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mardi 7 juillet 2015

"TOUT LE MONDE EN PARLE" (FRANCE 2, 18 JANVIER 2003)

Une première version de ce texte a paru dans le Libre Journal de Serge de Beketch du 8 février 2003

Si mon souvenir est exact, je n'avais pas proposé cet article au LJ, dont j'ignorais l'existence, c'est lui qui a repiqué mon texte alors déposé sur une page perso aol.com. Je me rappelle en tout cas avoir déploré les intertitres rajoutés sans mon accord.

Voir aussi : L'ARTICLE GAYSSOT

« Notre siècle est le siècle propre de la critique [Unser Zeitalter ist das eigentliche Zeitalter der Kritik], à laquelle tout doit se soumettre. La religion, par sa sainteté, et la législation, par sa majesté, veulent ordinairement s’y soustraire. Mais alors elles excitent contre elles un juste soupçon, et ne peuvent prétendre à ce respect sincère que la raison accorde seulement à ce qui a pu soutenir son libre et public examen. »
I. Kant, Critique de la raison pure, Préface de la 1ère édition [1781], Paris : Gallimard, 1980, traduction Alexandre Delamarre et François Marty.


   La question révisionniste méritait un examen attentif que ce genre d’émission, "Tout le monde en parle" (France 2, 18 janvier 2003), ne permettait malheureusement pas. Les arguments kantiens de Robert Ménard, aujourd'hui maire de Béziers, en faveur de l’abrogation de la loi Gayssot, soit l’état de minorité dans lequel cette loi maintient les citoyens, et le refus politique de cet état, sont très pertinents mais incomplets, car l'ancien président de Reporters sans frontières n’a considéré que l’aspect politique et journalistique de la chose, qui est secondaire, et ignoré l’aspect épistémologique, qui est fondamental car constituant un déterminant culturel de tout le reste, ce qui concerne les philosophes, les historiens et les juristes. L’expérience des pays en voie de sous-développement a en effet largement montré, s’il le fallait encore, que ce ne sont ni la politique ni l’économie qui font avancer une société, mais sa culture.


   Sur le seul plan politique, un philosophe du droit, l’Américain Ronald Dworkin (né en 1931), ajouta sa voix à celle de nombreux soutiens de la liberté d’expression, en jugeant « antidémocratique » cet article 24 bis de la loi sur la liberté de la presse, et en caractérisant avec une parfaite cohérence, dans l'esprit de John Stuart Mill, ka démocratie véritable non comme « un système dans lequel la majorité pourrait imposer sa volonté aux autres sans se soucier de ce qu’ils pensent », mais sous la forme d’un « partenariat, dont nul ne doit être exclu sous prétexte que ses opinions sont stupides ou haïssables » (entretien avec Le Monde, 27 avril 1999); c’est d’ailleurs précisément, et on n’y pense pas assez, ce point de vue systématiquement tolérant qui rend possible dans la France laïque l’exercice des libertés philosophique et religieuse, ainsi que celui des pratiques cultuelles.


   Ménard eut parfaitement raison de dire que, dans une situation inversée, la négation du goulag par les communistes n’avait pas entraîné de répression judiciaire ; on peut ajouter que le PCF (un des promoteurs, avec Laurent Fabius, de cette loi Gayssot) tenta même, sans succès, de faire condamner les dénonciateurs de ce goulag, et ceci sans que ses agissements lui soient beaucoup reprochés (Affaires Kravtchenko et David Rousset)). Me Joe Nordmann, négateur de l'existence du Goulag au procès Kravtchenko, s'excusa, un demi-siècle plus tard, de son aveuglement sectaire dans Aux Vents de l'histoire (Avocat et communiste), Arles : Actes-Sud, 1996. Le socialo-trotskyste Lionel Jospin décerna même au P.C.F. un brevet d’honorabilité en prétendant que celui-ci n’avait jamais attenté aux libertés.

   Lorsque Robert Ménard dit que les idées de Robert Faurisson sont « monstrueuses, choquantes, blessantes », il n’argumenta pas ; sur ce point, c’est Arno Klarsfeld qui fut efficace, car l’accusation d’escroquerie portée contre les seuls juifs, qu'elle soit fondée ou pas, est en effet infamante, et sort inconsidérément du registre historique ; Robert Faurisson avait d’ailleurs failli être condamné pour cette accusation bien avant l’existence de la loi Gayssot (T.G.I. Paris, 1ère chambre civile, 1er juillet 1981 ;  jugement réformé par arrêt de la Cour d'appel de Paris en date du 26 avril 1983).

   Encore faudrait-il savoir de quoi on parle quand on parle des juifs. S’agit-il d’un peuple, d’une nation, d'une culture, d’une religion, d’une race, d’une ethnie, de tribus, d’une caste, ou encore d’autre chose ? Quoi qu’il en soit, les chrétiens (pour la systématisation multi-séculaire de l’antisémitisme) et les communistes (pour l’instrumentalisation quasi séculaire de l’antinazisme) me semblent au moins aussi impliqués que les organisations parlant au nom de la communauté juive dans cette affaire.

   Il convient de dissocier l’accusation politique d’escroquerie de l’affirmation épistémologique de non-existence des chambres à gaz homicides. Le simple doute sur les gazages homicides, tel que Jean Beaufret, René Rémond, Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Henri Amouroux et Marc Sautet (fondateur des cafés-philo) le formulèrent, ne saurait être assimilé à une accusation d’escroquerie portée contre la catégorie des juifs, et contre eux seuls. Mais ce doute ne saurait non plus être assimilé à une exonération du nazisme pour ses crimes. En admettant que les victimes des camps de concentration soient dues pour l’essentiel au typhus — Georges Boudarel eut pour les camps communistes du Vietnam une explication analogue  —, reste que sans déportations, il n’y aurait pas eu d’épidémies de typhus dans les camps. Le crime, de guerre ou contre l’humanité, subsiste donc. Lorsque l’on avance qu’Hitler ou Staline ont traité les juifs ou les koulaks, familles comprises, en ennemis déclarés, c’est une explication, voire une observation, ce n’est pas une excuse.

   Que « tout le monde en parle » n’est pas exact. La police de la parole trouvera, hélas, bien moins d’opposants que la police des mœurs ; le pluralisme de la pensée, et la pensée tout court, sont encore bien loin d’être des valeurs dominantes. 

Il aurait été utile, à mon sens, de recourir dans cette émission à un exposé chronologique sommaire de la problématique de la loi Gayssot, exposé que je tente ici :


1. - Il y a eu jusqu’en 1945 des rumeurs dont les éléments sont aujourd’hui reconnus faux :

- homicides par gaz de chlore (Thomas Mann, dans Appels aux Allemands 1940-1945 [Deutsche hörer], Paris : Balland, 1985),



- par électrocution (Pravda du 2 février 1945) ;

- attribution du massacre des officiers polonais à Kalinine et Katyń (avril-mai 1940) aux nazis.


2. - Il y a eu après la guerre des témoignages aujourd’hui reconnus faux :

- gazages prétendus à Dachau (le stalinien Fernand Grenier, 1901-1992, ministre communiste du gouvernement provisoire d’Alger), lieu où l’on fait visiter un local désigné comme « chambre à gaz [qui] ne fut jamais utilisée » ;

- gazages prétendus à Buchenwald (faux témoignages des prêtres français Jean-Paul Renard et Georges Hénocque (1870-1959) ) ;

- aussi des œuvres de fiction fort contestables (film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais en 1955 ; roman d’Elie Wiesel La Nuit, 1960) ou des témoignages rassemblés sans avoir été sérieusement vérifiés (film Shoah de Claude Lanzmann en 1985).


3. - Il y a eu, après la guerre, des doutes exprimés par des personnes non suspectes de sympathie pour les nazis ou pour l’extrême droite :

George Orwell (1903/1950): "Is it true about the German gas ovens in Poland?", "Est-ce vrai, ce qu'on dit des fours à gaz allemands en Pologne ?", "Notes on Nationalism", Polemic, n°1, oct. 1945 (écrit en mai 1945) ; repris dans Collected Essays, volume III, 1968, page 421. Cité par Faurisson ; j'ai corrigé sa petite erreur dans la référence. 

Jean Pouillon : « On aurait pu attendre du procès de Nuremberg [1945-1946] une confrontation doctrinale, une opposition de philosophies historiques capables d'assumer l'histoire telle qu'elle est, et non des contes de bonne femme [...] ; peut-être aurait-il mieux valu se venger sobrement sans avoir l'outrecuidance de vouloir prévenir le jugement de l'avenir. » ("A propos du procès de Nuremberg", Les Temps Modernes, numéro 10, 1er juillet 1946, page 153).


4. - Maurice Bardèche (1907-1998), Nuremberg ou la Terre promise , Les Sept Couleurs, 1948 : « Si la délégation française trouve des factures de gaz nocifs, elle se trompe dans la traduction et elle cite une phrase où l'on peut lire que ce gaz était destiné à “l'extermination”, alors que le texte allemand dit en réalité qu'il était destiné à “l'assainissement”, c'est-à-dire à la destruction des poux dont tous les internés se plaignaient en effet […]. Il résulte clairement des pièces du procès que la solution du problème juif, qui avait eu l'approbation des dirigeants nationaux-socialistes, consistait uniquement en un rassemblement de Juifs dans une zone territoriale qu'on appelait la réserve juive : c'était une sorte de ghetto européen, une patrie juive reconstituée à l'Est, c'était cela que prévoyaient les instructions connues des ministres et des hauts fonctionnaires, et c'était cela seulement. […] Et nous n'avons pas le droit d'en conclure davantage que le national-socialisme aboutissait nécessairement à l'extermination des Juifs : il proposait seulement de ne plus les laisser se mêler à la vie politique et économique du pays, et ce résultat pouvait être obtenu par des méthodes raisonnables et modérées. […] [Ne] sommes-nous pas victimes d'une propagande dont les effets peuvent être un jour terriblement préjudiciables au peuple français ? » (Extraits pris sur fr.wikipédia.org)


5. - Paul Rassinier (1906-1967) :

Passage de la ligne, 1948
Le Mensonge d'Ulysse, 1950, plusieurs éditions (l'édition de La Librairie française de 1961 porte la mention "5e édition" ; dernière édition : Éd. Ulysse, 1998).

En novembre 1950, la réaction viendra (déjà...), non des historiens, mais des politiques : 

" Maurice Guérin, député du Mouvement républicain populaire, dénonce à l'Assemblée nationale la collaboration et le négationnisme de Rassinier : « [Rassinier fait partie] des responsables de la collaboration avec l'occupant et des apologistes de la trahison. »
Et, à propos du Mensonge d'Ulysse : « Il paraît, mes chers collègues, qu'il n'y a jamais eu de chambres à gaz dans les camps de concentration […], voilà ce qu'on peut lire dans ce livre » (Journal officiel, 2 novembre 1950), ce à quoi Rassinier rétorque dans une nouvelle édition du Mensonge d'Ulysse, à propos des chambres à gaz « il y en eut, pas tant qu'on le croit. Des exterminations par ce moyen, il y en eut aussi, pas tant qu'on ne l'a dit ».
Ses affirmations négationnistes lui valent alors d'être exclu de la SFIO en avril 1951 et d'être traduit en justice en novembre de la même année. Peu à peu, les Juifs deviennent sa cible privilégiée. " (fr.wikipedia.org)

   Il semble bien, et c'est remarquable, qu'aucun historien professionnel n'ait alors pris la peine, sinon de réfuter, au moins de contredire Rassinier.


6. - Le philosophe heideggerien Jean Beaufret (1907-1982) écrivit à Robert Faurisson : « Nous assistons visiblement à la "définition" d'un dogme historique [...] ici, il ne s'agit pas de doctrine. C'est simplement, comme dit le Leibniz des Nouveaux Essais [1704], ''un point de fait ou d'histoire'' » [Nouveaux Essais sur l'Entendement humain, IV, xvi, § 5] ; l'existence de cette correspondance a été signalée par Sylvain Auroux et Yvonne Weil dans un ouvrage parascolaire : Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, Hachette-Éducation, 1991, article Heidegger, page 177, qui ne craignait pas de renvoyer aux Annales d'Histoire Révisionniste (1987) ; voir précisément le n° 3, automne-hiver 1987, pages 204-205.



7. - La présence et l’usage du Zyklon B en tant qu’insecticide ne sont contestés par personne ; c’est le détournement de cet usage à des fins homicides qui est discuté. Une photo d’un bidon de Zyklon B en couverture d'un ouvrage ne peut donc servir de preuve des gazages homicides.


8. - De l’aveu même de l'historien Pierre Vidal-Naquet (1930-2006), « il y a eu des chambres à gaz imaginaires ». Les témoignages de Fernand Grenier et de l'abbé Hénocque sur Dachau ont été reconnus comme faux témoignages.

Par ailleurs, les adversaires de Robert Faurisson se trouvent toujours divisés en deux groupes, dont un seul peut avoir raison ; ceux qui pensent que les preuves des chambres à gaz manquent ou ont été détruites :

Léon Poliakov, dans Bréviaire de la haine, 1951, page 171.
Dans Le Monde du 8 mars 1979, François Delpech écrivait : « Les archives des camps ont été en grande partie détruites. »
Simone Veil  : « Au cours d’un procès intenté à Faurisson pour avoir nié l’existence des chambres à gaz, ceux qui intentent le procès sont contraints d’apporter la preuve formelle de la réalité des chambres à gaz. Or chacun sait que les nazis ont détruit ces chambres à gaz et supprimé systématiquement tous les témoins » France-Soir Magazine, 7 mai 1983, page 47.
Serge Klarsfeld, VSD, 29 mai 1986.
Arno J. Mayer, 1988.
Jacques Baynac, Le Nouveau quotidien, 2 et 3 septembre 1996.
Valérie Boyer ; " Tous les historiens des génocides le disent, le crime de génocide est systématiquement accompagné de l’effacement de ses preuves. " (Assemblée nationale, 1ère séance du 3 décembre 2015).

et ceux qui pensent qu’il subsiste une abondance de preuves :

Georges Wellers dans Le Monde, 29 décembre 1978.
Pierre Vidal-Naquet, qui évoquait, dans Les Assassins de la mémoire, « un immense ensemble de preuves indestructibles ».
Éric Conan, dans L’Express, 19/25 novembre 1998.
Alain Finkielkraut, Ainsi parlait, 23 novembre 2012 : " Ne faites-pas le naïf ! l'histoire est absolument ...Les preuves historiques, les témoignages sont multiples, sont extrêmement nombreux." Cependant, dans cette "Radio Sciences-Po", Finkie n'a pu donner une seule référence à un historien professionnel.


Ceci justifie amplement la demande de réexamen de la question, réexamen souhaité par le sociologue Edgar Morin dès 1981.


9. - - Lettre de Robert Faurisson publiée par le quotidien Le Monde le 29 décembre 1978
" « Le problème des chambres à gaz [1] » ou « La rumeur d'Auschwitz »

Nul ne conteste l'utilisation de fours crématoires dans certains camps allemands. La fréquence même des épidémies, dans toute l'Europe en guerre, exigeait la crémation, par exemple des cadavres de typhiques (voy. les photos).

C'est l'existence des « chambres à gaz », véritables abattoirs humains, qui est contestée. Depuis 1945, cette contestation va croissant. Les grands moyens d'information ne l'ignorent plus.

En 1945, la science historique officielle affirmait que des « chambres à gaz » avaient fonctionné, aussi bien dans l'ancien Reich qu'en Autriche, aussi bien en Alsace qu'en Pologne. Quinze ans plus tard, en 1960, elle révisait son jugement : il n'avait, « avant tout »(?), fonctionné de « chambres à gaz » qu'en Pologne [2]. Cette révision déchirante de 1960 réduisait à néant mille « témoignages », mille « preuves » de prétendus gazages à Oranienbourg, à Buchenwald, à Bergen-Belsen, à Dachau, à Ravensbrück, à Mauthausen. Devant les appareils judiciaires anglais ou francais, les responsables de Ravensbrück (Suhren, Schwarzhuber, Dr Treite) avaient avoué l'existence d'une « chambre à gaz » dont ils avaient même décrit, de facon vague, le fonctionnement. Scénario comparable pour Ziereis, à Mauthausen, ou pour Kramer au Struthof. Après la mort des coupables, on découvrait que ces gazages n'avaient jamais existé. Fragilité des témoignages et des aveux !

Les « chambres à gaz » de Pologne – on finira bien par l'admettre – n'ont pas eu plus de réalité. C'est aux appareils judiciaires polonais et soviétique que nous devons l'essentiel de notre information sur elles (voy., par exemple, l'ébouriffante confession de R. Höss : Commandant à Auschwitz).

Le visiteur actuel d'Auschwitz ou de Majdanek découvre, en fait de « chambres à gaz », des locaux où tout gazage aurait abouti à une catastrophe pour les gazeurs et leur entourage. Une exécution collective par le gaz, à supposer qu'elle soit praticable, ne pourrait s'identifier à un gazage suicidaire ou accidentel. Pour gazer un seul prisonnier à la fois, pieds et poings liés, les Américains emploient un gaz sophistiqué, et cela dans un espace réduit, d'où le gaz, après usage, est aspiré pour être ensuite neutralisé. Aussi, comment pouvait-on, par exemple à Auschwitz, faire tenir deux mille (et même trois mille) hommes dans un espace de 210 mètres carrés (!), puis déverser (!) sur eux des granulés du banal et violent insecticide appelé Zyklon B ; enfin, tout de suite après la mort des victimes, envoyer sans masque à gaz, dans ce local saturé d'acide cyanhydrique, une équipe chargée d'en extraire les cadavres pénétrés de cyanure ? Des documents trop peu connus [3] montrent d'ailleurs : 1° Que ce local, que les Allemands auraient fait sauter avant leur départ, n'était qu'une morgue typique (Leichenkeller), enterrée (pour la protéger de la chaleur) et pourvue d'une seule petite porte d'entrée et de sortie ; 2° Que le Zyklon B ne pouvait pas s'évacuer par une ventilation accélérée et que son évaporation exigeait au moins vingt et une heures. Tandis que sur les crématoires d'Auschwitz on possède des milliers de documents, y compris les factures, au pfennig près, on ne possède sur les « chambres à gaz », qui, paraît-il, flanquaient ces crématoires, ni un ordre de construction, ni une étude, ni une commande, ni un plan, ni une facture, ni une photo. Lors de cent procès (Jérusalem, Francfort, etc.), rien n'a pu être produit.

« J'étais à Auschwitz. Il ne s'y trouvait pas de 'chambre à gaz'. » A peine écoute-t-on les témoins à décharge qui osent prononcer cette phrase. On les poursuit en justice. Encore en 1978, quiconque en Allemagne porte témoignage en faveur de T. Christophersen, auteur du Mensonge d'Auschwitz, risque une condamnation pour « outrage à la mémoire des morts ».

Après la guerre, la Croix-Rouge internationale (qui avait fait son enquête sur « la rumeur d'Auschwitz » [4], le Vatican (qui était si bien renseigné sur la Pologne), les nazis, les collabos, tous déclaraient avec bien d'autres : « Les 'chambres à gaz' ? nous ne savions pas. » Mais comment peut-on savoir les choses quand elles n'ont pas existé ?

Le nazisme est mort, et bien mort, avec son Führer. Reste aujourd'hui la vérité. Osons la proclamer. L'inexistence des « chambres à gaz » est une bonne nouvelle pour la pauvre humanité. Une bonne nouvelle qu'on aurait tort de tenir plus longtemps cachée [5].

Notes :
[1] L'expression est d'Olga Wormser-Migot dans son ouvrage Le Système concentrationnaire nazi, thèse, Paris : P.U.F., 1968).
[2] « Keine Vergasung in Dachau », par le Dr Martin Broszat, directeur de l'Institut d'histoire contemporaine de Munich (Die Zeit, 19 août 1960, page 16).
[3] D'une part, photos du musée d'Auschwitz (nég. 519 et 6228) ; d'autre part, documents de Nuremberg (NI-9098 et NI-9912).
[4] C.I.C.-R., Documents sur l'activité du Comité international de la Croix-Rouge en faveur des civils détenus dans les camps de concentration en Allemagne (1939-1945), deuxième édition, Genève, juin 1946, série II, n° 1, reproduisant partiellement (j'ai copie du texte intégral confidentiel) le document n° 9925 : Visite au commandant du camp d'Auschwitz d'un délégué du C.I.C.-R. (septembre 1944), p. 91 et 92. Une phrase capitale de ce document a été habilement amputée de trois mots dans le livre de Marc Hillel, Les Archives de l'espoir, Fayard 1977, p. 257, et la phrase la plus importante (« Les détenus eux-mêmes n'en ont pas parlé ») a été sautée. "


10 - En opposition à une longue tradition de pensée rationaliste, en février 1979, 34 historiens français eurent ce que Paul Thibaud a appelé par la suite "un réflexe de cordon sanitaire"  ; ils annoncèrent publiquement leur refus de débattre :

"Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été techniquement possible puisqu'il a eu lieu. [...] Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de débat sur l'existence des chambres à gaz." (Le Monde, 21 février 1979).

Dans cette liste, on pouvait relever les noms de :
A. Besançon, P. Chaunu, Monique Clavel-Levêque, M. Ferro (EHESS), F. Furet (mort en 1997, mais revenu sur son refus de débattre en 1996), Y. Garlan (ENS), J. Julliard (ENS), E. Labrousse, J. Le Goff (ENS), E. Le Roy Ladurie (ENS), P. Levêque (ENS), Nicole Loraux (EHESS), R. Mandrou, Claude Mossé, J. Néré (ENS), Cl. Nicolet (ENS), Michelle Perrot (Paris-VII)  ;
Madeleine Rebérioux (depuis, opposée à la loi Gayssot  ; selon cette ancienne présidente de la Ligue des Droits de l'Homme, " le concept de vérité historique récuse l'autorité étatique. L'expérience de l'Union Soviétique devrait suffire en ce domaine. ") ;
Le 21 septembre 1987, Yves Jouffa, président de la Ligue des droits de l'homme, écrivait à Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur : « Nous ne pensons pas que la modification de l'article 24 alinéa 3 de la loi du 29 juillet 1881, tendant à créer un délit de négation des crimes contre l'humanité, soit de nature à faciliter la lutte contre certains écrits racistes. » Et d'ajouter : « Cela risque de poser de sérieux problèmes tant au regard de la liberté de la presse qu'au regard de la libre recherche universitaire ou historique. »

Maxime Rodinson, Lucette Valensi (EHESS), J.-P. Vernant, Paul Veyne (ENS), P. Vidal-Naquet (EHESS, qui a cependant débattu avec Faurisson et Thion par la suite), E. Will (ENS).

11. - Intolérable intolérance, Recueil de textes en forme de supplique à MM. les magistrats de la cour d'appel de Paris, Paris : Éditions de la Différence, 1981.

Articles de J.G. Cohn-Bendit, É. Delcroix, C. Karnoouh, V. Monteil, J.L. Tristani.

Table des matières :

Question de principe, par Jean-Gabriel Cohn-Bendit.
Jugement de valeur, par Éric Delcroix.
De l'intolérance et quelques considérations subjectives sur le nationalisme, par Claude Karnooh.
Le prêt-à-penser au tribunal de l'Histoire, par Vincent Monteil.
Supplique à MM. les magistrats de la cour d'appel de Paris, par Jean-Louis Tristani.
Annexe: Jugement du tribunal de grande instance de Paris, en date du 1er juillet 1981.

12 - Dans Le Monde du 24-25 septembre 1989, une dépêche AFP annonce que l’URSS va autoriser le CICR à microfilmer 46 volumes d’archives allemandes d’Auschwitz.

Dans Le Monde du 23-24 juin 1991, une dépêche AFP annonce que l’URSS vient de remettre à la Pologne quatre des quarante-six volumes d’archives d’Auschwitz emportés en 1945.

   Que contiennent ces volumes d’archives ? Robert Faurisson m'a depuis fait remarquer que : "En 1995, un ouvrage en trois volumes, d’un total de 2158 pages, publié en polonais, en anglais et en allemand sous l’égide du Musée national d’Auschwitz par un ensemble de huit chercheurs, a révélé avec force chiffres et détails le contenu des cinquante et un, et non quarante-six, volumes des seuls registres mortuaires du camp (State Museum of Auschwitz, Death Books from Auschwitz, K.G. Saur, München, New Providence, London, Paris). Comme je l’ai noté dans mes écrits, ces chiffres apportent une éclatante confirmation de la justesse des estimations révisionnistes quant au nombre total des morts d’Auschwitz." Je n'ai pas eu accès à cet ouvrage et n'ai donc pu confirmer ou infirmer ce point.


13. - Dans Le Monde du 28/29 janvier 1990, le journaliste très militant Edwy Plenel dénonçait un maître de conférences de l'université Lyon III-Jean Moulin, M. Bernard Notin, auteur dans le n°32 hors-série (août 1989) d'Economies et Sociétés (P.U. de Grenoble), d'un article contenant ces lignes :


"Le réel passe alors en jugement devant l'irréel [Belle formule, que je reprends souvent]. Le thème, historique, des chambres à gaz homicides, est très révélateur de ce procès. Les preuves proposées pour en démontrer l'existence évoluent au gré des circonstances et des époques mais s'extraient d'une boite à malices comprenant trois tiroirs : 
Tout en bas : la visite des locaux (peu crédibles). Au milieu : l'affirmation des vainqueurs (elles ont existé). En haut : les on-dits (histoire de l'homme qui a vu l'homme qui...). Au total, on en postule l'existence, et qu'importe la réalité de cette réalité. On reconnaîtra là le fondement de toute tyrannie."

Pour avoir écrit ces lignes, Notin perdit son poste à l'Université de Lyon.




14. - En avril 1990, le ministre polonais de la culture a fait déposer les plaques du monument de Birkenau qui portaient le chiffre d’origine soviétique de quatre millions de victimes à Auschwitz pour les remplacer par d'autres portant le chiffre d'un million et demi. En France, cette information n’a été diffusée qu’après la promulgation de la loi Gayssot ...




15. - Le réexamen de la réalité des chambres à gaz est donc bloqué par cette loi Gayssot, ce qui aboutit au paradoxe que le catalogue informatisé de la BNF, interrogé en décembre 2002 sur le sujet « chambres à gaz », donne accès à 17 références consultables, dont 7 adoptant la thèse officielle, et 10 la thèse révisionniste. Ce score 10 à 7 est un effet direct de la loi Gayssot. La même interrogation faite le 1er avril 2009 donnait 34 réponses, dont la moitié du côté révisionniste. Mais avant même cette loi, la déclaration de 34 historiens selon laquelle
« il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz » (Le Monde, 21 février 1979)
n’était pas faite pour encourager les vocations. En 1987, Annette Wieviorka constatait :
« Aucun normalien agrégé d’histoire ne s’est penché sur l’histoire contemporaine des juifs de France ou d’ailleurs. »
Aussi Arno Klarsfeld se contredisait-il lorsqu’il affirmait que le révisionnisme « se combat par les travaux universitaires » (Tout le monde en parle, France 2, 18 janvier 2003).


16. - En 1992, Annette Wieviorka publie Déportation et Génocide chez Plon ; ce livre donna 5 pages sur 506 à la « question (sic) des chambres à gaz » ; ces cinq pages relèvent d’une partie intitulée « Diversité des situations dans les camps » ; leur contenu n’apporte aucun élément nouveau mais se borne à reconnaître la fausseté d’un certain nombre d’affirmations et de témoignages : abbé Hénocque, Joseph Rovan, Germaine Tillion, entre autres.


17. - Affaire Garaudy et Sautet, 1996 :

Début 1996, la publication par Roger Garaudy de l'ouvrage Les Mythes fondateurs de l'Etat d'Israël fit scandale. Il reçut le soutien de l'abbé Pierre :

" De ton nouveau livre il m’est impossible de parler avec tous les soins que réclament non seulement son sujet fondamental, mais aussi l’étonnante et éclatante érudition, scrupuleuse, sur laquelle chaque propos se fonde, comme j’ai pu le constater en le parcourant.
Autour de moi quelques personnes dont les exigences et la compétence sont grandes et qui l’ont entièrement lu me disaient l’importance de ce qu’elles en ont reçu.
Il faut tout faire, et je m’y emploie, pour que bientôt des historiens vrais, de la même passion du vrai qui est la tienne, s’attachent à en débattre avec toi.
Les insultes contre toi que j’ai pu connaître (jusque dans un quotidien que j’estime le plus pour son habituelle objectivité), qui t’ont accablé de toutes parts sont déshonorantes pour ceux qui, comme à la légère, t’en accablent. "


Après l'article de Nicolas Weill dans le quotidien Le Monde : « Le promoteur des "cafés de philosophie" tient des propos ambigus sur le génocide juif » (14 juin 1996, page 30), article qui commençait par cette phrase : « LE NÉGATIONNISME aujourd’hui éclot dans des lieux où on ne l’attendait décidément pas. », j'avais fait savoir, en tant que participant régulier aux cafés-philo parisiens, que je déplorais le procédé de P.-L. Chevallier (de Montpellier) : dénoncer un individu à la presse écrite à partir d'une correspondance privée – et surtout celui de Nicolas Weill : publier, en passant outre le refus de Marc Sautet, quelques lignes extraites d'une correspondance privée.

« Je ne crois pas avoir "repris à mon compte" ma thèse selon laquelle "il n’existe aucune preuve de la réalité des chambres à gaz". […] J’ai longtemps admis sans discussion la réalité des chambres à gaz. Et j’ai longtemps cru que le génocide avait été programmé par le mouvement nazi. Mais depuis longtemps aussi, je suis gêné par la tendance de ceux qui déplorent le génocide à oublier la destruction du mouvement ouvrier qui le précède. […] L’ennemi principal de Hitler, l’adversaire à abattre en priorité selon lui en 1924, c’est le bolchevisme. Il s’en prend aussi au "Capital international", parasite de la nation allemande. Et comme on trouve beaucoup de Juifs dans les rangs bolcheviks, ainsi que dans la finance, il s’ensuit que l’élimination des Juifs serait une bonne chose … Mais quelle "élimination" ? Hitler veut interdire aux Juifs l'accès aux postes de pouvoir, et les expulser d'Allemagne, pas les exterminer. Cette "découverte", que j'ai faite pour mon propre compte, à une époque où je me trouvais en Allemagne [Marc Sautet effectuait alors un séjour d’études en Allemagne de l'Est (RDA)], m'a rendu extrêmement prudent sur "le génocide" et "la solution finale". Le peu que j'ai pu comprendre depuis, c'est que, même une fois au pouvoir, en [19]33, Hitler songeait à débarrasser le sol allemand des Juifs, et non à les détruire dans des usines ad hoc. Si tel est bien le cas, ce qu'il faut expliquer ce n'est pas pourquoi il voulait détruire le peuple juif, mais pourquoi il a "fini" par tenter de le faire.
Du coup, les chambres à gaz prennent – ne fût-ce que provisoirement – un point d'interrogation. Nul besoin de Faurisson et consorts pour cela. S'interroger n'est pas nier. C'est douter. Douter en son for intérieur, se demander, méditer, et chercher par quelle voie sortir de l'incertitude. Or, le terrain est miné. Tout doute sur ce sujet passe pour de l'antisémitisme. Du moins dans l'opinion publique. En êtes-vous ? Moi je refuse de me laisser abuser, par qui que ce soit. C'est peut-être pour cela que je me sens philosophe. »

Marc Sautet, « Lettre au collectif des invités du 1er février », 13 mars 1996 ; copie (deux feuillets) distribuée par M.S. au café du Luxembourg le lundi 17 juin 1996.

  Il est faux, comme le prétendit Jacques Diament (page 120 de son ouvrage), que Marc Sautet, spécialisé sur Nietzsche depuis sa maîtrise, ait appris l’allemand pour « étudier Mein Kampf dans le texte »…

Marc Sautet fit l'objet d'un communiqué hostile intitulé "L'appel des profs de philo" (La Marseillaise, 18 juin 1996), repris (sans mention de date !!) dans L'Enseignement philosophique, n° 5, mai-juin 1997 ; le signataire de ce communiqué, Étienne Verley, ancien élève de l'ENS-Ulm, ancien "stalinien" et agrégé de philosophie, me déclara par écrit avoir été victime dans les deux cas du zèle intempestif d'un collègue ; il m'annonçait pour la rentrée 1997 une mise au point ; en août 1998 toutefois, rien n'était encore passé dans L'Enseignement philosophique.

  Marc Sautet est décédé le 2 mars 1998 des suites d'une tumeur cancéreuse au cerveau, à l'âge de 51 ans. Comme disait Marc Sautet que citait N. Weill, « si l'on ne peut réfléchir en privé sans être accusé de servir de cheval de Troie aux négationnistes, la démocratie est bien malade » (ibid.).


Une lettre de Marc Sautet à Jean-Marie Colombani (directeur du quotidien Le Monde) fut publiée dans Philos, N° 48, juillet-août 1996, et (incomplètement) dans le courrier des lecteurs du Monde, 7-8 juillet 1996. Le fondateur des cafés-philo y disait vouloir réintroduire le mouvement ouvrier européen dans l'histoire du nazisme.


18. - De nombreuses personnalités françaises se prononcèrent, au fil du temps, contre cet article 24 bis de la loi sur la presse : les anciens ministres de la justice Jacques Toubon et Simone Veil ; Jacques Toubon, alors député, précisait : « Je suis contre le délit de révisionnisme, parce que je suis pour le droit et pour l’histoire, et que le délit de révisionnisme fait reculer le droit et affaiblit l’histoire » (Assemblée nationale, 3e séance du 21 juin 1991) ; Jacques Julliard, Annie Kriegel (décédée), Alfred Grosser (Le Monde, 13 septembre 1990), Michel Tournier (prix Goncourt), Jean Foyer (ancien ministre) ; les anciens sénateurs Paul Masson, Jacques Thyraud, Jean Marie Girault et le sénateur René-Georges Laurin ; l’historien de la littérature russe Georges Nivat (ENS-Ulm), qui déclarait « Je n’approuve pas la loi qui institue un délit de contre-vérité historique » (communication personnelle) ; Dominique Jamet ; le député Jacques Limouzy (RPR), Me Jacques Vergès, Me Patrick Simon ; l’historien Maxime Rodinson ; l’éditeur Jean-Jacques Pauvert ; « la grande majorité des historiens », selon les termes de Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, 4 mai 1996), dont François Furet ; loi « unanimement contestée par les historiens, les juristes et les politiques » (l’hebdomadaire EDJ du 27 juin-3 juillet 1996) ; Alain Peyrefitte, ancien ministre de la justice ; l’Académie des sciences morales et politiques (octobre 1996) ; Jacques Caritey (Revue administrative) ; le philosophe Paul Ricoeur ; Michel Houellebecq et Alain Robbe-Grillet ; Robert Ménard (Reporters sans frontières) ; Ivan Rioufol (Le Figaro). Selon un sondage Sofres/UEJF de janvier-février 2002, 51 % (contre 48 %) des jeunes de 15 à 24 ans estimeraient que « chacun peut penser comme il veut ».

   Robert Faurisson me reprocha (entre autres choses...) de n'avoir pas pris en compte le fait qu'un certain nombre de ces personnes avaient depuis changé d'avis (tout comme Robert Badinter qui en 1982 reconnaissait la liberté de critiquer l'homosexualité et par la suite approuva la création du délit d'homophobie par la loi Halde du 30 décembre 2004) ; je prends cela en compte, mais plutôt que d'accabler ces personnes, je cherche à les persuader à nouveau du caractère liberticide de la loi du 13 juillet 1990, comme de la loi sur le génocide arménien heureusement retoquée, elle, par le Conseil constitutionnel le 28 février 2012.

19 - Le documentaire "Autopsie d'une mensonge : le négationnisme" de Bernard Cohn et Jacques Tarnero, sorti en janvier 2001,  dénonce, selon l'AFP, le révisionnisme et la négation de la Shoah, « une théorie qui a été médiatisée notamment avec l'affaire Faurisson et qui se banalise aujourd'hui via Internet ». Il contient des interviews du réalisateur Claude Lanzmann, des journalistes Yvan Levaï et Alain Finkielkraut, de l'écrivain Tahar Ben Jelloun, du sociologue Jacques Tarnero ou encore de l'historien palestinien Elias Sanbar, pas un seul historien de la seconde guerre mondiale, semble-t-il.

20. - Enfin, cette loi Gayssot aboutit à des situations ubuesques : demande de huis-clos pour juger les auteurs d’écrits révisionnistes (afin que le délit ne soit pas à nouveau commis ...), mise en cause de publications pour la seule mention de l’existence du révisionnisme (Quid 2002 et Quid 2003). Le statut du révisionnisme tend à rejoindre celui de la sodomie au Moyen Âge, péché dont il ne fallait pas prononcer le nom. Ceci montre que les dispositions antirévisionnistes sont de caractère très archaïque.

21. - En ce qui concerne le Quid 2003, je déplore le retrait injustifié (et inefficace), sous la pression, de l’estimation du nombre des victimes par Robert Faurisson pour Auschwitz-Birkenau : « 150 000 en tout (dont environ 100 000 Juifs, la plupart morts du typhus) » ; cette estimation fermait une fourchette qui s’ouvrait avec l’estimation haute de 9 000 000 (film Nuit et Brouillard, 1955), le Quid proposant pour sa part le chiffre de 1 200 000. La raison de ce retrait ne peut être la caution d’ « historien sérieux » par là accordée à Faurisson puisque les auteurs de la vingtaine d’autres estimations n'étaient pas tous des historiens patentés de la seconde guerre mondiale, loin de là, et que l’estimation du pharmacien de banlieue Jean-Claude Pressac (630 000 à 710 000 victimes) est elle aussi contestée par des publications juives. D’autre part, ce retrait supprimait l’intérêt de tout le passage introduit par la mention « D’autres chiffres ont circulé » (page 703c). Mieux aurait valu, pour la cohérence du texte, supprimer tous ces chiffres et s’en tenir à la seule estimation du Quid, soit 1 200 000 morts. Mais c’est alors toute la cohérence du projet encyclopédique, « Tout sur tout », qui aurait été réduite à néant. Sans parler de la confiance des lecteurs qui virent les éditions Robert Laffont céder à une orthodoxie communautariste. Aux vingt chiffres cités pour le nombre de victimes à Auschwitz, page 703c, on pourrait d’ailleurs ajouter :

- 5 000 000 (L’Humanité, 24 avril 1945)
- 7 000 000 de juifs (abbé Hénocque, 1947)
- plus de 4 000 000 (Encyclopédie Castermann, 1977)
- au moins 1 000 000 (Encyclopaedia Universalis, 1989)
- 1 100 000 à 1 500 000 (Franciszek Piper, 1990)
- 775 000 à 800 000 (Jean-Claude Pressac, Les Crématoires d'Auschwitz. La machinerie du meurtre de masse, Paris : CNRS Éditions, 1993).

22. - Plutôt que d’aller vers l’abrogation, le député UDF François Rochebloine proposa de renforcer la loi Gayssot en interdisant la contestation de tous les crimes contre l’humanité (Proposition de loi n° 479, décembre 2002, XIIe législature), et reprocha, dans l’exposé des motifs, à la propagande "négationniste" de contester la déportation ; or les révisionnistes n’ont jamais contesté la déportation, ni d’ailleurs l’existence des camps de concentration (comme l’affirma mensongèrement le journaliste Franz-Olivier Giesbert). On peut reprocher bien des choses aux révisionnistes, notamment leur alliance avec les islamiques contre Israël, leur lien avec des nostalgiques du nazisme ou leur conception du révisionnisme comme une Intifada, mais pas cela.

23. - La condamnation à six mois de prison de l’éditeur Jean Plantin (révocation du sursis d’une condamnation antérieure), venant après l’annulation rétroactive de ses diplômes, donne raison à Emmanuelle Duverger et Robert Ménard (tout nouveau maire de Béziers) lorsqu’ils écrivaient : « Les révisionnistes [...] font l’objet d’une véritable chasse aux sorcières » (La Censure des bien-pensants, Paris : Albin Michel, 2003).

24. - Dois-je rappeler que je n'ai jamais ni cautionné ni condamné ce que l'on appelle les thèses révisionnistes (ou négationnistes). Si les quelques sondages que j'ai effectué dans les écrits de Faurisson, dont je n'ai pas lu la totalité, ne m'ont jamais permis d'y déceler des falsifications (la seule fois où je l'ai pris en défaut, c'est quand il prétendit que la loi Gayssot figurait dans le Code pénal, alors qu'elle a été intégrée à la loi sur la liberté de la presse), je ne suis pas germanophone, ni historien, et encore moins historien de la Seconde guerre mondiale. Je ne revendique que la liberté pour l'histoire, liberté revendiquée par de nombreux historiens et juristes comme je l'ai dit ailleurs.

Dans la revue créée par Raymond Aron Commentaire, n° 80, hiver l997-98, les historiens Ernst Nolte (né en 1923) et François Furet (1926-1997) s’accordaient sur la légitimité de ce débat. Leur correspondance a été publiée sous le titre Fascisme et communisme (Paris : Plon, 1998 ; Hachette Littératures, collection Pluriel, n° 971, 2000).

Le 5 septembre 1996, Nolte écrivit à Furet :

« Il faut répondre aux arguments révisionnistes par des arguments et non en engageant des procès. [...] Je me sens provoqué par [le révisionnisme], et je ne me vois pourtant pas m’associer à ceux qui veulent mobiliser les procureurs et la police contre lui. [...] Je considère comme fondamentalement fausse l’affirmation selon laquelle, si l’essentiel est incontestable, aucune affirmation particulière n’aurait plus besoin d’examen, et tous les doutes ne pourraient provenir que d’intentions mauvaises. Je crois qu’on menace, au contraire, le noyau de la chose, lorsque on veut soustraire l’écorce à la discussion. Non pas certes le caractère factuel de ce noyau, mais le rang et l’importance qu’on lui accorde. »

Ce à quoi François Furet répondit, le 30 septembre 1996 :

« Rien n’est pire que de vouloir bloquer la marche du savoir, sous quelque prétexte que ce soit, même avec les meilleures intentions du monde. C’est d’ailleurs une attitude qui n’est pas tenable à la longue, et qui risquerait d’aboutir à des résultats inverses de ceux qu’elle prétend rechercher. C’est pourquoi je partage votre hostilité au traitement législatif ou autoritaire des questions historiques. L’Holocauste fait hélas partie de l’histoire du XXe siècle européen. Il doit d’autant moins faire l’objet d’un interdit préalable que bien des éléments en restent mystérieux et que l’historiographie sur le sujet n’en est qu’à son commencement. »


Réponse de Robert Faurisson à la première version de mon texte :


APPENDICE

Mon contact - qui n'a jamais été un engagement - avec les révisionnistes ne provenait évidemment pas d'un engagement néo-nazi ..., plus simplement d'une rencontre lors d'une assemblée générale de l'Union des Athées, à Paris, en juin 1987, à un moment où cette association tenta, sans succès, d'exclure Robert Faurisson. C'est alors que j'ai dû proposer un premier texte sur la liberté d'expression, devenu le chapitre V, "Réflexions sur la liberté de s'exprimer", de mon opuscule auto-édité en 2002 La Connaissance ouverte et ses ennemis.

Depuis, je l'avais revu deux ou trois fois à Paris, ainsi que sa sœur, dont une fois à la XVIIe chambre correctionnelle où j'ai pu entendre les quatre heures d'explications de RF ; j'étais venu pour ça, pour défendre la liberté d'expression et non pour soutenir des thèses sur lesquelles, comme déjà dit, je ne prenais pas parti (cf § 22 ; certains semblent incapables de faire cette distinction voltairienne). Entendu aussi la fameuse réplique du président Grellier, au début de l'audience : "Si vous ne vouliez pas qu'il s'explique, il ne fallait pas le poursuivre" qui restera dans les annales des procès à la mode de Moscou 1936-1938. La partie civile demandait en effet un huis-clos qu'elle n'obtint pas (cf plus haut, § 18) ; c'était le 21 ou 22 mars 1991.

Si on ne lit pas mes deux textes contestés, (le premier en date intitulé "Savoir raison garder" -- ce titre étant un hommage très partiel à François Mauriac, seulement pour son attitude mesurée dans l'affaire Pompidou-Delon), on ne peut pas comprendre.

Pour faire vite, 1 - je ne me considère pas comme révisionniste ou négationniste ; et, 2 - Les révisionnistes ou négationnistes ne m'ont pas considéré comme un des leurs, seulement comme quelqu'un qui promeut une totale liberté d'expression. Il est vrai, comme l'écrivit Jacques Derrida, que « l'accusation [de révisionnisme] est désormais à la disposition du premier venu qui n'entendrait rien à [la] nécessité critique » (Spectres de Marx, page 172, note 1) et les premiers venus sont légion ...

À la demande de la sœur de Faurisson, Yvonne Schleiter, j'ai donné en 1990 à la Revue d'Histoire Révisionniste (1990-1992) un second texte, une étude sur "Gide et les rumeurs" qui était déjà prête (refusée par le Bulletin des Amis d'André Gide) et qui me tenait à cœur ; il a paru dans le n° 3, novembre 1990-janvier 1991, donc peu après l'adoption de cette "loi Gayssot" contre laquelle je voulais faire quelque chose, d'où cet article méthodologique, insistant sur la nécessité de travailler pour tirer au clair la vérité ou la fausseté des rumeurs, et manifestant implicitement, dans le sens de la prise de position ultérieure de Dworkin sur le partenariat démocratique, le refus de rejeter les révisionnistes ou les supposés tels dans un no speech's land. Pour certains internautes adonnés à la Vigilance, ce simple refus était encore de trop. C'est aussi à cette époque qu'YS me communiqua aimablement un exemplaire du numéro de la revue dans laquelle figurait l'article de Bernard Notin (voir plus haut, § 13).

Mon travail dans le domaine de l'histoire de l'homosexualité et mon action en faveur de la liberté de l'homosexualité à la fin des années 1970 m'ont souvent permis de constater que des informations utiles, voire uniques, se trouvaient dans des écrits hostiles à l'homosexualité ; d'une manière générale, les argumentations contradictoires renferment des informations complémentaires ; lire avant de critiquer est donc un impératif méthodologique.

Je n'étais en revanche pour rien dans la mise sur Internet de ces textes par le site de Zundel (lebensraum), que j'ai apprise début décembre 2000 par un mail de l'informaticien responsable du site des "lecteurs" de La Campagne de France de Renaud Camus ; je ne connaissais absolument pas pas ce site lebensraum (espace vital, donc connotation néo-naie). J'ai bien sûr demandé à ce que ces articles soient retirés de ce site ; je ai depuis repris et développé le second en deux parties, qu'on peut lire dans ce blog, quasiment textuellement pour la première, sous les titres André Gide et la rumeur des "mains coupées" et avec beaucoup de compléments pour la seconde À vrai lire ...

Que j'ai accepté de publier ce texte dans la RHR, et le premier, " Savoir raison garder" en 1987, dans les Annales d'histoire révisionniste (1987-1990), n° 3, automne-hiver 1987 ne fait donc pas de moi un « négationniste ». Je m'en étais déjà expliqué avec Mlle Valérie Igounet, lorsqu'alors en maîtrise d'histoire, elle était venue m'interviewer à mon domicile parisien, en février 1996. Elle avait alors reconnu que "les révisionnistes ont fait progresser l'historiographie". Relisant sa transcription de cet interview, j'avais pu constater que mes "or" étaient systématiquement transcrits "hors" ... aujourd'hui pour nos médiats, c'est une "historienne" ...