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mercredi 8 juin 2016

LE BAZAR DE DANIEL COHN-BENDIT


   Au cours de la polémique Roman Polanski - Frédéric Mitterrand, Daniel Cohn-Bendit fut amené à demander la démission de Benoît Hamon de son poste de porte-parole du Parti Socialiste. Cela entraina en retour des imputations de pédophilie à l'égard de Dany le vert.
   Il importe de préciser que D. C.-B. n'a, je crois,  jamais été vraiment pédophile, que sa "pédophilie" est toute politique et en aucun cas véritablement sexuelle (mis à part cependant un léger trouble). Ce que l'on peut lui reprocher, c'est, bien qu'il soit de langue maternelle allemande, une incompréhension totale des idées de Sigmund Freud et Wilhem Reich, incompréhension qui servit de base à une promotion inconsidérée de la sexualité des enfants.

LE BAZAR DE COHN-BENDIT

Daniel Cohn-Bendit (né en 1945), Le Grand Bazar, Paris : P. Belfond, 1975. Dans le chapitre IX, « Little big men », on lit : 

« [page 198] J’ai travaillé pendant deux ans dans ce jardin [d'enfants ; de 1972 à 1974]. Il y avait des gosses entre deux et cinq ans. C’était une expérience fantastique. Si l’on est un peu ouvert, les enfants nous aident beaucoup à comprendre nos propres réactions. […] Au début j’étais plein d’énergie. Je jouais énormément, je me battais, bref je m’identifiais totalement à eux. Je me suis alors rendu compte que j’avais besoin d’être inconditionnellement accepté par eux. Je voulais que les gosses aient envie de moi et je faisais tout pour qu’ils dépendent de moi. Je crois que c’est le problème de toutes les grandes personnes avec les enfants. […] [199] Mon flirt permanent avec les gosses prenait vite des formes d’érotisme. Je sentais vraiment que les petites filles à cinq ans avaient déjà appris comment m’emmener en bateau, me draguer. C’est incroyable. La plupart du temps j’étais assez désarmé. […] [203] Les conflits avec des parents n’ont pas manqué. Certains enfants avaient souvent vu leurs parents faire l’amour. Un soir, une petite fille va voir sa copine chez elle, et lui demande : "Veux-tu faire l’amour avec moi ? " Et elle parlait de baisage, de bite, etc. Alors les parents de la copine, qui étaient des catholiques pratiquants, sont venus se plaindre, très, très choqués. Il m’est arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : "Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi vous m’avez choisi, moi, et pas les autres gosses ?" Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même. Alors on m’accusait de "perversion". Il y a eu une demande au Parlement pour savoir si j’étais payé par la municipalité, toujours au nom de la loi qui interdit aux extrémistes d’être fonctionnaires. J’avais heureusement un contact direct avec l’association des parents, sans quoi j’aurais été licencié. En tant qu’extrémiste, je n’avais pas le droit d’être avec des enfants. […] Pendant toute une période, je m’étais identifié aux gosses. Mais à partir d’un certain moment, les problèmes des enfants ont [204] commencé à ne plus m’intéresser. Ces gosses venaient d’un milieu social en fin de compte inintéressant. Ce n’était pas un jardin d’enfants normal, et l’expérience n’était pas assez radicale.[…] [209] Reich, c’est la lutte pour la sexualité, et surtout la sexualité des jeunes. Un des problèmes du jardin d’enfants, c’est que les libéraux admettent, à la rigueur, l’existence de la sexualité, alors que nous, on essayait de la développer, d’avoir un comportement qui permette aux enfants de réaliser leur sexualité. » (Daniel Cohn-Bendit, Le Grand Bazar, Paris : P. Belfond, 1975, chapitre IX, « Little big men »).


   Sigmund FREUD ne vit jamais dans la "sexualité infantile" une justification de la pédophilie ; cela apparaissait dès 1905 avec le premier des Trois essais sur la théorie de la sexualité (section I, B) ; la même année, il déclarait à un quotidien viennois que la pédophilie homosexuelle devait être poursuivie devant les tribunaux, mais dans les mêmes conditions que la pédophilie hétérosexuelle (Die Zeit, 27 octobre 1905, page 5) ; le seuil de consentement en Autriche était alors de quatorze ans (soit le seuil du droit canon). Freud pensait (on voit aujourd'hui avec quelle raison !) qu'une activité sexuelle précoce diminuait l'éducabilité de l'enfant, et que la construction de la personnalité psychologique et sociale (acquisition du principe de réalité) requérait que la fonction sexuelle ne soit pas sollicitée précocement.

   Quant au freudo-marxiste Wilhelm REICH, il considérait l'homosexualité comme une sorte de satisfaction parallèle à la satisfaction hétérosexuelle et souhaitait qu'elle soit dénuée de toute sanction pénale, sauf précisément dans le cas de séduction d'enfants (Die Sexualität in Kulturkampf, 1936).


   C'est donc à tort que Daniel Cohn-Bendit, qui bien qu'Allemand semblait il y a peu se prendre pour le sauveur de la vie politique française, invoqua ces deux auteurs pour tenter de justifier ses tristes écrits de 1975 et ses propos à Apostrophes en 1982.

vendredi 20 mai 2016

NOTES (§§ 6-11) CONTRE LA PÉDOPHILIE ET SUR LES SEUILS DE CONSENTEMENT

RETOUR

§ 6. Le journaliste Luc Rosenzweig, aujourd'hui retraité du quotidien Le Monde, a fourni un témoignage précieux sur les années 1950. Dans sa chronique "Pêle-Mêle" du quotidien Le Monde du 6 mars 2001, il interrogeait : 

« Pourquoi, vers le milieu du siècle dernier, a-t-on laissé "œuvrer" pendant plusieurs lustres, dans un prestigieux établissement public d'enseignement secondaire de Lyon, deux aumôniers catholiques, le Père A. et le Père G. dont les comportements nous semblent, aujourd'hui, sans équivoque ? » Dans un e-mail, il me précisait : 
« Les aumôniers auxquels je faisais allusion étaient en fonction dans l'établissement que je fréquentais alors. Assistant, (à l'insu de mes parents, qui n'étaient pas catholiques) à des cours d'instruction religieuse en sixième, j'ai été alors intrigué, mais pas plus que ça, par les méthodes de ces deux abbés, qui prenaient les gamins sur les genoux pour leur caresser les cheveux, organisaient des séances de "confessions", à genoux sur un petit banc au fond de la classe, au cours desquelles ils faisaient raconter aux enfants leurs pratiques nocturnes avec force détails. En ce qui me concerne, les choses n'ont pas été plus loin, mais bien des années après, quelques anciens condisciples rencontrés par hasard m'ont confirmé que pour certains d'entre eux, notamment au cours des camps de scouts que l'un des aumôniers animait, on était allé bien plus avant dans des pratiques aujourd'hui qualifiées de pédophiles. Au milieu des années 60, ils ont, paraît-il, été discrètement mis à l'écart, sans que le scandale n'éclate publiquement...Tout cela, naturellement, demande à être vérifié, et fera peut-être l'objet d'une recherche que je mènerai […]. L'allusion faite dans ma chronique était, dans cette optique, destinée à déclencher des témoignages me permettant de l'amorcer. »


Xeus et Ganymède


§ 7. – L’histoire détaillée des seuils de consentements est encore à faire. Selon Aetius, "Héraclite [d'Éphèse] et les Stoïciens déclarent que les hommes commencent leur maturité à la fin de la seconde série de sept années, au moment où l'activité sexuelle se développe." (Opinions, IV, v, 23). Clément d'Alexandrie indiquait que l'âge de l'éphébie était 14 ans en Égypte grecque (Le Pédagogue, III, x, 49). Dans la Rome antique, on pratiqua d'abord l'inspection physique des adolescents pour savoir s'ils étaient pubères ou non. L'empereur d'Orient Justinien (482/565) fixa l'âge de la puberté à ce même âge de 14 ans (Corpus Juris Civilis, "Institutes", I, 22). Ce seuil fut conservé par Grégoire IX (pape de 1227 à 1241) pour le droit canon, comme on le voit dans les Décrétales, IV, ii et V, xxiii. 

Début 2012, un commentaire rapide du Conseil constitutionnel fait le point de la question :
" Ces articles [227-25 (atteinte sexuelle non violente, 227-26 (circonstances aggravantes), 227-27 (atteinte commise par personne ayant autorité] ne figurent pas dans le chapitre [II du titre II du livre II] du code pénal consacré aux atteintes à l’intégrité physique ou psychique contre les personnes mais dans le chapitre [VII, section 5] consacré aux atteintes aux mineurs et à la famille. Ces infractions sont constituées en cas d’atteinte sexuelles « sans violence, contrainte, menace ni surprise ». Ils visent à réprimer certaines relations sexuelles consenties ou, à tout le moins, pour lesquelles la preuve de l’absence de consentement n’est pas rapportée.
Ces dispositions ont pour effet de fixer à quinze ans l’âge de la majorité sexuelle définie comme l’âge à partir duquel un mineur peut valablement consentir à des relations sexuelles (avec ou sans pénétration) avec une personne majeure à condition que cette dernière ne soit pas en position d’autorité à l’égard du mineur. "
Commentaire Décision n° 2011-222 QPC du 17 février 2012, I. – Dispositions contestées, A. – La notion d’atteinte sexuelle.

   En France, un seuil légal de 11 ans fut établi en avril 1832. Selon le Garde des Sceaux de l'époque, Félix Barthe, les jurés se montraient déjà très sévères dans de semblables occasions [relations avec un enfant de moins de 11 ans] car l'enfant n'était jamais considéré comme ayant donné son consentement. Le Code pénal de 1791 réprimait "l'enlèvement d'une fille de moins de 14 ans par violence pour en abuser ou la prostituer" (article 33). À Naples, tout attentat à la pudeur était présumé commis à l'aide de violences s'il avait lieu sur une personne âgée de moins de 12 ans accomplis (Lois pénales de Naples, 1819, article 339). Le député Fidèle-Marie Gaillard de Kerbertin proposa, sans succès, le seuil de 15 ans pour harmoniser avec l'article 332 concernant l'attentat à la pudeur avec violence (Supplément au Moniteur, 3 décembre 1831). 

Par la suite, les seuils applicables aux personnes extérieures à l'entourage de l'enfant ou de l'adolescent furent les suivants :
 
- 11 ans de 1832 à 1863 ;
- 13 ans de 1863 à 1942 ; moyen terme entre 12 ans (Toscane, Sardaigne et Deux-Siciles) et 14 ans (Autriche, Prusse et Suisse), car "l'influence des climats est ordinairement prise en considération dans ces matières".
- 13 ans de 1942 à 1945 pour les relations hétérosexuelles ;
- 21 ans de 1942 à 1974 pour les relations homosexuelles ; disposition du régime de Vichy (Pétain, Laval, Loi n° 744 du 6 août 1942, Journal Officiel du 27 août 1942, page 2923), conservée en 1945 par l'ordonnance du 8 février 1945 qui effaçait la liberté accordée à l'homosexualité depuis la loi du 19/22 juillet 1791 sur l'organisation de la police correctionnelle.
- 15 ans de 1945 à maintenant pour les relations hétérosexuelles ; ordonnance du 2 juillet 1945, conforme aux vœux de certains criminalistes.
- 18 ans de 1974 (loi 74-631 du 5 juillet 1974) à août 1982 pour les relations homosexuelles.
- 15 ans depuis 1982 (loi 82-683 du 4 août 1982) pour les relations homosexuelles ; la différence de seuil hétéro/homo est donc supprimée en France depuis août 1982. Les autres pays européens ont actuellement un seuil uniforme, de 14 ans (Autriche, Italie), 15 ans (Danemark, Grèce, Suède), 16 ans (Belgique, Grande Bretagne, Hollande, Espagne, Finlande, Portugal et Suisse) ou 17 ans (Irlande). La Russie possède également, depuis 1993, un seuil uniforme de 15 ans. En Allemagne existe un seuil uniforme mais "élastique", les relations avec un partenaire de plus de 14 ans mais de moins de 16 ans pouvant ne pas être poursuivies, selon les circonstances. 


§ 8. - Des relèvements de seuils analogues se produisirent dans d'autres pays d'Europe pendant les derniers siècles. En Angleterre, une loi de 1575/76 fixait l'âge limite à 10 ans pour les filles, seuil porté à 12 ans en 1861, puis élevé à 16 ans en 1885. Cette évolution est en accord avec la tendance de l'époque contemporaine à l'instauration, puis à la prolongation, de la scolarité obligatoire – jusqu'à 16 ans en France actuellement – et à l'abaissement de l'âge de la majorité civile : pour la France, cette majorité a été abaissée de 25 à 21 ans en 1793, de 21 à 18 ans en 1974 ; ceci venant après l'élévation de 15 à 25 ans au cours des XIVe et XVe siècles. Du VIIIe au XIIIe siècle, cette majorité civile était fixée à 15 ans, seuil qui resta longtemps celui du mariage pour les filles (article 144 ancien du Code civil, modifié par la loi 2006-399 du 4 avril 2006 qui porte ce seuil à 18 ans). La majorité matrimoniale, âge à partir duquel on peut se marier sans le consentement des parents, ne coïncide avec la majorité civile que depuis une loi du 2 février 1933 ; d'où la présence, dans des actes de mariage antérieurs à cette date, de la mention "leurs parents présents et consentants" même lorsque les mariés étaient majeurs.


   Il semble que la notion d’enfant soit aujourd'hui en passe de se confondre avec celle de mineur, et que le législateur, y compris le législateur européen, soit à la recherche d'un seuil unique de maturité ; ce qui sera bien difficile à mettre en œuvre, ne serait-ce que pour la majorité pénale partielle, actuellement fixée à treize ans en France, et qu'on ne peut envisager de relever dans la situation actuelle de délinquance juvénile importante, notamment immigrée, et en augmentation. 


§ 9 -   Les tentatives de justification de la pédophilie stricto sensu ont émané en France de la partie la plus radicale du mouvement homosexuel. En 1977, le Manifeste du Groupe Homosexuel de Clermont-Ferrand disait lutter "pour que le droit à la sexualité soit reconnu sans limitation d'âge" (point 6). En 1980, le G.R.E.D. (Groupe de Recherche pour une Enfance Différente) revendiquait le "libre choix de sa sexualité quel que soit son âge" (Masques, n° 5, été 1980, page 104). Voir plus loin les déclarations de Jean Le Bitoux (§ 10 c).

  Les homosexuels masculins semblent sur-représentés dans les affaires de pédophilie. Selon l'inventaire du Dr Charles Perrier, un tiers des victimes de moins de treize ans d'attentats à la pudeur étaient des garçons (Les Criminels, 1900). Selon le Dr Marcel Eck, la pédophilie "est habituellement homosexuelle, mais pas toujours". D'après Frank M. Du Mas, il y aurait quatre à cinq fois plus de pédophiles parmi les homosexuels que parmi les hétérosexuels (Gay is not good, Nashville : T. Nelson, 1979). Le premier secrétaire d’État du Saint-Siège, Tarcisio Bertone, établissait un lien entre homosexualité et pédophilie, 12 avril 2010 lors d'un conférence de presse donnée au Chili, se référant à ce que lui auraient  rapporté que certains spécialistes.

  Pédophilie et révolution, ou pédophilie et progrès, ont été liées dans l'esprit de certains. Le 26 janvier 1977, le quotidien Le Monde publiait une pétition en faveur de trois inculpés maintenus trois ans en détention préventive ; il s'agissait de l'affaire dite "de Versailles", dans laquelle un sénateur néerlandais, Edward Brongersma (1911-1998), échappa de peu à l'arrestation ; parmi les signataires, on relevait les noms de : Louis Aragon, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Jean-Louis Bory, Bertrand Boulin, François Chatelet (tous les six décédés), Patrice Chéreau, Gilles Deleuze (décédé), Jean-Pierre Faye, André Glucksmann, Félix Guattari, (décédé), Bernard Kouchner (ancien ministre d'ouverture et soutien de Roman Polanski), Jack Lang (ancien ministre de la Culture et soutien de Roman Polanski), Danielle Sallenave, Jean-Paul Sartre (décédé), Philippe Sollers.


§ 10 a) -   Jack Lang, fut mis en cause implicitement fin mai 2011 par l'ancien ministre et professeur de philosophie Luc Ferry au "Grand journal" de Canal +, et un temps inquiété dans l'affaire dite du Coral (dans le Gard) instruite fin 1982 par le juge parisien Michel Zalzmann. Il déclara dans le journal homosexuel Gai Pied du 31 janvier 1991 : "La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d'en aborder les rivages."

   Luc Ferry cita notamment un article récent du Figaro sur une "affaire de Marrakech ayant fait l'objet d'un article plus ancien : "À l'approche de la présidentielle de 2002, quelques chiraquiens racontent une arrestation de Jack Lang au Maroc, dans une affaire de mœurs, suivie d'une exfiltration discrète organisée par l'Élysée. Pas la moindre preuve, mais les missiles anti-Jospin se préparent, que le 21 avril rendra caducs." (lexpress.fr, 22/09/2005).


§ 10 b) -  L'écrivain Jean Gattégno (1934-1994, qui fut par ailleurs, sous l'autorité de Jack Lang, directeur du Livre et de la Lecture au Ministère de la Culture de 1981 à 1988), biographe de Charles Dickens et de Lewis Caroll,  assimila la répression des violeurs et des proxénètes d'enfants à la persécution d'homosexuels plus ordinaires dans son article "Du pécheur au militant", paru dans la revue gallimardienne Le Débat (n° 10, mars 1981, pages 118-131).

  Il sollicitait lourdement et maladroitement l'indignation du lecteur de l’article, confondant au passage les affaires distinctes "Dugué" et "Marc Croissant" : « Impossible ici de ne pas renvoyer à l’affaire de cet éducateur [Croissant] employé par la municipalité d’Ivry, et qui fut finalement licencié lorsqu’un employé de la F.N.A.C. eut transmis à la police des photos d’enfants qu’il [Dugué] avait données à développer ».

  Jean Gattégno déplorait que les « tabous » survivent : « ainsi la pédophilie et la "transsexualité" sont-elles jugées, par beaucoup d'homosexuels, comme des déviances qu'il serait inopportun de défendre » ; il s'agissait « avant tout d'inscrire la lutte pour la libération des homosexuel(le)s dans le combat pour la révolution », ce qui explique le souhait final d'une « vraie répression pour créer des militants ». Aberrant !!


L'intervention purement politique de Marc Croissant sur l'affaire Dugué donna lieu à cette réaction énergique du P.C.F. :

« Les communistes […] ne se sont jamais prononcés ni pour ni contre l’homosexualité. Cela relève avant tout de la personnalité de chaque individu et nous condamnons donc, de ce point de vue, toute forme de répression […] Vous [Marc Croissant] nous reprochez de ne pas avoir compris que ce qu’on a appelé "l’affaire de mœurs de Saint-Ouen" était en réalité ce que vous considérez comme une pratique sexuelle banale ["simplement des pratiques sexuelles de groupe entre adultes et adolescents de 11 à 17 ans, et de photos"]. Comment osez-vous soutenir un tel point de vue, alors qu’il s’agit en l’occurrence de la prostitution d’une quarantaine d’adolescents et d’enfants, dont le plus jeune avait tout juste quatre ans ! […] En tant que défenseur de la pédophilie et de "tout autre forme de sexualité" (on est loin de l’homosexualité) vous y trouvez peut-être votre compte, mais vous me permettrez de dire que je considère votre lettre [publiée dans L’Humanité du 30 mars 1979] indigne d’un communiste. »
Réponse de Roland Leroy (né en 1926) à Marc Croissant, L’Humanité, 30 mars 1979.


§ 10 c) -   Dans un entretien accordé au magazine gay Illico en mars 2001, Jean Le Bitoux (1948-2010), confondant encore, comme beaucoup, pédophilie et pédérastie, déclarait :

  "En France, l’homosexualité vient d’une culture pédophile avec André Gide. En 1968, il existait même un comité d’action pédérastique révolutionnaire. Dans le discours du G.L.H. [Groupe de Libération Homosexuelle] à partir de 1975, il y a tout un héritage du F.H.A.R. [Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire] notamment sur la question pédophile. À l’époque, il s’agissait de libérer son corps, libérer ses fantasmes. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque-là la majorité est à 21 ans [sic, pour 18 ans à partir de 1974 ; autre confusion ...], ce qui est bien tard. Dans les années 1970, tout est à libérer y compris l’enfant qui est corseté comme la femme, comme l’homosexuel. Aujourd’hui, on ne parle plus du tout du même enfant. L’enfant des années 1970 était l’esclave d’une vieille civilisation, l’enfant d’aujourd’hui est extrêmement sacralisé. [...] Tony Duvert tenait une rubrique dans Gai Pied où il affirmait : la question pédophile existe et certains gays sont pédophobes et ils considèrent que l’émancipation des homosexuels se fera sur le dos des pédophiles. On a inventé un homosexuel qui laisse de côté la question pédophile. [...] Aujourd’hui, je pense que les pédophiles sont toujours les boucs émissaires des homosexuels. Le débat n’est plus du côté d’un espace de liberté que les pédophiles n’ont toujours pas, mais du côté de la jeunesse des homosexuels." (1)

   En 1984, le mouvement homosexuel C.U.A.R.H. réclama dans son Manifeste européen la légalisation de la pédophilie, mais le gros du mouvement homosexuel des années 2000 et 2010 s'en tient encore à sa "pentalogie" GLBTQ, gais, lesbiennes, bisexuels, transexuels et queer. À la fin des années 1970, le Groupe de Libération Homosexuelle de Rouen demanda l'abaissement de la majorité sexuelle à 13 ans, mais ajouta : « En dessous de 13 ans, le problème est complètement différent. Il n'est pas question pour nous de cautionner ni de défendre des relations directement sexuées entre un adulte et un mineur de moins de 13 ans. » (Allonz' enfants, n° 6, hiver 1978-1979). Soit le retour au régime de la IIIe République.


§ 11 / a). - La revue L'Infini 

publiée par Gallimard (avec le concours du Centre National des Lettres) et dirigée par Philippe Sollers (signataire de cette pétition de 1977) consacra l’ensemble de son numéro 59 d'automne 1997 (142 pages) à "La Question pédophile", avec une suite, une réaction publiée dans le numéro 60 d'hiver 1997-98. Un questionnaire était proposé, quarante-deux réponses de personnalités furent publiées. 


  Roger Dadoun y définit la pédophilie comme "intérêt sexuel pour l'enfant avec passage à l'acte" ; le pédophile selon Catherine Millot est un "adulte ayant des relations sexuelles avec un impubère". Bertrand Boulin (1949-2002, fils de l'ancien ministre R.P.R. Robert Boulin) constatait que "l'enfant est aujourd'hui le mineur" ce qui est certes une confusion regrettable [encore faite par Roland Castro sur La Cinquième – Ripostes, 11 mars 2001, et par Philippe Sollers sur LCI, 14 mars 2001 ; confusion qui recouvre celle entre pédophilie et pédérastie]. Frédéric-Charles Coulet posait une question : "Y aurait-il par hasard un rapport entre la criminalisation [il s'agit plutôt de stigmatisation, puisque la pédérastie est légale, tranche d'âge 15-18 ans] de la pédérastie, l'éclipse d'une certaine beauté chez les jeunes et la délinquance des mineurs qui insiste chaque matin dans les colonnes des journaux ?" Florence Dupont déplorait un "déferlement de bonne conscience fondé sur la haine" et Gilles Chatelet (dans le n° 60) une "hystérie anti-pédophile". Le magistrat Yves Lemoine constatait que "le sort de l'enfant est d'être abusé" ; certes, mais on peut ne pas s'y résigner. 


§ 11 / b)   Renaud Camus, aujourd'hui fondateur du " NON au changement de peuple et de civilisation " (NCPC) après avoir présidé le parti de l'In-nocence, y écrivait, bien naïvement :

 « Je crois que la “pédophilie”, la mal-nommée, est avec la question des races, la question des classes, celle de l’immigration et celle du chômage un des terrains d’élection par excellence de ce que j’appelle la glu des discours. Elle est aussi une arme absolue de langage, en ce sens qu’elle permet de déconsidérer à jamais et même d’éliminer du terrain de l’échange intellectuel quiconque prendrait la liberté de tenir une parole ou d’entretenir une opinion qui s’écarteraient si peu que ce soit du discours sympathique en place — lequel, vautré dans l’adhésion qu’il provoque, et qu’il entretient par un mélange de complaisance et de terreur, écrase tous les autres, et interdit toute nuance, confondant sans scrupule le monstrueux avec l’insignifiant. [...] Si la sexualité, comme je crois, n'a strictement rien de répréhensible en soi, on ne voit pas pourquoi elle le serait chez les enfants, ou avec les enfants. Il est absurde de considérer qu'elle serait illicite jusqu'à un certain âge, et deviendrait licite du jour au lendemain, dès que cet âge est dépassé (1). Les enfants ont une sexualité et des pulsions sentimentales bien connues, qui peuvent très bien se porter sur des adultes, en particulier sur de jeunes et beaux adultes, professeurs de gymnastique ou moniteurs de colonies de vacances, comme nous l'avons tous vu. [...] il faut veiller avec le plus grand soin à ne pas confondre, d’une part, relations sentimentales ou sexuelles entre adultes et enfants d’un âge raisonnable parfaitement consentants, ou même désirants — relations qui peuvent être tout à fait innocentes, et quelquefois seraient très belles, si la société ne s’en mêlait pas — et d’autre part les faits divers épouvantables qui défraient la chronique ». (L'Infini, Gallimard, n° 59, automne 1997, "La Question pédophile").
1. Je réponds à cet argument au § 14 de mes pages.

  Sur son site web, visité le 18 mai 2001, Renaud Camus persistait :

« Les enfants sont le dernier bastion de la haine du sexe (2). Autant dire qu'il est farouchement protégé. Pourtant, si on pensait vraiment que le sexe est tout à fait innocent ; si on était tout à fait convaincu, comme je le suis, que par essence il est tout entier du côté de la douceur, de la bienveillance, de la gentillesse, de l'humour, et bien sûr de la plus complète liberté de chacun ; si on acceptait de l'envisager comme un des plus grands bonheurs de la vie, certes, mais aussi comme l'un des rapports humains les plus riches, les plus complexes, les plus chargés de civilisation et de sens ; si on croyait vraiment tout cela, que l'on dit croire, mais que l'on ne croit pas sérieusement, la preuve, on ne trouverait pas si monstrueux que des adultes initient des enfants à ces plaisirs-là, pourvu qu'il s'agisse bien de plaisirs, et véritablement de liberté. »

2. On se demande où RC a bien pu dénicher cette haine du sexe, sexe qu'une grande majorité des humains apprécie.

Le 20 mai 2016 (jour de l'avant-dernière actualisation de cette page mienne...), Renaud Camus se décide enfin à expliquer sa position (après avoir reproduit ses réponses de 1997) :

« Sans doute mes réponses ne seraient-elles pas exactement les mêmes aujourd’hui : je préciserais certains points, en particulier sur la question de l’âge, d’autant que le sens du mot enfant a changé, ainsi que je le notais ici même il y a quelques mois. Déjà, en 1997, il faut bien le reconnaître, tout ce numéro de revue relevait d’un esprit largement révolu, celui des années soixante-dix. Mais enfin, dans l’ensemble, mes sentiments sur la question — qui ne me concerne pas directement, c’est le moins qu’on puisse dire (d’où peut-être une certaine naïveté, qu’on [c'est moi Cl. C. !!] m’a reprochée) — n’ont guère changé. Ils se résument à peu près à ceci : condamnation totale et sans réserve, et qui dans mon esprit va sans dire, de toute séduction active, contrainte et voie de fait, sans même parler du viol, à l’égard des enfants proprement dits ; émoi assez limité, je le reconnais, face aux amours de garçons ou de filles de quatorze ou quinze ans pour, voire ensuite avec, si ces adolescents arrivent à leur fin, leur professeur de gymnastique de vingt-cinq (mettons). Celui-ci me consulterait-il sur la conduite à tenir je lui conseillerais fermement l’abstention ; mais plus par prudence et respect de la loi que par conviction morale bien arrêtée : je suis trop nourri de Théocrite, de Mopse et de Bion. Il me semble qu’il n’y a guère lieu d’être moins naturiste que la nature : la puberté doit bien signifier quelque chose. » https://www.renaud-camus.net/journal/2016/05/20

* * * * *

   Sylvain Desmille caractérisait assez pertinemment la pédophilie comme un "métissage des temps", ce qui est également vrai de la pédérastie grecque ou gidienne, et bien souvent même de la sexualité entre adultes ; comme l'écrivait Frédéric Nietzsche dans ses notes de lecture sur Dühring, « toutes les fois que la différence d'âge ou de caractère produit un contraste semblable à celui de l'homme et de la femme, ce contraste peut aussi bien nourrir une expression dans la sensibilité », ce qu'il n'était pas le premier à remarquer (car Horace et Montaigne avant lui). Enfin, deux exemples de l'inexistentialisme selon Marcel Gauchet : pour Philippe Forest, "l'enfance n'existe pas, elle est le rêve du pédophile" ; pour Michel Houellebecq, " les pulsions sexuelles de l'enfance n'existent pas ". 


§ 11 / c)  À la différence de l'homosexualité, la pédophilie ne trouva jamais le moindre commencement d'adhésion chez les grands auteurs classiques ou modernes, à l'exception notable du marquis de Sade.

Une des premières condamnations de la pédophilie : ESCHINE D'ATHÈNES (vers -390/-314, entre Socrate et Platon), homme politique grec puis professeur de rhétorique,

Contre Timarque, " 139 : l'amant doit se contrôler tant que le garçon est incapable de discernement "

Elle était explicitement rejetée par Platon (Symposium, 181 d-e), ce qui passe trop souvent inaperçu : le convive Pausanias reprochait à ceux qui aiment les impubères de surprendre leur jeunesse et de profiter de leur crédulité pour les duper avant de les abandonner ; et il estimait que la loi aurait dû interdire les relations avec les garçons trop jeunes. Si l'interdiction semble conçue plutôt dans l'intérêt de l'amant que dans celui de l'enfant, il reste la notion de duperie dans le cas de l'enfant.

Dans les Lois (II, 653 b-c), Platon réaffirma l'incapacité morale de l'enfant dans les relations amoureuses. Le philosophe Aristoxène de Tarente pensait que l’apprentissage tardif de la sexualité était préférable, qu’il fallait empêcher l’enfant de chercher à avoir des relations sexuelles, et même de savoir ce dont il s’agit, avant l’âge de vingt ans (Stobée, Florilège, IV, xxxvii, 4). 

   Michel Onfray fit donc erreur, dans son Antimanuel de philosophie (Rosny : Bréal, 2001) en affirmant :
« Un pédophile, dans la Grèce de Platon, n'est pas condamné ou condamnable » (page 134) ou « À l'ère atomique, Socrate croupirait en prison. » (page 135). 
   Dans ses deux premières brochures (1864) le magistrat allemand Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), grand défenseur des homosexuels et promoteur du concept de "troisième sexe", précisait que le pais [garçon] grec n'était pas un impubère, ce qui fut confirmé depuis par plusieurs hellénistes chevronnés (H. I. Marrou, K. J. Dover, Félix Buffière, Bernard Sergent) : son âge allait de 12-15 ans à 20-21 ans.


   Montaigne déplorait le non-respect de "l'âge de choix et de connaissance" en amour (Essais, III, v, page 868, et III, xiii, page 1087 de l’édition P. Villey/PUF/Quadrige), ce qui correspond exactement au "consentement avec discernement" que l'on exige aujourd'hui ; il ajoutait :
" l'amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison qu'en l'âge voisin de l'enfance " (III, v, page 895 de l'édition Villey/Saulnier),

mais l'âge voisin de l'enfance, ce n'est pas l'enfance ; distinction reprise par Tolstoï dans




Enfance, adolescence et jeunesse ; Montaigne esquissait la description d’une véritable liberté sexuelle en écrivant « qu'on aime un corps sans âme ou sans sentiment quand on aime un corps sans son consentement et sans son désir. » (III, v, page 882). Des mots qu'on n'a hélas plus guère l'habitude d'entendre ... Le marxisme vulgaire et la sociologie aidant, les « pratiques sexuelles » ont remplacé l’amour. 


   Marc-André Raffalovich (1864-1934), que l'on considère parfois comme un pionnier du militantisme homosexuel français, écrivait en 1896 que personne n'avait le droit de "rendre plus courte ou moins complète la précieuse durée de l'enfance impubère [...] il est sot, il est inique à la minorité de se croire tout permis parce que rien ne lui est accordé" (Uranisme et unisexualité, 1896, page 12). 


1. Je remercie vivement François Miclo d'avoir déniché cet entretien (Causeur.fr, 26 avril 2010). J'ai connu Jean Le Bitoux à la fin des années 1970 à Paris ; il y avait alors trois Groupes de libération homosexuelle (GLH), dont un, le GLH-PQ (politique et quotidien) était de tendance trotskyste et animé par Le Bitoux et Gérard Poncin.

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jeudi 7 avril 2016

NOTES (§§ 18-22) HISTORIQUES CONTRE LA PÉDOPHILIE


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          CHRONOLOGIE SOMMAIRE

§ 18 a) - En 1536, le prêtre Benoît Gréalou, "convaincu d'avoir commis le péché sodomite avec trois ou quatre jeunes enfants ses disciples", fut brûlé vif à Cahors (Archives départementales du Lot, F 179).

- Le musicien et maître de chapelle Richard Renvoisy fut condamné à mort en 1586 et exécuté à Dijon pour relation coupable avec un de ses enfants de chœur.

- Brantôme rapporta un cas d'exécution capitale d'un homme coupable d'avoir engrossé une fille de neuf ans (Les Dames galantes), et précisa que l'âge de maturité pouvait être à l'époque de douze ou treize ans.

- Jean Imbert Brunet, prêtre du lieu d'Ollioules [Var actuel], prévenu de « sodomie abominable commise à la personne de Gabriel Maistral âgé de cinq ans », fut condamné en 1599 par la justice ecclésiastique à la réclusion dans un monastère ; puis, réclamé par la justice civile qui fait prévaloir sa compétence sur celle de l'Official [juge ecclésiastique], il fut condamné à mort, à être brûlé, en avril 1601 ; peine exécutée, malgré les efforts de l'archevêque d'Aix-en-Provence pour le sauver en refusant de le dégrader avant l'exécution (mss 1787, consulté, fonds Peiresc, de la Bibliothèque Inguibertine de Carpentras)..


- Dans ses Mémoires-Journaux, Pierre de L'Estoile cita le cas d'un vicaire du quartier parisien de Vaugirard accusé d'avoir violé une fille de neuf ans, et qui, sachant que le prince de Conti voulait le faire arrêter, alla se constituer prisonnier à l'Évéché (Édition Lemerre, 1879, tome VII, page 324) ; autre scandale, un moine de l'ordre des Carmes, le père Camus, accusé de sodomie avec un novice "âgé seulement de quinze à seize ans" (id., ibid.). En août 1608, un prêtre de St Honoré, « dans l’église même, bougeronne un jeune garçon » (id., tome IX, page 122)


§ 18 b) Pierre Jarrige : Les Jésuites mis sur l'échafaud pour plusieurs crimes capitaux par eux commis dans la province de Guyenne. Avec la réponse aux calomnies de Jacques Beaufés, jésuite, Leide 1649.

Chapitre V " Les impudicités des jésuites dans leurs classes" : pages 42-45.

Les mollesses , les attouchements sensuels, les pollutions, et les ordures sont si communes à leurs jeunes gens, qu'ils en laissent les marques et les vestiges partout avec tant d'horreur, que leur lascivité n'est pas imaginable. il s'est trouvé des régents parmi eux, qui n'ont pas fait difficulté de se faire toucher déshonnêtement à leurs écoliers, pour se faire exciter à cette abominable infamie, jusque-là que quelques uns de ces enfants s'étant faits dû depuis de leur société ont accusé ces vilains à leur maître de novices. Mon encre rougit écrivant ces saletés. Le collège de Limoges ne peut nier qu'un de ses régents nommé Sanguinière n'ait appelé plusieurs fois un beau garçon les dimanches et jours de congé, sous prétexte de lui corriger ses compositions, ne l'ait entretenu de discours amoureux, et se soit fait toucher avec tant de passion, que l'habitude au mal depuis l'aveugla, et le porta même à le faire venir dans sa grande chaire, ut intermanus illuis se pollueret, pendant que ses disciples étaient attentifs à composer dans la classe. J'ai surpris moi-même, étant préfet dans le collège d'Agen, le maître de la quatrième, nommé François Mingeloussaux baisant ardemment, et serrant entre ses genoux et ses bras un petit gentilhomme de ses écoliers ; l'enfant qui était innocent s'estimait bien chéri ; mais si son père, l'un des plus généreux de ce pays, avait appris ces infamies, quelque crédit que les jésuites aient, il lui eût coupé les oreilles. Si j'avais à nommer les autres qui dans leur régence tombent et sont tombés dans cette infirmité, je m'arrêterais premièrement dans le collège de Bordeaux, puis parcourrais les autres l'un après l'autre, et finissant par celui de Fontenay, je devrais voir que dans chacun est arrivé quelque saleté de telle nature. Ils ne peuvent tenir les mains sans toucher, ni la bouche sans baiser, et cette parole est ordinaire dans l'entretien des écoliers les plus clairvoyants, un N.N. (*) est la Demoiselle de notre Régent. Ces horribles sodomies que quelques uns de leurs régents exercent ne se rencontrent pas seulement dans les grandes académies où ils ont à choisir; mais elles règnent encore dans les plus petits collèges et résidences, tant aujourd'hui le mal est général dans cette société. Deux écoliers de la petite ville de Saint Macaire se sont plaints à leurs parents, et les parents au supérieur du lieu, qu'un certain Gervaise leur maître les avaient forcés, et marquaient si distinctement le lieu, la façon, les circonstances, qu'il fut aisé de convaincre ce gomorréen et ce sodomite. Christophe Penaud son préfet est un témoin irréprochable de cette conviction puisqu'il eut la commission du recteur de Bordeaux d'en faire de véritables et secrètes informations. Il y a des seigneurs d'éminente condition dans la ville de Bordeaux qui savent que Léonard Alemay les a fait déchausser, non pour autre fin que pour contempler leur nudité. Les fesser de la main par délices est un passe-temps à ces infâmes, que Dieu brûlera de son feu s'ils ne se retirent d'un péché qui couvre de honte et de confusion la nature.
*. Nomen nescio, abrégé en N.N., est une expression utilisée pour parler d'une personne anonyme ou non définie.

Réponse aux calomnies....
Toute la province sait que du temps du provincial Malescot , le général de l'ordre Mutius Vitelleschi avait écrit de n'attendre plus et de le renvoyer, puisqu'il était incorrigible ; le principal crime dont il était chargé était qu'il avait touché déshonnêtement quelques petits écoliers d'une rare beauté, et même dans la maison une nuit il s'était levé de son lit pour aller coucher avec un certain jeune philosophe mon condisciple, nommé Martial Lamy religieux jésuite.


§ 19 - Tallemant des Réaux fit apparaître dans ses magnifiques Historiettes qu'au XVIIe siècle un garçon de 15 ans pouvait encore être considéré comme innocent ; il notait d'une fille que "dès treize ans, elle fut débauchée" (collection "Bibliothèque de la Pléiade", Paris : Gallimard, 1961 : tome I, page 418 ; tome II, page 273).

- Le diplomate allemand Ézéchiel Spanheim, évoquant la séduction dont fut l'objet, en 1682, un fils naturel de Louis XIV âgé de quatorze ans, mentionnait " le vilain commerce entre de jeunes seigneurs de la Cour, où, sortant à peine de l'enfance (souligné par moi), on trouva qu'il avait été entraîné, et dont il fut châtié sévèrement par ordre du Roi son père" (Relation de la Cour de France en 1690, édition Renouard, 1682, page 101).

- Dans une lettre du 3 décembre 1705, Madame, belle-sœur de Louis XIV, stigmatisait les mœurs  de la Cour de France et exposait une typologie précise des anomalies sexuelles où figurait notamment l'attrait pour les enfants de dix, onze ans (Briefe, 1676-1706, 1867).

- Le 18 novembre 1725, l'abbé Gillot déclara au Lieutenant de Police de Paris : "c'est le sieur Milly, supérieur des clercs de la paroisse St Eustache, qui [m]'a séduit dès l'âge de 14 ans en me faisant des attouchements". (Archives de la Bastille, Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, manuscrit 10256).

- En 1731, l'avocat Mathieu Marais et le magistrat Jean Bouhier s'échangèrent des informations sur l'affaire de Bordeaux, envers de celle du Père Girard à Aix, et à la suite de laquelle MM. du Parlement auraient retiré leurs enfants du collège des jésuites.

- Une archive de la police parisienne, (6 octobre 1743), mentionna un écrivain de 60 ans qui avait violé une petite fille de 4 ans : "Je l'ai envoyé en prison et vais prendre des mesures pour lui faire faire son procès à la requête du procureur du Roi s'il est possible. J'ai cru devoir donner cette satisfaction à son quartier, qui dans le moment qu'on l'a arrêté s'est mis à crier qu'il fallait le mener à la Grève [lieu d’exécution des peines capitales]." (Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, manuscrit 719, réserve 21, folio 233, verso).

- En 1750, Charles Collé, secrétaire du duc d'Orléans, nota au sujet d'une maquerelle fustigée, une certaine dame Moyon : "Son crime était d'avoir débauché de petites filles de 9 ou 10 ans et de les avoir prostituées. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a pas été condamnée à la mort ; les lois infligent la peine capitale dans les cas de rapt, même le rapt de séduction ; le crime de la Moyon me paraît plus grand." (Journal et Mémoires, édition 1868, tome I, page 200).

- En 1764, critique anglaise de l’article de Voltaire : “Our courts of justice are sufficiently convinced, by hateful experience, that, if very young persons are ever made accessory to this horrid species of guilt, the principal, the seducer, is ever some hypocritical monster, old enough to be hackneyed in the ways of vice and iniquity.” (Monthly Review, volume 31)

« Est-il vrai que le jésuite qui avait enfondré (1) le cul du prince de Guéménée (2) est mort ? Ne s’appelait-il pas Marsy (3) ? On dit d’ailleurs [par ailleurs] que c’était un garçon de mérite. »
Voltaire, lettre à D’Alembert, 16 mars 1765.
1. Selon Alfred Delvau, « Effondrer = Enfoncer, dans l’argot des voyous. » (Dictionnaire de la langue verte).
2. Henri Louis Marie, prince de Rohan.
3. François Marie de Marsy, 1714 / 16 décembre 1763. 


- En 1771, Thévenau de Morande signala dans son Philosophe cynique que l’abbé Grizel « a été accusé par le sacristain de sa paroisse d’embrasser les petits enfants qu’il confesse pour leur pénitence ».

   L'Ancien Régime n'était donc pas aussi laxiste que les travaux superficiels de l'ancien élève des Jésuites Philippe Ariès  (1914-1984) avaient pu le laisser envisager (sur le seul cas de Louis XIII enfant), même si certains poissons arrivaient à passer au travers des mailles du filet et si l'application des lois était moins rigoureuse sous le tandem Louis XV - Pompadour. Je regrette de ne pas avoir pu prendre connaissance de la communication "Le mythe de l'adolescence" que Philippe Ariès annonça pour le congrès homosexuel de 1955 à Paris, congrès organisé, puis annulé  en dernière minute, par la revue mensuelle Arcadie.


§ 20 a) - Pour la période révolutionnaire, on lit dans un rapport de police du 19 octobre 1793 : "Le jardin de la Révolution, les galeries surtout proches le théâtre de la Montansier, sont remplies de jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, depuis l'âge de sept ans jusqu'à quatorze et quinze, qui se livrent presque publiquement aux polissonneries et aux excès de la débauche la plus imfâme ; ils sont presque nus comme la main, et offrent aux passants le plus avilissant spectacle" (Cité par Charles-Aimé Dauban, La Démagogie à Paris en 1793, Plon, 1867, page 471).

- Le 24 mai 1798, le commissaire Picquenard écrivit au président du Directoire exécutif : "On vient d'amener, au bureau central, plusieurs enfants de sexe masculin, dont le plus âgé avait à peine six ans, tous infectés du virus vénérien. Ces petits malheureux, dont on ne peut entendre les propos sans frémir d'horreur, sont amenés au Palais-Royal par leur mère pour servir d'instrument à la plus infâme comme à la plus horrible débauche. Les leçons de l'exécrable roman de Justine sont mises en pratique avec une audace qui n'eut jamais d'exemple." (BnF, manuscrit français, N.A. [Nouvelles acquisitions] 3533, folios 351-352). Le roman de Sade Justine ou les Malheurs de la vertu avait été publié l'année précédente.

§ 20 b) Le XIXe siècle n'était pas mieux disposé.

- " Lorsque le Père Contrafatto, prêtre italien officiant à Paris, est accusé, en 1826, de violence sexuelle sur une enfant de 5 ans, son long procès révèle d’abord l’incompréhension des juges. Comment un homme aussi discret, aux mains aussi blanches, à l’apparence aussi raisonnable, peut-il se livrer à des actes aussi abjects  ? Comment son apparente normalité peut-elle recéler sa redoutable duplicité  ? Contrafatto, condamné, sera d’ailleurs rapidement libéré, protégé par l’Eglise autant que par le pouvoir d’une Restauration craignant les effets politiques de la querelle religieuse. "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1847, le ministre de la Justice, Nicolas Martin du Nord, se suicida après la révélation par la presse de son intérêt pour les petites filles de dix à douze ans (cf Proudhon, Carnets, n° 8, et K. H. Ulrichs, Vindicta, page 32).

- En 1856, Alexis Dupont, ancien ténor à l'Académie Royale de Musique, se suicida en prison après avoir été arrêté, avec deux complices, pour attentat à la pudeur sur enfants des deux sexes au-dessous de huit ans (cf Maxime Du Camp, lettre à Gustave Flaubert, 30 août 1856, et Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III, à la date du 7 septembre 1856).

- Le Journal de Rouen révélait le mercredi 11 septembre 1861, en page 3, une affaire impliquant un certain Philémon Delaurier, 22 ans, en religion Frère Catulle, et vingt-cinq enfants de six à dix ans de la maison des Frères de la Doctrine chrétienne à Saintes. Le frère Catulle fut condamné par la Cour d'assises aux travaux forcés à perpétuité.

- Entre 1837 et 1862, le curé Charles-Eugène Pelletier commit de nombreux attentats à la pudeur sur de jeunes garçons ; condamné par contumace en 1838, il fut signalé, parfois sous un faux nom, à Paris et en province, et même une fois en Belgique, avant d'être arrêté, puis condamné en mai 1863 aux travaux forcés à perpétuité (cf Le Siècle, 4 juin 1863).

 - " En 1865 un frère des écoles chrétiennes de Versailles est accusé d’attentats à la pudeur sur 87 enfants, provoquant la colère et le désarroi des parents, leur vindicte aussi, certains proposant même de «  brûler et saccager la maison des frères  ». "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1868, fut publié l'ouvrage d'E. Alexis, Les Immoralités des prêtres catholiques ; l'auteur proposait la solution radicale de la castration des prêtres.

- En 187., scandale du vicaire de Villiers-le-Bel (Val d’Oise). « Sous prétexte de continuer leur instruction religieuse, il emmena un jeudi sept ou huit de ces garçonnets dans la forêt d’Ermenonville, et là, dans un fourré, il se déshabilla, se mit complètement nu, et entourant son corps de petites branches et de tiges de lierre arrachées aux arbres du fourré, il prit devant ces enfants des poses de faune au bois et les excita par des caresses – auxquelles quelques uns se prêtèrent. Au retour l’un d’eux, que ce spectacle avait révolté, en fit le récit au chef de l’institution, qui prévint immédiatement, non pas le parquet, de crainte d’un scandale qui portât préjudice à la maison, mais l’évêque de Versailles : celui-ci se contenta de changer le vicaire de commune. » (Léon Fiaux, La Police des mœurs en France, Paris : E. Dentu, 1888).

- En 1873, L. Baudier publie chez Millière Arlequin démocratique et on y trouve, pages 89-240, une partie intitulée "Sur les genoux de l'Église".

- Dans une lettre à Mme Brainne, Gustave Flaubert signalait que la maîtresse d'asile de Suresnes était en prison pour « corruption d'enfants au-dessous de dix ans », et ajoutait : « Pauvre humanité » (lettre du 15 mars 1877).

- « En 1885, dans la commune de Gleizé [Rhône], la plupart des enfants de l'école congréganiste furent souillés par un de leurs maîtres », écrivait le Dr Alexandre Lacassagne en 1886 (Article "Pédérastie", Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales, volume 22).

- Le Journal de Rouen du 29 octobre 1890, page 3, parlait d'une "scène épouvantable" avec un enfant de 12 ans dans l'affaire du journalier Léon-Honoré Duboc.


§ 20 c) Lyon, encore...

Le journaliste Luc Rosenzweig, aujourd'hui retraité du quotidien Le Monde, a donné un témoignage précieux sur les années 1950. Dans sa chronique " Pêle-Mêle " du quotidien Le Monde du 6 mars 2001, il interrogeait : 

« Pourquoi, vers le milieu du siècle dernier, a-t-on laissé "œuvrer" pendant plusieurs lustres, dans un prestigieux établissement public d'enseignement secondaire de Lyon, deux aumôniers catholiques, le Père A. et le Père G. dont les comportements nous semblent, aujourd'hui, sans équivoque ? »

Dans un e-mail, il me précisait : 
« Les aumôniers auxquels je faisais allusion étaient en fonction dans l'établissement que je fréquentais alors. Assistant, (à l'insu de mes parents, qui n'étaient pas catholiques) à des cours d'instruction religieuse en sixième, j'ai été alors intrigué, mais pas plus que ça, par les méthodes de ces deux abbés, qui prenaient les gamins sur les genoux pour leur caresser les cheveux, organisaient des séances de "confessions", à genoux sur un petit banc au fond de la classe, au cours desquelles ils faisaient raconter aux enfants leurs pratiques nocturnes avec force détails. En ce qui me concerne, les choses n'ont pas été plus loin, mais bien des années après, quelques anciens condisciples rencontrés par hasard m'ont confirmé que pour certains d'entre eux, notamment au cours des camps de scouts que l'un des aumôniers animait, on était allé bien plus avant dans des pratiques aujourd'hui qualifiées de pédophiles. Au milieu des années 60, ils ont, paraît-il, été discrètement mis à l'écart, sans que le scandale n'éclate publiquement...Tout cela, naturellement, demande à être vérifié, et fera peut-être l'objet d'une recherche que je mènerai […]. L'allusion faite dans ma chronique était, dans cette optique, destinée à déclencher des témoignages me permettant de l'amorcer. »


§ 21 a) : Jacques Gaillot, ancien évêque d´Évreux,

destitué par le Vatican en 1995 pour ses positions progressistes, avait reconnu, le 8 décembre 2000, qu´il était au courant du passé du père Denis Vadeboncœur, un prêtre québécois mis en examen et écroué, vendredi 1er décembre, pour viols sur mineur de moins de 15 ans et de plus de 15 ans par personne ayant autorité. Le père Vadeboncœur fut en effet été condamné en novembre 1985 à 20 mois de prison au Québec pour abus sexuels. En 1988, il avait été accueilli dans le diocèse d´Évreux et avait été nommé, par Mgr Gaillot, curé de la paroisse de Lieurey (Eure). Un jeune homme de 25 ans [en 2000] a porté plainte pour viols – des faits qui se seraient produits pendant cette période, avant et après 1990.

Dans un entretien (Paris-Normandie, 6 décembre 2000), l´ancien évêque d´Évreux avait pourtant affirmé qu´il ignorait « tout de la gravité des faits » qui avaient valu sa condamnation au père Vadeboncœur : « Je ne l´aurais pas accepté dans le diocèse si j´avais su qu´il avait été condamné pour pédophilie. » Jacques Gaillot précisait même qu´il avait reçu « une lettre d´accompagnement favorable » émanant des supérieurs du prêtre au Québec.

Ces dénégations ont suscité une polémique au Canada. La congrégation des religieux de Saint-Vincent-de-Paul, à laquelle appartient le prêtre, décida de rendre public, le 7 décembre 2000, l´échange de courriers qu´elle avait eu, en 1987 et 1988, avec l´évêché d´Évreux.

Dans une lettre en date du 13 octobre 1987, l´abbé Jean-Jacques Latour, secrétaire de Mgr Gaillot, demandait des « renseignements complémentaires » sur le père Vadeboncœur. Le provincial canadien des religieux de Saint-Vincent-de-Paul lui envoya un long courrier, daté du 29 octobre 1987. Les agissements et la condamnation du prêtre québécois y étaient longuement détaillés :

« Au tout début du mois de février 1985, le père Vadeboncœur a été arrêté à la suite d´une enquête policière. Il était alors accusé d´actes de grossière indécence et d´agression sexuelle à l´égard de quelques adolescents, âgés de 12 à 17 ans, et d´un acte de sodomie avec un de ceux-ci. » Le père Pierre Lévesque, signataire de la lettre, estimait qu´il n´est pas « déraisonnable d´entretenir certains doutes sur [la] capacité [du père Vadeboncœur] de ne pas récidiver ».

Dans un courrier du 24 février 1988, le secrétaire de Jacques Gaillot accusait réception de la lettre. Il expliquait, à propos du père Vadeboncœur : « Nous espérons comme vous que ce changement de climat permettra un nouveau départ, au service de l´Évangile. »
Revenant sur ses précédentes déclarations, Mgr Jacques Gaillot reconnaissait, vendredi 8 décembre [2000], dans un communiqué, qu´il avait été informé du passé du prêtre québécois : « Avant de décider de l´accueil de Denis Vadeboncœur à Évreux, j´ai reçu quelques informations fragmentaires et incomplètes sur la courte détention qu´il avait subie au Québec. (…) Ce n´est que plus tard que j´ai reçu des informations plus détaillées. Néanmoins, face à sa volonté de réinsertion et en l´absence de toute critique de ses paroissiens, je n´ai pas estimé devoir revenir sur cette décision d´accueil. »

Xavier Ternisien,  Mgr Gaillot connaissait le passé pédophile d'un prêtre québecois avant son arrivée dans son diocèse , in Le Mondedimanche 10 décembre 2000 - lundi 11 décembre 2000.

Contrairement à ce qui est reproché à l´évêque de Bayeux, Mgr Pierre Pican, mis en examen pour non-dénonciation de crime et d´atteinte sexuelle sur mineur (*), Mgr Gaillot ne semblait en effet pas au courant des [nouveaux] agissements reprochés au père Vadeboncœur à Lieurey [Eure]. Pour autant, l´attitude des évêques français suscite l´étonnement au Québec : « Comment a-t-on pu le nommer en paroisse ? s´interroge Jacques Côté, responsable de la communication de l´archevêché de Québec. Nous avons adopté chez nous le principe de la tolérance zéro : tout prêtre soupçonné de pédophilie est aussitôt signalé à la justice. »


* Déclaration de Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux-Lisieux

Après avoir pris le temps de réfléchir, j'ai décidé de ne pas faire appel de la décision du tribunal correctionnel de Caen, en date du 4 septembre 2001, qui m'a condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs.
Ce procès extrêmement complexe dépassait ma propre personne. Essayant de prendre de la distance par rapport à ce que j'éprouve, je constate qu'ont été réaffirmés des principes de première importance touchant le respect des personnes, à travers l'option de conscience et le secret professionnel des ministres du culte.
Le jugement comporte pourtant, il faut le regretter, une restriction du champ du secret professionnel qui ne laisse pas d'inquiéter. Une telle remise en cause -même partielle- de la jurisprudence admise et constamment réaffirmée jusqu'ici demanderait que je fasse appel.
Je ne saurais pourtant oublier l'épreuve subie par les victimes de l'abbé Bissey. Même si certains ne l'ont pas perçu, j'ai constamment été habité par l'ampleur de leur drame, et les souffrances qui se sont exprimées lors des procès m'ont marqué en profondeur. Aussi ai-je voulu manifester ma volonté d'apaisement à l'égard des parties civiles et ne pas raviver les blessures, au cours d'un nouveau procès qui se déroulerait devant la cour d'appel de Caen. J'ai aussi beaucoup pensé à mon diocèse, à l'Eglise, à toutes celles et ceux qui, de bien des manières, ont été affectés par cette situation.
C'est pourquoi, dans l'espoir de contribuer au retour de la paix dans les consciences et dans les esprits, j'ai décidé de ne pas faire appel.
A Bayeux, le 7 septembre 2001
+ Pierre PICAN
Évêque de Bayeux et Lisieux

* * * * *
" En 2003, la Conférence des évêques de France publie une brochure, largement diffusée, intitulée Lutter contre la pédophilie. L’injonction est claire  : «  Lorsque quelqu’un a connaissance d’un crime (…), qu’il soit prêtre, éducateur laïque ou membre de la famille de la victime, la dénonciation s’impose.  » Le code pénal [article 434-3] punit d’ailleurs de trois ans de prison la non-dénonciation de tels faits. "" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

§ 21 b) : L'affaire Barbarin

" Relativement épargnée, ces dernières années, par le scandale de la pédophilie, l’Église catholique en France est à la veille d’une grande tempête. En cause, l’un des plus puissants et médiatiques évêques de l’Hexagone, le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin.
« Dans les prochains jours, des plaintes vont être déposées contre lui pour non-dénonciation de faits de pédophilie », indique à Libération, François Devaux, le président de l’association La Parole libérée. Fondée en décembre dernier, elle regroupe les personnes qui auraient été victimes du père Bernard Preynat, un prêtre du diocèse de Lyon, mis en examen le 27 janvier pour « agressions sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans par personne ayant autorité ». " (Libération, 12 février 2016).

Le parquet de Lyon a ordonné une enquête préliminaire pour "non-dénonciation de crime" et "mise en danger de la vie d'autrui" en marge de l'affaire d'un prêtre, mis en examen pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.
L'enquête a été ouverte à la suite d'un signalement de victimes du religieux, mettant en cause plusieurs responsables du diocèse de Lyon, parmi lesquels le cardinal Philippe Barbarin qu'ils accusent de ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements passés de ce prêtre.
04/03/2016 18:39:01 - Lyon (AFP) - © 2016 AFP


" Le cardinal Barbarin, nommé archevêque de Lyon en 2002 affirma, globalement, ne pas avoir « couvert » d'actes pédophiles: « Je veux dire avec la plus grande force que jamais, jamais, jamais je n'ai couvert le moindre acte de pédophilie. »

Il rappela ensuite que la décision de remettre ce prêtre en service en 1991, après une suspension de six mois (suivant une dénonciation interne des parents d'enfants victimes), avait été prise par son «prédécesseur, le cardinal Decourtray», précisant que «jamais on n'aurait pris une telle décision aujourd'hui.»

Il indiqua, une fois au courant des faits, avoir demandé à ce prêtre une déposition «écrite» qu'il avait alors «transmise» à Rome, où on lui a conseillé d'écarter ce prêtre, même non visé à l'époque par des plaintes, ce qu'il a alors fait.

Il a reconnu avoir «confiance» en la parole de ce prêtre qui lui a garanti « n'avoir jamais recommencé » après 1991. Justifiant ainsi le fait qu'il l'avait maintenu en fonction malgré ce passé. " (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/03/15/01016-20160315ARTFIG00211-le-cardinal-barbarin-nie-avoir-couvert-des-faits-de-pedophilie.php)

Barbarin, 18 novembre 2016 :
" Je demande pardon devant Dieu et devant tout notre diocèse, de n’avoir pas pris les devants pour enquêter comme il aurait fallu dès qu’un premier témoignage m’était parvenu, pardon de ne pas avoir sanctionné immédiatement un prêtre pour ses actes anciens, très graves et clairement indignes de son ministère, pardon de mes erreurs de gouvernance qui ont occasionné un tel scandale. "
" En ce vendredi 18 novembre 2016, en la Primatiale Saint-Jean, le cardinal Barbarin a célébré une Messe de réparation à l’intention des victimes de pédophilie de la part des membres du clergé. Voici le texte intégral qu’il a prononcé au seuil de cette célébration. "
« En réparation de la profanation du corps vivant du Christ »

§ 22

Mgr Lalanne hésite à qualifier la pédophilie de « péché »

Interrogé, mardi [5 avril 2016] sur RCF, Mgr Stanislas Lalanne a soutenu que la pédophilie était « un mal » mais pas forcément « de l’ordre du péché », entraînant la condamnation du collectif de victimes La Parole libérée et l’incompréhension à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église.

Qu’a dit Mgr Lalanne ?

« La pédophilie est un mal. Est-ce que c’est de l’ordre du péché ? Ça, je ne saurai pas dire, c’est différent pour chaque personne. Mais c’est un mal et la première chose à faire, c’est de protéger les victimes ou les éventuelles victimes ». Ces mots, prononcés mardi 5 avril par Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, sur les ondes de RCF, ont soulevé très vite une polémique. D’autant que plusieurs auditeurs étaient revenus en direct sur ces propos pour les contester.

Dès le lendemain, la Parole libérée, le collectif qui rassemble les victimes du P. Preynat -ce prêtre de la banlieue lyonnaise auquel il est reproché d’avoir abusé une soixantaine de scouts dans les années 1980 – a fait part dans un communiqué de sa « très vive émotion ».

« Après le fameux’Grâce à Dieu ! Les faits sont prescrits !’ de Mgr Philippe Barbarin, les propos de Mgr Lalanne résonnent à nouveau de manière violente et dégradante pour les victimes d’actes de pédophilie », estime l’association, accusant l’Église de « maladresses et d’amateurisme » dans sa communication, empêchant de percevoir en elle « la référence morale (qu’elle) se doit d’incarner ». Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes, catholiques ou non, se sont émus et interrogés.
Les propos de Mgr Lalanne sont-ils justes sur un plan théologique ?

D’un point de vue théologique, les affirmations de Mgr Lalanne peuvent s’expliquer. « On considère qu’il y a péché lorsqu’il y a un acte moral responsable », souligne le P. Laurent Lemoine, dominicain et théologien moraliste, auteur de plusieurs documents sur la pédophilie. « Or, parmi les personnes coupables de faits de pédophilie, beaucoup sont de grands pervers ».

Pourtant, il semble aujourd’hui impossible, au vu du traumatisme collectif et de l’ampleur des dégâts causés, de s’en tenir à ces distinctions théologiques. « La pédophilie est un délit, et c’est même un crime. Or, quels crimes ne sont-ils pas des péchés  ? La question est complexe », avance le P. Lemoine, pour qui la réflexion du clergé sur la pédophilie doit absolument intégrer l’aspect civil de tels actes.

Aussi, des propos tels que ceux de l’évêque de Pontoise, s’ils ne sont pas absolument faux d’un point de vue formel, « ne sont plus audibles », assure le P. Lemoine, d’autant que la société a l’impression que la parole de l’Église est beaucoup plus claire en termes de bien et de mal sur d’autres sujets moraux.

Que répond Mgr Lalanne  ?

« Les faits de pédophilie sont une faute objective mais le péché est d’un autre ordre », se défend pour La Croix Mgr Lalanne, qui redit cependant « leur extrême gravité et la nécessité de sanctions ». « Pour les prêtres pédophiles, le chemin doit permettre de reconnaître le mal commis, de passer du déni à la reconnaissance de son acte comme un péché », convient-il.

Jean-Paul II lui-même, lorsque le scandale de la pédophilie avait explosé aux États-Unis au début des années 2000, avait qualifié les abus sexuels de « péché détestable aux yeux de Dieu ». Quelques années plus tard, Benoît XVI avait parlé de « péché grave », preuve qu’il est possible de qualifier clairement ces actes.

Pour le P. Lemoine, ce débat montre le flou qui plane encore sur la question. « Le Catéchisme de l’Église catholique se penche sur l’homosexualité mais ne dit rien de la pédophilie, pointe le dominicain, il serait peut-être temps de se mettre à la page ».
Marie Malzac

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Loiret : affaire de prêtres pédophiles signalée
Par Lefigaro.fr avec AFP
Publié le 18/04/2016


L'évêque d'Orléans, Mgr Jacques Blaquart, a retiré ses derniers ministères à un prêtre de la ville, mis en examen en 2012 pour des faits de nature pédophile après un signalement de l'Église, a-t-il révélé aujourd'hui lors d'une conférence de presse. Les faits remonteraient à 1993 et se seraient produits à l'occasion d'un camp du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) où officiait ce prêtre en tant qu'aumônier, dans le sud-ouest de la France, a précisé l'évêque, qui a agi après avoir été contacté par une victime en 2011.

"J'ai aussitôt saisi le procureur. L'enquête est en cours et aurait mis en évidence huit ou neuf cas d'attouchements sur mineurs, sur des victimes âgées d'une douzaine d'années", a ajouté Mgr Blaquart. Le procès de ce prêtre, aussi aumônier auprès des Scouts d'Europe, pourrait avoir lieu l'an prochain. Selon l'évêque, il a reconnu les faits.

Les prédécesseurs de Mgr Blaquart avaient eu connaissance de ses agissements et avaient pris "des mesures conservatoires" contre le prêtre, aujourd'hui âgé de 65 ans, pour éviter qu'il soit seul en contact avec des jeunes, mais ils n'avaient pas porté plainte, a-t-il ajouté. L'évêque a récemment supprimé les derniers ministères de ce prêtre. "J'aurais dû le faire plus tôt", a-t-il ajouté. Bien avant les mesures annoncées la semaine dernière par la Conférence des évêques de France, le diocèse d'Orléans, à la demande de l'évêque, a été le premier à mettre en place une cellule d'écoute pour les victimes de prêtres pédophiles.

Quatre appels ont été reçus au cours de la première année de fonctionnement, mais depuis un mois, le rythme s'est accéléré, avec 12 appels depuis mars. Quatre contacts concernent des faits anciens commis dans le Loiret par des prêtres décédés. Les autres appels concernent d'autres diocèses et les contacts ont été aussitôt transmis aux évêques concernés.

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NOTES (§§ 18-22) HISTORIQUES CONTRE LA PÉDOPHILIE


RETOUR


          CHRONOLOGIE SOMMAIRE

§ 18 - En 1536, le prêtre Benoît Gréalou, "convaincu d'avoir commis le péché sodomite avec trois ou quatre jeunes enfants ses disciples", fut brûlé vif à Cahors (Archives départementales du Lot, F 179).

- Le musicien et maître de chapelle Richard Renvoisy fut condamné à mort en 1586 et exécuté à Dijon pour relation coupable avec un de ses enfants de chœur.

- Brantôme rapporta un cas d'exécution capitale d'un homme coupable d'avoir engrossé une fille de neuf ans (Les Dames galantes), et précisa que l'âge de maturité pouvait être à l'époque de douze ou treize ans.

- Jean Imbert Brunet, prêtre du lieu d'Ollioules [Var actuel], prévenu de « sodomie abominable commise à la personne de Gabriel Maistral âgé de cinq ans », fut condamné en 1599 par la justice ecclésiastique à la réclusion dans un monastère ; puis, réclamé par la justice civile qui fait prévaloir sa compétence sur celle de l'Official [juge ecclésiastique], il fut condamné à mort, à être brûlé, en avril 1601 ; peine exécutée, malgré les efforts de l'archevêque d'Aix-en-Provence pour le sauver en refusant de le dégrader avant l'exécution (mss 1787, consulté, fonds Peiresc, de la Bibliothèque Inguibertine de Carpentras)..


- Dans ses Mémoires-Journaux, Pierre de L'Estoile cita le cas d'un vicaire du quartier parisien de Vaugirard accusé d'avoir violé une fille de neuf ans, et qui, sachant que le prince de Conti voulait le faire arrêter, alla se constituer prisonnier à l'Évéché (Édition Lemerre, 1879, tome VII, page 324) ; autre scandale, un moine de l'ordre des Carmes, le père Camus, accusé de sodomie avec un novice "âgé seulement de quinze à seize ans" (id., ibid.). En août 1608, un prêtre de St Honoré, « dans l’église même, bougeronne un jeune garçon » (id., tome IX, page 122)


Pierre Jarrige : Les Jésuites mis sur l'échafaud pour plusieurs crimes capitaux par eux commis dans la province de Guyenne. Avec la réponse aux calomnies de Jacques Beaufés, jésuite, Leide 1649.

Chapitre V " Les impudicités des jésuites dans leurs classes" : pages 42-45.

Les mollesses , les attouchements sensuels, les pollutions, et les ordures sont si communes à leurs jeunes gens, qu'ils en laissent les marques et les vestiges partout avec tant d'horreur, que leur lascivité n'est pas imaginable. il s'est trouvé des régents parmi eux, qui n'ont pas fait difficulté de se faire toucher déshonnêtement à leurs écoliers, pour se faire exciter à cette abominable infamie, jusque-là que quelques uns de ces enfants s'étant faits dû depuis de leur société ont accusé ces vilains à leur maître de novices. Mon encre rougit écrivant ces saletés. Le collège de Limoges ne peut nier qu'un de ses régents nommé Sanguinière n'ait appelé plusieurs fois un beau garçon les dimanches et jours de congé, sous prétexte de lui corriger ses compositions, ne l'ait entretenu de discours amoureux, et se soit fait toucher avec tant de passion, que l'habitude au mal depuis l'aveugla, et le porta même à le faire venir dans sa grande chaire, ut intermanus illuis se pollueret, pendant que ses disciples étaient attentifs à composer dans la classe. J'ai surpris moi-même, étant préfet dans le collège d'Agen, le maître de la quatrième, nommé François Mingeloussaux baisant ardemment, et serrant entre ses genoux et ses bras un petit gentilhomme de ses écoliers ; l'enfant qui était innocent s'estimait bien chéri ; mais si son père, l'un des plus généreux de ce pays, avait appris ces infamies, quelque crédit que les jésuites aient, il lui eût coupé les oreilles. Si j'avais à nommer les autres qui dans leur régence tombent et sont tombés dans cette infirmité, je m'arrêterais premièrement dans le collège de Bordeaux, puis parcourrais les autres l'un après l'autre, et finissant par celui de Fontenay, je devrais voir que dans chacun est arrivé quelque saleté de telle nature. Ils ne peuvent tenir les mains sans toucher, ni la bouche sans baiser, et cette parole est ordinaire dans l'entretien des écoliers les plus clairvoyants, un N.N. (*) est la Demoiselle de notre Régent. Ces horribles sodomies que quelques uns de leurs régents exercent ne se rencontrent pas seulement dans les grandes académies où ils ont à choisir; mais elles règnent encore dans les plus petits collèges et résidences, tant aujourd'hui le mal est général dans cette société. Deux écoliers de la petite ville de Saint Macaire se sont plaints à leurs parents, et les parents au supérieur du lieu, qu'un certain Gervaise leur maître les avaient forcés, et marquaient si distinctement le lieu, la façon, les circonstances, qu'il fut aisé de convaincre ce gomorréen et ce sodomite. Christophe Penaud son préfet est un témoin irréprochable de cette conviction puisqu'il eut la commission du recteur de Bordeaux d'en faire de véritables et secrètes informations. Il y a des seigneurs d'éminente condition dans la ville de Bordeaux qui savent que Léonard Alemay les a fait déchausser, non pour autre fin que pour contempler leur nudité. Les fesser de la main par délices est un passe-temps à ces infâmes, que Dieu brûlera de son feu s'ils ne se retirent d'un péché qui couvre de honte et de confusion la nature.
*. Nomen nescio, abrégé en N.N., est une expression utilisée pour parler d'une personne anonyme ou non définie.

Réponse aux calomnies....
Toute la province sait que du temps du provincial Malescot , le général de l'ordre Mutius Vitelleschi avait écrit de n'attendre plus et de le renvoyer, puisqu'il était incorrigible ; le principal crime dont il était chargé était qu'il avait touché déshonnêtement quelques petits écoliers d'une rare beauté, et même dans la maison une nuit il s'était levé de son lit pour aller coucher avec un certain jeune philosophe mon condisciple, nommé Martial Lamy religieux jésuite.


§ 19 - Tallemant des Réaux fit apparaître dans ses magnifiques Historiettes qu'au XVIIe siècle un garçon de 15 ans pouvait encore être considéré comme innocent ; il notait d'une fille que "dès treize ans, elle fut débauchée" (collection "Bibliothèque de la Pléiade", Paris : Gallimard, 1961 : tome I, page 418 ; tome II, page 273).

- Le diplomate allemand Ézéchiel Spanheim, évoquant la séduction dont fut l'objet, en 1682, un fils naturel de Louis XIV âgé de quatorze ans, mentionnait " le vilain commerce entre de jeunes seigneurs de la Cour, où, sortant à peine de l'enfance (souligné par moi), on trouva qu'il avait été entraîné, et dont il fut châtié sévèrement par ordre du Roi son père" (Relation de la Cour de France en 1690, édition Renouard, 1682, page 101).

- Dans une lettre du 3 décembre 1705, Madame, belle-sœur de Louis XIV, stigmatisait les mœurs  de la Cour de France et exposait une typologie précise des anomalies sexuelles où figurait notamment l'attrait pour les enfants de dix, onze ans (Briefe, 1676-1706, 1867).

- Le 18 novembre 1725, l'abbé Gillot déclara au Lieutenant de Police de Paris : "c'est le sieur Milly, supérieur des clercs de la paroisse St Eustache, qui [m]'a séduit dès l'âge de 14 ans en me faisant des attouchements". (Archives de la Bastille, Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, manuscrit 10256).

- En 1731, l'avocat Mathieu Marais et le magistrat Jean Bouhier s'échangèrent des informations sur l'affaire de Bordeaux, envers de celle du Père Girard à Aix, et à la suite de laquelle MM. du Parlement auraient retiré leurs enfants du collège des jésuites.

- Une archive de la police parisienne, (6 octobre 1743), mentionna un écrivain de 60 ans qui avait violé une petite fille de 4 ans : "Je l'ai envoyé en prison et vais prendre des mesures pour lui faire faire son procès à la requête du procureur du Roi s'il est possible. J'ai cru devoir donner cette satisfaction à son quartier, qui dans le moment qu'on l'a arrêté s'est mis à crier qu'il fallait le mener à la Grève [lieu d’exécution des peines capitales]." (Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, manuscrit 719, réserve 21, folio 233, verso).

- En 1750, Charles Collé, secrétaire du duc d'Orléans, nota au sujet d'une maquerelle fustigée, une certaine dame Moyon : "Son crime était d'avoir débauché de petites filles de 9 ou 10 ans et de les avoir prostituées. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a pas été condamnée à la mort ; les lois infligent la peine capitale dans les cas de rapt, même le rapt de séduction ; le crime de la Moyon me paraît plus grand." (Journal et Mémoires, édition 1868, tome I, page 200).

- En 1764, critique anglaise de l’article de Voltaire : “Our courts of justice are sufficiently convinced, by hateful experience, that, if very young persons are ever made accessory to this horrid species of guilt, the principal, the seducer, is ever some hypocritical monster, old enough to be hackneyed in the ways of vice and iniquity.” (Monthly Review, volume 31)

« Est-il vrai que le jésuite qui avait enfondré (1) le cul du prince de Guéménée (2) est mort ? Ne s’appelait-il pas Marsy (3) ? On dit d’ailleurs [par ailleurs] que c’était un garçon de mérite. »
Voltaire, lettre à D’Alembert, 16 mars 1765.
1. Selon Alfred Delvau, « Effondrer = Enfoncer, dans l’argot des voyous. » (Dictionnaire de la langue verte).
2. Henri Louis Marie, prince de Rohan.
3. François Marie de Marsy, 1714 / 16 décembre 1763. 


- En 1771, Thévenau de Morande signala dans son Philosophe cynique que l’abbé Grizel « a été accusé par le sacristain de sa paroisse d’embrasser les petits enfants qu’il confesse pour leur pénitence ».

   L'Ancien Régime n'était donc pas aussi laxiste que les travaux superficiels de l'ancien élève des Jésuites Philippe Ariès  (1914-1984) avaient pu le laisser envisager (sur le seul cas de Louis XIII enfant), même si certains poissons arrivaient à passer au travers des mailles du filet et si l'application des lois était moins rigoureuse sous le tandem Louis XV - Pompadour. Je regrette de ne pas avoir pu prendre connaissance de la communication "Le mythe de l'adolescence" que Philippe Ariès annonça pour le congrès homosexuel de 1955 à Paris, congrès organisé, puis annulé  en dernière minute, par la revue mensuelle Arcadie.


§ 20 - Pour la période révolutionnaire, on lit dans un rapport de police du 19 octobre 1793 : "Le jardin de la Révolution, les galeries surtout proches le théâtre de la Montansier, sont remplies de jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, depuis l'âge de sept ans jusqu'à quatorze et quinze, qui se livrent presque publiquement aux polissonneries et aux excès de la débauche la plus imfâme ; ils sont presque nus comme la main, et offrent aux passants le plus avilissant spectacle" (Cité par Charles-Aimé Dauban, La Démagogie à Paris en 1793, Plon, 1867, page 471).

- Le 24 mai 1798, le commissaire Picquenard écrivit au président du Directoire exécutif : "On vient d'amener, au bureau central, plusieurs enfants de sexe masculin, dont le plus âgé avait à peine six ans, tous infectés du virus vénérien. Ces petits malheureux, dont on ne peut entendre les propos sans frémir d'horreur, sont amenés au Palais-Royal par leur mère pour servir d'instrument à la plus infâme comme à la plus horrible débauche. Les leçons de l'exécrable roman de Justine sont mises en pratique avec une audace qui n'eut jamais d'exemple." (BnF, manuscrit français, N.A. [Nouvelles acquisitions] 3533, folios 351-352). Le roman de Sade Justine ou les Malheurs de la vertu avait été publié l'année précédente.

Le XIXe siècle n'était pas mieux disposé.

- " Lorsque le Père Contrafatto, prêtre italien officiant à Paris, est accusé, en 1826, de violence sexuelle sur une enfant de 5 ans, son long procès révèle d’abord l’incompréhension des juges. Comment un homme aussi discret, aux mains aussi blanches, à l’apparence aussi raisonnable, peut-il se livrer à des actes aussi abjects  ? Comment son apparente normalité peut-elle recéler sa redoutable duplicité  ? Contrafatto, condamné, sera d’ailleurs rapidement libéré, protégé par l’Eglise autant que par le pouvoir d’une Restauration craignant les effets politiques de la querelle religieuse. "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1847, le ministre de la Justice, Nicolas Martin du Nord, se suicida après la révélation par la presse de son intérêt pour les petites filles de dix à douze ans (cf Proudhon, Carnets, n° 8, et K. H. Ulrichs, Vindicta, page 32).

- En 1856, Alexis Dupont, ancien ténor à l'Académie Royale de Musique, se suicida en prison après avoir été arrêté, avec deux complices, pour attentat à la pudeur sur enfants des deux sexes au-dessous de huit ans (cf Maxime Du Camp, lettre à Gustave Flaubert, 30 août 1856, et Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III, à la date du 7 septembre 1856).

- Le Journal de Rouen révélait le mercredi 11 septembre 1861, en page 3, une affaire impliquant un certain Philémon Delaurier, 22 ans, en religion Frère Catulle, et vingt-cinq enfants de six à dix ans de la maison des Frères de la Doctrine chrétienne à Saintes. Le frère Catulle fut condamné par la Cour d'assises aux travaux forcés à perpétuité.

- Entre 1837 et 1862, le curé Charles-Eugène Pelletier commit de nombreux attentats à la pudeur sur de jeunes garçons ; condamné par contumace en 1838, il fut signalé, parfois sous un faux nom, à Paris et en province, et même une fois en Belgique, avant d'être arrêté, puis condamné en mai 1863 aux travaux forcés à perpétuité (cf Le Siècle, 4 juin 1863).

 - " En 1865 un frère des écoles chrétiennes de Versailles est accusé d’attentats à la pudeur sur 87 enfants, provoquant la colère et le désarroi des parents, leur vindicte aussi, certains proposant même de «  brûler et saccager la maison des frères  ». "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1868, fut publié l'ouvrage d'E. Alexis, Les Immoralités des prêtres catholiques ; l'auteur proposait la solution radicale de la castration des prêtres.

- En 187., scandale du vicaire de Villiers-le-Bel (Val d’Oise). « Sous prétexte de continuer leur instruction religieuse, il emmena un jeudi sept ou huit de ces garçonnets dans la forêt d’Ermenonville, et là, dans un fourré, il se déshabilla, se mit complètement nu, et entourant son corps de petites branches et de tiges de lierre arrachées aux arbres du fourré, il prit devant ces enfants des poses de faune au bois et les excita par des caresses – auxquelles quelques uns se prêtèrent. Au retour l’un d’eux, que ce spectacle avait révolté, en fit le récit au chef de l’institution, qui prévint immédiatement, non pas le parquet, de crainte d’un scandale qui portât préjudice à la maison, mais l’évêque de Versailles : celui-ci se contenta de changer le vicaire de commune. » (Léon Fiaux, La Police des mœurs en France, Paris : E. Dentu, 1888).

- En 1873, L. Baudier publie chez Millière Arlequin démocratique et on y trouve, pages 89-240, une partie intitulée "Sur les genoux de l'Église".

- Dans une lettre à Mme Brainne, Gustave Flaubert signalait que la maîtresse d'asile de Suresnes était en prison pour « corruption d'enfants au-dessous de dix ans », et ajoutait : « Pauvre humanité » (lettre du 15 mars 1877).

- « En 1885, dans la commune de Gleizé [Rhône], la plupart des enfants de l'école congréganiste furent souillés par un de leurs maîtres », écrivait le Dr Alexandre Lacassagne en 1886 (Article "Pédérastie", Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales, volume 22).

- Le Journal de Rouen du 29 octobre 1890, page 3, parlait d'une "scène épouvantable" avec un enfant de 12 ans dans l'affaire du journalier Léon-Honoré Duboc.

Le journaliste Luc Rosenzweig, aujourd'hui retraité du quotidien Le Monde, a donné un témoignage précieux sur les années 1950. Dans sa chronique " Pêle-Mêle " du quotidien Le Monde du 6 mars 2001, il interrogeait : 

« Pourquoi, vers le milieu du siècle dernier, a-t-on laissé "œuvrer" pendant plusieurs lustres, dans un prestigieux établissement public d'enseignement secondaire de Lyon, deux aumôniers catholiques, le Père A. et le Père G. dont les comportements nous semblent, aujourd'hui, sans équivoque ? »

Dans un e-mail, il me précisait : 
« Les aumôniers auxquels je faisais allusion étaient en fonction dans l'établissement que je fréquentais alors. Assistant, (à l'insu de mes parents, qui n'étaient pas catholiques) à des cours d'instruction religieuse en sixième, j'ai été alors intrigué, mais pas plus que ça, par les méthodes de ces deux abbés, qui prenaient les gamins sur les genoux pour leur caresser les cheveux, organisaient des séances de "confessions", à genoux sur un petit banc au fond de la classe, au cours desquelles ils faisaient raconter aux enfants leurs pratiques nocturnes avec force détails. En ce qui me concerne, les choses n'ont pas été plus loin, mais bien des années après, quelques anciens condisciples rencontrés par hasard m'ont confirmé que pour certains d'entre eux, notamment au cours des camps de scouts que l'un des aumôniers animait, on était allé bien plus avant dans des pratiques aujourd'hui qualifiées de pédophiles. Au milieu des années 60, ils ont, paraît-il, été discrètement mis à l'écart, sans que le scandale n'éclate publiquement...Tout cela, naturellement, demande à être vérifié, et fera peut-être l'objet d'une recherche que je mènerai […]. L'allusion faite dans ma chronique était, dans cette optique, destinée à déclencher des témoignages me permettant de l'amorcer. »


§ 21 : Jacques Gaillot, ancien évêque d´Évreux, destitué par le Vatican en 1995 pour ses positions progressistes, avait reconnu, le 8 décembre 2000, qu´il était au courant du passé du père Denis Vadeboncœur, un prêtre québécois mis en examen et écroué, vendredi 1er décembre, pour viols sur mineur de moins de 15 ans et de plus de 15 ans par personne ayant autorité. Le père Vadeboncœur fut en effet été condamné en novembre 1985 à 20 mois de prison au Québec pour abus sexuels. En 1988, il avait été accueilli dans le diocèse d´Évreux et avait été nommé, par Mgr Gaillot, curé de la paroisse de Lieurey (Eure). Un jeune homme de 25 ans [en 2000] a porté plainte pour viols – des faits qui se seraient produits pendant cette période, avant et après 1990.

Dans un entretien (Paris-Normandie, 6 décembre 2000), l´ancien évêque d´Évreux avait pourtant affirmé qu´il ignorait « tout de la gravité des faits » qui avaient valu sa condamnation au père Vadeboncœur : « Je ne l´aurais pas accepté dans le diocèse si j´avais su qu´il avait été condamné pour pédophilie. » Jacques Gaillot précisait même qu´il avait reçu « une lettre d´accompagnement favorable » émanant des supérieurs du prêtre au Québec.

Ces dénégations ont suscité une polémique au Canada. La congrégation des religieux de Saint-Vincent-de-Paul, à laquelle appartient le prêtre, décida de rendre public, le 7 décembre 2000, l´échange de courriers qu´elle avait eu, en 1987 et 1988, avec l´évêché d´Évreux.

Dans une lettre en date du 13 octobre 1987, l´abbé Jean-Jacques Latour, secrétaire de Mgr Gaillot, demandait des « renseignements complémentaires » sur le père Vadeboncœur. Le provincial canadien des religieux de Saint-Vincent-de-Paul lui envoya un long courrier, daté du 29 octobre 1987. Les agissements et la condamnation du prêtre québécois y étaient longuement détaillés :

« Au tout début du mois de février 1985, le père Vadeboncœur a été arrêté à la suite d´une enquête policière. Il était alors accusé d´actes de grossière indécence et d´agression sexuelle à l´égard de quelques adolescents, âgés de 12 à 17 ans, et d´un acte de sodomie avec un de ceux-ci. » Le père Pierre Lévesque, signataire de la lettre, estimait qu´il n´est pas « déraisonnable d´entretenir certains doutes sur [la] capacité [du père Vadeboncœur] de ne pas récidiver ».

Dans un courrier du 24 février 1988, le secrétaire de Jacques Gaillot accusait réception de la lettre. Il expliquait, à propos du père Vadeboncœur : « Nous espérons comme vous que ce changement de climat permettra un nouveau départ, au service de l´Évangile. »
Revenant sur ses précédentes déclarations, Mgr Jacques Gaillot reconnaissait, vendredi 8 décembre [2000], dans un communiqué, qu´il avait été informé du passé du prêtre québécois : « Avant de décider de l´accueil de Denis Vadeboncœur à Évreux, j´ai reçu quelques informations fragmentaires et incomplètes sur la courte détention qu´il avait subie au Québec. (…) Ce n´est que plus tard que j´ai reçu des informations plus détaillées. Néanmoins, face à sa volonté de réinsertion et en l´absence de toute critique de ses paroissiens, je n´ai pas estimé devoir revenir sur cette décision d´accueil. »

Xavier Ternisien,  Mgr Gaillot connaissait le passé pédophile d'un prêtre québecois avant son arrivée dans son diocèse , in Le Mondedimanche 10 décembre 2000 - lundi 11 décembre 2000.

Contrairement à ce qui est reproché à l´évêque de Bayeux, Mgr Pierre Pican, mis en examen pour non-dénonciation de crime et d´atteinte sexuelle sur mineur (*), Mgr Gaillot ne semblait en effet pas au courant des [nouveaux] agissements reprochés au père Vadeboncœur à Lieurey [Eure]. Pour autant, l´attitude des évêques français suscite l´étonnement au Québec : « Comment a-t-on pu le nommer en paroisse ? s´interroge Jacques Côté, responsable de la communication de l´archevêché de Québec. Nous avons adopté chez nous le principe de la tolérance zéro : tout prêtre soupçonné de pédophilie est aussitôt signalé à la justice. »


* Déclaration de Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux-Lisieux

Après avoir pris le temps de réfléchir, j'ai décidé de ne pas faire appel de la décision du tribunal correctionnel de Caen, en date du 4 septembre 2001, qui m'a condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs.
Ce procès extrêmement complexe dépassait ma propre personne. Essayant de prendre de la distance par rapport à ce que j'éprouve, je constate qu'ont été réaffirmés des principes de première importance touchant le respect des personnes, à travers l'option de conscience et le secret professionnel des ministres du culte.
Le jugement comporte pourtant, il faut le regretter, une restriction du champ du secret professionnel qui ne laisse pas d'inquiéter. Une telle remise en cause -même partielle- de la jurisprudence admise et constamment réaffirmée jusqu'ici demanderait que je fasse appel.
Je ne saurais pourtant oublier l'épreuve subie par les victimes de l'abbé Bissey. Même si certains ne l'ont pas perçu, j'ai constamment été habité par l'ampleur de leur drame, et les souffrances qui se sont exprimées lors des procès m'ont marqué en profondeur. Aussi ai-je voulu manifester ma volonté d'apaisement à l'égard des parties civiles et ne pas raviver les blessures, au cours d'un nouveau procès qui se déroulerait devant la cour d'appel de Caen. J'ai aussi beaucoup pensé à mon diocèse, à l'Eglise, à toutes celles et ceux qui, de bien des manières, ont été affectés par cette situation.
C'est pourquoi, dans l'espoir de contribuer au retour de la paix dans les consciences et dans les esprits, j'ai décidé de ne pas faire appel.
A Bayeux, le 7 septembre 2001
+ Pierre PICAN
Évêque de Bayeux et Lisieux

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" En 2003, la Conférence des évêques de France publie une brochure, largement diffusée, intitulée Lutter contre la pédophilie. L’injonction est claire  : «  Lorsque quelqu’un a connaissance d’un crime (…), qu’il soit prêtre, éducateur laïque ou membre de la famille de la victime, la dénonciation s’impose.  » Le code pénal [article 434-3] punit d’ailleurs de trois ans de prison la non-dénonciation de tels faits. "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

" Relativement épargnée, ces dernières années, par le scandale de la pédophilie, l’Église catholique en France est à la veille d’une grande tempête. En cause, l’un des plus puissants et médiatiques évêques de l’Hexagone, le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin. « Dans les prochains jours, des plaintes vont être déposées contre lui pour non-dénonciation de faits de pédophilie », indique à Libération, François Devaux, le président de l’association La Parole libérée. Fondée en décembre dernier, elle regroupe les personnes qui auraient été victimes du père Bernard Preynat, un prêtre du diocèse de Lyon, mis en examen le 27 janvier pour « agressions sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans par personne ayant autorité ». " (Libération, 12 février 2016).


Le parquet de Lyon a ordonné une enquête préliminaire pour "non-dénonciation de crime" et "mise en danger de la vie d'autrui" en marge de l'affaire d'un prêtre, mis en examen pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.
L'enquête a été ouverte à la suite d'un signalement de victimes du religieux, mettant en cause plusieurs responsables du diocèse de Lyon, parmi lesquels le cardinal Philippe Barbarin qu'ils accusent de ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements passés de ce prêtre.
04/03/2016 18:39:01 - Lyon (AFP) - © 2016 AFP


" Le cardinal Barbarin, nommé archevêque de Lyon en 2002 a affirmé, globalement, ne pas avoir «couvert» d'actes pédophiles: «Je veux dire avec la plus grande force que jamais, jamais, jamais je n'ai couvert le moindre acte de pédophilie.»

Il a rappelé ensuite que la décision de remettre ce prêtre en service en 1991, après une suspension de six mois (suivant une dénonciation interne des parents d'enfants victimes), avait été prise par son «prédécesseur, le cardinal Decourtray», précisant que «jamais on n'aurait pris une telle décision aujourd'hui.»

Il a indiqué, une fois au courant des faits, avoir demandé à ce prêtre une déposition «écrite» qu'il a alors «transmise» à Rome, où on lui a conseillé d'écarter ce prêtre, même non visé à l'époque par des plaintes, ce qu'il a alors fait.

Il a reconnu avoir «confiance» en la parole de ce prêtre qui lui a garanti « n'avoir jamais recommencé » après 1991. Justifiant ainsi le fait qu'il l'avait maintenu en fonction malgré ce passé. " (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/03/15/01016-20160315ARTFIG00211-le-cardinal-barbarin-nie-avoir-couvert-des-faits-de-pedophilie.php)


§ 22

Mgr Lalanne hésite à qualifier la pédophilie de « péché »

Interrogé, mardi [5 avril 2016] sur RCF, Mgr Stanislas Lalanne a soutenu que la pédophilie était « un mal » mais pas forcément « de l’ordre du péché », entraînant la condamnation du collectif de victimes La Parole libérée et l’incompréhension à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église.

Qu’a dit Mgr Lalanne ?

« La pédophilie est un mal. Est-ce que c’est de l’ordre du péché ? Ça, je ne saurai pas dire, c’est différent pour chaque personne. Mais c’est un mal et la première chose à faire, c’est de protéger les victimes ou les éventuelles victimes ». Ces mots, prononcés mardi 5 avril par Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, sur les ondes de RCF, ont soulevé très vite une polémique. D’autant que plusieurs auditeurs étaient revenus en direct sur ces propos pour les contester.

Dès le lendemain, la Parole libérée, le collectif qui rassemble les victimes du P. Preynat -ce prêtre de la banlieue lyonnaise auquel il est reproché d’avoir abusé une soixantaine de scouts dans les années 1980 – a fait part dans un communiqué de sa « très vive émotion ».

« Après le fameux’Grâce à Dieu ! Les faits sont prescrits !’ de Mgr Philippe Barbarin, les propos de Mgr Lalanne résonnent à nouveau de manière violente et dégradante pour les victimes d’actes de pédophilie », estime l’association, accusant l’Église de « maladresses et d’amateurisme » dans sa communication, empêchant de percevoir en elle « la référence morale (qu’elle) se doit d’incarner ». Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes, catholiques ou non, se sont émus et interrogés.
Les propos de Mgr Lalanne sont-ils justes sur un plan théologique ?

D’un point de vue théologique, les affirmations de Mgr Lalanne peuvent s’expliquer. « On considère qu’il y a péché lorsqu’il y a un acte moral responsable », souligne le P. Laurent Lemoine, dominicain et théologien moraliste, auteur de plusieurs documents sur la pédophilie. « Or, parmi les personnes coupables de faits de pédophilie, beaucoup sont de grands pervers ».

Pourtant, il semble aujourd’hui impossible, au vu du traumatisme collectif et de l’ampleur des dégâts causés, de s’en tenir à ces distinctions théologiques. « La pédophilie est un délit, et c’est même un crime. Or, quels crimes ne sont-ils pas des péchés  ? La question est complexe », avance le P. Lemoine, pour qui la réflexion du clergé sur la pédophilie doit absolument intégrer l’aspect civil de tels actes.

Aussi, des propos tels que ceux de l’évêque de Pontoise, s’ils ne sont pas absolument faux d’un point de vue formel, « ne sont plus audibles », assure le P. Lemoine, d’autant que la société a l’impression que la parole de l’Église est beaucoup plus claire en termes de bien et de mal sur d’autres sujets moraux.

Que répond Mgr Lalanne  ?

« Les faits de pédophilie sont une faute objective mais le péché est d’un autre ordre », se défend pour La Croix Mgr Lalanne, qui redit cependant « leur extrême gravité et la nécessité de sanctions ». « Pour les prêtres pédophiles, le chemin doit permettre de reconnaître le mal commis, de passer du déni à la reconnaissance de son acte comme un péché », convient-il.

Jean-Paul II lui-même, lorsque le scandale de la pédophilie avait explosé aux États-Unis au début des années 2000, avait qualifié les abus sexuels de « péché détestable aux yeux de Dieu ». Quelques années plus tard, Benoît XVI avait parlé de « péché grave », preuve qu’il est possible de qualifier clairement ces actes.

Pour le P. Lemoine, ce débat montre le flou qui plane encore sur la question. « Le Catéchisme de l’Église catholique se penche sur l’homosexualité mais ne dit rien de la pédophilie, pointe le dominicain, il serait peut-être temps de se mettre à la page ».
Marie Malzac

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Loiret : affaire de prêtres pédophiles signalée
Par Lefigaro.fr avec AFP
Publié le 18/04/2016


L'évêque d'Orléans, Mgr Jacques Blaquart, a retiré ses derniers ministères à un prêtre de la ville, mis en examen en 2012 pour des faits de nature pédophile après un signalement de l'Église, a-t-il révélé aujourd'hui lors d'une conférence de presse. Les faits remonteraient à 1993 et se seraient produits à l'occasion d'un camp du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) où officiait ce prêtre en tant qu'aumônier, dans le sud-ouest de la France, a précisé l'évêque, qui a agi après avoir été contacté par une victime en 2011.

"J'ai aussitôt saisi le procureur. L'enquête est en cours et aurait mis en évidence huit ou neuf cas d'attouchements sur mineurs, sur des victimes âgées d'une douzaine d'années", a ajouté Mgr Blaquart. Le procès de ce prêtre, aussi aumônier auprès des Scouts d'Europe, pourrait avoir lieu l'an prochain. Selon l'évêque, il a reconnu les faits.

Les prédécesseurs de Mgr Blaquart avaient eu connaissance de ses agissements et avaient pris "des mesures conservatoires" contre le prêtre, aujourd'hui âgé de 65 ans, pour éviter qu'il soit seul en contact avec des jeunes, mais ils n'avaient pas porté plainte, a-t-il ajouté. L'évêque a récemment supprimé les derniers ministères de ce prêtre. "J'aurais dû le faire plus tôt", a-t-il ajouté. Bien avant les mesures annoncées la semaine dernière par la Conférence des évêques de France, le diocèse d'Orléans, à la demande de l'évêque, a été le premier à mettre en place une cellule d'écoute pour les victimes de prêtres pédophiles.

Quatre appels ont été reçus au cours de la première année de fonctionnement, mais depuis un mois, le rythme s'est accéléré, avec 12 appels depuis mars. Quatre contacts concernent des faits anciens commis dans le Loiret par des prêtres décédés. Les autres appels concernent d'autres diocèses et les contacts ont été aussitôt transmis aux évêques concernés.

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