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lundi 19 février 2018

ATHÉISME ET LAÏCITÉ

Jean-Pierre Chevènement : " Cette notion de laïcité est mal comprise. Il faut lever la confusion qui existe souvent dans l’esprit des peuples musulmans entre la laïcité et l’athéisme. Cela n’a rien à voir. " (" De l'islam, des musulmans et de la laïcité ", Orient XXI, 26 octobre 2017).

La peste ? Diable !!


I / Actu Macron


Radicalisation de la laïcité, héritage intellectuel et culturel, expliquer le fait religieux, structuration de l'islam, il est normal de croire.

II / L'athéisme des origines à 1789


Athéisme des anciens Grecs. Persécutions à l'époque moderne, prudence de Montaigne et Voltaire, audace des Libertins. Pseudo-preuves et arguments. Axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque.


III / Athéisme depuis 1789


Naigeon, Condorcet, Schopenhauer, Stendhal, Nietzsche, Roger Martin du Gard, Gide, Sartre, Camus, Onfray. Formulations.


IV / Concept de laïcité, laïcité française depuis 1905


La laïcité n'est ni la seule séparation, ni la seule coexistence des religionsLa laïcité n'est pas l'athéisme, mais pas non plus le silence de l'athéisme. Loi de 1905 jugée " gravement injurieuse envers Dieu " (Vatican). Exceptions territoriales.




V / Ce n'est pas au christianisme que l'on doit la laïcité
 C'est bien à tort que l'on invoque " Rendez à César... ". Religion d'État à Rome. Édits de Nantes, de Fontainebleau, de Versailles. Syllabus de 1864. Séparation jugée " gravement injurieuse pour Dieu " (1906).


VI / Appendices




I / Actu Macron

a)
Le président Emmanuel Macron a reçu le 21 décembre 2017 à l'Élysée les responsables des six principales religions (catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste) pendant " près de deux heures " (AFP).

Nonobstant " La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. ". Macron, ou la laïcité " en même temps ".

" Il [Macron] a dit : +C'est bien la République qui est laïque et non la société, les cultes peuvent s'exprimer dans l'espace public+", s'est réjoui ce pasteur réformé, qui assure la présidence tournante de la Conférence des responsables de culte en France (CRCF). Selon le grand rabbin de France, Haïm Korsia, Emmanuel Macron " ne comprend pas certaines situations qui relèvent d'une obsession. Il a parlé de +radicalisation de la laïcité+. C'est une très belle formule, d'ailleurs "."Il s'est interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité au détour d'une phrase, en se disant vigilant là-dessus", a abondé le pasteur Clavairoly. " (Le Figaro).

Réaction de MC Valls : " Je ne comprends pas l'idée d'une laïcité radicalisée. D'une manière générale je n'aime pas l'idée des adjectifs attachés à la laïcité: la laïcité 'ouverte' contre la laïcité 'radicalisée', a assuré ce mardi 9 janvier Manuel Valls sur Europe 1. Je ne l'accepte pas, c'est une manière d'ailleurs de disqualifier les avocats, les défenseurs de la République et de la laïcité. ". " Le vrai danger dans la société française, c'est l'islam radical, c'est l'islamisme radical, ce n'est pas la laïcité radicalisée. Faire un parallèle à travers cet adjectif 'radicalisé' entre les deux me paraît une faute. " " Je ne suis pas d'accord. Je pense que notre société est profondément laïque et qu'il faut la défendre. " En déplorant une " radicalisation de la laïcité ", le Président cautionne une fausse symétrie avec les islamistes dits " radicalisés ", assassins surtout. Ce qui est éminemment regrettable.

Rappel (une bonne loi à l'intitulé malheureux) :
L'intitulé d'une loi n'a aucune valeur normative. (Cf Guide de légistique, Paris : La Documentation française, 2017). Le contenu de cette loi correspond à une séparation des cultes et de la République.
b)
Macron, 4 janvier 2018 : " Ce sécularisme à la française, qui parfois surprend nos voisins, est un ciment puissant dans notre pays qu’ont déchiré tant de guerres de religions où la religion est inscrite dans l’héritage intellectuel, culturel, social. Cela donne à l’État une position de surplomb et d’arbitre qui lui permet de ne pas sans cesse rejouer sa légitimité politique à l’aune des débats spirituels. Mais cette neutralité ne va pas sans quelque pédagogie et nous avons commencé à en discuter en décembre dernier, car on a trop vite fait d’inférer de cette neutralité de l’État une absence. La laïcité organiserait ainsi une sorte de vide métaphysique à l’intersection de toutes les croyances. Consciente que l’individu nourrit toujours une interrogation existentielle que le vide inquiète, insécurise, la laïcité se ferait alors forte de venir elle-même peupler cette zone neutre et d’incarner une sorte de foi républicaine forgée par des valeurs, des traditions érigées à leur tour en croyance universelle sur le modèle lointain du culte de l’être suprême des Jacobins. D’aucuns y rêvent encore mais ce culte-là a fait long feu.
[...]
Ce que Hannah ARENDT appelait la sanction transcendante dans le domaine politique tenté par le culte de l'Être suprême n'est en rien le sens de notre laïcité française. Et je ne souhaite pas qu'une religion d'État soit substituée de cette manière aux religions. Mais pas davantage la religion ne saurait colorer la vie politique de la nation. Je serais aussi, toujours vigilant à cet égard face aux tentatives de faire revenir par la fenêtre politique ce qui est sorti par la porte du religieux. Et je sais, comme vous, que certains tentent d'instaurer avec les pouvoirs publics, une forme de rapport de force autour de la mise en œuvre de telle ou telle croyance, oubliant là aussi, le fil de notre histoire et voulant la faire bégayer.
J'aurais la même vigilance sur ce plan-là, je ne nie pas l'existence de questions et d'interrogations liées à l'inévitable friction entre l'ordre religieux et l'ordre politique, mais je récuse les stratégies d'entrisme comme les coups de force militants. Notre force, votre force, c'est que vous ne participez pas de la puissance publique et par conséquent que vous ne la légitimez pas. Et cette distinction fondamentale des Ordres est un acquis précieux pour vous comme pour la République car ce sont fondamentalement les principes de liberté d'association et de conscience qui régissent vos organisations respectives. Et de cette distinction ne saurait pour autant découler une quelconque ignorance, qui ne serait que méconnaissance par exclusion.
[...]
Nous avons commencé à mettre en place ce sur quoi nous sommes engagés en terme d'enseignement, de formation des enseignants, indispensable pour que le bon exercice de la laïcité se fasse, qu’il permette à des enseignants placés dans des situations d'extrême difficulté d'être armés, en quelque sorte, pour expliquer l'histoire de notre pays, mais aussi le fait religieux dans sa plénitude.
[...]
Nous devons avoir un travail sur la structuration de l'islam en France qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu'elle est en train de vivre sur le plan international. " (Discours des vœux du Président de la République aux autorités religieuses).

Ceci tient lieu de position du Président sur le sujet, et l'autre discours qui avait été annoncé, qui devait s'adresser à tous les Français, et pas aux seuls représentants des cultes, n'aura pas lieu, comme si la laïcité se réduisait à la coexistence des religions.

c)
Conseil des 13 Sages :
La sociologue Dominique Schnapper, fille de Raymond Aron, sociologue, ancien membre du Conseil constitutionnel, présidente.
Le formateur d'enseignants Jean-Louis Auduc, agrégé d'histoire.
L'inspectrice générale de l'Éducation nationale (Groupe permanent et spécialisé - histoire et géographie) Catherine Biaggi.
Le président de l'Observatoire de la laïcité auprès de Matignon, ancien ministre, Jean-Louis Bianco.
Le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain. Il a déclaré récemment :
" De soi-disant spécialistes de la laïcité (universitaires comme hauts responsables de l'État) viennent expliquer qu'elle garantit la « liberté religieuse » (sic) ou encore la coexistence des religions dans l'espace public !
Je m'inquiète quand je vois notamment que ce sont des gens qui forment de futurs enseignants par exemple en la matière. Il y a là une volonté délibérée (je ne peux imaginer une seconde qu'ils soient incapables de lire le texte de la loi de 1905 correctement…) de tordre le texte lui-même pour le faire correspondre à des idées politiques. "
Le producteur et animateur de radio, membre du bureau de la Fondation de l'islam de France, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, Ghaleb Bencheikh.
Abdennour Bidar, professeur de philosophie, auteur de Un islam pour notre temps (2004), ancien "M. laïcité" de Grenelle.
L'universitaire Rémi Brague, membre de l'Académie catholique de France.
Le journaliste, ancien grand maître du Grand Orient de France (GOdF), Patrick Kessel.
La philosophe Catherine Kintzlerprofesseur des Universités.
La juriste Frédérique de la Morena, maître de conférences en droit public (Université de Toulouse 1)
Alain Seksig, ancien instituteur, inspecteur général de l'Éducation nationale, ancien membre du Haut comité à l'intégration (HCI), membre du comité de rédaction de la revue Hommes et Migrations, instigateur en 2002 du « comité national de réflexion et de propositions sur la laïcité à l'école ».
Le haut fonctionnaire Richard Senghor, maître des requêtes au Conseil d'État.

Aucun athée, juif ou protestant identifié (sauf erreur), mais deux musulmans et un catholique.

d)
Macron, 13 février 2018 : « Je crois en une forme de transcendance, oui. C’est d’ailleurs pour cela que je respecte éminemment la place que les religions occupent dans notre société. Je considère que d’un point de vue presque anthropologique, il est normal que nos concitoyens croient dans des religions, des formes métaphysiques, cela fait partie de la vie en société. De ce qui peut être nécessaire pour l’homme. On ne doit pas gommer cette part irréductible ». (Macron face aux journalistes, sans caméras).


II / Histoire de l'athéisme, des origines à 1789

Athéisme, Histoire de l'athéisme (lien)

L'insensé (insipiens) noté dans l'Ancien Testament (Psaumes)
Si les bœufs savaient dessiner (Xénophane de Colophon). Le sophiste Critias (invention)
Platon distingue athéisme relatif et athéisme absolu (Apologie de Socrate, 26 b-e)
Pas d'athées chez les barbares (Élien).


Dans sa lettre à Érasme du 30 novembre 1532, Rabelais, écrivant en grec, disait du grammairien et polémiste Jules César Scaliger qu'il était " totalement athée ".

Montaigne et l'autonomie de la pensée.

a) Persécutés notamment pour athéisme :


Christopher Marlowe (1564-1593) : Accusé d'hérésie, réputation d'athée. his death was faked to save him from trial and execution for subversive atheism. Honan (2005), p.355. "Useful research has been stimulated by the infinitesimally thin possibility that Marlowe did not die when we think he did. ... History holds its doors open."

Giordano BRUNO (1548 près de Naples -1600 à Rome) : Ancien frère dominicain, disciple de Copernic. Auteur de La Cause, le principe et l’un et De l’Infini, de l'univers et des mondes (1583).
. Accusé d'athéisme et d'hérésie (particulièrement pour sa théorie de la réincarnation des âmes) par l'Inquisition, d'après des écrits jugés blasphématoires (où il proclame en outre que Jésus-Christ n'est pas Dieu mais un simple « mage habile », que le Saint-Esprit est l'âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé), il est condamné à être brûlé vif après huit années de procès.
Le 21 décembre il dit à ses bourreaux : « Je ne me repentirai pas ! ».
Le 20 janvier, le pape Clément VIII décide de l’envoyer au bûcher.
Thèse sur l'infinité du monde.

VANINI
Malenfant, greffier du Parlement de Toulouse, note dans ses Mémoires (1617-1619) :
« Il estoit par trop notoire que le dict estoit enclin, voire entièrement empunaysi du vilain péché de Gomorrhe ; et fut arresté deux fois diverses le commettant, l’une sur le rempart de Saint-Estienne, près la porte, avec un jeune escolier angevin, et une autre, en une certaine maison de la rue des Blanchers, avec un beau fils de Lectoure en Gascogne ; et conduit devant les magistrats, répondit en riant qu’il étoit philosophe, et par suite enclin à commettre le péché de philosophie. »
Lucilio Vanini, dit Giulio Cesare Vanini, né en 1585 à Taurisano dans la Terre d'Otrante (Italie, région des Pouilles), licencié en droit en 1606, précepteur, arrêté en novembre 1618 par l'Inquisition et exécuté à Toulouse le 9 février 1619, est un philosophe et naturaliste italien précurseur de Spinoza, , proche du courant libertin.
De admirandis Naturæ, dans Opere di Giulio Cesare Vanini, Milan, 1934, t. II, p. 276. " In unica Naturæ Lege, quæ ipsa Natura (quæ Deus est enim principium motus), in omnium gentium animis inscripsit."
Sa vie errante, sa mort tragique, ainsi que son parti pris antichrétien, rappellent Giordano Bruno

Après un long délibéré, Lucilio Vanini, dit Pomponio Uciglio, fut convaincu de blasphème, impiété, athéisme, sorcellerie et corruption de mœurs. Il fut condamné à avoir la langue coupée, à être étranglé puis brûlé le 9 février 1619 sur la place du Salin. Gabriel Barthélemy de Gramond, Historiarum Galliœ ab excessu Henrici IV, Toulouse, 1643, livre XVIII :
« Avant de mettre le feu au bûcher, on lui ordonna de livrer sa langue sacrilège au couteau : il refusa ; il fallut employer des tenailles pour la lui tirer, et quand le fer du bourreau la saisit et la coupa, jamais on n’entendit un cri plus horrible ; on aurait cru entendre le mugissement d’un bœuf qu’on tue. Le feu dévora le reste, et les cendres furent livrées au vent. »

Théophile de Viau (1590-1626) est décrit comme un auteur libertin.

Théophile de Viau et la libre pensée française en 1620 par Antoine Adam
" Quand un homme s'entoure d'amis qui tous sont athées, comment douter qu'il le soit aussi ?Théophile, dès 1615, est un athée. Les faits ont été déjà signalés. A Castelnau-Barbarens, en octobre 1615, le poète a tenu plusieurs « discours d'impiétez » contre Dieu, la Vierge et les Saints. Il s'est moqué de la Bible. À Saint-Affrique, un peu plus tard, il a renouvelé le scandale, il s'est permis sur la Vierge et les saints d'ordurières plaisanteries. "

Viau est mort en prison à m'âge de 36 ans.

Autres libertins, sans doute pas tous athées : Saint-Pavin, Claude de Chouvigny, Guez de Balzac, baron de Blot l'Église (1605-1655), Tallemant des Réaux, Jean de La Fontaine, et alii.

Dénonciation des premiers libertins.
" Le Diable s’appercevant de la foiblesse et incapacité d’un petit esprit, tasche de luy soustraire doucement toutes les occupations qui le pourroient tenir en halene, il le mene premierement à la feneantise, de la feneantise à la gourmandise et yvrognerie, de celle-cy à la luxure, de la luxure à l’insensibilité, de l’insensibilité à la curiosité, de la curiosité, à la Magie et sortilege, de celuy-cy à l’Atheisme, et voyla le voyage que se font ordinairement tous nos beaux esprits pretendus. " François Garasse, La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou pretenduz tels, contenant plusieurs maximes pernicieuses à l’Estat, à la Religion et aux bonnes Mœurs, combattue et renversee par le P. François Garassus de la Compagnie de Jésus, Sébastion Chappelet, Paris, 1623, republiée par Gregg international publishers limited, Westmead, Farnborough, Hants., England, 1971.

Molière, Don Juan, 1665. Scène du pauvre.

L'Allemand Matthias Knutzen, né en 1646, était ouvertement athée ; cf ses trois écrits de 1674, qu'il distribua à Rome et à Jena (Thuringia). La ville et l'université de Jena menèrent une enquête. Pour éviter l'arrestation, Knutzen alla d'abord à Coburg puis à Altdorf près de Nuremberg.

Dans sa lettre en latin Amicus Amicis Amica! Knutzen résume sa pensée ainsi :
Insuper Deum negamus, Magistratum ex alto despicimus, Templa quoque cum omnibus Sacerdotibus rejicientes.
De plus nous nions Dieu, nous méprisons les autorités d'en haut, nous rejetons les temples et tous leurs ministres.

Pierre Bayle (1647-1706), auteur du Dictionnaire historique et critique ; élargit la tolérance à l'athéisme :

Pensées diverses sur la comète, 1683. (La moralité ne provient pas de la religion).

Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ " Contrains-les d'entrer ", 1686. Critique notamment de l'approbation donnée par Augustin à ces paroles.



* * * * *



Philosophe après avoir été jésuite, le Polonais Kazimierz Łyszczyński, né en 1634, est connu pour avoir écrit un traité joliment intitulé De non existentia Dei. Il écrivit aussi " ergo non est Deus " dans la marge de la Theologia Naturalis d'Henry Aldsted. Accusé à juste titre d'athéisme, il fut décapité le matin du 30 mars 1689 sur la place du marché de Varsovie.

Pendant son procès (1689), Łyszczyński prétendit que le sujet de son écrit était un débat entre un catholique et un athée, et que le catholique devait finalement l'emporter. Il dit à la Diète que le titre final aurait été différent de De non existentia Dei). Il prétendit n'avoir écrit que la première moitié, les arguments de l'athée, puis s'être arrêté d'écrire sur le conseil d'un prêtre.

* * * * *

Le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre, né le au château de Férolles-en-Brie et mort le à Abbeville, est un jeune noble français condamné, pour blasphème et sacrilège, par le tribunal d'Abbeville, puis par la Grand-Chambre du Parlement de Paris, à faire amende honorable, à être décapité et ensuite brûlé, après avoir été soumis à la question ordinaire et extraordinaire : une sentence qui sera exécutée.

* * * * *

b) Arguments philosophiques

Lettre de Pascal au père Noël, 29 octobre 1647 ; argument hélas appliqué à la seule question de la matière subtile de Descartes :
« Nous trouvons plus de sujet de nier son existence, parce qu'on ne peut pas la prouver, que de la croire, par la seule raison qu'on ne peut montrer qu'elle n'est pas. »
 HENRY OLDENBURG (v. 1618 - 1677) (secrétaire de la Royal Society de Londres), dont le nom mérite (bien qu'ignoré par Onfray...) de rester dans les Annales de l’Athéologie :
« Des définitions ne peuvent contenir autre chose que des concepts formés par notre esprit ; or notre esprit conçoit beaucoup d’objets qui n’existent pas et sa fécondité est grande à multiplier et à augmenter les objets qu’il a conçus. Je ne vois donc pas comment de ce concept que j’ai de Dieu, je puis inférer l’existence de Dieu. » (Lettre à Baruch Spinoza, 27 septembre 1661).

Diderot ; " [Saunderson] : Un phénomène est-il, à notre avis, au-dessus de l'homme ? nous disons aussitôt : c'est l'ouvrage d'un Dieu ; notre vanité ne se contente pas à moins. Ne pourrions-nous pas mettre dans nos discours un peu moins d'orgueil, et un peu plus de philosophie ? Si la nature nous offre un nœud difficile à délier laissons le pour ce qu'il est et n'employons pas à le couper la main d'un être qui devient ensuite pour nous un nouveau nœud plus indissoluble que le premier. " (Lettre sur les aveugles, juin 1749). Le 24 juillet, Diderot est arrêté et emprisonné au donjon de Vincennes.

À noter les mésaventures et rétractations du comte Georges-Louis de Buffon, le Galilée français :
« J’abandonne ce qui dans mon livre [Histoire de la Terre] regarde la formation de la Terre, et en général tout ce qui pourrait être contraire à la narration de Moïse [la Genèse], n’ayant présenté mon hypothèse sur la formation des planètes que comme une pure supposition philosophique. » Réponse du comte Georges-Louis de Buffon à MM. Les Députés et Syndic de la Faculté de Théologie, 12 mars 1751.

Voltaire, articles " Athée ", section première : " L’athéisme et le fanatisme sont deux monstres qui peuvent dévorer et déchirer la société ; mais l’athée dans son erreur conserve sa raison, qui lui coupe les griffes, et le fanatique est atteint d’une folie continuelle qui aiguise les siennes. " [Voyez Religion. (Note de Voltaire)]

et "Athéisme" : " Bayle devait plutôt examiner quel est le plus dangereux, du fanatisme ou de l’athéisme. Le fanatisme est certainement mille fois plus funeste, car l’athéisme n’inspire point de passion sanguinaire, mais le fanatisme en inspire ; l’athéisme ne s’oppose pas aux crimes, mais le fanatisme les fait commettre. Supposons, avec l’auteur du Commentarium rerum gallicarum [de François de Beaucaire-Péguillon , évêque de Metz], que le chancelier de L’Hospital fût athée : il n’a fait que de sages lois, et n’a conseillé que la modération et la concorde ; les fanatiques commirent les massacres de la Saint-Barthélemy. [Thomas] Hobbes passa pour un athée : il mena une vie tranquille et innocente ; les fanatiques de son temps inondèrent de sang l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. Spinoza était non-seulement athée, mais il enseigna l’athéisme : ce ne fut pas lui assurément qui eut part à l’assassinat juridique de Barneveldt ; ce ne fut pas lui qui déchira les deux frères de Wit en morceaux, et qui les mangea sur le gril. " (section IV)

Paul Henri Thiry, baron d’HOLBACH (1723-1789) :
« Qu’est-ce, en effet, qu’un athée ? C’est un homme qui détruit des chimères nuisibles au genre humain pour ramener les hommes à la nature, à l’expérience, à la raison. C’est un penseur, qui ayant médité la matière, son énergie, ses propriétés et ses façons d’agir, n’a pas besoin pour expliquer les phénomènes de l’univers et les opérations de la nature, d’imaginer des puissances idéales, des intelligences imaginaires, des êtres de raison, qui, loin de faire mieux connaître cette nature, ne font que la rendre capricieuse, inexplicable, méconnaissable, inutile au bonheur des humains. »
Système de la nature ou Des lois du monde physique et du monde moral ", 1770, Seconde partie " De la divinité ; des preuves de son existence, de ses attributs ; de la manière dont elle influe sur le bonheur des hommes ", chapitre xi " Apologie des sentiments contenus dans cet ouvrage. De l’impiété. Existe-t-il des athées ? "

Diderot : « Vous mêlez la théologie avec la philosophie ; c’est gâter tout, c’est mêler le mensonge avec la vérité ; il faut sabrer la théologie. »
Reproche fait à des Anglais, rapporté par Samuel de Romilly en 1781.


Sade (lien) : " À te prouver que tout peut être ce qu'il est et ce que tu vois, sans qu'aucune cause sage et raisonnable le conduise, et que des effets naturels doivent avoir des causes naturelles, sans qu'il soit besoin de leur en supposer d'antinaturelles, telle que le serait ton dieu qui lui-même, ainsi que je te l'ai déjà dit, aurait besoin d'explication, sans en fournir aucune; et que, par conséquent dès que ton dieu n'est bon à rien, il est parfaitement inutile; qu'il y a grande apparence que ce qui est inutile est nul et que tout ce qui est nul est néant; ainsi, pour me convaincre que ton dieu est une chimère, je n'ai besoin d'aucun autre raisonnement que celui qui me fournit la certitude de son inutilité. "

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III / Athéisme depuis 1789

Jacques-André Naigeon : Dans l’Encyclopédie méthodique, Naigeon prône le fatalisme, le matérialisme, l’athéisme, notamment dans les articles consacrés à Collins, à Campanella, à Vanini et au curé Meslier.

Condorcet : " Le mépris des sciences humaines était un des premiers caractères du christianisme. Il avait à se venger des outrages de la philosophie ; il craignait cet esprit d’examen et de doute, cette confiance en sa propre raison, fléau de toutes les croyances religieuses. La lumière des sciences naturelles lui était même odieuse et suspecte ; car elles sont très dangereuses pour le succès des miracles ; et il n’y a point  de religion qui ne force ses sectateurs à dévorer quelques absurdités physiques. Ainsi le triomphe du christianisme fut le signal de l’entière décadence, et des sciences, et de la philosophie. " (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, Cinquième époque)

" VINGT sectes égyptiennes, judaïques, s’accordant pour attaquer la religion de l’empire, mais se combattant entre elles avec une égale fureur, finirent par se perdre dans la religion de Jésus. On parvint à composer de leurs débris une histoire, une croyance, des cérémonies, et une morale, auxquelles se réunit peu-à-peu la masse de ces illuminés.
TOUS croyaient à un Christ, à un Messie envoyé de dieu, pour réparer le genre humain. C’est le dogme fondamental de toute secte qui veut s’élever sur les débris des sectes anciennes. On se disputait sur le temps, sur le lieu de son apparition, sur son nom mortel : mais celui d’un prophète, qui avait, dit-on, paru en Palestine, sous Tibère, éclipsa tous les autres ; et les nouveaux fanatiques se rallièrent sous l’étendard du fils de Marie. " (Esquisse... 6e époque)

Stendhal :
Vu par Nietzsche :
Ecce Homo, § 3 : " Stendhal, une des plus belles rencontres fortuites de ma vie  [...] athée sincère, une espèce rare, rare et presque introuvable en France, soit dit sans offenser Prosper Mérimée... Peut-être même suis-je jaloux de Stendhal ? Il m'a devancé en faisant le meilleur mot d'athée, un mot qui pourrait être de moi : " La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas... [rapporté par Mérimée] " Moi-même, j'ai dit quelque part : "Quelle fut, jusqu'à présent, la principale objection à l'existence ? Dieu... "

André Gide : Il contribua à faire connaître Arthur Schopenhauer, et surtout Frédéric Nietzsche, en France.
« N’a jamais rien prouvé le sang des martyrs. Il n’est pas religion si folle qui n’ait eu les siens et qui n’ait suscité des convictions ardentes. C’est au nom de la foi que l’on meurt ; et c’est au nom de la foi que l’on tue. L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi. » Ce passage des Nouvelles nourritures (IV) rappelle le § 53 de L’Antichrist :
« Il est si peu vrai que des martyrs prouvent quoi que ce soit quant à la vérité d’une cause, que je suis tenté de nier qu’aucun martyr n’ait jamais rien eu à voir avec la vérité. Le ton sur lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il « tient pour vrai » exprime déjà un niveau si bas de probité intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr. »
Comment ne pas en venir, en cette année 2018, à penser que « l’athéisme seul peut pacifier le monde aujourd’hui » (Journal, 13 juin 1932) ?
" Ce jeune musulman, élève de [Louis] Massignon, qui vint un matin me parler et que j'envoyai à Marcel de Coppet : avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l'Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations... Berdiaeff réserve ce rôle à l'orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C'est au nom de Dieu qu'on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s'agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C'est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. " (Journal, 14 avril 1933)
Roger Martin du Gard, Jean Barois.

* * * * *

Formulations de la pensée athée (qui n'est pas une croyance).
Je crois qu'il n'existe pas de Dieu
Je ne crois pas qu'il existe un Dieu
Je pense qu'il n'existe pas de Dieu
Je pense qu'il n'existe rien qui...
Reprise par les Athées Humanistes de Belgique de
ma formulation de la position philosophique athée,


Henri Pena-Ruiz : « Ne pas croire en Dieu, ce n'est pas forcément croire en rien ni être privé de convictions. » (Dictionnaire amoureux de la laïcité, Paris : Plon 2014, entrée "Athéisme")

Ce n'est pas forcément non plus croire en quelque chose... Mieux vaut douter, penser et savoir que "croire", et quant aux convictions,
« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. » [Feinde der Wahrheit. — Ueberzeugungen sind gefährlichere Feinde der Wahrheit, als Lügen.] Humain, trop humain, IX " L'homme seul avec lui-même ", § 483 Ennemis de la vérité

Quelques définitions de la foi :
La substance de ce qu’on espère, la preuve de ce qu’on ne voit pas (Paul)
Croire les choses parce qu’elles sont impossibles (Pic de La Mirandole)
Argument des choses de nulle apparence (Rabelais)
Ne pas voir, et croire ce qu’on ne voit pas (Bourdaloue)
Croyance en ce qui semble faux à notre entendement (Voltaire)
An illogic belief [croyance] in the occurrence of the improbable (Mencken)
" Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque [sic : belle "logique" circulaire], rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même " (Dei Verbum 11, Paul VI, 1965 ; repris dans le Catéchisme de 1992).

Qui peut encore croire à ça ? Il y a beaucoup de paresse intellectuelle dans le maintien de ces croyances.



Axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque. Si un dieu existait, en choisissant de se manifester il y a quelques millénaires sur l'axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque, il aurait commis une sacrée erreur manifeste d'appréciation (comme disent les juristes) sur le niveau d'évolution de l'espèce humaine dans cette région !! Ignorait-il donc ce qui se passait alors en Grèce et à Rome (sans parler de la Chine), pour faire des obscurs Hébreux un peuple élu, pour en faire le corps mystique de lui-même ??

Le principe même d'une Révélation istic et tunc est un signe d'arbitraire (pourquoi là-bas, et à cette époque-là plutôt qu'à une autre ?) qui s'accorde bien mal, quand on y réfléchit, avec la notion d'un dieu parfait, tout-puissant et omniscient.


Assimilations choquantes de l'athéisme au totalitarisme par deux papes :

Lettre encyclique de Jean-Paul II du 15 octobre 1998, publiée en traduction française par la Documentation catholique, n° 2191, 1er novembre 1998, pages 901-942 :
§ 46 : " Diverses formes d'humanisme athée, philosophiquement structurées [...] ont présenté la foi comme nocive et aliénante pour le développement de la pleine rationalité. Elles n'ont pas eu peur de se faire passer pour de nouvelles religions, constituant le fondement de projets qui, sur le plan politique et social, ont abouti à des systèmes totalitaires traumatisants pour l'humanité. "

Nonobstant

" La Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. [...] En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » " (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Jean Meslier, avec ses idées politiques communistes, donna hélas quelques arguments à cela.

* * * * *

IV / Laïcité a) Avant la non-reconnaissance de 1905 :

Tolérance (toleration) avant la laïcité. John Locke écrivit sa fameuse Letter pendant l'hiver 1685-86.

1689 (année du Bill of Rights) : La Toleration de John Locke rejetait l'athéisme :
Those are not at all to be tolerated who deny the being of a God. Promises, covenants, and oaths, which are the bonds of human society, can have no hold upon an atheist. The taking away of God, though but even in thought, dissolves all ; besides also, those that by their atheism undermine and destroy all religion, can have no pretence of religion whereupon to challenge the privilege of a toleration. As for other practical opinions, though not absolutely free from all error, if they do not tend to establish domination over others, or civil impunity to the Church in which they are taught, there can be no reason why they should not be tolerated.
1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 10, proposé par Boniface Louis de Castellane (1758-1837, emprisonné sous la Terreur) et l'évêque Jean-Baptiste Gobel (1er septembre 1727 - mort guillotiné le 13 avril 1794).

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Déclaration ..., article 11, proposé par le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld d’Enville (1743 - tué le 4 septembre 1792 par des volontaires qui faisaient la chasse aux aristocrates).

Condorcet : Il n'est pas nécessaire de supposer un lien à modèle religieux pour former le lien politique. (Mémoires).

I : Il faut que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation. La puissance publique n’a pas le droit de lier l’enseignement de la morale à celui de la religion.
II : Il ne faut pas lier l’instruction de la morale aux idées générales de religion. Quel homme éclairé oserait dire aujourd’hui, ou que les principes qui règlent nos devoirs n’ont pas une vérité indépendante de ces idées, ou que l’homme ne trouve pas dans son cœur des motifs de les remplir, et soutenir en même temps qu’il existe une seule opinion religieuse contre laquelle un esprit juste ne puisse trouver des objections insolubles pour lui ? Pourquoi appuyer sur des croyances incertaines des devoirs qui reposent sur des vérités éternelles et incontestées ?
IV : Tout homme devant être libre dans le choix de sa religion, il serait absurde de le faire contribuer à l'enseignement d'une autre, de lui faire payer les arguments par lesquels on veut le combattre. Dans toutes les autres sciences, la doctrine enseignée n'est pas arbitraire ; la puissance publique n'a rien à choisir ; elle fait enseigner ce que les gens éclairés regardent comme vrai, comme utile. Mais, d'après qui décidera-t-elle que telle théologie est vraie ? Et quel droit aurait-elle d'en faire enseigner une qui peut être fausse ? On peut, jusqu'à un certain point, faire payer un impôt pour les frais d'un culte ; la tranquillité publique peut l'exiger, du moins pour un temps très borné. Mais qui osera dire que l'enseignement de la théologie puisse être jamais un moyen de conserver la paix ?
V : Ce serait trahir le peuple que de ne pas lui donner une instruction morale, indépendante de toute religion particulière.

1791 : Abolition des crimes de blasphème et de sortilège, libre exercice des cultes.
1792 : état-civil (c'est une première séparation).

1793 : Le chevalier de La Barre est réhabilité par la Convention le 25 brumaire an II (
1795-1801 : séparation financière

Le 3 Ventôse an III (21 février 1795), décret sur la liberté des cultes, précisant, à son article II, que « la République ne salarie aucun culte ».
La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités de salut public, de sûreté générale et de législation, réunis, décrète :
Art. Ier Conformément à l’article VII de la déclaration des droits de l’homme, et à l’art. CXXII de la constitution, l’exercice d’aucun culte ne peut être troublé.
II. La République n’en salarie aucun.
III. Elle ne fournit aucun local, ni pour l’exercice du culte, ni pour le logement des ministres.
IV. Les cérémonies de tout culte sont interdites hors de l’enceinte choisie pour leur exercice.
V. La loi ne reconnaît aucun ministre de culte : nul ne peut paraître en public avec les habits, ornements ou costumes affectés à des cérémonies religieuses.
VI. Tout rassemblement de citoyens pour l’exercice d’un culte quelconque, est soumis à la surveillance des autorités constituées. Cette surveillance se renferme dans des mesures de police et de sûreté publique.
VII. Aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un lieu public, ni extérieurement, de quelque manière que ce soit. Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté. Aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite pour y inviter les citoyens.
VIII. Les communes ou sections de commune, en nom collectif, ne pourront acquérir ni louer de local pour l’exercice des cultes.
IX. Il ne peut être formé aucune dotation perpétuelle ou viagère, ni établi aucune taxe pour en acquitter les dépenses.
X. Quiconque troublerait par violence les cérémonies d’un culte quelconque, ou en outragerait les objets, sera puni suivant la loi du 22 juillet 1791 sur la police correctionnelle.
XI. Il n’est point dérogé à la loi du 2 des sans-culotides, deuxième année, sur les pensions ecclésiastiques, et les dispositions en seront exécutées suivant leur forme et teneur.
XII. Tout décret dont les dispositions seraient contraires à la présente loi, est rapporté ; et tout arrêté opposé à la présente loi, pris par les représentants du peuple dans les départements, est annulé.
Cette première séparation prendra fin avec la signature du Concordat du 15 juillet 1801 :

" Le Gouvernement de la République reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des citoyens français. " Les autres cultes sont reconnus.

" La religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'État. " (Charte constitutionnelle de 1814),

1825 : loi sur le sacrilège, abolie en 1830.

Article 6 de la Charte de 1830 : " La religion catholique, apostolique et romaine, professée par la majorité des Français "

Constitution de 1848, IIe République, 4 novembre 1848
" Préambule
En présence de Dieu et au nom du Peuple français, l'Assemblée nationale proclame :
[...]
Article 7. - Chacun professe librement sa religion, et reçoit de l'État, pour l'exercice de son culte, une égale protection. - Les ministres, soit des cultes actuellement reconnus par la loi, soit de ceux qui seraient reconnus à l'avenir, ont le droit de recevoir un traitement de l'État. "

Constitution du 14 janvier 1852, Second Empire
Article 26. - Le Sénat s'oppose à la promulgation. - 1° Des lois qui seraient contraires ou qui porteraient atteinte à la Constitution, à la religion, à la morale, à la liberté des cultes, à la liberté individuelle, à l'égalité des citoyens devant la loi, à l'inviolabilité de la propriété et au principe de l'inamovibilité de la magistrature ; 2° De celles qui pourraient compromettre la défense du territoire.

Loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 sur les rapports des pouvoirs publics
Article 1. - Le Sénat et la Chambre des députés se réunissent chaque année le second mardi de janvier, à moins d'une convocation antérieure faite par le Président de la République. - Les deux chambres doivent être réunies en session cinq mois au moins chaque année. La session de l'une commence et finit en même temps que celle de l'autre. - Le dimanche qui suivra la rentrée, des prières publiques seront adressées à Dieu dans les églises et dans les temples pour appeler son secours sur les travaux des assemblées.

Lois Jules Ferry et Goblet sur l'enseignement : 28/3/1882 (la religion n'est plus enseignée) et 30/10/1886 (laïcisation du personnel enseignant). Cf Vehementer Nos sur la loi de 1905 :
" On a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux, supprimé les signes traditionnels à bord des navires le Vendredi Saint, effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux, banni des tribunaux, des écoles, de l'armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait, d'une façon quelconque, rappeler la religion. "
 Mai 1904, rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège (après la visite du président Loubet à Rome).


* * * * *

IV / Laïcité b) Principes (1) de la laïcité à la française selon le titre Ier de la loi du 9 décembre 1905 (le rapporteur est Aristide Briand) :
  • liberté (de conscience, d'exercice des cultes)
  • séparation (financière, non-reconnaissance) des cultes et de la République (État, départements, communes, régions, collectivités territoriales d'outre-mer).
  • 1. Principes repris dans le décret du 6 février 1911.
Ce n'est donc pas simplement une séparation des Églises et de l'État. Cet intitulé n'a d'ailleurs aucune valeur normative. (Cf Guide de légistique, Paris : La Documentation française, 2017).



La laïcité devient un principe constitutionnel avec la Constitution de 1946. La Constitution de 1958 y ajoute le respect des croyances, ce qui a été contesté.

Catherine Kintzler caractérise la laïcité comme un régime d'articulation entre un principe de liberté d'affichage de la part des individus et un principe d'abstention de la part de la République.

Paru en 2014


Le libre exercice des cultes et la libre expression constitutionnelle des opinions religieuses ont comme contrepartie la libre expression de l'incroyance, fusse sous forme de moqueries et de dérision (ancien crime de blasphème, aboli en 1791).

Article 19, dernier alinéa, modifié par la loi du 25 décembre 1942 (extension des subventions pour réparation aux monuments non classés). Conservé en 1945

Alsace-Moselle
" Le Conseil d’État [6 avril 2001) « valide » la législation spéciale relative à l’enseignement religieux obligatoire dans les lycées et collèges publics des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. Ce régime dérogatoire n’a pas été abrogé implicitement par le principe constitutionnel de laïcité, érigé par le juge administratif en principe fondamental reconnu par les lois de la République [PFRLR].
Il n’est pas non plus incompatible avec les exigences de la Convention européenne des droits de l’homme [CEDH] en matière de protection de la liberté de conscience des élèves, dès lors que la faculté d'être dispensé d’enseignement religieux leur reste ouverte. " (Le principe de laïcité comme PFRLR)

Guyane
" « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Pourtant, la Guyane, alors définie comme « colonie » au moment du vote de cette loi n'est pas, aujourd'hui, au principe de laïcité. De même, le décret du 6 février 1911 (1) portant séparation des Églises et de l'État en Guadeloupe, en Martinique et à la Réunion, ne s'applique pas au territoire de la Guyane. Devenu département et région, ce territoire n'est toujours pas entré dans le droit commun quant à ces dispositions.
Conformément au principe défini à l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen selon lequel la loi « doit être la même pour tous » la loi de 1905 doit s'appliquer à l'ensemble du territoire de la République. Il convient ainsi de retirer du budget des collectivités le financement des cultes en Guyane " (proposition de loi d'un sénateur).
1. Ce décret reprend les principes de 1905 :
TITRE Ier PRINCIPES
Art. 1er. - La République assure la liberté de conscience. Elle garanti la libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.
Art. 2. - La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er juillet qui suivra la publication du présent décret, seront supprimés des budgets des colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion et des communes de ces colonies, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. [...]
* * * * *

V / Ce n'est pas au christianisme (Rendez à César...) que l'on doit la laïcité


Contrairement à ce qu'on raconte sur Internet, le christianisme n'a pas inventé la laïcité, ni même la seule séparation effective des cultes et de la République ; le fameux " Rendez à César...,  Reddite ergo, quae sunt Caesaris, Caesari et, quae sunt Dei, Deo ”. (Matthieu, XXII, 21) est davantage une distinction et une subordination qu'une séparation ; il est complété par
" Il n'y a point d'autorité qui ne provienne de Dieu, Non est enim potestas nisi a Deo; quae autem sunt ". (Aux Romains, XIII, 1).
et
" Obéissez à Dieu plutôt qu'aux hommes, Oboedire oportet Deo magis quam hominibus. " (Actes des apôtres, V, 29).
« Attribuons le pouvoir de donner royaumes et empires au seul vrai Dieu. » Augustin, La Cité de Dieu, V, xxi. Théorie du droit divin.
Pour la DDHC, article 3, c'est la Nation qui est au principe de la souveraineté.

Du pape Pie IX, 1864 : Syllabus Résumé renfermant les principales erreurs de notre temps (accompagne l'encyclique Quanta Cura),
§ VI. " Erreurs relatives à la société civile, considérée soit en elle-même, soit dans ses rapports avec l’Église. " :
LV. L'Église doit être séparée de l'État, et l'État de l'Église. Ecclesia a Statu, Statusque ab Ecclesia seiungendus est. (Allocutio Acerbissimum, 27 septembre 1852 (Prop 31, 51, 53, 55, 67, 73, 74, 78).
 L'Index Librorum Prohibitorum est aboli en juin 1966, aucun ouvrage paru depuis n'y figure, mais garde sa valeur morale. J'ai connu à Paris l'abbé Marc Oraison, un des derniers auteurs à figurer dans cet Index (décret du 18 mars 1953).

Du pape Léon XIII, 1885 : " Les sociétés humaines ne peuvent pas, sans devenir criminelles, se conduire comme si Dieu n'existait pas ou refuser de se préoccuper de la religion comme si elle leur était chose étrangère ou qui ne pût leur servir de rien. " "Civitates non possunt, citra seclus, genere se, tanquam si Deus omnino non esset, aut curam religionis velut alienam nihil que profituram ablicere. " (Lettre encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885.)
Du pape Pie XI, mars 1937 : Il ne saurait y avoir d'autorité sur la Terre, si l'autorité de la Majesté divine est méconnue. (Mit brennender Sorge  Avec une brûlante inquiétude).
Du pape Jean-Paul II au Bourget le 1er juin 1980 : " France, Fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? " (sans parler de Vehementer Nos : la loi de décembre 1905 fut violemment critiquée par le pape Pie X : Vehementer Nos du 11 février 1906).
Du pape Benoît XVI, 2009  : " La Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. [...] En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » " (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Christianisme religion d'État avec Théodose Ier en 380.

L'édit de Thessalonique fut décrété par les empereurs romains Théodose Ier, Gratien et Valentinien II le 27 février 380. Il fait du christianisme l'unique religion licite de l'Empire romain interdisant l'ensemble des cultes dits « païens ». En plus des adeptes des religions dites « païennes », les philosophes stoïciens, épicuriens, néoplatoniciens et sceptiques perçus comme une menace pour la christianisation sont également persécutés). Fin du libre exercice des cultes.

Sur la liberté de conscience : « Quant à mes ennemis , ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux , amenez-les ici , et égorgez-les tous devant moi ! » (Luc, XIX, 27).
Luc, XIV, 23 : Et ait dominus servo: “Exi in vias et saepes, et compelle intrare, ut impleatur domus mea. " Va dans les chemins et contrains les gens d'entrer afin que ma maison soit remplie ". Passage commenté par Pierre Bayle en 1686 dans Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ " Contrains-les d'entrer ".
Édit de Nantes : autorise les Protestants à pratiquer leur culte du 30 avril 1598 au 22 octobre 1685 (Édit de Fontainebleau). En 1787, le 7 novembre, l’Édit de Versailles (édit de tolérance) donne aux non-catholiques le droit de pratiquer leurs religions, mais conserve le catholicisme comme religion d’État du royaume de France.
Enfin, la liberté de conscience trouve sa source intellectuelle non dans les Testaments, mais dans l'injonction philosophique " Penser par soi-même " : Grecs anciens : Hésiode, Socrate (Enjeu d'autonomie de la pensée qui parcourt les Dialogues de Platon) ; Humanisme (Montaigne), Libertinage érudit, Lumières (Bayle, D'Alembert, Voltaire, Condorcet). D'où la dénomination libres penseurs.

La loi de 1905 fut d'abord refusée par le Vatican, dans le contexte de la rupture des relations diplomatiques. Encyclique Vehementer Nos de Pie X, 11 février 1906. Ensuite accords de 1923 et 1945.
" Qu'il faille séparer l'État de l'Église, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l'État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l'homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l'existence comme il nous soutient. [...] La notion du vrai en sera troublée, et les âmes remplies d'une grande anxiété. " (Vehementer Nos).

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d) Mosquée de Paris : Alain Gresh : " Ce qui était possible en 1921 ne le serait pas en 2015 ? "

Oui. À l’époque la laïcité n’était qu’une loi ordinaire à laquelle on a pu déroger par une autre loi (du 19 août 1920 ; J. O. du 21 août) ; c’est depuis la Constitution de 1946 (Préambule al. 13 et Constitution art. 1) un principe à valeur constitutionnelle (PVC), et un PFRLR pour l'administration.

Les tenants des crèches dans les bâtiments publics voudraient bien rétablir, sinon " la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'État. " (Charte constitutionnelle de 1814), du moins cet article 6 de la Charte de 1830 : " la religion catholique, apostolique et romaine, professée par la majorité des Français ". Mais la place naturelle des crèches est dans les nombreuses églises, chapelles, basiliques, abbatiales, couvents, monastères et cathédrales. De même, le lieu de prières des musulmans, c'est dans les mosquées ou chez eux, pas dans nos rues ni sur les lieux de travail.

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VI / Appendices :

a)
Joël Andriantsimbazovina, Hélène Gaudin, Jean-Pierre Marguénaud, Stéphane Rials, Frédéric Sudre, directeurs, Dictionnaire des Droits de l'Homme, Paris : PUF, 2008.
Articles :
Athéisme : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum pp. 989-1005).
Christianisme, pp. 141-145.
Incroyance : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum).
Islam, pp. 543-549.
Judaïsme, pp. 557-560.
Laïcité, pp. 597-601 : article complet et exact, sauf l'appellation " séparation des Églises et de l'État " pour " séparation des cultes et de la République ".
Liberté de pensée, de conscience et de religion, pp. 636-639 : " c'est la liberté de croire ce que l'on veut, de s'attacher éventuellement à la religion de son choix incarnée dans un groupement religieux organisé et de manifster ce choix et cette croyance en paroles et (ou) en actes. ". Oubliée, la liberté de ne pas croire... " Le constat peut être dressé de l'emprise réelle de liberté de religion, dévoreuse ou protectrice, sur celle de pensée et de conscience. [...] Il n'existe pas dans la jurisprudence de la Cour européenne de décision significative rendue sur le fondement de la disposition visée (l'article 9 de la Convention) au profit d'un athée ou d'un agnostique. " 
Libre pensée : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum).

b)
" Rassemblement pour la Laïcité Dimanche 25 janvier [2015], 10h30, parvis mairie de Montluçon, au pied de l'arbre de la Laïcité ...
" Suite aux attentats perpétrés la semaine dernière à Paris et aux discours sur les valeurs de la République des plus hautes autorités de l’État prononcés ces deux derniers jours, plusieurs associations laïques de Montluçon vous invitent à un rassemblement citoyen pour rappeler à toutes et à tous, que la Laïcité est et demeure le [sic...] fondement de notre République et du Vivre ensemble, le DIMANCHE 25 JANVIER [2015] à 10h30, autour de l'Arbre de la Laïcité, esplanade de la Mairie, place Jean Jaurès. A cette occasion, l'intégralité de notre communiqué, paru partiellement, sera lu et les responsables des associations laïques présents pourront répondre aux journalistes présents. "
En quoi l'invocation de la seule  laïcité pouvait-elle être une riposte adéquate aux attentats islamistes de Charlie-Hebdo et l'Hyper Cacher ??

c)


Livret laïcité, Paris : Ministère de
l'Éducation nationale, 2015, page 17.



lundi 14 décembre 2015

PAS DE LAÏCITÉ AU MAGHREB


Dans ces cinq pays (Algérie, Égypte, Maroc, Mauritanie, Tunisie), l'islam est la religion de l'État.

Les mots ou expressions mis en gras le sont par moi.

CONSTITUTION DE L'ALGÉRIE de 1996

CONSTITUTION DE L'ÉGYPTE de 2014

CONSTITUTION DU MAROC, 1er juillet 2011

CONSTITUTION DE LA MAURITANIE, 30 juillet 1991

CONSTITUTION DE LA TUNISIE de 2014





Préambule
:
[alinéa 3] Placée au cœur des grands moments qu’a connus la Méditerranée au cours de son histoire, l’Algérie a su trouver dans ses fils, depuis le royaume numide et l’épopée de l’Islam jusqu’aux guerres coloniales, les hérauts de la liberté, de l’unité et du progrès en même temps que les bâtisseurs d’Etats démocratiques et prospères dans les périodes de grandeur et de paix.
[4] Le 1er Novembre 1954 aura été un des sommets de son destin. Aboutissement d’une longue résistance aux agressions menées contre sa culture, ses valeurs et les composantes fondamentales de son identité que sont l’Islam, l’Arabité et l’Amazighité, le 1er Novembre aura solidement ancré les luttes présentes dans le passé glorieux de la Nation.
[12] " L’Algérie, terre d’Islam, partie intégrante du Grand Magreb, pays arabe, méditerranéen et africain, "

" Art. 2 - L’Islam est la religion de l’État. "
" Art. 9 - Les institutions s’interdisent :
[...]
- les pratiques contraires à la morale islamique [...] "
" Art. 171 - Il est institué auprès du Président de la République, un Haut Conseil Islamique chargé notamment :
- d’encourager et de promouvoir l’ijtihad [réflexion par laquelle les oulémas ou muftis et les savants musulmans interprètent les textes fondateurs de l'islam et en déduisent le droit musulman]
- d’émettre son avis au regard des prescriptions religieuses sur ce qui lui est soumis;
- de présenter un rapport périodique d’activité au Président de la République.
Art. 172 - Le Haut Conseil Islamique est composé de quinze (15) membres, dont un Président, désignés par le Président de la République, parmi les hautes compétences nationales dans les différentes sciences. "
" Art. 178 - Toute révision constitutionnelle ne peut porter atteinte :
[...]
3- à l’Islam, en tant que religion de l’État; [...] "

ÉGYPTE : voir en bas de page



CONSTITUTION DU MAROC, 1er juillet 2011

Préambule
[alinéa 2] État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s'est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.
[3] La prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l'attachement du peuple marocain aux valeurs d'ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde.
[5]
[...] - Approfondir le sens d'appartenance à la Oumma arabo-islamique, [...]

Article 1er
[3] La nation s'appuie dans sa vie collective sur des constantes fédératrices, en l'occurrence la religion musulmane modérée, l'unité nationale aux affluents multiples, la monarchie constitutionnelle et le choix démocratique.

Article 3.
L'Islam est la religion de l'État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes.

Article 7
[4] Ils [les partis politiques] ne peuvent avoir pour but de porter atteinte à la religion musulmane, au régime monarchique, aux principes constitutionnels, aux fondements démocratiques ou à l'unité nationale et l'intégrité territoriale du Royaume.

Article 41
[1] Le Roi, Amir Al Mouminine, veille au respect de l'Islam. Il est le Garant du libre exercice des cultes.
[2] Il préside le Conseil supérieur des Oulémas, chargé de l'étude des questions qu'il lui soumet.
[3] Le Conseil est la seule instance habilitée à prononcer les consultations religieuses (Fatwas) officiellement agréées, sur les questions dont il est saisi et ce, sur la base des principes, préceptes et desseins tolérants de l'Islam.
[5] Le Roi exerce par dahirs les prérogatives religieuses inhérentes à l'institution d'Imarat Al Mouminine qui Lui sont conférées de manière exclusive par le présent article.

Article 64
Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi ou recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion d'une opinion ou d'un vote émis par lui dans l'exercice de ses fonctions, hormis le cas où l'opinion exprimée met en cause la forme monarchique de l'État, la religion musulmane ou constitue une atteinte au respect dû au Roi.

Article 175.

Aucune révision ne peut porter sur les dispositions relatives à la religion musulmane, sur la forme monarchique de l'État, sur le choix démocratique de la nation ou sur les acquis en matière de libertés et de droits fondamentaux inscrits dans la présente Constitution.




PRÉAMBULE

Confiant dans la toute puissance d'ALLAH, le peuple mauritanien proclame sa volonté de garantir l'intégrité de son Territoire, son indépendance et son unité nationale et d'assumer sa libre évolution politique, économique et sociale. 
Fort de ses valeurs spirituelles et du rayonnement de sa civilisation, il proclame en outre, solennellement, son attachement à l'Islam et aux principes de la démocratie tels qu'ils ont été définis par la déclaration Universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 et par la charte Africaine des droits de l'homme et des peuples du 28 Juin 1981 ainsi que dans les autres conventions internationales aux quelles la Mauritanie a souscrit.

Considérant que la liberté, l'égalité et la dignité de l'homme ne peuvent être assurées que dans une société qui consacre la primauté du droit, soucieux de créer les conditions durables d'une évolution sociale harmonieuse, respectueuse des préceptes de l'islam, seule source de droit et ouverte aux exigences du monde moderne, le peuple mauritanien proclame, en particulier, la garantie intangible des droits et principes suivants :

le droit à l'égalité
les libertés et droits fondamentaux de la personne humaine ;
le droit de propriété ;
les libertés politiques et les libertés syndicales ;
les droits économiques et sociaux ;
les droits attachés à la famille, cellule de base de la société islamique.
Conscient de la nécessité de resserrer les liens avec les peuples frères, le peuple mauritanien, peuple musulman, arabe et africain, proclame qu'il œuvrera à la réalisation de l'unité du Grand Maghreb, de la nation arabe et de l'Afrique et la consolidation de la paix dans le monde.

Article Premier : La Mauritanie est une république Islamique, indivisible, démocratique et sociale. [...]

ART. 5 : l'Islam est la religion du peuple et de l'État.

ART. 23: Le Président de la République est le chef de l'État . Il est de religion musulmane.

ART 29 : Le président de la République nouvellement élu entre en fonction à l'expiration du mandat de son prédécesseur.

« avant d'entrer en fonction le Président de la République prête serment en ces termes:

« " je jure par Allah l'Unique de bien et fidèlement remplir mes fonctions dans le respect de la constitution et des lois, de veiller à l'intérêt du peuple mauritanien, de sauvegarder l'indépendance et la souveraineté du pays, l'unité de la patrie et l'intégrité du territoire national.

je jure par Allah l'Unique de ne point prendre ni soutenir , directement ou indirectement, une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relative à la durée du mandat présidentiel et au régime de son renouvellement, prévues aux articles 26 et 28 de la présente constitution".»

Le serment est prêté devant le conseil constitutionnel, en présence du bureau du Sénat, du Président de la Cour Suprême et du président du Haut Conseil islamique.»

ART. 94 : Il est institué auprès du Président de la République un Haut Conseil Islamique composée de cinq (5) membres.

Le Président et les autres membres du Haut Conseil Islamique sont désignés par le Président de la République.

Le Haut Conseil Islamique se réunit à la demande du Président de la République. [...]



CONSTITUTION DE LA TUNISIE de 2014

Dans l'attente de la traduction officielle de la Constitution de Tunisie de 2014, traduction annoncée sur le site du Conseil constitutionnel, voici des extraits d'une traduction non officielle trouvée sur le www. Mettre l'islam dans sa Constitution, ce n'est pas le fait d'une démocratie.

Les mots ou expressions mis en gras le sont par moi.


" Au Nom de Dieu Clément et Miséricordieux

PRÉAMBULE

Nous, représentants du peuple tunisien, membres de l’Assemblée nationale constituante ;
[...]
Exprimant l'attachement de notre peuple aux enseignements de l’Islam et à ses finalités caractérisées par l’ouverture et la modération, des nobles valeurs humaines et des hauts principes des droits de l’Homme universels, Inspirés par notre héritage culturel accumulé tout le long de notre histoire, par notre mouvement réformiste éclairé fondé sur les éléments de notre identité arabo-musulmane et sur les acquis universels de la civilisation humaine, et par attachement aux acquis nationaux que notre peuple a pu réaliser ;
[...]
Sur la base de la place qu'occupe l’être humain en tant qu'être digne ; Afin de consolider notre appartenance culturelle et civilisationnelle à la nation arabe et musulmane ; de l’unité nationale fondée sur la citoyenneté, la fraternité, la solidarité et la justice sociale ; En vue de soutenir l’Union maghrébine, qui constitue une étape vers l’union arabe et vers la complémentarité entre les peuples musulmans et les peuples africains et la coopération avec les peuples du monde ;
[...]
 Article 1
La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l'Islam est sa religion, l'arabe sa langue et la République son régime.
Il n'est pas permis d'amender cet article.

Article 6
L’État est gardien de la religion. Il garantit la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice des cultes ; il est le garant de la neutralité des mosquées et lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane.
L’État s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger les sacrés et à interdire d’y porter atteinte, comme il s’engage à interdire les campagnes d’accusation d’apostasie et l’incitation à la haine et à la violence. Il s’engage également à s’y opposer.

Article 39
[...]
 L'État veille aussi à enraciner l'identité arabo-musulmane et l’appartenance nationale dans les jeunes générations et à ancrer, à soutenir et à généraliser l’utilisation de la langue arabe, ainsi que l’ouverture sur les langues étrangères et les civilisations humaines et à diffuser la culture des droits de l’Homme.

Article 74
La candidature à la présidence de la République est un droit pour toute électrice et pour tout électeur jouissant de la nationalité tunisienne par la naissance, et étant de confession musulmane.
[...]


CONSTITUTION DE L'ÉGYPTE de 2014 :

Au nom d'Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Voici Notre Constitution.
[...]
L’Égypte est le berceau de la foi et bannière de la gloire des religions révélées. Sur son sol grandit le prophète Moïse, celui à qui Allah a parlé et à qui s’est manifesté la lumière divine ; celui qui reçut le message au Mont Sinaï.

Sur son sol, les Égyptiens ont hébergé la Vierge Marie et son nouveau-né, puis donné des milliers de martyrs en défendant l’Église du Christ, paix soit sur lui.

Et lorsque le sceau des Messagers, notre Maître Mohammed (paix et bénédictions soient sur lui), fut envoyé à toute l'humanité, pour parfaire les vertus morales, notre cœur et notre esprit s’ouvrirent à la lumière de l’Islam. Nous étions les meilleurs soldats de la terre dans la lutte pour la cause d’Allah. Nous répandîmes dans l’univers le message de la Vérité et les sciences de la religion.

C’est l’Égypte. Une patrie dans laquelle nous vivons et qui vit en nous.
[...]
Nous écrivons maintenant une Constitution qui confirme que les principes de la charia islamique sont la source principale de la législation et que la référence pour leur interprétation réside dans l’ensemble des décisions de la Cour constitutionnelle suprême à ce propos.

Titre premier. L'État.
Article premier.
La République arabe d'Égypte est un État, souverain, un et indivisible, dont aucune partie ne peut être cédée. Son régime est républicain et démocratique, fondé sur la citoyenneté et sur la primauté du droit.
Le peuple égyptien fait partie de la nation arabe, oeuvre pour son intégrité et son unité. L’Égypte fait partie du monde islamique, appartient au continent africain, est fière de son prolongement asiatique. Elle contribue à l’édification de la civilisation humaine.

Article 2.

L'islam est la religion de l'État. L'arabe est sa langue officielle. Les principes de la charia islamique sont la source principale de la législation.

Article 3.

Les principes de la religion des Égyptiens chrétiens ou juifs sont la source principale des législations qui régissent leur statut personnel, leurs affaires religieuses et le choix de leurs dirigeants spirituels.

[...]

Titre II. Principes fondamentaux de la société.
Chapitre premier. Les principes sociaux.

Article 7.

L'Azhar est une institution islamique scientifique et indépendante. Il s'attribue exclusivement l'exercice de l'ensemble de ses affaires. Il est la référence principale des sciences théologiques et des affaires islamiques. Il assume la responsabilité de la prédication et la propagation des sciences de la religion et de la langue arabe en Égypte et dans le monde. [...]