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samedi 18 février 2017

INDEX NIETZSCHE (3/16) : A / "L'ESPRIT LIBRE", B / LES JOURNALISTES

A / Der freie Geist

B / LES JOURNALISTES

A / Der freie Geist

   « Les gaillardes élévations d’un esprit libre » (Michel de Montaigne, Essais, II, xii, page 492 de l'édition Villey-Saulnier/PUF/Quadrige)

INDEX NIETZSCHE (2/16) : "DIEU", LA FOI, LA RELIGION

INDEX NIETZSCHE (4/16) : LES SOCIALISTES


Fragments posthumes, 1876

N II 1, 1876 : 16[44]  l’esprit libre ne voudra saisir qu’un pan d’un événement. [Der Freigeist wird nur einen Zipfel eines Ereignisses fassen, aber es nicht in seiner ganzen Breite haben wollen (z.B. Krieg — Bayreuth).]
16[55] : L’image de l’esprit libre est restée inachevée au siècle dernier. [Das Bild des Freigeistes ist unvollendet im vorigen Jahrhundert geblieben: sie negirten zu wenig und behielten sich übrig.]

U II 5b, été 1876: l’esprit libre tient à la vie active par un lien léger
L’esprit libre vit pour l’avenir de l’homme.
Fonder des instituts sur le modèle des couvents.
L’esprit libre est «divinement jaloux» du stupide bien-être des hommes.
L’esprit libre agit peu; d’où un manque d’assurance devant l’homme de caractère.

U II 5c, oct.-déc. 1876 : 19[77] : Les dix commandements de l’esprit libre
|107] : Les esprits asservis préfèrent une explication quelconque à aucune. [Es ist in der Art der gebundenen Geister, irgend eine Erklärung keiner vorzuziehn; dabei ist man genügsam. Hohe Cultur verlangt, manche Dinge ruhig unerklärt stehen zu lassen: ἐπέχω.]

Mp XIV 1a, hiver 1876 : 20[11] l’esprit libre est utile aux esprits asservis. [Aus dieser ganzen Betrachtung kann der Freigeist den Beweis entnehmen, dass er auch den gebundenen Geistern nützlich ist.]

Mp XIV 1d, : profonde sensibilité d’esprit libre qui nous rend rétifs à la plus légère pression de l’autorité.


Humain, trop humain – Un livre pour esprits libres (1878),

Préface, § 2 : qu’il puisse y en avoir quelque jour […] c’est bien moi qui serais le dernier à en douter.
§ 4: privilège périlleux de vivre à titre d’expérience et de s’offrir à l’aventure. Ce qui le regarde, ce ne sont plus que des choses qui ont cessé de l’inquiéter.
§ 7 : le problème de la hiérarchie est le problème des esprits libres.

I " Des principes et des fins ", § 30 : l’esprit libre est tenté par les déductions contraires aux paralogismes les plus répandus.
IV " De l'âme des artistes et écrivains ", § 153 : effets de l’art, alors qu’il s’est déjà débarrassé de toute métaphysique.

V " Caractères de haute et basse civilisation ", § 225: L’esprit libre, notion relative. Celui qui pense autrement qu’on ne s’y attend de sa part en raison de son origine, de son milieu, de son état et de sa fonction, ou en raison des opinions régnantes de son temps. Il est l’exception, les esprits asservis [die gebundenen Geister] sont la règle. […] Il veut des raisons [Gründe], les autres des croyances.
V, § 227: Du fait que les esprits asservis n’ont de principes que pour leur utilité, ils supposent que chez l’esprit libre les opinions sont aussi un moyen de chercher son avantage et qu’il ne tient pour vrai que tout juste ce qui lui est profitable. [Autrement dit : aux esprits libres, la science - aux esprits asservis, la sociologie de la science.]
V, § 229: Les esprits libres qui portent leur cause au forum [en latin dans le texte] des esprits asservis ont à démontrer qu’il y a toujours eu des esprits libres, donc que la pensée libre a la durée pour elle, ensuite qu’ils ne cherchent pas à être importuns, et enfin qu’à tout prendre ils procurent bien quelques avantages aux esprits asservis; mais comme ils ne sauraient convaincre ceux-ci de ce dernier point, il ne leur sert de rien d’avoir démontré le premier et le deuxième.
V, § 230: L’esprit libre est toujours faible, surtout dans ses actes.
V, § 291: Prudence des esprits libres; ne vivent que pour la connaissance. Ils peuvent espérer descendre assez bas et peut-être aussi voir jusqu’au fond.

VII " Femme et enfant ", § 426 Esprit libre et mariage : les esprits libres préféreront voler seuls plutôt que de vivre avec des femmes.
§ 432: les femmes veulent servir et y trouvent leur bonheur: et l’esprit libre ne veut pas être servi et là est son bonheur.

IX " L'homme seul avec lui-même ", § 637: l’esprit libre peut échapper aux convictions (opinions figées par paresse d’esprit)
§ 638 : qui est parvenu à la liberté de la raison se sent voyageur sur la Terre.


Opinions et sentences mêlées (1879),

§ 11. Le pessimisme de l'intelligence.
" Celui qui est véritablement libre d'esprit réfléchira aussi librement sur l'esprit lui-même et ne se dissimulera pas certains traits effrayants qui en concerne la source et la direction. Aussi les autres le qualifieront-ils peut-être de pire ennemi de la libre pensée et lui donneront-ils, injure et épouvantail, le nom de " pessimiste de l'intelligence " : habitués qu'ils sont à baptiser les gens non pas d'après leur force et leur vertu éminentes, mais bien d'après ce qui leur est le plus étranger en eux. " [Der Pessimist des Intellectes. — Der wahrhaft Freie im Geiste wird auch über den Geist selber frei denken und sich einiges Furchtbare in Hinsicht auf Quelle und Richtung desselben nicht verhehlen. Desshalb werden ihn die Andern vielleicht als den ärgsten Gegner der Freigeisterei bezeichnen und mit dem Schimpf- und Schreckwort „Pessimist des Intellectes“ belegen: gewohnt, wie sie sind, Jemanden nicht nach seiner hervorragenden Stärke und Tugend zu nennen, sondern nach dem, was ihnen am fremdesten an ihm ist.]
§ 113: " Comment pourrait-on, dans un livre pour esprits libres, ne pas citer Laurence Sterne [1713-1768, auteur de Tristram Shandy], lui que Goethe a honoré comme l'esprit le plus libre de son siècle ! Puisse-t-il se contenter ici d'être appelé l’écrivain le plus libre de tous les temps [...] Sterne est le grand maître de l’équivoque [Zweideutigkeit].


Le Voyageur et son ombre, 1880,

§ 55 : " Danger du langage pour la liberté de l'esprit.
Chaque mot est un préjugé. "

§ 87 : Mieux écrire, c'est à la fois mieux penser ; trouver toujours quelque chose qui vaut d'être communiqué et savoir le communiquer vraiment ; se prêter à être traduit dans la langue des voisins ; se rendre accessible à l'intelligence des étrangers qui apprennent notre langue ; œuvrer en sorte que tout bien devienne un bien collectif, que tout soit à la disposition des hommes libres ; enfin, préparer, tout lointain qu'il est encore, cet état de choses où les bons Européens recevront, mûre à point, leur grande mission, la direction et la garde de la civilisation terrestre toute entière. - Qui prône le contraire, ne pas se soucier de bien écrire et de bien lire - ces deux vertus croissent et diminuent ensemble - montre en fait aux peuples un chemin pour arriver à être encore plus nationalistes : il aggrave la maladie de ce siècle et est ennemis des bons Européens, ennemi des libres esprits.

§ 182: pour examiner si quelqu’un fait partie des esprits libres, on examinera son sentiment pour le christianisme. S’il a à son égard une position autre que critique, nous lui tournerons le dos.


Fragments posthumes 1880-1881,
N V 1, début 1880 : les esprits libres expérimentent d’autres façons de vivre, inappréciable! les gens moraux laisseraient le monde se dessécher. Les stations-expérimentales de l’Humanité

N V 2, printemps 1880 : De la servitude de l’esprit (nous transposons les phénomènes de la tyrannie et de la servitude politique dans le domaine de l’esprit)

N V 4, automne 1880: l’intellect est l’outil de nos instincts et rien de plus, il ne sera jamais libre

N V 5, hiver 1880-1881: l’existence de l’Église assure encore aux esprits libres la liberté face à la science


Aurore. Pensées sur les préjugés moraux, (1881,

I, § 56: l’esprit libre estime l’aptitude à changer d’opinion
III, § 192: luttait en France avec de grands hommes
IV, § 209: on examine au microscope la vie des moralistes à l’esprit libre.
V, § 562: tragédie dont les esprits libres sont les agents: ceux qui voient un être cher abandonner leur foi.

Le Gai Savoir (1882),
III, § 180 : Le bon temps des esprits libres. Les esprits libres prennent leurs libertés aussi à l’égard de la science – et provisoirement on les leur accorde – tant que l’Église tient debout! –.
V " Nous, sans peur ", § 347: " On pourrait penser un plaisir et une force de l'autodétermination, une liberté de la volonté par lesquels un esprit congédie toute croyance, tout désir de certitude, entraîné qu'il est à se tenir sur des cordes et des possibilités légères et même à danser jusque sur le bord des amîmes. Un tel esprit serait. l"esprit libre par excellence. "[wäre eine Lust und Kraft der Selbstbestimmung, eine Freiheit des Willens denkbar, bei der ein Geist jedem Glauben, jedem Wunsch nach Gewissheit den Abschied giebt, geübt, wie er ist, auf leichten Seilen und Möglichkeiten sich halten zu können und selbst an Abgründen noch zu tanzen. Ein solcher Geist wäre der freie Geist par excellence.]



Ainsi parlait Zarathoustra (1884),
Prologue, § 4: j’aime celui qui est d’un libre esprit et d’un cœur libre ;
II, « Des illustres sages »: ce que hait le peuple, c’est l’esprit libre.


Fragments posthumes, 1885-1886,
W I 6a, juin-juillet 1885 : Où sont de nos jours les esprits libres? Qu’on me montre aujourd’hui un esprit libre! – Eh bien! Ne parlons pas si haut! La solitude est de nos jours plus riche de secrets, plus solitaire que jamais … En fait, j’ai appris entre-temps que l’esprit libre devait nécessairement être ermite.

W I 7a, août-septembre 1885: [59] : "que sont des esprits libres?" Parmi les signes les plus distinctifs d’un esprit libe, je compterais le fait qu’il préfère aller seul, voler seul, ramper seul.

W I 8, automne 1885 – automne 1886: les "esprits libres" – c’est-à-dire immoraux.


Par-delà Bien et Mal  (1886),
 Préface: Nous, bons Européens et libres, très libres esprits.
II, « L’esprit libre »
II, § 29 : Être indépendant est l’affaire d’un très petit nombre, c’est un privilège des forts.
§ 39 : esquisse du philosophe à l’esprit libre: dureté et ruse. Stendhal: il faut être sec, clair, sans illusion.
§ 44 : ils seront de libres, très libres esprits, ces philosophes de l’avenir, tout aussi certainement qu’ils ne seront pas seulement des esprits libres, mais quelque chose de plus, de plus élevé, de plus grand, de radicalement autre.
III, § 61: le philosophe tel que les esprits libres le comprennent se servira des religions pour son œuvre de sélection et d’éducation.
IV, § 87: cœur enchaîné, esprit libre.
§ 105: a la «religion de la connaissance»
V, § 116: nous placerons notre espérance dans de nouveaux philosophes […] puis-je vous le dire tout haut à vous, les esprits libres?
VI, § 211: le vrai philosophe doit avoir été un esprit libre
VII, § 227: La probité [Redlichkeit] - à supposer que ce soit la vertu dont nous ne pouvont nous affranchir, nous, les esprits libres -, cettte probité, nous voulons la cultiver en nous avec toute notre méchanceté et tout notre amour, nous ne nous lasserons pas de nous « accomplir » dans notre vertu, qui seule nous est restée ; puisse son éclat s'étendre un jour, comme un rayon vespéral, ironique et doré, sur cette civilisation vieillissante et son morne, son triste sérieux ! Et si notre probité en vient à se lasser et soupire et s'étire et nous juge trop durs, si elle réclame l'existence confortable et douillette d'un vice aimable, restons durs, nous les derniers stoïciens !
§ 230: non pas la cruauté, mais une excessive sincérité, notre sincérité de libres, très libres esprits.
IX, § 270: Il est des esprits libres et insolents qui voudraient cacher et nier qu’ils sont des cœurs brisés.


Généalogie de la morale (1887),
III, § 7 : pour tout « esprit libre » devrait venir l’heure de la réflexion.
§ 24 : Ils sont encore loin d’être des esprits libres, car ils croient encore à la vérité… Lorsque les Croisés se heurtèrent en Orient à l’ordre invincible des Assassins, à cet ordre des esprits libres par excellence […] cette devise réservée aux seuls grades supérieurs comme leur secretum : "Rien n’est vrai, tout est permis"; voilà ce qui s’appelle la liberté de l’esprit.

L’Antéchrist (1894),
§ 13 : nous les esprits libres, nous sommes déjà une réévaluation [Umwertung] de toutes les valeurs, une vivante et triomphante déclaration de guerre aux anciennes notions de "vrai" et de "faux".

Ecce homo (1908),
"Humain, trop humain", § 1: esprit libre: esprit qui s’est libéré, qui a repris possession de lui-même.
"Le Gai savoir": unité du troubadour, du chevalier et de l’esprit libre, qui distingue si nettement de toutes les cultures équivoques cette admirable culture provençale de haute époque.

INDEX NIETZSCHE (3/13) : LES SOCIALISTES


B / LES JOURNALISTES


La Naissance de la tragédie à partir de l'esprit de la musique, (1872),
§ 20 : « le "journaliste", cet esclave en papier du jour, a pu triompher du professeur dans tous les domaines de la culture »[der „Journalist“, der papierne Sclave des Tages, in jeder Rücksicht auf Bildung den Sieg über den höheren Lehrer davongetragen hat]


Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement [Conférences], 1874,
I [16 janvier 1872] : cette couche de colle visqueuse qui s’est glissée à présent entre les sciences, le journalisme

Le journal se substitue à la culture

Le journaliste, le maître de l’instant, a pris la place du grand génie, du guide établi pour toujours

II [6 février 1872]: le gymnasium enseigne non pour la culture [Bildung] mais seulement pour l’érudition ; il prend depuis peu l’allure de ne plus enseigner pour l’érudition, mais pour le journalisme [die Journalistik].

V [23 mars 1872] : œuvre de séduction du peuple que poursuivent les journalistes.


Schopenhauer éducateur, 1874,
§ 4 : « L'on n'a même plus idée de ce qui sépare le sérieux de la philosophie du sérieux d'un journal. C'es gens-là [aussi des hommes réputés pensants et honorables] ont perdu le dernier vestige, non seulement de toute pensée philosophique, mais aussi de toute pensée religieuse, et en lieu et place, ce qu'ils ont acquis, ce n'est pas l'optimisme, c'est le journalisme, l'esprit — et l'absence d'esprit — du jour et des journaux. » [ja die alles Ernstes davon sprechen, dass seit ein paar Jahren die Welt corrigirt sei [...] ein Beweis dafür, dass man gar nicht mehr ahnt, wie weit der Ernst der Philosophie von dem Ernst einer Zeitung entfernt ist. Solche Menschen haben den letzten Rest nicht nur einer philosophischen, sondern auch einer religiösen Gesinnung eingebüsst und statt alle dem nicht etwa den Optimismus, sondern den Journalismus eingehandelt, den Geist und Ungeist des Tages und der Tageblätter.]
§ 8 : C’est l’esprit des journalistes qui se presse toujours plus à l’Université, et il n’est pas rare que ce soit sous le nom de philosophie.
Langage et opinions de nos répugnantes gazettes littéraires.


Fragments posthumes, 1872-1874,


P I 20b, été 1872 – début 1873 : 19[22] : " Aujourd’hui, personne ne sait à quoi ressemble un bon livre, il faut le leur montrer : ils ne comprennent pas la composition. La presse [Die Presse] ruine de plus en plus le sens [Gefühl] de ces choses-là. "

U II 1, printemps-automne 1873 :
27[28] : Interdiction policière de toute page de journal contenant la moindre faute de langage.[Polizeiliches Verbieten eines Zeitungsblattes, das den geringsten sprachlichen Fehler hat.]
27[62] : Il [David Strauss] parle comme un homme qui lirait les journaux tous les jours. [Er redet wie ein Mensch, der täglich die Zeitungen liest.]

Mp XIII 3, printemps-été 1874 : 35[12] : cette sous-culture du monde et du devenir […] se concrétise dans l’essence infâme du journaliste, de l’esclave des trois M. : du moment, des opinions [Meinungen] et des modes ; et plus un individu s’apparente à cette culture, plus il ressemblera à un journaliste. Or ce que la philosophie a de plus précieux, c’est précisément d’enseigner sans cesse le contraire de tout ce qui est journalistique [Journalistischen].


Humain, trop humain, 1878,
II " Histoire des sentiments moraux ", § 81 : le journaliste qui égare l’opinion publique par de menues malhonnêtetés. [welcher mit kleinen Unredlichkeiten die öffentliche Meinung irre führt.]

V " Signes de haute et de basse culture ", § 261 : jugements des journalistes et feuilletonistes qui agissent sur la masse. [die Urtheile der auf die Masse wirkenden Tages- und Zeitschriftsteller]

VIII " Coup d'œil sur l'État ", § 447 : La puissance de la presse vient de ce que chaque individu à son service ne se sent que fort peu de liens et d’obligations […] quiconque a de l’argent et de l’influence peut, de toute opinion, faire une opinion publique. [Die Macht der Presse besteht darin, dass jeder Einzelne, der ihr dient, sich nur ganz wenig verpflichtet und verbunden fühlt. [...] kann Einer, der Geld und Einfluss hat, jede Meinung zur öffentlichen machen.]


Fragment posthume, 1878,
N II 5, printemps-été 1878 : 27[2] : " On fait du bruit autour d'événements tout à fait insignifiants comme l'attentat [contre l'Empereur Guillaume Ier]. La presse est la fausse alarme permanente. " [Über ganz leere Ereignisse wie das Attentat, wird Lärm gemacht. Die Presse ist der permanente falsche Lärm.]


Opinions et sentences mêlées, 1879,

§ 321. La presse.
« Si l'on considère comment tous les grands événements politiques, de nos jours encore, se glissent de façon furtive et voilée sur la scène, comment ils sont recouverts par des épisodes insignifiants à côté desquels ils paraissent mesquins, comment ils ne montrent leurs effets en profondeur et ne font trembler le sol que longtemps près s'être produits, quelle signification peut-on accorder à la presse, telle qu'elle est maintenant, avec ce souffle qu'elle prodigue quotidiennement à crier, à étourdir, à exciter, à effrayer ? — est-elle plus que la fausse alerte permanente qui détourne les oreilles et les sens dans une fausse direction ? » [Die Presse. — Erwägt man, wie auch jetzt noch alle grossen politischen Vorgänge sich heimlich und verhüllt auf das Theater schleichen, wie sie von unbedeutenden Ereignissen verdeckt werden und in ihrer Nähe klein erscheinen, wie sie erst lange nach ihrem Geschehen ihre tiefen Einwirkungen zeigen und den Boden nachzittern lassen, — welche Bedeutung kann man da der Presse zugestehen, wie sie jetzt ist, mit ihrem täglichen Aufwand von Lunge, um zu schreien, zu übertäuben, zu erregen, zu erschrecken, — ist sie mehr als der permanente blinde Lärm, der die Ohren und Sinne nach einer falschen Richtung ablenkt?


Fragments posthumes, 1882-1888,

Z I 1, été-automne 1882 : 3[1], 168. Encore un siècle de journaux — et tous les mots pueront. [168. Noch ein Jahrhundert Zeitungen — und alle Worte stinken. Cf AsZ I : Noch ein Jahrhundert Leser — und der Geist selber wird stinken. Encore un siècle de lecteurs — et l’esprit lui-même puera.]

W I 1, printemps 1884 : [134] : Mépris profond pour ceux qui travaillent dans la presse.

N VII 1, avril-juin 1885 : 34[65] : l’accroissement général de la grossièreté de l’esprit européen […] effet de la lecture des journaux.
On veut le confort et l’ébriété quand on lit : la plupart des choses qu’on lit relèvent du journalisme ou du genre journalistique.
La liberté de la presse met le style et finalement l’esprit à terre. Galiani le savait déjà il y a cent ans. [Die allgemeine Vergröberung des europäischen Geistes, ein gewisses täppisches Geradezu, welches sich gerne als Geradheit, Redlichkeit oder Wissenschaftlichkeit rühmen hört: das gehört der Herrschaft des Gedankens des demokratischen Zeitgeistes und seiner feuchten Luft: noch bestimmter — es ist die Wirkung des Zeitungslesens. Bequemlichkeit will man oder Betrunkenheit, wenn man liest: bei weitem das Meiste, was gelesen wird, ist Zeitung oder Zeitungs-Art. Man sehe unsere Revuen, unsere gelehrten Zeitschriften an: jeder, der da schreibt, redet wie vor „ungewählter Gesellschaft“, und läßt sich gehn, oder vielmehr sitzen, auf seinem Lehnstuhle. — Da hat es Einer schlimm, welcher am meisten Werth auf die Hinter-gedanken legt und mehr als alles Ausgesprochene die Gedankenstriche in seinen Büchern liebt. — Die Freiheit der Presse richtet den Stil zu Grunde und schließlich den Geist: das hat vor 100 Jahren schon Galiani gewußt. — Die „Freiheit des Gedankens“ richtet die Denker zu Grunde. — Zwischen Hölle und Himmel, und in der Gefahr von Verfolgungen Verbannungen ewigen Verdammnissen und ungnädigen Blicken der Könige und Frauen war der Geist biegsam und verwegen geworden: wehe, wozu wird heute der „Geist“!]

W I 3a, mai-juillet 1885 : 35[9] : ironie à l’égard du « Journalisme » et de sa culture. Souci que les hommes de science ne deviennent pas des littérateurs. Nous [les bons Européens] méprisons toute culture qui va de pair avec la lecture des journaux ou même avec le fait d’écrire dans les journaux. [Abseits, wohlhabend, stark: Ironie auf die „Presse“ und ihre Bildung. Sorge, daß die wissenschaftlichen Menschen nicht zu Litteraten werden. Wir stehen verächtlich zu jeder Bildung, welche mit Zeitungslesen oder gar -schreiben sich verträgt.]

W II 3, nov. 1887 – mars 1888 : [218] : Tout journal donne les signes de la perversité humaine la plus épouvantable : un tissu d’horreurs. C’est de ce dégoûtant apéritif que l’homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sur le crime : le journal, la muraille et le visage de l’homme. – Comment une main pure peut-elle toucher un journal sans une convulsion de dégoût ? [Note de lecture de Charles Baudelaire (*), Mon cœur mis à nu, XLIV]

* Dégoût bien partagé :

"La plupart des journalistes qui s’érigent en arbitres font souvent eux-mêmes les plus violents actes d’hostilité." Voltaire, Préservatif, I (1738)

"Il n’y a qu’une devise pour tous les journaux. Je n’en ai lu un dans ma vie qui n’y fût soumis : Médiocrité, mensonge, méchanceté." Alfred de Vigny, Journal d’un poète, 14 mai 1832.

« La presse est une bouche forcée d'être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu'elle dit mille fois plus qu'elle n'a à dire, et qu'elle divague souvent et extravague.» Alfred de Vigny, Journal d'un poète, septembre 1834

BALZAC : « Il [Lucien] ne se savait pas placé entre deux voies distinctes, entre deux systèmes représentés par le Cénacle et par le Journalisme, dont l’un était long, honorable, sûr ; l’autre semé d’écueils et périlleux, plein de ruisseaux fangeux où devait se crotter sa conscience. Son caractère le portait à prendre le chemin le plus court, en apparence le plus agréable, à saisir les moyens décisifs et rapides. Il ne vit en ce moment aucune différence entre la noble amitié de d’Arthez et la facile camaraderie de Lousteau. Cet esprit mobile aperçut dans le Journal une arme à sa portée, il se sentait habile à la manier, il la voulut prendre. Ébloui par les offres de son nouvel ami dont la main frappa la sienne avec un laissez-aller qui lui parut gracieux, pouvait-il savoir que, dans l’armée de la Presse, chacun a besoin d’amis, comme les généraux ont besoin de soldats !
[;..]
— L’influence et le pouvoir du journal n’est qu’à son aurore, dit Finot, le journalisme est dans l’enfance, il grandira. Tout, dans dix ans d’ici, sera soumis à la publicité. La pensée éclairera tout.
— Elle flétrira tout, dit Blondet en interrompant Finot.
— C’est un mot, dit Claude Vignon.
— Elle fera des rois, dit Lousteau.
— Et défera les monarchies, dit le diplomate.

— Aussi, dit Blondet, si la Presse n’existait point, faudrait-il ne pas l’inventer ; mais la voilà, nous en vivons. » (Honoré de Balzac, Les Illusions perdues, 2e partie, " Un Grand homme de province à Paris ", 1839. (Merci au Déclinologue de m'avoir signalé ces passages).


" [...] les vastes et rapides conquêtes de l'erreur, la renommée des mauvaises œuvres ; car ceux qui font profession de prêter des opinions, les journalistes et autres, ne donnent en général que de la fausse marchandise. Ils sont comme les marchands à la toilette, qui pour le carnaval ne louent que de faux bijoux." (Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et représentation, Suppléments, chapitre VII). Je remercie Jean-Baptiste Morizur de m'avoir rappelé ce passage.

" Vous avez dû être satisfait du public dont l’instinct a été bien supérieur à la mauvaise science des journalistes " (Charles Baudelaire, lettre à Richard Wagner, 17 février 1760).

" On croirait jusqu'à présent que la formulation des mythes chrétiens dans l'Empire romain n'avait été possible que parce que l'imprimerie n'était pas encore inventée. C'est tout le contraire. la presse quotidienne et le télégraphe qui répand ses inventions en un clin d'œil dans tout le globe fabriquent plus de mythes en un jour qu'on ne pouvait en fabriquer autrefois en un siècle (et ces veaux de bourgeois les gobent et les diffusent). " ((Karl Marx, lettre au médecin Ludwig Kugelman, 27 juillet 1871).

" Le nom moderne du Mal ? Le journalisme. " (Søren Kierkegaard)

"Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n'importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation. Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle.Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l'homme.Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût" (Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu).

Gustave Flaubert : " Toutes les fois qu’on a à faire avec la Presse, il faut s’attendre à des sottises, se presser étant le seul principe de ces messieurs. ", lettre à Guy de Maupassant, 22 février 1880.

" Quels laboratoires de mensonges que les journaux ! " Edmond Huot de Goncourt, Journal littéraire ..., 8 novembre 1891.

" Journalistes toujours prêts et prêts à tout n’importe quand. " André Gide, Journal, 9 février 1916.

Et ça ne s'est pas arrangé depuis !


INDEX NIETZSCHE (4/16) : LES SOCIALISTES

mardi 21 juin 2016

POLICE DE LA PAROLE ET CORRECTION POLITIQUE


Un des principes de la correction politique : la
déformation doit précéder l'appel à l'indignation.


Voir aussi le groupe facebook
Liberté d'expression....

VOLTAIRE : " Dans Paris quelquefois un commis à la phrase
Me dit : " À mon bureau venez vous adresser ;
Sans l'agrément du Roi, vous ne pouvez penser.
Pour avoir de l'esprit allez à la police ;
Les filles y vont bien sans qu'aucune en rougisse :
Leur métier vaut le vôtre, il est cent fois plus doux. "
Épîtres, À M. Pigal.
Poésies diverses CII, Au roi du Danemark Christian VII sur la liberté de la presse, janvier 1771.

   A - On bute sur la formule "on n’a pas le droit de dire n’importe quoi, de dire des contre-vérités", "il faut une limite à la liberté d'expression". Sont invoqués des "faits historiques" établis pour tout éternité, ou le critère subjectif de l’exercice de l’intelligence et de la décence. Le débat public requiert, pour être politiquement républicain et intellectuellement productif, que l’on ne fasse pas de la vérité des propos, de la qualité du style ou de l'humour, le critère d'un droit à la parole.


A / 1) La vérité est ce qui a résisté à la critique, et non pas ce qui en a été protégé.

   La vérité ou la qualité des propos tenus ne sont pas plus le critère du droit à la parole que l'innocence de l'inculpé n'est le critère du droit à un avocat ET à un jugement en contradictoire selon les règles de droit.

  C'est d'ailleurs ce qui permet l'expression publique des invraisemblables croyances monothéistes, apparues il y a plus de 2 500 ans chez des peuples primitifs et obscurantistes du Moyen-Orient, en Asie actuelle, sur l'axe Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque, et depuis répandues sur la Terre entière. Invraisemblance reconnue par les tenants de la foi, car sans invraisemblance, plus besoin de foi ... « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, [...] », dit la Déclaration... de 1789 et donc notre bloc de constitutionnalité ; même ...

   On n'invoque jamais l'horreur du crime pour supprimer ou limiter ces droits de la défense et le droit à procès en bonne et due forme, appel et recours en cassation, voire recours à la C. E. D. H. . Mais dans le domaine médiatico-politico-intellectuel, il suffit que des propos soient déclarés "inacceptables" par une caste trépignant son indignation, pour que toute argumentation, toute probité, soit abandonnée.
   L’expression « politiquement correct » trouve son origine lointaine dans les milieux marxistes français. Michel Foucault écrivit :
« une pensée politique ne peut être politiquement correcte que si elle est scientifiquement rigoureuse »
Quinzaine littéraire , N° 46, 1er-15 mars 1968 ; date marquante, car début des " incidents " à l'Université de Paris-X - Nanterre.


« Correction politique » présente l'avantage d'exprimer à la fois les aspects normatif et punitif du politiquement correct.


   Arrêt Aussaresses/Orban du 15 janvier 2009, Cour européenne des Droits de l’homme :
« la liberté d’expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique ».

A / 2) La liberté d’expression a été bridée

par d'innombrables plaintes d’associations communautaristes accompagnant  ou suivant assez souvent de près des dénonciations de journalistes :

  Edwy Plenel contre Bernard Notin en 1990, Nicolas Weill contre Marc Sautet en juin 1996. Les Inrockuptibles et Marc Weitzmann contre Renaud Camus en avril 2000, Lionel Paoli contre Pascal Sevran ; etc.  Tout récemment, le CCIF contre Ivan Rioufol et Georges Bensoussan.

Venues renforcer la loi Pleven initiale du 1er juillet 1972,



il y a :

La loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe créant un article 24 bis dans la loi sur la liberté de la presse.
la loi Sarkozy/Perben n° 2004-575 pour la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004,
le décret Perben n°2005-284 du 30 mars 2005 relatif aux contraventions de diffamation, d'injure et de provocation non publiques à caractère discriminatoire,
la loi Hortefeux/Dati n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations
le projet de loi Valls/Cosse/Kanner/Bareigts N° 3679 « Égalité et citoyenneté ». qui, par son côté "loi d'exception" (articles 37 et 39), fit frémir le Conseil d'État. Devenu loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l'égalité et à la citoyenneté.



NB. La loi Raffarin/Perben n° 2003-88 du 3 février 2003 visant à aggraver les peines punissant les infractions à caractère raciste, antisémite ou xénophobe (proposition de loi de Pierre Lellouche et Jacques Barrot) ne touche pas à la loi sur la liberté de la presse.

Une chronique détaillée des poursuites engagées contre diverses personnalités est tenue sur la page du groupe facebook Liberté d'expression..


A / 3) La liberté d'expression est combattue par l'usage d'un vocabulaire orwellien. Or une telle liberté devrait valoir pour tous, et pour tous les sujets ; à défaut, elle se résume à un privilège. 

   La Déclaration de 1789 affirme l’égalité comme principe d’attribution des droits de l’homme, et la liberté comme le premier de ces quatre droits. Elle fait ensuite une place exceptionnelle, et qui coûta très cher à leurs promoteurs, dont les noms sont hélas trop peu connus (quand auront-ils droit à un hommage officiel ?) aux libertés d’opinion et d’expression :
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 10, proposé par Louis de Castellane (1758-1837, emprisonné sous la Terreur) et Jean-Baptiste Gobel (1727 - mort guillotiné le 13 avril 1794).
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 11, proposé par le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld d’Enville (1743 - tué le 4 septembre 1792 par des volontaires qui faisaient la chasse aux aristocrates).
Et aussi :
« L’imprimerie et la librairie sont libres. »
Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 [Jules Ferry], article 1er. [PFRLR, Principe fondamental reconnu par les lois de la République ; concept provenant des jurisprudences administrative et constitutionnelle.]. 
« Le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique. »
Loi du 26 janvier 1884, article 3, alinéa 1. [PFRLR].
* * * * *

   Certains débats contemporains font penser au dialogue des « représentants de commerce du Peuple » de Jacques Prévert : « – Qu’est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi ? – Et qu’est-ce que cela peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c’est pour la bonne cause ? » (Spectacle (1949), Représentation). Au besoin, certains s'empresseront de déformer les propos sur lesquels ils appellent à l'indignation. Il y a émancipation de ces polémistes par rapport à la morale, la probité, mais aussi par rapport à la logique et au langage.


   B - Lexique de la correction politique  :

   Une série de termes ont été soit inventés soit détournés pour dénaturer les notions communes, orienter insidieusement le débat et surtout déconsidérer a priori l’adversaire ;  tels homophobie islamophobie et négationnisme ; d’autres ont pris une connotation qui bloque les débats publics. Dans les deux cas, c’est une police primaire de la parole ; Montaigne parlait de "tyrannie parlière"; Voltaire évoque une forme de tyrannie dans ces lignes :
" On n'a jamais fait croire des sottises aux hommes que pour les soumettre. La fureur de dominer est de toutes les maladies de l'esprit humain la plus terrible. [...] Nous devons être jaloux des droits de notre raison comme de ceux de notre liberté. Car plus nous serons des êtres raisonnables, plus nous serons des êtres libres. [...] Le droit de dire et d'imprimer ce que nous pensons, est le droit de tout homme libre dont on ne saurait les priver sans exercer la tyrannie la plus odieuse." (" Lettre XIII à l'occasion des miracles. Adressée par Mr. Covelle à ses chers Concitoyens ", in Collection des Lettres sur les Miracles écrites à Genève et à Neufchatel, 1767). Je remercie le Déclinologue d'avoir indirectement attiré mon attention sur cette Lettre.
Déjà en 1736



La police primaire de la parole génère une police secondaire de la pensée (cf Kant sur la liberté de penser), Ainsi, on pourra reprocher à l'adversaire politique, que la polémique transforme en ennemi, non seulement ce qu'il dit, mais aussi les mots qu'il emploie ; au besoin, on les changera au préalable, la déformation servant admirablement l'indignation.

* * * * * 

Anticommunisme : intimidation ancienne associée à la formule stalinienne : " La gauche s’arrête là où l’anticommunisme commence ". Voir les difficultés insurmontables pour obtenir une journée de commémoration des crimes du communisme (on commence à voir apparaître communistophobe). La première occurrence de ce terme marqué au sceau du totalitarisme semble bien être celle-ci, en 1947 :
« Ma foi l'anticommunisme de Gide, depuis le retour de l'U.R.S.S. ne lui a pas subitement ôté son talent. Gide écrit toujours aussi admirablement. Mais depuis dix ans, l'anticommunisme a souillé le caractère universel du « message » gidien. Depuis 1936, il y a un Gide figé, amer, frivole. Un Gide qui, en 1947, n'a plus derrière lui ce qu'il a eu pendant vingt ans : la jeunesse. Un Gide qui ne sait plus enseigner la ferveur, mais la peur, mais un refus, un rejet. »
Edgar Morin [Nahoum], "« Familles, je vous haïssais » André Gide et le Prix Nobel", Action,  n°164 du 19 au 25 novembre 1947. Merci à Fabrice Picandet et à e-gide pour avoir publié cet article.
« Un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais. » Jean-Paul Sartre, Les Temps Modernes, octobre-novembre 1961.

Antisémitisme :

Ce terme ancien est fortement polysémique. Si l’antisémitisme était un délit selon Jean-Paul Sartre (« L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit », Réflexions sur la question juive, 1946) – le même Sartre qui en 1941 succéda néanmoins, en tant que professeur titulaire au lycée Condorcet, à un professeur juif révoqué ..., le n° 92 de la revue Commentaire en apportait confirmation –, l’historien Jules Isaac, bien plus compétent en la matière, co-auteur  de nos célèbres manuels Malet-Isaac et auteur de Genèse de l’antisémitisme (Paris : Callmann-Lévy, 1956), le considérait comme un courant d’opinion ; ce qui ne lui donne pas de consistance logique ou morale dans toutes ses acceptions pour autant, bien entendu, cela devrait aller sans dire.


On a donc rangé sous la catégorie d’antisémitisme des choses fort différentes :

- l'antisémitisme pré-chrétien des Romains. Cicéron [-106 / -43], Pro Flacco, xxviii, 66-67 : calomnie relative à l’or des Juifs ; tu sais quelle force ils représentent, combien ils sont unis et quel rôle ils jouent dans nos réunions. […] Flaccus [préteur] prohiba par édit les sorties d’or d’Asie […] dédaigner, pour le bien de l’État, cette multitude des Juifs, parfois déchaînée dans nos réunions, fut un acte de haute dignité.

- l'antisémitisme romain du début de l'ère chrétienne : Tacite [vers 55  /  vers 118], Histoire, V, 5 : les pratiques des Juifs sont ineptes et misérables ; haine hostile à l’égard de tous les autres. V, 8 : les Juifs étaient le peuple le plus méprisé par les Assyriens, les Mèdes et les Perses ; le roi Antioche [Antiochus IV, vers -215/-163] s’efforça de détruire la superstition nationale et d’introduire la civilisation  grecque.

Juvénal [vers 60 / 140], Satires, VI, 547-547 : aere minuto qualiacumque uoles Iudaei somnia uendent qu’Olivier Sers traduit par : « les Juifs te débitent à la demande n'importe quel songe creux pour une pincée de petite monnaie. » (Classiques en poche, Les Belles Lettres).

Philostrate d'Athènes [vers 200], Vie d’Apollonios de Tyane, V, 33 : Il y a longtemps que les Juifs sont en révolte non seulement contre les Romains mais contre tous les hommes ; eux qui vivent à part, qui ne partagent avec les humains ni la table, ni les libations, ni les prières, ni les sacrifices […] il aurait mieux valu même ne jamais les annexer.

Rutilius Namatianus, [1ère moitié Ve siècle], Membre de l'aristocratie païenne du Bas-Empire, originaire de Narbonnaise, Rutilius compose un journal versifié retraçant un voyage effectué le long des côtes toscanes, poème entrecoupé de divers développements : éloges de parents, invectives contre les Lépides ou les juifs, contre les fonctionnaires...
Sur son retour, 383-398 : le Juif, une créature qui cherche querelle à la bonne nourriture [le porc] ; […] race dégoûtante qui pratique la circoncision : cette race est la racine de la bêtise […] leur cœur est plus froid que leur croyance.


- un anti-judaïsme chrétien multiséculaire s'appuyant notamment sur l'accusation de "peuple déicide" portée contre les anciens Hébreux. Notamment de la part de Luther :

Des Juifs et de leurs mensonges, 1543


- un anti-judaïsme non chrétien, anti-religieux, voire athée ; cf Voltaire, Arthur Schopenhauer, Karl Marx et Frédéric Nietzsche.

- un préjugé de type racial pouvant aller jusqu’à des persécutions et des déportations meurtrières ; pogroms, nazisme. Absolument condamnable à la fois moralement et logiquement, la notion de race n'étant pas pertinente.

- une hostilité à la politique, voire à l’existence, de l’État d’Israël (antisionisme) ; notamment, pour ses expulsions et la fuite de 500 000 à 800 000 réfugiés, sa politique à la main lourde depuis la guerre des six jours (1967), le massacre de Sabra et Chatila, en septembre 1982, la seconde Intifada fin 2000, l'opération Plomb durci à Gaza, 2008-2009, l'attaque de la flottille pour Gaza fin mai 2010, la reprise de la colonisation en cis-Jordanie, le projet de serment d'allégeance (octobre 2010), la construction de nouveaux logements pour les juifs à Jérusalem-Est (novembre 2010).

- une hostilité au communautarisme actuellement incarné en France par le C.R.IJ.F., qui est contraire au principe constitutionnel d’indivisibilité de la République française. Sur son site web, le CRIF se présente comme :
« l’organe de représentation politique de la communauté juive organisée et son porte - parole. »
   Hostilité également à la prétention de ce communautarisme à exercer une police de la parole, depuis la loi Gayssot jusqu'aux pressions du CRIF pour l'interdiction de la conférence avec Stéphane Hessel à l'ENS-Ulm, ou jusqu'à celles de Serge Klarsfeld pour l'annulation de la commémoration du 50e anniversaire de la mort de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline avec les Archives de France.

- une tentative de réexamen des méthodes et de l'ampleur des persécutions antijuives par les nazis (révisionnisme), notamment des chambres à gaz. Tout réexamen est actuellement bloqué par la loi Gayssot du 13 juillet 1990.

 - une lassitude grandissante face à l'indécent ressassement médiatique, notamment au travers des séries télévisées, des souffrances juives de la Seconde guerre mondiale, comme si les juifs avaient été les seules victimes de cette guerre, comme si la Première guerre mondiale ne comptait pas, elle aussi, de nombreuses victimes ; lassitude, voire exaspération devant cette perpétuelle promotion du peuple élu (encore sur ARTE le 22 novembre 2013), en plein mépris du reste de l'histoire de France. On a ainsi pu dire ironiquement que la Seconde guerre mondiale devenait un détail de la Shoah ...


- nouvel antisémitisme violent qui s'est développé parmi ceux qui s'identifient depuis 1948 à la cause palestinienne soit parce qu'ils sont eux-mêmes d'origine maghrébine, soit parce qu'ils adhèrent à l'islam radical en butte à Israël, aux États-Unis et plus généralement à tout l'extérieur du monde islamique. C'est ce que Pierre-André Taguieff a appelé la "nouvelle judéophobie".

- l'antisémitisme "vieille France" : Pendant ses vingt premières années, Audrey Azoulay, ministre franco-marocaine de la culture depuis février 2016,  n'avait jamais eu de problème avant d'intégrer l'ENA : "Ce fut un choc, j'y ai découvert fortement l'antisémitisme vieille France." 
Sans doute celui que décrivait, à tort ou à raison, B.-H. L. dans son Idéologie française.


* * * * *

Ma tentative de recherche d'une définition de l'identité juive :


«  Pour assassiner, rien de tel que l'usage des armes de destruction massive : antisémitisme, fascisme, racisme, colonialisme... J'ai l'habitude. » (Michel Onfray, " L'expo [Albert] Camus et les guillotines en papier ", Le Nouvel Obs, 14 septembre 2012).


Dérapage : délit d’opinion à géométrie variable ; ainsi la journaliste Vanessa Schneider est épargnée pour sa formule (fausse d’ailleurs) sur le père de Nicolas Sarkozy : « Juif hongrois coureur de jupons » (Libération, 8 juillet 2004). Éric Zemmour, Christophe Bentz et Nadine Morano ont été accablés pour leur emploi du mot « race », mot qui figure pourtant dans la Constitution de 1958 (article premier, 1er alinéa), dans le Préambule de 1946 (alinéas 1 et 16), dans 14 articles du Code pénal, dans cinq articles (13-1, 24, 32, 33 et 48 ; 48-1 pour l'adjectif raciale) de la loi sur la liberté de la presse de 1881, enfin huit fois dans la Décision-cadre 2008/913/JAI du Conseil de l'Union européenne du 28 novembre 2008 "sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal."

En 2013, l'Assemblée nationale adopta une proposition de loi supprimant le mot "race" de la législation, mais ce texte n'a pas encore passé l'étape du Sénat où il est en instance depuis le 16 mai 2013.

Zemmour fut ensuite attaqué pour une explication rationnelle des contrôles dits "au faciès".
« Ce terme 'dérapage' est devenu la nouvelle manière de censurer les gens. Je l'avais déjà observé et analysé et là je le constate à mes dépens. Dès que quelque chose déplaît à la 'bien-pensance', qui a peur de la réalité, elle le taxe de 'dérapage'. C'est devenu un anathème comme 'raciste', 'fasciste' ou 'antisémite' qui permet de diaboliser l'interlocuteur et de couper court à toutes discussions. » (Éric Zemmour, Le Post.fr, 9 mars 2010).

« Vous êtes allés avec les gaullistes (...). Ils ont massacré les vôtres en Algérie et encore, vous allez leur lécher les bottes ! (...) Vous êtes des sous-hommes, vous n'avez aucun honneur ! » (s'adressant à des harkis en février 2006). Georges Frêche fut condamné à 15.000 € d'amende par le T. G. I. de Montpellier pour ces propos, mais gagna en appel. Le 31 mars 2009, la Cour de cassation confirma la relaxe de la Cour d'appel de Montpellier.


« Pour qualifier son travail acharné à la recherche du parfum idéal, Jean-Paul Guerlain dérape : " Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours travaillé, mais enfin... " » LePost.fr, 15 octobre 2010. Agatha Christie aurait fait une remarque analogue dans un de ses romans.


« Bon témoin de l'air du temps on recense 840 occurrences du mot dérapage sur le site Rue89. Les dérapeurs se recrutent plutôt à droite malgré quelques exceptions. Hélas, c'est peut-être parce que la police de la pensée recrute surtout à gauche. [...] Rue89 pourrait-il être rebaptisé « Dérapage89 » ? Pas tout à fait car même si le mot revient souvent dans les titres, le côté répétitif de ces prurits vigilants finit par fatiguer tout le monde, même les plus bien-pensants des journalistes. La police de la pensée est plutôt de gauche, mais elle reste une police... La liste des dérapages 2010 est, certes impressionnante. Elle donne la nausée et nous éclaire sur la capacité de la société à s'inventer de faux débats ou à courser les moulins à vent. Mais elle présage peut-être aussi d'une baisse de régime du bien-penser. Trop de vigilance tue la vigilance. »
http://www.marianne2.fr/Mots-de-2010-le-derapage-derape_a201119.html


" Le Pen, vieillard radotant, connu depuis toujours pour ses "dérapages contrôlés", ne semble plus avoir que ce créneau-là pour tenter d'exister encore». L'avocat du FN, Vallerand de Saint-Just, a réagi hier soir : « Le Pen n'a commis aucune infraction.» Il n'aurait fait qu'«utiliser sa liberté d'expression ». " Le Pen : «l'occupation n'a pas été aussi inhumaine».
Par Christophe ForcariLibération,13 janvier 2005 "


  L'hebdomadaire Rivarol fut condamné en Cour d'appel de Paris le 21 janvier 2009 pour "contestations de crimes contre l'humanité", pour un entretien avec Jean-Marie Le Pen qui estimait que l'occupation allemande n'avait pas "été particulièrement inhumaine" [*]. Rivarol souleva alors une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). "Tout a été dit sur le caractère liberticide de cette loi", selon le conseil de M. Le Pen, Bruno Le Griel, rappelant que la Cour de cassation avait invalidé, en juin 2009, la condamnation de Bruno Gollnisch. Intervenant pour la Fédération nationale des déportés, Arnaud Lyon-Caen jugea que la question n'était pas sérieuse car il était "inconcevable que le Conseil constitutionnel abroge la loi Gayssot", rappelant que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) avait décidé qu'elle ne portait pas atteinte à la liberté d'expression. Pour lever "les divisions et les doutes", l'avocate générale Anne-Marie Batut demanda, sans succès, que cette question (QPC) soit transmise au Conseil constitutionnel. La condamnation de Rivarol devint définitive après le rejet, en juin 2013, de son pourvoi en cassation.

[*] « En France, du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés […]. Il y a donc une insupportable chape de plomb qui pèse depuis des décennies sur tous ces sujets et qui, comme vous le dites, va en effet être réactivée cette année […]. Mais le plus insupportable à mes yeux, c’est l’injustice de la justice […]. Ce n’est pas seulement de l’Union européenne et du mondialisme que nous devons délivrer notre pays, c’est aussi des mensonges sur son histoire, mensonges protégés par des mesures d’exception. D’où notre volonté constante d’abroger toutes les lois liberticides, Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben II. Car un pays et un peuple ne peuvent rester ou devenir libres s’ils n’ont pas le droit à la vérité dans tous les domaines. Et cela quoi qu’il en coûte ».
Je peux donner un témoignage personnel : mes parents, instituteurs dans une école occupée des Alpes de Haute-Provence, m'ont toujours dit qu'ils avaient pu compléter leur maigre ordinaire grâce à un cuisinier fridolin anti-Hitler, les paysans du coin étant surtout préoccupés des activités et gros revenus du "marché noir", et leur offrant seulement ce dont "les cochons ne voulaient plus".
Détail : terme connoté péjorativement depuis que Jean-Marie Le Pen l'employa à propos de la place de la question des chambres à gaz nazies dans l'histoire de la Seconde guerre mondiale.

L’affaire du “point de détail” reste un mauvais procès fait à Monsieur Le Pen qui déclara lors du ‘Grand jury’ RTL-’le Monde’ du 13 septembre 1987, en réponse à une question :
« Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. »
C’est en consultant des ouvrages d’histoire traitant la question comme un détail qu’il avait pu parvenu à cette conclusion, que l’on peut discuter.

L’expression “chambres à gaz” ne figure pas dans le sommaire détaillé (2 pages) de l’ouvrage de Raul Hilberg The Destruction of the European Jews, publié en 1961, 2e édition 1985 (traductions françaises Fayard 1988 et Gallimard, collection Folio-Histoire, 1991).

On ne trouve rien sur les camps d’extermination, ni sur les chambres à gaz, dans Histoire de la seconde guerre mondiale de Liddell Hart (1970, traduction française Fayard 1973), ouvrage qui figurait en Usuels dans la salle des Imprimés (au fond à gauche) de l'ancienne Bibliothèque Nationale, 58 rue de Richelieu, Paris 2e.

* * * * *

Le manuel Histoire de 1890 à 1945 (Hachette, collection GREHG, classes de première (anciennement "première de rhétorique" ...), 1988), mentionnait les chambres à gaz page 235, en une seule ligne, dans la partie “Cours” : “Après 1942, les chambres à gaz font des camps des usines de mort.” Mais cet ouvrage consacrait quatre lignes au “nylon, ce textile de synthèse mis au point par des ingénieurs de la firme Dupont de Nemours en 1938 et utilisé de façon industrielle pour confectionner les parachutes, avant de conquérir l’habillement et une foule d’autres usages.”

Dans la partie " Documents ", le seul témoignage produit est celui du communiste (et stalinien ) Fernand Grenier sur Dachau (témoignage publié dans L’Humanité du 4 mai 1945), Dachau où les gazages homicides ont été reconnus inexistants, notamment par Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux, sans aucune contestation ultérieure.

* * * * *

L’expression “chambres à gaz” ne figurait pas dans le "Thésaurus", index détaillé de l’Encyclopaedia Universalis, publié en 1990.

En 1992, Annette Wieviorka publia Déportation et Génocide chez Plon ; ce livre accorda cinq pages sur 506 à la « question [sic] des chambres à gaz » ; ces cinq pages relèvent d’une partie intitulée « Diversité des situations dans les camps » ; leur contenu n’apportait aucun élément nouveau mais se bornait à reconnaître la fausseté d’un certain nombre d’affirmations et de témoignages : abbé Hénocque, Rovan, Tillion, entre autres.

Les historiens Serge Berstein et Pierre Milza ont eux aussi traité la question comme un détail dans L’Allemagne 1870-1991 (Paris : Masson, 1992, 278 pages, collection " Un siècle d'histoire ") ; on n’y lit en effet que ces quelques lignes :
“Dans l’euphorie des premières victoires en Russie s’ébauche un plan bien plus ambitieux ; la ‘solution finale’, c’est-à-dire l’extermination de tous les juifs européens. Chargé en juillet 1941 de dresser un rapport sur la question, Heydrich fait adopter en janvier 1942 un plan qui entre aussitôt en application : construire des camps où les juifs seront parqués et exterminés dans des chambres à gaz. Dans toute l’Europe commencent les grandes rafles destinées à alimenter les convois qui convergent vers Auschwitz, Maïdenek, Belzc, Treblinka, etc., où périront six millions de juifs.”
* * * * *

Invité sur BFMTV le jeudi 2 avril 2015, le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, réitéra ses propos sur les chambres à gaz, qualifiées de "point de détail de la guerre", qui lui avaient déjà valu d'être condamné, et défendu l'utilité des polémiques dans la progression du FN. Regrette-t-il d'avoir parlé de "point de détail ?", lui a-t-il été demandé par Jean-Jacques Bourdin :
" Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée, que les chambres à gaz étaient un détail de la guerre, à moins d'admettre que c'est la guerre qui était un détail des chambres à gaz. Je maintiens ces propos car je crois que c'est la vérité ".
AFP, 24 juillet 2015 : " Jean-Marie Le Pen sera jugé en correctionnelle pour avoir de nouveau déclaré, le 2 avril, que « les chambres à gaz étaient un détail » de la Seconde Guerre mondiale, a appris vendredi l’AFP de source judiciaire.
Le parquet, qui avait ouvert une enquête préliminaire juste après ces propos tenus sur BFMTV-RMC, a cité à comparaître il y a quelques semaines le cofondateur du Front national pour contestation de crime contre l’humanité. "

Le 6 avril 2016, Jean-Marie Le Pen est condamné par la XVIIe chambre correctionnelle du T.G.I. de Paris à 30 000 € d'amende pour contestation de crime contre l'humanité. Appel et cassation à suivre.
" L’ancien président du Front national, Jean-Marie Le Pen, a été condamné mercredi 6 avril à 30 000 euros d’amende pour avoir de nouveau qualifié, il y a un an, les chambres à gaz de « détail » de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Le tribunal correctionnel de Paris l’a déclaré coupable de contestation de crime contre l’humanité et a rejeté l’immunité parlementaire qu’invoquait le cofondateur du parti d’extrême droite. " (Le Monde.fr)


Haine : on en accuse à tout bout de champ ceux dont les arguments dérangent.

" Nous n'avons pas les préjugés de nos ennemis, car la vie est la vie, et pas la haine. Les gays et les lesbiennes ne rendent pas moins de services à la France que des théologiens bizarres et des politiciens sans idées. Croit-on d'ailleurs qu'il n'existe pas d'homosexuels à l'UMP, parmi les rabbins, les mollahs et les pasteurs ? Les populistes homophobes et ceux qui répandent leurs propos se rendent-ils compte que leurs incessantes diatribes libèrent les actes ? Que, si des supposés responsables parlent de manière irresponsable, la brutalité va se sentir justifiée ? Dans tout cela, le mariage est un leurre. Une fois qu'il sera acquis, l'homophobie ne cessera pas, et c'est elle qu'il faut criminaliser. S'il y a quelque chose de dangereux dans une société, c'est le lobby de la bêtise et de la haine. " ("Mariage gay : non à la collusion de la haine", Le Monde.fr, 17 novembre 2012).



Homophobie : délit d’opinion créé par la loi Perben portant création de la HALDE, loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 ; délit contré (après deux condamnations) par l’arrêt Vanneste (Cour de cassation, chambre criminelle, 12 novembre 2008).

« Le terme d’homophobie s’est imposé : ce mot piégé confond (volontairement) le refus de la normalisation symbolique et sociale de l’homosexualité avec l’animosité à l’égard de la personne des homosexuels. L’homophobe, c’est le fasciste d’aujourd’hui. » (Jean Sévillia, Le Terrorisme intellectuel de 1945 à nos jours, Perrin, 2000). Ce néologisme alimente un discours qui stigmatise un délit d’opinion concrétisé par la notion contradictoire de "propos discriminatoires" (titre III de la loi), notion ne fait pas de différence entre le désaccord intellectuel et la discrimination en acte. Ce néologisme "homophobie" dissimule par ailleurs le fait que l’homosexualité relève bien davantage de la liberté et de l'amitié (poussée à l'extrême ...) que de l’égalité des droits sociaux et de la conjugalité. Délit d'opinion qui causa la défaite électorale d'un député du Nord, Christian Vanneste, en juin 2012.


Robert Badinter déclarai en 1982 :
« Chacun de nous est libre de critiquer ou d'approuver l'homosexualité, chacun est libre de choisir ou de ne pas choisir tel ou tel comportement sexuel ; cela relève du choix intime de la personne. » (Sénat, séance du 5 mai 1982, Journal Officiel [Débats Sénat], p. 1634).
Aujourd'hui la liberté de conscience n'existe plus pour l'homosexualité, et une atteinte se trouve ainsi portée indirectement à la liberté religieuse.
« L’homosexualité n’est pas une fatalité. L’homme est libre. C’est un comportement qu’il faut soit quitter, soit assumer. Si on l’assume, ça doit être dans la discrétion et non en s’affichant comme membres d’une communauté réclamant des droits particuliers et une reconnaissance particulière sur le plan social. J’accepte le comportement, je refuse l’identité de groupe. C’est une ineptie de prétendre qu’il y a un comportement de groupe. Je précise encore que je n’ai aucune agressivité à leur encontre. Simplement, je considère qu’ils ne forment ni un groupe ni une communauté. Ce sont des comportements individuels qui ne doivent pas jouir d’une reconnaissance à travers les termes intégrés de la loi. Je n’interdis rien, je ne demande aucune stigmatisation, aucune punition. Simplement que ça reste un comportement individuel, le plus discret possible … Je n’ai pas dit que l’homosexualité était dangereuse, j’ai dit qu’elle était inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité.» «Indignation et mobilisation après les propos du député UMP sur l’homosexualité (1) », La Voix du Nord, 26 janvier 2005 [texte pris dans l’arrêt de la Cour de cassation du 12 novembre 2008].
1. Selon cet arrêt, « l’opinion développée par le député Christian Vanneste selon laquelle «il existe un modèle social qui est celui du mariage hétérosexuel et de l’éducation des enfants» et selon laquelle face à ce modèle social l’homosexualité est «une menace pour la survie de l’humanité», constitue l’expression d’une opinion et à ce titre ne dépasse pas les limites admissibles de la liberté d’expression et ne peut, en conséquence, constituer une injure […] les expressions utilisées par Christian Vanneste sont mesurées, exemptes de toute invective et de volonté de blesser, ayant pour seul objet de nourrir un débat quant à la nécessité d’adopter le texte qui sert de base à l’incrimination […] ».


Islamophobie : " Forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d’«islamophobie», calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme. Cette création, digne des propagandes totalitaires, entretient une confusion délibérée entre une religion, système de piété spécifique, et les fidèles de toutes origines qui y adhèrent. Or une confession n’est pas une race, pas plus que ne l’est une idéologie séculière. " (Pascal Bruckner, "L'invention de l'islamophobie", Libération, 23 novembre 2010).
http://www.liberation.fr/societe/01012303767-l-invention-de-l-islamophobie

Ce terme, apparu en français dès 1910,
sert désormais à déconsidérer toute tentative de critique de l'islam et tout débat sur l'application de la laïcité à l'islam. Également appliqué à ceux qui sont opposés à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

HCI : « Intégration et racisme.
À la suite de la mise en cause de l'un de ses membres M. Claude Imbert, le HCI [Haut Conseil à l'Intégration] a été conduit à préciser les rapports qui existent entre le racisme, l'islamophobie et l'intégration.

Pour avoir usé du terme d'islamophobe, M. Claude Imbert a été accusé de racisme, notamment par le MRAP. Les membres du HCI ont souhaité, avant de prendre une quelconque position, se réunir sereinement et procéder à un échange avec M. Imbert. Il leur est alors apparu que c'est dans le cadre d'un article consacré à la critique de la politique du pape Jean-Paul II et à propos des musulmans laïques que Claude Imbert avait utilisé le terme "musulmans islamophobes". Questionné ensuite lors d’une émission de la chaîne LCI sur sa position à l'égard de l'Islam, et, non sans avoir fait preuve d'une réticence à l'égard de l'utilisation de ce mot, M. Imbert a concédé que, s'il signifiait une critique de la religion, il était alors lui-même "islamophobe".

Dans leur débat, les membres du HCI ont, tour à tour fait valoir qu'aucune confusion ne pouvait intervenir, dans une république laïque démocratique, entre la critique de la religion et le racisme. La première est libre et constitutionnellement protégée ; elle relève de la liberté de conscience et d'opinion. En raison de la séparation des Églises et de l'État, (loi de 1905), la république laïque ne reconnaît pas le blasphème et ne le pénalise pas, contrairement au racisme qu'elle sanctionne très sévèrement.

L'une des caractéristiques de la doctrine raciste est précisément d'établir un amalgame entre l'origine ethnique des personnes et les opinions qu'elles professent, d'identifier les individus et leurs convictions, de réduire les hommes et les idées, en jugeant un individu à partir de ses idées et les idées à partir d'un individu. Poussé à son terme comme ce fut le cas dans le nazisme, cet amalgame a conduit à massacrer des enfants et des adultes juifs qui n'avaient aucune conviction religieuse proclamée.

La pratique de la religion étant libre, l'islamophobie, c'est à dire la peur ou la détestation de la religion islamique, ne relève pas du racisme. M. Imbert comme de nombreux publicistes avant lui s'est livré à de nombreuses critiques du catholicisme, sans que les catholiques se soient déclarés victimes d'un quelconque racisme. Il a, par ailleurs, personnellement, manifesté à de nombreuses reprises sa sympathie pour toutes les réussites issues de l'immigration auxquelles il a contribué activement.
[...]
Après en avoir délibéré, le HCI rappelle unanimement qu’en République la critique de la religion, comme de toutes les convictions, est libre, qu’elle est constitutionnellement garantie et qu’elle fait partie de la liberté d’opinion et d’expression. Elle ne saurait être assimilée au racisme et à la xénophobie, que les membres du HCI réprouvent et combattent activement. »

Rapport "Le contrat et l'intégration : rapport à Monsieur le Premier ministre" de janvier 2004, pages 115-116, 117.


CNCDH (présidée par Christine Lazerges, 72 ans, professeur agrégé de droit privé et sciences criminelles, et ancienne députée PS) :
" Le terme « islamophobie » vient mettre en lumière un racisme latent, qui se veut imperceptible, caché sous les dehors acceptables de la liberté d’expression. Dans ce cadre, refuser de parler d’« islamophobie » pourrait être perçu comme une volonté de nier la réalité et l’ampleur d’un phénomène tout particulièrement sensible depuis quelques années, tendant à faire des personnes de confession musulmane un groupe homogène et problématique pour la société. L’ « islamophobie » a pour mérite de désigner une idéologie hostile aux personnes de religion musulmane, perceptible au-delà d’actes antimusulmans épars. [...] l’apparition d’une quasi-phobie, c’est-à-dire d’une peur intense à l’égard de l’islam et des musulmans en France, générant un climat d’angoisse et d’hostilité à leur égard."
Rapport 2013 sur la "lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie", Introduction générale (publié le 12/6/14)


Limite : variante de suspect, "propos limites" est quasiment synonyme de dérapage ; qualifie des propos méritant seulement l'indignation, pas l'argumentation, selon des gens en général totalement incapables d'argumenter.


Négationnisme : Néologisme dû (en 1987) à l'historien Henry Rousso, appliqué rétroactivement à Paul Rassinier et Maurice Bardèche. Voir ma page sur l'article Gayssot. Le terme vise à disqualifier le révisionnisme historique, tout comme " anticommunisme " visait à disqualifier les critiques du stalinisme, et " islamophobie " les critiques de l'islam. L'emploi de ces trois termes est une atteinte à la liberté d'expression.

Dans la culture occidentale, on se devrait, pour la qualité de l’Instruction publique, de fournir en permanence les éléments objectifs établissant les faits scientifiques ou historiques, justifiant les diverses théories ou politiques élaborées à partir de ces faits. On ne peut s’en tenir à la position irréfléchie et improvisée de 34 historiens français qui eurent ce que le philosophe Paul Thibaud, alors directeur de la revue Esprit, appela "un réflexe de cordon sanitaire" ; ils proclamèrent leur refus de débattre :
" Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été techniquement possible puisqu’il a eu lieu. [...] Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz. " (Le Monde, 21 février 1979).
Plusieurs d’entre eux furent d’ailleurs par la suite opposés à cet "article Gayssot", et aucun des historiens français alors spécialistes de la Seconde guerre mondiale : Henri Amouroux, Henri Michel, René Rémond, n'avait signé cette proclamation.

Dans les années 1990, il y avait sur Internet un ou deux textes de moi qui, tout en ne reprenant pas l"affirmation révisionniste de la non-existence des chambres à gaz (ce que je n'ai jamais fait), demandaient la liberté d’expression pour tous et pour tous les sujets, et critiquait la loi Gayssot (comme le fit en 1991 l'actuel Défenseur des droits Jacques Toubon). Au moment de l'affaire Renaud Camus en 2000, j'ai tout naturellement apporté mon soutien à cet écrivain, avec lequel j'étais entré en contact en 1985, lors de la parution de mon Vocabulaire de l'homosexualité masculine qui faisait mention, pages 38-39, du néologisme achrien proposé par Camus. En 2000, le journaliste Daniel Schneidermann tomba sur un de ces textes sur Internet, et en a alors :
1. conclu que j’étais révisionniste ;
2. conclu que Renaud Camus était lié au révisionnisme.
Paniqué, Renaud Camus, réservant ses couilles pour le sauna, retira immédiatement de son site un de mes textes lui apportant mon soutien qui figurait dans le dossier de l'affaire, - et prit ses distances avec moi.
Plusieurs années plus tard, il y eu une discussion dans le forum du Parti de l'In-nocence de Camus relativement à cet épisode ; plusieurs éléments donnés étaient inexacts et je suis intervenu pour les corriger, mais je n'ai pas gardé souvenir ni trace écrite des détails. Ce fut mon unique participation à ce forum.


Provocation : semble avoir tendance à remplacer dérapage. "La provocation de Marine Le Pen" (La presse, décembre 2010, sur l'occupation de rues par des prieurs musulmans ; le Mrap a porté plainte ...)


Racisme :


« Interdire l'expression du racisme, c'est tout simplement militer pour le refoulement, pour le secret, le renfermement et la conspiration. Et à terme, pour plus d’attentats, plus de meurtres. »
Serge July, alors directeur du quotidien Libération, "La liberté d'expression des racistes", Libération, 24 novembre 1978.
C'est surtout renoncer à instruire, à éduquer, à combattre les préjugés.

Voir le beau texte de Claude Lévi-Strauss sur le sujet :

   Claude LÉVI-STRAUSS : « [En 1971 devant l’UNESCO] je m’insurgeais contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme défini au sens strict et des attitudes normales, légitimes mêmes, et en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d’individus, de quelque façon qu’on le définisse, l’effet nécessaire d’un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé, l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement.

   Si, comme je l’écrivais dans Race et histoire, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi ; elles ne s’ignorent pas, s’empruntant à l’occasion, mais, pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité.

   Tout cela devait être rappelé, et plus encore aujourd’hui où rien ne compromet davantage, n’affaiblit de l’intérieur, et n’affadit la lutte contre le racisme que cette façon de mettre le terme, si j’ose dire, à toutes les sauces, en confondant une théorie fausse, mais explicite, avec des inclinations et des attitudes communes dont il serait illusoire d’imaginer que l’humanité puisse un jour s’affranchir ni même qu’il faille le lui souhaiter. » (Le Regard éloigné, Préface, Paris : Plon, 1983)


Des associations ont considéré comme raciste cette réplique d'Éric Zemmour : « Pourquoi [quand on est noir ou arabe] on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C'est comme ça. C'est un fait. » ; phrase rapportée par la presse sous la forme : « Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C'est un fait » (6/3/10, dans l'émission de Thierry Ardisson).

La formule des probabilités conditionnelles qui relaxe immédiatement Zemmour de l'accusation de racisme, la voici (d'après un article de Jean-Michel Claverie) :

U : univers des possibles
p : probabilité d'un événement E (sous hypothèse d'équiprobabilité) ; p(E) = card(E)/card(U)
I : un individu est immigré (E = I)
T : un individu est trafiquant (E = T)

p(T/I) est la probabilité de l'événement T sachant que l'événement I est réalisé.

p(T/I) = [p(I/T)x p(T)]/p(I)

Ceci d'après les deux manières de calculer p(I∩T), probabilité de "I et T", qui est aussi p(T∩I)

Application numérique :

Si l'on prend :

p(I/T) = 0,5
p(T) = 1/10 000
p(I) = 0,1

alors p(T/I), la probabilité qu'un immigré soit trafiquant, n'est égale qu'à 1/2 000.


Le même traitement mathématique est applicable à la phrase de Dieudonné qui dit que les plus grands escrocs sont pratiquement tous juifs, ce qui ne veut pas dire que les juifs sont pratiquement tous de grands escrocs.

"La plupart des trafiquants sont noirs et arabes" a été lu à l'envers comme signifiant "la plupart des noirs et arabes sont trafiquants". On comprendra peut-être mieux sur cet exemple :

"la plupart des prisonniers sont des hommes" [exact, 96 %] ne signifie pas "la plupart des hommes sont en prison".

Mais la correction politique ignore la théorie élémentaire des ensembles, qui apparemment n'est pas enseignée dans les écoles de journalerie (pas plus que la logique).

À noter cette revanche tardive de Zemmour :

" L'État français, condamné pour cinq contrôles au faciès, a décidé de se pourvoir en cassation. Mediapart a pris connaissance du mémoire qui vient d'être transmis à la Cour, dans lequel il est jugé légitime de ne contrôler que les Noirs et les Arabes au motif qu'ils ont plus de chances d'être étrangers et donc sans papiers. " (Médiapart, 25/2/2016).

Robert Redeker : « Aux notions de bien et de mal est substitué un nouveau lexique, postérieur à la mort de Dieu (fin de la morale) et à la mort de la politique (fin de l'histoire) : le lexique du racisme et de l'antiracisme. C'est tout simplement parce que le Bien et le mal, la morale et la politique se sont éclipsés de nos sociétés que le racisme a pu s'installer à la place du mal et l'antiracisme à celle de la morale. Descartes forgea la notion de morale par provision, parfois appelée morale provisoire, notre époque invente la morale par substitution, l'antiracisme. Du coup, l'antiracisme est chanté partout comme l'alpha et l'oméga de la morale et de la politique, leur fine fleur. » "Richard Millet, Annie Ernaux, et le fantôme du Mal", Le Monde.fr, 21 septembre 2012.


Stigmatisation : Nom donné à la critique de la sinistre religion islamique quand on veut faire passer cette critique pour du racisme à l'égard des Arabes, noirs, Pakistanais et Indonésiens. S'applique aussi aux tentatives de traitement des questions de l'immigration excessive et de la délinquance des jeunes issus de l'immigration. Le C. F. C. M. a trouvé une solution originale
" pour que l'islam, religion de paix qui sacralise la vie, soit dissocié définitivement du terrorisme" (communiqué du 22 mars 2012), "que soit abandonné l'usage des termes islamiste ou islamisme qui nourrit l'amalgame entre islam et terrorisme et fait souffrir des millions de musulmans qui tiennent à défendre la dignité de leur foi et de leur religion ".
La NovLangue est un appauvrissement de la langue française ...



Xénophobie : "Ne s’emploie qu’à l’encontre des Français d’origine européenne et de religion chrétienne qui entendent protéger leur identité ou leurs préférences (trad. : identité) ; les agissements comparables des autres groupes sont qualifiés au pire de “communautarisme”. Dictionnaire de novlangue, Polémia, 2008.


 C - D’autres termes orientent "positivement" le débat :

"Cette langue qu’il [le complexe politico-médiatique] a inventée pour ne pas dire, pour ne pas montrer, pour cacher ce qui survient et qui est déjà survenu : les jeunes pour les délinquants, les quartiers populaires pour les quartiers que les couches populaires indigènes ont dû fuir, les quartiers sensibles pour les zones de violence et de non-droit, le multiculturalisme pour la grande déculturation, la diversité pour le triomphe du même, pour la disparition des identités, pour la banlieue universelle. Etc." Renaud Camus, Assises de l'islamisation, 18 décembre 2010.


Avancer en âge : euphémisme pour "vieillir" proposé par la ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, Michèle Delaunay.


Casier médiatique : "Caroline Fourest, dans sa chronique du 27/3/10, soulignait l'accumulation des dérapages d'Éric Zemmour, notant : "En matière de raccourcis, le casier médiatique d'Éric Zemmour est loin d'être vierge." L'effet ne s'est pas fait attendre. "Ce casier médiatique n'est pas une plaisanterie, un raccourci. C'est un vrai concept. Le CSA est assimilé à une instance judiciaire qui a les mêmes rapports avec les journalistes que les délinquants récidivistes avec la police", désapprouve Marc Salomone (Paris)". Véronique Maurus, "Les trublions", Le Monde, 4 avril 2010,


Citoyen (adj.) : conforme à ce qu'attend la correction politique. Philippe Muray avait relevé ce glissement sémantique dans ses Exorcismes Spirituels.


Communauté : invoquée à tout bout de champ dans notre République indivisible ; exemple : « site francophone s’adressant à la communauté bisexuelle » (pris sur Internet)


Diversité : terme qui sert à la promotion de la confusion entre multiracialisme et multiculturalisme (Multikulti). "Français d’origine française" : environ un millier de références sur Google pour cette expression qui enregistre la perte de sens du terme « Français ». On dit aussi "personne de la diversité" (euphémisme de "racaille" ?). En revanche, ne jamais dire "Français de souche".


Mémoire : concept promu par Pierre Nora, dévoyé ensuite ; les mémoires communautaires sont promues en lieu et place de l’histoire objective (Histoire) qui devient impossible à enseigner. à la fin du deuxième millénaire, le matérialisme historique échappait aux règles de la connaissance et de la logique ordinaires ; aujourd’hui, la mémoire collective à usage politique et communautaire récuse le savoir, et plus précisément l’histoire méthodique et objective, jusque dans l’enseignement, au nom du principe « tout est politique » ; il semble que l’on suive le slogan du Parti dans 1984 de George Orwell : "Who controls the past controls the future : who controls the present controls the past".


Modération : euphémisme pour "censure". Exemple :
"Cet article génère un nombre très important de commentaires qui doivent être tous revus en raison du sujet abordé. Il ne nous est matériellement pas possible d’assumer cette charge additionnelle. En conséquence, cet article ne sera pas ouvert aux commentaires. Veuillez nous en excuser. Merci de votre compréhension. La modération." (LaLibre.be, 8 mai 2010).
Au Figaro.fr, "modération refusée" était un euphémisme pour "commentaire censuré". Maintenant, on reçoit le simple avis "refusé"


Éric Mettout, directeur adjoint de la
rédaction et modérateur à l'Express.fr

« Avertissement de modération  compte tenu du caractère sensible de ce thème, nous serons particulièrement sensibles à la bonne tenue des débats. Merci donc de ne pas tenir de propos xénophobes, islamophobes ou discriminatoires. » (lexpress.fr, 6 octobre 2012, sur l'article "Présidence de l'UMP: Copé, le pain au chocolat et le ramadan".

" Netino est une société française spécialisée dans la modération des espaces participatifs ainsi que le 1er niveau de réponse. Elle a été fondée en 2002 par Jean-Marc Royer et elle est dirigée depuis 2010 par Jérémie Mani. [...] La modération est réalisée par des modérateurs professionnels recrutés dans des pays francophones à bas coûts (Maroc, Mali, Sénégal, Madagascar, Ile Maurice, seul 20% des salariés sont en France) " (wikipedia)

Autres sociétés spécialisées : Concileo et Atchik.



D /  Dans ce qui est bien davantage une mutation qu’un déclin du marxisme,

le sélectif "devoir de mémoire" de l’individu communautaire remplace la "prise de conscience" proposée au prolétaire ; il entraîne une surenchère dans la culpabilisation collective des uni-nationaux et Français de souche (ceux qui ont au moins trois grands-parents français), une dérive intolérante dans l’opinion et les médias engagés. En revanche, comme remarqua le philosophe Jacques Bouveresse, l’abandon du marxisme n’est l’objet d’aucun commencement de réflexion de la part de ses anciens fidèles , mais l’ont-ils véritablement abandonné ? On peut en douter.


   Les restrictions actuelles à la liberté d’expression participent d’une forme de lutte politique dont les tenants considèrent que c’est l’orthodoxie qui donne le droit à la parole, orthodoxie qu’ils appellent justice sociale ou vérité et dont ils prétendent qu’on ne peut accepter de la placer sur le même plan que l’erreur (l'erreur selon eux ...). Le Monde des Débats de septembre 2000, page 23, l'exposait clairement : « Nazisme, bolchevisme, antisémitisme hantent notre histoire. Faut-il accepter de discuter le lien que l’historien allemand Ernst Nolte (cf la querelle des historiens) établit entre eux ? Ou sa thèse est-elle trop suspecte pour être prise en considération ? ».


L'aveu : Catherine Barma, productrice de l’émission, déclara travailler sous la censure : 
" Un responsable de France 2 assiste à tous les enregistrements [de "On n’est pas couché"] et à ce jour nous n’avons jamais monté une séquence sans son accord et celui de la chaîne. " (télé-2-semaines.fr, 18 mars 2010)
Le nom de ce censeur ? "Le censeur est un des conseillers de programme des magazines de la Chaîne", m'écrivit Franck Vautier, du service Relations téléspectateurs de France 2.


   Nouvelle loi des suspects, certes plus douce, pour l’instant, que celle de la Convention en 1793. Le terme "journalisme" désigne désormais « autant une idéologie qu’un métier », concluait, après une longue fréquentation de la presse française, Paul Thibaud, ancien directeur de la revue Esprit ; c’est l’idéologie du politiquement correct, de la soumission obligée de la compétence à la majorité, de la valeur au vedettariat, l’idéologie du primat du commun sur le savoir, du politique sur l’épistémologique, de la prétention vigilante à informer et à alerter sur la conscience du besoin de s’informer, d’étudier, de comprendre et de s’expliquer. C’est pourquoi Inter Net, dont le pluralisme est bien supérieur à celui des grands médias, suscite autant d’inquiétude chez les journalistes et les politiques adversaires de la liberté d’expression, liberté qui est une valeur culturelle, intellectuelle, et pas seulement une valeur politique, démocratique


Pour une analyse plus théorique de la question, voir cet article de Philippe Nemo que j'ai découvert en septembre 2012, "Liberté d'opinion et lois de censure : les processus de régression de la pensée juridique française"

Je connaissais en revanche ces lignes de 2004 :

« Rien n'est censé être, par principe, tenu à l'abri de la critique. Il n'y a pas de dogmes, de vérités "sacrées", intangibles, que l'on n'ait pas le droit d'interroger et de remettre en cause. En revanche, étant donné que ce qui rend la liberté de penser féconde, ce n'est pas l'acte libre du penseur en lui-même, mais la confrontation des diverses hypothèses sur l'espace public, l'exercice fécond de la liberté de penser par un citoyen a pour condition sine qua non la reconnaissance de la même liberté de penser chez les autres. En d'autres termes, il faut qu'il y ait adhésion sans réserve aux règles mêmes du pluralisme, déontologie de la presse, règles du débat académique, règles du débat public en général. Cela exclut donc que quiconque, pour faire prévaloir une vérité, puisse compter sur quelque forme que ce soit de coercition étatique. Le mouvement "politically correct" qui a sévi pendant quelques années dans les universités américaines était à cet égard une grave régression civilisationnelle. De même que la loi du 13 juillet 1990 imaginée en France par le député communiste Gayssot pour frapper de sanctions pénales l'expression de toute opinion concernant le génocide des juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale qui divergerait si peu que ce soit de la version couramment reçue (" Seront punis [...] ou internationale."). Cette loi fut votée comme un seul homme par l'Assemblée nationale, circonvenue en l'occurrence par la pression médiatique comme les assemblées révolutionnaires l'étaient par les sans-culottes armés de piques. La loi Gayssot, en effet, ne limite pas l'interdiction de l'expression de certaines pensées à ce qui pourrait troubler en pratique l'ordre public, mais elle interdit l'expression de certaines opinions en tant que telles ("ceux qui auront contesté ..."). Elle institue donc un dogme d'État. Le caractère partisan et le non-sens scientifique de ce dogme ne se perçoivent que trop bien a contrario par le fait que la loi ne rend pas passible de sanction pénale la sous-estimation des crimes communistes, qui ont eu la bonne fortune de ne pas être visé par le tribunal de Londres [sic, pour le tribunal institué par l'accord de Londres] dont les Soviétiques étaient membres. Un rapport de forces devient ainsi norme de vérité. D'autre part, il est sans précédent qu'on donne comme critère de vérité scientifique des jugements de tribunaux. On peut exprimer les mêmes réserves au sujet des lois actuellement discutées, ou projetées, concernant les sectes, l'homophobie, l'islamophobie, etc. - bref, tout ce qui ne plaît pas à l'opinion dominante, ou, plus exactement, à l'opinion des actuelles catégories dominantes. L’existence de ces censures n’a de sens que si l’on croit que toute la vérité scientifique possible au sujet de l’homosexualité, de l’islam et des autres sujets concernés est d’ores et déjà entièrement disponible et que les thèses prévalant actuellement à leur sujet ne seront jamais modifiées par le progrès des connaissances. Ce dispositif répressif revient à identifier les vues de la classe politique au pouvoir – pourtant bien fragiles, puisqu’elles sont essentiellement inspirées par la mode et les médias – avec quelque Savoir Absolu. J’aimerais qu’on me dise en quoi consiste, aux bûchers près, la différence entre ce dispositif pénal "moderne" et l’Inquisition (qu’on professe pourtant haïr). Mais l’analyse de la triste régression des Lumières en France dont ces lois de censure sont, tout à la fois, un symptôme et une cause, excède le propos du présent essai. »
Philippe Nemo, Qu'est-ce que l'Occident ?, Paris : PUF, 2004 (octobre), pages 143-144, note 64.


Normes juridiques supranationales et autres textes internationaux : 

  « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » ONU, Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948, article 19. [Texte dépourvu de valeur juridique contraignante]. 

« 1 Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations. 
2 L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. »
Convention Européenne des Droits de l’Homme [Conseil de l’Europe, 1950], article 10. 

« La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui. »
Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 1966, article 18, alinéa 3.

 « Conformément à l'article premier de la présente Déclaration et sous réserve des dispositions du paragraphe 3 du dit article, le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction implique, entre autres, les libertés suivantes :
a) La liberté de pratiquer un culte et de tenir des réunions se rapportant à une religion ou à une conviction et d'établir et d'entretenir des lieux à ces fins ;
b) La liberté de fonder et d'entretenir des institutions charitables ou humanitaires appropriées ;
« c) La liberté de confectionner, d'acquérir et d'utiliser, en quantité adéquate, les objets et le matériel requis par les rites ou les usages d'une religion ou d'une conviction ;
d) La liberté d'écrire, d'imprimer et de diffuser des publications sur ces sujets ;
e) La liberté d'enseigner une religion ou une conviction dans les lieux convenant à cette fin ;
f) La liberté de solliciter et de recevoir des contributions volontaires, financières et autres, de particuliers et d'institutions ;
g) La liberté de former, de nommer, d'élire ou de désigner par succession les dirigeants appropriés, conformément aux besoins et aux normes de toute religion ou conviction ;
h) La liberté d'observer les jours de repos et de célébrer les fêtes et cérémonies conformément aux préceptes de sa religion ou de sa conviction ;
i) La liberté d'établir et de maintenir des communications avec des individus et des communautés en matière de religion ou de conviction aux niveaux national et international. »
Déclaration sur l'élimination de toutes formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction, proclamée par l’Assemblée générale de l’ONU le 25 novembre 1981." (Résolution 36/55), article 6.


E / Jurisprudence internationale

1) Dans la décision sur l'affaire Handyside, la Cour dit qu'elle a, en la matière, un rôle de surveillance qui lui commande "de prêter une extrême attention aux principes propres à une société démocratique". L'article 10 § 2 n'a pas été violé par le Royaume Uni lorsque les tribunaux de celui-ci ont fait saisir un ouvrage pour les élèves des institutions scolaires âgés de 12 à 18 ans, publié en 1971 par le sieur Handyside, The Little Red Schoolbook, ouvrage qui a pour objet, notamment, de faire leur éducation sexuelle et qui affirme, entre autre, que "la pornographie est un plaisir inoffensif si on ne la prends pas au sérieux". ...
La Cour pose un principe libéral, à savoir que la liberté d'expression "vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture, sans lesquels il n'est pas de "société démocratique". Cour Européenne des Droits de l’Homme, Handyside c. Royaune-Uni, 7 décembre 1976)

2) « La liberté de pensée, de conscience et de religion représente l'une des assises d'une société démocratique au sens de la Convention. Elle figure, dans sa dimension religieuse, parmi les éléments les plus essentiels de l'identité des croyants et de leur conception de la vie, mais elle est aussi un bien précieux pour les athées, les agnostiques, les sceptiques ou les indifférents. Il y va du pluralisme - chèrement conquis au cours des siècles - consubstantiel à pareille société. Si la liberté religieuse relève d'abord du for intérieur, elle implique de surcroît, notamment, celle de manifester sa religion ». Cour Européenne des Droits de l’Homme, Kokkinakis c/ Grèce, 25 mai 1993.

3) « La liberté d'expression vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de "société démocratique" ». Cour Européenne des Droits de l’Homme, 21 janvier 1999, n°29183/95, Fressoz et Roire c. France.