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lundi 14 septembre 2015

FOLIO 2235 (1/3)



LES VICISSITUDES DE CORYDON



« Il ne faut parler que si l'on ne peut se taire ; et ne parler que de ce que l'on a surmonté, — tout le reste est bavardage, " littérature ", manque de discipline. ». (Nietzsche, Humain, trop humain, 2, Préface de 1886, § 1.


    Corydon fut réédité par les éditions Gallimard (Paris VIIe) en collection de poche Folio, n° 2235, en février 1991, puis réimprimé en septembre 2001 et en mars 2012. Ces tirages de 2001 et 2012, plus corrects que celui de 1991, comportent encore quelques erreurs anciennes, et des erreurs nouvelles …. Page 3 : il convient de rétablir le sous-titre fondamental "Quatre dialogues socratiques" ; page 8, lire "troisième" au lieu du barbarisme "troisixème" ; page 48, dans la note, lire "t. II, pp. 48-49" au lieu de "t. II, p. 28"; page 88, dans la note, lire "abundance upon" au lieu de "abundance on"; page 93, lire "linéairement" au lieu de "linérairement"; page 125, lire "l’Antiquité" au lieu de "l’antiquité".

   Article connexe : Notes contre la pédophilie

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  En 1947, accordant à André Gide le Prix Nobel de Littérature, l'Académie royale de Suède dit récompenser aussi l'intrépide "amour de la vérité" qui engendra Corydon, "dialogues socratiques" qui étaient, aux yeux de Gide, "le plus important" de ses livres (Journal, 19 octobre 1942 et janvier 1946), qu'on ne comprendrait que "plus tard" (Journal, 8 juillet 1930 ; 19 février 1942), et dont le simple projet lui donnait "le sentiment de l'indispensable" (Journal, 12 juillet 1910). Il affirma avoir travaillé sur ce petit livre, de 1909 à 1922, "plus âprement et durant plus longtemps qu'aucun autre" (Journal, 18 décembre 1946).

« Il n'y a pas pour moi d'entraînement [...] la difficulté vient précisément de ceci que je dois artificiellement réactualiser un problème auquel j'ai donné (pour ma part) une solution pratique, de sorte que, à vrai dire, il ne me tourmente plus. » (Journal, Feuillets, 1918) 
  « J'ai longtemps attendu. Je voulais être sûr que ce que j'avançais dans Corydon, qui me semblait aventuré peut-être, je n'allais pas devoir le renier bientôt. » (Journal, 13 août 1922). 
  « J’ai longtemps attendu pour écrire ce livre, et, l’ayant écrit, pour l’imprimer. Je voulais être sûr que ce que j'avançais dans Corydon, et qui me paraissait évident, je n'allais pas avoir bientôt à m’en dédire. Mais non : ma pensée n’a fait ici que s’affermir, et ce que je reproche à présent à mon livre, c’est sa réserve et sa timidité. » (Préface à l'édition Nrf/Gallimard de 1924, datée novembre 1922).

  Ma perspective n'est pas d'étudier Corydon en tant qu'œuvre littéraire Cela a été fait, inter alii, par Daniel Moutote, Claude Martin, Dominique Fernandez, Eva Ahlstedt, Dr Patrick Pollard et Monique Nemer. De plus, Alain Goulet, professeur émérite de Littérature française à l'Université de Caen, auteur des articles "Corydon" et "Homosexualité" du Dictionnaire Gide dirigé par Jean-Pierre Wittmann et Pierre Masson et paru aux éditions Classiques Garnier en 2011, éditeur de Corydon dans André Gide, Romans et récits, tome II, Paris : Gallimard, 2009, collection "Bibliothèque de la Pléiade", a publié, avec plus ou moins de bonheur, Les Corydon d'André Gide (Paris : Orizons/L'Harmattan, avril 2014).

  J'examine plutôt la situation et l'intérêt de ce petit livre en relation avec la vie personnelle d'André Gide, et surtout dans le cadre de l'âpre discussion, développée depuis l'Antiquité grecque et très souvent philosophique, autour des questions homosexuelle et pédérastique.

   Corydon n'était pas la première étude de la question, ni même la première étude d'origine française, loin de là ; Michel de Montaigne, auquel André Gide consacra une étude remarquée (Essai sur Montaigne, 1929), l'avait abordée à de nombreuses reprises. On trouvera des remarques ou des allusions à l'homosexualité dans les Essais aux chapitres 14, 23, 28, 30 et 42 du livre I ; 2, 12 et 17 du livre II ; et 5, 9, 10, 12 et 13 du livre III.

   Des textes brefs, mais incisifs, figurent dans certains recueils manuscrits des XVIIe et XVIIIe siècles ; le philosophe libertin La Mothe Le Vayer publia anonymement en 1630 ses curieuses et intelligentes réflexions sur le sujet.  Une brève mais audacieuse histoire de l'amour masculin figure dans un Recueil de pièces choisies de 1735. Voltaire, notamment avec son article "Amour nommé socratique" dans les Questions sur l'Encyclopédie (développement de l'article trop connu du Dictionnaire philosophique), Pierre-Henri Larcher, Jacques-André Naigeon, le marquis de Sade (notamment dans Français, encore un effort ... mais aussi ailleurs), Étienne Pivert de Sénancour, Julien-Joseph Virey, Georges Hérelle et quelques autres eurent le mérite de se documenter et de réfléchir assez sérieusement sur la question, bien plus sérieusement en tout cas que Boucher d'Argis, auteur du décevant, car bien peu éclairé, et sans originalité, article "Sodomie" dans L'Encyclopédie (1765).

  Corydon fait semblant d'ignorer à peu près tout ce qui l'a précédé de peu dans son entreprise, notamment en Angleterre ; Alan Sheridan le décrivit comme
“the first serious attempt by a homosexual to defend the practice of homosexuality to the general public” (André Gide : A Life in the Present, London : Hamish Hamilton, 1998, page 626).
Si Gide mentionne en passant Havelock Ellis et cite une fois John Addington Symonds, il masque les nombreux emprunts faits à l'édition de 1915 de l’Anthologie d’Edward Carpenter

Third Edition, 1929
George Allen & Unwin, London

et au Livre d'amour des Anciens (1911) de la Bibliothèque des Curieux :



Il s'avouera plus tard,  en revanche, comme le porteur d'une multiplicité de significations subjectives : "gage d'une délivrance" survenue depuis longtemps (Journal, 29 décembre 1932), livre écrit "hors de saison", voulu utile à d'autres : "qui dira le nombre de ceux que ce petit livre a, du même coup, délivrés ? (Journal, 29 décembre 1932) ; précaution jugée utile contre toute "mascarade posthume " (Note manuscrite, dossier Corydon, bibliothèque Jacques Doucet, Paris, γ 885), telle que celle déplorée en juin 1907 après lecture d'une biographie édulcorée de Paul Verlaine ; « ce qui me le fit entreprendre, d’abord, ou m’en donna quelque première idée : le désaveu de cette fausse sainteté dont mon dédain de la tentation ordinaire me revêtait » (Journal, "Feuillets", 1918-1919) ; sur ce sens insolite d'ordinaire, voir l’entrée correspondante de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.

  La préface de 1920 confirme que ce furent à la fois une exigence intellectuelle de vérité et une exigence morale de probité, d’honnêteté intellectuelle, et non quelque chose de l’ordre de l’actuelle exigence politique inepte d' " égalité des droits pour tous " du mouvement LGBT (mariage, adoption, PMA et GPA) – qui animaient alors l’auteur de Corydon :
  « Ces derniers mois néanmoins je me persuadai que ce petit livre, pour subversif qu’il fut en apparence, ne combattait après tout que le mensonge, et que rien n’est plus malsain au contraire, pour l’individu et pour la société, que le mensonge accrédité.
  Ce que j’en dis ici, après tout, pensais-je, ne fais point que tout cela soit. Cela est. Je tâche d’expliquer ce qui est. Et puisque l’on ne veut point, à l’ordinaire, admettre que cela est, j’examine, je tâche d’examiner, s’il est vraiment aussi déplorable qu’on le dit – que cela soit. » (page 11). Les références de pages dans le présent article renvoient toutes à l'édition Gallimard/Folio).
  L'entreprise de publication fut retardée d’abord sous l'influence de son beau-frère et ami l'écrivain Marcel Drouin, puis par respect pour l'épouse d'un mariage abstrait (Gide n’ayant jamais envisagé une publication sous pseudonyme). Quelques amis ou relations attirèrent son attention sur les inconvénients possibles d’une telle publication ; on trouvera le détail de ces mises en garde dans l’essai de Monique Nemer, Corydon citoyen. Essai sur André Gide et l'homosexualité, Paris : Gallimard, 2006, collection "blanche", chapitre III.

  Madeleine, qui résidait alors à Cuverville-en-Caux  (Seine-Maritime), détruisit toutes les lettres reçues de son mari après qu'il ait fait, pendant l’été 1918, un long séjour en Angleterre avec son faux neveu , le futur réalisateur de films cinématographiques Marc Allegret (1900/1973). André Gide, d'abord profondément abattu et meurtri par cette destruction, se sentit ensuite libéré :
« À présent rien ne me retient plus de publier durant ma vie et Corydon et les Mémoires [publiés en 1925 sous le titre Si le grain ne meurt] » (Journal, 24 novembre 1918).
  Les Cahiers de la Petite Dame - rédigés en long secret par Maria van Rysselberghe, amie et voisine de Gide au 1 bis rue Vaneau (Paris, 7e arrondissement),



puis grand-mère de Catherine Gide - suivent au jour le jour les hésitations tenaces de l'auteur de Corydon, sa crainte de compromettre le jeune Marc. En novembre 1919, André Gide écrivit à son amie anglaise Dorothy Bussy : « La partie que je m'apprête à jouer est si dangereuse que je ne la puis gagner sans doute qu'en me perdant moi-même » ; Le 30 janvier 1920, il annonçait « deux livres (...) dont l'un est de nature à me faire ficher en prison » ; en avril 1921, il envisageait de solliciter Sigmund Freud pour une préface à une éventuelle traduction allemande.

  Une dernière offensive, celle du philosophe thomiste Jacques Maritain (1882/1973) en décembre 1923, rencontra un refus poli mais ferme de renoncer à la publication (Journal, 21 décembre 1923). La Petite Dame, du "côté de Vaneau", accepta facilement cette publication qui provoqua quelque gêne du "côté de Cuverville". Comme le héros de la Recherche, Gide avait ses côtés ...

  Imprimé début janvier 1924, le "terrible livre" (lettre à l'ami Henri Ghéon, 5 juillet 1910) fut mis en vente, en mai ; afin d’éviter de donner prise à une possible accusation de prosélytisme, les exemplaires furent placés en librairie sans aucun service de presse ; quelques intimes avaient déjà eu connaissance de la version dactylographiée en huit exemplaires de 1909 ; voir les lettres à Jacques Copeau, 6 et 8 août 1909 : « Mon livre sera achevé avant l'hiver [...] La moitié en est écrite : id est : déjà dactylographiée à 8 exemplaires. J'ai mené ce travail exactement au point que je voulais le mener avant de partir en vacances. [...] Qu'il me tarde de vous faire connaître ce livre. » Connaissance aussi de la deuxième version C.  R.  D.  N., tirée à 12 exemplaires en mai 1911 ; version manifestement (délibérément ?) inachevée - d'où, très probablement, l'explication de ce titre lacunaire – ainsi que de la troisième version de mars 1920, tirée à 21 ou 22 exemplaires.


Cahiers de la Petite Dame : « Je lui remets une copie que je fis de C.R.D.N., avec les corrections et les ajoutés ; décidément,

la typographie de ce titre l'enchante, la symétrie des trois voyelles qui s'y inscrivent et qu'il supprime, O Y O, le ravit.

Je lis rapidement, tandis qu'il suit sur son texte; à ma grande confusion, il y a pas mal d'erreurs. » (CPD, t.1, p.7)

Merci à Fabrice Picandet.



  Aucune de ces trois  productions, que les Anglais désignent fort justement par l'expression private printing, ne mérite donc la qualification, pourtant constamment répétée (y compris dans la mention « PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION (1920) » …), d'édition ou de publication ; en revanche, l'édition de 1924 ne fut pas, comme cela a été dit, une "publication anonyme" (sans doute par confusion avec le Livre blanc, 1928, attribué à Jean Cocteau).

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  L'abord de ces dialogues est ardu, en partie à cause de l'emploi des termes aujourd’hui oubliés uranien, uraniste et uranisme ; ces termes ont une origine allemande, Urning, néologisme dû à Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895) dans les années 1860 et promu dans le but de renouer avec le platonisme ; en 1927, l’écrivain François Porché trouvait déjà ces mots "un peu désuets". Mais la forme et le contenu de ce petit livre étaient "inactuels" dès sa parution, ceci résultant du choix délibéré de matériaux anciens, comme s’il s’agissait de monter un dossier à l’intention d’un contradicteur du XIXe siècle ; c’était bien le cas, comme on verra plus loin ; l'article du Spectator, cité en anglais (III, ii, page 88), date de ... 1712. André Gide assembla des éléments de l'histoire universelle et de la Weltliteratur, tout en faisant l'économie de certaines références majeures ; Goethe est "convoqué" ; mais David Hume, Voltaire et Diderot sont absents, non dépourvus pourtant de titres à citations ; Gide déplore dans la société française cette French gallantry évoquée par David Hume dans Inquiry into the Principles of Morals, "A Dialogue", précisément en opposition à ... l'amour grec.
« Again, to cast your eye on the picture which I have drawn of modern manners; there is almost as great difficulty, I acknowledge, to justify French as Greek gallantry; except only, that the former is much more natural and agreeable than the latter. [...] The Greek loves, I care not to examine more particularly. I shall only observe, that, however blameable, they arose from a very innocent cause, the frequency of the gymnastic exercises among that people; and were recommended, though absurdly, as the source of friendship, sympathy, mutual attachment, and fidelity ; qualities esteemed in all nations and all ages. »
  Le Banquet de Platon est évoqué, mais non le commentaire indulgent qu'en fit Jean Racine :
 "Apologie de l'amour des garçons (...) Amour des jeunes gens : pour engendrer de beaux discours. " (Racine, Prose, Paris : Gallimard, 1966, collection " Bibliothèque de la Pléiade ", pages 898-899).
  Reste que Gide démontra magnifiquement que sur le plan culturel, l'homosexualité, en tant qu'objet d'étude, de discussion ou en tant que thème littéraire, n'est en aucune façon marginale ou négligeable ; sa démonstration fut reprise par Roger Peyrefitte dans son beau roman Notre Amour (Paris : Flammarion, 1967). Se considérant en quelque sorte " hors du temps " quant à l'origine, la validité et à la réception de ses arguments, André Gide était convaincu que the book could wait, pouvait attendre ses lecteurs qualifiés (préface à la première édition américaine, 1949), lecteurs qu'il a trouvés.

* * * * *

  Les échanges entre le Dr Corydon et son Interviewer (auquel il laissera le mot de la fin) sont commentés à la première personne par ce dernier. Cette forme dialoguée fut souvent adoptée pour traiter ce thème, notamment par Plutarque, dont on verra plus loin l'importance ; elle est adaptée aux sujets délicats ou qui prêtent à polémiques, lorsque l'on a, comme l'homme probe qu'était Gide, l'élémentaire souci de l'objectivité ; enfin, elle satisfaisait le goût de l'auteur pour les "Interviews imaginaires". Gide, par la voix du Visiteur, se fait l’avocat du diable, et on ne peut dire qu’il fasse avec cette œuvre un coming out stricto sensu, encore moins un coming out civique. On a plutôt l’impression d’une concession faite à Wilde et Proust, qui recommandèrent à Gide de ne jamais dire « je ». Cette distance est par ailleurs justifiée par le fait qu’à la date de la publication de Corydon Gide était marié et père d’une fille, conçue en juillet 1922 avec Élisabeth Van Rhysselberghe. Difficile dans ces conditions de parler d’une « exigeante profération d’un "Je" ; ce qu'osa pourtant Monique Nemer dans son Corydon citoyen. Essai sur André Gide et l'homosexualité (Paris : Gallimard, 2006, collection "blanche", page 29) ; mais un peu plus loin (page 113), elle s’interrogeait : « Est-il, dans ces conditions [cette répartition entre un "il" qui développe l’argumentation et un "je" qui, en feignant de la contester, lui permet de l’approfondir], légitime de parler de coming out ? ». Louable, bien que tardive, interrogation ...

  Seule la préface datée novembre 1922 laisse entendre, comme une des clés des dialogues, que Gide soutient les thèses du Dr Coydon , une autre clé étant Si le grain ne meurt, véritable coming out, lui.

  Qu'un médecin expose les thèses de Gide et ose se présenter comme un "pédéraste normal", voilà un pied de nez à la médecine sexologique de l'époque et à toute la médecine légale et psychiatrique du XIXe siècle, depuis P. A. O. Mahon et son ouvrage Médecine légale et police médicale (1801). La pertinence des injonctions religieuses est récusée, implicitement, par absence de toute référence aux condamnations et stigmatisations bibliques, explicitement en même temps que l’est un « mysticisme scientifique » :
« À vrai dire je me méfie de cette "voix de la nature". Chasser Dieu de la création et le remplacer par des voix, la belle avance ! Cette éloquente Nature m'a tout l'air d'être celle qui avait "horreur du vide". Cette sorte de mysticisme scientifique me paraît bien autrement néfaste à la science que la religion ... » (II, iv, p. 55) ; « Il y a peut-être un Dieu ; il n’y a pas d’intention dans la Nature ; je veux dire que, s'il y a intention, elle ne peut être que de Dieu. » (II, v, p. 61)
  Gide avait un moment envisagé une autre formule : « un Corydon tout différent, grave (...) un dialogue avec mon père [Paul] » :
  « Je citerais (j'eusse cité) la page de son livre par où il me condamne, et lui dirais : "Condamnez-moi comme Saül fit Jonathan [Voir, dans l’Ancien Testament, I et II Samuel. Allusion implicite à l’amitié passionnée entre David et Jonathan] après que son fils eut mangé contre sa défense ; de vous mon père j'accepte la condamnation ; mais je ne l'accepterai point de ceux-là qui m'offriront, en place de mon péché, adultère, séduction ou débauche. » (Manuscrit γ 885, Bibliothèque Jacques Doucet, Paris).
  Fiction ? Non, cette page existe véritablement ! On aimerait bien savoir à quel âge André Gide découvrit, avec la stupeur que l'on imagine, l'accumulation de qualificatifs fortement péjoratifs (sans nom, infâme, odieux, honte, corruption, dégénérés, horreur, décadence, honteux, vice) dans ces quelques lignes écrites par son père, Paul Gide (1832-1880) : 
  « Un amour sans nom, ou plutôt un vice infâme, était honoré dans toute la Grèce comme une vertu. [...] il me répugne de citer les textes et de m'arrêter sur un sujet si odieux. Il faut le dire à la honte de la Grèce : sa corruption était telle que les Romains, tout dégénérés qu'ils étaient eux-mêmes, en eurent horreur ; jamais, même au plus bas degré de leur décadence ils n'arrivèrent à méconnaître à ce point les sentiments de la nature ; s'ils s'abandonnèrent, eux aussi, au plus honteux des vices, du moins ce ne fut pas avec l'assentiment et les louanges de leurs philosophes et de leurs législateurs. »(La Condition de la femme dans l'Antiquité, 1867, réédité en 1885, chapitre III, "Grèce", pages 70-71 de l'édition de 1885 ; Paul Gide fut professeur agrégé de droit romain à la Faculté de droit de Paris-Panthéon).
Hachette BnF 2014
  Paul Gide poursuivait en attribuant à la pédérastie l'infériorisation de la femme. Ceci explique, tout autant que le souci d'histoire universelle, l'ancienneté des sources et références ; André Gide aurait évidemment souhaité avoir pu rectifier le jugement que son père avait hâtivement formulé en 1867, et maintenu dans l’édition posthume de 1885 ; la première date n'est pas anodine : la demi-décennie 1866-1870 ayant vu, avec les publications de Karl Heinrich Ulrichs et de Karl Maria Benkert (dit Kertbeny), la naissance de l'argumentation du mouvement homosexuel moderne, la création des termes allemands Homosexualität et Urning (qui donna en français uraniste), ainsi que la première expression de l'opposition politique (communiste) à ce mouvement ; voir la lettre de Friedrich Engels à Karl Marx, 22 juin 1869, où il était reproché à Ulrichs de transformer la cochonnerie en théorie avec ses droits du cul (en français dans le texte).

  Il me semble quasi certain que Gide souhaita aussi répondre à ces lignes de Remy de Gourmont (1858-1915) :
« L'uranisme répugne à ma sensibilité, mais mon intelligence peut le considérer avec intérêt. C'est un refus de soumission qui étonne et fait réfléchir. Mais je le voudrais plus franc. Les sujets de cette passion avouent trop, par leur attitude contrainte, qu'ils sentent, quand on les démasque, toute la honte de leur conduite. Quand on n'a pas le cœur d'être cynique, il faut être normal. »"L'amour à l'envers", Mercure de France, 1er décembre 1907.
Les autres éléments d'actualité ou de passé proche sont rares. Les magnifiques poèmes engagés, véritable coming out, de Paul Verlaine dans l’hebdomadaire La Cravache parisienne, le 29 septembre 1888 et le 2 février 1889, repris dans Parallèlement, ainsi que ceux, remarquables, d’Hombres, ne sont pas mentionnés :
« Tout, la jeunesse, l'amitié,/Et dans nos cœurs, ah ! que dégagés/Des femmes prises en pitié/Et du dernier des préjugés, […] Scandaleux sans savoir pourquoi,/(Peut-être que c'était trop beau)/Mais notre couple restait coi/Comme deux bons porte-drapeau. » (Laeti et errabundi).
« Ces passsions qu’eux seuls nomment encore amours […] Ah ! les pauvres amours banales, animales, normales ! […] ce combat pour l’affranchissement de la lourde nature ! » (Ces passions …
« Nous encaguions ces cons avec leur air bonasse,
Leurs normales amours et leur morale en toc, »
Hombres, XI.
  Les médiocres romans à thème homosexuel de Rachilde, Lucien Daudet, Georges Eekhoud ou Achille Essebac, la revue mensuelle de Jacques Fersen (Akadémos, janvier à décembre 1909) et l'article fondamental qui y parut en juillet, "Le préjugé contre les mœurs", sont également passés sous silence.

* * * * *

  Le nom Corydon vient du grec Κορύδων, nom de berger dans la quatrième des Idylles de Théocrite de Syracuse. Est nommé Corydon le berger amoureux d'Alexis dans la deuxième des dix églogues de Virgile : Formosum pastor Corydon ardebat Alexim, églogue qui fut la première à avoir été traduite en français, par Loïs Grandin, dès 1543, l’année de la mort de Copernic. Derrière Alexis, se cache Alexandre aimé de Virgile lui-même selon Donat. Gide avait lu cette bucolique au printemps 1891, à 22 ans donc, et il l'avait même apprise par cœur (Cf Jacques Cotnam, "Le « Subjectif » d'André Gide", Cahiers André Gide 1, Paris : Gallimard, 1969, pages 41, 61 et 106). Pierre de Ronsard écrivit une " Odelette à Corydon" (un de ses serviteurs) . Gide connaissait également la petite comédie de Verlaine "Les Uns et les autres" (dans Jadis et Naguère, 1885) dont Corydon et Aminte sont deux personnages très secondaires.


  Le sous-titre de Corydon, Quatre dialogues socratiques, porte une triple connotation, philosophique, érotique et pédagogique, qui s'est malheureusement perdu dans les dernières réimpressions ... (notamment en collection Folio) ; l'ensemble, titre plus sous-titre, fixait un cadre de référence, celui du socle gréco-latin de la culture occidentale incarnée notamment par Platon et Virgile.

  La préface, datée de novembre 1922, expliquait le retard à la publication par une crainte, en fait celle de peiner sa femme-cousine Madeleine :

  « Je n’ai jamais cherché de plaire au public ; mais je tiens excessivement à l’opinion de quelques uns ; c’est affaire de sentiments et rien ne peut contre cela. Ce que l’on a pris parfois pour une certaine timidité de pensée n’était le plus souvent que la crainte de contrister ces quelques personnes ; de contrister une âme, en particulier, qui de tout temps me fut chère entre toutes. ». Éclairage ultérieur ; « "Il ne faut contrister personne" ("aucune âme", disait poétiquement [Maurice] Barrès). Ériger en maximes ces formules veules, se peut-il imaginer rien de plus débilitant ? » Journal, 7 octobre 1931.

Suite

jeudi 10 septembre 2015

AUTEURS LICENCIEUX GRECS ET LATINS

Voir aussi mes autres pages:

Platon, Xénophon et Aristote


Martial et Juvénal

Plutarque et Athénée

AMOUR DES GARÇONS : LES ANIMAUX AUSSI ?
L'AMOUR GREC VU PAR LE DROIT ROMAIN




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THÉOGNIS DE MÉGARE (-VIe siècle), poète grec d'esprit aristocratique,

Poèmes élégiaques, Bibliotheca Teubneriana, CUF (collection Budé), Loeb Classical Library :
I, 237-254 : célébration d'un ami à venir.


Pseudo-THÉOGNIS (-IVe siècle), poète grec,

Poèmes élégiaques, Bibliotheca Teubneriana, CUF (Budé), Loeb Classical Library :
II : vante l'amour des garçons ; Zeus et Ganymède ; la gratitude est la vertu du jeune amant ; en une femme, aucun compagnon ne peut croire.


THÉOCRITE [Θεόκριτος] (Syracuse ? vers -312/vers -250), poète grec,

Épigrammes, Collection Budé, Loeb Classical Library :
XVII : Sur une statue d'Anacréon : il faisait ses délices des jeunes gens.

Idylles, Collection Budé, Loeb Classical Library :
I : chant de Thyrsis à la mémoire de Daphnis [évoqué par Proust].
II : Les Magiciennes, 150 : soupire-t-il pour une femme ou pour un homme ?
IV : Dialogue de Battus et Corydon [Κορύδων ; nom repris par Virgile]
V : Chevrier et berger : je te pénétrais et tu geignais.
VII : Thalysies, 102 : Aratos épris d'un jeune garçon.
VIII : Chanteurs bucoliques [Ménalque, nom repris par Gide, et le beau Milon].
XII : Le bien-aimé : jeunes garçons autour du tombeau de Dioclès le philopaide à Mégare ; concours de baisers ; invocation de Ganymède [cité par Chateaubriand].
XIII : Hylas : Héraclès épris d'un garçon, le gracieux Hylas.

Papyrus Oxyrhynchus 694, Princeton
University Library, Idylle XIII

XXIII : L'Éraste, 48 : l'ami cruel ; 63 : vengeance d'Éros.
XXIX : Le paidika, 33-34 : quand tu auras une barbe, nous serons l'un pour l'autre des amis achilléens.
XXX : Le paidika, 25 : il est vain d'espérer qu'on vaincra Éros.


CALLIMAQUE DE CYRÈNE [Καλλίμαχος ὁ Κυρηναῖος], (Cyrène (Lybie actuelle) vers -310/Alexandrie ( Égypte actuelle) vers -240), poète et érudit grec,

Hymnes, épigrammes, fragments choisis, Collection Budé, Loeb Classical Library :
fr. 68 : un jeune remarqué par les amoureux ; 195 : mœurs des pédagogues.
Hymne à Apollon, 49 : son amour pour le jeune Admétos [cité par Félix Buffière].

Épigrammes [Anthologie palatine, XII] :
43 : éromène public ; tout ce qui est au peuple me dégoûte ; 118 : poussé par éros et par le vin ; 139 : amour pour Ménexène ; 150 : la maladie du philopaide [maladie d’amour] ; 230 : le beau brun Théocrite ; par le blond Ganymède, Zeus uranien, toi aussi tu as été éraste.


ANTHOLOGIE PALATINE (-IIIe/+IIe siècles)

Une page de l'Anthologie Palatine (Codex Palatinus 23),

10e siècle, Bibliothèque de l'Université de Heidelberg

Collection Budé, Loeb Classical Library :

V, Épigrammes érotiques de divers auteurs : 6 ; 8 ; 14 ; 19 : je ne suis plus paidomane ; 49 : philopaides et gynécomaniaques ; 54 ; 65 ; 78 [cité par Diogène Laërce] ; 116 ; 117 ; 122 ; 142 ; 145 : d'Asclépiade : couronnes suspendues à la porte d'un aimé ; 277 ; 278 [cf Agathias] ; 297 ; 302.

VII : 24 ; 25 ; 27 ; 29-31 ; 35 ; 99 ; 100 ; 346 ; 667-670 ; 714.

IX : 38 : par nature efféminé [malakos] ; 77 : Hêra irritée par la beauté de Ganymède. Troie a enfanté ce mâle, qui enflamme Zeus comme une torche ; 184 [cité par W. A. Percy] ; 241 : vous vouliez vous cacher car vous n'êtes pas les amants qui persuadent mais ceux qui violentent.

X : 20 ; 68 : Agathias : chez les animaux, la femelle s'accouple avec le mâle. Des hommes corrompus s'unissent entre eux.

XI : 19 ; 21 ; 22 ; 24 ; 36 ; 51 ; 52 ; 216 : de Lucilius : Kratippos le philopaide a tourné ses goûts dans une direction inverse ; 217 : un mariage n'invalide pas les soupçons ; 221 ; 224 ; 225 ; 261 : une passion contre nature l'écarte de ceux de son âge ; 272 : ils ne sont ni hommes ni femmes ; hommes pour les femmes, femmes pour les hommes [formule appliquée à César] ; 326, 339 : gestes d'embroché ; 362.

XII [quasiment en entier ; cf CALLIMAQUE, MÉLÉAGRE et STRATON] : 50 : d'Asclépiade : l'amer Éros a aiguisé ses flèches ; 75 : d'Asclépiade : si tu avais des ailes, un arc et des flèches, ce n'est pas Éros mais toi qu'on nommerait le fils de Cypris ; 105 : d'Asclépiade : Éros dans la maison de Damis ; 123 : baiser à Ménécharme après le match de boxe ; 155 [cité par Félix Buffière] ; 162 : d'Asclépiade : Philocrate et Antigène ; 163 : d’Asclépiade : Éros a découvert quelles sont les beautés à mélanger : non l’émeraude et l’or, mais Cléandre et Eubiotos ; 228 : ne pas aimer un garçon trop jeune [de moins de douze ans].

XIII : 20 : Opis pris de désir pour le beau Bryson.


MÉLÉAGRE (vers -140/-70), philosophe cynique grec d'origine syrienne,

Anthologie Palatine, Collection Budé, Loeb Classical Library :

V Épigrammes érotiques de divers auteurs : 208 : je ne suis pas paidomane ; une main lave l'autre [cf Quitard].

XI, 223 : Faborinos nique avec sa propre bouche.

XII, Muse garçonnière de Straton, 41 : je ne considère plus Théron comme beau, ni Apollodore jadis rayonnant et qui n'est aujourd'hui qu'un flambeau éteint ; 47 : Éros est un enfant qui joue aux dés ; 86 : Cypris nous enflamme pour les femmes, mais Éros régit le désir pour les mâles ; pour qui vais-je incliner ? Je suis sûr que Cypris dirait : "le fier marmot l'emporte" ; 106 : je n'ai d'yeux que pour Muiskos ; 109 : jeunes du même âge ; 125 : le doux rêve d'un garçon de dix-huit ans ; 126 : le chaud Éros a égratigné mon cœur ; quand je vois Diophante, je ne puis ni fuir ni resister ; 154 : Éros mélange la douceur et l'amertume ; 157 : Cypris est le capitaine, Éros tient le gouvernail ; le vent du désir me pousse sur une mer de garçons [image adaptée par A. Pope].


CATULLE (vers -82/ -52), poète latin mondain,

Poésies [Carmina], collection Classiques de poche, Belles Lettres, Paris ; Collection Budé ; Loeb Classical Library :

10 : 15 : préserve la pudeur de mon puer [Juventius], toi et ton pénis fatal aux bons et mauvais garçons ; 16 : je vous enculerai et vous niquerai la tête [pedicabo ego vos et irrumabo] ; Aurélius le passif [pathicus] et Furius le cinède [cité par Jeremy Bentham et S. Coote] ; 21 : Aurélius, tu veux enculer celui que j’aime [Juventius]; 24 : beau [garçon] qui n’a ni esclave ni coffre fort ; 25 : Thallus le cinède ; 29 : César appelé "cinède Romulus"et "impudique" ; 48 : trois cent mille baisers sur les yeux de Juventius ; 56 : j'ai corrigé rigidement un moutard qui donnait la saccade à une fille [cité par S. Coote] ; 57 : les passifs [pathici] Mamurra et César, cinèdes rivalisent avec les filles ; l’accord est parfait entre ces cinèdes éhontés [cité par d'Hancarville et Forberg] ; 61 : l’époux a de la peine à renoncer à ses glabres amis ; 63 [vers 63 à 67 cités par Symonds] ; 77 ; 80 : Gellius, tu engloutis la verge d’un mec bien monté ; 81 : Juventius ; 99 : baiser dérobé à Juventius [cité par S. Coote] ; 100 : douce sodalité fraternelle ; 106 : beau garçon qui désire se vendre ; 112 : Nason le pathicus a des partenaires multiples.


TIBULLE (vers -50/vers -19), poète latin,

Élégies, CUF (Budé), Loeb Classical Library :
I, iv, 1-6 : demande de conseil à Priape sur la façon d'attraper un beau garçon ; 82-83 : Marathus me fait mourir d’amour ; viii : le garçon Marathus ; ix : Marathus a un autre amoureux qui le détourne par ses cadeaux.


PÉTRONE [Petronius Arbiter] (??/66), romancier latin influencé par Varron,

Première page de l'édition de 1709 du Satyricon


Le Satyricon, Collection Budé ; Classiques de Poche (Belles Lettres, texte établi, traduit et commenté par Olivier Sers ; Loeb Classical Library ; collection Folio classique :


8 : Ascylte se voit proposer le prix du stupre ; 10 : Ascylte résolu à trouver un lit et un autre frater ; 11 : Ascylte : "tu fais de la cohabitation" ; 21 : cinède tortillant des fesses ; 23 : cinède particulièrement dépourvu d'esprit ; voluptueux cinèdes [spatalocinaedi] ; 26 : l'inverti [embasicoetas] ouvrait le cortège.

Dîner de Trimalchion (27-78) :
27 : Trimalchion s'essuie les mains aux cheveux de son esclave [cité par Baudelaire] ;
43 : il était porté sur les petits garçons [puellarius erat] ; 64 : Trimalchion se tourna vers ses délices, qu'il appelait Crésus ; 67 : une femme se plaignait des délices de son mari ; 70 : mignons [pueri] à frisettes ; 74 : Trimalchion embrasse longuement un esclave [puer] pas mal fichu ; 75 : Trimalcion fut pendant 14 ans les délices de son maître ; il n'y a pas de honte si c’est le maître qui commande.

79 : Ascylte emmène Giton dans son lit ; Ascylte : "partageons aussi le garçon [puer] " ; 80-81 : Giton choisit Ascylte pour frater ; jalousie d'Encolpe ; 83 : les étreintes de légende (Jupiter et Ganymède, Hercule et Hylas, Apollon et Hyacinthe) sont pures de rivalité ; 85-87 : l’hôte de Pergame [Bergama, Turquie actuelle] avait un fils ravissant ; plan de séduction établi par Eumolpe ; indignation feinte au sujet de l'usage des beaux [usus formosorum] ; épisodes amoureux avec l'enfant de Pergame [évoqué par La Mettrie] ; 92 : avec Eumolpe et Giton ; félicitations pour le Ganymède ; 97 : Ascylte recherche Giton ; 100 : il est fâcheux que le garçon [puer] plaise à notre hôte [Eumolpe] ; 119 : la nature se cherche et ne se trouve pas ; chacun aime les mignons [scorta], les allures efféminées et molles, les cheveux flottants ; 127 : Polyaenos a déjà un frater ; 129 : Giton à Encolpe : affection digne de la pureté socratique [socratica fide ; cf Platon, Symposium ; cité par La Mothe Le Vayer] ; 132 : Encolpe et le jeune Endymion ; leurs mains inventent tous les genres d'amour ; 140 : Eumolpe tellement chaste qu’il eût pu considèrer Encolpe comme un puer [ironie] ; Encolpe se fait manier des deux mains par Eumolpe [cité par Forberg].


STRATON [Στράτων] DE SARDES (IIe siècle), épigrammatiste grec,

La Muse garçonnière, Loeb Classical Library (Greek Anthology, vol. IV) ; traduction 1911 dans le Livre d'amour des Anciens), ; traduction 1973 (Roger Peyrefitte, Flammarion) :



XI, 19 : aime maintenant, Damocrate, car tu ne seras pas toujours avec des garçons ; 225 [cf XII, 210].
XII, 1 : j'aime les garçons et je m'unis à eux ; 4 : la seizième année est celle des dieux ; 188 : si tu considères mon baiser comme une injure, rends-le moi ; 194 : Si Zeus enlevait encore des mortels, un aigle aurait emporté mon Agrippa ; 198 : j'aime la jeunesse et ne préfère pas un garçon à un autre ; chacun a son charme ; 210 : trois sont au lit, deux actifs et deux passifs ; 242 : le lézard qui était comme un pouce rose est maintenant d'un pied de long ; 245 : nous qui sommes logiques avons un avantage sur les animaux dépourvus de raison, nous enculons ; ceux qui sont sous l'emprise des femmes sont comme des bêtes ; 258 : j'écris pour tel ou tel philopaide.


AULU-GELLE (vers 130/vers 180), érudit latin,

Nuits attiques, Collection Budé, Loeb Classical Library :
I, ix, 9 : un jeune veut étudier le Banquet de Platon pour l'orgie d'Alcibiade.
II, xviii, 3 : Phédon enfant fut contraint de se prostituer par son maître, un entremetteur.
VI, xii, 2 : tuniques à manches longues admises seulement pour les femmes ; 4 : reproche à un délicat de porter des tuniques qui couvrent ses mains ; 5 : Scipion le jeune : "Quand un homme se parfume tous les jours et fait sa toilette devant un miroir, quand on lui rase les sourcils, quand il se promène la barbe épilée et les cuisses épilées par-dessous, quand dans les banquets, comme un petit adolescent avec son amateur, il se place plus bas que lui en tunique à manches longues, quand il est non seulement porté sur le vin [vinosus], mais aussi sur les hommes [virosus], peut-on douter qu'il n'ait fait ce que font les cinèdes ?" [cité par Macrobe] ; 6 : Virgile aussi accuse les tuniques d'être efféminées, infamantes ; "et leurs tuniques ont des manches, leurs bonnets des rubans", dit-il [Énéide, IX, 614-620 ; peut-être à l'origine de l'expression de la manchette ].
XV, xii, 2 : Gaius Graccus : dans cette province, il n’y avait pas de très beaux esclaves ; 3 ; 12 ; 20 : Euripide haïssait presque toutes les femmes [cité par William Poole].
XVIII, iii : accusation d'impudicité contre Timarque [cf Eschine]
XIX, ix : vers délicieux d'Anacréon ; Éros et Bathylle.


BAUDRI DE BOURGUEIL (1046/1130), moine bénédictin,

Œuvres poétiques, Paris : Champion, 1926.
38 : tu seras un autre Orphée ; 42 ; 161 ; je n'écris pas moins pour les garçons que pour les filles ; 177 : le garçon est inconstant ; 231 : l'amour garçonnier ne m'a jamais égaré ; 250 : si tu veux être mon puer, parle plus clairement [cité par John Boswell ; traduction Tachet, 1985 : "si vous voulez être mon fils"]



ANTHOLOGIE DE PLANUDE (fin XIIIe siècle),

[Anthologie Palatine, livre XVI], Collection Budé, Loeb Classical Library :
XVI, 49 : Apollonide : beauté de Ganymède admirée dans les temps anciens ; aujourd'hui on chante la beauté de Léon, fils de Cerkaphos ; 167 : Antipater de Sidonios : sur la statue d'Éros par Praxitèle à Thespie ; 237 : Tymnes : je priapise avec tous.