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mardi 22 novembre 2016

DES CHRÉTIENS FACE À L'ISLAM

Voir aussi

L'HUMANISME ET LES LUMIÈRES FACE À L'ISLAM
MAUVAISES (ET BONNES) RÉPUTATIONS DE L'ISLAM

Arrivée des croisés à Constantinople : Louis VII le Jeune et Conrad, empereur d'Allemagne, entrent dans
la ville, suivis d'un important cortège de seigneurs et de chevaliers. 
Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460
Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 6465, fol. 202


PIERRE LE VÉNÉRABLE, THOMAS d'AQUIN, BOSSUET, JURIEU, CHATEAUBRIAND, CHARLES DE FOUCAULD, PAUL VI, JEAN PAUL II, FRANÇOIS, REMI BRAGUE


1150 environ : Pierre le Vénérable (vers 1093 - 1156), abbé de Cluny :

« Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie ou celui, infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les Latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant le mot des Juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent pas d’autre langue que celle de leur pays natal. Aussi n’ont-ils pu ni reconnaître l’énormité de cette erreur ni lui barrer la route. Aussi mon cœur s’est enflammé et un feu m’a brûlé dans ma méditation. Je me suis indigné de voir les Latins ignorer la cause d’une telle perdition et leur ignorance leur ôter le pouvoir d’y résister ; car personne ne répondait, car personne ne savait. Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran. Et pour que la fidélité de la traduction soit entière et qu’aucune erreur ne vienne fausser la plénitude de notre compréhension, aux traducteurs chrétiens j’en ai adjoint un Sarrasin. Voici les noms des chrétiens : Robert de ChesterHerman le DalmatePierre de Tolède ; le Sarrasin s’appelait Mohammed. Cette équipe après avoir fouillé à fond les bibliothèques de ce peuple barbare en a tiré un gros livre qu’ils ont publié pour les lecteurs latins. Ce travail a été fait l’année où je suis allé en Espagne et où j’ai eu une entrevue avec le seigneur Alphonse, empereur victorieux des Espagnes, c’est-à-dire en l’année du Seigneur 1141. » (cité par Jacques le Goff, Les Intellectuels au Moyen Âge, " Le temps qui court ", Paris : Le Seuil, 1957 ; merci à Jean-Baptiste de Morizur).


1265 : THOMAS d'AQUIN (1224 ou 25 / 1274), Somme contre les Gentils.

Livre I, chapitre 2 : " Réfuter toutes les erreurs est difficile, pour deux raisons. La première, c'est que les affirmations sacrilèges de chacun de ceux qui sont tombés dans l'erreur ne nous sont pas tellement connues que nous puissions en tirer des arguments pour les confondre. C'était pourtant ainsi que faisaient les anciens docteurs pour détruire les erreurs des païens, dont ils pouvaient connaître les positions, soit parce qu'eux-mêmes avaient été païens, soit, du moins, parce qu'ils vivaient au milieu des païens et qu'ils étaient renseignés sur leurs doctrines. - La seconde raison, c'est que certains d'entre eux, comme les Mahométans et les païens, ne s'accordent pas avec nous pour reconnaître l'autorité de l'Écriture, grâce à laquelle on pourrait les convaincre, alors qu'à l'encontre des Juifs, nous pouvons disputer sur le terrain de l'Ancien Testament, et qu'à l'encontre des Hérétiques, nous pouvons disputer sur le terrain du Nouveau Testament Mahométans et Païens n'admettent ni l'un ni l'autre. Force est alors de recourir à la raison naturelle à laquelle tous sont obligés de donner leur adhésion. Mais la raison naturelle est faillible dans les choses de Dieu. "

Livre I, chapitre 6 : " Dieu, même de nos jours, ne cesse de confirmer notre foi par les miracles de ses saints. Les fondateurs de sectes ont procédé de manière inverse. C'est le cas évidemment de Mahomet qui a séduit les peuples par des promesses de voluptés charnelles au désir desquelles pousse la concupiscence de la chair. Lâchant la bride à la volupté, il a donné des commandements conformes à ses promesses, auxquels les hommes charnels peuvent obéir facilement. En fait de vérités, il n'en a avancé que de faciles à saisir par n'importe quel esprit médiocrement ouvert. Par contre, il a entremêlé les vérités de son enseignement de beaucoup de fables et de doctrines des plus fausses. Il n'a pas apporté de preuves surnaturelles, les seules à témoigner comme il convient en faveur de l'inspiration divine, quand une œuvre visible qui ne peut être que l'œuvre de Dieu prouve que le docteur de vérité est invisiblement inspiré. Il a prétendu au contraire qu'il était envoyé dans la puissance des armes, preuves qui ne font point défaut aux brigands et aux tyrans. D'ailleurs, ceux qui dès le début crurent en lui ne furent point des sages instruits des sciences divines et humaines, mais des hommes sauvages, habitants des déserts, complètement ignorants de toute science de Dieu, dont le grand nombre l'aida, par la violence des armes, à imposer sa loi à d'autres peuples. "


1665 : Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) :

Par Hyacinthe Rigaud, 1698.

« Cet objet lugubre d'un chrétien captif dans les prisons des mahométans, me jette dans une profonde considération des grands et épouvantables progrès de cette religion monstrueuse. O Dieu, que le genre humain est crédule aux imposture de Satan! O que l'esprit de séduction et d'erreur a d'ascendant sur notre raison! Que nous portons en nous-mêmes, au fond de nos cœurs, une étrange opposition à la vérité, dans nos aveuglements, dans nos ignorances, dans nos préoccupations opiniâtres. Voyez comme l'ennemi du genre humain n'a rien oublié pour nous perdre, et pour nous faire embrasser des erreurs damnables. Avant la venue du Sauveur, il se faisait adorer par toute la Terre sous les noms de ces fameuses idoles devant lesquelles tremblaient tous les peuples; il travaillait de toute sa force à étouffer le nom du vrai Dieu. Jésus-Christ et ses martyrs l'ont fait retentir si haut depuis le levant jusqu'au couchant, qu'il n'y a plus moyen de l'éteindre ni de l'obscurcir. Les peuples qui ne le connaissaient pas, y sont attirés en foule par la croix de Jésus-Christ; et voici que cet ancien imposteur, qui dès l'origine du monde est en possession de tromper les hommes, ne pouvant plus abolir le saint nom de Dieu, frémissant contre Jésus-Christ qui l'a fait connaître à tout l'univers, tourne toute sa furie contre lui et contre son Évangile : et trouvant encore le nom de Jésus trop bien établi dans le monde par tant de martyrs et tant de miracles, il lui déclare la guerre en faisant semblant de le révérer, et il inspire à Mahomet, en l'appelant un prophète, de faire passer sa doctrine pour une imposture; et cette religion monstrueuse, qui se dément elle-même, a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes, armes redoutables et victorieuses, qui font trembler tout le monde, et rétablissent par force l'empire de Satan dans tout l'univers.  »
Panégyrique de saint Pierre Nolasque.


1683 JURIEU (1637-1713)

Pierre Jurieu, par Étienne Desrochers

" Il n'y a point du tout de comparaison entre la cruauté des Sarrasins contre les chrétiens, et celle du papisme contre les vrais fidèles. En peu d'années de guerre contre les Vaudois, ou même dans les seuls massacres de la Saint-Barthélémi, on a répandu plus de sang pour cause de religion, que les Sarrasins n'en ont répandu dans toutes leurs persécutions contre les chrétiens. Il est bon qu'on soit désabusé de ce préjugé, que le mahométisme est une secte cruelle, qui s'est établie en donnant le choix de la mort ou de l'abjuration du christianisme ; cela n'est point, et la conduite des Sarrasins a été une débonnaireté évangélique, en comparaison de celle du papisme, qui a surpassé la cruauté des cannibales. Ce n'est donc pas la cruauté des mahométans qui a perdu le christianisme de l'orient et du midi, c'est leur avarice. Ils faisaient acheter bien cher aux chrétiens la liberté de conscience, ils imposaient sur eux de gros tributs. " (Pierre Jurieu, Apologie [...] pour la Réformation, 1683).


1797 : François-René de CHATEAUBRIAND (1768-1848) :

« Peut-on supposer que quelque imposteur, quelque nouveau Mahomet, sorti d’Orient, s’avance la flamme et le fer à la main, et vienne forcer les Chrétiens à fléchir le genou devant son idole ? La poudre à canon nous a mis à l’abri de ce malheur*. »
* Non pas si les gouvernements chrétiens ont la folie de discipliner les sectateurs du Coran. Ce serait un crime de lèse-civilisation que notre postérité, enchaînée peut-être, reprocherait avec des larmes de sang à quelques misérables hommes d’État de notre siècle. Ces prétendus politiques auraient appelé au secours de leurs petits systèmes les soldats fanatiques de Mahomet, et leur auraient donné les moyens de vaincre en permettant qu’on leur enseignât l’art militaire. Or, la discipline militaire n’est pas la civilisation ; avec des renégats chrétiens pour officiers, les brutes du Coran peuvent apprendre à vaincre dans les règles les soldats chrétiens.
Le monde mahométan barbare a été au moment de subjuguer le monde chrétien barbare ; sans la vaillance de Charles Martel nous porterions aujourd’hui le turban : le monde mahométan discipliné pourrait mettre dans le même péril le monde chrétien discipliné. »
Essai sur les révolutions, 1797, IIe partie, chapitre LV " Quelle sera la religion qui remplacera le christianisme ".

1811 : « L’esprit du mahométisme est la persécution et la conquête : l’Évangile au contraire ne prêche que la tolérance et la paix […] Où en serions-nous si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans. Ceux qui s’applaudissent tant aujourd’hui du progrès des Lumières auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes et de mépriser souverainement les lettres et les arts ? Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l’Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. »
Itinéraire de Paris à Jérusalem.

1828 : « Considérée sous le double rapport des intérêts généraux de la société et de nos intérêts particuliers, la guerre de la Russie contre la Porte [l'empire turc] ne doit nous donner aucun ombrage. En principe de grande civilisation, l'espèce humaine ne peut que gagner à la destruction de l'empire ottoman : mieux vaut mille fois pour les peuples la domination de la Croix à Constantinople que celle du Croissant. Tous les éléments de la morale et de la société politique sont au fond du christianisme, tous les germes de la destruction sociale sont dans la religion de Mahomet. On dit que le sultan actuel a fait des pas vers la civilisation : est-ce parce qu'il a essayé, à l'aide de quelques renégats français, de quelques officiers anglais et autrichiens, de soumettre ses hordes fanatiques à des exercices réguliers ? Et depuis quand l'apprentissage machinal des armes est-il la civilisation ? C'est une faute énorme, c'est presqu'un crime d'avoir initié les Turcs dans la science de notre tactique : il faut baptiser les soldats qu'on discipline, à moins qu'on ne veuille élever à dessein des destructeurs de la société.  »
Lettre à M. le comte de La Ferronnays, Rome, 30 novembre 1828, Mémoire, seconde partie.


1916 : Charles de FOUCAULD :

« Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du « Medhi », il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libre-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le Medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l' engage à subir avec calme son épreuve; " l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération ", disent-ils. » Lettre du Père Charles de Foucauld adressée le 29 juillet 1916 à René Bazin (1853-1932), de l'Académie française, président de la Corporation des publicistes chrétiens, parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, octobre 1917.


1964 Pape PAUL VI : " Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. " (Lumen Gentium, 16, Concile Vatican II, 1964)

1965 DÉCLARATION SUR LES RELATIONS DE L'ÉGLISE AVEC LES RELIGIONS NON CHRÉTIENNES, "NOSTRA AETATE", 28 octobre 1965 :

« 3. La religion musulmane

L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre [Saint Grégoire VII, Épître III, 21 ad Anzir (El-Nâsir), regem Mauritaniae, éd. E. Caspar in mgh, Ep. sel. II, 1920, I, p. 288, 11-15 ; Migne éd.,  Patrologia Latina 148, colonne 451 A], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. »


1979 Pape Jean-Paul II

" Musulmans et Chrétiens, nous sommes dépositaires d’inestimables trésors spirituels, parmi lesquels nous reconnaissons des éléments qui nous sont communs, même vécus selon nos propres traditions : l’adoration du Dieu miséricordieux, la référence au patriarche Abraham, la prière, l’aumône, le jeûne… éléments qui, vécus d’une manière sincère, peuvent transformer la vie et donner une base sûre à la dignité et à la fraternité des hommes. Reconnaître et développer cette communauté spirituelle – à travers le dialogue interreligieux – nous aide aussi à promouvoir et à défendre dans la société les valeurs morales, la paix et la liberté (cf. Jean-Paul II, Discours à la communauté catholique d’Ankara, 29 novembre 1979). "
2014-11-29 Radio Vatican


1999 : Pape Jean-Paul II :
" 1. En approfondissant le thème du dialogue interreligieux, nous réfléchissons aujourd'hui sur le dialogue avec les musulmans, qui « adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux » (Lumen Gentium, n. 16; cf. CEC; n. 841). L'Église les considère avec estime, convaincue que leur foi en Dieu transcendant concourt à la construction d'une nouvelle famille humaine, fondée sur les plus hautes aspirations du cœur de l'homme.
Les musulmans eux-aussi, comme les juifs et les chrétiens, considèrent la figure d'Abraham comme un modèle de soumission inconditionnée aux décrets de Dieu (Nostra Aetate, n. 3). A l'exemple d'Abraham, les fidèles s'efforcent de reconnaître dans leur vie la place qui revient à Dieu, origine, maître, guide et fin ultime de tous les êtres (Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Message aux musulmans pour la fin du Ramadan, 1417/1497). Cette disponibilité et ouverture humaine à la volonté de Dieu se traduit par une attitude de prière, qui exprime la situation existentielle de chaque personne devant le Créateur. 
Dans le sillage de la soumission d'Abraham à la volonté divine se trouve sa descendante, la Vierge Marie, Mère de Jésus qui, en particulier dans la piété populaire, est également invoquée avec dévotion par les musulmans. " (Audience générale, 5 mai 1999, " Le dialogue avec l'Islam " ).


2013 : Pape François : " Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays, de la même manière que nous espérons et nous demandons être accueillis et respectés dans les pays de tradition islamique. Je prie et implore humblement ces pays pour qu’ils donnent la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi, prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux ! Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence. " (Evangelii Gaudium, 253)


2016 Rémi BRAGUE

Rémi Brague, Le Figaro, 20 juillet 2016



vendredi 16 septembre 2016

MAUVAISES (ET BONNES) RÉPUTATIONS DE L'ISLAM


* * * * *

A / Moyen-Âge et Renaissance (Pierre le Vénérable, Thomas d'Aquin, Hervé Martin, Rabelais, Montaigne)
C / XIXe siècle (Chateaubriand, Vigny, Adams, Schopenhauer, Lamartine, Marx, Tocqueville, Renan, Gobineau, Flaubert, Nietzsche, Ney, Churchill)
D / XXe siècle, avant la correction politique (Burckhardt, Quellien, Foucauld, Maurras, Gide, Keynes, Lévi-Strauss, Malraux, de Gaulle, Paul VI, Canetti)
E / Depuis la correction politique (Huntington, Jean-Paul IIHouellebecq, Redeker, Lévi-Strauss, Finkielkraut, Nemo, Onfray, Debray, Paolis, Sarkozy, Hollande, Tasin, François, Bidar, Bruckner, Cazeneuve, Boulad, Quiniou, Onfray)

A / Moyen-Âge et Renaissance :


1265 : THOMAS d'AQUIN 

1300 environ : Hervé Martin (né en 1940) :

« [Aux XIIIe et XIVe siècles] le discours antisodomie se durcit. Ce péché, estime-t-on, appelle la vengeance du ciel. Le laïc qui s'y adonne doit être excommunié et le clerc réduit à l'état laïc (Concile de Latran III, 1179). L'homosexualité est d'autant plus vivement dénoncée qu'elle est très répandue chez les musulmans, que l'on accuse de sodomiser leurs prisonniers chrétiens et dont on estime qu'ils menacent l'Europe. »
Mentalités médiévales XIe-XVe siècle, chapitre XIII, Paris : PUF, 1996.

1532 : RABELAIS 

1580 Michel de Montaigne


B / Grand Siècle, Lumières :

1665 : Jacques-Bénigne Bossuet 

1683 JURIEU


C / XIXe siècle :

François-René de CHATEAUBRIAND



1829-1849 : Alfred de VIGNY (1797-1863) :
« Croyez en Dieu et en son prophète qui ne sait ni lire ni écrire (dans le Coran). » Journal d’un poète, été-automne 1829.
«  L'homme est si faible, que, lorsqu'un de ses semblables se présente disant : « Je peux tout, » comme Bonaparte, ou : « Je sais tout, »  comme Mahomet, il est vainqueur et a déjà à moitié réussi. De là le succès de tant d'aventuriers. » Journal d’un poète, 1829.
« L’humanité a les mêmes droits sur elle-même qu’un homme sur son corps pour le guérir. Si l’on préfère la vie à la mort on doit préférer la civilisation à la barbarie. Nulle peuplade dorénavant n’aura le droit de rester barbare à côté des nations civilisées. L’Islamisme est le culte le plus immobile et le plus obstiné, il faut bien que les peuples qui le professent périssent s’ils ne changent de culte. »
Journal d’un poète, 1831 et été 1840.
« Je lui [à Lamartine] ai demandé s'il était toujours occupé de l'Orient. Il se montre enthousiasmé [très ému] des malheurs des mahométans et les regarde comme plus civilisés que nous, à cause de la charité extrême en eux.
– Cependant, lui dis-je, l'islamisme n'est qu'un christianisme corrompu, vous le pensez bien.
– Un christianisme purifié ! me dit-il avec chaleur.
Il ne m'a fallu que quelques mots pour lui rappeler que le Coran arrête toute science et toute culture ; que le vrai mahométan ne lit rien, parce que tout ce qui n’est pas dans le Coran est mauvais et qu’il renferme tout. – Les arts lui sont interdits parce qu’il ne doit pas créer une image de l’homme. » Journal d’un poète, 12 mars 1838.
« Mahomet eut le sentiment vrai du caractère de la religion lorsqu’il lui donna pour symbole le croissant de la lune dont la lumière est trompeuse et sans chaleur. » Journal d’un poète, 1849.


1830 environ : John Quincy Adams, 1767-1848 (6e président des U. S. A., 1825-1829) :

« In the seventh century of the Christian era, a wandering Arab of the lineage of Hagar [i.e., Muhammad], the Egyptian, [.....] Adopting from the new Revelation of Jesus, the faith and hope [foi et espérance] of immortal life, and of future retribution, he humbled it to the dust by adapting all the rewards and sanctions of his religion to the gratification of the sexual passion. He poisoned the sources of human felicity at the fountain, by degrading the condition of the female sex, and the allowance of polygamy; and he declared undistinguishing and exterminating war, as a part of his religion, against all the rest of mankind [l'humanité]. THE ESSENCE OF HIS DOCTRINE WAS VIOLENCE AND LUST [le désir sexuel].- TO EXALT THE BRUTAL OVER THE SPIRITUAL PART OF HUMAN NATURE.... Between these two religions, thus contrasted in their characters, a war of twelve hundred years has already raged. The war is yet flagrant ... While the merciless and dissolute dogmas of the false prophet shall furnish motives to human action, there can never be peace upon earth, and good will towards men. »
Cité dans Robert Spencer, From The Politically Incorrect Guide to Islam (and the Crusades).


1841-1856 Alexis de Tocqueville (1805-1859) :

" Caractère des conquêtes de la Révolution. Il arriva alors quelques chose d'analogue à ce qu'on vit à la naissance de l'islamisme, quand les Arabes convertirent la moitié de la Terre en la ravageant. " De la Constituante au 18 Brumaire.

1841 : " L'architecture peint les besoins et les mœurs. Celle-ci ne résulte pas seulement de la chaleur du climat ; elle peint à merveille l'état social et politique des populations musulmanes et orientales : la polygamie, la séquestration des femmes, l'absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageux qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections de cœur dans l'intérieur de la famille. " Voyage en Algérie, 7 mai 1841.

1843 : " Une dernière querelle et je vous quitte. En même temps que vous êtes si sévère pour cette religion qui a tant contribué cependant à nous placer à la tête de l'espèce humaine, vous me paraissez avoir un certain faible pour l'islamisme. Cela me rappelle un autre de mes amis que j'ai retrouvé en Afrique devenu mahométan. Cela ne m'a point entraîné. J'ai beaucoup étudié le Coran à cause surtout de notre position vis-à-vis des populations musulmanes en Algérie et dans tout l'Orient. Je vous avoue que je suis sorti de cette étude avec la conviction qu'il y avait eu dans le monde, à tout prendre, peu de religions aussi funestes aux hommes que celle de Mahomet. Elle est, à mon sens, la principale cause de la décadence aujourd'hui si visible du monde musulman et quoique moins absurde que le polythéisme antique, ses tendances sociales et politiques étant, à mon avis, infiniment plus à redouter, je la regarde relativement au paganisme lui-même comme une décadence plutôt que comme un progrès. Voilà ce qu'il me serait possible, je crois, de vous démontrer clairement, s'il vous venait jamais la mauvaise pensée de vous faire circoncire..." Lettre au comte de Gobineau, 22 octobre 1843.

"L'islam, c'est la polygamie, la séquestration des femmes, l'absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageux qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections du cœur du côté de l'intérieur de la famille."
Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie.

1848 : « Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non-seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques. L'évangile ne parle au contraire que des rapports généraux des hommes avec Dieu, et entre eux. Hors de là, il n'enseigne rien et n'oblige à rien croire. Cela seul, entre mille autres raisons, suffit pour montreur que la première de ces deux religions ne saurait dominer longtemps dans des temps de lumières et de démocratie, tandis que la seconde est destinée à régner dans ces siècles comme dans tous les autres. »
De la Démocratie en Amérique, tome III, 1ère partie "Influence de la Démocratie sur le Mouvement intellectuel", chapitre V " Comment, aux États-Unis, la religion sait se servir des instincts démocratiques ", Paris: Pagnerre, 1848.

1856 : "Dans leur correspondance de l'année 1843 [avec Gobineau], de Tocqueville s'affirme comme chrétien et dénigre l'islam, auquel il impute la "décadence du monde arabe, en disant s'appuyer sur sa lecture du "Koran" faite en relation avec son intérêt pour l'Algérie et l'Orient (entendons le Proche-Orient).
On doit rappeler aussi que de Tocqueville a utilisé le modèle de la diffusion de l'islam pour rendre compte de la Révolution française, au passage et d'un seul mot, mais qui pèse. Il soutient que la Révolution française ne fut pas, essentiellement, un mouvement qui visait l'Église : elle avait pour but d' "énerver" le pouvoir politique. Propagande, prosélytisme : la Révolution française a "opéré" par rapport à ce monde comme les religions par rapport à l'autre monde. Et c'est pourquoi elle eut un air de "révolution religieuse" qui a "épouvanté les contemporains, ou plutôt elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui néanmoins, comme l'islamisme, a inondé toute la Terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs" (souligné par nous). Lorsque paraissent ces lignes, en 1856, le voyage de de Tocqueville en Algérie est loin, de même que sa première dépréciation de l'islam. Aussi se construit un nouveau paradoxe, celui d'un conflit entre deux entités similaires : la Révolution française qui, ayant propagé l'idée d'égalité universelle, légitime l'entreprise coloniale en Algérie musulmane est analogue à une autre révolution religieuse, celle qui a fait naître le monde musulman ; ce sont donc deux grandes religions qui s'affrontent, l'une qui a produit de la "grandeur", l'autre de la "décadence".
Dominique Colas, article "Tocqueville", in François Pouillon, Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris : Karthala éditions, 2008.


1844 : Arthur Schopenhauer (1788-1860) :
« Le Coran ; ce méchant livre a suffi pour fonder une grande religion, satisfaire, pendant douze cents ans le besoin métaphysique de plusieurs millions d'hommes  ; il a donné un fondement à leur morale, leur a inspiré un singulier mépris de la mort et un enthousiasme capable d'affronter des guerres sanglantes, et d'entreprendre les plus vastes conquêtes. Or nous y trouvons la plus triste et la plus pauvre forme du théisme. Peut-être le sens nous en échappe-t-il en grande partie dans les traductions. Cependant je n'ai pu y découvrir une seule idée un peu profonde. (1) »
Le Monde comme Vouloir et comme Représentation, 1844, Supplément au livre premier, seconde partie, § XVII "Sur le besoin métaphysique de l'humanité". Traduction Augustz Burdeau revue et corrigée par Richard Roos, Paris : PUF, 1966, 1984.
1. " Man betrachte z.B. den Koran: dieses schlechte Buch war hinreichend, eine Weltreligion zu begründen, das metaphysische Bedürfniß zahlloser Millionen Menschen seit 1200 Jahren zu befriedigen, die Grundlage ihrer Moral und einer bedeutenden Verachtung des Todes zu werden, wie auch, sie zu blutigen Kriegen und den ausgedehntesten Eroberungen zu begeistern. Wir finden in ihm die traurigste und ärmlichste Gestalt des Theismus. Viel mag durch die Uebersetzungen verloren gehn; aber ich habe keinen einzigen werthvollen Gedanken darin entdecken können. "


1854 : Alphonse de Lamartine

« La religion, surtout dans l'Orient, terre théocratique par excellence, est le mobile des peuples. Leur nationalité est dans leur dogme (1), leur destinée est dans leur foi ; l'esprit de migration et de conquête qui les soulève dans leurs steppes natales et qui les dissémine un livre dans une main, un sabre dans l'autre à travers le monde, est surtout l'esprit de prosélytisme. Un prophète, un révélateur, marche avec eux derrière le conquérant. »
Histoire de la Turquie, Paris : Aux bureaux du Constitutionnel, 1854 ; livre premier, I.
1. Cf Marx, la même année. On peut en dire autant des juifs.

« Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n'ont remué que des armes, des lois; Ils n'ont fondé, quand ils ont fondé quelque chose, que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d'hommes sur un tiers du globe habité; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. »
Livre premier, XCIV.

« L'inspiration intérieure de Mahomet fut sa seule imposture. Il y avait deux hommes en lui, l'inspiré de la raison et le visionnaire de l'extase. Les inspirations du philosophe furent aidées à son insu par les visions du malade. Ses songes, ses délires, ses évanouissements pendant lesquels son imagination traversait le ciel et conversait avec des êtres imaginaires, lui faisaient à lui-même les illusions qu'il faisait aux autres. La crédulité arabe inventa le reste. »
Livre premier, XC.

« Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur des dogmes rationnels d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. A toutes les échelles ou l'on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? Il n'y a de plus grand que celui qui, en enseignant avant lui le même dogme, avait promulgué en même temps une morale plus pure, qui n'avait pas tiré l'épée pour aider la parole, seul glaive de l'esprit, qui avait donné son sang au lieu de répandre celui de ses frères, et qui avait été martyr au lieu d'être conquérant. Mais celui-là, les hommes l'ont jugé trop grand pour être mesuré à la mesure des hommes, et si sa nature humaine et sa doctrine l'ont fait prophète, même parmi les incrédules, sa vertu et son sacrifice l'ont proclamé Dieu ! »
Livre premier, XC.


1854 : Karl Marx (1818-1883)New-York Herald Tribune, 15 avril 1854 :

"Declaration of War. – On the History of the Eastern Question, London, Tuesday, March 28, 1854" :

« The Koran and the Musulman legislation emanating from it reduce the geography and ethnography of the various people to the simple and convenient distinction of two nations and of two countries; those of the Faithful and of the Infidels. The Infidel is “harby,” i.e. the enemy. Islamism proscribes the nation of the Infidels, constituting a state of permanent hostility between the Musulman and the unbeliever. In that sense the corsair-ships of the Berber States were the holy fleet of Islam. How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran ? [« Le Coran et la législation musulmane qui en résulte réduisent la géographie et l’ethnographie des différents peuples à la simple et pratique distinction de deux nations et de deux territoires ; ceux des Fidèles et des Infidèles (1). L’Infidèle est "harby", c’est-à-dire ennemi. L’islam proscrit la nation des Infidèles, établissant un état d’hostilité permanente entre le musulman et l’incroyant. Dans ce sens, les navires pirates des États Berbères furent la flotte sainte de l'Islam. Comment, donc, l'existence de chrétiens sujets de la Porte [l'empire turc]  peut-elle être conciliée avec le Coran ? » ; voir, plus loin, la même idée chez Michel Onfray]

" Dans le discours de l'État islamique, le monde est divisé en deux : la terre d'islam
(dar al-islam) face à la terre de mécréance (dar al-harb) assimilée à l'Occident
moderne. " (Mahnaz Shirali, " L'Islam de l'État islamique ",
Le Débat, n° 193, Janvier-février 2017).


“If a town,” says the Musulman legislation, “surrenders by capitulation, and its habitants consent to become rayahs, that is, subjects of a Musulman prince without abandoning their creed, they have to pay the kharatch (capitation tax), when they obtain a truce with the faithful, and it is not permitted any more to confiscate their estates than to take away their houses ... In this case their old churches form part of their property, with permission to worship therein. But they are not allowed to erect new ones. They have only authority for repairing them, and to reconstruct their decayed portions. At certain epochs commissaries delegated by the provincial governors are to visit the churches and sanctuaries of the Christians, in order to ascertain that no new buildings have been added under pretext of repairs. If a town is conquered by force, the inhabitants retain their churches, but only as places of abode or refuge, without permission to worship.”. »
1. Cf Lamartine : " Leur nationalité est dans leur dogme ".


1848-1883 Ernest RENAN (1823-1892) :

1848 : « La nature humaine, plus forte au fond que tous les systèmes religieux, sait trouver des secrets pour reprendre sa revanche. L'islamisme, par la plus flagrante contradiction, n'a-t-il pas vu dans son sein un développement de science purement rationaliste ? Kepler, Newton, Descartes et la plupart des fondateurs de la science moderne étaient des croyants. Étrange illusion, qui prouve au moins la bonne foi de ceux qui entreprirent cette œuvre, et plus encore la fatalité qui entraîne l'esprit humain engagé dans les voies du rationalisme à une rupture absolue, que d'abord il repousse, avec toute religion positive ! [...] L'islamisme qui, par un étrange destin, à peine constitué comme religion dans ses premières années est allé depuis acquérant sans cesse un nouveau degré de force et de stabilité, l'islamisme périra par l'influence seule de la science européenne, et ce sera notre siècle qui sera désigné par l'histoire comme celui où commencèrent à se poser les causes de cet immense événement. La jeunesse d'Orient, en venant dans les écoles d'Occident puiser la science européenne, emportera avec elle ce qui en est le corollaire inséparable, la méthode rationnelle, l'esprit expérimental, le sens du réel, l'impossibilité de croire à des traditions religieuses évidemment conçues en dehors de toute critique. »
L'Avenir de la science, III.

1862 : « L'Arabe du moins, et dans un sens plus général le musulman, sont aujourd'hui plus éloignés de nous qu'ils ne l'ont jamais été. Le musulman (l'esprit sémitique est surtout représenté de nos jours par l'islam) et l'Européen sont en présence l'un de l'autre comme deux êtres d'une espèce différente, n'ayant rien de commun dans la manière de penser et de sentir. Mais la marche de l'humanité se fait par la luttes des tendances contraires [...]

Dans la science et la philosophie, nous sommes exclusivement Grecs. La recherche des causes, savoir pour savoir, est une chose dont il n'y a nulle trace avant la Grèce, une chose que nous avons apprise d'elle seule. Babylone a eu une science, mais elle n'a pas eu le principe scientifique par excellence, la fixité absolue de lois de la nature. L'Egypte a su de la géométrie, mais elle n'a pas créé les Éléments  d'Euclide. Quand au vieil esprit sémitique, il est de sa nature anti-philosophique et anti-scientifique. [...]
On parle souvent d'une science et d'une philosophie arabes, et, en effet, pendant un siècle ou deux, au Moyen-Âge, les Arabes furent bien nos maîtres ; mais c'était en attendant que nous connussions les originaux grecs.
[...]
À l'heure qu'il est, la condition essentielle pour que la civilisation européenne se répande, c'est la destruction de la chose sémitique par excellence, la destruction du pouvoir théocratique de l'islamisme, par conséquent la destruction de l'islamisme ; car l’islamisme ne peut exister que comme religion officielle ; quand on le réduira à l’état de religion libre ou individuelle, il périra. L’islamisme n’est pas seulement une religion d’État, comme l’a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l’est encore en Espagne ; c’est la religion excluant l’État, c’est une organisation dont les États pontificaux seuls en Europe offraient le type. Là est la guerre éternelle, la guerre qui ne cessera que quand le dernier fils d'Ismaël sera mort de misère ou aura été relégué par la terreur au fond du désert. L’islam est la plus complète négation de l’Europe ; l’islam est le fanatisme, comme l'Espagne du temps de Philippe II et l'Italie du temps de Pie V l'ont à peine connu ; l'islam est le dédain de la science, la suppression de la société civile ; c’est l’épouvantable simplicité de l’esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d’une éternelle tautologie : Dieu est Dieu. »
De la part des peuples sémitiques dans l’histoire de la civilisation, Paris : M. Lévy, 1862.

* * * * *

1883 : « Toute personne un peu instruite des choses de notre temps voit clairement l'infériorité actuelle des pays musulmans, la décadence des États gouvernés par l'islam, la nullité intellectuelle des races qui tiennent uniquement de cette religion leur culture et leur éducation. Tous ceux qui ont été en Orient ou en Afrique sont frappés de ce qu'a de fatalement borné l'esprit d'un vrai croyant, de cette espèce de cercle de fer qui entoure sa tète, la rend absolument fermée à la science, incapable de rien apprendre ni de s'ouvrir à aucune idée nouvelle. À partir de son initiation religieuse, vers l'âge de dix ou douze ans, l'enfant musulman, jusque-là quelquefois assez éveillé, devient tout à coup fanatique, plein d'une sotte fierté de posséder ce qu'il croit la vérité absolue, heureux comme d'un privilège de ce qui fait son infériorité. Ce fol orgueil est le vice radical du musulman. L'apparente simplicité de son culte lui inspire un mépris peu justifié pour les autres religions. Persuadé que Dieu donne la fortune et le pouvoir à qui bon lui semble, sans tenir compte de l'instruction ni du mérite personnel, le musulman a le plus profond mépris pour l'instruction, pour la science, pour tout ce qui constitue l'esprit européen. Le pli inculqué par la foi musulmane est si fort que toutes les différences de race et de nationalité disparaissent par le fait de la conversion à l'islam. Le Berber, le Soudanien, le Circassien, le Malais, l'Égyptien, le Nubien, devenus musulmans, ne sont plus des Berbers, des Soudaniens, des Égyptiens, etc ; ce sont des musulmans. La Perse seule fait ici exception ; elle a su garder son génie propre ; car la Perse a su prendre dans l'islam une place à part ; elle est au fond bien plus chiite que musulmane. […] Rien de plus étranger à tout ce qui peut s'appeler philosophie ou science que le premier siècle de l'islam. Résultat d'une lutte religieuse qui durait depuis plusieurs siècles et tenait la conscience de l'Arabie en suspens entre les diverses formes de monothéisme sémitique, l'islam est à mille lieues de tout ce qui peut s'appeler rationalisme ou science. Les cavaliers arabes qui s'y rattachèrent comme à un prétexte pour conquérir et piller furent, à leur heure, les premiers guerriers du monde ; mais c'étaient assurément les moins philosophes des hommes. […] Omar [Omar ibn al-Khattâb] n’a pas brûlé, comme on le répète souvent, la bibliothèque d'Alexandrie ; cette bibliothèque, de son temps, avait à peu près disparu ; mais le principe qu'il a fait triompher dans le monde était bien en réalité destructeur de la recherche savante et du travail varié de l'esprit. [...] Le terrible coup de vent de l'islam arrêta net, pendant une centaine d'années, tout ce beau développement iranien. […]. Une ville qui a eu dans l'histoire de l'esprit humain un rôle tout à fait à part, la ville de Harran, était restée païenne et avait gardé toute la tradition scientifique de l’antiquité grecque ; […] l'élément vraiment fécond de tout cela venait de la Grèce. […] L'astronomie n'est tolérée que pour la partie qui sert à déterminer la direction de la prière. […] , parmi les philosophes et les savants dits arabes, il n'y en a guère qu'un seul, Alkindi, qui soit d'origine arabe ; » […]
« Les libéraux qui défendent l'islam ne le connaissent pas. L'islam, c'est l'union indiscernable du spirituel et du temporel, c'est le règne d'un dogme, c'est la chaîne la plus lourde que l'humanité ait jamais portée. […] Faire honneur à l’islam de la philosophie et de la science qu'il n'a pas tout d'abord anéanties, c'est comme si l'on faisait honneur aux théologiens des découvertes de la science moderne. […] Faire honneur à l'islam d'Avicenne, d'Avenzoar, d'Averroès, c'est comme si l'on faisait honneur au catholicisme de Galilée [ou au judaïsme de la philosophie de Spinoza, à l'URSS du génie littéraire de Soljénitsyne ]. […] L'islam a réussi pour son malheur. En tuant la science, il s'est tué lui-même, et s'est condamné dans le monde à une complète infériorité. »
L'islamisme et la science, Conférence en Sorbonne le 29 mars 1883, publiée dans Discours et conférences, 1887, reprise dans : Œuvres complètes, tome 1, Calmann-Lévy, 1947, pages 947-965.


1865 GOBINEAU :
« Mahomet est le prophète de la lutte et de la guerre… Ce qu’il a commencé par faire dans son milieu arabe, c’est le testament qu’il laisse ensuite à l’avenir de sa communauté : guerre aux infidèles, extension non pas tellement de la foi que de sa sphère d’influence, qui est la sphère même de la puissance d’Allah. Ce qui compte pour les guerriers de l’Islam n’est pas tellement la conversion que la soumission des incroyants. » Religions et philosophies dans l'Asie centrale, 1865.

1878 Gustave Flaubert (1821-1880) :
« Sans doute par l’effet de mon vieux sang normand, depuis la guerre d’Orient [1875-1878], je suis indigné contre l’Angleterre, indigné à en devenir Prussien ! Car enfin, que veut-elle ? Qui l’attaque ? Cette prétention de défendre l’Islamisme (qui est en soi une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise la Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »
Lettre à Edma Roger des Genettes, 1er mars 1878.

Frédéric Nietzsche (1844-1900)


1890 Jules Napoléon NEY (1849-1900, petit-fils du maréchal Ney) :
« Il est à craindre qu'elle [l'Europe chrétienne] ne se trouve prise entre la marche en avant vers le nord des musulmans d'Afrique et la marche en avant vers l'ouest des musulmans d'Asie. Nous ne parlons pas de la réserve innombrable des peuples de race jaune qui, comme une invasion de sauterelles, viendra achever et clore l'œuvre destructive et dévastatrice si bien commencée par les Mahométans dans une Europe qui a oublié la solidarité qui devrait unir les nations menacées. »
(Napoléon Ney, Un danger européen : Les société secrètes musulmanes, V ; Paris : Georges Carré libraire-éditeur, 1890, page 20).

1899 Winston Churchill (1874-1965) :

« How dreadful are the curses which Mohammedanism lays on its votaries ! Besides the fanatical frenzy, which is as dangerous in a man as hydrophobia in a dog, there is this fearful fatalistic apathy. The effects are apparent in many countries. Improvident habits, slovenly systems of agriculture, sluggish methods of commerce, and insecurity of property exist wherever the followers of the Prophet rule or live. A degraded sensualism deprives this life of its grace and refinement; the next of its dignity and sanctity. The fact that in Mohammedan law every woman must belong to some man as his absolute property - either as a child, a wife, or a concubine - must delay the final extinction of slavery until the faith of Islam has ceased to be a great power among men. Individual Moslems may show splendid qualities. Thousands become the brave and loyal soldiers of the Queen ; all know how to die; but the influence of the religion paralyses the social development of those who follow it. No stronger retrograde force exists in the world. Far from being moribund, Mohammedanism is a militant and proselytizing faith. It has already spread throughout Central Africa, raising fearless warriors at every step; and were it not that Christianity is sheltered in the strong arms of science - the science against which it had vainly struggled - the civilization of modern Europe might fall, as fell the civilization of ancient Rome. » (The River War : An Account of the Reconquest of the Sudan, volume II).


D / XXe siècle, avant la correction politique :

1905 : Jacob Burckhardt (1818-1897) :

« Celui qui ne cherche pas à exterminer les Musulmans ou n'en a pas les moyens, fait mieux de les laisser tranquilles ; on arrivera peut-être à s'emparer de leurs contrées désertiques, arides et dénudées, mais on ne pourra jamais les contraindre à se soumettre à une forme d'État non-coranique : leur sobriété leur assure une très grande indépendance individuelle, leur système d'esclavage et leur domination sur les Giaours leur permettent de maintenir intact leur mépris du travail – exception faite du travail agricole – mépris qui est nécessaire à leur pathos.

Le régime ottoman révèle une singulière continuité qui s'explique peut-être par un épuisement des forces destinées à une possible usurpation. Mais tout rapprochement avec la culture occidentale semble être absolument pernicieux pour les Musulmans, à commencer par les emprunts et les dettes d'État. »
Considérations sur l'histoire universelle (posthume, 1905), III, 3, « L'État conditionné par la religion ».


1910 : Alain Quellien :





« L'Islamophobie. — Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l'Islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d'aucuns, le musulman est l'ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l'Européen, l'islamisme est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu'on peut attendre de mieux des mahométans. [...] Il semble que cette prévention contre l'Islam soit un peu exagérée, le musulman n'est pas l'ennemi né de l'Européen (1), mais il peut le devenir par suite de circonstances locales et notamment lorsqu'il résiste à la conquête à main armée. » (Alain Quellien, La Politique musulmane dans l'Afrique occidentale française, seconde partie " La politique musulmane ", chapitre premier " Reproches adressés à l'Islam dans l'Afrique Occidentale ", pages 133-135, Paris, É. Larose, 1910).
1. On a vu plus haut que Karl Marx était d'un avis contraire.




1920 RUSSELL :

" Among religions, Bolshevism is to be reckoned with Mohammedanism rather than with Christianity and Buddhism. Christianity and Buddhism are primarily personal religions, with mystical doctrines and a love of contemplation. Mohammedanism and Bolshevism are practical, social, unspiritual, concerned to win the empire of this world. " (The Practice and Theory of Bolshevism, Allen and Unwin, 1920, page 114).


1926 : Charles MAURRAS (1868-1952) :

« Nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. Il n'y a peut-être pas de réveil de l'Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l'on fait se trouve aussi être la plus vaine des choses. Mais, s'il y a un réveil de l'Islam, et je ne crois pas que l'on en puisse douter, un trophée de cette foi coranique sur cette colline Sainte-Geneviève où enseignèrent tous les plus grands docteurs de la chrétienté anti-islamique représente plus qu'une offense à notre passé : une menace pour notre avenir. On pouvait accorder à l'Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c'étaient choses lointaines, affaires d'Afrique ou d'Asie. Mais en France, chez les Protecteurs et chez les Vainqueurs, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine, exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceux-ci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse. Quelqu'un me disait hier : — Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ?
J'aperçois, de-ci de-là, tel sourire supérieur. J'entends, je lis telles déclarations sur l'égalité des cultes et des races. On sera sage de ne pas les laisser propager trop loin d'ici par des haut-parleurs trop puissants. Le conquérant trop attentif à la foi du conquis est un conquérant qui ne dure guère.
Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l'amitié. Nous venons de commettre le crime d'excès. Fasse le ciel que nous n'ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux (durant la Grande Guerre) ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse. » Action française (quotidien), 13 juillet 1926, " La Politique ", II, " La mosquée ".


1933 : André GIDE ;
" Ce jeune musulman, élève de [Louis] Massignon, qui vint un matin me parler et que j'envoyai à Marcel de Coppet : avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l'Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations... Berdiaeff réserve ce rôle à l'orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C'est au nom de Dieu qu'on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s'agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C'est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. " (Journal, 14 avril 1933)

1934 :  John M. Keynes (1883-1946) :

"My feelings about Das Kapital are the same as my feelings about the Koran. I know that it is historically important and I know that many people, not all of whom are idiots, find it a sort of Rock of Ages and containing inspiration. Yet when I look into it, it is to me inexplicable that it can have this effect. Its dreary, out-of-date, academic controversialising seems so extraordinarily unsuitable as material for the purpose. But then, as I have said, I feel just the same about the Koran. How could either of these books carry fire and sword round half the world ? It beats me. Clearly there is some defect in my understanding. Do you believe both Das Kapital and the Koran ? " (Lettre à George Bernard Shaw, 2 décembre 1934).


1955 : Claude Lévi-Strauss (1908-2009) :

« L’Islam me déconcertait par une attitude envers l’histoire contradictoire à la nôtre et contradictoire en elle-même : le souci de fonder une tradition s’accompagnait d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures. […].
Pourquoi l’art musulman s’effondre-t-il si complètement dès qu’il cesse d’être à son apogée ? Il passe sans transition du palais au bazar. N’est-ce pas une conséquence de la répudiation des images ? L’artiste, privé de tout contact avec le réel, perpétue une convention tellement exsangue qu’elle ne peut être rajeunie ni fécondée. Elle est soutenue par l’or, ou elle s’écroule. [...]
Si l’on excepte les forts, les musulmans n’ont construit dans l’Inde que des temples et des tombes. Mais les forts étaient des palais habités, tandis que les tombes et les temples sont des palais inoccupés. On éprouve, ici encore, la difficulté pour l’Islam de penser la solitude. Pour lui, la vie est d’abord communauté, et le mort s’installe toujours dans le cadre d’une communauté, dépourvue de participants. [...]
N’est-ce pas l’image de la civilisation musulmane qui associe les raffinements les plus rares - palais de pierres précieuses, fontaines d’eau de rose, mets recouverts de feuilles d’or, tabac à fumer mêlé de perles pilées - servant de couverture à la rusticité des mœurs et à la bigoterie qui imprègne la pensée morale et religieuse ?

Sur le plan esthétique, le puritanisme islamique, renonçant à abolir la sensualité, s’est contenté de la réduire à ses formes mineures : parfums, dentelles, broderies et jardins. Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-musulmans les angoisse. Leur genre de vie provincial se perpétue sous la menace d’autres genres de vie, plus libres et plus souples que le leur, et qui risquent de l’altérer par la seule contiguïté.

Plutôt que de parler de tolérance, il vaudrait mieux dire que cette tolérance, dans la mesure où elle existe, est une perpétuelle victoire sur eux-mêmes. En la préconisant, le Prophète les a placés dans une situation de crise permanente, qui résulte de la contradiction entre la portée universelle de la révélation et la pluralité des fois religieuses. Il y a là une situation paradoxale au sens "pavlovien" , génératrice d’anxiété d’une part et de complaisance en soi-même de l’autre, puisqu’on se croit capable, grâce à l’Islam, de surmonter un pareil conflit. En vain d’ailleurs : comme le remarquait un jour devant moi un philosophe indien, les musulmans tirent vanité de ce qu’ils professent la valeur universelle de grands principes - liberté, égalité, tolérance - et ils révoquent le crédit à quoi ils prétendent en affirmant du même jet qu’ils sont les seuls à les pratiquer.

Un jour à Karachi, je me trouvais en compagnie de Sages musulmans, universitaires ou religieux. À les entendre vanter la supériorité de leur système, j’étais frappé de constater avec quelle insistance ils revenaient à un seul argument : sa simplicité. La législation islamique en matière d'héritage est meilleure que l'hindoue, parce qu'elle est plus simple. [...] Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne ? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique [...].
Chez les Musulmans, manger avec les doigts devient un système : nul ne saisit l’os de la viande pour en ronger la chair. De la seule main utilisable (la gauche étant impure, parce que réservée aux ablutions intimes) on pétrit, on arrache les lambeaux et quand on a soif, la main graisseuse empoigne le verre. En observant ces manières de table qui valent bien les autres, mais qui du point de vue occidental, semblent faire ostentation de sans-gêne, on se demande jusqu’à quel point la coutume, plutôt que vestige archaïque, ne résulte pas d’une réforme voulue par le Prophète - " ne faites pas comme les autres peuples, qui mangent avec un couteau " - inspiré par le même souci, inconscient sans doute, d’infantilisation systématique, d’imposition homosexuelle de la communauté par la promiscuité qui ressort des rituels de propreté après le repas, quand tout le monde se lave les mains, se gargarise, éructe et crache dans la même cuvette, mettant en commun, dans une indifférence terriblement autiste, la même peur de l’impureté associée au même exhibitionnisme. […]

Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une "néantisation" d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut pas s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître eux-mêmes comme existants. [...] Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons : je retrouve en lui l’univers d’où je viens ; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. [...] Si, pourtant, une France de quarante-cinq millions d’habitants s’ouvrait largement sur la base de l’égalité des droits, pour admettre vingt-cinq millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon. [...] pari dont l’enjeu est aussi grave que celui que nous refusons de risquer.

Le pourrons-nous jamais ? En s’ajoutant, deux forces régressives voient-elles leur direction s’inverser ? (…) [I]ci, à Taxila, dans ces monastères bouddhistes que l’influence grecque a fait bourgeonner de statues, je suis confronté à cette chance fugitive qu’eut notre Ancien Monde de rester un ; la scission n’est pas encore accomplie. Un autre destin est possible, celui, précisément, que l’Islam interdit en dressant sa barrière entre un Occident et un Orient qui, sans lui, n’auraient peut-être pas perdu leur attachement au sol commun où ils plongent leurs racines. (…)
[...]
L’évolution rationnelle est à l’inverse de celle de l’histoire : l’Islam a coupé en deux un monde plus civilisé. Ce qui lui paraît actuel relève d’une époque révolue, il vit dans un décalage millénaire. Il a su accomplir une œuvre révolutionnaire ; mais comme celle-ci s’appliquait à une fraction attardée de l’humanité, en ensemençant le réel il a stérilisé le virtuel : il a déterminé un progrès qui est l’envers d’un projet. » Tristes Tropiques, 9e partie "Le retour", chapitre xxxix, Paris : Plon, 1955, collection Terre Humaine.


1956 André MALRAUX (1901-1976) :

« C'est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l'islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. À l'origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n'ont trouvé la réponse. De même aujourd'hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l'islam. En théorie, la solution paraît d'ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l'aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d'État. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s'établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis « musulmane » je pense moins aux structures religieuses qu'aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc [Mohammed V] est dépassé et [Habib] Bourguiba ne conservera le pouvoir qu'en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l'islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les « misérables » ont d'ailleurs peu à perdre.

Ils préféreront conserver leur misère à l'intérieur d'une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d'eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l'avenir de leur race. L'Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c'est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d'en retarder l'évolution. »
3 juin 1956.
Elisabeth de Miribel, transcription par sténographie. Source Institut Charles de Gaulle. Valeurs Actuelles, n° 3395. 

© http://malraux.org/note-sur-lislam-1956/, 3 décembre 2009 et 24 février 2010


1959 : Charles DE GAULLE


« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne se raconte pas d'histoire! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants.

Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et les Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherez-vous de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées. » 
Rapporté par Alain Peyrefitte dans C'était De Gaulle, Paris : Fallois/Fayard, 1994 ; daté du 5 mars 1959.

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1966 : Elias Canetti (1905-1994) : 

[page 151] Dans l'islam, comme dans toutes les religions, la plus grande importance revient aux masses invisibles. Mais plus nettement marquées que dans les autres religions universelles, ce sont ici des masses invisibles doubles qui se font face.
  Dès que retentit la trompette du Jugement dernier, tous les morts sortent de leurs tombeaux et se rendent en tout hâte, comme à un commandement militaire, au champ du Jugement. Ils se présentent alors devant Dieu, en deux groupes immenses et séparés, d'un côté les croyants, les incroyants de l'autre, et Dieu les juge séparément.
  Toutes les générations humaines sont ainsi rassemblées, et chacun a l'impression de n'avoir été mis au tombeau que la veille. Personne n'a la moindre idée des immenses espaces de temps pendant lesquels il a pu rester au tombeau. Sa mort fut sans rêve et sans mémoire. Mais tout le monde entend le son de la trompette. « Ce jour-là les hommes se présenteront par troupes. » Il est constamment question dans le Coran des troupes de ce grand moment. C'est la représentation de masse la plus vaste dont soit capable un mahométan croyant. Personne ne peut imaginer un nombre d'êtres humains plus grand que celui de tous ceux qui ont jamais vécu, poussés en rangs serrés en un seul endroit. C'est la seule masse qui ne s'accroisse plus, et sa densité est extrême, puisque chacun de ceux qui la constituent se présente à ce même endroit devant son juge.
  Mais en dépit de son étendue et de sa densité, elle reste du début à la fin divisée en deux. Chacun sait parfaitement ce qui l'attend : l'espoir est chez les uns, l'effroi chez les autres. « Ce jour-là, il y aura des visages radieux, qui riront dans la joie ; et ce jour-là il y aura des visages couverts de poussière, recouverts de ténèbres, ce sont les incroyants, les impies. » Comme il s'agit d'une sentence absolument juste, – toute action est enregistrée et attestée par écrit –, nul ne saurait échapper à la moitié à laquelle il appartient de droit. Dans l'islam, la bipartition de la masse est inconditionnée, elle sépare la troupe des croyants de celle des incroyants. Leur destin, qui restera à jamais séparé, est de se combattre entre elles. La guerre sainte est un devoir sacré, et c'est ainsi que, dès cette vie, est préfigurée dans chaque bataille, quoique avec moins d'ampleur, la masse double du Jugement dernier.
  Le mahométan garde sous les yeux l'image différente d'un devoir non moins sacré : le pèlerinage à La Mecque. Il s'agit ici d'une masse lente, qui se forme progressivement par l'afflux venu de toutes les terres. Suivant la distance à laquelle le [p. 152] croyant habite de La Mecque, elle peut s'étendre sur des semaines, des mois, voire des années. Le devoir d'accomplir ce pèlerinage au moins une fois dans sa vie colore toute l'existence terrestre de l'individu. Qui n'a pas été de ce pèlerinage n'a pas réellement vécu. C'est une expérience qui englobe pour ainsi dire le domaine tout entier qu'a recouvert la foi et le concentre en ce lieu unique d'où elle est partie. Cette masse de pèlerins est pacifique. Elle se consacre uniquement à atteindre son but. Sa tâche n'est pas de soumettre les incroyants, elle n'a que le devoir de parvenir à l'endroit prescrit et d'y avoir été.
  C'est un singulier miracle qu'une ville de l'importance de La Mecque puisse contenir ces troupes innombrables de pèlerins. Le pèlerin espagnol Ibn Jubayr [1145-1217], qui fut à La Mecque vers la fin du XIIe siècle et en a laissé une description détaillée, est d'avis que même la plus grande ville du monde n'aurait pas assez de place pour tant de gens. Mais La Mecque, ajoute-t-il, a reçu en grâce une extensibilité particulière en faveur des masses ; on ne peut que la comparer à une femme enceinte qui se fait plus petite ou plus grande suivant la taille de l'embryon qu'elle porte.
[...]
Quand le temps de paix est passé, la guerre sainte reprend ses droits. « Mahomet, dit un des meilleurs connaisseurs de l’Islam [Gobineau, dans Religions et philosophies dans l'Asie centrale, 1865], est le prophète de la lutte et de la guerre… Ce qu’il a commencé par faire dans son milieu arabe, c’est le testament qu’il laisse ensuite à l’avenir de sa communauté : guerre aux infidèles, extension non pas tellement de la foi que de sa sphère d’influence, qui est la sphère même de la puissance d’Allah. Ce qui compte pour les guerriers de l’Islam n’est pas tellement la conversion que la soumission des incroyants. »
  Le Coran, le livre du prophète inspiré par Dieu, ne laisse aucun doute là-dessus. « Quand les mois saints sont passés, tuez les incroyants où que vous les trouviez ; saisissez-vous d'eux, refoulez-les et tendez-leur toutes les embuscades que vous pourrez. [Sourate IX, versets 4-5] » ».
[Masse und Macht [Foules et pouvoir , ou] Masse et puissance, (1960), chapitre III, « Meute et religion », § 6, « L’Islam, religion guerrière ». [Elias CANETTI, Masse et puissance, traduit de l'allemand par Robert Rovini, Paris : Gallimard, 1966, collection "Bibliothèque des Science Humaines"].
[p. 153 :] « Les religions de la lamentation funèbre ont marqué le visage de la Terre. Elles ont atteint dans le christianisme à une sorte de validité universelle. La meute qui leur sert de support n'a qu'une brève existence. [...]
  La légende autour de laquelle elle se forme est celle d'un homme ou d'un dieu qui a péri injustement. C'est toujours l'histoire d'une persécution, qu'il s'agisse d'une chasse ou d'une poursuite. Il peut s'y rattacher aussi un procès inique.
[p. 156 :] « [...] La plus importante des religions funèbres est le christianisme. Nous aurons à reparler de sa forme catholique. Quant aux grands moments du christianisme, aux moments de véritable émotion de masse, ce n'est pas celui de la lamentation authentique, devenue rare, que nous décrirons, mais un autre : la solennité de la résurrection dans l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem..
  La lamentation funèbre elle-même, meute passionnée qui s'ouvre en véritable masse, la voici, imposante et inoubliable, dans la fête chiite du moharrem. »
Chapitre III, § 7, « Religions funèbres ».

  « L’Islam, qui a tous les traits évidents d'une religion guerrière, a donné naissance, par scission, à une religion funèbre, celle des chiites. Il n'en est pas de plus concentrée, de plus extrême. C'est la religion officielle de l'Iran et du Yémen. Elle est très répandue aux Indes et en Irak. 
  Les chiites croient en un chef spirituel et temporel de leur communauté, qu'ils appellent l'iman. Sa position est plus marquante que celle du pape. Il est le dépositaire de la lumière divine. Il est infaillible. Seul le fidèle attaché à son iman peut être sauvé. « Qui meurt sans connaître le vrai iman de son temps, meurt de la mort de l'incroyant. ».
  L'iman descend du prophète en ligne directe. Ali, gendre de Mahomet, marié à sa fille Fatima, passe pour le premier iman. Le prophète a confié à Ali certaines connaissances qu'il cachait à d'autres de ses adeptes, et elles se transmettent dans sa famille.Il a expressément nommé Ali son successeur, tant pour l'enseignement de la doctrine que pour le gouvernement. Le prophète lui-même a disposé qu'Ali est l'Élu ; à lui seul revient le titre de « souverain des croyants ». Les fils d'Ali, Hassan et Hussein, ont ensuite hérité cette fonction de lui ; ils étaient les petits-fils du prophète ; Hassan fut le deuxième iman, Hussein le troisième. Qui d'autre s'arrogeait le gouveernement des croyants était un usurpateur.
  L'histoire politique de l'islam après la mort de Mahomet aida grandement à la formation d'une légende autour d'Ali et de ses fils. Ali ne fut pas tout de suite élu au califat. Au cours [page 157] des vingt-quatre années qui suivirent la mort de Mahomet, trois autres de ses frères d'armes revêtirent l'un après l'autre cette dignité suprême. [...]
  La religion des chiites est centrée sur les souffrances de son cadet Hussein. Tout le contraire d'Hassan, il était réservé et sérieux, et menait une vie calme à Médine. Bien qu'il fut devenu chef du chiisme à la mort de son frère, il ne se mêla de longtemps à aucune agitation politique. Mais quand le calife de Damas mourut et que son fils voulut prendre sa succession, Hussein lui refusa sa soumission. [...]
  Les « épreuves de la race du prophète » sont devenues le thème propre de la littérature religieuse des chiites. « On reconnait, dit-on, les vrais croyants de ce proupe à leur corps amaigri de privations, à  leurs lèvres desséchées par la soif et à leurs yeux chassieux à force de pleurer. Le vrai chiite est persé- [p. 158] cuté et misérable comme la famille pour laquelle il prend fait et cause et souffre. On considère bientôt que c'est la vocation de la famille du prophète que de subir tourments et persécutions. »
  Depuis la tragique journée de Kerbéla, l'histoire de cette famille est une suite continuelle de souffrances et de tourments. Une riche littérature de martyrologes s'attache à les narrer en poésie et en prose. Ils font l'objet des réunions de chiites pendant le premier tiers du mois de moharrem dont le dixième jour (achourah) est considéré comme l'anniversaire de la tragédie de Kerbéla. « Nos commémorations sont nos réunions funèbres » est la conclusion que donne un prince d'esprit chiite à un poème dans lequel il commémore les nombreuses épreuves de la famille du prophète. Pleurer, se lamenter et s'affliger à cause des malheurs et des persécutions de la famille d'Ali, de son martyrologe, voilà tout ce qui compte pour le vrai fidèle. [...]
  La contemplation de la personne et du destin d'Hussein est au centre sentimental de la foi. C'est la grande source de l'expérience religieuse. L'interprétation de sa mort en a fait un sacrifice volontaire, c'est par ses souffrances que les saints entrent au paradis. L'idée d'un médiateur est étrangère à l'islam, à l'origine. Elle est devenue prépondérante chez les chiites depuis la mort d'Hussein.
[...]
[p. 160] « Les vrais jeux de la passion, dans lesquels sont représentés dramatiquement les souffrances d'Hussein, ne sont devenus institution permanente que vers le début du XIXe siècle. [Joseph Arthur de ] Gobineau [1816-1882], qui a fait de longs séjours en Perse au milieu du siècle et plus tard, en a donné une relation captivante.
 [...]
[p. 163] « Tout ce qui va se passer est de toute façon connu des spectateurs, il ne s'agit pas ici de tension dramatique, au sens que nous donnons à ce mot, mais d'une parfaite participation. [...] Le cortège fait halte près d'un monastère chrétien : dès que l'abbé aperçoit la tête du martyr, il abjure sa foi et professe la religion de l'islam. [...] Aucune religion n'a plus fortement insisté sur la lamentation. »
Chapitre III, « Meute et religion », §  8, « La fête du Moharrem chez les chiites ».

« Un examen sans prévention découvre dans le catholicisme une certaine lenteur, un calme, alliés à une grande ampleur. Sa principale maxime, offrir une place à tout le monde, est déjà contenue dans son nom.»
§ 9, «Masse et catholicisme »

  « Une foule énorme de pèlerins (parfois six cent, sept cent mille) a pris position dans une cuvette entourée de hauteurs dénudées et se presse vers le « mont de la Commisération » qui en occupe le centre. Un prédicateur se tient en haut à l’endroit où se tint jadis le prophète, et fait un sermon solennel.
  La foule lui répond en clamant : « Labbeika ya Rabbi, labbeika ! Nous attendons tes ordres, Seigneur, nous attendons tes ordres ! » Cet appel est répété sans arrêt au cours de la journée et atteint au délire. Puis, dans une sorte de subite peur collective – appelée ifâdha, fleuve –, tous s’enfuient, comme possédés, de l’Harafat jusqu’à la localité voisine, Mozdalifa, où ils passent la nuit, et le lendemain matin ils fuient Mozdalifa en direction de Mina. Tout le monde se précipite pêle-mêle, se heurte et se piétine, cette ruée coûte la vie à plusieurs pèlerins d’habitude. A Mina, on abat ensuite une énorme quantité d’animaux qui sont offerts en sacrifice ; leur chair est aussitôt consommée en commun. Le sol est imbibé de sang et parsemé de reliefs.
  La station sur l'Harafat est le moment où l'attente d'ordres des masses de fidèles atteint son maximum d'intensité. C'est ce qu'exprime nettement la formule mille fois répétée dans sa concision : « Nous attendons tes ordres, Seigneur, nous attendons tes ordres ! » L’Islam, la résignation, est ici réduit à son plus simple dénominateur, état dans lequel les gens ne pensent plus qu’aux ordres du Seigneur et les appellent de toute leur force. Quant à la peut subite qui intervient à un signal et aboutit à une fuite en masse sans pareille, il y en a une explication probante : c'est le caractère ancien de l'ordre, qui est un ordre de fuite, qui perce en l'occurrence, mais sans que les croyants puissent savoir pourquoi il en est ainsi. L'intensité de leur attente en masse porte à son comble l'effet de l'ordre divin, jusqu'à ce qu'il redevienne soudain ce que tout ordre était à l'origine, un ordre de fuite. C'est l'ordre de Dieu qui met les hommes en fuite. La continuation de cette fuite le lendemain, après une nuit passée à Mozdalifa, montre que l'effet de l'ordre ne s'est toujours pas épuisé.
  Selon la croyance de l'islam, c'est l'ordre direct de Dieu qui apporte la mort aux hommes. Ils essayent d'échapper à cette mort ; mais ils la reportent sur les animaux qu'ils abattent à Mina, terminus de leur fuite. Les animaux tiennent ici la place des hommes, substitution courante dans beaucoup de religions : pensons au sacrifice d'Abraham. Les hommes échappent ainsi au bain de sang que Dieu leur avait destiné. Ils se sont soumis à son ordre, si bien même qu'ils ont pris la fuite devant lui, et cependant ils ne l'ont pas frustré du sang qui lui revient : le sol est finalement imbibé du sang des animaux abattus en masse. »
Chapitre VIII, « L’ordre », § 6, « L’attente des ordres chez les pèlerins du mont Harafat ». [Merci à Jean-Baptiste de Morizur ; les notes entre crochets sont de Cl. C.]


E / Depuis la correction politique :

1996 : Samuel P. Huntington (1927-2008) :

« Muslim Arabs received, valued, and made use of their "Hellenic inheritance for essentially utilitarian reasons. Being mostly interested in borrowing [l’emprunt de] certain external forms or technical aspects, the knew how to disregard all elements in the Greek body of thought that would conflict with the 'truth' as established in their fundamental Koranic norms and precepts" [Adda B. Bozeman, "Civilizations under stress", Virginia Quarterly Review, Winter '75 (51), page 7] »
(The Clash of Civilizations, New York : Simon and Schuster, 1996, chapter 3)
« The argument is made that Islam has from the start been a religion of the sword [l’épée] and that it glorifies military virtues. Islam originates among "warring Bedouin nomadic tribes" and this "violent origin is stamped in the foundation of Islam. Muhammad himself is remembered as a hard fighter and a skillfull military commander" [James L. Payne, Why Nations Arm, Oxford : B. Blckwell, 1989, pages 125, 127]. (No one would say this about Christ or Buddha.) The doctrines of Islam, it is argued, dictate war against unbelievers [incroyants], and when the initial expansion of Islam tapered off [se ralentit], Muslim groups, quite contrary to doctrine, then fought among themselves. The ratio of fitna or internal conflicts to jihad shifted drastically in favor of the former. The Koran and other statements of Muslim beliefs contain few [peu de] prohibitions on violence, and a concept of nonviolence is absent from Muslim doctrine and practice. » (The Clash ..., chapter 10)


1999 : Pape Jean-Paul II


Michel Houellebecq (Michel Thomas, né en 1956, prix Goncourt 2010) :

2001 : « Depuis l'apparition de l'islam, plus rien. Le néant intellectuel absolu, le vide total. Nous sommes devenus un pays de mendiants pouilleux. Des mendiants pleins de poux, voilà ce que nous sommes. Racaille, racaille [...], il faut vous souvenir cher monsieur que l'islam est né en plein désert, au milieu de scorpions, de chameaux et d'animaux féroces de toutes espèces. Savez-vous comment j'appelle les musulmans? Les minables du Sahara. Voilà le seul nom qu'ils méritent [...]. L'islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n'avaient rien d'autre à faire ­ pardonnez-moi ­ que d'enculer leurs chameaux. » (Plateforme, Paris : Flammarion, 2001)

Platerforme, 2001. Merci à @EugenieBastie


2001 : « La lecture du Coran est une chose dégoûtante. Dès que l'islam naît, il se signale par sa volonté de soumettre le monde. Dans sa période hégémonique, il a pu apparaître comme raffiné et tolérant. Mais sa nature, c'est de soumettre. C'est une religion belliqueuse, intolérante, qui rend les gens malheureux. » Figaro Magazine, 25 août ­2001)

2001 : « Je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d’un crétin, je ne trouvais pas d’autre mot. Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré … effondré ! La Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire … ce qui peut excuser beaucoup de choses. […] L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. À long terme, la vérité triomphe. D’autre part l’islam est miné de l’intérieur par le capitalisme. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam. » (Lire, septembre 2001, pages 31-32).

M. H. fut accusé d'islamophobie ou de racisme anti-musulmans par des associations musulmanes, il revendiqua le droit de critiquer les religions monothéistes :
« Les textes fondamentaux monothéistes ne prêchent ni la paix, ni l'amour, ni la tolérance. Dès le départ, ce sont des textes de haine ». 
Le MRAP et la Ligue française des droits de l'homme (LDH) qui lui intentèrent procès furent déboutés, le tribunal constatant que ces propos relevaient du droit de critiquer des doctrines religieuses et que la critique d'une religion ne pouvait s'apparenter à des propos racistes (TGI de Paris, XVIIe chambre correctionnelle, 22 octobre 2002).

Robert Redeker (né en 1954) :

2001 : « Aucune idéologie n’est plus rétrograde que l’islam, et, par rapport au capitalisme dont les Twin Towers, dans leur majestueuse beauté figuraient le symbole, la religion musulmane est une régression barbarisante. [..] Les Stoïciens nous ont légué, parmi leurs bienfaits, une logique des préférables. Est préférable, selon Zénon [de Citium] et Chrysippe, ce qui apporte le plus de bien, de beauté et de progrès. […] Le capitalisme, parce qu’il permet sans le nécessiter un plus ample développement de la liberté, parce qu’il a créé aussi de la richesse et de la beauté, est préférable à l’islam, tout comme la symbolique des Twin Towers est préférable aux discours proférés dans les mosquées. »
« Le discours de la cécité volontaire », Le Monde, 22 novembre 2001. Voir plus loin, § E / j), le texte de 2006.


2002-2003 : Claude Lévi-Strauss (1908-2009) :
« J'ai dit dans "Tristes Tropiques" [1955] ce que je pensais de l'islam. Bien que dans une langue plus châtiée, ce n'était pas tellement éloigné de ce pourquoi on fait aujourd'hui un procès à [Michel] Houellebecq. Un tel procès aurait été inconcevable il y a un demi-siècle ; ça ne serait venu à l'idée de personne. On a le droit de critiquer la religion. On a le droit de dire ce qu'on pense. [...] Nous sommes contaminés par l'intolérance islamique. Il en va de même avec l'idée actuelle qu'il faudrait introduire l'enseignement de l'histoire des religions à l'école. J'ai lu que l'on avait chargé Régis Debray d'une mission sur cette question. Là encore, cela me semble être une concession faite à l'islam : à l'idée que la religion doit pénétrer en dehors de son domaine. Il me semble au contraire que la laïcité pure et dure avait très bien marché jusqu'ici. »
Visite à Lévi-Strauss, Le Nouvel Observateur, 10 octobre 2002.
« J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. » (propos recueillis par Dominique-Antoine Grisoni, "Un dictionnaire intime", in Magazine littéraire, hors-série).
2002 : Alain Finkielkraut (né en 1949) : « L'Occident vit sous le régime de la critique, et le monde musulman – élites laïques comprises – sous celui de la paranoïa. »
"Jamais les juifs ne se sont sentis aussi seuls", propos recueillis par Élisabeth Lévy, Marianne, 12 au 18 août 2002.

2004 : Philippe Nemo (né en 1949) :
« Que l’esprit scientIfique de l’Occident n’ait rien dû d’essentiel au monde musulman, on en a une preuve indirecte dans le fait que l’averroïsme n’eut guère de lendemains en islam même. Les sociétés musulmanes ne connurent pas, par la suite, le même développement du rationalisme et de la science, ni le même prométhéisme transformateur, caractéristiques des sociétés occidentales. C’est bien le signe qu’il régnait en islam un autre esprit. Ce qu’on peut lire à ce sujet dans la littérature anti-occidentaliste est intellectuellement bien faible. Le retard de l’islam, en termes de sciences, de techniques, de développement économique, serait dû à l’ "oppression" dont il aurait été victime de la part des puissances colonisatrices, qui auraient délibérément "bloqué »" son développement […]. Cette façon de présenter les choses n’est pas raisonnable. Si l’islam avait eu dans sa culture tous les éléments permettant un développement endogène, il se serait développé et n’aurait probablement pas, de ce fait, été colonisé. S’il n’y avait eu qu’un retard, la colonisation même lui aurait permis de le combler rapidement, selon le scénario qui s’est produit au Japon. Il faut donc croire qu’il y a, en matière de développement scientifique et économique, un problème de fond avec l’islam lui-même, je veux dire avec le rapport au monde que cette religion implique, avec le type de société qu’elle engendre. »
Qu'est-ce que l'Occident ?, Paris : PUF, 2004 (octobre), page 142, note 57.

2005 : Michel Onfray (né en 1959) :


Traité d'athéologie - Physique de la métaphysique, Paris : Grasset, 2005. Réédité en octobre 2006 en collection "Le Livre de Poche", n° 30 637.

« I "Athéologie", III " Vers une athéologie ", § 1 " Spectrographie du nihilisme ". [...] revendication claire à presque toutes les pages du Coran d'un appel à détruire les infidèles, leur religion, leur culture, leur civilisation, mais aussi les juifs et les chrétiens — au nom d'un Dieu miséricordieux ! »
« II "Monothéismes", i "Tyrannies et servitudes des arrière-mondes", § 3 La kyrielle des interdits. […] Les Évangiles n'interdisent ni le vin ni le porc, ni aucun aliments, pas plus qu'ils n'obligent à porter des vêtements particuliers. L'appartenance à la communauté chrétienne suppose l'adhésion au message évangélique, pas aux détails de prescription maniaque. […] Juifs et musulmans obligent à penser Dieu dans chaque seconde de la vie quotidienne.
i, § 5. Tenir le corps en respect.  Comment comprendre ces séries d'interdits juifs et musulmans – si semblables – sinon par l'association systématique du corps à l'impureté ? Corps sale, malpropre, corps infecté, corps de matières viles, corps libidinal, corps malodorant, corps de fluides et de liquides, corps infectés, corps malades, corps de morts, de chiens et de femmes, corps de déchets, corps de saletés, corps sanguinolent, corps puant, corps sodomite, corps stérile, corps infécond, corps détestable ...
ii " Autodafés de l'intelligence", § 3 Haine de la science. L'instrumentalisation religieuse de la science soumet la raison à un usage domestique et théocratique. En terre d'islam, la science ne se pratique pas pour elle-même mais pour l'augmentation de la pratique religieuse. Depuis des siècles de culture musulmane on ne pointe aucune invention ou aucune recherche, aucune découverte notable sur le terrain de la science laïque.
IV "Théocratie", i "Petite théorie du prélèvement", § 7 Allah n'est pas doué pour la logique.
« L'interdit juif de tuer et simultanément l'éloge de l'holocauste par les mêmes ; l'amour du prochain chrétien et, en même temps, la légitimation de la violence par la colère prétendument dictée par Dieu, voilà deux problèmes spécifiquement bibliques. Et il en va de même avec le troisième livre monothéiste, le Coran, lui aussi chargé de potentialités monstrueuses. »
IV, i, § 8 Inventaire des contradictions. Allah ne cesse d'apparaître dans le Coran comme un guerrier sans pitié.
IV, ii "Au service de la pulsion de mort", § 1 "Les indignations sélectives"
Les plus hautes instances de l'islam mondial dénoncent les crimes du colonialisme, de l'humiliation et de l'exploitation que le monde occidental leur (a) fait subir, mais se réjouissent d'un djihad planétaire mené sous les auspices d'Al- Qaïda. Fascinations pour la mort des goys, des mécréants et des infidèles, — les trois [monothéismes] considérant d'ailleurs l'athée comme leur seul ennemi commun ! »
IV, iii "Pour une laïcité post-chrétienne",
§ 1 « Le goût musulman du sang [et du feu !!]. L'islam reprend à son compte le pire des dits juifs et chrétiens : la communauté élue, le sentiment de supériorité, le local transformé en global, le particulier élargi à l'universel, la soumission corps et âme à l'idéal ascétique, le culte de la pulsion de mort, la théocratie indexée sur l'extermination du divers – esclavage, colonialisme, guerre, razzia, guerre totale, expéditions punitives, meurtres, etc. […] l'islam refuse par essence l'égalité métaphysique, ontologique, religieuse, donc politique. Le Coran l'enseigne : au sommet les musulmans, en dessous les chrétiens […] Enfin, après le musulman, le chrétien et le juif, arrive en quatrième position, toutes catégories confondues dans la réprobation générale, le groupe des incroyants, infidèles, mécréants, polythéistes, et, bien sûr, athées … […] La loi coranique qui interdit de tuer ou de commettre des délits ou des massacres sur son prochain concerne seulement de manière restrictive les membres de la communauté : l'umma. Comme chez les juifs. »
iii, § 2 « Le local comme universel. En lecteurs de Carl Schmidt qu'ils ne sont pas, les musulmans coupent le monde en deux : les amis, les ennemis [voir plus haut (1854) la même idée chez Karl Marx]. D'un côté, les frères en islam, de l'autre, les autres, tous les autres. Dâr al-islam contre dar al-harb : deux univers irréductibles, incompatibles, régis par des relations sauvages et brutales : un prédateur une proie, un mangeur un mangé, un dominant un dominé. [...] Une vision du monde pas bien éloignée de celle d'Hitler qui justifie les logiques de marquage, de possession, de gestion et d'extension de territoire.
IV, iii, § 5 Du fascisme musulman. [...] Le renversement du shah d'Iran en 1978 et la prise de tous les pouvoirs par l'ayatollah Khomeyni quelque temps plus tard avec cent quatre-vingt mille mollahs, inaugurent un réel fascisme musulman – toujours en place un quart de siècle plus tard, avec la bénédiction de l'Occident silencieux et oublieux. Loin de signifier l'émergence de la spiritualité politique qui fait défaut aux Occidentaux, comme le croit faussement Michel Foucault en octobre 1978, la révolution iranienne accouche d'un fascisme islamique inaugural dans l'histoire de cette religion.
IV, iii, § 7 L'islam, structurellement archaïque.
IV, iii, § 8 « Thématiques fascistes. Fascisme et et islamisme communient dans une logique mystique […] La théocratie islamique s'appuie, – comme tout fascisme – sur une logique hypermorale. [...] Tout ce qui définit habituellement le fascisme se retrouve dans la proposition théorique et la pratique du gouvernement islamique : la masse dirigée par un chef charismatique, inspiré ; le mythe, l'irrationnel, la mystique promus au rang de moteur de l'Histoire ; la loi et le droit créés par la parole du chef ; l'aspiration à abolir un vieux monde pour en créer un nouveau – nouvel homme, nouvelles valeurs ; le vitalisme de la vision du monde doublé d'une passion thanatophilique sans fond ; la guerre expansionniste vécue comme preuve de la santé de la nation ; la haine des Lumières – raison, marxisme (1), science, matérialisme, livres ; le régime de terreur policière ; l'abolition de toute séparation entre sphère privée et domaine public ; la construction d'une société close ; la dilution de l'individu dans la communauté ; sa réalisation dans la perte de soi et le sacrifice salvateur ; la célébration des vertus guerrières – virilité, machisme, fraternité, camaraderie, discipline, misogynie ; la destruction de toute résistance ; la militarisation de la politique ; la suppression de toute liberté individuelle ; la critique foncière de l'idéologie des droits de l'homme ; l'imprégnation idéologique permanente ; l'écriture de l'histoire avec slogans négateurs – antisémites, antimarxistes (1), anticapitalistes, antiaméricains, antimodernes, antioccidentaux ; la famille promue premier maillon du tout organique. Peu ou prou, cette série autorise la définition d'un contenu pour le fascisme, les fascismes. La théocratie brode toujours avec des variations sur ce thème ... »

1. Il est étonnant de voir un philosophe du XXIe siècle ranger cette idéologie totalitaire qu'est le marxisme parmi les Lumières, et l'antimarxisme dans le fascisme.

Traité d'athéologie - Physique de la métaphysique, Paris : Grasset, 2005. Réédité en 2006 en collection "Le Livre de Poche", n° 30 637.


2005 : Régis Debray : « Une religion qui a eu sa Renaissance d’abord et son Moyen-Âge ensuite. »
Intervention à "Culture et dépendances", France 3, 2 novembre 2005.


Robert Redeker (né en 1954) : 

2006 :«  Les réactions suscitées par l’analyse de Benoît XVI sur l’islam et la violence [discours de Ratisbonne, 12 septembre 2006] s’inscrivent dans la tentative menée par cet islam d’étouffer ce que l’Occident a de plus précieux qui n’existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s’exprimer. 
L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres. 

Comment expliquer l’interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l’argument avancé : risque de « troubles à l’ordre public ». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l’affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ? 

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l’oppression contre les femmes suscite, plus propre à « troubler l’ordre public » que le string. Il n’est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l’islam. Ou, à tout le moins, qu’elle résulte de l’insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s’élevaient contre l’inauguration d’un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s’opposent pas à la construction de mosquées. L’islam tente d’obliger l’Europe à se plier à sa vision de l’homme. 

Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet œil du Coran, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. 

Dans l’ouverture à autrui, propre à l’Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l’autre doit toujours passer avant moi. L’Occidental, héritier du christianisme, est l’être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence. 

Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen « d’idiots utiles », les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même. 

Le Coran est un livre d’inouïe violence. Maxime Rodinson [1915-2004] énonce, dans l’Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D’une part, « Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (...) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (...) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin ». 

D’autre part, « Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu’il accusait d’un comportement suspect » . Enfin, « après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d’années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages ». 

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran. 

De fait, l’Église catholique n’est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L’Inquisition, la chasse aux sorcières, l’exécution des philosophes [Giordano] Bruno [1548-1600] et [Giulio Cesare] Vanini [1585-1619], ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre [1745-1766] pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l’islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l’Église. 

Aucune des fautes de l’Église ne plonge ses racines dans l’Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine. 

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n’est pas qu’un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au coeur du croyant. 

Cette lapidation, s’accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque. 

Au lieu d’éliminer cette violence archaïque, à l’imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c’est-à-dire l’entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l’islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine. 

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident « le monde libre » par rapport à au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’œil du Coran, pullulent en son sein. » (" Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ", Le Figaro 19 septembre 2006). Voir plus haut, § E / d), le texte de 2001.

2008 : Nicolas Sarkozy : « L'Islam a porté l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses civilisations dans le monde. Le président de l'Institut du Monde arabe peut en porter lui-même témoignage.
C'est l'occasion pour les Français et tous les visiteurs étrangers du Louvre et de la France de voir que l'Islam c'est le progrès, la science, la finesse, la modernité et que le fanatisme au nom de l'Islam c'est un dévoiement de l'Islam. Tuer au nom de l'Islam c'est bafouer l'Islam. Ne pas respecter les droits de la femme au nom de l'Islam, c'est bafouer l'Islam. L'Islam a permis, et ces salles le montreront, des collections parmi les plus extraordinaires. Avec l'Islam, nos prédécesseurs étaient bien en avance sur le monde et il n'y a aucune raison que ce qui a été le cas il y a des siècles, ne soit pas le cas pour les siècles qui viennent. Ce sera une occasion, Altesse [le représentant du roi d'Arabie saoudite], pour chacun de découvrir la richesse et la finesse de ces arts de l'Islam. » (au musée du Louvre, le 16 juillet 2008).


2013 : François Hollande :

" François Hollande a lancé : "La France sait que l'Islam et la démocratie sont compatibles." Toutefois, en se référant à Mohamed Charfi, un intellectuel respecté, partisan d'un islam éclairé, il a su éviter les haut-le-cœur du camp progressiste.
[...]
"Il a repris l'idée fondamentale d'Ennahda sur la compatibilité de l'islam et de la démocratie", se réjouissait pour sa part Ameur Larayedh, chef du bureau politique du parti islamiste au pouvoir.
La satisfaction était partagée dans les rangs laïcs : "Il a parlé à tous les représentants du peuple tunisien, et fait la différence entre islamisme et islam", a, de son côté, relevé Selma Mabrouk, élue du parti Al-Massar (progressiste), membre de la coalition d'opposition Alliance démocratique. "  (" À Tunis, François Hollande concilie islam et démocratie " par Isabelle Mandraud et Thomas Wieder, LE MONDE.fr, 6 juillet 2013.


2013 : Christine Tasin : « Oui je suis islamophobe, et alors (...) je suis contre l'islam qui pose problème ; moi je ne trouve pas normal qu'on tue des animaux, je ne trouve pas normal qu'on voile les femmes ; (...) C'est la France qui a un problème avec l'islam. (...) 60 % des animaux tués en France le sont selon le mode de l'abattage rituel ; donc les gens mangent halal sans le savoir (...) La haine de l'islam, bien sûr et j'en suis fière, l'islam est une saloperie, c'est un danger pour la France, absolument ; je suis désolée. » Belfort, 15 octobre 2013. Christine Tasin, poursuivie pour "incitation à la haine raciale", a été condamnée le vendredi 8 août 2014 à 3000 € d'amende dont 1500 € avec sursis par le T.G.I. de Belfort.


2013 : Pape François


2014 Imre Kertész (1929-2016),
L’ultime auberge, Arles : Actes Sud, 2015 [A végső kocsma, 2014]).

"L’Europe périra bientôt à cause de son libéralisme puéril et suicidaire. L’Europe a créé Hitler, et après Hitler, elle s’est trouvée à court d’arguments : les portes se sont ouvertes devant l’islam, plus personne n’ose parler de race et ou de religion, alors que l’islam ne semble plus connaître que le langage de la haine envers les autres races et religions. [...] Il faudrait que je dise deux ou trois choses sur la politique (…). Je dirais comment les musulmans envahissent l’Europe, se l’accaparent, bref la détruisent ; quelle est l’attitude de l’Europe face à cela ; je parlerais aussi du libéralisme suicidaire et de la stupide démocratie ; démocratie et droit de vote aux chimpanzés. Cela finit toujours de la même façon : la civilisation atteint un stade de maturité dépassée où elle n’est plus capable de se défendre, et ne le veut même plus ; où, d’une manière apparemment incompréhensible, elle adore ses propres ennemis. [...] Un monde meurtrier est en train de naître, le nationalisme, le racisme ; l’Europe commence à comprendre où l’a menée sa politique libérale d’immigration. Elle s’est rendue compte  que la chose nommée société multiculturelle n’existe pas".


2014 : François Hollande : " Votre constitution garantit la liberté de croyance, de conscience, et le libre exercice des cultes, et confirme ce que j'avais affirmé ici même [début juillet 2013], à savoir que l'islam est compatible (*) avec la démocratie. " Discours à l'Assemblée nationale constituante, Tunis, 7 février 2014.
* Pour Le Premier ministre d'alors, en avril et en septembre 2016, cela restait à démontrer.

On voit dans sa Constitution que la Tunisie n'est pas encore une démocratie :
Pas de laïcité au Maghreb



2014 : Abdennour BIDAR : " Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position debarzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident !

Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Quel est ton unique discours ? Tu cries « Ce n'est pas moi ! », « Ce n'est pas l'islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t'indignes devant une telle monstruosité, tu t'insurges aussi que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner, alors que ce moment historique aurait été une si formidable occasion de te remettre en question ! Et comme d'habitude, tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l'islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n'est pas l'islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre, mais la paix! »

J'entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde l'islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l'être humain sur le chemin du mystère de l'existence... Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l'islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine, je vois aussi autre chose - que tu ne sais pas voir ou que tu ne veux pas voir... Et cela m'inspire une question, LA grande question : pourquoi ce monstre t'a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? Pourquoi a-t-il pris le masque de l'islam et pas un autre masque ? C'est qu'en réalité derrière cette image du monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il le faut bien pourtant, il faut que tu en aies le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D'où viennent les crimes de ce soi-disant « État islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c'est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd'hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre, le cancer est dans ton propre corps. Et de ton ventre malade, il sortira dans le futur autant de nouveaux monstres - pires encore que celui-ci - aussi longtemps que tu refuseras de regarder cette vérité en face, aussi longtemps que tu tarderas à l'admettre et à attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux, quand je leur dis cela, ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu'est la puissance de la religion - en bien et en mal, sur la vie et sur la mort - qu'ils me disent « Non le problème du monde musulman n'est pas l'islam, pas la religion, mais la politique, l'histoire, l'économie, etc. ». Ils vivent dans des sociétés si sécularisées qu'ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur du réacteur d'une civilisation humaine ! Et que l'avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière et économique, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité toute entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent - et qui comme l'islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Il y a en toi en effet, malgré la gravité de ta maladie, malgré l'étendue des ombres d'obscurantisme qui veulent te recouvrir tout entier, une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! [...] " Lettre ouverte au monde musulman, 15/10/2014, mis à jour: 09/01/2015,

2014 : Michel ONFRAY :

« Que cette immigration apporte avec elle une religion qui est aussi une idéologie et que cette idéologie ne revendique pas pour valeurs "liberté, égalité, fraternité, féminisme, laïcité" est une évidence pour qui connaît la religion musulmane autrement que par ouï-dire et propagande médiatique. Il suffit de lire le Coran, les hadiths du Prophète, une biographie, même hagiographique, de Mahomet pour s'en rendre compte. Mais on supporte ce qui vient de l'islam par tonnes, quand on refuse un gramme de ce qui vient du christianisme. Et c'est un athée qui vous le dit... [...] Autre point d'accord avec Éric Zemmour, la question de l'islam, qui n'est pas une religion de paix, de tolérance et d'amour, contrairement à ce qui est rabâché sans cesse par les médias du politiquement correct. Ainsi, la moindre référence au caractère belliqueux du Coran passe pour de l'islamophobie assimilée au racisme, à la xénophobie, de la part de ceux qui confondent la critique d'une religion avec la haine de la couleur de certains peuples qui s'en réclament ! »
"Zemmour, la gauche et moi", propos recueillis par Daoud Boughézala, Causeur, N° 18, novembre 2014.

2015 : Michel Houellebecq (Michel Thomas, né en 1956, prix Goncourt 2010) :

« The despair comes from saying good-bye to a civilization, however ancient. But in the end the Koran turns out to be much better than I thought, now that I’ve reread it—or rather, read it. The most obvious conclusion is that the jihadists are bad Muslims. Obviously, as with all religious texts, there is room for interpretation, but an honest reading will conclude that a holy war of aggression is not generally sanctioned, prayer alone is valid. » ("Scare Tactics : Michel Houellebecq on His New Book", interview par Jérôme Bourmeau, The Paris Review, 2 janvier 2015)

2015 : Michel Onfray :

« L’Islam [...] suppose un mode de vie, une façon d’être et de penser qui ignore le libre arbitre augustinien, le sujet cartésien, la séparation kantienne du nouménal et du phénoménal, la raison laïque des Lumières, la philosophie de l’histoire hégélienne, l’athéisme feuerbachien, le positivisme comtien, l’hédonisme freudo-marxiste. Il ignore également l’iconophile et l’iconodulie (goût et défense des images religieuses) pour lui préférer la mathématique et l’algèbre des formes pures (mosaïques, entrelacs, arabesques, calligraphie), ce qu’il faut savoir pour comprendre pourquoi la figuration de Mahomet est un blasphème.

Refuser la réalité du choc des civilisations ne peut se faire que si l’on ignore ce qu’est une civilisation, si l’on méprise l’Islam en lui refusant d’en être une, si l’on déteste la nôtre par haine de soi, si l’on pense l’histoire avec les fadaises du logiciel chrétien et marxiste qui promet la parousie en ignorant les leçons de philosophie données par Hegel : les civilisations naissent, croissent, vivent, culminent, décroissent, s’effondrent, disparaissent pour laisser place à de nouvelles civilisations. Qu’on médite sur l’alignement de Stonehenge, les pyramides du Caire, le Parthénon d’Athènes ou les ruines de Rome comme on méditera plus tard sur les ruines des cathédrales !
[...]
Animé par la grande santé nietzschéenne (*), l’Islam planétaire propose une spiritualité, un sens, une conquête, une guerre pour ses valeurs, il a des soldats, des guerriers, des martyrs qui attendent à la porte du paradis. Re)fuser qu’il en aille, là, d’une civilisation qui se propose « le paradis à l’ombre de épées », un propos du Prophète, c’est persister dans l’aveuglement. Mais comment pourrait-il en être autrement ? L’aveuglement qui fait dire que le réel n’a pas eu lieu (ou n’a pas lieu) est aussi un signe de nihilisme. » (La chronique mensuelle de Michel Onfray | Mars 2015 – N° 118, " LE CHOC DES CIVILISATIONS ")
*. Cf l'aphorisme 382 du livre V du Gai Savoir ; difficile d'y voir un rapport quelconque avec l'islam.


2015 : Pascal Bruckner : "Ces interprétations [Todd, Plenel] ne sont ni pertinentes ni justes à mon sens. ... ma stupéfaction devant ce genre de raisonnements. [...] L'islam radical a réveillé la gauche anti-totalitaire ... Il n' a aucun compromis possible avec la gauche qui nous explique que l'opprimé, ou le fils d'opprimé, ou l'arrière-petit-fils d'opprimé, parce que son père a été colonisé, a absolument tous les droits ... Attraction absolument folle que l'islam exerce sur les restes de l'armée trotskiste en France. [...] Comment la critique d'une religion peut-elle être assimilée à un acte de racisme ? Il y a  un coup de force sémantique, il y a une dérive. [...] Je ne suis pas sûr que nous ayons la patience d'attendre quatre siècles pour que l'islam se réforme [comme l'a fait le christianisme] " [...] Je n'utilise pas le mot "islamophobe" parce que je ne comprends pas ce qu'il veut dire " [...] Ce à quoi nous assistons, Brice Couturier parlait tout à l'heure des années 30, oui, il y a une victoire posthume de Hitler, mais pas là où on pensait  dans la fraction la plus radicale du monde musulman qui a importé sans aucune discrimination tous les préjugés antisémites de l'extrême droite fasciste européenne. C'est très très inquiétant." (Les matins de France Culture, 1ère partie, 25 mai 2015).


2015 : Bernard Cazeneuve : « L’image de l’Islam dans notre pays, ou la dégradation de cette image, constitue une autre source d’inquiétude. Je sais en particulier que, à la suite des événements de janvier [2015], certaines déclarations, certains commentaires n’ont pas évité le piège de l’amalgame, du raccourci et de l’outrance, et que vous en avez été blessés. Pour ma part, comme je l’ai déjà dit, je comprends que les musulmans soient exaspérées de devoir sans cesse expliquer qu’ils n’ont rien à voir avec les attentats perpétrés sur notre sol. Je m’associe à votre indignation face à certains des propos qui ont été tenus. Mettre en relation les exactions de quelques individus avec les comportements et les valeurs de cinq millions de Français musulmans relève soit d’une coupable ignorance, soit d’une malhonnêteté inacceptable.Plus généralement, je voudrais que nos concitoyens - et au premier chef ceux qui exercent une responsabilité publique ou qui aspirent à en exercer une – sachent s’approprier cette valeur fondamentale dans le débat public qu’est le respect. Comme tous les Français, les Français de confession musulmane aspirent à être écoutés et respectés. Chacun d’entre nous, lorsqu’il prend la parole, doit se représenter l’impact que ses propos auront sur celui qui l’écoute. Cela n’interdit ni le débat, ni le fait d’être en désaccord avec son interlocuteur. Mais le respect d’autrui est une responsabilité qui s’impose à toute autorité – politique, économique, journalistique, morale, religieuse – comme du reste à tout citoyen. C’est là la condition pour que nous vivions tous dans une société libre et apaisée.

Enfin, il est connu que les préjugés naissent de l’ignorance. Je crois donc également à la nécessité de faciliter l’accès du grand public à une meilleure connaissance de l’Islam et de la civilisation arabo-musulmane. Le ministère de la culture va entreprendre un travail de recension des projets portés par les institutions culturelles et audiovisuelles – France Télévision, l’INA, l’Institut du monde arabe, le Louvre, pour n’en citer que quelques-unes - et qui répondent à cette ambition. Des crédits publics seront également engagés pour soutenir les projets de recherche dans le domaine de l’islamologie, de l’étude de l’Islam de France et de la connaissance du monde arabo-musulman. Leur affectation précise sera annoncée à la rentrée.
Mais il appartient naturellement aux musulmans eux-mêmes d’être les acteurs de ce combat pour une meilleure connaissance de l’Islam comme religion et comme civilisation. Ce doit être, à mon sens, l’une des principales raisons d’être de la nouvelle Fondation de l’islam de France, qui aura bien entendu par ailleurs d’autres objectifs dans les domaines du culte, de l’éducation et de la solidarité. La gouvernance de cette Fondation devra faire toute sa place aux Français de confession musulmane, dans les champs de l’économie, de l’administration, de l’université et de la culture. Une mission de préfiguration sera mise en place d’ici l’été afin que cette nouvelle Fondation puisse être opérationnelle avant la fin de l’année. [...] dans un contexte ou des prêcheurs de haine, très présents sur Internet, s’adressent à une jeunesse souvent ignorante des valeurs de l’Islam, il est important que des figures d’autorité morale et d’érudition soient à même de porter un autre message, conforme à un Islam de paix, un « islam de lumière » tel que l’a défini ce matin Dalil BOUBAKEUR. C’est là le souhait de beaucoup de familles, parmi celles que je rencontre et qui veulent éviter à leurs enfants le piège tragique d’un parcours de radicalisation violente, qui risque de les mener sur les chemins de l’exil, du crime et de la mort. Le même sujet concerne naturellement les aumôniers pénitentiaires, qui exercent leur mission avec beaucoup de dévouement et sont trop souvent confrontées aux menées de prêcheurs auto-proclamés, qui tentent d’enrôler leurs co-détenus dans des projets radicaux, parfois criminels.
Bien entendu, la formation théologique des imams ne regarde pas directement l’État. Ce n’est pas son rôle, pas plus que celui de former des prêtres, des rabbins ou des pasteurs. Mais l’Etat peut faire en sorte que soient proposées aux ministres du culte des formations appropriées dans des matières profanes : droit du culte et principes de la laïcité, histoire et sociologie des religions en France, gestion des associations cultuelles, dialogue interreligieux, etc. De tels diplômes universitaires de formation « civile et civique » sont proposés aujourd’hui dans six universités. » (Discours de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, en clôture de la réunion de l'Instance de dialogue avec le culte musulman, lundi 15 juin 2015)


2015 HOLLANDE : « L’ennemi, c’est le fanatisme qui veut soumettre l’homme à un ordre inhumain, c’est l’obscurantisme, c’est-à-dire un islam dévoyé qui renie le message de son livre sacré. Cet ennemi nous le vaincrons ensemble, avec nos forces, celles de la République, avec nos armes, celles de la démocratie, avec nos institutions, avec le droit. Dans ce combat, nous pouvons compter sur nos militaires, engagés sur des opérations difficiles, en Syrie, en Irak, au Sahel. Nous pouvons compter sur nos policiers, nos gendarmes, en lien avec la justice, qui se sont encore comportés de façon admirable pour mettre hors d’état de nuire les terroristes. »
Hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre. (Hôtel national des Invalides, 27 novembre 2015)


2015 BOULAD : «  L’islam a opté, il y a déjà dix siècles, pour la ligne dure. Parce qu’il est très difficile aux musulmans — pour ne pas dire impossible — de faire marche arrière, quelle que soit la bonne volonté qui les anime. Les points de blocage sont nombreux. Par exemple, renoncer au projet de califat mondial, qui est préconisé non seulement par les islamistes, notamment les Frères musulmans (l’UOIF en France), mais aussi par l’islam tout court. Autre blocage : ouvrir l’islam à la pensée critique. C’est impossible pour les musulmans : cela leur est interdit, depuis dix siècles, par la décision de “fermer la porte de l’ijtihad” (“renouveau”, “effort intellectuel” afin de moderniser la lecture du Coran). [...] Les islamistes utilisent la démocratie pour la tuer. Pour eux, les lois d’Allah (la charia) sont supérieures à celles des humains. Pour la majorité des musulmans, le Coran n’est pas discutable : il émane d’Allah et il est au ciel auprès du Trône, posé sur la Table gardée, depuis le début de la Création. La ségrégation envers les infidèles et les femmes est inscrite dans les versets coraniques et les hadiths, ce qui nous permet d’affirmer que ce n’est pas demain que la démocratie, la liberté de conscience et de religion seront des sujets d’actualité dans le monde arabo-islamique, ni même en France. L’islam régente tous les aspects de la vie de l’individu du berceau à sa tombe. Il n’est pas libre de penser ou de décider par lui-même en dehors de la charia et s’il le fait, il se met en dehors de l’oumma (la communauté-nation islamique). Il sait aussi ce qui l’attend : l’enfer sur terre et dans l’au-delà. On est loin des droits de l’homme, du libre arbitre augustinien, de la laïcité et de la démocratie. » (16 décembre 2015 : Islam : selon le père Boulad, l’Occident est au bord de la guerre civile.

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2016 QUINIOU : " Il n'y a pas une fascisation de l'islam qui lui viendrait donc de l'extérieur, c'est l'islam lui-même qui est fasciste, il faut avoir le courage intellectuel de le dire haut et fort, et "ceux qui essaient de trouver au sein de l'islam un autre islam n'y parviendront jamais" (Adonis, Violence et islam, p. 118). On peut le démontrer de deux manières, je veux dire sur la base de deux stratégies intellectuelles très différentes, voire opposées. Celle de Meddeb (Sortir de la malédiction. L'isam entre civilisation et barbarie), qui doit être croyant (à sa manière) et entend réformer le Coran, en deux temps.  D'abord en refusant radicalement des pans entiers de celui-ci, comme la charia, l'inégalité homme/femme qu'il proclame et impose pratiquement et, surtout, l'indissoluble unité du spirituel et du temporel qui interdit à l'homme d'être en toute autonomie l'auteur des lois de sa vie sociale et individuelle. C'est, hélas, la base indéfectible de la théocratie dont Spinoza, dans le Traité théologico-politique a été le premier et admirable pourfendeur et qui est ce qu'on appelle aujourd'hui une forme claire de fascisme, qui ne doit rien aux seuls hommes mais beaucoup à la religion, sous toutes ses formes - dont l'islam, donc. Après cet examen critique, on ne voit guère ce qui peut rester du texte originel ! Pourtant, dans un second temps, il tente aussi, via une stratégie herméneutique très savante dont je doute de l'efficacité, de trouver dans la lettre du Coran interprétée, ou dans ses interstices, de quoi le rénover sans l'abandonner totalement, et d'y trouver, par exemple, des éléments d'amour, de tolérance et de paix. J'avoue n'avoir pas été ici convaincu par cette démarche qui me paraît un peu jésuitique (si j'ose dire) et guère opératoire, surtout quand on pense à l'immense somme de versets qui vont clairement en sens inverse.
La stratégie d'Adonis, grand poète syrien athée, contraint de fuir son pays et de se réfugier en France à cause de ses opinions irréligieuses, est tout autre: sur la base de son athéisme assumé, à ses risques et périls, il rejette l'ensemble du  texte coranique, non a priori bien sûr, mais sur la base d'une intelligence incisive de ce qu'on y trouve et qu'il connaît parfaitement. En plus des défauts rédhibitoires que Meddeb lui trouve, il y ajoute une dénonciation de son dogmatisme : il est la parole de Dieu de toute éternité et non une création de celui-ci adaptée aux hommes de l'époque; il est donc irréformable - on ne réforme pas l'absolu! Il est aussi obscurantiste, récusant toute interpellation critique et, dans cette lignée, il récuse la subjectivité humaine. C'est en ce point que la critique d'Adonis se fait la plus subtile et la plus intelligente. Il explique ainsi (lui le grand poète incontestable et qui a une culture poétique immense) l'absence d'une authentique poésie musulmane (alors qu'il y a eu une poésie catholique), car admettre la poésie serait admettre le pouvoir créateur d'un sujet libre, échappant aux lois de Dieu, ce que le Coran refuse fondamentalement, enfermant l'homme dans sa seule identité religieuse et dans une essence donnée pour toujours. Très justement il lui oppose l'humanisme d'un Sartre qui confère à l'homme la liberté de définir ce qu'il est." (Une erreur de Badiou, mediapart.fr, 16 janvier 2016).


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