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samedi 15 octobre 2016

DIX PRINCIPES DE LOGIQUE CLASSIQUE (et un APPENDICE)

Arthur Schopenhauer

   Note que l'on pourra à juste titre qualifier de "sommaire", mais je n'ai encore rencontré aucune tentative de faire un point synthétique et vulgarisateur sur les principes à retenir et l'ordre dans lequel les prendre. Toute suggestion ou documentation sera donc la bienvenue.
" Afin d'éviter toutes les erreurs, on n'a besoin que d'appliquer les règles les plus vulgaires des logiciens avec beaucoup de constance et de rigueur. " (Leibniz, Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, 1ère partie)

I / Principe de non-contradiction et d'identité ou, plus simplement, d’incompatibilité : La proposition : « A et non A » est fausse pour toute proposition A. Énoncé par Aristote, Métaphysique, IV, page 1005b, lignes 19-20. Non A désigne la négation de A ; la logique classique employait le terme contradictoire ; non A est faux quand A est vrai, et inversement. En termes plus simples, ce principe affirme qu'une proposition ne peut être à la fois vraie et fausse.
Leibniz : " La première des vérités de raison est le principe de contradiction ou, ce qui revient au même, le principe d'identité, ainsi qu'Aristote l'a remarqué justement. " (Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, traduit du latin par Paul Schrecker).
En logique algébrisée, si a est la fonction de vérité de A (a = 1 pour A vrai, et 0 pour A faux ; a² = a), alors la fonction de vérité de non-A est 1 - a, et celle de A et non-A est a(1 - a) = a - a² = 0.


II / Principe d’apodicité ou d’incomplétude : Le point de départ d’une démonstration n’est pas démontrable. Énoncé par Aristote, Métaphysique, IV, vi, page 1011a, ligne 13.


Les deux principes suivants concernent les relations entre le genre et l'espèce (les deux premiers des cinq universaux selon Porphyre de Tyr (3e siècle) : le genre, l’espèce, la différence spécifique, le propre, l’accident).




III / Principe de spécification ou de division : Variété de l’homogène sous des espèces inférieures. " Distingo est le plus universel membre de ma Logique. " (Montaigne, Essais, II, i, page 335 de l'édition Villey/PUF). Kant, Critique de la raison pure, Appendice à la Dialectique transcendantale, De l'usage régulateur des idées de la raison pure.


Voir aussi Platon, Philèbe, 13-16 et Politique, 262ab.

Ce principe, encore appelé distinguo interne (ou analyse), et celui qui le suit (distinguo externe ou synthèse), sont attachés à la distinction et aux liens de l’unité et de la multiplicité. Selon Kant, qui leur adjoint le principe de la continuité des formes, ce sont des principes transcendantaux de la raison, car portant sur la façon de connaître en général, et non sur une connaissance particulière. On accuse légitimement de "confusion" ceux qui ignorent ce principe.




IV / Principe d’homogénéité, de rassemblement ou de généralisation : Homogénéité du divers sous des genres plus élevés. Énoncé par Platon, Lois, XII, page 965cd. Repris par Kant, Critique de la raison pure, Appendice à la " Dialectique transcendantale ", De l'usage régulateur des idées de la raison pure.
« Le divin Platon et l'étonnant Kant unissent leurs voix impressionnantes pour recommander une règle, comme méthode de toute philosophie, et même de tout savoir en général. On doit, disent-ils, satisfaire à deux lois, celle de l'homogénéité et celle de la spécification, dans la même mesure et non à l'une au détriment de l'autre. » (Arthur Schopenhauer, De la Quadruple racine du principe de raison suffisante, chapitre premier,  Introduction, § 1 La méthode, 1813-1847).
Edgar Morin, qui donc n'inventait rien, dans "Réforme de la pensée" : « Le principe de simplicité impose de disjoindre et de réduire. Le principe de complexité enjoint de relier, tout en distinguant.  »


V / Principe du tiers exclu : De deux propositions contradictoires, l’une doit être vraie, l’autre fausse. Aristote, De l’interprétation, VII. La proposition « A ou non A » est vraie pour toutes les interprétations de A. Ce principe, encore appelé ‘loi de bivalence’, est en même temps l’axiome d’existence d'une proposition contradictoire pour toute proposition. Selon une des lois d'Augustus De Morgan, non(A ou non A) = non A et A, ce qui est faux d'après le premier principe ;
donc A ou non A est vraie.

En logique algébrisée, A ou B a pour fonction de vérité a + b - ab.
Pour A ou non A : a + 1 - a - a(1 - a) = 1 - a + a² = 1, donc vrai.


VI / Principe de raison suffisante (PRS) ou de causalité :

« Rien ne peut se produire sans cause ; il n’arrive rien qui n’ait pu arriver. » Cicéron, La Divination, II, xxviii, 61 : "Nihil enim fieri sine causa potest; nec quicquam fit, quod fieri non potest." Reformulé par plusieurs auteurs :

Francis Bacon (1561-1626) : « Il n’y a rien de si petit qui dans l’ordre de la nature se fasse sans cause » (De l’Accroissement des sciences, II, xiii, Premier exemple).

Baruch Spinoza (1632-1677) : « À toute chose on doit assigner une cause ou raison, tant du fait qu’elle existe que du fait qu’elle n’existe pas » (Éthique, I, proposition. XI).

Leibniz (1646-1716) : « Aucun fait ne saurait se trouver vrai, ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu’il y ait une raison suffisante pour qu’il en soit ainsi et pas autrement » (Monadologie, § 32).

Christian von Wolff ou Wolf (1679-1754) : « Il n’est rien sans sa raison d’être » (Ontologie, § 70).

Selon Arthur Schopenhauer (De la Quadruple racine du principe de raison suffisante), la signification générale de ce principe de raison suffisante est que toute chose n’est que grâce à une autre ; il juge indispensable de le diviser en quatre branches : le rapport de succession temporelle ou de contiguïté spatiale, l’inférence logique, le motif psychologique, et enfin la causalité des phénomènes physiques et biochimiques.


VII / Principe d’analogie : « Il faut assigner les mêmes causes aux effets naturels de même genre, autant que faire se peut. » Isaac Newton, Principes mathématiques de la philosophie naturelle, III, " Règles qu’il faut suivre ", 2. En droit, cela donne le principe de parallélisme des formes.


VIII / Principe (ou règle) d’élimination (modus ponens) : Si A implique B (équivalent à " B ou non-A ") et si A, alors B.
Diogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres, VII [Stoïciens], 80 : « si le premier, le second ; or le premier ; donc le second ». On peut y associer la règle pascalienne enjoignant de substituer mentalement la définition à la place des définis (De l'Art de persuader).

"Ne perdons jamais de vue la grande règle de définir les termes." Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article "Alexandre".

"Si seulement, au lieu de s'indigner, on cherchait à savoir de quoi l'on parle. Avant de discuter, l'on devrait toujours définir." André Gide, Journal, "Feuillets 1918".


IX / Principe (ou règle) du syllogisme :

Si A implique B (B ou non-A) et si B implique C (C ou non-B), alors A implique C (C ou non-A). Aristote, Topique, I, i, 100a25.

Rabelais en donne un exemple plaisant :

" Il n'est (dit Gargantua) point besoin torcher cul, sinon qu'il y ait ordure ; ordure n'y peut être si on n'a chié ; chier donc nous faut devant que le cul torcher. " (Gargantua, XIII).

Louis Couturat, 1868-1914, distinguait, après Aristote, le syllogisme catégorique (tout a est b, et tout b est c, donc tout a est c) et le syllogisme hypothétique (si tout a est b, et si tout b est c, alors tout a sera c).


X / Principe de cohérence transitive des choix :

Si A est préféré à B, et B à C, alors A sera préféré à C. Valable uniquement pour un individu ou un groupe de deux. Lors de choix effectués par un groupe de trois personnes ou plus, ce principe de cohérence peut se trouver violé par le choix résultant des préférences des  membres du groupe : c’est l’effet Condorcet, un des aspects de l’irrationalité des foules, approfondi par Kenneth J. Arrow.


Appendice : Christianisme et marxisme :

  Le marxisme a introduit un dualisme logique : la dialectique, qui admet et promeut le contradictoire, l’identité des contraires, le raisonnement circulaire, et que Lénine appelait, a-t-on dit, "l'algèbre de la révolution", est opposée à la logique classique qui exigeait et exige toujours la non-contradiction.

  En 1947, le stalinien Jean Kanapa opposa le « rationalisme des Facultés de philosophie, confit, desséché et momifié, simple précepte épistémologique » au « rationalisme total, vivant, dialectique ». Mais Staline finit par être obligé, vers 1950, de réintroduire l'enseignement universitaire de cette logique classique. En France, Jean Toussaint Desanti tenta de promouvoir la "science prolétarienne" contre la "science bourgeoise".

  Le dualisme logique prend en sociologie la forme du constructionnisme dont un des partisans, Philippe Corcuff, essaye désespérément d'élaborer une logique autre que celle du raisonnement classique en introduisant un "raisonnement circulaire" (Le Débat, n° 103, janvier-février 1999, page 117), qui rejoint la "logique" hégélienne de l'identité de l'identité et de la différence, et, avant Hegel, le second Pascal, celui du manuscrit inachevé des Pensées.

  On rejoint la circularité chrétienne chère notamment aux papes Jean-Paul II et Benoît XVI : la foi en Dieu fondée sur le témoignage de Dieu, la vérité de la Révélation réservée à ceux qui croient en Dieu, la raison et la foi qui ne peuvent se contredire car [sic] elles viennent toutes deux de Dieu (Voir les §§ 9, 15 et 43 de la Lettre encyclique de Jean-Paul II, Fides et Ratio [La foi et la raison], 15 octobre 1998).

  Philippe de Lara, dans sa réponse à Corcuff, relevait que
"si grandioses que soient ces tentatives, elles butent sur le mur du non-sens" ("Nouvelle sociologie ou vieille philosophie", Le Débat, n° 103, janvier-février 1999, pages 121-129 ; la vieille philosophie en question étant la dialectique hégéliano-marxiste.)

   Pour maintenir à tout prix l'erreur marxiste ou néo-marxiste, il faudrait changer le critère d'appréciation, ici, rien de moins que la logique ... L’idée que l’on a de ce qui doit être fausse alors la vision que l’on a de ce qui estLe réel passe en jugement devant l'irréel. Maurice Merleau-Ponty soutenait pourtant que le marxisme ne critique la pensée formelle
« qu’au profit d’une pensée prolétarienne [souligné par moi] plus capable que la première de parvenir à l’"objectivité", à la "vérité", à l’"universalité", en un mot de réaliser les valeurs du libéralisme. » (Humanisme et terreur, Paris : Gallimard, 1947, deuxième partie, chapitre I).



mardi 24 mai 2016

"MARIAGE" HOMO (2/2) : APERÇU HISTORIQUE


"MARIAGE" HOMO (1)


A /   Le "mariage" entre hommes commença à être évoqué dans l’Antiquité romaine ; mais rien trouvé chez les Grecs anciens.

Cicéron (-106 / -43), Philippiques, II, 18 ; 44-47 : vices de Marc-Antoine et de Curio dans leur jeunesse ; unis dans un mariage [matrimonium] stable et régulier [cité par John Boswell qui l’interprète comme une remarque sarcastique].


Cas de Néron (37-68), Nero Claudius Caesar :
SUÉTONE (vers 70/vers 150), avocat et biographe latin,
Vie des douze Césars :

[Chronologie : -48 César -44/-31 Auguste 14 Tibère 37 Caligula 41 Claude 54 Néron 68 Galba 69 Othon 69 Vitellius 69 Vespasien 79 Titus 81 Domitien 96], 

Néron (54/68) : XXVIII : transforme Sporus en femme [castration ?] et se marie avec lui ; joli mot qui en est resté [repris par Dion Cassius et Pierre de Ronsard] ; XXIX : épousa l'affranchi Doryphore [cité par d'Hancarville] en imitant les cris de la vierge déflorée ; il était persuadé que nul homme ne s'abstenait de relations avec les hommes.

« Néron l’androgame »
Aggripa D’Aubigné, Tragiques (1616), II, 827.

FRANÇOIS RENÉ DE CHATEAUBRIAND : « Néron épouse publiquement l'affranchi Pythagore [Tacite], et Héliogabale célèbre ses noces avec Hiéroclès [Dion]. » (Génie du christianisme, IV, vi, 13).


MARTIAL (vers 40 / 102), Épigrammes, I, xxiv : celui qui était une mariée la veille ; XII, xlii : le barbu Callistrate épouse [nupsit] Afer comme une vierge épouserait un mari ; Rome, n'en as-tu pas assez ? Attends-tu aussi un accouchement ? [cité par John Boswell].

JUVÉNAL (vers 55/vers 140), auteur satirique latin, Satires, II "Les hypocrites", 134-136 : « Un ami se marie [nubit] avec son fiancé dans l’intimité. Qu’il nous soit donné de vivre un peu, ces choses se feront au grand jour, publiées à l’état-civil. » [Il aura fallu attendre le tournant du XXIe siècle]

TACITE (vers 55 / vers 120) , Annales, XV, 37 : Néron épouse Pythagoras avec toutes les solennités [cité par La Mothe Le Vayer et par François René de Chateaubriand]

DION CASSIUS (vers 155 / vers 235), Histoire romaine, XLII, 28, an 65 : Néron fit châtrer Sporus et bien que déjà "marié" avec Pythagoras, il l'épousa ; son père aurait dû faire la même chose [mot de Suétone] ;
LXIII, 13 : an 67 : Sporus surnommé Sabina ; Néron l'épousa solennellement en Grèce ; Pythagoras était le "mari" de Néron, Sporus [surnommé reine] sa femme ;
LXXIX, 5, 13-16 : mariage d'Héliogabale avec Hiéroclès [cité par Chateaubriand].

AURÉLIUS VICTOR (IVe siècle), historien latin et haut fonctionnaire,
Livre des Césars :
V, 5 : "Néron [37/68] marié deux fois à deux hommes."

OROSE (fin IVe/début Ve siècles), historien et apologiste chrétien originaire de Galice,
Histoires contre les païens,
VII, vii, 2 : Néron épousa un homme et fut lui-même pris comme épouse par un homme.


La loi romaine de 342 interdisait les "noces d'hommes" ; mais s'agissait-il auparavant de mariages en bonne forme juridique, ou de parodies ?


B / À la fin du Moyen-Âge : affrairamentum entre paysans dans le Midi de la France ; usage ancien auquel le XVe siècle donne une nouvelle jeunesse. En 1446, Jean Rey, que sa femme a quitté, a un grand ami, Colrat ; "Il l'aime, il en est aimé. Échec conjugal, amitié masculine passionnée (non dépourvue d'ambigüité, dans ce cas et dans quelques autres)" note le grand historien de Montaillou ; voir Emmanuel Le Roy Ladurie, Les Paysans du Languedoc, 1ère partie, chapitre 1, pages 39-40 de l'édition en collection de poche Champs (Flammarion).

Lopez de Gomara, Histoire générale des Indes Occidentales, II,xi ou III,xviii ; cf Montaigne, Essais, I,xxiii, page 112 de l'édition Villey/PUF/Quadrige (bordels publics de mâles, voire et des mariages) et ensuite les Dialogues de La Mothe Le Vayer : "Les noces masculines y [aux Indes occidentales] étaient même en usage, pareilles à celles qu'autrefois célébra Néron avec son Pythagoras, selon Tacite [Annales, XV, xxxvii], et comme il se pratique au royaume de la Lune, selon les si véritables Histoires de Lucien [Histoire véritable, I]".


Plusieurs Portugais et Espagnols à Rome, à l'église, en été 1578 ; Antonio Tiepolo, il 2 agosto 1578 : "Sono stati presi undeci fera Portughesi e Spagnuoli, i quali adunatisi in une chiesa, ch'e vicina san Giovanni Laterano, facevano alcune lor cerimonie, e con horrenda sceleraggine bruttando il sacrosante nome di matrimonio, se maritavano l'un con l'altro, congiongendosi insieme, come morito con moglio. Vintisette si trovano, et piu, insieme il piu delle volte, ma questa volta non ne hanno potuto coglier piu che questi undeci, i quali anderamo al fuoco, e come meritano." Cf F. Mutinelli, Storia arcana e aneddotica d'Italia, Vol. I, "Roma e Milano", Parte seconda, vii, Venise : P. Naratovich, 1856.

Commentaire de Montaigne dans son Journal de voyage en Italie, 18 mars 1581 : « […] Saint Jean Porta Latina, en laquelle église certains Portugais, quelques années y a [en 1578], étaient entrés en une étrange confrérie. Ils s’épousaient mâle à mâle à la messe, avec mêmes cérémonies que nous faisons nos mariages, faisant leurs pâques ensemble, lisaient ce même évangile des noces, et puis couchaient et habitaient ensemble. Les esprits romains disaient que, parce qu’en l’autre conjonction, de mâle et femelle, cette seule circonstance la rend légitime, que ce soit en mariage, il avait semblé à ces fines gens que cette autre action deviendrait parfaitement juste, qui l’aurait autorisée de cérémonies et mystères de l’Église. Il fut brûlé huit ou neuf Portugais [onze en fait] de cette belle secte. ».
L’argumentation était fort astucieuse. Cet épisode a été déformé par le sexologue Yves Ferroul qui en tire la conclusion fort hâtive d'une reconnaissance précoce du mariage homo par "des ecclésiastiques" dans son article "Mariage gay, fausse révolution : les unions homosexuelles ont toujours existé".


JB THIERS : « Il s’est trouvé un jour un riche Portugais qui voulut épouser son domestique, et Moscambrun, officier de la Chancellerie romaine, surprit une dispense pour cela moyennant une grosse somme d’argent qu’on lui donna. Mais tout ce malheureux commerce ayant été heureusement découvert par le nonce du Pape en Portugal, le Portugais fut obligé de quitter le royaume, afin d’éviter le feu qu’il avait si bien mérité, et Moscambrun fut puni du dernier supplice. Ces sortes d’alliances contre nature sont plutôt des horreurs et des abominations que des superstitions. »
Abbé Jean-Baptiste Thiers, Traité des superstitions qui regardent les sacrements, X, v, § 25 [1704]. 




Correspondance littéraire du Président Jean Bouhier (1673-1746) :

Singularité des amours de la marquise de Listenois. Lettre de Jean Bouhier à l’avocat Mathieu Marais (1664-1737) : « La marquise de Listenois s’est en effet évadée et s’est, dit-on, sauvée en terre papale comme d’Assoucy, avec le cher objet de ses folles amours. Ce qu’il y a de bon, c’est qu’elle a passé ici incognito sans autre suite que la Lambert, qu’on dit très bien faite quoiqu’un peu maigre. Elle lui a assuré 6 000 livres de rente sa vie durant pour ses bons et agréables services. » (28 mars 1730)
Marais à Bouhier : « Madame de Listenois est à Saint-Mandé, près Paris, et on dit que la liberté a été donnée à Mlle Lambert. » (lettre du 12 avril 1730)
Jean Bouhier à Mathieu Marais : « Mme de Listenois a été assez sotte pour se laisser arrêter à Pontdevaux [Ain actuel]. Elle est en notre château, où on lui a donné pour la servir deux antiques sorcières, qui sont très propres à la guérir de son goût lesbien. Sa chère Lambert a été conduite à Paris, où l’on croit qu’on va l’enfermer au couvent de Saint-Michel. On dit qu’elle est très aimable et qu’il y a longtemps qu’elle aurait voulu se dépêtrer de sa marquise, qui l’avait dit-on enchaînée par une donation de 6 000 livres de rente sa vie durant. » (15 avril 1730)
Mathieu Marais à Jean Bouhier : « La Lambert est grosse et Mme de Listenois soutient que si elle l’est, ce ne peut être que d’elle ; cette voie de faire des enfants était bonne au pays de Saden [?]. » (14 juillet 1730)
Jean Bouhier à Mathieu Marais : « J’ai ri à me pâmer de la grossesse de la Lambert et de ce qu’a dit sur cela sa bonne amie. Mais saviez-vous bien que pendant qu’elles étaient à Vesoul elles avaient avec elles je ne sais quelle petite fille, qu’elles avaient accoutumée à dire papa à l’une et maman à l’autre. » (20 juillet 1730) [Déjà l'homoparentalité ...]


C / Remarque du juriste calviniste Jean-Louis De Lolme (1741-1806) :

« C’est un principe fondamental chez les gens de robe de ce pays-là, que le Parlement peut tout, excepté faire une femme d’un homme, et vice versa. » (Constitution de l’Angleterre, I, ix).


Au catalogue de la /Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne [1784-1842], nº 3879, un manuscrit intitulé : "Julia, ou le Mariage sans femme, folie-vaudeville en un acte". Le rédacteur met en note : « Cette pièce est sotadique [Cf DFHM], comme son titre l'indique. L'écriture ressemble à celle du marquis de Sade, qui avait, comme on sait, démoralisé les prisonniers de [la prison de] Bicêtre en les dressant à jouer des pièces infâmes qu'il composait pour eux. ».
Bibliothèque dramatique de Monsieur [Alexandre Martineau] de Soleinne [1784-1842]. Catalogue rédigé par P. L. Jacob [Paul Lacroix, 1806-1884], bibliophile. Paris : Alliance des Arts, 1843-1845, en 6 volumes.


Allusion de Nietzsche :
Aurore (1881), III, § 164 : "Peut-être prématuré.
Il semble qu'actuellement, sous toutes sortes de noms erronés et trompeurs et la plupart du temps dans une grande confusion, on assiste aux premières tentatives de la part de ceux qui ne sont pas assujettis aux mœurs et aux lois régnantes pour s'organiser et se créer ainsi un droit." (voir plus loin, Ulrichs).

Androgame :
« Et il y avait, ainsi accommodés en façon de bibliothèque, le caveau de Bordeaux, celui des Bourgognes [...], un autre pour les vins de Champagne, un quatrième des vins étrangers et de ceux de liqueur les plus rares, avec un dernier, réservé à la bière que buvait Charles d'Este, et qu'on brassait exprès pour lui à Pilsen, en Bohême. Otto et son androgame Saint-Amour, trouvèrent là d'étranges plaisirs, se gorgeant, cassant les goulots, entonnant à même ; alors, des chansons, des hurlements, des crapauds crevés avec de la poudre, des baptêmes de chiens que l'on faisait ensuite s'accoupler, les ordures les plus énormes. »
Élémir Bourges, Le Crépuscule des dieux, 1884.


Karl H. Ulrichs (1825-1895) :
« Le premier qui ait introduit le mot "Urning" dans la langue fut [Karl Heinrich] Ulrichs, qui, en 1864, se posa, sous le pseudonyme de Numa Numantius, en défenseur du bon droit des hommes qui se sentent plus fortement attirés vers l’homme que vers la femme. Dans son zèle à défendre cette cause, qui était un peu la sienne (car lui-même avait une nature uraniste) il alla jusqu’à désirer la sanction légale et ecclésiastique du mariage et du commerce sexuel entre hommes ! »
Dr A. Alétrino, "La Situation sociale de l’Uraniste", 1901. [Cf DFHM]


Heinrich Marx, Urnings Liebe, Leipzig : 1875 : demande l'institution du mariage légal de l'uraniste avec l'homme de son choix ; affirme que ce genre de mariage existe déjà en Albanie.


Les frères Goncourt :
Vers le 20 avril 1866 : le Journal ... des frères Edmond et Jules de Goncourt rapporte « Un joli mot entendu : "On se marie beaucoup, cette année … surtout les hommes ! " »


Angleterre :
André GIDE :
« – Ce n’est pas du tout ce qu’on croit ici, me disait-il [Pierre Louis]. Ces jeunes gens sont des plus charmants. (Il parlait des amis de Wilde et de ceux de son entourage, dont la compagnie allait bientôt devenir si suspecte.) Tu ne t’imagines pas l’élégance de leurs manières. […] Ils savent tout envelopper de poésie. Ils m’ont raconté que quelques jours auparavant, ils avaient décidé un mariage, un vrai mariage entre deux d’entre eux, avec échange d’anneaux. »  (Si le grain ne meurt, 2e partie, Paris : Gallimard, 1926).

Henri Emmanuelli :
« Savez vous quel député a dit, à la buvette de l'Assemblée après le premier échec de la proposition de loi sur le PACS, cette jolie phrase : "Fallait pas rêver, on allait quand même pas se démener et monter à Paris rien que pour le mariage des tantouzes" ? Monsieur Henri EMMANUELLI, député (socialiste) des Landes ... clâsse, non ? »
Lu sur le site web du Nouvel Obs le 9 octobre 2002.


D / Plateforme pour l’égalité des droits (25 mars 2004, élaborée sous la direction de Daniel Borrillo et Didier Éribon  ) ; l'état d'avancement de cette plateforme est à la fois impressionnant et inquiétant.

" L’homophobie, la lesbophobie et la transphobie tuent : égalité des droits

1 La modification de l’article premier de la Constitution, assurant l’égalité des citoyen(ne)s sans distinction d’origine, de race ou de religion, pour y ajouter la notion d’égalité sans distinction de sexe, d’orientation sexuelle, d’identité de genre [version moderne du "troisième sexe"].

2 La condamnation des discriminations basées sur le sexe, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la victime au même titre que le sont celles liées au racisme ou à l’antisémitisme.

[Obtenu pour l'identité sexuelle par l'article 4 de la première loi Taubira, loi 2012-954 du 6 août 2012 qui modifie une quinzaine de dispositions du Code pénal. En cours pour l'identité de genre :

PROPOSITION DE LOI tendant à lever les discriminations reposant sur le sexe, le genre et l’orientation sexuelle en matière de filiation, 24 juillet 2012 ; cette proposition contient 22 fois le mot "genre", mais ne le définit pas ...
« La ministre des droits des femmes, porte-parole du Gouvernement, a présenté les principes du programme d'actions contre les violences et les discriminations commises à raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre que le Premier ministre l'a chargée d'élaborer début septembre.
[…]
3. agir contre les discriminations au quotidien : l'Etat se mobilisera contre les discriminations dans l'emploi, dans le secteur public et le secteur privé. La charte de l'égalité dans la fonction publique fera l'objet d'une révision dans le cadre de l'agenda social, mettant en avant les valeurs du service public et de la fonction publique. Dans ce cadre, l'égalité des droits et la lutte contre les discriminations commises à raison de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre seront réaffirmées. » (Communiqué du Conseil des ministres du 31 octobre 2012)
http://www.elysee.fr/conseils-des-ministres/article/compte-rendu-du-conseil-des-ministres-du-31-octobre-201/ 

Proposition de loi d'Esther Benabassa visant à protéger l'identité de genre]

3 La pénalisation des propos discriminatoires (injures, diffamation, incitation à la haine) sexistes, homophobes, lesbophobes et transphobes, au même titre que le sont les propos racistes ou antisémites. [Obtenu pour les propos dits homophobes et discriminatoires par la loi Halde du 30 décembre 2004]

4 La mise en place d’une politique efficace de prévention de l’homophobie, de la lesbophobie, de la transphobie et du sexisme, notamment en milieu scolaire et dans les organismes accueillant du public (OFPRA, institution pénitentiaire, CNAM, Police Nationale...).

5 Le droit au mariage civil pour les couples de même sexe ; l’extension aux couples homosexuels de l’ensemble des avantages (sociaux, fiscaux, séjour...) dont bénéficient les couples hétérosexuels ; l’égalité des droits entre les différents statuts civils et fiscaux : PACS, mariage, concubinage et célibat. [Obtenu pour le mariage par la seconde loi Taubira, loi 2013-404 du 17 mai 2013].

6 L’accès à la procréation médicalement assistée et à l’adoption quelles que soient l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou le statut marital du/de la ou des demandeur(e)s. [Obtenu pour l'adoption par les couples mariés, homos comme hétéros, par la loi 2013-404 du 17 mai 2013].

7 Que les trans ne soient plus classé(e)s comme malades mentaux par le système de soins français. [obtenu par le décret 3010-125 du 8 février 2010]. Décret Bachelot.

8 La simplification de la procédure de changement d’état civil pour les trans (transsexuel(le)s et transgenres) qu’elles ou ils soient opéré(e)s ou non, et l’accès à une prise en charge médicale choisie, rapide et efficace. [Proposition de loi, socialiste, du 29 septembre 2015, relative à la modification de la mention du sexe à l'état civil ; article 61-5 nouveau du Code civil (article 56, II, du texte adopté définitivement par l’Assemblée nationale le 12 octobre 2016)].

9 La suppression de toute mention relative au sexe sur les papiers d’identité et documents administratifs. "


Ces exigences sont un pré-requis pour lutter contre les discriminations, dans la loi, dans les faits, dans les têtes. Nous invitons les structures associatives et politiques et les individu(e)s dont la lutte contre les discriminations fait partie du combat politique, à rejoindre le Collectif pour l’égalité des droits et à soutenir cette plate-forme de revendications.


Organisations signataires :
Académie Gay &amp ; Lesbienne, Act Up-Paris, Act Up-Lyon, Alternative libertaire, CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception), CCP (Collectif Contre le Publisexisme), CLF (Coordination Lesbienne en France), CNDF (Collectif National pour les Droits de Femmes), Conservatoire des Archives et des Mémoires Homosexuelles, DEGEL (Debout Étudiant-es Gais Et Lesbiennes), Etudions Gayment, Femmes Publiques, Fierté LGBT Lille, FTCR (Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives), GLB (Gais et Lesbiennes Branchés), GAT (Groupe Activiste Trans), Gay Kitsch Camp [Lille], Homonormalité, JCR (Jeunesses Communistes Révolutionnaires), La Dixième Muse, La voix de l’âme, LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire), Les Mauves, Les Panthères roses, Les Verts, LGBT-Formation, Mix-cité, PASTT (Prévention Action Santé Travail pour les Trangenres), ProChoix, Ras l’front, Scalp-Reflex, SNEG (Syndicat National des Entreprises Gaies), SOS-Homophobie, SUD Étudiant, SUD PTT, Tasse de Thé (association et portail pour les lesbiennes), Tiresias, Trans Action, Vamos !

Personalités politiques signataires :
Clémentine Autain (adjointe au maire de Paris), Olivier Besancenot (porte parole de la LCR), Patrick Bessac (conseiller régional PCF d’Ile-de-France), Jean Brafman (conseiller régional d’île de France, Groupe communiste, alternative citoyenne, républicain), Sergio Coronado (Adjoint au maire du 14e ardt de Paris, [depuis député écologiste, Français établis hors de France, 2e circonscription]), Jean-Luc Estournel (adjoint au maire de Villeurbanne), Hélène Flautre (députée Européenne, les Verts), Christophe Girard (Adjoint au maire de Paris), Noël Mamère (Député de Gironde, les Verts [réélu en 2012, 3e circonscription), Pierre Quay-Thevenon (adjoint au maire (PC) de Saint-Denis), Roseline Vachetta (député Européenne, LCR).


Fin de la plateforme de 2004



E / Mgr DUBOST et le respect de la nature :
« L'adjoint (Vert) au maire de Paris chargé de la Culture Christophe Girard a dénoncé jeudi les propos de l'évêque d'Evry (Essonne), Mgr Michel Dubost, qui s'est étonné mercredi que les Verts soutiennent le mariage des homosexuels." Je n'imaginais pas que l'abstinence pût rendre aussi irrespectueux et sectaire", a déclaré par téléphone à l'AFP M. Girard. « Comment un chrétien peut-il tenir des propos d'une telle homophobie ? La Bible ne dit-elle pas "aimez vous les uns les autres" ? ». L'adjoint (Vert) au maire de Paris a ajouté attendre des excuses, "ne serait-ce que par respect pour le grand nombre de prêtres, évêques et cardinaux homosexuels". Mgr Dubost avait estimé mercredi "surprenant que les mêmes qui luttent contre les OGM au nom du respect de la nature disent avec le même élan que la nature n'a pas d'importance pour l'homme", au sujet du mariage homosexuel que s'apprête à célébrer le député Vert Noël Mamère à Bègles, en Gironde. »
AFP, 6 mai 2004.
Mais l'abstinence est-elle dans la nature ?



DANIEL SIBONY (né en 1942) et le déni de la différence

« Les homosexuels en faveur du « mariage gay » s'opposent au couple de leurs parents ; ce n'est pas seulement une différence, c'est une opposition. Puis ils la font reconnaître, comme «différence», et après avoir marqué leur différence, ils veulent aussi la «différence» de l'autre, le mariage. Et voilà que l'autre, représenté par la loi, semble se sentir coupable envers eux (mais coupable de quoi ?), et il est prêt à la leur donner, cette différence, incarnée par le mariage. Comme pour leur montrer à quel point il veut leur bonheur : qu'ils puissent choisir d'être «normaux» tout en étant homos. […] Au-delà de tout cela, il se peut que la question posée soit celle de l'injustice, sur un mode un peu étrange : «Il est injuste que certains puissent se marier et d'autres pas...» On retrouve la tendance à penser l'injustice non pas comme un événement où un sujet est lésé parce que l'autre lui prend une part de jouissance, mais comme une différence entre deux états, ou deux situations. Que prennent donc ceux qui se marient à ceux qui ne peuvent se marier, étant deux hommes ou deux femmes ? Et que peut-on donner à ceux-ci sinon le déni d'une réalité ? »
"Inceste, mariage homosexuel et injustice", Le Figaro, 13 août 2004.



BERNARD SEILLIER (né en 1941) : rébellion ou normalité ?

« Si les liens amoureux et sexuels entre personnes de même sexe ont pu être tour à tour ritualisés, condamnés, marginalisés ou tolérés dans l'histoire, ils n'ont jamais été proposés comme fondateurs des institutions de droit commun relatives à la génération et à la filiation au sein de la société. C'est pourquoi la question de l'homosexualité ne peut être rapprochée de l'émancipation noire, de l'émancipation juive et de l'émancipation des femmes que parce qu'elle relève d'une même dynamique, commune à toute la civilisation occidentale. Cette dynamique vise à rétablir le sujet comme individu libre, pensé à la fois comme citoyen et comme personne. Mais, à l'inverse des trois autres combats émancipateurs, celui qui est mené au titre de l'orientation sexuelle ne peut comporter automatiquement et intégralement les mêmes objectifs. Il ne peut revendiquer de droit l'accès au mariage et à la filiation. En effet, le droit du mariage et le droit de la filiation n'ont pas pour objet de satisfaire les seules libertés individuelles, ils visent aussi à protéger les libertés conjugales de l'homme et de la femme associés. Ce sont bien les libertés découlant du lien conjugal entre l'homme et la femme que ces droits visent à protéger. L'institution matrimoniale et la filiation ne peuvent relever des seules volontés individuelles, indépendamment des conditions de différenciation sexuelle. C'est à ce niveau que se révèle le choix entre rébellion et normalité pour la revendication sociale au titre de l'orientation sexuelle. Ce sera toujours une pierre d'achoppement, car deux courants traversent le combat homosexuel. Un seul est compatible avec la République, celui qu'a bien exprimé Jean-Louis Bory, dans les années soixante-dix, et qui peut être résumé par trois de ses slogans : « ni honte, ni prosélytisme », « droit à l'indifférence », « je ne plaide pas, j'informe ». En revanche, à la même époque, le plaidoyer de Guy Hocquenghem invitant à la rébellion ne peut être retenu. »


Extrait de l'arrêt du 19 avril 2005 de la Cour d’appel de Bordeaux :

« L’article 75 du Code civil l’énonce “il recevra de chaque partie, l’une après l’autre, la déclaration qu’elles veulent se prendre pour mari et femme”. […] Sans équivoque possible, le Code civil impose à l’officier d’état civil de recueillir la déclaration de deux personnes de sexes différents qui se prennent pour “mari et femme”. […] toute autre interprétation rendrait incohérent le droit interne puisque notamment les prohibitions à mariage concernent le frère et la sœur mais ni deux frères ni deux sœurs. »
La Cour d'appel confirma donc l’annulation du mariage prononcée en première instance, en se référant notamment à la définition de Jean Portalis.


BENOÎT XVI (né en 1927, pape de 2005 à 2013)

« Les différentes formes actuelles de dissolution du mariage, comme les unions libres et le "mariage à l’essai", jusqu’au pseudo-mariage entre personnes de même sexe, sont au contraire l’expression d’une liberté anarchique qui se fait passer, à tort, pour une vraie libération de l’homme. Une telle pseudo-liberté s’est fondée sur une banalisation du corps, qui inclut inévitablement la banalisation de l’homme. […] Le libertinisme, qui se fait passer pour la découverte du corps et de ses valeurs, est en réalité un dualisme qui déprécie le corps en le plaçant pour ainsi dire en dehors de l’authentique être et dignité de la personne. »
Discours sur la famille et la communauté chrétienne, Latran, 6 juin 2005.


Gay Pride :
Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé, samedi 25 juin [2005], à Paris pour la "Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans" (LGBT) avec comme principale revendication une loi pour le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels.
http://www.lemonde.fr 25 juin 2005.



HENRI TINCQ (né en 1945) : respect des homosexuels, mais pas de mariage :

« Le pape Benoît XVI, comme le pape Jean Paul II, a toujours dit que l'homosexualité était un comportement sexuel contre nature et contre la loi de Dieu. Je vous rappelle que l'homosexualité est interdite dans la Bible et dans toutes les religions, comme contraire à l'ordre voulu par le Créateur, qui a créé un homme et une femme. Mais le pape Benoît XVI, comme son prédécesseur et comme toute l'Église catholique, a toujours ajouté qu'il fallait respecter les homosexuels. La réponse est donc : non à l'homosexualité, mais respect des homosexuels. Ce dont l'Église ne veut en tout cas pas, c'est le mariage entre homosexuels, qui dénature la conception chrétienne du mariage qui s'est imposée dans l'histoire à la société civile et qui unit librement un homme et une femme. »
Débat-chat, http://www.lemonde.fr , 16 août 2005


DSK s'engage pour l'égalité réelle :
Les associations socialistes LGBT européennes, réunies vendredi 28 octobre à Paris, ont signé une déclaration commune à destination du président du Parti socialiste européen (PSE). «Suite à l'approbation, par plusieurs gouvernements européens, de lois visant à octroyer une pleine égalité des droits aux personnes LGBT, écrivent-elles, il devient intolérable que tous les citoyens des pays membres de l'UE n'aient pas des droits identiques. Il nous semble essentiel de rappeler que l'universalité des droits est un pilier central du socialisme.» Leur proposition «vise à créer une plate-forme LGBT au sein du PSE et contribuera ainsi à une meilleure connaissance des engagements politiques du PSE.» Elle a été co-signée par les représentants de 9 associations socialistes européennes (présentes en Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède), invités au siège du Parti socialiste français, à Paris, par Homosexualités et socialisme. La rencontre a été introduite par Jack Lang et conclue par Dominique Strauss-Kahn, secrétaire national du PS. Celui a confirmé son engagement en faveur du mariage et de l'adoption pour les couples de même sexe. « Si le choix des militants se porte sur moi, a-t-il déclaré, faisant référence à la candidature PS pour les élections présidentielles de 2007, je m'engage devant vous à me battre pour la mise en œuvre de l'égalité réelle des droits pour les personnes LGBT. »
http://www.tetu.com 31 octobre 2005.


Abbé Pierre, très ouvert :
« Favorable au préservatif pour lutter contre l'épidémie du sida, l'abbé Pierre [Henri Grouès] était ainsi très ouvert sur le mariage et l'adoption par les couples homosexuels. Longtemps, son secrétaire fut d'ailleurs Jacques Perotti, curé et militant homosexuel qui fonda l'association des cathos gays David et Jonathan. L'abbé Pierre n'était pas de ceux qui pensent qu'on ne doit aimer qu'à l'endroit. Sur sa tombe, il souhaitait qu'on inscrive juste : "II a essayé d'aimer". »
Isabelle Monnin, « Les confessions scandaleuses », Le Nouvel Observateur, 25 janvier 2007.


Arrêt n° 511 du 13 mars 2007 Cour de cassation - Première chambre civile
Rejet

Demandeur(s) à la cassation : M. Stéphane X... [Chapin] et autre
Défendeur(s) à la cassation : procureur général près la cour d'appel de Bordeaux

Attendu, selon l’arrêt confirmatif attaqué ([Cour d'appel de] Bordeaux, 19 avril 2005), que, malgré l’opposition notifiée le 27 mai 2004 par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Bordeaux, le maire de la commune de Bègles, en sa qualité d’officier d’état civil, a procédé, le 5 juin 2004, au mariage de MM. X... et Y... [Stéphane CHAPIN et Bertrand CHARPENTIER] et l’a transcrit sur les registres de l’état civil ; que cet acte a été annulé, avec mention en marge des actes de naissance des intéressés ;

Sur le premier moyen, pris en ses deux branches :

Attendu que MM. X... et Y... [Stéphane CHAPIN et Bertrand CHARPENTIER] font grief à l’arrêt d’avoir déclaré recevable l’action du ministère public, alors, selon le moyen :

1°/ qu’en vertu de l’article 184 du code civil, tout mariage contracté en contravention aux dispositions contenues aux articles 144, 146, 146-1, 147, 161, 162 et 163, peut être attaqué par le ministère public ; qu’aucun de ces textes ne pose comme critère de validité du mariage la différence de sexe des époux ; qu’en déclarant recevable l’action du ministère public, la cour d’appel a violé l’article 184 du code civil ;
2°/ qu’en dehors des cas spécifiés par la loi, le ministère public ne peut agir que pour la défense de l’ordre public à l’occasion des faits qui portent atteinte à celui-ci ; qu’en déclarant recevable l’action du ministère public, sans dire en quoi les faits qui lui étaient soumis, non contraires aux articles 144, 146, 146-1, 147, 161, 162 et 163 du code civil, avaient porté atteinte à l’ordre public, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 423 du nouveau code de procédure civile ;

Mais attendu qu’aux termes de l’article 423 du nouveau Code de procédure civile, le ministère public peut agir pour la défense de l’ordre public à l’occasion des faits qui portent atteinte à celui-ci ; que la célébration du mariage au mépris de l’opposition du ministère public ouvre à celui-ci une action en contestation de sa validité ; que le moyen n’est fondé en aucune de ses branches ;

Sur le second moyen, pris en ses cinq branches :

Attendu que MM. X... et Y... [Stéphane CHAPIN et Bertrand CHARPENTIER] font grief à l’arrêt d’avoir annulé l’acte de mariage dressé le 5 juin 2004, avec transcription en marge de cet acte et de leur acte de naissance, alors, selon le moyen :

1°/ qu’en retenant que la différence de sexe constitue en droit interne français une condition de l’existence du mariage, cependant que cette condition est étrangère aux articles 75 et 144 du Code civil, que le premier de ces textes n’impose pas de formule sacramentelle à l’échange des consentements des époux faisant référence expressément aux termes "mari et femme", la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

2°/ qu’il y a atteinte grave à la vie privée garantie par l’article 8 de la Convention lorsque le droit interne est incompatible avec un aspect important de l’identité personnelle du requérant ; que le droit pour chaque individu d’établir les détails de son identité d’être humain est protégé, y compris le droit pour chacun, indépendamment de son sexe et de son orientation sexuelle, d’avoir libre choix et libre accès au mariage ; qu’en excluant les couples de même sexe de l’institution du mariage et en annulant l’acte de mariage dressé le 5 juin 2004, la cour d’appel a violé les articles 8 et 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

3°/ que par l’article 12 de la Convention se trouve garanti le droit fondamental de se marier et de fonder une famille ; que le second aspect n’est pas une condition du premier, et l’incapacité pour un couple de concevoir ou d’élever un enfant ne saurait en soi passer pour le priver du droit visé par la première branche de la disposition en cause ; qu’en excluant les couples de même sexe, que la nature n’a pas créés potentiellement féconds, de l’institution du mariage, cependant que cette réalité biologique ne saurait en soi passer pour priver ces couples du droit de se marier, la cour d’appel a violé les articles 12 et 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

4°/ alors que si l’article 12 de la Convention vise expressément le droit pour un homme et une femme de se marier, ces termes n’impliquent pas obligatoirement que les époux soient de sexe différent, sous peine de priver les homosexuels, en toutes circonstances, du droit de se marier ; qu’en excluant les couples de même sexe de l’institution du mariage, et en annulant l’acte de mariage dressé le 5 juin 2004, la cour d’appel a violé les articles 12 et 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

5°/ que le libellé de l’article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne s’écarte délibérément de celui de l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme en ce qu’il garantit le droit de se marier sans référence à l’homme et à la femme ; qu’en retenant que les couples de même sexe ne seraient pas concernés par l’institution du mariage, et en annulant l’acte de mariage dressé le 5 juin 2004, la cour d’appel a violé l’article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;

Mais attendu que, selon la loi française, le mariage est l’union d’un homme et d’une femme ; que ce principe n’est contredit par aucune des dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne qui n’a pas en France de force obligatoire ; que le moyen n’est fondé en aucune de ses branches ;

PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
Président : M. Ancel
Rapporteur : M. Pluyette, conseiller
Avocat général : M. Domingo
Avocat(s) : la SCP Thouin-Palat


Commission des Lois de l'Assemblée nationale, 25 mai 2011, extrait du compte-rendu :

M. Yves Nicolin. Si je ne vois rien à redire au titre de la proposition de loi, je constate que le débat s’oriente sur la question de l’homosexualité. Or qu’est-ce qu’un homosexuel ? Une personne qui éprouve une attirance sexuelle pour une autre personne de même sexe. En quoi une telle attirance justifierait-elle que la société modifie ses règles de fonctionnement ? Chacun est libre de mener sa vie sexuelle comme il l’entend, pourvu qu’il ne trouble pas l’ordre public, mais la société n’a pas à modifier son modèle au gré des souhaits des uns ou des autres.

Nous passons d’un débat à un autre. De l’idée qu’il faudrait réserver les mêmes droits à tous, quel que soit leur sexe, on en vient à soutenir qu’il faudrait prendre en compte toutes les pratiques sexuelles. Si tel était le cas, il faudrait demain en intégrer d’autres. Or il me semble dangereux d’aller dans cette voie.

Nos collègues de l’opposition reprochent souvent au Président de la République ou au Gouvernement de dresser des Français les uns contre les autres. Mais c’est précisément ce qu’ils font en ce moment !

Mme Brigitte Barèges. Je suis surprise qu’on place la discussion sur le terrain de l’égalité des droits. Il y a deux sexes différents, complémentaires, qui devraient avoir des droits égaux. S’il y a un combat à mener, c’est peut-être dans ce sens qu’il faut aller, pour faire mieux respecter le droit des femmes. Pour ma part, j’y souscrirai totalement.

Vous vous êtes battus pour le PACS, que l’on a voté. L’enjeu du débat sur le PACS était que les couples homosexuels aient les mêmes droits que les couples hétérosexuels. Que leur manque-t-il aujourd’hui à part la robe de mariée ? Au nom de l’évolution des mœurs, notre société, dont les fondements laïques et républicains sont établis depuis des siècles, devra-t-elle prendre en compte, comme l’a dit mon collègue, d’autres pratiques sexuelles – et pourquoi pas le mariage avec les animaux ou la polygamie, si d’autres religions prennent le pas sur notre tradition judéo-chrétienne ?

M. Noël Mamère. Honte à vous ! Comment dire de pareilles inepties ?

Mme Brigitte Barèges. J’exagère, bien sûr, mais c’est pour montrer où mène l’absurde. Il faut tout de même des barrières et des règles pour garantir la vie en société et les traditions.



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