Affichage des articles dont le libellé est définition. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est définition. Afficher tous les articles

mercredi 1 février 2017

INDEX NIETZSCHE (1/16) : LES PHILOSOPHES, LA PHILOSOPHIE


Guillaume Erner ;" Le philosophe aimait l’art et l’Antiquité grecque, mais son désir de surhomme ou ses diatribes contre ce « juif de Socrate »  (1) le rendent difficile à citer. " France Culture, 7 mars 2017
1. Cette expression ne se trouve pas dans les écrits de Nietzsche.


Note sur mes indexations de Nietzsche :

A / Les notes et les indications entre [ ] sont de MOI, sauf lorsqu'il s'agit de phrases allemandes en italiques, l'original nietzschéen. Les passages mis en gras le sont par moi, sauf indication contraire (le gras est exceptionnel chez Nietzsche). La traduction est le plus souvent revue vers une plus grande littéralité à partir de celle des éditions Gallimard (Paris),Œuvres philosophiques complètes. Traducteurs : Anne-Sophie Astrup, Henri-Alexis Baatsch, Jean-Louis Backès, Pascal David, Maurice de Gandillac, Jean Gratien, Michel Haar, Cornélius Heim, Jean-Claude Hémery, Julien Hervier, Isabelle Hildenbrand, Pierre Klossowski, Philippe Lacoue-Labarthe, Jean Launay, Marc B. de Launay, Jean-Luc Nancy, Robert Rovini, Pierre Rusch. Plus récemment, j'ai aussi utilisé les traductions GF-Flammarion de Geneviève Blanquis, Eric Blondel, Ole Hansen-Love, Théo Leydenbach et Patrick Wotling 

B / Je signale ci-dessous ce qui me semble quelques rares erreurs ou imperfections  manifestes de l'édition de ces traductions :

Naissance de la tragédie, Dédicace, : « les mouvements d’humeur et les incompréhensions ».

La Philosophie à l’époque tragique des Grecs,
§ 3 : « Thalès a vu l’unité de l’étant » (au lieu de de l'être) ;
§ 8 : « l’essence du grand naturel philosophe » (au lieu de grand tempérament philosophe)

Opinions et sentences mêlées, § 186, « cette basse fondamentale » (au lieu de base) ; erreur de traduction que l'on trouve aussi dans Le Monde... de Schopenhauer (PUF).

Gai savoir 
I, § 11 : « la conscience est la dernière et plus tardive évolution de l’Organique, et par conséquent ce qu’il y a de moins accompli et de plus fragile en lui » ;
III, § 149 : « Là où quelqu’un domine, il y a des masses : où il y a des masses, il règne un besoin d’esclavage. »

IV, § 141 : « que l'être humain » (au lieu de que l'homme)
VI, § 213 : « Il est difficile d’apprendre ce qu’est un philosophe, parce qu’il n’y a rien à enseigner » (au lieu de difficile d'enseigner ce qu'est un philosophe, parce qu'il n'y a rien à enseigner) ;
IX, § 259,  « elle appartient à l’essence de » (au lieu de elle est inhérente à).

Crépuscule des Idoles, Divagations d’un inactuel, § 32 : « L’histoire de ses aspirations fut jusqu’à présent la partie honteuse de l’être humain. »
L’Antéchrist, § 51 : « le démocratisme de l’instinct chrétien triompha » (au lieu de démocratisme des instincts)

Ecce Homo,
Pourquoi je suis si avisé, § 10 : « je n’ai jamais souffert que de la "multitude" » (au lieu de que la multitude)
Pourquoi j’écris de si bons livres, § 2 : « je suis en grec, et pas seulement en grec, l’Antichrist. » (au lieu de Antéchrist)
Pourquoi je suis un destin, § 8 : « aucun but, aucune raison, aucune tâche » (au lieu de aucun but, aucune tâche)

Fragments posthumes, M III 1, printemps-automne 1881, [62] : « Les jésuites plaidaient, contre Pascal, les Lumières et l’Humanité. » ; [244] : « L’homme bilieux a trop peu de sulfate de soude ; le mélancolique manque de sulfate et de phosphate de potassium. »
N II 7, été 1878, 30[164] : « Goethe ... GOETHE » (au lieu de Gœthe ... GŒTHE)
N VII 2b, automne 1885 - printemps 1886 : 1[87] : « Le "Je" »
W II 2, automne 1887 : [138] : « l’évolution ultérieure autant que l’antérieure »
W II 3, novembre 1887 - mars 1888 : [347] : « les Grecs ont divinisé la nature et ils ont légué au monde leur religion, c’est-à-dire la philosophie et l’art ».


Les textes allemands sont tous accessibles sur Nietzsche Source 

Je me permets de franciser le prénom de notre philosophe parce qu'il avait une connaissance et une estime particulière pour la culture française, et parce que j'ai pour lui une affection durable. Ces notes de (re)lecture rassemblées par thèmes sont l'émanation lointaine de ma réaction indignée, en 1991, face aux citations mal traduites de la première édition de Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens



* * * * *

Ma définition personnelle de la philosophie.



* * * * *

Fragments posthumes, 1869-1873,

P II 1b, automne 1869 : [3] : valeur de la croyance grecque aux dieux : elle se laissait mettre de côté d’une main légère et n’inhibait pas le philosopher [Philosophiren].

U I 2b, fin 1870 - avril 1871 : [17] : la pensée philosophique ne peut pas construire, mais seulement détruire. Cf Alfred de Vigny : « La philosophie de Voltaire […] fut très belle, non parce qu’elle révéla ce qui est, mais parce qu’elle montra ce qui n’est pas. » (Journal d’un poète, 1830).

U I 5a, hiver 1870-1871 - automne 1872 : [62] : impossibilité de la philosophie à l’Université

P I 20b, été 1872 - début 1873 : 19[7] : Décrire la tâche de la nouvelle génération philosophique.
19[52] : la philosophie est indispensable à la formation [Bildung] car elle intègre le savoir dans une conception du monde artistique
19[62] : philosophie : exposition par concepts [Darstellung in Begriffen] en commun avec la science ; la philosophie est une forme de l’art poétique ; impossible à classer.
19[75] : La pensée philosophique peut être décelée au cœur de toute pensée scientifique ; même dans la conjecture. [Das philosophische Denken ist mitten in allem wissenschaftlichen Denken zu spüren: selbst bei der Conjektur.]
19[76] : Il n’y a pas de philosophie en aparte, coupée de la science : on pense pareillement ici et là.
19[136] : "Toutes les sciences ne reposent que sur le fondement général qu'offre le philosophe".[alle Wissenschaften ruhen nur auf dem allgemeinen Fundamente des PhilosophenIdée présente chez Martin Heidegger, et chez Alexandre Koyré (1954)].
19[172] : Dans le philosophe, la connaissance et la culture se rejoignent. [Im Philosophen berührt sich das Erkennen wieder mit der Kultur.]
19[216] : la philosophie fut d’abord pratiquée de la même manière que s’était formé le langage, c’est-à-dire de manière illogique. [Wir sehen, wie zuerst weiter philosophirt wird, so wie die Sprache entstanden ist, d.h. unlogisch.

Mp XII 4, hiver 1872-1873 : 23[45] : la philosophie n’est pas pour le peuple.
n’est donc pas la base d’une civilisation.
donc seulement instrument d’une civilisation. [Philosophie nicht für das Volk
also nicht Basis einer Kultur,
also nur Werkzeug einer Kultur.
a) Gegen den Dogmatism der Wissenschaften
b) gegen die Bilderverwirrung mythischer Religionen in der Natur
c) gegen die ethische Verwirrung durch Religionen.]

U II 1, printemps-automne 1873 :
27[23] : La foule est non philosophique et [David] Strauss appartient à la foule. [Die Menge ist unphilosophisch und Strauß gehört zur Menge.]


Cinq préfaces à cinq livres qui n'ont pas été écrits, 1872, [Fünf Vorreden zu fünf ungeschriebenen Büchern]
1 "Sur le Pathos de la vérité" : " le dédain du présent et de l’instantané fait partie du mode philosophique de réflexion. Il détient la vérité ; que la roue du temps roule où elle veut, jamais elle ne pourra échapper à la vérité. " [die Mißachtung des Gegenwärtigen und Augenblicklichen liegt in der Art des philosophischen Betrachtens. Er hat die Wahrheit; mag das Rad der Zeit rollen, wohin es will, nie wird es der Wahrheit entfliehen können.]

La philosophie à l’époque tragique des Grecs, [1873]

§ 1 : les questions qui touchent aux origines de la philosophie sont parfaitement indifférentes, parce qu’à l’origine la barbarie, l’informe, le vide et la laideur règnent partout, et qu’en toutes choses seuls importent les degrés supérieurs.
D’autres peuples ont des saints [ou des prophètes], les Grecs ont des sages.

§ 3 : S’il [Thalès] a, en l’occurrence, bien utilisé la science et employé des vérités démontrables pour les dépasser aussitôt, c’est précisément là un trait caractéristique de l’esprit philosophique. […] Une acuité dans l’activité de discernement et de connaissance, une grande capacité de distinction constituent donc, suivant la conscience populaire, l’art qui définit le philosophe. […] En choisissant et en distinguant ce qui est extraordinaire, étonnant, difficile, divin, la philosophie se définit par rapport à la science, de même qu’elle se définit par rapport à l’habileté en préférant l’inutile. La science se précipite sans faire de tels choix, sans une telle délicatesse, sur tout ce qui est connaissable, aveuglée par le désir de tout connaître à n’importe quel prix. La pensée philosophique est au contraire toujours sur les traces des choses les plus dignes d’être connues, des grandes et importantes connaissances. [Wenn er dabei die Wissenschaft und das Beweisbare zwar benutzte, aber bald übersprang, so ist dies ebenfalls ein typisches Merkmal des philosophischen Kopfes. [...] ein scharfes Herausmerken und -erkennen, ein bedeutendes Unterscheiden macht also, nach dem Bewußtsein des Volkes, die eigenthümliche Kunst des Philosophen aus. [...] Durch dieses Auswählen und Ausscheiden des Ungewöhnlichen Erstaunlichen Schwierigen Göttlichen grenzt sich die Philosophie gegen die Wissenschaft eben so ab, wie sie durch das Hervorheben des Unnützen sich gegen die Klugheit abgrenzt. Die Wissenschaft stürzt sich, ohne solches Auswählen, ohne solchen Feingeschmack, auf alles Wißbare, in der blinden Begierde, alles um jeden Preis erkennen zu wollen; das philosophische Denken dagegen ist immer auf der Fährte der wissenswürdigsten Dinge, der großen und wichtigen Erkenntnisse.]


Fragments posthumes, 1873-1874,
U II 2, été - automne 1873 : 29[199] ; faire de la philosophie une pure science, c’est renoncer sur toute la ligne
29[205] : Le philosophe est philosophe d’abord pour lui-même, ensuite pour d’autres. Il n’est pas possible de l’être seulement pour soi tout seul.
Le produit du philosophe est sa vie (d’abord, avant ses œuvres)
Poser la question des effets de la philosophie sur la civilisation en général 
29[223] : De la destination du philosophe.
Le philosophe n’est jamais utile que pour un petit nombre, et pas pour le peuple. Et encore l’utilité n’est-elle pas aussi grande pour ce petit nombre que pour le philosophe lui-même.
29[230] : la philosophie populaire (Plutarque, Montaigne)

U II 3, automne 1873 - hiver 1873-1874 : 30[18] : Socrate exigerait que l’on fasse redescendre la philosophie vers les hommes 

Mp XIII 5, automne 1873 - hiver 1873-1874 : [5] : la philosophie est devenue une discipline historique
[10] : toute la philosophie antique était basée sur la simplicité de la vie. Tant que les philosophes ne trouveront pas le courage de transformer radicalement leur mode de vie et de le donner en exemple [cité par Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, I.], ils n’auront rien fait.
Malheur à une jeunesse qui voudrait s’accrocher aux plus hautes branches de la philosophie.


De l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la vie, 1874,
§ 1 : " Si le bonheur, la poursuite d'un bonheur nouveau est, de quelque manière que ce soit, ce qui maintient en vie et pousse l'être vivant à vivre, alors peut-être aucun philosophe n'a-t-il autant raison que le cynique : car le bonheur de l'animal, qui est le cynique accompli, représente la vivante justification du cynisme. "
" L'élément historique et l'élément non historique sont également nécessaires à la santé d'un individu, d'un peuple, d'une civilisation. "
§ 5 : " Personne n’ose appliquer à soi-même la loi de la philosophie, personne ne vit en philosophe, avec cette probité simple et virile qui obligeait un Ancien, une fois qu'il avait juré fidélité à la Stoa, à se conduire toujours et partout en stoïcien. Toute activité philosophique, aujourd'hui, est tenue en bride par la police et la politique. ".


Schopenhauer éducateur [Schopenhauer als Erzieher], 1874,

§ 3 : J’estime un philosophe dans la mesure où il est en état de donner un exemple. Nul doute que par l'exemple il puisse entraîner à sa suite des peuple entiers ; l'histoire des Indes qui est presque l'histoire de la philosophie indienne le prouve [Ich mache mir aus einem Philosophen gerade so viel als er im Stande ist ein Beispiel zu geben. Dass er durch das Beispiel ganze Völker nach sich ziehen kann, ist kein Zweifel; die indische Geschichte, die beinahe die Geschichte der indischen Philosophie ist, beweist es.].
[...]
Kant restait attaché à l'Université, se soumettait aux gouvernements, il gardait l'apparence d'une foi religieuse, supportait de vivre avec collègues et étudiants ; il est donc naturel que son exemple ait produit surtout des professeurs de philosophie et une philosophie de professeurs. Schopenhauer s'embarrasse peu des castes académiques, il fait bande à part, il recherche l'indépendance à l'égard de l'État et de la société – c'est là son exemple, son modèle —, pour commencer par ce qu'il y a de plus extérieur [Kant hielt an der Universität fest, unterwarf sich den Regierungen, blieb in dem Scheine eines religiösen Glaubens, ertrug es unter Collegen und Studenten: so ist es denn natürlich, dass sein Beispiel vor allem Universitätsprofessoren und Professorenphilosophie erzeugte. Schopenhauer macht mit den gelehrten Kasten wenig Umstände, separirt sich, erstrebt Unabhängigkeit von Staat und Gesellschaft — dies ist sein Beispiel, sein Vorbild — um hier vom Äusserlichsten auszugehen.].
[...]
Partout où il y a eu des sociétés, des gouvernements, des religions, des opinions publiques puissantes, bref, partout où il y a eu tyrannie, elle a exécré le philosophe solitaire, car la philosophie offre à l'homme un asile où nulle tyrannie ne peut pénétrer, la caverne de l'intériorité, le labyrinthe du cœur : ce qui indispose les tyrans. [Wo es mächtige Gesellschaften, Regierungen, Religionen, öffentliche Meinungen gegeben hat, kurz wo je eine Tyrannei war, da hat sie den einsamen Philosophen gehasst; denn die Philosophie eröffnet dem Menschen ein Asyl, wohin keine Tyrannei dringen kann, die Höhle des Innerlichen, das Labyrinth der Brust: und das ärgert die Tyrannen.]

§ 4 : « Il existe encore des gens naïfs dans quelque coin de la Terre, en Allemagne par exemple, [...] qui affirment avec le plus grand sérieux que depuis quelques années le Monde s'est corrigé [...] L'on n'a même plus idée de ce qui sépare le sérieux de la philosophie du sérieux d'un journal. C'es gens-là [aussi des hommes réputés pensants et honorables] ont perdu le dernier vestige, non seulement de toute pensée philosophique, mais aussi de toute pensée religieuse, et en lieu et place, ce qu'ils ont acquis, ce n'est pas l'optimisme, c'est le journalisme, l'esprit — et l'absence d'esprit — du jour et des journaux. Toute philosophie qui croit qu’un événement politique puisse écarter, ou qui plus est résoudre, le problème de l’existence [Dasein] est une plaisanterie de philosophie, une pseudo-philosophie. » [Nun giebt es auch augenblicklich naive Leute in irgend einem Winkel der Erde, etwa in Deutschland, [...] ja die alles Ernstes davon sprechen, dass seit ein paar Jahren die Welt corrigirt sei [...] ein Beweis dafür, dass man gar nicht mehr ahnt, wie weit der Ernst der Philosophie von dem Ernst einer Zeitung entfernt ist. Solche Menschen haben den letzten Rest nicht nur einer philosophischen, sondern auch einer religiösen Gesinnung eingebüsst und statt alle dem nicht etwa den Optimismus, sondern den Journalismus eingehandelt, den Geist und Ungeist des Tages und der Tageblätter. Jede Philosophie, welche durch ein politisches Ereigniss das Problem des Daseins verrückt oder gar gelöst glaubt, ist eine Spaass- und Afterphilosophie.]

§ 8 : Liberté et toujours liberté : ce même élément merveileux et dangereux dans lequel les philosophes grecs ont pu s’éveiller. […] de tout temps ce sont les pères qui se sont le plus farouchement opposés à la vocation philosophique de leur fils.
Concessions de la philosophie à l’État
L’histoire érudite du passé n’a jamais été l’affaire d’un vrai philosophe
C’est une nécessité pour la culture de retirer à la philosophie cette reconnaissance de l’État et de l’Université.
C’est l’esprit des journalistes qui se presse toujours plus à l’Université, et il n’est pas rare que ce soit sous le nom de philosophie.


Fragments posthumes, 1874-1877,

U II 5a, début 1874 - printemps 1874 : Éducation du philosophe.
Mp XIII 3, printemps-été 1874 : [12] : ce que la philosophie a de plus précieux, c’est précisément d’enseigner sans cesse le contraire de tout ce qui est journalistique.
U II 5c, octobre-décembre 1876 : [39] : la philosophie peut délivrer progressivement de […] la peur qui vient au lit de mort, du reprentir et du remords suivant l’acte ; l’état d’esprit philosophique est un fatalisme froid ; la philosophie n’a pas à porter son attention sur les conséquences de la vérité.
Mp XIV 1a, hiver 1876-1877 : [2] : la philosophie n’a pas à porter du tout son attention sur les conséquences de la vérité, mais seulement sur la vérité elle-même.
N II 3, fin 1876 - été 1877 : [46] : la philosophie est le mirage qui fait miroiter la solution aux yeux des disciples fatigués des sciences.
N II 2, printemps-été 1877 : [107] : défaut de presque toutes les philosophies : leur manque de connaissance des hommes, une analyse psychologique inexacte
Le philosophe déploie sa science de la nature autour des fausses données psychologiques, et il enveloppe le tout d’un besoin métaphysique.
Mp XIV 1b, fin 1876 –été 1877 : 23[22] : Chez presque tous les philosophes, l’utilisation d’un devancier et la lutte menée contre lui manquent de rigueur, et sont injustes. Il n’ont pas appris à lire et interpréter correctement, les philosophes sous-estiment la difficulté de comprendre réellement ce qu’un autre a dit, et n’y appliquent pas leur attention. [Fast bei allen Philosophen ist die Benutzung des Vorgängers und die Bekämpfung desselben nicht streng, und ungerecht. Sie haben nicht gelernt ordentlich zu lesen und zu interpretiren, die Philosophen unterschätzen die Schwierigkeit wirklich zu verstehen, was einer gesagt hat und wenden ihre Sorgfalt nicht dahin.]


Humain, trop humain, I. Un livre pour esprits libres (1878),
I " Des principes et des fins ", § 2 : Tous les philosophes ont en commun ce défaut qu’ils partent de l’homme actuel et s’imaginent arriver au but par l’analyse qu’ils en font […] le manque de sens historien est le péché originel de tous les philosophes.
§ 6 : soulève la question de l’utilité de la connaissance en général
VII " Femme et enfant ", § 436 : dans l’ordre des plus hautes spéculations philosophiques, tous les gens mariés sont suspects. [Pour Sylviane Agacinski-Jospin, ce sont les célibataires qui sont suspects.]


Fragments posthumes, 1878-1879,


N II 7, été 1878 : 30[130] : " le sentiment proprement antiphilosophique, le repentir, m'est devenu tout à fait étranger. " [Das ganz eigentlich unphilosophische Gefühl, die Reue, ist mir ganz fremd geworden.]



N III 4, automne 1878 : 33[2] : On peut maintenant objecter à Socrate que ce n'est rien que la vertu humaine, mais beaucoup que la sagesse humaine. [Gegen Sokrates kann man jetzt einwenden daß es mit der menschlichen Tugend nichts ist, aber sehr viel mit der menschlichen Weisheit.]


N IV 3, juillet-août 1879 : 42[4] : « Platon et Rousseau en pleine opposition sur la civilisation. Platon pense [Protagoras, 327cd] que face à des hommes à l'état de nature (les sauvages), nous embrasserions même le criminel athénien (en tant que civilisé). Il a raison contre Rousseau. » [Plato und Rousseau über Cultur in Einem Gegensatz: Plato meint, unter Naturmenschen (Wilden) würden wir auch noch den athenischen Verbrecher umarmen (als Culturwesen). Er hat Recht gegen Rousseau.]


Humain, trop humain, II. Opinions et sentences mêlées (1879), [Vermischte Meinungen und Sprüche]

§ 1 : Aux déçus de la philosophie.
Si vous avez cru jusqu'à présent à la valeur suprême de la vie et vous voyez désormais déçus, est-ce une raison pour la brader au prix le plus bas ?
§ 5 : Péché originel des philosophes.
rage philosophique de la généralisation [Philosophen-Wuth der Verallgemeinerung]
§ 10 : Sous la coupe de l'histoire.
« Les philosophes occupés à voiler et occulter le monde, c'est-à-dire tous les métaphysiciens au grain plus ou moins fin ou grossier, sont pris de maux d'yeux, d'oreilles et de dents dès qu'ils commencent à se douter qu'il y a quelque chose de vrai dans la thèse selon laquelle toute la philosophie est désormais tombée sous la coupe de l'histoire. Il convient, à cause de leurs souffrances, de leur pardonner les pierres et les ordures qu'ils lancent à qui parle de la sorte : mais la théorie elle-même peut s'en trouver un certain temps salie et dépréciée et y perdre de son effectivité [Wirkung]. »
§ 33 : Vouloir être juste et vouloir être juge. [Gerecht sein wollen und Richter sein wollen.]
« Schopenhauer fait cette pertinente distinction, qui lui donne raison plus encore qu'il ne pourrait se l'avouer : " La connaissance de la stricte nécessité des actions humaines est la ligne de démarcation qui sépare les têtes philosophiques des autres. " [„die Einsicht in die strenge Nothwendigkeit der menschlichen Handlungen ist die Gränzlinie, welche die philosophischen Köpfe von den anderen scheidet.“ Ethik, 114 = Libre arbitre, édition Aubier (?), page 120].
[...]
Le philosophe a à dire comme le Christ [Luc, VI, 37], " Ne jugez point ! " et la dernière différence entre les têtes  philosophiques et les autres serait que les premiers veulent être justes, les derniers voulant être juges. [der Philosoph hat also zu sagen, wie Christus, „ richtet nicht ! “ und der letzte Unterschied zwischen den philosophischen Köpfen und den andern wäre der, dass die ersten gerecht sein wollen, die andern Richter sein wollen.] »
§ 201 : Erreurs des philosophes.
" Le philosophe croit que la valeur de sa philosophie tient à l'ensemble, à la construction ; la postérité la trouve dans la pierre avec laquelle il a construit et avec laquelle, à partir de là, on construit encore souvent et mieux : en somme dans le fait que la première construction peut être détruite et garde pourtant encore  sa valeur de matériau.
§ 271 : Toute philosophie est la philosophie d’un âge de la vie.
L'age de sa vie auquel un philosophe a trouvé sa doctrine se trahit en celle-ci ; il ne saurait l'empêcher, si élevé qu'il puisse se sentir au dessus du temps et de l'heure.


Humain, trop humain, II. Le Voyageur et son ombre, 1870,

§ 86 : Socrate.
" Si tout va bien, le temps viendra où l'on préférera, pour se perfectionner en morale et en raison, prendre en main les Mémorables de Socrate [de Xénophon d'Athènes] plutôt que la Bible, et où Montaigne et Horace deviendront nécessaires comme guides pour la compréhension du sage et du médiateur le plus simple et le plus impérissable de tous, de Socrate. C'est à lui que ramènent les chemins des modes de vie philosophique les plus divers, qui sont au fond les modes de vie des divers tempéraments, fixés par la raison et l'habitude, et tous tournés par la pointe vers la joie de vivre et d'être soi-même ; d'où l'on pourrait déduire que le trait le plus original de Socrate a été de participer à tous les tempéraments. — Sur le fondateur du christianisme, l'avantage de Socrate est le sourire qui nuance sa gravité et cette sagesse pleine d'espièglerie qui fait à l'homme le meilleur état d'âme. En outre, il a une plus grande intelligence. [Sokrates. — Wenn Alles gut geht, wird die Zeit kommen, da man, um sich sittlich-vernünftig zu fördern, lieber die Memorabilien des Sokrates in die Hand nimmt, als die Bibel, und wo Montaigne und Horaz als Vorläufer und Wegweiser zum Verständniss des einfachsten und unvergänglichsten Mittler-Weisen, des Sokrates, benutzt werden. Zu ihm führen die Strassen der verschiedensten philosophischen Lebensweisen zurück, welche im Grunde die Lebensweisen der verschiedenen Temperamente sind, festgestellt durch Vernunft und Gewohnheit und allesammt mit ihrer Spitze hin nach der Freude am Leben und am eignen Selbst gerichtet; woraus man schliessen möchte, dass das Eigenthümlichste an Sokrates ein Antheilhaben an allen Temperamenten gewesen ist. — Vor dem Stifter des Christenthums hat Sokrates die fröhliche Art des Ernstes und jene Weisheit voller Schelmenstreichevoraus, welche den besten Seelenzustand des Menschen ausmacht. Ueberdiess hatte er den grösseren Verstand.]

§ 192. " Le philosophe de l'opulence. — Un jardinet, des figues, des petits fromages et avec cela trois ou quatre bons amis, — c'était le festin opulent d'Épicure. " [Der Philosoph der Ueppigkeit. — Ein Gärtchen, Feigen, kleine Käse und dazu drei oder vier gute Freunde, — das war die Ueppigkeit Epikur’s.

§ 221. La dangerosité des Lumières. C’est un ensemble de traits quasi déments, histrioniques, bestialement cruels, voluptueux, et surtout d’une sentimentalité toujours prête à se griser d’elle-même, qui constituent le fonds proprement révolutionnaire et qui, avant la Révolution, s’étaient incarnés dans la personne et le génie de Rousseau : or, l’être qu’ils définissent trouva encore, avec un enthousiasme perfide, à poser les Lumières sur sa tête fanatique ; et celle-ci se mit à resplendir comme transfigurée par ce nimbe, ces mêmes Lumières qui lui étaient étrangères au fond et qui, agissant d’elles-mêmes, auraient comme un brillant rayon tranquillement traversé les nuées, longtemps satisfaites de réformer les individus seulement, en sorte qu’elles auraient aussi réformé, quoique très lentement, les mœurs et les institutions des peuples. Mais dès lors, liées à un phénomène violent et brutal, les Lumières se firent elle-mêmes violentes et brutales. Le danger qu’elles représentent en est devenu presque plus grand que l’élément utile d’émancipation et d’éclaircissement qu’elles ont introduit dans le vaste mouvement révolutionnaire. Qui comprendra cela saura aussi de quelle confusion il s’agit de les tirer et de quelle salissure les purifier, afin de continuer ensuite l’œuvre des Lumières, pour elle-même, et d’étouffer en germe la Révolution, après coup, de faire qu’elle n’ait pas été. » [Die Gefährlichkeit der Aufklärung. — Alles das Halbverrückte, Schauspielerische, Thierisch-Grausame, Wollüstige, namentlich Sentimentale und Sich-selbst-Berauschende, was zusammen die eigentlich revolutionäre Substanz ausmacht und in Rousseau, vor der Revolution, Fleisch und Geist geworden war, — dieses ganze Wesen setzte sich mit perfider Begeisterung nochdie Aufklärung auf das fanatische Haupt, welches durch diese selber wie in einer verklärenden Glorie zu leuchten begann: die Aufklärung, die im Grunde jenem Wesen so fremd ist und, für sich waltend, still wie ein Lichtglanz durch Wolken gegangen sein würde, lange Zeit zufrieden damit, nur die Einzelnen umzubilden: sodass sie nur sehr langsam auch die Sitten und Einrichtungen der Völker umgebildet hätte. Jetzt aber, an ein gewaltsames und plötzliches Wesen gebunden, wurde die Aufklärung selber gewaltsam und plötzlich. Ihre Gefährlichkeit ist dadurch fast grösser geworden, als die befreiende und erhellende Nützlichkeit, welche durch sie in die grosse Revolutionsbewegung kam. Wer diess begreift, wird auch wissen, aus welcher Vermischung man sie herauszuziehen, von welcher Verunreinigung man sie zu läutern hat: um dann, an sich selber, das Werk der Aufklärung fortzusetzen und die Revolution nachträglich in der Geburt zu ersticken, ungeschehen zu machen.]

§ 227. " L'éternel Epicure "

Fragment posthume, 1880,
N V 6, fin 1880 : [97] : on devrait apprendre aux ouvriers à vivre en philosophes ; la philosophie convient à ces classes.


Aurore (1881, 1887),
Avant-propos, § 3 : Tous les philosophes ont construit sous le charme de la morale, même Kant.
V, § 427 : Du sentiment la science est laide, aride, désolante, difficile, ardue, allons ! embellissons là, renaît constamment quelque chose qui s’appelle la philosophie.
V, § 504 : concilier ce que l’enfant a appris et ce que l’homme a reconnu
Les philosophes forment leurs conceptions au moment où il est trop tard pour croire et trop tôt encore pour savoir.
V, § 544 : Comment on fait aujourd’hui de la philosophie. Dialogue platonicien : jubilation que procurait la découverte nouvelle de la pensée rationnelle. [das Jauchzen über die neue Erfindung des vernünftigen Denkens]

Fragments posthumes, 1881,
M III 1, printemps-automne 1881 : [124] : Platon entend que l’amour de la connaissance et de la philosophie serait une impulsion sexuelle sublimée [Banquet, 207-212].
[132] : La raison ! Privée de savoir, elle est quelque chose d’absolument insensé, même chez les plus grands philosophes ! Comme Spinoza divague sur la raison !
[262] : L’histoire de la philosophie jusqu’alors est courte : ce n’est qu’un commencement, elle n’a pas encore livré de guerres ni rassemblé les peuples pour les confronter en son nom : le suprême moment de son stade préliminaire fut les guerres ecclésiastiques – l’époque des guerres de religion est loin d’être close.
[273] : Le temps vient où sera livré le combat pour la souveraineté planétaire – il sera mené au nom des doctrines philosophiques fondamentales.

Gai Savoir (1882,1887),




Préface à la 2e édition, § 2 : je me suis demandé assez souvent si, tout compte fait, la philosophie jusqu’alors n’aurait pas été uniquement une interprétation [Auslegung] du corps et une incompréhension du corps.
IV, § 289 : ce qui fait défaut, c’est une nouvelle justice […] Et de nouveaux philosophes [Expression utilisée en France dans les années 1970] ! La Terre morale, elle aussi, est ronde ! [Sondern eine neue Gerechtigkeit thut noth! Und eine neue Losung! Und neue Philosophen! Auch die moralische Erde ist rund!]
§ 328 : Faire du tort à la bêtise. l’Antiquité philosophique [...] ces philosophes ont fait du tort à la bêtise. [Das philosophische Alterthum [...] — diese Philosophen haben der Dummheit Schaden gethan.]
V, § 346 : Le monde ne vaut pas ce que nous avons cru qu’il valait, voilà à peu près la chose la plus certaine dont notre méfiance se soit enfin saisie. Autant de méfiance, autant de philosophie. [die Welt nicht das werth ist, was wir geglaubt haben, das ist ungefähr das Sicherste, dessen unser Misstrauen endlich habhaft geworden ist. So viel Misstrauen, so viel Philosophie.]
§ 372 : Pourquoi nous ne sommes pas idéalistes. [Warum wir keine Idealisten sind.] [D'où



Fragments posthumes, 1884-1885,

W I 1, printemps 1884 : [337] : l’époque du suffrage universel a porté à son comble le ton irrespectueux avec lequel on traite aujourd’hui le philosophe : toutes les oies font déjà chorus de leurs cris !
[372] : On a toujours oublié le principal : pourquoi donc le philosophe veut-il connaître ? Pourquoi estime-t-il la "vérité" davantage que l’apparence ?
[451] : philosophie comme amour de la sagesse.

W I 2, été-automne 1884 : [3] : Les grands philosophes sont de drôles de corps. Qu’est-ce donc que ces Kant, Hegel, Schopenhauer, Spinoza ! Si pauvres, si étroits !

C’est la connaissance des grands Grecs qui m’a éduqué : il y a dans Héraclite, Empédocle, Parménide, Anaxagore, Démocrite plus à admirer, ils sont plus pleins.

[75] : l’histoire de la philosophie montre une profusion de ratés, d’accidents, et une marche extrêmement lente.

W I 2, été-automne 1884 : 26[153] :
De la naissance du philosophe
1. Le profond malaise à être parmi les braves gens – comme parmi les nuages – et le sentiment de devenir paresseux et négligent, vaniteux aussi. Cela corrompt. – Pour voir clairement à quel point le fondement ici est mauvais et faible, il suffit de les provoquer et d’entendre alors leurs cris.
2. Dépassement du ressentiment et de la vengeance à partir d’un profond mépris ou de compassion pour leur sottise.
3. Hypocrisie comme mesure de sécurité. Et mieux encore, fuite dans sa solitude.
[Von der Entstehung des Philosophen.
1. Das tiefe Unbehagen unter den Gutmüthigen — wie unter Wolken — und das Gefühl, bequem und nachlässig zu werden, auch eitel. Es verdirbt. — Will man sich klar machen, wie schlecht und schwach hier das Fundament ist, so reize man sie und höre sie schimpfen.
2. Überwindung der Rachsucht und Vergeltung, aus tiefer Verachtung oder aus Mitleid mit ihrer Dummheit.
3. Verlogenheit als Sicherheits-Maßregel. Und noch besser Flucht in seine Einsamkeit.]

26[202] : Celui qui n’est pas lassé de se représenter l’état des hommes ordinaires, celui-là n’est pas un homme supérieur. Mais dans la mesure où un philosophe doit savoir comment est fait l’homme ordinaire, il doit pratiquer cette étude.
[NB. Für wen es nicht mühsam ist, sich den Zustand der gewöhnlichen Menschen vorzustellen, der ist kein höherer Mensch. Aber insofern ein Philosoph es wissen muß, wie der gewöhnliche Mensch beschaffen ist, muß er dieses Studium treiben]
[238] : le philosophe, espèce supérieure, mais jusqu’ici beaucoup plus ratée.
[285] : hypocrisie des philosophes.
[340] : il y a beaucoup de philosophique dans notre vie, en particulier chez tous les hommes ayant part aux sciences, mais des philosophes eux-mêmes, il en reste tout aussi peu que de noblesse authentique.
[342] : On ne croit plus aux philosophes

26[352] : Religion et philosophie : sur l’essentiel, elles ne font qu’un
[Ich interessire mich nicht
1)  für den nationalen Staat, als etwas Ephemeres gegenüber der demokratischen Gesamtbewegung.
2)  für die Arbeiter-Frage, weil der Arbeiter selber nur ein Zwischenakt ist.
3) für die Differenzen der Religion und Philosophie, weil sie in der Hauptsache Eins sind, nämlich über gut und böse — wo ich zweifle.
4) für die Denkweisen, welche nicht den Leib und die Sinne festhalten, und die Erde
5) nicht für die l’art pour l’art, die Objektiven usw.


[396] : pour être bon philosophe, il faut être clair, sec, sans illusion.
[430] : Aucun philosophe idéaliste ne se laisse abuser sur son déjeuner.
[432] : Sans le fil conducteur du corps, je ne crois à la validité d’aucune recherche. Non pas une philosophie comme dogme, mais comme provisoire et régulative de la recherche.
[440] : seul le vrai philosophe est un animal audacieux
[452] : Inévitable que le philosophe soit une plante rare. La philosophie a peu à faire avec la vertu.

Z II 5a, été-automne 1884 : 27[76] : malhonnêteté des philosophes à déduire quelque chose [Dieu, notamment], qu’ils tiennent pour bon et vrai depuis le début. [Allusion au Descartes des Méditations métaphysiques].
N VII 1, avril-juin 1885 : [75] : les Stoïciens et presque tous les philosophes n’ont aucun regard pour le lointain.
Mp XVI 1-2, juin-juillet 1885 : [11] : l’esprit philosophique supérieur est environné de solitude
[13] : deux espèces différentes de philosophes.
W I 5, août-septembre 1885 : [12] : je vois venir de nouveaux philosophes
Z I 2c, automne 1885 : [1] : croyance de Platon que même la philosophie serait une manière de sublime instinct sexuel et de reproduction
Mp XVII 2b, automne 1885 : [2] : il ne s’est rien passé depuis Pascal : face à lui, les philosophes allemands n’entrent pas en ligne de compte.


Par-delà Bien et Mal. Prélude à une philosophie de l'avenir, 1886,

Préface : « À supposer que la vérité soit femme, n'a-t-on pas lieu de soupçonner que tous les philosophes, pour autant qu'ils furent dogmatiques, n'entendaient pas grand-chose aux femmes et que l'éffroyable sérieux, la gauche insistance avec lesquels ils se sont jusqu'ici approchés de la vérité, ne fuent que des efforts maladroits et mal appropriés pour conquérir justement les faveurs d'une femme ? » [Vorausgesetzt, dass die Wahrheit ein Weib ist —, wie? ist der Verdacht nicht gegründet, dass alle Philosophen, sofern sie Dogmatiker waren, sich schlecht auf Weiber verstanden? dass der schauerliche Ernst, die linkische Zudringlichkeit, mit der sie bisher auf die Wahrheit zuzugehen pflegten, ungeschickte und unschickliche Mittel waren, um gerade ein Frauenzimmer für sich einzunehmen? ]

I, « Des préjugés des philosophes »,
§ 2 : Il faudra attendre la venue d'une nouvelle race de philosophes, de philosophes dont les goûts et les penchants s'orienteront en sens inverse de ceux de leurs devanciers  philosophes du dangereux peut-être dans tous les sens — Sérieusement, je vois poindre au loin ces philosophes nouveaux. [Man muss dazu schon die Ankunft einer neuen Gattung von Philosophen abwarten, solcher, die irgend welchen anderen umgekehrten Geschmack und Hang haben als die bisherigen, — Philosophen des gefährlichen Vielleicht in jedem Verstande. — Und allen Ernstes gesprochen: ich sehe solche neue Philosophen heraufkommen.]
§ 3 : Après avoir assez longtemps lu entre les lignes des philosophes et épié leurs tours et détours, je me dis :  la majeure partie de la pensée consciente doit être imputée aux activités des instincts, et aussi dans le cas de la pensée philosophique. [Nachdem ich lange genug den Philosophen zwischen die Zeilen und auf die Finger gesehn habe, sage ich mir: man muss noch den grössten Theil des bewussten Denkens unter die Instinkt-Thätigkeiten rechnen, und sogar im Falle des philosophischen Denkens].
§ 6 : « Peu à peu j'ai appris à discerner ce que toute grande philosophie a été jusqu’à ce jour : la confession de son auteur, des sortes de mémoires involontaires et qui n'étaient pas pris pour tels ; de même, j'ai reconnu que les intentions morales (ou immorales) constituaient le germe proprement dit de toute philosophie. [...] je ne crois pas qu'une pulsion de la connaissance soit le père de la philosophie, mais qu'une autre pulsion, ici comme ailleurs, s'est servi de la connnaissance (et de la méconnaissance !) comme d'un simple instrument. » [Allmählich hat sich mir herausgestellt, was jede grosse Philosophie bisher war: nämlich das Selbstbekenntnis ihres Urhebers und eine Art ungewollter und unvermerkter mémoires; insgleichen, dass die moralischen (oder unmoralischen) Absichten in jeder Philosophie den eigentlichen Lebenskeim ausmachten, aus dem jedesmal die ganze Pflanze gewachsen ist. [...] Ich glaube demgemäss nicht, dass ein „Trieb zur Erkenntniss“ der Vater der Philosophie ist, sondern dass sich ein andrer Trieb, hier wie sonst, der Erkenntniss (und der Verkenntniss!) nur wie eines Werkzeugs bedient hat. ]
§ 9 : La philosophie est cette pulsion tyrannique elle-même, la plus intellectuelle volonté de puissance, de "création du monde", de causa prima. [Philosophie ist dieser tyrannische Trieb selbst, der geistigste Wille zur Macht, zur „Schaffung der Welt“, zur causa prima.]
§ 20 : Quand il y a parenté linguistique, il est inévitable qu'une philosophie commune de la grammaire — je veux dire la prépondérance inconsciente et l'action des mêmes fonctions grammaticales — prédisposent la pensée à produire des systèmes philosophiques qui se développent de la même manière et se suivront dans le même ordre, alors que la voie semble barrée à certaines autres possibilités d'interprétation du monde. [Gerade, wo Sprach-Verwandtschaft vorliegt, ist es gar nicht zu vermeiden, dass, Dank der gemeinsamen Philosophie der Grammatik — ich meine Dank der unbewussten Herrschaft und Führung durch gleiche grammatische Funktionen — von vornherein Alles für eine gleichartige Entwicklung und Reihenfolge der philosophischen Systeme vorbereitet liegt: ebenso wie zu gewissen andern Möglichkeiten der Welt-Ausdeutung der Weg wie abgesperrt erscheint. ]
§ 25 : jusqu’ici aucun philosophe n’a eu le dernier mot
pesanteur de l’indignation morale : signe certain, chez un philosophe, que l’humour philosophique l’a quitté ;

II « L’esprit libre »,
§ 30 : les vertus de l’homme ordinaire constitueraient peut-être des vices et des faiblesses chez un philosophe.
§ 39 : Personne n’admettra aisément qu’une doctrine est vraie pour la simple raison qu’elle rend heureux […] On ne doit pas restreindre la notion de "philosophe" au seul philosophe qui écrit des livres, et encore moins à celui qui couche sa philosophie dans des livres. Esquisse du philosophe à l’esprit libre [Stendhal : sec, clair, sans illusion]
§ 42 : une nouvelle race de philosophes monte à l’horizon.
§ 43 : tous les philosophes connus ont aimé leurs vérités.
§ 44 : ils seront de libres, très libres esprits, ces philosophes de l’avenir, tout aussi certainement qu’ils ne seront pas seulement des esprits libres, mais quelque chose de plus, de plus élevé, de plus grand, de radicalement autre.

III « Le phénomène religieux »,
§ 46 : la philosophie "éclairée" indigne ; l’esclave veut de l’absolu.
§ 54 : Depuis Descartes, et plutôt pour braver sa pensée que pour la suivre, les philosophes s’attaquent de toutes parts à l’ancienne notion d’âme, sous prétexte de critiquer la notion de sujet et de verbe, autrement dit ils s’en prennent au postulat fondamental de la doctrine chrétienne. En tant qu’elle est sceptique en matière de connaissance, la philosophie moderne est antichrétienne.
§ 61 : le philosophe […] l’homme de la plus vaste responsabilité, qui se fait un cas de conscience du développement global de l’humanité.

VI « Nous, les savants »,
§ 204 : philosophes du micmac qui se nomment "réalistes" ou "positivistes"
§ 211 : les philosophes proprement dits sont des êtres qui commandent et qui légifèrent.
§ 212 : Le philosophe, qui est nécessairement l’homme de demain et d’après-demain, s’est trouvé et devait se trouver à n’importe quelle époque en contradiction avec le présent.
§ 213 : Il est difficile d’apprendre ce qu’est un philosophe, parce qu’il n’y a rien à enseigner [cf Kant] : on doit le « savoir » d’expérience, ou avoir l’orgueil de ne pas le savoir. Si de nos jours chacun parle de choses dont il ne peut avoir aucune expérience, cela est vrai surtout du philosophe et de l’esprit philosophique : très peu d’hommes connaissent cet esprit, peuvent le connaître, et toutes les opinions populaires sur ce chapitre sont fausses. [...] un droit à la philosophie [Was ein Philosoph ist, das ist deshalb schlecht zu lernen, weil es nicht zu lehren ist: man muss es „wissen“, aus Erfahrung, — oder man soll den Stolz haben, es nicht zu wissen. Dass aber heutzutage alle Welt von Dingen redet, in Bezug auf welche sie keine Erfahrung haben kann, gilt am meisten und schlimmsten vom Philosophen und den philosophischen Zuständen: — die Wenigsten kennen sie, dürfen sie kennen, und alle populären Meinungen über sie sind falsch. [...] ein Recht auf Philosophie — das Wort im grossen Sinne genommen — hat man nur Dank seiner Abkunft, die Vorfahren, das „Geblüt“ entscheidet auch hier.]

VIII " Peuples et fratries ",
§ 252 : " C'est une race non philosophique  ces Anglais : Bacon c'est la contestation de l'esprit philosophique en soi. Hobbes, Hume et Locke, un avilissement et une dépréciation pour plus d'un siècle du concept même de philosophe. [...] la puissance de l'intellectualité, la profondeur du regard intellectuel, bref la philosophie, tout cela lui [à Carlyle] faisait absolument défaut. — Un trait qui caractérise une race non philosophique, c'est qu'elle tinet fortement au christianisme. [Das ist keine philosophische Rasse — diese Engländer: Bacon bedeutet einen Angriff auf den philosophischen Geist überhaupt, Hobbes, Hume und Locke eine Erniedrigung und Werth-Minderung des Begriffs „Philosoph“ für mehr als ein Jahrhundert. [...] nämlich woran es in Carlyle fehlte — an eigentlicher Macht der Geistigkeit, an eigentlicher Tiefe des geistigen Blicks, kurz, an Philosophie. — Es kennzeichnet eine solche unphilosophische Rasse, dass sie streng zum Christenthume hält]
Nb : j'ai rectifié ce passage particulièrement mal traduit par Cornélius Heim dans le volume VII des 
Œuvres philosophiques complètes (Gallimard, 1971, pp. 171-172).
IX, « Qu’est-ce qui est aristocratique ? »,
§ 289 : toute philosophie dissimule aussi une philosophie.
§ 292 : un philosophe prend souvent la fuite devant ses pensées.


Fragment posthume, 1886,
Début1886 – printemps 1886 : 4[1] : philosophe = qui aime les hommes sages. [es Philosophen geben soll, im griechischen Sinne und Wortverstande, heran zuerst mit euren „weisen Männern“!]


La Généalogie de la morale. Un écrit polémique, 1887,

I " « Bon et méchant » « Bon et mauvais » ", § 17 : Remarque : le philosophe doit résoudre le problème de la valeur, il doit déterminer la hiérarchie des valeurs.
III « Que signifient les idéaux ascétiques ? », § 7 : un philosophe marié est à sa place dans la comédie. ; le philosophe n’affirme que son existence.
§ 8 : nous philosophes, nous avons avant tout besoin qu’on nous laisse en paix avec l’actualité ; le philosophe se reconnaît à ce qu’il évite la gloire, les princes et les femmes.
§ 10 : " Les philosophes anciens savaient donner à leur existence et à leurs manifestations un sens, un appui, un fond qui apprenaient aux autres à les craindre "
" L'esprit philosophique a dû se déguiser, se cacher sous les traits du prêtre, du sorcier, du devin, de l'homme religieux tout court. L'idéal ascétique a longtemps servi au philosophe de forme de manifestation, de condition d'existence "
" cette manière d'être caractéristique du philosophe qui le fait se tenir à l'écart et qui, se prologeant jusqu'à notre époque est à peu près parvenue à) s'imposer comme l'attitude philosophique par excellence "


Fragments posthumes, 1887-1888,
W II 1, automne 1887 : [55] : La philosophie comme art de découvrir la vérité : ainsi selon Aristote. À l’opposé les Épicuriens qui surent mettre à profit la théorie sensualiste de la connaissance d’Aristote : contre la recherche de la vérité, s’y refusant, pleins d’ironie ; « la philosophie comme un art de vie ».
[60] : le regard philosophique objectif pourrait être ainsi le signe d’une pauvreté en force et en vouloir.

W II 2, automne 1887 : [175] : La haine de la médiocrité est indigne d’un philosophe : c’est presque un point d’interrogation sur son droit à la "philosophie". Précisément parce qu’il est l’exception il se doit de préserver la règle, d’entretenir pour tout ce qui est médiocre le courage de lui-même.

W II 3, novembre 1887 - mars 1888 : [107] : L’oisiveté est le commencement de toute philosophie. – Par conséquent – la philosophie est un vice ? [Allusion au proverbe « l’oisiveté est la mère de tous les vices ».]
[296] : Voltaire le dernier esprit de la France ancienne, Diderot le premier de la France nouvelle.
[347] : « les Grecs ont divinisé la nature et ils ont légué au monde leur religion, c’est-à-dire la philosophie et l’art. » (Dostoïevski.)

W II 5, printemps 1888 : [83] : le philosophe de décadence a jusqu’ici passé pour le philosophe typique.
[91] : le mouvement chrétien est en opposition avec tout mouvement intellectuel, toute philosophie : il prend le parti des imbéciles et jette un anathème contre l’esprit.
[94] : la philosophie comme décadence
[100] : les véritables philosophes des Grecs sont ceux d’avant Socrate : avec Socrate, quelque chose change.
[109] : caractère falsificateur de la vénération
La vénération est l’épreuve suprême de la probité intellectuelle : mais il n’y a dans toute l’histoire de la philosophie aucune probité intellectuelle.
[111] : la philosophie comme décadence
[116] : les sophistes effleurent la première critique de la morale, la première vue pénétrante sur la morale
[131] : Science et philosophie
[134] : hostilité sournoise et aveugle des philosophes envers les sens
L’histoire de la philosophie est une rage secrète contre les conditions premières de la vie, contre les sentiments de valeurs de la vie, contre le parti-pris en faveur de la vie.
[143] : La prétendue pulsion de connaissance de tous les philosophes est régie par leurs "vérités" morales, – n’est qu’apparemment indépendant …
[194] : Le philosophe en face de ses rivaux, par exemple en face de la science
: là, il devient un sceptique
: là, il se réserve une forme de connaissance qu’il refuse à l’homme de science
: là, il va la main dans la main avec le prêtre


Crépuscule des Idoles, 1889, [1888]
Le problème de Socrate,
§ 1 : " De tout temps, les plus grands Sages ont porté le même jugement sur la vie : elle n'a aucune valeur... Partout et toujours, ce qu'ils en disent a le même accent, un accent de doute, de mélancolie, de lassitude à vivre, de résistance à la vie. Socrate lui-même a dit, au moment de mourir : " La vie n'est qu'une longue maladie ; je dois un coq à Asclépios, le Sauveur. " [Platon, Phédon, 118a].
§ 2 : " De la part d'un philosophe [Dühring], voir dans la valeur de la vie un problème, voilà qui parle contre lui, voilà qui met en doute sa sagesse, ou atteste sa non-sagesse. "

La « raison » dans la philosophie,
§ 1 : " Tout ce que les philosophes ont manié depuis des millénaires, ce n'étaient que des momies de concepts ; rien d'effectif n'est sorti vivant de leurs mains. " [Alles, was Philosophen seit Jahrtausenden gehandhabt haben, waren Begriffs-Mumien; es kam nichts Wirkliches lebendig aus ihren Händen.]
§ 2 : " Je mets à part, avec tout le respect qui lui est dû, le nom d'Héraclite. [...] Héraclite gardera éternellement raison en affirmant que l'Être est une fiction vide de sens. Le monde "apparent" est le seul. Le "monde vrai" n'est qu'un mensonge rajouté. "
§ 4 : "L'autre idiosyncrasie des philosophes n'est pas moins dangereuse : elle consiste à intervertir ce qui vient en premier et ce qui vient en dernier. "
§ 6 : " Diviser le monde en un monde "vrai" et un monde "apparent", soit à la manière du christianisme, soit à la manière de Kant (qui n'est en fin de compte qu'un chrétien dissimulé), cela ne peut venir que d'une suggestion de la décadence, qu'être le symptôme d'une vie déclinante... [Die Welt scheiden in eine „wahre“ und eine „scheinbare“, sei es in der Art des Christenthums, sei es in der Art Kant’s (eines hinterlistigen Christen zu guterletzt) ist nur eine Suggestion der décadence, — ein Symptomniedergehenden Lebens…]

Ceux qui veulent « amender » l’humanité, § 1 : J’exige du philosophe qu’il soit au-dessus de l’illusion du jugement moral.

Divagations d’un inactuel, § 3 : historien, il [Sainte-Beuve] est sans philosophie, sans la puissance du regard philosophique.
§ 42 : les philosophes ne laissent affleurer que certaines vérités.


L’Antéchrist, 1894 [1888],

§ 12 : Je mets à part quelques Sceptiques  le seul type convenable dans toute l’histoire de la philosophie – : mais les autres ignorent les exigences élémentaires de la probité intellectuelle. Tous, sans exception, font comme les bonnes femmes : ces grands rêveurs, ces rares phénomènes, prennent les "beaux sentiments" pour des arguments, le "sein agité" pour un divin soufflet de forge, la conviction pour un criterium de vérité. Finalement Kant, dans sa candeur "allemande", est allé jusqu’à tenter de donner un aspect scientifique à cette forme de corruption, à ce manque de conscience de l’intellect, en l’appelant "raison pratique" : il a inventé une raison spéciale qui doit indiquer dans quel cas on n’a pas à se soucier de la raison, c’est-à-dire quand la morale, quand le sublime commandement "tu dois" se fait entendre. [Ich nehme ein Paar Skeptiker bei Seite, den anständigen Typus in der Geschichte der Philosophie: aber der Rest kennt die ersten Forderungen der intellektuellen Rechtschaffenheit nicht. Sie machen es allesammt wie die Weiblein, alle diese grossen Schwärmer und Wunderthiere, — sie halten die „schönen Gefühle“ bereits für Argumente, den „gehobenen Busen“ für einen Blasebalg der Gottheit, die Überzeugung für ein Kriterium der Wahrheit. Zuletzt hat noch Kant, in „deutscher“ Unschuld, diese Form der Corruption, diesen Mangel an intellektuellem Gewissen unter dem Begriff „praktische Vernunft“ zu verwissenschaftlichen versucht: er erfand eigens eine Vernunft dafür, in welchem Falle man sich nicht um die Vernunft zu kümmern habe, nämlich wenn die Moral, wenn die erhabne Forderung „du sollst“ laut wird.]

§ 55 : Comprendre les limites de la raison, c’est cela, et cela seulement la vraie philosophie … [description critique de la philosophie kantienne ; Déjà Pascal, Pensées, Br 267 : « La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent. »].


Ecce Homo, 1908 [1888],

Avant-propos, § 3 : La philosophie, telle que je l’ai toujours comprise et vécue, consiste à vivre volontairement dans les glaces et sur les cimes, – à rechercher tout ce qui, dans l’existence dépayse et fait question, tout ce qui, jusqu’alors, a été mis au ban par la morale.

Pourquoi je suis si avisé, § 3 : « Une remarquable étude de Victor Brochard [1848-1907}Les Sceptiques grecs [Paris, 1887], qui, entre autres, exploite intelligemment mes Laertiana. Les Sceptiques, le seul type respectable parmi la gent, pleine de duplicité, de quintuplicité des philosophes ! [Ich muss ein Halbjahr zurückrechnen, dass ich mich mit einem Buch in der Hand ertappe. Was war es doch? — Eine ausgezeichnete Studie von Victor Brochard, les Sceptiques Grecs, in der auch meine Laertiana gut benutzt sind. Die Skeptiker, der einzige ehrenwerthe Typus unter dem so zwei- bis fünfdeutigen Volk der Philosophen!…]

Les « Inactuelles », § 3 : je conçois le philosophe comme un terrifiant explosif.


Fragments posthumes, 1888,

W II 6a, printemps 1888 : [25] : rien n’est plus rare parmi les philosophes que la probité intellectuelle
[118] : l’oisiveté est la mère de toute philosophie. Par conséquent, la philosophie est-elle un vice ?

W II 7a, printemps-été 1888 : 16[32] : À quoi je reconnais mes pairs. – La philosophie, telle que je l’ai jusqu’à présent comprise et vécue, c’est la recherche délibérée des aspects mêmes les plus maudits et les plus infâmes de l’existence. [Woran ich meines Gleichen erkenne. — Philosophie, wie ich sie bisher verstanden und gelebt habe, ist das freiwillige Aufsuchen auch der verwünschten und verruchten Seiten des Daseins.]

Mp XVII 5, juillet-août 1888 : [14] : Les métaphysiciens.
Je parle du plus grand malheur de la philosophie moderne, – de Kant …
Hegel : quelque chose du Souabe confiant en Dieu, de l’optimisme raisonnable et bovin

W II 9c, octobre-novembre 1888 : 24[1] : § 1 [Ecce homo Oder:
warum ich Einiges mehr weiss.],
2 : Faire de sa vie même une expérience – c’est d'abord cela la liberté de l’esprit, cela devint plus tard ma philosophie … [Aus seinem Leben selbst ein Experiment machen — das erst ist Freiheit des Geistes, das wurde mir später zur Philosophie…]