée par Henry Oldenburg, David Hume et Kant : on tombe en effet dans une contradiction lorsque en pensant d’abord une chose, on y introduit la notion de son existence ou celle de sa possibilité. Cf le sophisme du « gouvernement parfait », utopie qui « doit » être possible, car sinon elle ne serait pas parfaite. Selon Descartes :
« On peut démontrer qu’il y a un Dieu de cela seul que la nécessité d’être ou d’exister est comprise en la notion que nous avons de lui. » (Les Principes de la philosophie, I, 14).
C'est considérer qu’à chacune de nos notions correspond une réalité extérieure, c’est la théorie idéaliste du reflet, inversée plus tard en matérialisme absolu par les marxistes. Or « Nul homme ne saurait devenir plus riche en connaissances avec de simples idées. » (Kant, Critique de la raison pure, DT, II, iii, 4). Déjà Aristote de Stagire : « Ceux qui définissent ne prouvent pas ce faisant l’existence du défini. » (Seconds analytiques, II, vii, 92b).

Et Leibniz : « D'une définition on ne peut rien inférer de certain au sujet de la chose définie, tant qu'il n'est pas établi que cette définition exprime une chose possible. » (Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, traduit du latin par Paul Schrecker).

Ils n’en prouvent pas davantage la possibilité que l’existence ; par exemple : " le plus grand nombre entier ", " le plus petit réel strictement positif ", et, je l'ai dit, " le gouvernement parfait ".

* * * * *

HENRY OLDENBURG (v. 1618 - 1677) (secrétaire de la Royal Society de Londres), dont le nom mérite (bien qu'ignoré par Onfray...) de rester dans les annales de l’athéologie :
« Des définitions ne peuvent contenir autre chose que des concepts formés par notre esprit ; or notre esprit conçoit beaucoup d’objets qui n’existent pas et sa fécondité est grande à multiplier et à augmenter les objets qu’il a conçus. Je ne vois donc pas comment de ce concept que j’ai de Dieu, je puis inférer l’existence de Dieu. » (Lettre à Baruch Spinoza, 27 septembre 1661).
Leibniz : " La démonstration de l'existence de Dieu, tirée de la notion de Dieu, paraît avoir été pour la première fois inventée et proposée par Anselme de Cantorbéry dans son livre Contre l'insensé, qui nous a été conservé. Cet argument a été plusieurs fois examiné par les théologiens scolastiques et par l'Aquinate [Thomas d'Aquin] lui-même, à qui Descartes semble l'avoir emprunté, car il n'ignorait pas ce philosophe. Ce raisonnement n'est pas sans beauté, cependant il est imparfait. " (Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, traduit par Paul Schrecker).
David Hume : « There is a great difference betwixt [entre] the simple conception of the existence of an object and the belief [la croyance] of it. » (A Treatise of Human Nature, I, ii, section 7)
DIDEROT« J’avoue qu’un Être qui existe quelque part et qui ne correspond à aucun point de l’espace ; un Être qui est inétendu et qui occupe de l’étendue ; qui est tout entier sous chaque partie de cette étendue ; qui diffère essentiellement de la matière et qui lui est uni ; qui la suit et qui la meut sans se mouvoir ; qui agit sur elle et qui en subit toutes les vicissitudes ; un Être dont je n’ai pas la moindre idée ; un Être d’une nature aussi contradictoire est difficile à admettre. » Le Rêve de D’Alembert, publié en 1830 [1769], " Entretien entre D’Alembert et Diderot ".
Frédéric Nietzsche :
« Nous n’avons pas le droit de supposer une création, car ce "concept" ne permet pas de comprendre quoi que ce soit. Créer du néant une force qui ne soit pas déjà là : ce n'est pas une hypothèse ! » (Fragments posthumes, Mp XVII 1b, hiver 1883-1884, [36]).
Clément d’Alexandrie eut fort à faire pour tirer dans le sens d’une création divine cette pensée du présocratique Héraclite d'Éphèse :
« Ce monde-ci, le même pour tous nul des dieux ni des hommes ne l’a fait. Mais il était toujours, est et sera. » (Fragment XXX)
« Le concept de "création" est aujourd'hui absolument indéfinissable, inapplicable : ce n'est qu'un mot qui subsiste à l'état rudimentaire, depuis les temps de la superstition ; avec un mot, on n'éclaircit rien. » (Fragments posthumes, W II 5, printemps 1888, [188]) ; Frédéric Nietzsche retrouvait ainsi le principe de Lucrèce (-1er siècle) :
« Nullam rem e nilo gigni divinitus umquam. Rien n’est produit de rien par une force divine. » (De rerum natura, I, 150). Le duo Dieu-Univers n’est pas assimilable au couple voltairien horloger-horloge.

§ IX / HUMAIN, TROP HUMAIN

« Les dieux ne sont pas tels que la multitude se les représente. » (Épicure, Lettre à Ménécée, § 123)

« L’homme de bien diffère de Dieu seulement par la durée. » (Sénèque, De la providence, I, 5)

« If God were not a necessary being of himself, he might [pourrait] almost seem to be made on purpose [exprès] for the use and benefit of mankind [l’humanité]. » (John Tillotson, 1630-1694, Sermons, 93)

« On a dit fort bien que si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés. » (Montesquieu, Lettres persanes, LIX)

« Si Dieu nous a fait à son image, nous le lui avons bien rendu. » (Voltaire, Carnets)


UNE HYPOTHÈSE BIEN TROP EXTRÊME


Valeur de la croyance grecque à leurs dieux : elle se laissait délicatement mettre de côté et n’inhibait pas les activités philosophique et scientifique.

Michel de Montaigne : « l’homme nu et vide […] anéantissant son jugement pour faire plus de place à la foi. » (Essais, II, xii, page 506). Cela annonce Kant.
Pascal : « S’il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque, n’ayant ni parties ni bornes, il n’a nul rapport à nous. Nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu’il est, ni s’il est. » (Pensées, Br 233, L 418).
J'apprécie ces "Si" pascaliens. Oser mettre en doute deux fois l'existence du dieu !!

* * * * *

   Le principe d’économie des concepts, ou « rasoir d’Ockham » (admis par Pascal mais seulement dans les sciences) enjoint de ne pas multiplier les êtres sans nécessité (Traité des principes de la théologie). On trouve donc plus de raison de nier l’existence de Dieu parce qu'on ne peut pas la prouver, que de la croire par la seule raison qu'on ne peut démontrer qu'elle n'est pas ; cf Lettre de Pascal au père Noël, 29 octobre 1647 ; argument hélas appliqué à la seule question de la matière subtile de Descartes :
« Nous trouvons plus de sujet de nier son existence, parce qu'on ne peut pas la prouver, que de la croire, par la seule raison qu'on ne peut montrer qu'elle n'est pas. »

   L’inexistence des êtres de fictions (dieux païens ou dieu monothéiste, anges et archanges, démons et chimères, esprits) est en effet indémontrable et inéprouvable, faute de tout point de contact entre ces êtres éventuels et notre réalité, comme l’avait bien vu Blaise Pascal. Les vérités dites de fait (par exemple la vérité géographique : « la Corse est une île ») ne se démontrent pas, elles se constatent (si le niveau de la mer baissait suffisamment, la Corse pourrait un jour se trouver rattachée au Continent) ; seules les vérités de raison (e. g. : si x est impair, (x + 1)² est multiple de 4) sont susceptibles d’une démonstration (1) en bonne et due forme.
1. Il existe trois types de démonstrations : la déduction, la réduction à l’absurde (Parménide et Zénon d'Elée) et l’induction complète (raisonnement par récurrence).


Jacques DU ROURE (début XVIIe / vers 1685) : « Parce qu’encore dans la philosophie, on considère les choses et les sociétés purement naturelles, je n’y traite pas des religions. Outre que – la nôtre exceptée, dont les principaux enseignements sont la justice et la charité [la justice avant la charité ; exeunt la foi et l’espérance …], c’est-à-dire le bien que nous faisons à ceux qui nous en ont fait, et aux autres – elles sont toutes fausses et causes des dissensions, des guerres, et généralement de plusieurs malheurs. »
Abrégé de la vraie philosophie, "Morale", § 69, 1665. Je soupçonne ce Du Roure de dissimuler son athéisme.



Nicolas Malebranche (1638-1715) :




« – Aristarque : J'en suis convaincu par la foi, mais je vous avoue que je n'en suis pas pleinement convaincu par la raison.
– Théodore : Si vous dites les choses comme vous les pensez, vous n'en êtes convaincu ni par la raison, ni par la foi. Car ne voyez-vous pas que la certitude de la foi vient de l'autorité d'un Dieu qui parle, et qui ne peut jamais tromper. Si donc vous n'êtes pas convaincu par la raison, qu'il y a un Dieu, comment serez-vous convaincu qu'il a parlé ? Pouvez-vous savoir qu'il a parlé, sans savoir qu'il est ? Et pouvez-vous savoir que les choses qu'il a révélées sont vraies, sans savoir qu'il est infaillible, et qu'il ne nous trompe jamais ?
– Aristarque : Je n'examine pas si fort les choses ; et la raison pour laquelle je le crois, c'est parce que je le veux croire, et qu'on me l'a dit ainsi toute ma vie. Mais voyons vos preuves.
– Théodore : Votre foi est bien humaine, et vos réponses bien cavalières ; je voulais vous apporter les preuves de l'existence de Dieu les plus simples et les plus naturelles, mais je reconnais par la disposition de votre esprit qu'elles ne seraient pas les plus convaincantes. Il vous faut des preuves sensibles. »
 (Conversations chrétiennes ..., 1677, Entretien I).

Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l'Education, 1762, livre IV, " Profession de foi du vicaire savoyard " : « Ne donnons rien au droit de la naissance et à l'autorité des pères et des pasteurs, mais rappelons à l'examen de la conscience et de la raison tout ce qu'ils nous ont appris dès notre enfance. Ils ont beau me crier : Soumets ta raison; autant m'en peut dire celui qui me trompe : il me faut des raisons pour soumettre ma raison. »


ARTHUR SCHOPENHAUER : « Je n’y vois [dans la causa sui], quant à moi, qu’une contradictio in adjecto, un conséquent pris pour un antécédent, une décision autoritaire et impertinente de rompre la chaîne infinie de la causalité. […] Une première cause est tout aussi impensable que l’endroit où l’espace finit ou que l’instant où le temps a commencé. » (De la quadruple racine du principe de raison suffisante (1847), Paris : J. Vrin, 1991, chapitre II, § 8 et chapitre IV, § 20).


§ X / FRÉDÉRIC NIETZSCHE :

Gai Savoir, V, § 357 : « [Arthur] Schopenhauer fut en tant que philosophe le premier athée avoué et inflexible qui se soit trouvé parmi nous autres Allemands: c’était là le vrai motif de son hostilité envers Hegel. […] discipline doublement millénaire de l’esprit de vérité qui finit par s’interdire le mensonge de la croyance en Dieu. »

Une des dernières ruses des croyants est d'insinuer que l'athéisme serait une croyance à l'instar de la leur ; une croyance, sans dogme, sans rites, sans tabous, sans interdits, mais une croyance... Ces croyants ne veulent pas reconnaître que, contrairement à leur croyance, l'athéisme est une pensée. La pensée de la question, c'est ce qui leur manque. " Mal nommer les choses... " (Albert Camus).

« Que le monde ne soit pas la quintessence d’une rationalité éternelle, on peut le démontrer définitivement par ceci que ce morceau de monde que nous connaissons, – j’entends notre raison humaine – n’est pas trop raisonnable. » (Le Voyageur et son ombre, § 2). À rapprocher de David Hume: « Quel privilège particulier possède cette petite agitation du cerveau que nous appelons pensée pour que nous devions en faire ainsi le modèle de tout l’Univers ? » (Dialogues, II).

Fragments posthumes, N VII 3, été 1886 – automne 1887: [71] 3 : « Nous n’avons plus tellement besoin d’un remède contre le premier nihilisme(*) : la vie n’est plus à ce point incertaine, hasardeuse, absurde dans notre Europe. Une si monstrueuse surestimation de la valeur de l’homme, de la valeur du mal etc. n’est plus tellement nécessaire aujourd’hui […] "Dieu" est une hypothèse bien trop extrême [„Gott“ ist eine viel zu extreme Hypothese]. »
* Cf « la morale empêchait que l’homme ne se méprisât en tant qu’homme […] la morale était le grand remède contre le nihilisme pratique et théorique. » (Fragments posthumes, N VII 3, été 1886 - automne 1887: [71]: Le nihilisme européen.).

« "Dieu" aujourd'hui rien qu'un mot pâli, pas même un concept !" (Fragments posthumes, W II 1, automne 1887, 9[18]). « Dieu […] formule unique pour dénigrer l’en-deçà et répandre le mensonge de l’au-delà. » (L’Antéchrist, 18). À rapprocher de ce qu'écrivit l'excellente et regrettée Jeanne Delhomme [une de mes profs de philo à Parix-X - Nanterre] : « Dieu n’est donc pas un concept problématique, ce n’est pas un concept du tout, c’est pourquoi on peut le dire sans pouvoir le penser. » (L’Impossible interrogation, 1971, III, iii, Médiations).

Ecce Homo, « Pourquoi je suis un destin », § 8 : " Le concept [Begriff] "Dieu", inventé comme concept opposé à la vie – et, en elle, tout ce qui est nuisible, empoisonné, négateur, toute la haine mortelle contre la vie, tout cela ramené à une scandaleuse unité! Le concept "au-delà", "monde vrai", inventé pour déprécier l’unique monde qui existe, pour ne plus conserver pour notre réalité terrestre aucun but, aucune raison, aucune tâche! Le concept "âme", "esprit", et, pour finir, "âme immortelle", inventée afin de mépriser le corps, de le rendre malade – "saint"! – d’opposer une effrayante insouciance à tout ce qui, dans la vie, mérite le sérieux: les questions d’alimentation, de logement, de régime intellectuel, de traitement des malades, d’hygiène, de climat! Au lieu de la santé, le "salut de l’âme" – je veux dire une folie circulaire [en français dans le texte] qui oscille entre les convulsions de la pénitence et l’hystérie de la rédemption! Le concept de "péché" inventé, en même temps que l’instrument de torture qui la complète, la notion de "libre arbitre", à seule fin d’égarer les instincts, de faire de la méfiance envers les instincts une seconde nature! "

André GIDE . «  N’a jamais rien prouvé le sang des martyrs. Il n’est pas religion si folle qui n’ait eu les siens et qui n’ait suscité des convictions ardentes. C’est au nom de la foi que l’on meurt  ; et c’est au nom de la foi que l’on tue. L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi.  » Ce passage des Nouvelles nourritures (IV) rappelle ce § 53 de L’Antichrist  :
«  Il est si peu vrai que des martyrs prouvent quoi que ce soit quant à la vérité d’une cause, que je suis tenté de nier qu’aucun martyr n’ait jamais rien eu à voir avec la vérité. Le ton sur lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il «  tient pour vrai  » exprime déjà un niveau si bas de probité intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr.  »

Comment ne pas en venir, en cette année 2015, à penser avec Gide que «  l’athéisme seul peut pacifier le monde aujourd’hui  » (Journal, 13 juin 1932)  ?


Ma formulation de la position philosophique athée :
« Je pense qu'il n'existe rien dans l'Univers qui ressemble de près ou de loin à ce que les croyants appellent "dieu". » Formulation reprise par les Athées de Belgique.

Car l'athéisme est bien une pensée, et non une croyance.


Excellente chronique de Laurent Gerra sur RTL le 9 février 2009 :
« Benoît XVI : - [Richard] Williamson demande des preuves de l’existence des chambres à gaz. Arrête, Richard, bitte, de dire des bêtises pareilles ; après, tu vas demander des preuves de l’existence de Dieu, peut-être ? Quand on est prêt à croire sans preuves qu’on peut marcher sur l’eau, qu’on peut multiplier les pains ou ressusciter au bout de trois jours, alors on peut tout croire, hein ? »
Selon Martin Heidegger : « L’inconditionnalité de la foi et la problématicité de la pensée sont deux domaines dont un abîme fait la différence. » (Qu’appelle-t-on penser ?, II, vi). Distinction qui en rappelle d’autres :

Déjà Thomas Browne(1605-1682) : « To believe only possibilities is not faith but philosophy. » (Religio Medici).

Et Baruch Spinoza : « Entre la foi, ou [sive] la Théologie, et la Philosophie il n’y a nul commerce, nulle affinité ; et c’est un point que personne ne peut ignorer s’il connaît le but et le fondement de ces deux puissances, qui certainement sont d’une nature absolument opposée. Le but de la philosophie n’est rien d’autre que la vérité, celui de la Foi rien d’autre que l’obéissance et la piété. »
Traité théologico-politique, XIV.


§ XI / MAIS DIEU SAUVÉ EN TANT QUE FILS DE L’HOMME ?

« Le règne de Dieu est au dedans de vous » (Évangile selon Luc, XVII, 21) ; interprété par Ernest Renan, cela donne : « Dieu sera plutôt qu’il n’est […] il est le lieu de l’idéal, le principe vivant du bien. » (Lettre à M. Marcellin Berthelot, 1863). « Il faut créer le royaume de Dieu, c’est-à-dire de l’idéal, au dedans de nous. » (Souvenirs d’enfance et de jeunesse, II, vii).

Puis André GIDE :

« L’admirable révolution du christianisme est d’avoir dit : le royaume de Dieu est au dedans de vous. » (Journal, 28 février 1912).

« Je crois plus facilement aux dieux grecs qu'au bon Dieu. Mais ce polythéisme, je suis bien forcé de le reconnaître tout poétique. Il équivaut à un athéisme foncier. C'est pour son athéisme que l'on condamnait Spinoza. Pourtant, il s'inclinait devant le Christ avec plus d'amour, de respect, de piété même que ne font bien souvent les catholiques, et je parle des plus soumis ; mais un Christ sans divinité. » Les Nouvelles nourritures.

Jacques Prévert :


" J'ai toujours été intact de 
Dieu et c'est en pure perte que ses émissaires, ses commissaires, ses prêtres, ses directeurs de conscience, ses ingénieurs des âmes, ses maîtres à penser se sont évertués à me sauver.

Même tout petit, j'étais déjà assez grand pour me sauver moi-même dès que je les voyais arriver.

Je savais où m'enfuir: les rues, et quand parfois ils parvenaient à me rejoindre, je n'avais même pas besoin de secouer la tête, il me suffisait de les regarder pour dire non.

Parfois, pourtant, je leur répondais : « 
C'est pas vrai ! »

Et je m'en allais, là où ça me plaisait, là où il faisait beau même quand il pleuvait, et quand de temps à autre ils revenaient avec leurs trousseaux de mots-clés, leurs cadenas d'idées, les explicateurs de l'inexplicable, les réfutateurs de l'irréfutable, les négateurs de l'indéniable, je souriais et répétais: «C'est pas vrai ! » et « 
C'est vrai que c'est pas vrai ! »

Et comme ils me foutaient zéro pour leurs menteries millénaires, je leur donnais en mille mes vérités premières. "
(Bifur, 1930, Paroles, 1946)


Couverture de Charlie-Hebdo

Déjà Sénèque le Jeune (avec ironie?) : « Dieu […] est en toi. »


§ XII / SUR FIDES ET RATIO


   Un des mérites de l’encyclique Fides et Ratio (a) publiée en octobre 1998 fut de réussir à présenter un exposé concis de la doctrine catholique (Tradition, Écriture, Magistère) et de sa distinction entre l’ordre de la foi et celui de la connaissance philosophique (I, § 9). Ces pages présentent des aspects variés ; certains intéressants, d'autres faibles, voire consternants.


Six idées intéressantes :

Il est exact, mais trivial, que « derrière un mot unique se cachent des sens différents » (Introduction, § 4).

La priorité de la pensée philosophique sur les systèmes philosophiques (Introduction, § 4). Soit dit en passant, c'est l'existence chez Socrate de cette forme philosophique de la pensée qui permet aujourd'hui aux philosophes analytiques de se réclamer de lui.

Le nécessaire (et difficile) équilibre à tenir entre la confiance accordée à autrui et l'esprit critique (III, § 32).

Le caractère universel de la vérité, dont le consensus (la vox populi) n'est cependant pas le critère (III, § 27 ; V, § 56 ; VII, § 95).

Le rappel, après Montaigne (a), de l'unité de la vérité (III, §§ 27 et 34), selon le principe de non-contradiction.

L'affirmation selon laquelle la vérité dépasse l'histoire (VII, § 95).


Huit faiblesses :

La « capacité de connaître Dieu » (Introduction, § 4) n’est pas une constante philosophique.

La connaissance propre à la foi serait « fondée sur le fait même que Dieu se révèle, et c'est une vérité très certaine car Dieu ne trompe pas et ne veut pas tromper » (I, § 8) ; ce raisonnement est entaché du vice de circularité que l'on décèle déjà dans ce texte biblique : " Le Seigneur [...] se révèle à ceux qui ont foi en Lui [se autem manifestat eis, qui fidem habent in illum.] " (Sagesse, I, 2).

La reprise du préjugé égalitariste de la correction politique selon lequel "tout homme est philosophe" (III, § 30 ; VI, § 64).

Le postulat d'une valeur absolue de la vérité (III, § 27) ; la raison ouverte à l'absolu devient alors capable d'accueillir la Révélation (IV, § 41).

L'exigence d'une "façon correcte de faire de la théologie" (IV, § 43).

La justification de la foi par la Révélation (I, §§ 8, 9 et 15 ; IV, § 43), cercle vicieux que Malebranche relevait déjà (voir plus haut, § VII), à l'époque où la foi cherchait sérieusement un fondement rationnel, ce qui n'est visiblement plus le cas aujourd'hui. Le catholicisme a régressé sur ce point.

Le postulat du surplomb de la démarche philosophique par la posture de la foi (IV, § 42; V, § 50; VI, § 76); postulat auquel Malebranche, on l'a vu, mais aussi Jean-Jacques Rousseau avait, comme bien d'autres, répondu par avance (b).

Le fondement de la foi sur ... le témoignage de Dieu (I, § 9), encore un cercle ; mais on sait qu'aux yeux des croyants et selon leur "logique", la circularité est davantage une perfection qu'une objection.

L'affirmation, là encore entachée de circularité, selon laquelle la lumière de la raison et celle de la foi ne peuvent se contredire, car "elles viennent toutes deux de Dieu" (IV, § 43). « La raison et la foi sont de nature contraire » écrivait le grand Voltaire (Lettres philosophiques, XIII, appendice 1).


Cinq ridicules :

La définition de la philosophie par son étymologie "amour de la sagesse" (Introduction, § 3) ; confusion entre signification et étymologie que l'on n'admettrait pas venant d'un élève de classe terminale.

L'attribution à Platon de Traités philosophiques, alors qu'il n'a écrit que des Dialogues et des Lettres (Introduction, § 1).

Compétence circulaire qui viendrait à l’Église « du fait qu'elle est dépositaire de la Révélation de Jésus Christ » (Introduction, § 6).

L'association athéisme-totalitarisme (IV, § 46), alors que, comme l'avait bien vu Ernest Renan (c), l'Inquisition chrétienne a été la matrice forte des totalitarismes modernes (Ce qui n'empêcha pas Benoît XVI de reprendre cette association en 2010, lors de son voyage en Grande-Bretagne).

Faire de la Vierge Marie une nouvelle Minerve (d), en "harmonie profonde" avec la philosophie authentique, et "image cohérente de la vraie philosophie" (Conclusion, § 108).

Paradoxale est donc cette coexistence, dans cette prétention de prosélyte de l’ancien maître du Vatican, d'aperçus justes et d'aveuglements face à l'absurdité (des montagnes d'absurdités, écrivait André Gide).

Faiblesses et mystères du cerveau humain ...


§ XIII - Sur "totalitarisme et athéisme" :
L'athéisme est une pensée philosophique qui n'implique l'adhésion à aucune idéologie totalitaire. L'assimilation faite par plusieurs papes est donc sans fondement.

Lettre encyclique de Jean-Paul II du 15 octobre 1998, publiée en traduction française par la Documentation catholique, n° 2191, 1er novembre 1998, pages 901-942. On y lit :

§ 46 : " Certains représentants de l'idéalisme ont cherché de diverses manières à transformer la foi et son contenu, y compris le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus Christ, en structures dialectiques rationnellement concevables. À cette pensée se sont opposées diverses formes d'humanisme athée, philosophiquement structurées, qui ont présenté la foi comme nocive et aliénante pour le développement de la pleine rationalité. Elles n'ont pas eu peur de se faire passer pour de nouvelles religions, constituant le fondement de projets qui, sur le plan politique et social, ont abouti à des systèmes totalitaires traumatisants pour l'humanité. "



" Même dans notre propre vie, nous pouvons nous rappeler combien la Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. J’évoque aussi l’attitude du régime envers des pasteurs et des religieux chrétiens qui ont défendu la vérité dans l’amour en s’opposant aux Nazis et qui l’ont payé de leurs vies. En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Benoît XVI n'avait donc jamais vu ça :




NOTES DU § XII

a. Michel de Montaigne, Essais, I, ix : " Si, comme la vérité, le mensonge n'avait qu'un visage [...] "

b. Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l'Éducation, IV, Profession de foi du vicaire savoyard : « Ils ont beau me crier : Soumets ta raison ; autant m'en peut dire celui qui me trompe : il me faut des raisons pour soumettre ma raison. » Soumettre sa raison est une formule oxymorale ; la raison ne se soumet pas, ou alors elle n'est plus raison.

c. Ernest Renan, L'Avenir religieux des sociétés modernes, 1860, III : "Le christianisme, avec sa tendresse infinie pour les âmes, a créé le type fatal d'une tyrannie spirituelle, et inauguré dans le monde cette idée redoutable, que l'homme a droit sur l'opinion de ses semblables."

d. Minerve, déesse italique identifiée en Grèce à Athéna, ou encore Pallas Athéna, et qui personnifiait notamment la sagesse et la raison ; voir Chateaubriand, Essai sur les révolutions, II, xxxi : " le voluptueux sacrifia à Vénus, le philosophe à Minerve, le tyran aux déités infernales. "

Une première version de cette note sur Fides et ratio fut publiée dans la Tribune des Athées, n° 101, décembre 1999.




et ma page


mercredi 31 janvier 2018

INDEX AMOUREUX ET PHILOSOPHIQUE DE MICHEL EYQUEM DE MONTAIGNE

  


INDEX RERUM ET NOMINUM DES
ESSAIS DE MONTAIGNE


A / PENSER AVEC MONTAIGNE
B / AMOUREUX ET PHILOSOPHIQUE
C / FRÉQUENCES ABSOLUES DE TERMES SIGNIFICATIFS
D / INDEX AMOUREUX ET PHILOSOPHIQUE




APENSER AVEC MONTAIGNE


  Mon renvoi aux pages est à l’édition de référence de Paris : PUF-Villey/Saulnier, 1965 (même pagination pour l'édition en collection de poche Quadrige/PUF). L'orthographe est moderniséeLorsque l’entrée de mon index est une reformulation de l’expression ou de la pensée de Montaigne, l’indication figure, sauf erreur ou omission, entre parenthèses. Ces entrées sont délibérément redondantes, pour la facilité de la recherche.


Exemplaire de Bordeaux (1588)


Fac-simile de l'édition de 1595 des Essais


Essais en ligne, édition Pierre Villey / Verdun Louis Saulnier


    Sur cette page d'accueil des Essais en ligne, on peut, par la fonction search,  rechercher et localiser tout mot ou expression des Essais dans son orthographe ancienne ou approximative.


* * * * *
Montesquieu : " Dans la plupart des auteurs, je vois l'homme qui écrit ; dans Montaigne, l'homme qui pense. " (Mes pensées, VII).

Marcel Conche : " Pour aborder la connaissance et l’étude de la pensée de Montaigne, il convient, en premier lieu, de bien choisir l’édition des Essais sur laquelle on prendra appui. Je conseille l’édition de référence Villey-Saulnier (Paris, PUF, nombreuses réimpressions depuis 1965, avec la même pagination, aujourd’hui en un seul volume dans « Quadrige », 2004). Ce choix se justifie par les cinq raisons suivantes .



* * * * *


  L'index qui suit reflète une lecture assez personnelle de cette magnifique œuvre de Montaigne, lecture cependant accompagnée dans ses débuts par l'Essai sur Montaigne d'André Gide, ainsi que par ses pages choisies :



Publié par Jacques Schiffrin (Paris : éditions de la Pléiade, 1929 ; Arnold Naville,
"Bibliographie des écrits de André Gide", Paris, 1949, n° CXXV.
Édition originale tirée à 480 exemplaires).


Paris : Corréa, 1939 ; collection "Les pages immortelles"



Il s'adresse à des gens ayant déjà une certaine familiarité avec le texte des Essais ; la recherche sur un terme s'y fait cette fois avec son orthographe modernisée.



Penser avec Montaigne sur France Culture (aux Répliques de Finkielkraut, avec Frédéric Brahami et Pierre Manent).

« Ce Discours de la méthode avant la lettre qu'est l'art de conférer [III, viii]. » (Frédéric Brahami, 5 avril 2014) ; ce qui est assez gentil pour Descartes, car question méthode, je préfère de beaucoup Montaigne et Pascal.

Enfin, je signale cette


* * * * *

B / AMOUREUX ET PHILOSOPHIQUE


  Index amoureux parce dans ces Essais il est beaucoup question d'amour, y compris l'amour d'amitié, et parce que Montaigne est, avec Voltaire, Arthur Schopenhauer, Frédéric Nietzsche et André Gide, un des auteurs post-Anciens que j'apprécie le plus. Index philosophique parce que la valeur philosophique de Montaigne me paraît certaine même si elle n'est pas encore assez reconnue ; on enregistre cependant quelques progrès dans ce sens : 
« Il invente une nouvelle morale. Il le fait dans un esprit d'ouverture qui prétend qu'aucune civilisation n'est supérieure à une autre. C'est pour cette raison qu'il a passionné Michel Foucault ou Claude Lévi-Strauss. La nouveauté, aujourd'hui, c'est le changement de statut de Montaigne. Il est passé de la catégorie des écrivains à celle des philosophes. » Olivier Guerrier, professeur de littérature française de la Renaissance à l'université de Toulouse, président de la Société internationale des Amis de Montaigne (SIAM).

Au chapitre xx du livre I, il glisse, après Épicure et Cicéron, cette insinuation de la mortalité de "l'âme" :
" vif, vous êtes ; mort, vous n'êtes plus "
; la mort ne fait donc, pour Montaigne, pas partie de l'existence humaine proprement personnelle. Et à la toute fin des Essais, il recommande hardiment non son âme, mais la vieillesse, cet ante mortem, non au dieu des chrétiens, mais au divin Apollon. Deux raisons de conclure à l'athéisme de Montaigne, en plus du peu de cas qu'il fait de Jésus (cinq occurrences). L’abbé Meslier ne fut donc pas le premier athée de l’histoire occidentale.

Sur l'islam,
« Le grand Seigneur [le Grand Turc, Soliman le magnifique] ne permet aujourd'hui ni à Chrétien ni à Juif d'avoir cheval à soi, à ceux qui sont sous son empire. » (I, xlviii, 289) 
« [...] quand Mahomet promet aux siens un paradis tapissé, paré d'or et de pierrerie, peuplé de garçes d'excellente beauté, de vins et de vivres singuliers, je vois bien que ce sont des moqueurs qui se plient à notre bêtise pour nous emmiéler et attirer par ces opinons et espérances, convenables à notre mortel appétit. » (II, xii, 518) 
« Je ne m'étonne plus de ceux que les singeries d'Apollonius [de Tyane] et de Mahomet embufflarent. Leur sens et entendement est entièrement étouffé en leur passion. » (III, x, page 1013).
* * * * *


C / Fréquences absolues de termes significatifs

737 Homme
591 Choses
567 Âme(s)
530 Mort(s)
500 Hommes
473 Raison
387 Monde(s)
377 Nature
339 Femmes(s)
334 Dieu
330 Usage
303 Action(s)
291 Science(s)
264 Vérité(s)
260 Jugement(s)
251 Esprit(s)
244 Guerre(s)
239 Plaisir(s)
200 Autrui (autruy)
196 Ami(s) (Amy)
194 Platon
172 Parol(l)e(s)
163 Liberté(s)
162 Maladie(s)
156 Sage(s)
147 Imagination(s)
134 Public, publique
133 Vivre
128 Ancien(s)
128 Philosophe(s)
127 Meurs, Mœurs 
120 Amour(s)
118 Religion(s)
117 César, Caesar
117 Fanta(i)sie(s)
117 Philosophie
116 Dieux
116 Socrate
115 Coutume(s)
94 Amitié(s)
92 Auteur(s) ou autheur(s)
91 Ignorance
90 Foi (foy)
88 Plutarque
84 Aristote(s)
84 Entendement
79 Croyance (créance)
75 Sagesse
64 Raisons
62 Vanité(s) (vanitez)
58 Erreur(s)
57 Profit
55 Caton
50 Savant(s)
48 Folie(s)
47 Institution(s)
45 Epicurus, épicurien
40 Jouir (jouyr)
37 Doute, douter
36 Chrétien(ne)(s)
34 Bêtise(s)
29 Pline
27 Rêverie(s)
25 Pape(s)
23 Diogène [de Sinope]
20 Historien(s)
19 Thalès [de Milet]
18 Opiniâtre, opiniâtreté
18 Présomption(s)
16 Aristippe [de Cyrène]
16 Garse(s), garce(s)
13 Conférence
12 Saint Augustin
12 Essais
9 Hérodote
Logique
Cicéron
6 Athéisme (s), athéiste(s)
6 [Estienne de] La Boétie 
Jésus-Christ
Juif(s)
5 Ovide
4 Virgile
3 Catholique(s)



D / INDEX AMOUREUX ET PHILOSOPHIQUE

Abstinence de faire est souvent aussi généreuse que le faire, mais elle est moins au jour III, x, 1023 

Accidentel repentir que l’âge apporte III, ii, 815 

Accoutumance est une seconde nature, et non moins puissante (Aristote) III, x, 1010 

Achille et Patrocle (Platon) I, xxviii, 187-188 

Action génitale si naturelle, si nécessaire et si juste III, v, 847 

Action (le tuer) plus de crainte que de braverie, de précaution que de courage, de défense que d'entreprise II, xxvii, 694-695 

À demain les affaires II, iv, 363 

À Dieu donc, de Montaigne, ce premier de Mars mille cinq cens quatre vingts I, Au lecteur, 3

Admiration (étonnement) est fondement de toute philosophie, l’inquisition [recherche, zététique] le progrès, l’ignorance le bout III, xi, 1030 

Affadi après la liberté III, xiii, 1072 

Affaires d’État III, iii ; ix, 991 

Affection des pères aux enfants II, viii, 385 

Affirmation et opiniâtreté sont signes exprès de bêtise III, xiii, 1075 

Âge I, lvii, 326 

Âge de connaissance III, v, 868

Âge de choix et de connaissance III, xiii, 1087 

Âges de la vie I, xx ; II, xii, 602 

Ajouter de son invention, autant qu’il voit être nécessaire en son conte, pour suppléer à la résistance III, xi, 1028 

Allongeail III, ix, 963

Allons béant après les choses à venir et inconnues I, liii, 309 [Ce qui donne « Toujours "béants après l’avenir", comme dit Montaigne » dans : André Comte-Sponville, L’Esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, I, Paris : Albin Michel, 2007.]

À Madame de Duras Madame, vous me trouvâtes sur ce pas dernièrement que vous me vîntes voir. Par ce qu'il pourra être que ces inepties se rencontreront quelque fois entre vos mains, je veux aussi qu'elles portent témoignage que l'auteur se sent bien fort honoré de la faveur que vous leur ferez. Vous y reconnaîtrez ce même port et ce même air que vous avez vu en sa conversation. Quand j'eusse peu prendre quelque autre façon que la mienne ordinaire et quelque autre forme plus honorable et meilleure, je ne l'eusse pas fait; car je ne veux tirer de ces écrits sinon qu'ils me représentent à votre mémoire au naturel. Ces mêmes conditions et facultés, que vous avez pratiquées et recueillies, Madame, avec beaucoup plus d'honneur et de courtoisie qu'elles ne méritent, je les veux loger (mais sans altération et changement) en un corps solide qui puisse durer quelques années ou quelques jours après moi, où vous les retrouverez, quand il vous plaira vous en rafraîchir la mémoire, sans prendre autrement la peine de vous en souvenir: aussi ne le valent elles pas. Je désire que vous continuez en moi la faveur de votre amitié, par ces mêmes qualités par le moyen desquelles elle a été produite II, xxxvii, 783

Amas de fleurs étrangères (citations) III, xii, 1055 

(Ambiguïté de l’adolescent) [Horace, Odes, II, v, 21-24] III, v, 895 

Âme bien née et exercée à la pratique des hommes III, ii, 824 


Âme (:) ce que Platon a mis la raison au cerveau, l'ire au cœur et la cupidité au foie, il est vraisemblable que ç'a été plutôt une interprétation des mouvements de l'âme, qu'une division et séparation qu'il en ait voulu faire, comme d'un corps en plusieurs membres II, xii, 546


Âmes communes et populaires ne voient pas la grâce et le poids d'un discours hautain et délié II, xvii, 657

L'âme qui loge la philosophie, doit par sa santé rendre sain encore le corps I, xxvi, 161 

Âmes bâtardes et vulgaires I, xxv, 141 

Âmes boiteuses I, xxv, 141 [cf Pascal, l'esprit boiteux]

Âmes vénérables, élevées par ardeur de dévotion et religion à une constante et consciencieuse méditation des choses divines, lesquelles, préoccupant par l'effort d'une vive et véhémente espérance l'usage de la nourriture éternelle, but final et dernier arrêt des Chrétiens désirs, seul plaisir constant, incorruptible III, xiii, 1114


Ami(s) [Amy(s) 196 occurrences]


Amitié(s) [94 occurrences]

Amitié de quoi je parle I, xxviii, 188

Amitié maritale III, ix, 975


Amour(s) [120 occurrences]

(Amour des garçons chez Platon) III, v, 884 

Amour des mâles de leur sexe (chez certains animaux) (Plutarque) II, xii, 472 

Amour d’un muletier II, xii, 492 

Amour en sa saison III, v, 887, 895 

Amour et ses espèces (Platon) III, v, 884 

Amour se terminant en amitié I, xxviii, 188 

Amour n’est autre chose III, v, 877 

Amour selon Socrate III, v, 877 ; xiii 

Amour viril et mental (Platon) II, xii, 509 

Amours de Jupiter I, xlii, 265 

Amours dénaturées (Platon) I, xxiii, 117 

Amours hardies du temps de Platon III, v, 845, 858  

Anacréon III, v, 892 [occurrence unique]


Ancien(s) [128 occurrences]


Androgynes II, xii, 525 

Anéantissant son jugement pour faire plus de place à la foi [cf Kant, Critique de la raison pure, 2e préface : " Je devais donc supprimer le savoir, pour trouver une place pour la foi "] xii, 506 

Âneries humaines II, xii, 545 

Ange et bête III, xiii, 1115 

Angoisses d’autrui I, xxi, 97. 

Animal glouton et avide (Platon, Timée) III, v, 859

Antre de Platon en sa République I, xxiii, 109

Appeler erreur chose à quoi nature même nous achemine I, iii, 15

Appétit de génération par l’entremise de la beauté (Socrate) III, v, 877 

(l')Appétit me vient en mangeant [cf Jérôme de Hangest, évêque du Mans, De causis, 1515. Rabelais, " L'appétit vient en mangeant ; la soif s'en va en buvant ", Gargantua, V] III, ix, 974

Appétits charnels entretenus I, xxxix, 245 

Apollonius [de Tyane] disait que c'était aux serfs de mentir, et aux libres de dire vérité. C'est la première et fondamentale partie de la vertu. Il la faut aimer pour elle même. [cf Nietzsche, esprits asservis et esprits libres] II, xvii, 647

Apprendre à vivre I, xxvi, 163 

Approches impertinemment génitales (de Montaigne) III, v, 890

Après tout, c’est mettre ses conjectures à bien haut prix que d’en faire cuire un homme tout vif III, xi, 1032 

Aptitudes aux choses hautes et basses III, ix, 992 

À quoi faire ces pointes élevées de la philosophie sur lesquelles aucun être humain ne se peut rasseoir, et ces règles qui excèdent notre usage et notre force ? III, ix, 989


Aristippe [de Cyrène] [16 occurrences]

I, xiv, 55 (la douleur, que Aristippe, Hieronymus et la plupart des sages ont estimé le dernier mal ; xxvi, 154 (Si quid Socrates et Aristippus contra morem et consuetudinem fecerint [Cicéron, Des Devoirs], 171 (Qu'il emprunte d'Aristippe cette plaisante contrefinesse [cf Diogène Laërce, Vie ..., II, § 70]) ; xxviii, 185 (quand on le pressait de l'affection qu'il devait à ses enfants pour être sortis de lui, il se mit à cracher, disant que cela en était aussi bien sorti) ;
II, xi, 425, 428 (établit des opinions si hardies en faveur de la volupté et des richesses, qu'il mit en rumeur toute la philosophie à l'encontre de lui) ; xii, 581 (robe de femme; mais Aristippe l'accepta, avec cette réponse que nul accoutrement ne pouvait corrompre un chaste courage [cf Diogène Laërce, Vie ..., II, § 78]), 581 (Diogène lavait ses choux, et le voyant passer: Si tu savais vivre de choux, tu ne ferais pas la cour à un tyran. À quoi Aristippe : Si tu savais vivre entre les hommes, tu ne laverais pas des choux [cf Diogène Laërce, Vie ..., II, § 68]) ; xvi, 622 (tranquille non selon Métrodore, ou Arcésilas, ou Aristippe, mais selon moi) ; xvii, 649 (Aristippe disait le principal fruit qu'il eut tiré de la philosophie, être qu'il parlait librement et ouvertement à chacun) ; xx, 673 (volupté Cyrénaïque et Aristippique) ;
III, v, 858 (De quoi Aristippe au sien [en son livre] des anciennes délices ?), 884 (comme dit le conte d'Aristippe parlant à des jeunes gens qui rougissaient de le voir entrer chez une courtisane: Le vice est de n'en pas sortir, non pas d'y entrer [cf Diogène Laërce, Vie ..., II, § 69] ; ix, 987 (il vaut mieux encore être seul qu'en compagnie ennuyeuse et inepte. Aristippe s'aimait à vivre étranger partout), 989 (Xénophon, au giron de Clinias, écrivit contre la volupté Aristippique) ; xiii, 1107 (Aristippe ne défendait que le corps, comme si nous n'avions pas d'âme ; Zénon n'embrassait que l'âme, comme si nous n'avions pas de corps. Tous deux vicieusement).


Aristogiton I, xxviii, III, v, 896 


Aristote(s) [84 occurrences]

Aristote, qui remue toutes choses I, iii, 17

Aristote, monarque de la doctrine moderne I, xxvi, 146


Armes des Parthes II, ix, 403 

(Arrangement des lettres de l’alphabet) I, liv, 311 

Arrière boutique toute nôtre I, xxxix, 241 

Art de conférer III, viii, 921 

À sauts et à gambades III, ix , 994 

Assassins I, xxix, 711 

Assez de peu, assez d’un, assez de pas un (Sénèque) I, xxxix, 247 

Assez vécu pour autrui I, xxxix, 242

Assis que sur notre cul III, xiii, 1115

Asymptotes II, xii, 571 ; xiv, 611

Aux assemblées des festins, ils s'entreprêtent les enfants les uns aux autres I, xxiii, 114

Avertir [Thalès] qu’il serait temps d’amuser son pensement aux choses qui étaient dans les nues, quand il aurait prévu à celles qui étaient à ses pieds II, xii, 538


Athéisme (s), athéiste(s) [les 6 occurrences]

II, xii, 439 (ce commencement de maladie déclinerait aisément en uexécrable athéisme),
440 (établir et vérifier contre les athéistes tous les articles de la religion Chrétienne),
445 (peu d'hommes si fermes en l'athéisme),
446 (Bion infect des athéismes de Théodore ; proposition comme dénaturée et monstrueuse),
448 (On couche volontiers le sens des écrits d'autrui à la faveur des opinions qu'on a préjugées en soi : et un athéiste se flatte à ramener tous auteurs à l'athéisme).


Attirer les hommes à elles et les retirer des mâles à quoi cette nation est du tout abandonnée [Gasparo Balbi, Viaggio...] III, v, 860 

Au bout, la nihilité de l’humaine condition II, vi, 380 

Aucune âme excellente n’est exempte de mélange de folie (Aristote) II, ii, 347 

Aucuns nous songent deux âmes II, i, 335 

Au-dedans […] au dehors I, xxiii, 118 

Au Gibelin j’étais Guelphe, au Guelphe Gibelin [Érasme] III, xii, 1044 

Au lieu de se hausser, ils s'abattent III, xiii, 1115 

Au lieu de se transformer en anges, ils se transforment en bêtes III, xiii, 1115 

Au plus élevé trône du monde si ne sommes assis que sur notre cul III, xiii, 1115

Autant par coutume que par nature les mâles se mêlent aux mâles (Aristote) I, xxiii, 115

Autant peut faire le sot celui qui dit vrai, que celui qui dit faux: car nous sommes sur la manière, non sur la matière du dire III, viii, 928


Auteur(s) [ou autheur(s) ; 92 occurrences]


Autres forment l’homme, je le récite III, ii, 804 


Autrui [(autruy) 200 occurrences]

I, v, 27 (je me fie aisément à la foi d'autrui] ; viii, ix ; xiv, 59 (pour l'intérêt d'autrui supporta le travail de l'enfantement de deux jumeaux), 61 (garantir la religion d'autruy), 66 (fiance de la bonté d’autrui), 67 (persuadé à autrui) ; xvii, 72 (communication d’autrui) ; xix, 80 (jugement de la vie d’autrui) ; xxi ; xxii, 107 (aucune profit qu'au dommage d'autrui [...] nos souhaits intérieurs pour la plus part naissent et se nourrissent aux dépens d'autrui) ; xxv ; xxvi, 147 (reprendre en autrui mes propres faute), 148 (trop mal instruit pour instruire autrui), 151 (l'appétit des fantaisies d'autrui), 152 (pièces empruntées d’autrui), 154 (prendre connaissance d’autrui), 164 (gâter ses mœurs généreuses par l'incivilité et barbarie  d'autrui) ; xxx, 198 (incivilité et barbarie d'autrui) ; xxxix, 242 (assez vécu pour autrui), 247 (approbation d’autrui) ; xlii, 260 (riche du sien ou de l’autrui), 263 (régler autrui) ; liii ; lvi, 321 (ignorance remise en autrui) ;


II, i, 337 (se trouve autant de différence de nous à nous-mêmes que de nous à autrui) ; iii, 351 (la vie dépend de la volonté d’autrui), 356 (faire l’affaire d’autrui) ; vi, 377 (n’est pas la leçon d’autrui) ; x, 419 (parlant d’autrui) ; xi, 430 (afflictions d’autrui) ;
xii, 448 (on couche volontiers le sens des écrits d'autrui à la faveur des opinions qu'on a préjugées en soi), 456 (la dépouille d'autrui), 461 (la plus part des personnes libres abandonnent pour bien légères commodités leur vie et leur être à la puissance d'autrui), 464 (discours à instruire autrui), 491 (n'ayant autre règle de ma santé que celle des exemples d'autrui), 507 (autorité et témoignage d’autrui), 569 (le choix d’autrui), 585 (conservation de la liberté d’autrui), 587 (non par la contrainte d’autrui) ;
xiii, 605 (de juger de la mort d’autrui) ; xvi, 619 (approbation d’autrui), 622 (contrôler autrui), 626 (avoir sa vie et sa durée en la garde d'autrui) ; xvii, 633 (n’estimer pas assez autrui), 635 (ouvrages d’autrui), 643 (inutile au service d’autrui), 647 (volonté d’autrui), 649 (il peut se mêler quelque pointe de fierté et d’opiniâtreté à se tenir ainsi entier et découvert sans considération d’autrui), 651 (chose que je ne reconnais plus être d'autrui), 656 (simple discours naturel en autrui), 658 (n’estimer point assez autrui) ; xviii, 664 (je juge volontiers des actions d’autrui), 666 (ce qui se persuade à autrui) ; xxxii ; xxxvii, 785 (discordance de mes jugements à ceux d’autrui) ;


III, ii, 807 (je restreins bien selon autrui mes actions), 814 (je me sers rarement des avis d’autrui) ;
iii, 820 (ni de nos propres affaires ni de ceux d'autrui), 826 (n'a que faire d'y embesogner autrui à tout des apprêts si curieux), 827 (fortuits et dépendants d'autrui);
iv, 838 (émouvoir quelque passion en autrui) ;
v, 845 (Ceux qui le cèlent à autrui, le cèlent ordinairement à eux-mêmes), 876 (j'accepte plus envis les arguments battus, de peur que je les traite aux dépens d'autrui), 891 (chose si émue et violente, qui nous esclave à autrui et nous rende contemptibles à nous) ;
vi, 904 (entremise d’autrui) ;
viii, 930 (C'est office de charité que qui ne peut ôter un vice en soi cherche à l'ôter ce néanmoins en autrui), 939 (on faut autant à juger de sa propre besogne que de celle d'autrui) ;
ix, 954 (serf de mes négoces ? ou encore pis de ceux d'autrui, 955 (Qui que ce soit, ou art ou nature, qui nous imprime cette condition de vivre par la relation à autrui, nous fait beaucoup plus de mal que de bien) ; 965, 966 (Comme les choses sont, je vis plus qu'à demi de la faveur d'autrui, qui est une rude obligation), 967 (le donner à la science d'autrui c'est le préordonner à soi), 969 (jamais vu de moins chargeant sur autrui), 970, 972, 977, 979, 985, 986, 991 ;
x, 1003 (Il se faut prêter à autrui et ne se donner qu'à soi-même), 1006 (ce que je loue en autrui), 1007 (me donner à autrui sans m’ôter à moi), 1017 ;
xi ;
xii, 1038 (nous servir plus de l’autrui que du nôtre), 1045 (injure d’autrui), 1048 (la peine d’autrui), 1055 (enhortements [conseils] d’autrui) ;
xiii, 1065 (contrôler le sens d’autrui), 1076, 1074, 1077


Avantages principiesques sont quasi avantages imaginaires I, xlii, 265

(Avenir) I, iii, 15

Avis qui valent mieux tus que publiés II, xii, 582


Baiser ou autre faveur (Platon) III, v, 896

Baralipton I, xxvi, 161

Barbarie ce qui n’est pas de son usage I, xxxi, 205

Barrières de l’impudence (Épictète) II, x, 413

Barroco et Baralipton I, xxvi, 161

Bâton courbé III, x, 1006 ; xii, 1045

Béant après les choses à venir I, liii, 309

Beauté I, xxviii ; II, xii, 482, 537 ; III, iii

Beauté masculine II, xvii, 641 ; III, iii, 827 ; v, 842, 877, 896 ; xii, 1058

Beauté naïve, active, généreuse, non hommasse mais virile I, xxvi, 162

Beaux (Aristote) III, xii, 1058

Bel et bon (Xénophon) III, xii

Belles actions de l'âme, II, xii, 567

Bêtise et opiniâtreté III, viii, 937 : Le dogme d'Hégésias, qu'il ne faut ni haïr ni accuser, mains instruire, a de la raison ailleurs; mais ici c'est injustice et inhumanité de secourir et redresser celui qui n'en a que faire, et qui en vaut moins. J'aime à les laisser embourber et empêtrer encore plus qu'ils ne sont, et si avant, s'il est possible, qu'en fin ils se reconnaissent. La sottise et dérèglement de sens [l'esprit faux] n'est pas chose guérissable par un trait d'avertissement.
III ; xiii, 1075 : L'affirmation et l'opiniâtreté sont signes exprès de bêtise.

Bien marri que nous n'ayons une douzaine de Laertius [Diogène Laërce], ou qu'il ne soit ou plus étendu ou plus entendu II, x, 416

Bien public III, i

Bion et les poils follets de l’adolescence (Plutarque) III, v, 896

Bion et son tendron (Diogène Laërce) III, v, 894

Bois courbe (Plutarque) III, x, 1006

Bois tortu III, xii, 1045

Boiteux le fait le mieux III, xi, 1033

(Bon) sens II, xvii, 657

Bonne foi Au lecteur, 3 ; III, viii

Bonnes intentions conduites sans modération II, xix, 668


Bons auteurs [autheurs]

I, xxvi, 146 : rencontrer de fortune dans les bons auteurs ces mêmes lieux que j'ai entrepris de traiter ;
II, i, 332 :  les bons auteurs mêmes ont tort de s'opiniâtrer à former de nous une constante et solide contexture ;
III, v, 874 : Quand j'écris, je me passe bien de la compagnie et souvenance des livres, de peur qu'ils n'interrompent ma forme. Aussi que, à la vérité, les bons auteurs m'abattent par trop et rompent le courage


Bordels publics de mâles I, xxiii, 112

Bouts extrêmes I, liv, 311

(Braguette) I, xxiii xliii ; III, v, 859

Branle me plait III, ix, 977

Branloire pérenne III, ii, 804

Braverie et constance, moyens tous contraires I, i, 7

Braverie et dédain à battre son ennemi II, xxvii, 694

Brède, efféminé, faiseur d’enfants II, viii, 390

Brièveté des gens d’entendement I, xxvi, 157


Cache ta vie (Épicure) II, xvi, 619

Caché à soi-même III, v, 845

Capacité de trier le vrai II, xvii, 658


Caton [55 occurrences]


Cause de la vérité III, viii, 924

Caveau où tu es logé II, xii, 523

Ce chapitre me fera du cabinet III, v, 847

Ce Dieu [Apollon], protecteur de santé et de sagesse, mais gaie et sociale [Horace, Odes, I, xxxi, 17]  III, xiii, 1116

Ce grand précepte est souvent allégué en Platon : Fais ton fait et te connais I, iii, 15

Celui-là ne connait pas Vénus en sa parfaite douceur qui n'a couché avec la boiteuse III, xi, 1033

Celui qui me contredit, qui m’instruit III, viii, 924

Celui qui n'estime pas tant sa femme ou un sien ami que d'en allonger sa vie, et qui s'opiniâtre à mourir, il est trop délicat et trop mou II, xxxv, 750

Ce ne sont mes gestes que j’écris, c’est moi, c’est mon essence II, vi, 379

Ce n'est non plus selon Platon que selon moi, puisque lui et moi l'entendons et voyons de même I, xxvi, 152

Ce n’est pas ici ma doctrine, c’est mon étude ; et n’est pas la leçon d’autrui, c’est la mienne II, vi, 377

Ce n'est pas tant pudeur qu'art et prudence, qui rend nos dames si circonspectes à nous refuser l'entrée de leurs cabinets, avant qu'elles soient peintes et parées pour la montre publique II, xii, 485

Ce qui est hors des gonds de coutume, on le croit hors des gonds de raison I, xxiii, 116

Ce qui était inconnu à un siècle, le siècle suivant l’a éclairci II, xii, 560

Ce qui fait qu'on ne doute de guère de choses, c'est que les communes impressions, on ne les essaye jamais ; on n'en sonde point le pied, où gît la faute et la faiblesse; on ne débat que sur les branches; on ne demande pas si cela est vrai, mais s'il a été ainsi ou ainsi entendu. II, xii, 539

Ce qu'on dit, homo homini ou Deus ou lupus [Plaute, Asinaria, 495 ; Érasme, Adages, I, i, 70 ; Rabelais, Tiers Livre, III] III, v, 852

Ce qu’on hait, on le prend à cœur I, l, 304

Ce qu'on sait le moins I, xxxii, 215

Cérémonie et substance II, xvii


César, Caesar [117 occurrences]

César, adonné aux plaisirs amoureux II, xxxiii, 279

César, ruelle du roi Nicomède (Suétone) I, xlix, 300 ; II, xxxiii

César jouissant des plaisirs naturels III, xiii


Ces humeurs transcendantes m'effrayent, comme les lieux hautains et inaccessibles III, xiii, 1115

C'est chose tendre que la vie et aisée à troubler III, ix, 950

C’est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée Au lecteur, 3

C'est sans doute une belle harmonie quand le faire et le dire vont ensemble, et je ne veux pas nier que le dire, lors que les actions suivent, ne soit de plus d'autorité et efficace [déformé par Alain Juppé en : " l'harmonie c'est quand le dire et le faire vont ensemble "] II, xxxi, 716

Ce têtu indocile pense-t-il pas reprendre un nouvel esprit pour reprendre une nouvelle dispute ? III, xiii, 1075

Cette canaille de vulgaire s'aguerrit et se gendarme à s'ensanglanter jusques aux coudes et à déchiqueter un corps à ses pieds, n'ayant ressentiment d'autre vaillance II, xxvii, 693-694

Cette nation [l'Italie] se peut dire régente du reste du monde en cela. Ils ont plus communément des belles femmes et moins de laides que nous III, v, 883

Cette seule fin d'une autre vie heureusement immortelle, mérite loyalement que nous abandonnons les commodité et douceurs de cette vie nôtre I, xxxix, 245

Ceux qui donnent le branle à un État sont volontiers les premiers absorbés en sa ruine I, xxiii, 119.

Ceux qui écrivent les vies, d'autant qu'ils s'amusent plus aux conseils qu'aux événements, plus à ce qui part du dedans qu'à ce qui arrive au dehors, ceux là me sont plus propres II, x, 416

Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage I, xxxi, 205

Chacune de mes pièces me fait également moi que tout autre III, v, 887

Chacun regarde devant soi ; moi, je regarde dedans moi II, xvii, 657

Chacun sait par expérience qu’il y a des parties qui se branlent, dressent et couchent souvent sans son congé II, vi, 376

Changement à craindre I, xxiii xliii ; II, xix ; III, ix, 957, 958 ; xii

Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition III, ii, 805

Chaque usage a sa raison III, ix, 985

Chasteté II, xv xvi xix ; III, v, 839, 840, 843, 845, 846 ; xii

Châtrés pour les plaisirs des rois II, xii, 523

Chatte II, xii, 452

Chercher la vérité I, lvi ; III, viii x ; xiii, 1065

Cherté donne goût à la viande III, v, 881

Cheval bien aisé II, vi, 373

Chier dans le panier pour après le mettre sur sa tête III, v, 853

Chier en courant ? III, xiii, 1115

Choisir le goût du vin III, v, 843

Choisir une douzaine d’hommes II, i, 332

Chose qu’on vous puisse proposer pour l’avouer ou refuser II, xii, 503

Choses diverses à moi I, xxvii, 229

Choses ignorées et déifiées II, xii, 516

Choses qui se tiennent par les deux bouts extrêmes I, liv, 311


Chrétien(ne)(s) [36 occurrences]

Chrétiens à même titre que périgourdins ou allemands II, xii, 445


Cicéron [8 occurrences]

Cicéron, ce me semble, avait accoutumé de rincer le nez, qui signifie un naturel moqueur II, xvii, 633

Cicéron dit que Philosopher ce n'est autre chose que s'apprêter à la mort. I, xx; 81

(le) Ciel et les étoiles ont branlé trois mille ans ; tout le monde l'avait ainsi cru, jusques à ce que Cléanthes le Samien ou, selon Théophraste, Hicetas Siracusien s'avisa de maintenir que c'était la Terre qui se mouvait par le cercle oblique du Zodiaque tournant à l'entour de son axe; et, de notre temps, Copernic a si bien fondé cette doctrine qu'il s'en sert très-régléement à toutes les conséquences astronomiques II, xii, 570

Cinaedi (Martial) III, v, 845

Circoncision III, v, 856

Colère II, xxxi,

Combien diversement jugeons nous des choses? combien de fois changeons nous nos fantaisies ? Ce que je tiens aujourd'hui et ce que je crois, je le tiens et le crois de toute ma croyance ; tous mes outils et tous mes ressorts empoignent cette opinion et m'en répondent sur tout ce qu'ils peuvent. Je ne saurais embrasser aucune vérité ni conserver avec plus de force que je fais cette ci. J'y suis tout entier, j'y suis voyrement ; mais ne m'est il pas advenu, non une fois, mais cent, mais mille, et tous les jours, d'avoir embrassé quelque autre chose à tout ces mêmes instruments, en cette même condition, que depuis j'ai jugée fausse ? II, xii, 563

Comme le donner est qualité ambitieuse et de prérogative, aussi est l'accepter qualité de soumission III, ix, 969

Commentaires II, xii, 586 ; III, xiii, 1067, 1069


Comment est-ce que cela se fait ? – Mais se fait-il ? faudrait-il dire III, xi, 1027.


Comment pouvait ce Dieu ancien [le démon de Socrate] plus clairement accuser en l'humaine connaissance l'ignorance de l'être divin, et apprendre aux hommes que la religion n'était qu'une pièce de leur invention, propre à lier leur société, qu'en déclarant, comme il fit, à ceux qui en recherchaient l'instruction de son trepied, que le vrai culte à chacun était celui qu'il trouvait observé par l'usage du lieu où il était ? II, xii, 579

Commodités et douceurs I, xxxix, 245

Condamnations criminelles III, xiii

Condition humaine III, ii, 805

Condition merveilleusement corporelle III, viii

Conditions et humeurs (de Montaigne), Au lecteur


Conférence [13 occurrences]

Conférence III, iii, 824 ; viii, 922-923

Confusion de l'ordre et mesure des péchés II, ii, 340

Conjectures à bien haut prix III, xi, 1032

Connaissance vient des sens II, xii, 535, 560, 587, 590, 600

Conservation et équivalence (Lucrèce) I, xxii

Considérer comme ambiguë II, xii, 503

Considérer et juger le danger est aucunement le rebours de s’en étonner III, vi, 900

Contestation verbale III, xiii

Continuelle variation des choses humaines I, xlix, 297

Contradictions III, viii

Contredire III, viii

Contre nature (concept accepté) II, ii iii ; xii, 516 ; xxx ; III, ii xiii

Contre nature (concept critiqué) I, xxiii xxvii ; II, xii, 526 ; xxx

Convention [le mariage] à laquelle se rapporte bien à point ce qu'on dit, homo homini ou Deus ou lupus. Il faut la rencontre de beaucoup de qualités à le bâtir III, v, 852

Cornardise II, xvii, 645 ; III, v, 869

Couardise punie I, xvi

Couler en eau trouble sans y vouloir pêcher III, i, 794

Courte tyrannie (la beauté) III, xii, 1058

La coutume a fait le parler de soi vicieux, et le prohibe obstinément en haine de la ventance qui semble toujours être attachée aux propres témoignages II, vi, 378

Coutume de l’île de Céa II, iii, 350

Crainte de ce mal III, xiii, 1091

Crainte et défiance attirent l'offense et la convient I, xxiv, 129

Créance I, xiv, 52 ; xxi, 99 ; xxvii, 178 ; II, xii, 488 ; xxxii, 723 ; III, xi, 1028

Créance [croyance] ne se manie pas à coups de poing III, xi, 1031

Crème de la philosophie II, x, 413

Cruauté II, xi, 422

Cru si fermement, ce qu'on sait le moins I, xxxii, 215

Cul entre deux selles I, liv, 313 [on dit aujourd'hui "cul entre deux chaises" ; les Allemands disent ; "cul entre toutes les chaises"]

Culilinguis (Martial cunnilinguis) III, v, 881

Culture de l'âme II, xvii, 658

Cupidités classées [Épicure, Lettre à Ménécée, X, § 127] II, xii, 471

Curiosité I, xxvii ; II, iv x ; xii, 498, 512 ; xvii, 635 ; xx ; III, v, 847 ; xii xiii


Dames si circonspectes à nous refuser l'entrée de leurs cabinets, avant qu'elles soient peintes et parées pour la montre publique II, xii, 485

D'autant es-tu Dieu comme Tu te reconnais homme III, xiii, 1115
 
Débat de l’interprétation des lois II, xii

Débauche de toute sorte II, xvii, 632

Défauts en la vieillesse II, viii, 393

Défense de Sénèque et de Plutarque II, xxxii, 721

Degrés d’esprits I, xlii, 259

De la coutume et de ne changer aisément une loi reçue I, xxiii, 108

Démentir III, ix, 983

Démétrius disait plaisamment de la voix du peuple, qu'il ne faisait non plus de recette de celle qui lui sortait par en haut, que de celle qui lui sortait par en bas. Celui-là dit encore plus :
Ego hoc judico, siquando turpe non sit, tamen non esse non turpe, quum id a multitudine laudetur [Cicéron, Sur les vrais biens (De finibus ...)] II, xvi, 624

Démon de Socrate I, xi, 44

Dénombrement d’opinions II, xii, 524, 543

Dérèglement de notre esprit I, iv

Désir I, xxviii liii ; II, xii, 471, 493, 576 ; xv ; III, v, 866

Désir de connaissance III, xiii, 1065

Désordre politique III, ix

(Déterminisme et liberté) II, xii, 520

Deux bouts extrêmes I, liv, 311

Devoir II, xii, 488

Devoir et règle fortuite II, xii, 578

Devoirs de l'amitié maritale III, ix, 975


Diagoras de Mélos [2 occurrences]

Diagoras qui fut surnommé l'Athée, étant en la Samothrace, à celui qui en lui montrant au temple force vœux et tableaux de ceux qui avaient échappé le naufrage, lui dit: Et bien, vous qui pensez que les dieux mettent à nonchaloir les choses humaines, que dites-vous de tant d'hommes sauvez par leur grâce ? Il se fait ainsi, reépondit-il: ceux-là ne sont pas peints qui sont demeurez noyés, en bien plus grand nombre [Cicéron, De natura deorum] I, xi, 44

Diagoras et Théodore [de Cyrène] niaient tout sec qu’il y eût des Dieux [Cicéron, De natura déorum] II, xii, 516


Dictionnaire tout à part moi III, xiii, 1111


Dieu [334 occurrences]

Dieu I, xxvii xxxix ; II, xii, 446, 449, 486, 488, 490, 499, 500, 512, 513-516, 527-530, 534, 541-543, 569, 572, 577, 603, 604 ; xvi ; III, viii ; xiii, 1101

Dieu rond (Xénophane) II, xii, 515

Dieu seul est (Plutarque) II, xii, 603


Dieux [116 occurrences)

Dieux inventés II, xii, 530


Différence de nous à nous-mêmes (Sénèque) II, i, 337

Difficulté de l’institution des enfants I, xxvi, 149

Difficulté est une monnaie que les savants emploient, comme les joueurs de passe-passe, pour ne découvrir la vanité de leur art II, xii, 508

Difformité III, xi

Dignité de la philosophie corrompue [Platon, République, livre VI, 494-496] III, viii, 932


Diogène (de Sinope) [23 occurrences]


Dire confusément III, ix, 996

Dire de la part de la raison humaine II, xii, 518

Dire des fadaises II, i, 790

Dire moins de soi qu’il n’y en a, c’est sottise, non modestie II, vi, 379 ; Schopenhauer soutiendra le même point de vue.

Dire tout ce que j’ose faire III, v, 845

Discours établi par braverie et commandement III, xi, 1031

Discrépance II, xii, 601

Discussion III, viii x

Disproportion inique de tirer une récompense éternelle en conséquence d'une si courte vie II, xii, 549

Disputes III, viii, 926 : Nos disputes devaient être défendues et punies comme d'autres crimes verbaux. Quel vice n'éveillent elles et n'amoncellent, toujours régies et commandées par la colère! Nous entrons en inimitié, premièrement contre les raisons, et puis contre les hommes. Nous n'apprenons à disputer que pour contredire, et, chacun contredisant et étant contredit, il en advient que le fruit du disputer c'est perdre et anéantir la vérité. Ainsi Platon, en sa République, prohibe cet exercice aux esprits ineptes et mal nés.

Dissociable et sociable I, xxxix, 238

Distance d’homme à homme I, xlii, 258 (Plutarque) ; II, xii, 466

Distingo est le plus universel membre de ma Logique II, i, 335

Diversion III, iv, 830

(Diversité de jugements humains) II, xvii, 634

Diversité ondoyante de l’homme I, i, 9

Divorce II, xv

Doctrine de l'ignorance [Socrate ) II, xii, 498

Domination populaire I, iii

Douce liberté des premières lois de nature I, Au lecteur


Doute, douter [37 occurrences]

Doute I, l, 302 ; lvi, 317 ; II, x, 444 ; xii, 502, 503, 504, 526, 586, 599

Douter (Dante) I, xxvi, 152


Doux et mol chevet, et sain, que l'ignorance et l'incuriosité, à reposer une tête bien faite [Commentaire de Diderot : " Pour le trouver tel, il faut avoir la tête aussi bien faite que Montaigne " (Pensées philosophiques, XXVII ; Diderot utilise une transcription de Pascal)] III, xiii, 1073

Doux guide (la nature) III, xiii, 1113

Douzaine de Laertius [Diogène Laërce] II, x, 416

Douzaine d’hommes II, i, 332

Dresser un bois courbe (Plutarque) III, x, 1006

Du masque et de l'apparence il n'en faut pas faire une essence réelle, ni de l'étranger le propre III, x, 1011


École du commerce des hommes I, xxvi, 154

Écoles de la parlerie III, viii, 927

Écrivaillerie symptôme d’un siècle débordé III, ix, 946

Éducation sans contrainte II, viii, 389

Égalité avec les valets III, iii, 821

Élévations d'un esprit libre II, xii, 492

Embesogner mon jugement, non ma mémoire II, iii, 819

Enfance et début des plus grands vices I, xxiii, 110

Enfant I, xxvi, 150 ; III, ix, 968, 998

Enfant sauvage II, xii, 435

Ennemi juré de toute falsification I, xl, 252

Entendement I, xxvi, 157 ; II, xii, 595

En toutes choses, sauf simplement aux mauvaises, la mutation est à craindre I, xliii, 270

En toutes sortes, c'est mon homme que Plutarque II, x, 416

Entre les livres simplement plaisants, je trouve, des modernes, le Décameron de Boccace, Rabelais et les Baisers de Jean second, s'il les faut loger sous ce titre, dignes qu'on s'y amuse II, x, 410

Entreprenant de parler indifféremment de tout ce qui se présente à ma fantaisie et n'y employant que mes propres et naturels moyens I, xxvi, 146


Epicurus, épicurien [45 occurrences]


Équanimité et pure indifférence III, x, 1012


Erreur(s) [58 occurrences]

Erreur I, liv, 312 ; II, vi, 379 ; xii, 540

Erreur commune de juger d'un autre selon que je suis I, xxxvii, 229

Erreur de ma jeunesse III, iii, 826

Erreur des opinions I, liv, 312

L'erreur particulière fait premièrement l'erreur publique, et à son tour après, l'erreur publique fait l'erreur particulière III, xi, 1027-1028
" Les premiers qui sont abbreuvez de ce commencement d'estrangeté, venant à semer leur histoire, sentent par les oppositions qu'on leur fait où loge la difficulté de la persuasion, et vont calfeutrant cet endroict de quelque piece fauce. Outre ce, que,insita hominibus libidine alendi de industria rumores, nous faisons naturellement conscience de rendre ce qu'on nous a presté sans quelque usure et accession de nostre creu. L'erreur particuliere faict premierement l'erreur publique, et à son tour apres, l'erreur publique faict l'erreur particuliere. Ainsi va tout ce bastiment, s'estoffant et formant de main en main: de maniere que le plus esloigné tesmoin en est mieux instruict que le plus voisin, et le dernier informé mieux persuadé que le premier. C'est un progrez naturel. Car quiconque croit quelque chose, estime que c'est ouvrage de charité de la persuader à un autre; et pour ce faire, ne craint poinct d'adjouster de son invention, autant qu'il voit estre necessaire en son compte, pour suppleer à la resistance et au deffaut qu'il pense estre en la conception d'autruy. " (Passage cité par Voltaire dans Les Mensonges imprimés, avec ce commentaire : " Qui veut apprendre à douter, doit lire ce chapitre entier de Montaigne, le moins méthodique des philosophes, mais le plus sage et le plus aimable. "

Erreur publique II, xii, 504

Erreurs contestées et débattables I, xxiii, 120

Erreurs de la mécréance II, xii, 447

(Erreurs judiciaires) III, xiii, 1071

(Erreurs, leurs origines) II, xii, 504 ; xvii, 634

Erreurs innocentes I, ix, 36

Erreurs populaires III, x, 1013


Esclave, je ne le dois être que de la raison III, i, 794


Esprit [199 occurrences]

Esprit libre II, xii, 492

Esprit mal rangé III, viii, 929

Esprit primesautier II, x, 409

Esprits bas et maladifs III, viii, 923

Esprits hauts et bas esprits III, ix, 992

Esprits hauts ne sont de guere moins aptes aux choses basses que les bas esprits aux hautes III, ix, 992

Esprits ineptes et mal nés III, viii, 926

Est-il chose qu’on vous propose pour l’avouer ou refuser, laquelle il ne soit pas loisible de considérer comme ambiguë ? II, xii, 503

État I, xxv, 143

Et d'où vient, ce qu'on voit par expérience, que les plus grossiers et plus lourds sont plus fermes et plus désirables aux exécutions amoureuses, et que l'amour d'un muletier se rend souvent plus acceptable que celle d'un galant homme, sinon que en celui-ci l'agitation de l'ame trouble [...] II, xii, 491

Éternuement III, vi, 899

Être sans enfant III, ix, 998

Et me suis jeune,
Quem circumcursans huc atque huc saepe Cupido
Fulgebat, crocina splendidus in tunica, [Catulle, LXVIII : autour d'elle, souvent, voltigeait çà et là Cupidon, resplendissant dans sa tunique couleur de safran]
prêté autant licencieusement et inconsidérément qu'autre au désir qui me tenait saisi III, xiii, 1086

Étude des livres III, viii, 923

Étude et effémination I, xxv

Étude que je fais II, xvii, 634

Excellente et meilleure police est à chacune nation celle sous laquelle elle s'est maintenue III, ix, 957

Exempt de dire des fadaises III, i, 790

Exercitation II, vi, 370

Expérience III, xiii, 1065

Exprimer II, xii, 586 ; III, v, 869

Extrême espèce d’injustice (Platon) III, xii, 1043

Extrêmes qui se tiennent I, liv, 311 ; II, xii, 544 ; III, xi, 1035


Fables d’aujourd’hui I, xxvii, 182

Façon de répondre, enquêteuse, non résolutive : Qu'est-ce à dire? Je ne l'entends pas, Il pourrait être, Est-il vrai ? III, xi, 1030

Façon rêveuse qui me retire à moi III, iii, 820

Fadaises II, i, 790

Faiblesse d’ans de Montaigne III, xiii, 1086

Faire bien l’homme III, xiii, 1110

Faire moi-même le second d'un mélange triste et informe III, v, 895

Faire plus de place à la foi [cf Kant, CRPure, 2e préface] II, xii, 506

Faiseur d’enfants II, viii, 390

Fais ton fait et te connais (Platon) I, iii, 15


Fantaisie(s) [Fantasie(s) 117 occurrences]

Fantaisies informes et irrésolues I, lvi, 317


Fausse image de la génération corporelle I, xxviii, 187

Fausse image des choses III, vi

Faux sujet et fantastique I, iv, 22

Femmes II, viii, 390 (Les anciens Gaulois estimaient à extrême reproche d'avoir eu accointance de femme avant l'âge de vingt ans, et recommandaient singulièrement aux hommes qui se voulaient dresser pour la guerre, de conserver bien avant en l'âge leur pucelage, d'autant que les courages s'amollissent et divertissent par l'accouplage des femmes) ;

Femmes, II, xii, 485 (Ce n'est pas tant pudeur qu'art et prudence, qui rend nos dames si circonspectes à nous refuser l'entrée de leurs cabinets, avant qu'elles soient peintes et parées pour la montre publique), 537 (les femmes emploient des dents d'ivoire où les leurs naturelles leur manquent, et, au lieu de leur vrai teint, en forgent un de quelque matière étrangère; comme elles font des cuisses de drap et de feutre, et de l'embonpoint de coton, et, au vu et sçeu d'un chacun, s'embellissent d'une beauté fausse et empruntée) ;

(Les) femmes n'ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d'autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles III, v, 854

Femmes I, li, 305 ; II, viii ; xii, 537 ; III, iii ; v, 856, 857, 882, 897 (mâles et femelles) ; III, xii

Femmes et science du ménage I, xxv ; III, ix, 975

Femmes opiniâtres II, xxxii, 725

Feu mon père [Pierre Eyquem, 1495-1568], homme, pour n'être aidé que de l'expérience et du naturel, d'un jugement bien net, m'a dit autrefois qu'il avait désiré mettre en train qu'il y eût es villes certain lieu désigné, auquel ceux qui auraient besoin de quelque chose, se pussent rendre et faire enregistrer leur affaire à un officier établi pour cet effet, comme : Je cherche à vendre des perles, je cherche des perles à vendre. Tel veut compagnie pour aller à Paris ; tel s'enquiert d'un serviteur de telle qualité ; tel d'un maître : tel demande un ouvrier; qui ceci, qui cela, chacun selon son besoin. Et semble que ce moyen de nous entr'advertir apporterait non légère commodité au commerce public : car à tous coups il y a des conditions qui s'entrecherchent, et, pour ne s'entr'entendre, laissent les hommes en extrême nécessité I, xxxv, 223

Fin d'une autre vie heureusement immortelle I, xxxix, 245

La fin et le commencement de science se tiennent en pareille bêtise II, xii, 544

Flatterie II, xvi, 619


Foi [foy] 90 occurrences

Foi et raison II, xii, 440, 441, 506

Foi populaire I, xxi, 106


Folie(s) [48 occurrences]

Folie I, xxi xxiii xxvi xxvii ; II, ii ; xii, 449, 485, 492, 541, 553, 568 ; III, v, 843, 888 ; viii ; ix, 995


Fols certains et résolus I, xxvi, 151

Force de l’imagination I, xxi, 97, 99

Forger un ciron II, xii, 530

Forme entière de l’humaine condition III, ii, 805

Formes de la connaissance II, xii, 535

Fourgon se moque de la pelle III, v, 897

Français semblent des guenons qui vont grimpant contremont un arbre, de branche en branche, et ne cessent d'aller jusques à ce qu'elles sont arrivées à la plus haute branche, et y montrent le cul, quand elles y sont II, xvii, 646

Froideur de ma conversation III, iii, 820

Frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui I, xxvi, 153 [devenu sur Internet " "IL FAUT LIMER ET FROTTER SA CERVELLE À CELLE D'AUTRUI" (MONTAIGNE) " "]

Fuir l’air puant et pesant I, lv, 316


Gaillardes élévations d’un esprit libre II, xii, 492

Gain de notre étude, c'est en être devenu meilleur et plus sage I, xxvi, 152

Garces et garçons à jouir III, v, 858

Gascon I, xxvi, 171

Gâter ses mœurs généreuses par l'incivilité et barbarie  d'autrui I, xxvi, 164

Générale loi des lois, que chacun observe celles du lieu où il est I, xxiii, 118

Génération est la principale des actions naturelles II, xii, 470

Geôle de jeunesse captive I, xxvi, 165

Germain I, xxi, 99

Gibelin, Guelphe [Érasme] III, xii, 1044
Gloire II, xvi, 618

Goût du vin III, v, 843

Grand architecte II, xii, 446

Grand et glorieux chef d’œuvre III, xiii, 1108

Grandeur romaine II, xxiv, 686

Grossière imposture des religions I, xxiii, 111

Guelphe [Érasme] III, xii, 1044

Guérir le mal par le mal III, xiii, 1086


Guerre(s) [244 occurrences]

Guerre loyale et juste I, v, 25

Guerre étrangère est un mal bien plus doux que la civile II, xxiii, 683

Guerres civiles agitant à présent la France II, xix, 668

Guerres civiles de César II, xiii, 608

Guerres civiles de son temps (Thucydide) I, xxiii, 120

Guerres civiles en France II, xvi, 628

(les) Guerres civiles ont cela de pire que les autres guerres, de nous mettre chacun en eschauguette en sa propre maison III, ix, 971

Guerres civiles produisent souvent ces vilains exemples, que nous punissons les privés de ce qu'ils nous ont cru quand nous étions autres III, i, 800

Guerres civiles que nous sentons II, xxxiii, 732


(Habitude) seconde nature (Aristote) III, x, 1010

Hasard (risque) I, xxiv, 129

Heraclides Ponticus : "Je ne sais, dit-il, ni art ni science; mais je suis philosophe" I, xxvi, 168


Hérodote [9 occurrences]


(vivre) Heureusement III, ii, 816

Hiéron et les voluptés (Xénophon)

l'Histoire a connu trois Socrates, cinq Platons, huit Aristotes, sept Xénophons, vingt Démétrius, vingt Théodores I, xlvi, 280


Historien(s) [20 occurrences]

Historiens I, xxi ; II, x, 416 ; III, viii

Historiens sont ma droite balle II, x, 416


Homicide à la mode de Platon I, xxx, 199

Homme à craindre pour l’homme II, xix, 671

Homme de nulle rétention II, x, 408

Homme dieu ou loup pour l’homme [Plaute, Asinaria, vers 495 : Lupus est homo homini, non homo, quom, qualis sit, non gnovit ; cf Érasme, Adages, I, i, 69-70 : Homo homini Deus/Homo homini lupus ; Rabelais, Tiers livre, III : " Les hommes seront loups es hommes "; repris partiellement par Francis Bacon puis par Thomas Hobbes] III, v, 852.


(l')Homme en général, de qui je cherche la connaissance II, x, 416

Homme mêlé III, ix, 986

Homme nu et vide, reconnaissant sa faiblesse naturelle, propre à recevoir d'en haut quelque force étrangère, dégarni d'humaine science, et d'autant plus apte à loger en soi la divine, anéantissant son jugement pour faire plus de place à la foi II, 12, 506

Hommes abandonnés aux mâles (Balbi) III, v, 860

Hommes ne nous tenons les uns aux autres que par la parole I, ix, 36

homo homini, ou Deus, ou lupus III, v, 852

Honnête homme I, xxvi, 148 ; III, ix, 986

Honnêtes gens les philosophes I, liv, 313

Hostilité excellente comme la chrétienne II, xii, 444

Humaine condition II, vi, 380 ; III, ii, 805

Humanité même de Jésus-Christ I, xx, 85

Humeurs débauchées, comme est la mienne III, v, 852

Humeurs transcendantes III, xiii, 1115

Hypocrisie III, v, 822 ; ix


Ignorance [91 occurrences]

Ignorance abécédaire I, liv, 312

l'Ignorance des auditeurs prête une belle et large carrière et toute liberté au maniement d'une matière cachée. Il advient de là qu'il n'est rien cru si fermement que ce qu'on sait le moins, ni gens si assurés que ceux qui nous content des fables, comme Alchimistes, Prognostiqueurs, Judiciaires, Chiromantiens, Médecins I, xxxii, 215

Ignorance doctorale I, liv, 312

Ignorance et savoir II, x ; xii, 480, 481, 482, 518 ; xvii, 634 ; III, xi, 1035

Ignorance qui se sait II, xii, 502


Il échappe souvent des fautes à nos yeux, mais la maladie du jugement consiste à ne les pouvoir apercevoir lorsqu’un autre nous les découvre II, x, 409

Il est bien sans effroi à la mort, mais si on le bat, il crie et se tourmente I, xiv, 55

Il est connu que la plupart des belles actions de l'âme procèdent et ont besoin de cette impulsion des passions, II, xii, 567

Il est impossible de traiter de bonne foi avec un sot III, viii, 925

Il est ordinaire de voir les bonnes intentions, si elles sont conduites sans modération, pousser les hommes à des effets très vicieux II, xix, 668

Il faudrait lui dire de la part de la raison humaine II, xii, 518

Il faut jouer dûment notre rôle, mais comme rôle d'un personnage emprunté. Du masque et de l'apparence il n'en faut pas faire une essence réelle, ni de l'étranger le propre. Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. C'est assez de s'enfariner le visage, sans s'enfariner la poitrine. J'en vois qui se transforment et se transsubstantient en autant de nouvelles figures et de nouveaux êtres qu'ils entreprennent de charges, et qui se prélatent jusques au foie et aux intestins, et entraînent leur office jusques en leur garde-robe. III, x, 1011-1012

Il faut retenir à tout nos dents et nos griffes l'usage des plaisirs de la vie, que nos ans nous arrachent des poings, les uns après les autres I, xxxix, 246

Il ne faut pas tant regarder ce qu'on mange qu'avec qui on mange III, xiii, 1103

Il se faut garder de s'attacher aux opinions vulgaires, et les faut juger par la voie de la raison, non par la voix commune I, xxxi, 202


Il n'est rien cru si fermement, que ce qu'on sait le moins, ni gens si assurés que ceux qui nous content des fables, comme Alchimistes, Prognostiqueurs, Judiciaires, Chiromantiens, Médecins, id genus omne. I, xxxii, 215

Il n’est si homme de bien (Martial) III, ix, 990

Il n’y a que les fous certains et résolus I, xxvi, 151

Ils commencent ordinairement ainsi : comment est-ce que cela se fait-il ? – Mais se fait-il ? faudrait-il dire III, xi, 1026-1027.

Il se faut prêter à autrui et ne se donner qu'à soi-même III, x, 1003
Il se trouve plus de différence de tel homme à tel homme que de tel animal à tel homme II, xii, 466

Ils disent qu’il en provenait des fruits très utiles au privé et au public ; que c’était la force des pays qui en recevaient l’usage, et la principale défense de l’équité et de la liberté : témoin les salutaires amours de Hermodius et d’Aristogiton. Pour autant la nomment-il sacrée et divine. Et n’est, à leur compte, que la violence des tyrans et lâcheté des peuples qui lui soit adversaire I, xxviii, 188.

Ils laissent là les choses, et s’amusent à traiter des causes III, xi, 1026

Ils n’entendent ni ce qui se dit ni pourquoi, et répondent de même III, viii, 928

Ils pensent voir ce qu’ils ne voient pas I, xxi, 99

Ils veulent se mettre hors d'eux et échapper à l'homme III, xiii, 1115

Il y a du malheur d'en être là que la meilleure touche de la vérité ce soit la multitude des croyants, en une presse où les fous surpassent de tant les sages en nombre III, xi, 1028

Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre subjet : nous ne faisons que nous entregloser. Tout fourmille de commentaires; d'auteurs, il en est grand cherté. Le principal et plus fameux savoir de nos siècles, est-ce pas savoir entendre les savants? Est-ce pas la fin commune et dernière de tous études? Nos opinions s'entent les unes sur les autres. La première sert de tige à la seconde, la seconde à la tierce. Nous échelons ainsi de degré en degré. Et advient de là que le plus haut monté a souvent plus d'honneur que de mérite; car il n'est monté que d'un grain sur les épaules du pénultime III, xiii, 1069

Il y a plus de distance de tel à tel homme qu'il n'y a de tel homme à telle bête I, xlii, 258

Il y a tant de sortes de défauts en la vieillesse, tant d'impuissance II, viii, 393


Imagination(s) [147 occurrences]

Imagination fausse, plus jalouse de notre action que de notre science I, iii, 15


Imitation I, xxvi ; II, xii, 468

Immodérée largesse III, vi, 904

Imposture I, xxiii, 111 ; xxvii, 181 ; xxxi, 208 ; xxxii, 215

Impulsion des passions, II, xii, 567

Inanité, vanité et dénéantise de l'homme II, xii, 448

Incertitude de notre jugement I, xlvii, 281

(Inceste) I, xxiii, 114

Incliner l’Histoire à leur fantaisie II, x, 417

Inconnu à un siècle II, xii, 560

Inconnu, champ de l’imposture I, xxxii, 215

Inconstance de nos actions II, i, 331

Incroyable II, xxxii, 723, 725

(Indépendance des organes) I, xxi, 102

Indiscrète et prodigieuse facilité des peuples à se laisser mener et manier la créance et l'espérance III, x, 1013

Inéqualité qui est en nous I, xlii, 258

Indifférence à plusieurs choses II, xiv, 611 ; xxxvii, 760

Indocile liberté de ce membre I, xxi, 102

Infini de l’établissement des raisons II, xii, 601

Inhumanité I, xiv, 53 ; II, iii, 369 : II, xi, 433 ; II, xvii, 661 ; III, vi, 910 ; III, viii, 937, III, ix, 956

Innovation III, ix, 958


Institution(s) [47 occurrences]

(l')Institution a gagné cela sur moi, il est vrai que ce n'a point été sans quelque soin, que, sauf la bière, mon appétit est accommodable indifféremment à toutes choses de quoi on se paît I, xxvi, 166
  
Institution de ses enfants I, xx, 88

Institution des enfants I, xxvi, 145, 148, 149, 174

Institution de Socrate I, xxvi, 159

Institution née du roi Cyrus I, xlviii, 289  

Institution que Xénophon prête aux Perses I, xxv, 141


Intellectuellement sensibles, sensiblement intellectuels III, xiii, 1107

Interprétation II, xii, 585 ; III, xiii, 1069

Interpréter les interprétations III, xiii, 1069

Inutile au service d’autrui II, xvii, 643

(Irrésolution) II, xvii, 635

Ivrognerie II, ii, 339


J’accuse mon impatience, et tiens premièrement qu'elle est également vicieuse en celui qui a droit comme en celui qui a tort: car c'est toujours une aigreur tyrannique de ne pouvoir souffrir une forme diverse à la sienne; et puis, qu'il n'est, à la vérité, point de plus grande fadaise, et plus constante, que de s'émouvoir et piquer des accuse fadaises du monde, ni plus hétéroclite.

J'accuse tout violence en l’éducation d’une âme tendre II, viii, 389

J'ai lu en Tite-Live cent choses que tel n'y a pas lu. Plutarque en y a lu cent, outre ce que j'y ai su lire, et, à l'aventure, outre ce que l'auteur y avait mis. A d'aucuns c'est un pur étude grammairien ; à d'autres, l'anatomie de la philosophie, en laquelle les plus abstruses parties de notre nature se pénètrent I, xxvi,156

J'aime l'allure poétique, à sauts et à gambades III, ix , 994

J’aime la vie III, xiii, 1113

J'aime mieux forger mon âme que la meubler III, iii, 819

J'aimerais mieux m'entendre bien en moi qu'en Cicéron III, xiii, 1073

J'ai pris plaisir à publier en plusieurs lieux l'espérance que j'ai de Marie de Gournay le Jars, ma fille d'alliance : et certes aimée de moi beaucoup plus que paternellement, et enveloppée en ma retraite et solitude, comme l'une des meilleures parties de mon propre être. Je ne regarde plus qu'elle au monde II, xvii, 661

J'ai pris plaisir de voir en quelque lieu des hommes, par dévotion, faire vœu d'ignorance, comme de chasteté, de pauvreté, de pénitence. C'est aussi châtrer nos appétits désordonnés, d'émousser cette cupidité qui nous espoinçonne à l'étude des livres, et priver l'âme de cette complaisance voluptueuse qui nous chatouille par l'opinion de science. Et est richement accomplir le vœu de pauvreté, d'y joindre encore celle de l'esprit. Il ne nous faut guère de doctrine pour vivre à notre aise. III, xii, 1039

J'ai pu me mêler des charges publiques sans me départir de moi de la largeur d'une ongle, et me donner à autrui sans m'ôter à moi II, x, 1007

J’ai une façon rêveuse qui me retire à moi III, iii, 820

J’ajoute, mais je ne corrige pas III, ix, 963

Jalousie III, v, 841, 842, 843, 848

Jamais deux hommes ne jugèrent pareillement de même chose III, xiii, 1067

Jamais homme n'eût ses approches plus impertinemment génitales III, v, 890

J'aurai élancé quelque subtilité en écrivant I, x, 40

Je dis, comme ce même Epicurus, qu'il ne faut pas tant regarder ce qu'on mange qu'avec qui on mange III, xiii, 1103

Je fais dire aux autres ce que je ne puis si bien dire, tantôt par faiblesse de mon langage, tantôt par faiblesse de mon sens II, x, 408

Je fus pelaudé à toutes mains III, xii, 1044

Je hais les remèdes qui importunent plus que la maladie III, xiii, 1086

Je hais toute sorte de tyrannie, et la parlière, et l'effectuelle III, viii, 931

Je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit III, viii, 924

Je m’étale entier II, vi, 379

Je m’étudie plus qu’autre sujet III, xiii, 1072

Je me désavoue sans cesse II, xvii, 635

Je me fais plus d’injure en mentant, que je n’en fais à celui de qui je mens II, xvii, 659

Je me joue à ma chatte II, xii, 452

Je me regarde diversement II, i, 335

Je me sers rarement des avis d’autrui III, ii, 814

Je n’aime point à guérir le mal par le mal ; je hais les remèdes qui importunent plus que la maladie III, xiii, 1086

Je n’ai point autre passion qui me tienne en haleine III, v, 893

Je n’ai point cette erreur commune de juger d’un autre selon que je suis. J’en croie aisément des choses diverses à moi I, xxvii, 229

J'enchérirais volontiers sur Plutarque ; et dirais qu'il y a plus de distance de tel à tel homme qu'il n'y a de tel homme à telle bête I, xlii, 258

Je ne m'étonne plus de ceux que les singeries d'Apollonius et de Mahomet enbufflarent III, x, 1013

Je ne me trouve pas où je me cherche; et me trouve plus par rencontre que par l'inquisition de mon jugement I, x, 40

Je ne suis pas philosophe III, ix, 950

Je ne veux pas priver la tromperie de son rang, ce serait mal entendre le monde ; je sais qu'elle a servi souvent profitablement, et qu'elle maintient et nourrit la plupart des vacations des hommes III, i, 795-796.

Je peins le passage III, ii, 805

Je pense sentir II, xii, 541

Je porte en moi mes préservatifs, qui sont résolution et souffrance III, xii, 1048

Je propose une vie basse et sans lustre, c'est tout un. On attache aussi bien toute la philosophie morale à une vie populaire et privée que à une vie de plus riche estoffe : chaque homme porte la forme entiere de l'humaine condition III, ii, 805

Je sais bien ce que je fuis III, ix, 972

Je sais qu'il y a une Médecine, une Jurisprudence, quatre parties en la Mathématique [c'est le quadrivium : arithmétique, musique, géométrie, astronomie], et grossièrement ce à quoi elles visent. Et à l'aventure encore sais-je la prétention des sciences en général au service de notre vie. Mais, d'y enfoncer plus avant, de m'être rongé les ongles à l'étude d'Aristote, monarque de la doctrine moderne, ou opiniâtré après quelque science, je ne l'ai jamais fait ; ni n'est art de quoi je susse peindre seulement les premiers linéaments. Et n'est enfant des classes moyennes, qui ne se puisse dire plus savant que moi, qui n'ai seulement pas de quoi l'examiner sur sa première leçon : au moins selon icelle. Et, si l'on m'y force, je suis contraint, assez ineptement, d'en tirer quelque matière de propos universel, sur quoi j'examine son jugement naturel : leçon qui leur est autant inconnue, comme à moi la leur. Je n'ai dressé commerce avec aucun livre solide, sinon Plutarque et Sénèque, où je puise comme les Danaïdes, remplissant et versant sans cesse. J'en attache quelque chose à ce papier; à moi, si peu que rien. L'Histoire, c'est plus mon gibier, ou la poésie, que j'aime d'une particulière inclination I, xxvi, 146

Je suis bien marri que nous n'ayons une douzaine de Laertius [Diogène Laërce], ou qu'il ne soit ou plus étendu ou plus entendu II, x, 416

Je suis moi-même la matière de mon livre Au lecteur, 3

Je suivrai le bon parti jusques au feu, mais exclusivement si je puis III, i, 792


Jésus-Christ [ou Sauveur ; toutes les occurrences, soit 6] :

I, xi, 41 : Quant aux oracles, il est certain que bonne pièce avant la venue de Jésus-Christ, ils avaient commencé à perdre leur crédit ;
I, xx, 85 : Il est plein de raison et de piété de prendre exemple de l'humanité même de Jésus-Christ ;
I, lxvi, 277 : un jeune homme débauché, logé en cet endroit, ayant recouvré une garce et lui ayant d'arrivée demandé son nom, qui étoit Marie, se sentit si vivement épris de religion et de respect, de ce nom Sacrosaint de la Vierge mère de notre Sauveur ;
II, iii, 360 : Je désire, dit saint Paul, être dissout pour être avec Jésus-Christ ;
II, xii, 445 : Je veux être dissout, dirions-nous, et être avec Jésus-Christ ;
II, xix, 669 : Maris, évêque du lieu [la ville de Chalcedoine], osa bien l'appeler [Julien l'Apostat] méchant traître à Christ, et qu'il n'en fit autre chose, sauf lui répondre : Va, misérable, pleure la perte de tes yeux. À quoi l'évêque encore répliqua : Je rends grâce à Jésus-Christ de m'avoir ôté la vue, pour ne voir ton visage impudent.


Je trouve plus de volupté à seulement voir le juste et doux mélange de deux jeunes beautés ou à le seulement considérer par fantaisie, qu'à faire moi même le second d'un mélange triste et informe III, v, 895

J’étudiais, jeune, pour l’ostentation ; depuis, un peu, pour m’assagir III, iii, 829

Je veux être maître de moi, à tout sens III, v, 841

Jeux des enfants ne sont pas jeux I, xxiii, 110

Je veux qu’on agisse I, xx, 89

Je voudrais aussi qu'on fut soigneux de lui choisir un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine I, xxvi, 150

Joie (Sénèque, Plutarque) I, xxvi, 161 ; III, ix, 979

Jointure universelle de membres gâtés III, xii, 1047

Jouer dûment notre rôle III, x, 1011

J'ouïe journellement dire à des sots des mots non sots. Ils disent une bonne chose ; sachons jusques où ils la connaissent, voyons par où ils la tiennent. Nous les aidons à employer ce beau mot et cette belle raison qu'ils ne possèdent pas ; ils ne l'ont qu'en garde III, viii, 937

Jouir loyalement de son être III, xiii, 1115

Jouir, non posséder I, xlii, 262


Jugement(s) [260 occurrences]

Jugements en gros III, viii, 943

Juger d’un autre selon que je suis I, xxxvii, 229

Juger librement des choses I, xxiii, 118

Juger par la voie de la raison, non par la voix commune I, xxxi, 202

Juif(s) [5 occurrences]


Jusqu’au feu, exclusivement III, i, 792

Juste et doux mélange de deux jeunes beautés III, v, 895

Juste partage du sens II, xvii, 657


La fortune m'a fait grand déplaisir d'interrompre la belle structure du Pont neuf de notre grand'ville et m'ôter l'espoir avant de mourir d'en voir en train l'usage. " III, vi, 

Laideur III, xii, 1057

Laideur de la piperie I, xxiii, 110

Laisser en suspens I, xxvii, 180

Laissons là le peuple, qui ne se sent point, qui ne se juge point, qui laisse la plus grande part de ses facultés naturelles oisives II, xii, 501

Laissons l'entendement et la conscience vides I, xxv, 136

La mort est moins à craindre que rien, s'il y avait quelque chose de moins,
multo mortem minus ad nos esse putandum
Si minus esse potest quam quod nihil esse videmus.
Elle ne vous concerne ni mort ni vif : vif, parce que vous êtes : mort, par ce que vous n'êtes plus [cf Épicure, Lettre à Ménécée, X, § 125 ; Cicéron, Tusculanes, I, xxxviii, 91-92]. Nul ne meurt avant son heure. Ce que vous laissez de temps n'était non plus vôtre que celui qui s'est passé avant vôtre naissance: et ne vous touche non plus,
Respice enim quam nil ad nos ante acta vetustas
Temporis aeterni fuerit.
Où que vôtre vie finisse, elle y est toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace, elle est en l'usage: tel a vécu longtemps, qui a peu vécu: attendez vous y pendant que vous y êtes. Il gît en vôtre volonté, non au nombre des ans, que vous ayez assez vécu. I, xx, 95

L'amour d'un muletier se rend souvent plus acceptable que celle d'un galant homme II, xii, 491

L’amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison qu’en l’âge voisin de l’enfance III, v, 895

Langage I, ix ; xxvi, 171 ; II, xii, 454, 527

Langage commun obscur en contrat III, xiii, 1066

La plupart de nos vacations sont farcesques (Pétrone) III, x, 1011

La sagesse de ma leçon est en vérité, en liberté, en essence toute III, v, 887

La vieillesse a un peu besoin d'être traitée plus tendrement. Recommandons la à ce Dieu [Apollon ; cf Horace, Odes, I, xxxi, pour la citation qui suit, et clôt les Essais], protecteur de santé et de sagesse, mais gaie et sociale III, xiii, 1116

Le bien public requiert qu’on trahisse et qu’on mente et qu’on massacre III, i, 791

(Lecture) III, iii, 827

Lecture me sert spécialement à éveiller par divers objets mon discours, à embesogner mon jugement, non ma mémoire III, iii, 819

Le grand Seigneur [Le Grand Turc, Soliman 1er le Magnifique, 1494-1566] ne permet aujourd'hui ni à Chrétien ni à Juif d'avoir cheval à soi, à ceux qui sont sous son empire I, xlviii, 289

Lequel des deux on fasse, dit-il [Socrate sur "se marier ou non"], on s’en repentira (Diogène Laërce, II, § 33) III, v, 852

Le sage doit au-dedans retirer son âme de la presse, et la tenir en liberté et puissance de juger librement des choses I, xxiii, 118

Lésion énormissime III, v, 887

Les humeurs débauchées, comme est la mienne III, v, 852

Les plus belles âmes sont celles qui ont plus de variété et de souplesse III, iii, 818

Les plus grossiers et plus lourds sont plus fermes et plus désirables aux exécutions amoureuses II, xii, 491

L’homme en tout et partout, n’est que rapiècement et bigarrure II, xx, 675

Liaisons humaines II, xii, 445


Liberté [161 occurrences]

Liberté d’aller et venir III, xiii, 1072

Liberté d’autrui II, xii, 585

Liberté de conscience II, xix, 668

La liberté donc et gaillardise de ces esprits anciens produisait en la philosophie et sciences humaines plusieurs sectes d'opinions différentes, chacun entreprenant de juger et de choisir pour prendre parti II, xii, 560

Liberté et puissance de juger librement des choses I, xxiii, 118

Liberté vraie (Sénèque) III, xii, 1046

Librairie II, xvii, xviii ; III, iii

Licence d’opinion et de mœurs II, xii, 559

Licence grecque I, xxviii, 187

Licences des excellents (Muret ?), des philosophes II, xii, 559, 585

Licences éloignées de l’usage commun et excessives II, xii, 583

Lieux étrangers (citations) III, xii, 1056

Limer notre cervelle contre celle d’autrui I, xxvi, 153

Limites de la vérité III, xiii, 1078

L’immodérée largesse est un moyen faible à leur acquérir bienveillance III, vi, 904

Livre de bonne foi Au lecteur, 3

Livres II, x, 407

Livre suffisant I, xxvi, 152


Logique [9 occurrences]

(ma) Logique II, i, 335

Logique I, lvi, 322 ;
II, xii, 487, 508, 527, 540 ;
III, iii, 822 ; viii, 926

Logique, Physique, Géométrie, Rhétorique I, xxvi, 160

Loi des lois, que chacun observe celles du lieu où il est I, xxiii, 118

Loisible de considérer comme ambiguë II, xii, 503

(Les) lois de la conscience, que nous disons naître de nature, naissent de la coutume : chacun ayant en vénération interne les opinions et mœurs approuvées et reçues autour de lui, ne s'en peut déprendre sans remords, ni s'y appliquer sans applaudissement. Quand ceux de Crète voulaient au temps passé maudire quelqu'un, ils priaient les dieux de l'engager en quelque mauvaise coutume. Mais le principal effet de sa puissance, c'est de nous saisir et empiéter de telle sorte, qu'à peine soit-il en nous de nous r'avoir de sa prise et de r'entrer en nous, pour discourir et raisonner de ses ordonnances I, xxiii, 115

Lois naturelles perdues II, xii, 580

Lois trop nombreuses III, xiii, 1066

Lourde ignorance et puérile de plusieurs choses communes III, iii, 820

Lourdes têtes I, xxv, 136


Ma créance [croyance] ne se manie pas à coups de poing III, xi, 1031

Ma façon simple, naturelle et ordinaire Au lecteur

Mahomet promet aux siens un paradis tapissé, paré d'or et de pierrerie, peuplé de garçes d'excellente beauté, de vins et de vivres singuliers II, xii, 518

Maire et Montaigne ont toujours été deux III, x, 102

Maître de moi, à tout sens III, v, 841

Maladie du jugement II, x, 409

Maladie naturelle de l’esprit humain III, xiii, 1068

Mâles à quoi cette nation est abandonnée (Balbi) III, v, 860

Mâles et femelles sont jetés en même moule : sauf l'institution et l'usage, la différence n'y est pas grande III, v, 897

Mâles se mêlent aux mâles (Aristote) I, xxiii, 115

Malheur d'en être là que la meilleure touche de la vérité ce soit la multitude des croyants III, xi, 1028

Ma maîtresse forme, l’ignorance I, l, 302

Maniement réglé de notre âme (la sagesse) II, ii, 348

Manière de vivre des thons, on y remarque une singulière science de trois parties de la Mathématique. Quant à l'Astrologie, ils l'enseignent à l'homme; car ils s'arrestent au lieu où le solstice d'hiver les surprend, et n'en bougent jusques à l'équinoxe ensuivant: voylà pourquoi Aristote même leur concède volontiers cette science. Quant à la Géométrie et Arithmétique, ils font toujours leur bande de figure cubique, carrée en tout sens, et en dressent un corps de bataillon solide, clos et environné tout à l'entour, à six faces toutes égales; puis nagent en cette ordonnance carrée, autant large derrière que devant, de façon que, qui en voit et conte un rang, il peut aisément nombrer toute la troupe, d'autant que le nombre de la profondeur est égal à la largeur, et la largeur à la longueur II, xii, 479-480

(Manque de courage) I, xvi, 70

Ma philosophie est en action, en usage naturel et présent : peu en fantaisie III, v, 842

Ma raison n’est pas duite à se courber et fléchir, ce sont mes genoux III, viii, 935

Mariage II, xii, 583 ; xvii, 645 ; III, v, 850, 851, 852, 853, 854, 855, 856, 869, 860, 871

Mariage de mâles (Lopez de Gomara) I, xxiii, 112

Martial (XI, xx) II, xii, 474

Mathématiques I, xxvi, 146, 160 ; liv ; II, xii, 469, 479, 480, 508, 540, 545, 560 ; xvii, 652

Matière de mon livre Au lecteur, 3

Mauvais moyens employés à bonne fin II, xxiii, 682

Mauvais prêcheur de commune II, xvii, 637

Me faire aimer II, viii, 393

Médiocrité II, xvii, 640

Méditer est un puissant étude et plein, à qui sait se tâter et employer vigoureusement III, iii, 819

Meilleure munition (la lecture) que j'aie trouvé à cet humain voyage III, iii, 828

Meilleure touche de la vérité III, xi, 1028

Mélancolie II, viii, 385 ; xx, 674

Mélange triste III, v, 873

Membre inobédient et tyrannique (Platon, Timée) III, v, 859

Même nature qui roule son cours II, xii, 445

Mémoire II, xii, 494

Mémoire des livres I, xxvi, 156

Mémoire du menteur I, ix

(Mémoire mauvaise de Montaigne) I ix xix ; II x ; xvii, 649 ; III, ix, 963 ;xii xiii

Ménage II, ix, 949, 975

Ménon et les objets passant fleur (Xénophon) III, v, 895

Mensonge historique II, x, 417

Mentir pire que la paillardise III, v, 846

Mère nourrice des plus fausses opinions II, xvii, 634

Merveilleuse nature d'Alcibiade I, xxvi, 167

Mes mœurs sont naturelles; je n'ai point appelé à les bâtir le secours d'aucune discipline. Mais, toutes imbéciles qu'elles sont, quand l'envie m'a pris de les réciter, et que, pour les faire sortir en public un peu plus décemment, je me suis mis en devoir de les assister et de discours et d'exemples, ce a été merveille à moi même de les rencontrer, par cas d'aventure, conformes à tant d'exemples et discours philosophiques. De quel régiment était ma vie, je ne l'ai appris qu'après qu'elle est exploitée et employée. Nouvelle figure: un philosophe imprémédité et fortuite. Pour revenir à notre âme, ce que Platon a mis la raison au cerveau, l'ire au cœur et la cupidité au foie, il est vraisemblable que ç'a été plutôt une interprétation des mouvements de l'âme, qu'une division et séparation qu'il en ait voulu faire, comme d'un corps en plusieurs membres. Et la plus vraisemblable de leurs opinions est, que c'est toujours une âme qui, par sa faculté, ratiocine, se souvient, comprend, juge, désire et exerce toutes ses autres opérations, par divers instruments du corps (comme le nocher gouverne son navire selon l'expérience qu'il en a, ores tendant ou lâchant une corde, ores haussant l'antenne ou remuant l'aviron, par une seule puissance conduisant divers effets) ; et qu'elle loge au cerveau: ce qui appert de ce que les blessures et accidents qui touchent cette partie, offensent incontinent les facultés de l'âme II, xii, 546

Mesure de notre puissance II, xii, 502

Métier le plus difficile du monde, celui de roi III, vii

M'être rongé les ongles à l'étude d'Aristote I, xxvi, 146

Mettre ses conjectures à bien haut prix III, xi, 1032

Me voici devenu Grammairien I, xlviii, 287

(comme) Michel  de Montaigne, non comme grammairien ou poète ou jurisconsulte III, ii, 805

(notre fait et) Michel, qui nous touche encore de plus près que l'homme III ; ix, 952

Mignons I, xiv, 52 ; II, xii, 556

Mine rébarbative (Buchanan, Martial) III, v, 844-5

Mirer ma vie dans celle d’autrui III, xiii, 1076

Miroir de nos discours I, xxvi, 168

Misérable et chétive créature II, xii, 450

Modèle commun III, xiii, 1116

Mœurs du siècle de Platon II, xii, 587

Moi, je regarde dedans moi II, xvii, 657

Moi le premier par mon être universel III, ii, 805

Moi-même la matière de mon livre Au lecteur, 3

Mollesse III, vii, 920


Monde [380 occurrences]

Monde n’est formé qu’à l’ostentation III, xii, 1037

Monde n’est que babil I, xxvi, 168

Monde n’est qu’une école d’inquisition III, viii

Mon métier et mon art, c’est vivre. II, vi, 379

Mon monde est failli, ma forme est vidée; je suis tout du passé, et suis tenu de l'autoriser et d'y conformer mon issue III, x, 1010

Monstres ne le sont pas à Dieu II, xx, 713

Montre que nous faisons à cette heure de nos pièces en forme III, v, 859

Moqueurs qui se plient à notre bêtise pour nous emmiéler II, xii, 518


Mort(s) [530 occurrences]

(Mort crainte par la pensée) I, xiv, 56

Mort est effroyable à Cicéron, désirable à Caton, indifférente à Socrate I, l, 302

Mort est moins à craindre que rien, s'il y avait quelque chose de moins I, xx, 95

Mots et pensée III, viii, 924

Mots, qui amollissent et modèrent la témérité de nos propositions III, xi, 1030

Mourir, la plus grande besogne que nous ayons à faire II, vi, 371

(Mourir pour son opinion) I, xiv, 53 ; III, i, 792

Moutarde après dîner III, x, 1010

Mouvement (Aristote) III, xiii, 1095

Mouvement d’ivrogne III, ix, 964

Mouvement d’un instant (la mort) I, xiv, 56

Mouvement inégal, irrégulier et multiforme (la vie) III, iii, 819

Mouvement qui ne parle II, xii, 454

Mundus universus exercet histrionam [Pétrone, cité par Juste Lipse, De la constance, I, 8] III, x 

Mutations à craindre I, xliii, 270

Mutations ébranlent l’État III, ix, 958


Naturaliser l’art III, v, 874

Naturalistes III, xii, 1056

Nature a maternellement observé cela, que les actions qu'elle nous a enjointes pour notre besoin, nous fussent aussi voluptueuses III, xiii, 1107-1108

Nature est un doux guide III, xiii, 1113

Nature nous a mis au monde libres et déliés ; nous nous emprisonnons en certains détroits III, ix, 973

Nature peut tout et fait tout I, xxv, 141

Nature s’est obligée à ne rien faire autre, qui ne fût dissemblable III, xiii, 1065

Ne m'est il pas advenu, non une fois, mais cent, mais mille, et tous les jours, d'avoir embrassé quelque autre chose à tout ces mêmes instruments, en cette même condition, que depuis j'ai jugée fausse ? II, xii, 563

Ne pouvant régler les événements, je me règle moi-même [repris par Descartes : " Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde… " Sartre : " À partir du moment où les possibilités que je considère ne sont pas rigoureusement engagées par mon action, je dois m'en désintéresser, parce qu'aucun Dieu, aucun dessein ne peut adapter le monde et ses possibles à ma volonté. Au fond, quand Descartes disait : " Se vaincre plutôt soi-même que le monde " il voulait dire la même chose : agir sans espoir. " (L'Existentialisme est un humanisme). Sartre pas foutu de citer exactement le Discours de la méthode !] II, xvii, 644

N'est enfant des classes moyennes, qui ne se puisse dire plus savant que moi I, xxvi, 146




Nihilité de l’humaine condition II, vi, 380

Nombres II, xii, 464

(Nom étranger à la chose) II, xvi, 618

(Non-conformisme) II, xvii, 647

Non plus que je ne regrette que ma durée ne soit aussi longue et entière que celle d'un chêne. Je n'ai point à me plaindre de mon imagination: j'ai eu peu de pensées en ma vie qui m'aient seulement interrompu le cours de mon sommeil, si elles n'ont été du désir, qui m'éveillât sans m'affliger. Je songe peu souvent; et lors c'est des choses fantastiques et des chimères produites communément de pensées plaisantes, plutôt ridicules que tristes. III, xiii, 1098

Nos discours ont grande participation au hasard (Platon, Timée) I, xlvii, 286

Nos plus grands vices prennent leur pli de notre plus tendre enfance, et que notre principal gouvernement est entre les mains des nourrices I, xxiii, 110

Notre contestation est verbale III, xiii, 1069

Notre devoir n’a d’autre règle que fortuite II, xii, 578

Notre fait et Michel III, ix, 952

Notre foi n’est pas notre acquêt, c’est un pur présent de la libéralité d’autrui II, xii, 500

Notre grand et glorieux chef d’œuvre c’est vivre à propos III, xiii, 1108

Notre intelligence se conduisant par la seule voie de la parole, celui qui la fausse trahit la société publique II, xviii, 666-667

Notre monde n’est formé qu’à l’ostentation III, xii, 1037

Notre monde vient d’en trouver un autre III, vi, 908

Notre parler a ses faiblesses II, xii, 527

Notre plus tendre enfance I, xxiii, 110

Notre principal gouvernement est entre les mains des nourrices I, xxiii, 110

Notre religion est faite pour extirper les vices ; elle les couvre, les nourrit, les incite II, xii, 444

Notre vie est partie en folie, partie en prudence III, v, 888

Notre vie n’est que mouvement III, xiii, 1095

Notre zèle fait merveilles, quand il va secondant notre pente vers la haine, la cruauté, l'ambition, l'avarice, la détraction, la rébellion. A contrepoil, vers la bonté, la benignité, la tempérance, si, comme par miracle, quelque rare complexion ne l'y porte, il ne va ni de pied ni d'aile II, xii, 444

Nous appelons agrandir notre nom, l'étendre et semer en plusieurs bouches ; nous voulons qu'il y soit reçu en bonne part et que cette sienne accroissance lui vienne à profit: voilà ce qu'il y peut avoir de plus excusable en ce dessein II, xvi, 626

Nous appelons contre nature ce qui advient contre la coutume : rien n'est que selon elle, quel qu'il soit. Que cette raison universelle et naturelle chasse de nous l'erreur et l'étonnement que la nouvelleté nous apporte.II, xxx, 713

Nous autres naturalistes III, xii, 1056

Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être capables. Il y a quelque commerce entre elles et nous, et quelque obligation mutuelle II, xi, 435.

Nous faisons naturellement conscience de rendre ce qu'on nous a prêté sans quelque usure et accession de notre crû. L'erreur particulière fait premièrement l'erreur publique, et à son tour après, l'erreur publique fait l'erreur particulière. Ainsi va tout ce bâtiment, s'étoffant et formant de main en main : de manière que le plus éloigné témoin en est mieux instruit que le plus voisin, et le dernier informé mieux persuadé que le premier. C'est un progrès naturel. Car quiconque croit quelque chose, estime que c'est ouvrage de charité de la persuader à un autre ; et pour ce faire, ne craint point d'ajouter de son invention, autant qu'il voit être nécessaire en son compte, pour suppléer à la résistance et au défaut qu'il pense être en la conception d'autrui III, xi, 

Nous faudra-il chier en courant ? III, xiii, 1115

Nous […] laissons en arrière notre fait et Michel, qui nous touche encore de plus près que l’homme III, ix, 952

Nous n’allons pas, on nous emporte II, i, 333

Nous n’allons point, nous rodons plutôt, et tournoyons ça et là. Nous nous promenons sur nos pas III, vi, 907

Nous n’avons aucune communication à l’être II, xii, 601

Nous n’avons d’autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes I, xxxi, 205


Nous n'avons que du vent et de la fumée en partage. Les dieux ont la santé en essence, dit la philosophie, et la maladie en intelligence; l'homme, au rebours, possède ses biens par fantaisie, les maux en essence II, xii, 489


Nous ne faisons que nous entregloser III, xiii, 1069

Nous ne goûtons rien de pur II, xx, 673

Nous ne pouvons souffrir la rencontre d’un esprit mal rangé sans nous mettre en colère III, viii, 929

Nous ne saurions faillir à suivre nature III, xii, 1059

Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise III, x, 1011

Nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole I, ix, 36

Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au-delà I, iii, 15

Nous pensons toujours ailleurs ; l’espérance d’une vie meilleure nous arrête et appuie, ou l’espérance de la valeur de nos enfants, ou la gloire future de nôtre nom III, iv, 834

Nous savons dire : Cicéro dit ainsi : voilà les mœurs de Platon ; ce sont les mots mêmes d'Aristote. Mais nous, que disons-nous nous-mêmes ? que jugeons-nous ? que faisons-nous ? I, xxv, 137

Nous sommes chrétiens à même titre que nous sommes ou périgourdins ou allemands II, xii, 445

Nous sommes partout vent III, xiii, 1107

Nous sommes toujours au delà I, iii, 15

Nous troublons la vie par le soin de la mort, et la mort par le soin de la vie III, xii, 1051

Nous voilà au rouet II, xii, 601

Nouvelle façon de persuader III, xi, 1031

Nouvelle manière (en éducation) I, xxvi, 150

Nulle connaissance de lettres ; nulle science de nombres ; nul nom de magistrat, ni de supériorité politique ; nul usage de service, de richesse ou de pauvreté ; nuls contrats ; nulles successions ; nuls partages ; nulles occupations qu'oisives ; nul respect I, xxxi, 206

Nulle vertu ne s’aide de la fausseté ; et la vérité n’est jamais matière d’erreur II, vi, 379

Nul vent fait pour celui qui n’a point de port destiné II, i, 337


Obscurité II, xii, 507, 511 ; III, ix, 995

Observations sur les moyens de faire la guerre de Jules César II, xxxiv, 736

Obstination et ardeur d’opinion III, viii, 938

Occasions de troubles du monde II, xii, 527


Office(s) [136 occurrences]

Office de piété de tuer son père en certain âge I, xxiii, 114


Oisiveté I, viii, 32, 33 ; II, i, 337

On dit communément que le plus juste partage que nature nous ait fait de ses grâces, c'est celui du sens : car il n'est aucun qui ne se contente de ce qu'elle lui en a distribué. N'est-ce pas raison ? Qui verrait au delà, il verrait au delà de sa vue. Je pense avoir les opinions bonnes et saines ; mais qui n'en croit autant des siennes ? II, xvii, 657

On leur a si fort saisi la creance [croyance], qu'ils pensent voir ce qu'ils ne voient pas I, xxi, 99

On me défend d’en douter, sur peines d’injures exécrables III, xi, 1031

On me fait haïr les choses vraisemblables quand on me les plante pour infaillibles III, xi, 1030

On ne cesse de criailler à nos oreilles I, xxvi, 150

On nous apprend à vivre quand la vie est passée I, xxvi, 163

On tenait aux églises des garces et des garçons à jouir III, v, 858

On voit aussi certains animaux s'adonner à l'amour des mâles de leur sexe II, xii, 472


Opiniâtre, opiniâtreté [opiniastreopiniastreté ; 18 occurrences]

Opiniâtreté de mes pierres III, iv, 837

Opinion(s) I, xiv, 61 ; xxvi, 147, 148 ; II, xii, 448, 513, 543, 545, 553, 559, 562, 563, 569, 581 ; III, i

Opinion de savoir II, xii, 488 ; xvii, 659

Oppositions qui redressent III, viii, 925

Ordre III, viii ; ix, 949 ; xiii, 1076

Ordre et mesure II, xii, 559

Orgueil gît en la pensée. La langue n’y peut avoir qu’une bien légère part II, vi, 379

Origène obligé de choisir III, v, 823

Oser dire tout ce que j’ose faire, et me déplais des pensées mêmes impubliables III, v, 845

Ôter le masque I, xx, 96

Oubli II, xii, 494

Ô un ami ! III, ix, 981

Ouvrier de miracles II, xii, 573

Oyez dire métonymie I, li, 307


Paedicem (Martial) II, xii, 474

Paillardise II, ii ; III, vii xiii

Paillardises de toutes sortes (DL) III, xiii


Pape(s) [25 occurrences]

(le) Pape Boniface huitième entra, dit-on, en sa charge comme un renard, s'y porta comme un lion, et mourut comme un chien II, i, 332
(le) Pape Léon dixième, ayant été adverti de la prise de Milan, qu'il avait extrêmement souhaitée, entra en tel excès de joie, que la fièvre l'en prit et en mourut I, ii, 14

(Paradoxes) I, xxvi, 171 ; II, xii, 526, 545, 571 ; xiv, 611 ; III, xiii, 1075

Parce que c’était lui ; parce que c’était moi I, xxviii, 188

Par coutume, dit Aristote, aussi souvent que par maladie, des femmes s'arrachent le poil, rongent leurs ongles, mangent des charbons et de la terre; et autant par coutume que par nature les mâles se mêlent aux mâles. I, xxiii, 115

Par divers moyens on arrive à pareille fin I, i, 7

Parées pour la montre publique II, xii, 485

Parfaite senteur d’une femme (Plutarque) I, lv, 314

Paris III, vii ; ix, 972

Parler indifféremment de tout ce qui se présente à ma fantaisie I, xxvi, 146

Parler par tout, et pour et contre I, xlvii, 281.

Par raison, c’est au faible plutôt d’accepter de bon gré les oppositions qui le redressent III, viii, 925

Partage du sens II, xvii, 657

(Passé mieux connu que le présent) I, xxi, 106

Passer le temps III, xiii, 1111

Passion pas simplement corporelle III, v, 885

Pastissages de lieux communs III, xii, 1056

Pastissages des premières lois II, xxxxvii, 766

Pédantisme I, xxv, 133

Peine du feu pour crime d’opinion III, xi

Peintes et parées pour la montre publique II, xii, 485

Peinture I, xxiv xxviii xxxiv ; II, xii, 599 ; xvi xx ; III, v, 873, 880 ; xiii, 1079

Pelaudé à toutes mains III, xii, 1044

Pensements vains II, vi, 376

Perceptions II, xiv, 611

Pères mêlés à leurs fils (Quinte-Curce) I, xxiii, 114

Perpétuelle confession d’ignorance II, xii, 505

Personne n’est exempt de dire des fadaises. Le malheur est de les dire curieusement [avec componction] II, i, 790

Persuader III, xi, 1028, 1031 ; xii, 1043

Péter à l’envi II, xii, 583

Péter d'une haleine et d'une obligation constante et irremittente I, xxi, 103

Peu d'hommes ont été admirés par leurs domestiques III, ii, 808

Peuple II, xvi, 624 ; III, vi, 904

Phallus déifié III, v, 858

Phédon prostitua sa beauté (DL) III, v, 868


Philosophe(s) [128 occurences]

Philosophe imprémédité et fortuit II, xii, 546

Philosopher I, xx ; xxvi, 164, 167 ; II, iii ; xii, 509, 511 ; xvii

Philosopher c’est apprendre à mourir (Cicéron, Tusculanes, I, xxx, 74 ; cf Platon, Phédon, 67D-68B) ; Rabelais, Tiers Livre, XXXI) I, xx, 81 . [Après Platon et Cicéron, Montaigne retire donc la question de la mort à la religion pour la confier à la philosophie ; apprendre à se passer de la perspective d'une vie éternelle].

Philosopher c’est douter II, iii, 350

Philosophes nuisaient aux auditeurs (Ariston) I, xxv, 141

Philosophes ridicules I, xxv, 134


Philosophie [117 occurrences]

Philosophie ostentatrice et parlière I, xxxix, 248

Poésie sophistiquée (philosophie) II, xii, 537

la Philosophie ; elle a tant de visages et de variété, et a tant dit, que tous nos songes et rêveries s'y trouvent. L'humaine fantaisie ne peut rien concevoir en bien et en mal qui n'y soit. Nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum [Cicéron, De divinatione, II, 119 ; repris par Pascal] II, xii, 546

Points élevés de la philosophie III, ix, 989


Pire état de l'homme II, ii, 340

Place du bien et du mal I, xx, 93


Plaisir(s) [239 occurrences]

Plaisir de connaître II, xii, 491

(Le) Plaisir est des principales espèces du profit, III, xiii, 1088

Plaisir de connaître II, xii, 491

Plantant mes choux I, xx, 89


Platon [194 occurrences]

Platon est bien plus Socratique que Pythagorique III, xiii, 1107

Platon me semble avoir aimé cette forme de philosopher par dialogues, à escient, pour loger plus décemment en diverses bouches la diversité et variation de ses propres fantaisies II, xii, 509

Pli de notre plus tendre enfance I, xxiii, 110

Pluralité des mondes II, xii, 524

Plus belles âmes III, iii, 818

Plus d’arrêt et de règle en mes mœurs qu’en mon opinion II, xi, 428

Plus de distance de tel à tel homme qu'il n'y a de tel homme à telle bête I, xlii, 258

Plus excellents hommes II, xxxvi, 751

Plusieurs choses nous semblent plus grandes par imagination que par effet II, vi, 372

Plus les mœurs et l’entendement que la science I, xxvi, 150

Plus universel membre de ma Logique II, i, 335


Plutarque [88 occurrences]


Plutôt la tête bien faite que bien pleine I, xxvi, 150

Poésie I, xxvi, 146 ; II, x xvii ; III, iii ; ix, 995

Poésie sophistiquée (philosophie) II, xii, 537

Points élevés de la philosophie III, ix, 989

Polémon débauché (DL) II, xvii, 660

Polémon semant en champ stérile (DL) III, v, 856

Portion du glaneur III, ix, 953

Pot à deux anses (la raison) II, xii, 581

Pour dire un mot de moi-même II, xi, 427

Pour dresser un bois courbe on le recourbe au rebours (Plutarque) III, x, 1006 [il existe une discussion marxiste sur ce sujet : ‎"Le bâton courbé" par François RICCI, mon prof de philo en terminale au lycée Masséna de Nice. Résumé : "Quand un bâton est courbé dans un sens, il faut le courber dans l'autre sens", cette idée que Althusser avait présentée dans sa Soutenance d'Amiens comme caractérisant le marxisme est déjà dans l'expérience cartésienne du doute et de la pensée. Si, pour forcer les idées à changer, il faut, selon Althusser, leur imposer une contre-force qui annule la première, ne va-t-on pas alors de courbure en contre-courbures et contre-contre-courbures, c'est-à-dire en déviations ?" Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, Nice 1977, n° 32, pages 117-129.]

Pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui I, xxvi, 153 [devenu sur Internet " "IL FAUT LIMER ET FROTTER SA CERVELLE À CELLE D'AUTRUI" (MONTAIGNE) " "]

Pour moi donc, j’aime la vie et la cultive telle qu'il a plu à Dieu nous l'octroyer III, xiii, 1113

Pour moi, je sais bien dire : il fait méchamment cela, et vertueusement ceci III, x, 1003

Pourquoi ne mettons nous en doute si notre penser, notre agir, n'est pas un autre songer, et notre veiller quelque espèce de dormir ? II, xii, 596

Pour revenir à notre âme, ce que Platon a mis la raison au cerveau, l'ire au cœur et la cupidité au foie, il est vraisemblable que ç'a été plutôt une interprétation des mouvements de l'âme, qu'une division et séparation qu'il en ait voulu faire, comme d'un corps en plusieurs membres. Et la plus vraisemblable de leurs opinions est, que c'est toujours une âme qui, par sa faculté, ratiocine, se souvient, comprend, juge, désire et exerce toutes ses autres opérations, par divers instruments du corps (comme le nocher gouverne son navire selon l'expérience qu'il en a, ores tendant ou lâchant une corde, ores haussant l'antenne ou remuant l'aviron, par une seule puissance conduisant divers effets); et qu'elle loge au cerveau: ce qui appert de ce que les blessures et accidents qui touchent cette partie, offensent incontinent les facultés de l'âme II, xii, 546

Pouvoir toute chose sur soi (Sénèque) III, xii, 1046

Pratiques amoureuses que les poètes attribuent à Jupiter I, xlii, 265

Précepte de Platon qu'il faut colloquer les enfants non selon les facultés de leur père, mais selon les facultés de leur âme. Puisque la philosophie est celle qui nous instruit à vivre, et que l'enfance y a sa leçon, comme les autres âges, pourquoi ne la lui communique l'on ? I, xxvi, 163

Prêcher le premier passant III, viii, 958

Préjugés II, xii, 520 ; III, xii, 1037

Préméditation de la liberté I, xx, 87

Premier à Paris III, vii, 916-7

Premiers discours de quoi on lui doit abreuver l'entendement I, xxvi, 159

Prendre exemple de l'humanité même de Jésus-Christ ; I, xx, 85

Préparation à la mort III, xii, 1051

Préservatifs, qui sont résolution et souffrance III, xii, 1048

Présomption II, xii, 452 ; 489 ; xvii

(Principe de plaisir) I, xx

Principes des sciences II, xii, 540


Profession des Pyrrhoniens est de branler, douter et enquérir, ne s'assurer de rien, de rien ne se répondre II, xii, 502

Profit de l'un est dommage de l'autre I, xxii, 107

(Progrès) II, xii, 560, 570 ; III, xiii, 1069

(Propagande) III, x


Public, publique [134 occurrences]

Publication de mes mœurs III, ix, 980

Pudicité est une belle vertu I, xxiii, 117

Puis qu’on a franchi les barrières de l’impudence, il n’y a plus de bride (Épictète) II, x, 413

Puisque nous ne la pouvons aveindre (agripper, la grandeur), vengeons nous à en médire III, vii, 916

Puissance de juger librement des choses I, xxiii, 118

Putain buissonnière (Diodore de Sicile) II, ii

Pyrrhonisme II, xii, 502, 504, 505, 507



Qu'a fait l'action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour n'en oser parler sans vergogne et pour l'exclure des propos sérieux et réglés ? Nous prononçons hardiment: tuer, dérober, trahir ; et cela, nous n'oserions qu'entre les dents ? III, v, 847


Qualité inséparable des erreurs populaires III, x, 1013

Quand il se présente à nous quelque doctrine nouvelle, nous avons grande occasion de nous en défier, et de considérer qu'avant qu'elle fut produite sa contraire était en vogue II, xii, 570

Quand j'écris, je me passe bien de la compagnie et souvenance des livres, de peur qu'ils n'interrompent ma forme III, v, 874

Quand je danse, je danse : quand je dors, je dors III, xiii, 1107

Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d'elle II, xii, 452

Quand je pourrais me faire craindre, j’aimerais encore mieux me faire aimer II, viii, 393

Quand la raison nous faut, nous y employons l’expérience III, xiii, 1065

Quand le faire et le dire vont ensemble II, xxxi, 716

Quant aux fonctions de l’âme, elles naissaient avec même progrès que celles du corps II, vi, 374

Quart d’heure de passion sans conséquence (la mort) III, xii, 1051

Quartilla, qui n’avait point mémoire de son fillage III, xiii, 1087

Que c’est que savoir II, xii, 449

Que disons-nous nous-mêmes ? que jugeons-nous ? que faisons-nous ? I, xxv, 137

Que la raison pour guide I, xxvi, 155

Que l’enfance regarde devant elle, la vieillesse derrière III, v, 841

Que les mots aillent où va la pensée III, viii, 924

Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au delà ? [cf Pascal : "Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. " ]II, xii, 579

Quelque diversité d’herbes qu’il y ait, tout s’enveloppe sous le nom de salade I, xlvi, 276

Quelque pointe de fierté et d’opiniâtreté à se tenir ainsi entier et découvert sans considération d’autrui II, xvii, 649

Que sais-je ? II, xii, 527

Qu'est-ce à dire? Je ne l'entends pas, Il pourrait être, Est-il vrai ? III, xi, 1030

Qu'est-il plus vain que de vouloir deviner Dieu par nos analogies et conjectures, le régler et le monde à notre capacité et à nos lois, et nous servir aux dépens de la divinité de ce petit échantillon de suffisance qu'il lui a plu départir à notre naturelle condition ? II, xii, 512-513

Questions douteuses, à débattre aux écoles I, lvi, 317

Que trois témoins et trois docteurs régentent l'humain genre, ce n'est pas là raison II, xxxvii, 783

Qui a jamais cuidé [envisagé] avoir faute de sens ? Ce serait une proposition qui impliquerait en soi de la contradiction: c'est une maladie qui n'est jamais où elle se voit ; elle est bien tenace et forte, mais laquelle pourtant le premier rayon de la vue du patient perce et dissipe, comme le regard du soleil un brouillas opaque ; s'accuser serait s'excuser en ce sujet-là ; et se condamner, ce serait s'absoudre. Il ne fut jamais crocheteur ni femmelette qui ne pensât avoir assez de sens pour sa provision II, xvii, 656

Qui a pris de l'entendement en la logique? où sont ses belles promesses? III, viii, 926

Qui aura été une fois bien fol, ne sera nulle autre fois bien sage III, vi, 900 ; commentaire de Nietzsche : " C’est à se gratter derrière l'oreille. "

Quiconque cherche quelque chose, il en vient à ce point: ou qu'il dit qu'il l'a trouvée, ou qu'elle ne se peut trouver, ou qu'il en est encore en quête. Toute la philosophie est départie en ces trois genres II, xii, 502

Quiconque croit quelque chose, estime que c’est ouvrage de charité de la persuader à un autre III, xi, 1028

Quiconque est cru de ses présuppositions, il est notre maître et notre Dieu II, xii, 540

Qui craint de souffrir, il souffre déjà de ce qu’il craint III, xiii, 1095

Qui établit son discours par braverie et commandement montre que la raison y est faible III, xi, 1031

Qui fagoterait suffisamment un amas des âneries de l'humaine prudence, il dirait merveilles II, xii, 545

Qu’il lui fasse tout passer par l’étamine I, xxvi, 151

Qu’il sache qu’il sait, au moins I, xxvi, 151

Qui ne vit aucunement à autrui, ne vit guère à soi III, x, 1007

Qu’irions-nous présenter notre misère parmi cette allégresse ? III, v, 894

Qui suit un autre, il ne suit rien. Il ne trouve rien, voire il ne cherche rien. I, xxvi, 151

Qui verrait au delà (de son sens), il verrait au delà de sa vue II, xvii, 657

Quoi, si elle mange votre pain à la sauce d'une plus agréable imagination ? III, v, 883


Raison [473 occurrences]
I, Au lecteur, 3 (ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain) ; iv, 24 (ranger Dieu à raison, à coups de flèches) ; xiv, 52 (pour toute raison de sa croyance), 55 (avantage de la raison) ; xvi, 70 (c'est raison qu'on face grande différence entre les fautes qui viennent de notre faiblesse, et celles qui viennent de notre malice [...] les règles de la raison) ; xxi, 105 (la preuve de la raison, non de l’expérience) ; xxiii, 111 (hors de nos raisons humaines), 112 (la raison humaine est une teinture infuse), 116 (hors des gonds de raison), 117 (Les premières et universelles raisons [...] rapportant les choses à la vérité et à la raison [...] mettre en trafic la raison même), 118 (ceux-là la raison, ceux-ci la force [...] vraie raison) ; xxvi, 152 (vérité et raison sont communes à un chacun), 153 (pas raison de nourrir un enfant au giron de ses parents), 154 (choix et triage de ses raisons), 155 (que la raison pour guide), 161 (raisons naturelles et palpables) ; xxvii, 178 (pas à l'aventure sans raison que nous attribuons à simplesse et ignorance la facilité de croire et de se laisser persuader), 179 (ce où notre raison ne peut aller) ; xxx, 198 (hors les barrières de la raison) ; xxxi, 202 (juger par la voie de la raison, non par la voix commune), 210 (règles de la raison) ; xxxiv, 220 (au train de la raison) ; xliv, 271 (nous ordonne d’aller toujours même chemin) ;

II, xii, 428 (ma concupiscence moins débauchée que ma raison) ; 441 (accompagner notre foi de toute la raison qui est en nous), 445 (par la raison de leur jugement), 448 (les chétives armes de leur raison), 449 (que notre raison faut à établir), 452 (l’usage d’une âme raisonnable), 485 (la raison, la science et l’honneur), 488 (l’obéir est le principal office d’une âme raisonnable), 492 (appréhension de la raison), 499 (selon raison), 506, 516 (notre raison), 518 (il faudrait lui dire de la part de la raison humaine), 523 (j’appelle raison nos rêveries et nos songes), 524 (l’apparence de la raison humaine), 531 (vie, raison et liberté), 532 (la vertu ne peut être sans raison), 539 (outil souple, contournable et accommodable à toute figure), 540 (cette belle raison humaine), 540-541 (fait la différence entre les présuppositions), 541 (par la voie de la raison), 542 (voyons ce que l’humaine raison nous a appris de soi et de l’âme), 545 (ce qui est capable de raison), 545 (l’homme, son sens et sa raison), 565 (cette apparence de discours que chacun forge en soi – un instrument de plomb et de cire, allongeable, ployable et accommodable à tous biais et à toutes mesures), 570 (avant que les principes qu'Aristote a introduits, fussent en crédit, d'autres principes contentaient la raison humaine), 571 (j’aimais mieux suivre les effets que la raison), 578, 580 (belle raison humaine s'ingérant par tout de maîtriser et commander, brouillant et confondant le visage des choses selon sa vanité et inconstance), 581 (un pot à deux anses), 583, 591 (Lucrèce, IV), 592 (raison des-raisonnable, folle et forcenée), 596 (notre raison et notre âme), 601 (aucune raison ne s’établira sans une autre raison) ;
xvii, 654 (un glaive double et dangereux) ; xix, 668 ( il s'en voit plusieurs que la passion pousse hors les bornes de la raison) ; xxx, 713 (raison universelle et naturelle) ; xxxvii, 783 (que trois témoins et trois docteurs régentent l'humain genre, ce n'est pas là raison)

III, i, 794 (esclave, je ne le dois être que de la raison) ; ii, 815 (ma raison est celle même que j’avais en l’âge plus licencieux) ; 816 (renforcement de notre raison) ; viii, 933,  934 (ma raison) ; ix, 990 (Diogène de Sinope), 996 (raison trouble-fête) ; xi, 1026 (un instrument libre et vague [...] les hommes, aux faits qu'on leur propose, s'amusent plus volontiers à en chercher la raison qu'à en chercher la vérité), 1031 (que la raison y est faible) ; xii, 1045 (quand la raison n’y peut assez), 1049 (cette raison qui se manie à notre poste) ; xiii, 1065 (quand la raison nous faut, nous y employons l’expérience).


Raisonnement du renard II, xii, 460

Raisonner leur dire, et par ce moyen ils aiguisaient ensemble leur entendement et apprenaient le droit I, xxv, 142

Rapiècement et bigarrure II, xx, 675

Récite l’homme III, ii, 804

Recommandons la [la vieillesse] à ce Dieu [Apollon], protecteur de santé et de sagesse, mais gaie et sociale III, xiii, 1116

Récompenses d’honneur II, vii, 381

Reconnaissance de l’ignorance II, x, 409

Redire ce qu’on nous a dit I, xxvi, 150

Regarder ce qu'on mange III, xiii, 1103

Règle des règles I, xxiii, 118

Règle fortuite du devoir II, xii, 578

Règles à troubler III, xiii, 1083


Religion(s) [118 occurrences]

Religion qui couvre les vices II, xii, 444


Remèdes qui importunent III, xiii, 1086

Remourir encore un coup, mais d’une mort plus vive II, vi, 377

Rencontrer de fortune dans les bons auteurs ces mêmes lieux que j'ai entrepris de traiter, I, xxvi, 146

(Renversement des reproches et arguments) III, viii

Repentir III, ii

Ressemblance des enfants aux pères II, xxxvii, 758

Retenir à tout nos dents et nos griffes l'usage des plaisirs de la vie I, xxxix, 246

Retirer son âme de la presse I, xxiii, 118

Rêve I, xxi xlix ; II, xii, 461, 580, 581 ; xxv xxxvii ; III, iv xi ; xiii, 1098, 1099


Rêverie(s) [resverie(s) ; 27 occurrences]

Rêveries d'homme qui n'a goûté des sciences que la croûte première, en son enfance, et n'en a retenu qu'un général et informe visage I, xxvi, 146

Revers de la vérité I, ix, 37

Rien cru si fermement que ce qu'on sait le moins I, xxxii, 215

Rien faire autre, qui ne fût dissemblable III, xiii, 1065

Rien ne m'est à digérer fâcheux en la vie de Socrate que ses extases et ses démoneries III, xiii, 1115

Rien si dissociable et sociable que l’homme I, xxxix, 238

Rois et philosophes fientent, et les dames aussi III, xiii, 1085

Rouet II, xii, 601

Ruine d’un État I, xxiii, 119


Sage(s) [156 occurrences]

Sage amoureux (Sénèque) III, v, 891

Sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse I, xxv, 138

Sagesse [75 occurrences]

Sagesse acquise par l’entremise et faveur de la beauté III, xii, 1058

Sagesse de ma leçon III, v, 887

Sagesse gaie et civile III, v, 844


Saint Augustin [12 occurrences]

Saint Augustin allègue avoir vu quelqu'un qui commandait à son derrière autant de pets qu'il en voulait I, xxi, 103

Saint Augustin, Origène et Hippocrate ont publié les erreurs de leurs opinions ; moi, encore, de mes mœurs. Je suis affamé de me faire connaître; et ne me chaut à combien, pourvu que ce soit véritablement III, v, 847

Saint Augustin témoigne avoir vu, sur les reliques Saint Gervais et Protaise, à Milan, un enfant aveugle recouvrer la vue I, xxvii, 181


Sa leçon se fera tantôt par devis, tantôt par livres I, xxvi, 160

Sapere aude [Horace, Épîtres, I, ii, 40 ; caractérisé par Kant (Qu'est-ce que les Lumières ?) comme la devise des Lumières ; c'était aussi la devise de Gassendi] I, xxvi, 159

Sauce d'une plus agréable imagination III, v, 883


Savant(s) [sçavan(t)(ç) 50 occurrences)]

Savants III, iii, viii

Savants du savoir d'autrui I, xxv, 138
Savants ne connaissent autre prix que de la doctrine II, xvii, 657

Savants que de la science présente, non de la passée, aussi peu que de la future I, xxv, 136

Savoir être à soi I, xxxix, 242

Savoir jouir loyallement de son être III, xiii, 1115

Savoir par cœur n’est pas savoir I, xxvi, 152

Sceptre et marotte III, viii, 927


Science(s) [291 occurrences]

Science de gueule I, li, 306

Science de l’inscience III, xii, 1057


Secousses diverses du doute et de la consultation II, xvii, 644

Se fait-il ? faudrait-il dire III, xi, 1027

(Se moquer de la philosophie) II, xii, 511

Sembable et dissemblable III, xiii

Sens II, xii, 448, 560, 587, 588 ; xvii, 657 (partage du sens) ; III, viii, 930

Senteurs I, lv, 314

Se sentir I, xxvi, 161-2

Se tenir ainsi entier et découvert sans considération d’autrui II, xvii, 649

S'étudier à soi III, iii, 819

Seul livre au monde de son espèce II, viii, 385

Si, comme la vérité, le mensonge n’avait qu’un visage, nous serions en meilleurs termes. Car nous prendrions pour certain l'opposé de ce que dirait le menteur. Mais le revers de la vérité a cent mille figures et un champ indéfini I, ix, 37

Signes exprès de bêtise III, xiii, 1075

Si j’avais à revivre, je revivrais comme j’ai vécu III, ii, 816

Si j’avais des enfants mâles III, xiii, 1100

Si je durais à vivre long temps, je ne crois pas que je n'oubliasse mon nom propre, comme ont fait d'autres II, xvii, 651

Si j’étais du métier, je naturaliserais l'art autant comme ils artialisent la nature. III, v, 874

Singeries d’Appolonius [de Tyane] et de Mahomet III, x, 1013

Si nous tenions à Dieu par lui, non par nous II, xii, 441

Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : Par ce que c'était lui ; par ce que c'était moi. Il y a, au delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous entendions l'un de l'autre, qui faisaient en notre affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel : nous nous embrassions par nos noms. I, xxviii, 188

Si vous êtes couard et qu'on vous honore pour un vaillant homme, est-ce de vous qu'on parle ? III, v, 847

Sociabilité I, ix


Société publique n’a que faire de nos pensées ; mais le demeurant, comme nos actions, notre travail, nos fortunes et notre vie propre, il la faut prêter et abandonner à son service et aux opinions communes I, xxiii, 118


Socrate [Socrates, 116 occurrences]

Socrate amoureux et affolé de la beauté III, xii, 1057

Socrate était homme ; et ne voulait ni être ni sembler autre chose III, v, 892

Socrate et la puissance des baisers (Xénophon) III, v, 881

Socrate et son objet amoureux (Xénophon) III, v, 892

Socrate mignon d’Archélaus (DL) II, xii, 556

Socrate, notre précepteur III, xiii, 1113

Socrate prise la volupté corporelle III, xiii, 1113

Socrate (propension au vice) II, xi

Socrate ses extases et ses démoneries III, xiii, 1115

Solitude III, ii

Sollicitations mentales et manuelles I, xxi

Sonder jusqu’au-dedans II, i, 338

Songes III, xiii, 1098, 1099

Songes valent mieux que discours II, xii, 568

Sophocle, étant compagnon en la Préture avec Périclès, voyant de cas de fortune passer un beau garçon: O le beau garçon que voilà, fait-il à Périclès. Cela serait bon à un autre qu'à un Préteur, lui dit Périclès, qui doit avoir, non les mains seulement, mais aussi les yeux chastes [cf Cicéron] I, xxx, 199

Sottise III, viii

Souvenance pleine, jugement creux I, xxv, 139

Spectacle de la jeunesse pour les vieillards (Platon) III, v

(Style et expression de Montaigne) II, xvii

Subtilités aigües, insubstancielles II, xi

Subtilités épineuses de la Dialectique I, xxvi, 163

Suffisant lecteur I, xxiv

Suffisant théâtre l’un à l’autre I, xxxix, 247

Suivre entièrement les façons et formes reçues I, xxiii, 118

Suivre le bon parti jusques au feu, mais exclusivement si je puis III, i, 792

Sujet merveilleusement vain, divers, et ondoyant I, i, 9

Superstition verbale III, v, 888

Suppléer à la résistance  et au défaut qu'il pense être en la conception d'autrui III, xi, 1028 

Supplice de l’adultère (Catulle) III, v, 864

Sur des vers de Virgile [titre du chapitre] III, v, 840

(Surestimation de l’homme) II, xvii, 634

Sympathie II, xii, 634

Symptôme d’un siècle débordé III, ix, 946


(Tabou verbal) III, v, 847, 888

Tantôt par devis, tantôt par livre I, xxvi, 160

Tel a été miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n'ont rien vu seulement de remarquable. Peu d'hommes ont été admirés par leurs domestiques III, ii, 808

Tel de ma connaissance s’est perdu III, v, 860

Telle ou telle sentence de Cicéron I, xxvi, 152

Tel se conduit bien qui ne conduit pas bien les autres et fait des Essais qui ne saurait faire des effets III, ix, 992

Témérité de nos propositions III, xi, 1030

Témoignage d’autrui II, xii, 507

Témoignage véritable I, xxxi, 205

Temps chose mobile II, xii, 603

Temps et argent (Sénèque) III, x

Temps médecin de nos souffrances III, iv, 836

Tenir à son devoir par la raison simple III, i, 792

Terre qui se mouvait II, xii, 570

Tête bien faite I, xxvi, 150 ; III, xiii, 1073

Tête bien pleine I, xxvi, 150


Thalès [de Milet] [19 occurrences]


Théorique et pratique I, xxv, 139

Tierce (espèce), des ames réglées et fortes d'elles-mêmes

Torche-cul I, xlix, 298

Touche de la vérité III, xi, 1028

Toujours la variation soulage, dissout et dissipe III, iv, 836

Tourbe des écrivailleurs II, xxxii, 722

Tous jugements en gros sont lâches et imparfaits, III, viii, 943

Tout abrégé sur un bon livre est un sot abrégé III, viii, 939
Tout ce qui peut être fait un autre jour, le peut être aujourd'hui I, xx, 88

Tout dire II, xvii, 648 ; III, ii ; v, 845 ; ix, 981

Toute sorte de paillardise (DL) III, xiii, 1071

Toute sorte de tyrannie, et la parlière, et l'effectuelle III, viii, 931

Toutes choses ont leur saison, les bonnes et tout II, xxviii, 702

Toutes grandes mutations ébranlent l'État, et le désordonnent III, ix, 958

Tout exemple cloche III, xiii, 1070

Tout fourmille de commentaires ; d’auteurs, il en est grande cherté III, xiii, 1069

Tout homme peut dire véritablement III, viii, 928

Tout licencieux qu’on me tient III, v, 852

Tout lieu retiré requiert un promenoir. Mes pensées dorment, si je les assis III, iii, 828

Tout mouvement nous découvre I, l (50), 302

Tout sec (négation de l’existence des dieux par deux Anciens) II, xii, 516

Trahir les promesses III, xii, 1059

Traiter de bonne foi avec un sot III, viii, 925

Traiter des causes III, xi, 1026

Tristesse I, ii ; II, xx ; III, iv, 830

Trois commerces III, iii, 818

(Trois genres de la philosophie) II, xii, 502

Troisième allongeail III, ix, 963

Tromperie et son rang III, i, 795

Trop bonne opinion que l’homme a de soi II, xvii, 634

Tu meurs de ce que tu es vivant III, xiii, 1091

Tyrannie I, xxiii, 110 ; II, xii, 449 ; III, ix, 946, 958, 959

Tyrannie de nos croyances II, xii, 539

Tyrannie parlière III, viii ("De l'Art de conférer"), 931

(les) Tyrans pour faire tous les deux ensemble, et tuer et faire sentir leur colère, ils ont employé toute leur suffisance à trouver moyen d'allonger la mort. Ils veulent que leurs ennemis s'en aillent, mais non pas si vite qu'ils n'aient loisir de savourer leur vengeance. Là dessus ils sont en grand peine: car, si les tourments sont violents, ils sont courts ; s'ils sont longs, ils ne sont pas assez douloureux à leur gré: les voilà à dispenser leurs engins. Nous en voyons mille exemples en l'Antiquité, et je ne sais si, sans y penser, nous ne retenons pas quelque trace de cette barbarie. Tout ce qui est au delà de la mort simple, me semble pure cruauté. II, xxvii, 700.


Un ancien [Diogène de Sinope] à qui on reprochait qu'il faisait profession de la Philosophie, de laquelle pourtant en son jugement il ne tenait pas grand compte, répondit que cela c'était vraiment philosopher (Diogène Laërce VI, 64) II, xii, 511

Une fois bien fol III, vi, 900

Une plus agréable imagination ? III, v, 883

Union du corps et de l’esprit (Augustin) II, xii, 539

Un jour est égal à tous jours I, xx, 93

Un livre de bonne foi Au lecteur, 3

Un mot de moi-même II, xi, 427

Un peu de chaque chose, et rien du tout, à la française I, xxvi, 146

Un quart d’heure de passion sans conséquence, sans nuisance, ne mérite pas des préceptes particuliers III, xii, 1051

l'usage nous dérobe le vrai visage des choses I, xxiii, 116

Utile et honnête III, i, 790


Vacations farcesques III, x, 1011

Vagabonde liberté de nos fantaisies I, xiv, 58

(la) Vaillance (de qui c'est l'effet de s'exercer seulement contre la résistance,
Nec nisi bellantis gaudet cervice juvenci)
s'arrête à voir l'ennemi à sa merci. Mais la pusillanimité, pour dire qu'elle st aussi de la fête, n'ayant pu se mêler à ce premier rôle, prend pour sa part le second, du massacre et du sang. Les meurtres des victoires s'exercent ordinairement par le peuple et par les officiers du bagage: et ce qui fait voir tant de cruautés inouïes aux guerres populaires, c'est que cette canaille de vulgaire s'aguerrit et se gendarme à s'ensanglanter jusques aux coudes et à déchiqueter un corps à ses pieds, n'ayant ressentiment d'autre vaillance II, xxvii, 693-694

Vain, divers, et ondoyant I, i, 9


Vanité(s) [62 occurrences]

Vanité I, li ; III, ix, 988

Vanité de désirs et cogitations qui nous divertissent III, xiii, 1114


Variation continuelle des choses humaines I, xlix, 297

Variation soulage, dissout et dissipe III, iv, 836

Vaut il pas mieux demeurer en suspens que de s'infrasquer en tant d'erreurs que l'humaine fantaisie a produites ? II, xii, 504

Vénération des opinions et mœurs approuvées I, xxiii, 115

Vengeance III, iv, 835

Vengeons-nous à en médire III, vii, 916 ; cité par Nietzsche, Nachgelassene Fragmente, Herbst 1880.6[37] „Vengeons nous, par en médire“ Montaigne

Vénus III, v, 877


Vérité(s) [verité(s), 264 occurrences]

Vérité à chercher I, lvi, 317 ; III, xiii, 1065

Vérité a ses empêchements, incommodités et incompatibilités avec nous III, x, 1006

Vérité bornée par des montagnes II, xii, 579

Vérité chose si grande III, xiii, 1065

Vérité et multitude III, xi, 1028

Vérité n’a qu’un visage I, ix, 37

Vérité ne se juge point par autorité et témoignage d’autrui II, xii, 507

Vérité n’est jamais matière d’erreur II, vi, 379


Vers de Virgile III, v, 840

Vers la réformation par la dernière des difformations  III, xii, 1043

Vertu économique requise d’une femme mariée III, ix, 975

Vices condamnés par la raison et la nature chacun selon sa mesure III, ii

Vices forgés par l’opinion des hommes III, ii

Vie n’est de soi ni bien ni mal I, xx, 93

Vie populaire et privée III, ii, 805

Vif, parce que vous êtes : mort, par ce que vous n'êtes plus [cf Épicure, Lettre à Ménécée, X, § 125 ; Cicéron, Tusculanes, I, xxxviii, 91-92] I, xx, 95

Vicieuse façon d’opiner III, x

Vie mouvement inégal, irrégulier et multiforme III, iii, 819

Vie est un mouvement III, ix, 988

Vieillesse traitée plus tendrement III, xiii, 1116

Vie n’est que mouvement (Aristote) III, xiii, 1095

Vin trempé III, xiii, 1104

Viol II, iii

Violente maîtresse d’école (la nécessité) I, xlvii, 282

Visage du vice en la volupté III, ii, 815

Vivre à propos III, xiii, 1108

Voie de la parole II, xviii, 667

Voir au-delà de sa vue II, xvii, 657

Voire les arguments de la philosophie vont à tous coups côtoyant et gauchissant la matière, et à peine essuyant sa croûte III, iv, 834

Voir son vice et l’étudier III, v, 845

Voix de la commune et de la tourbe, mère d’ignorance II, xvi, 624

Voix du peuple (Démétrius [général macédonien puis roi d’Asie]) II, xvi, 624

Volonté I, xxi, 102 ; II, xvii, 647 ; III, ii, 814

Volupté aidée par des miroirs (Sénèque) II, xii, 599

Volupté Aristippique III, ix, 989

Volupté chez l’enfant III, xiii, 1111

Volupté et vice III, ii, 815

Volupté but ultime I, xx, 82

Voluptés de toutes sortes II, xii, 580 ; xvii, 632

Voluptés doivent être reçues III, xiii, 1109, 1113

Voluptés naturelles III, v, 892 ; xiii, 1109 , 1113

Voluptés nouvelles (Cicéron) III, xiii, 1106

Vraie et naïve philosophie I, xxxix, 248

Vraie liberté, c’est pouvoir toute chose sur soi III, xii, 1046

Vraie raison et essentielle … dans le sein de Dieu II, xii, 541

Vraiment philosopher (Diogène Laërce VI, 64) II, xii, 511

Vraisemblable I, xxvii, 178, 180

Vue des angoisses d’autrui I, xxi, 97.

(le) Vulgaire, n’ayant pas la faculté de juger les choses par elles-mêmes, se laissant emporter à la fortune et aux apparences II, xii, 439


Xénophane fait Dieu rond II, xii, 515


Zénon et sa civilité (Diogène Laërce) III, v, 878

Zénon amoureux de Chrémonides (Diogène Laërce) III, x, 1015





Michel Eyquem de Montaigne, né le 28 février 1533 et mort le 13
septembre 1592 à Saint-Michel-de-Montaigne (Dordogne)