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vendredi 20 mai 2016

NOTES (§§ 6-11) CONTRE LA PÉDOPHILIE ET SUR LES SEUILS DE CONSENTEMENT

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§ 6. Le journaliste Luc Rosenzweig, aujourd'hui retraité du quotidien Le Monde, a fourni un témoignage précieux sur les années 1950. Dans sa chronique "Pêle-Mêle" du quotidien Le Monde du 6 mars 2001, il interrogeait : 

« Pourquoi, vers le milieu du siècle dernier, a-t-on laissé "œuvrer" pendant plusieurs lustres, dans un prestigieux établissement public d'enseignement secondaire de Lyon, deux aumôniers catholiques, le Père A. et le Père G. dont les comportements nous semblent, aujourd'hui, sans équivoque ? » Dans un e-mail, il me précisait : 
« Les aumôniers auxquels je faisais allusion étaient en fonction dans l'établissement que je fréquentais alors. Assistant, (à l'insu de mes parents, qui n'étaient pas catholiques) à des cours d'instruction religieuse en sixième, j'ai été alors intrigué, mais pas plus que ça, par les méthodes de ces deux abbés, qui prenaient les gamins sur les genoux pour leur caresser les cheveux, organisaient des séances de "confessions", à genoux sur un petit banc au fond de la classe, au cours desquelles ils faisaient raconter aux enfants leurs pratiques nocturnes avec force détails. En ce qui me concerne, les choses n'ont pas été plus loin, mais bien des années après, quelques anciens condisciples rencontrés par hasard m'ont confirmé que pour certains d'entre eux, notamment au cours des camps de scouts que l'un des aumôniers animait, on était allé bien plus avant dans des pratiques aujourd'hui qualifiées de pédophiles. Au milieu des années 60, ils ont, paraît-il, été discrètement mis à l'écart, sans que le scandale n'éclate publiquement...Tout cela, naturellement, demande à être vérifié, et fera peut-être l'objet d'une recherche que je mènerai […]. L'allusion faite dans ma chronique était, dans cette optique, destinée à déclencher des témoignages me permettant de l'amorcer. »


Zeus et Ganymède, Shelby White and Leon Levy Collection, New York
Attributed to the Eucharides Painter, ca 490 - 480 B.C.


§ 7. – L’histoire détaillée des seuils de consentements est encore à faire. Selon Aetius, "Héraclite [d'Éphèse] et les Stoïciens déclarent que les hommes commencent leur maturité à la fin de la seconde série de sept années, au moment où l'activité sexuelle se développe." (Opinions, IV, v, 23). Clément d'Alexandrie indiquait que l'âge de l'éphébie était 14 ans en Égypte grecque (Le Pédagogue, III, x, 49). Dans la Rome antique, on pratiqua d'abord l'inspection physique des adolescents pour savoir s'ils étaient pubères ou non. L'empereur d'Orient Justinien (482/565) fixa l'âge de la puberté à ce même âge de 14 ans (Corpus Juris Civilis, "Institutes", I, 22). Ce seuil fut conservé par Grégoire IX (pape de 1227 à 1241) pour le droit canon, comme on le voit dans les Décrétales, IV, ii et V, xxiii. 

Début 2012, un commentaire rapide du Conseil constitutionnel fait le point de la question :
" Ces articles [227-25 (atteinte sexuelle non violente, 227-26 (circonstances aggravantes), 227-27 (atteinte commise par personne ayant autorité] ne figurent pas dans le chapitre [II du titre II du livre II] du code pénal consacré aux atteintes à l’intégrité physique ou psychique contre les personnes mais dans le chapitre [VII, section 5] consacré aux atteintes aux mineurs et à la famille. Ces infractions sont constituées en cas d’atteinte sexuelles « sans violence, contrainte, menace ni surprise ». Ils visent à réprimer certaines relations sexuelles consenties ou, à tout le moins, pour lesquelles la preuve de l’absence de consentement n’est pas rapportée.
Ces dispositions ont pour effet de fixer à quinze ans l’âge de la majorité sexuelle définie comme l’âge à partir duquel un mineur peut valablement consentir à des relations sexuelles (avec ou sans pénétration) avec une personne majeure à condition que cette dernière ne soit pas en position d’autorité à l’égard du mineur. "
Commentaire Décision n° 2011-222 QPC du 17 février 2012, I. – Dispositions contestées, A. – La notion d’atteinte sexuelle.

   En France, un seuil légal de 11 ans fut établi en avril 1832. Selon le Garde des Sceaux de l'époque, Félix Barthe, les jurés se montraient déjà très sévères dans de semblables occasions [relations avec un enfant de moins de 11 ans] car l'enfant n'était jamais considéré comme ayant donné son consentement. Le Code pénal de 1791 réprimait "l'enlèvement d'une fille de moins de 14 ans par violence pour en abuser ou la prostituer" (article 33). À Naples, tout attentat à la pudeur était présumé commis à l'aide de violences s'il avait lieu sur une personne âgée de moins de 12 ans accomplis (Lois pénales de Naples, 1819, article 339). Le député Fidèle-Marie Gaillard de Kerbertin proposa, sans succès, le seuil de 15 ans pour harmoniser avec l'article 332 concernant l'attentat à la pudeur avec violence (Supplément au Moniteur, 3 décembre 1831). 

Par la suite, les seuils applicables aux personnes extérieures à l'entourage de l'enfant ou de l'adolescent furent les suivants :
 
- 11 ans de 1832 à 1863 ;
- 13 ans de 1863 à 1942 ; moyen terme entre 12 ans (Toscane, Sardaigne et Deux-Siciles) et 14 ans (Autriche, Prusse et Suisse), car "l'influence des climats est ordinairement prise en considération dans ces matières".
- 13 ans de 1942 à 1945 pour les relations hétérosexuelles ;
- 21 ans de 1942 à 1974 pour les relations homosexuelles ; disposition du régime de Vichy (Pétain, Laval, Loi n° 744 du 6 août 1942, Journal Officiel du 27 août 1942, page 2923), conservée en 1945 par l'ordonnance du 8 février 1945 qui effaçait la liberté accordée à l'homosexualité depuis la loi du 19/22 juillet 1791 sur l'organisation de la police correctionnelle.
- 15 ans de 1945 à maintenant pour les relations hétérosexuelles ; ordonnance du 2 juillet 1945, conforme aux vœux de certains criminalistes.
- 18 ans de 1974 (loi 74-631 du 5 juillet 1974) à août 1982 pour les relations homosexuelles.
- 15 ans depuis 1982 (loi 82-683 du 4 août 1982) pour les relations homosexuelles ; la différence de seuil hétéro/homo est donc supprimée en France depuis août 1982. Les autres pays européens ont actuellement un seuil uniforme, de 14 ans (Autriche, Italie), 15 ans (Danemark, Grèce, Suède), 16 ans (Belgique, Grande Bretagne, Hollande, Espagne, Finlande, Portugal et Suisse) ou 17 ans (Irlande). La Russie possède également, depuis 1993, un seuil uniforme de 15 ans. En Allemagne existe un seuil uniforme mais "élastique", les relations avec un partenaire de plus de 14 ans mais de moins de 16 ans pouvant ne pas être poursuivies, selon les circonstances. 


§ 8. - Des relèvements de seuils analogues se produisirent dans d'autres pays d'Europe pendant les derniers siècles. En Angleterre, une loi de 1575/76 fixait l'âge limite à 10 ans pour les filles, seuil porté à 12 ans en 1861, puis élevé à 16 ans en 1885. Cette évolution est en accord avec la tendance de l'époque contemporaine à l'instauration, puis à la prolongation, de la scolarité obligatoire – jusqu'à 16 ans en France actuellement – et à l'abaissement de l'âge de la majorité civile : pour la France, cette majorité a été abaissée de 25 à 21 ans en 1793, de 21 à 18 ans en 1974 ; ceci venant après l'élévation de 15 à 25 ans au cours des XIVe et XVe siècles. Du VIIIe au XIIIe siècle, cette majorité civile était fixée à 15 ans, seuil qui resta longtemps celui du mariage pour les filles (article 144 ancien du Code civil, modifié par la loi 2006-399 du 4 avril 2006 qui porte ce seuil à 18 ans). La majorité matrimoniale, âge à partir duquel on peut se marier sans le consentement des parents, ne coïncide avec la majorité civile que depuis une loi du 2 février 1933 ; d'où la présence, dans des actes de mariage antérieurs à cette date, de la mention "leurs parents présents et consentants" même lorsque les mariés étaient majeurs.


   Il semble que la notion d’enfant soit aujourd'hui en passe de se confondre avec celle de mineur, et que le législateur, y compris le législateur européen, soit à la recherche d'un seuil unique de maturité ; ce qui sera bien difficile à mettre en œuvre, ne serait-ce que pour la majorité pénale partielle, actuellement fixée à treize ans en France, et qu'on ne peut envisager de relever dans la situation actuelle de délinquance juvénile importante, notamment immigrée, et en augmentation. 


§ 9 -   Les tentatives de justification de la pédophilie stricto sensu ont émané en France de la partie la plus radicale du mouvement homosexuel. En 1977, le Manifeste du Groupe Homosexuel de Clermont-Ferrand disait lutter "pour que le droit à la sexualité soit reconnu sans limitation d'âge" (point 6). En 1980, le G.R.E.D. (Groupe de Recherche pour une Enfance Différente) revendiquait le "libre choix de sa sexualité quel que soit son âge" (Masques, n° 5, été 1980, page 104). Voir plus loin les déclarations de Jean Le Bitoux (§ 10 c).

  Les homosexuels masculins semblent sur-représentés dans les affaires de pédophilie. Selon l'inventaire du Dr Charles Perrier, un tiers des victimes de moins de treize ans d'attentats à la pudeur étaient des garçons (Les Criminels, 1900). Selon le Dr Marcel Eck, la pédophilie "est habituellement homosexuelle, mais pas toujours". D'après Frank M. Du Mas, il y aurait quatre à cinq fois plus de pédophiles parmi les homosexuels que parmi les hétérosexuels (Gay is not good, Nashville : T. Nelson, 1979). Le premier secrétaire d’État du Saint-Siège, Tarcisio Bertone, établissait un lien entre homosexualité et pédophilie, 12 avril 2010 lors d'un conférence de presse donnée au Chili, se référant à ce que lui auraient  rapporté que certains spécialistes.

  Pédophilie et révolution, ou pédophilie et progrès, ont été liées dans l'esprit de certains. Le 26 janvier 1977, le quotidien Le Monde publiait une pétition en faveur de trois inculpés maintenus trois ans en détention préventive ; il s'agissait de l'affaire dite "de Versailles", dans laquelle un sénateur néerlandais, Edward Brongersma (1911-1998), échappa de peu à l'arrestation ; parmi les signataires, on relevait les noms de : Louis Aragon, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Jean-Louis Bory, Bertrand Boulin, François Chatelet (tous les six décédés), Patrice Chéreau, Gilles Deleuze (décédé), Jean-Pierre Faye, André Glucksmann, Félix Guattari, (décédé), Bernard Kouchner (ancien ministre d'ouverture et soutien de Roman Polanski), Jack Lang (ancien ministre de la Culture et soutien de Roman Polanski), Danielle Sallenave, Jean-Paul Sartre (décédé), Philippe Sollers.


§ 10 a) -   Jack Lang, fut mis en cause implicitement fin mai 2011 par l'ancien ministre et professeur de philosophie Luc Ferry au "Grand journal" de Canal +, et un temps inquiété dans l'affaire dite du Coral (dans le Gard) instruite fin 1982 par le juge parisien Michel Zalzmann. Il déclara dans le journal homosexuel Gai Pied du 31 janvier 1991 : "La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d'en aborder les rivages."

   Luc Ferry cita notamment un article récent du Figaro sur une "affaire de Marrakech ayant fait l'objet d'un article plus ancien : "À l'approche de la présidentielle de 2002, quelques chiraquiens racontent une arrestation de Jack Lang au Maroc, dans une affaire de mœurs, suivie d'une exfiltration discrète organisée par l'Élysée. Pas la moindre preuve, mais les missiles anti-Jospin se préparent, que le 21 avril rendra caducs." (lexpress.fr, 22/09/2005).


§ 10 b) -  L'écrivain Jean Gattégno (1934-1994, qui fut par ailleurs, sous l'autorité de Jack Lang, directeur du Livre et de la Lecture au Ministère de la Culture de 1981 à 1988), biographe de Charles Dickens et de Lewis Caroll,  assimila la répression des violeurs et des proxénètes d'enfants à la persécution d'homosexuels plus ordinaires dans son article "Du pécheur au militant", paru dans la revue gallimardienne Le Débat (n° 10, mars 1981, pages 118-131).

  Il sollicitait lourdement et maladroitement l'indignation du lecteur de l’article, confondant au passage les affaires distinctes "Dugué" et "Marc Croissant" : « Impossible ici de ne pas renvoyer à l’affaire de cet éducateur [Croissant] employé par la municipalité d’Ivry, et qui fut finalement licencié lorsqu’un employé de la F.N.A.C. eut transmis à la police des photos d’enfants qu’il [Dugué] avait données à développer ».

  Jean Gattégno déplorait que les « tabous » survivent : « ainsi la pédophilie et la "transsexualité" sont-elles jugées, par beaucoup d'homosexuels, comme des déviances qu'il serait inopportun de défendre » ; il s'agissait « avant tout d'inscrire la lutte pour la libération des homosexuel(le)s dans le combat pour la révolution », ce qui explique le souhait final d'une « vraie répression pour créer des militants ». Aberrant !!


L'intervention purement politique de Marc Croissant sur l'affaire Dugué donna lieu à cette réaction énergique du P.C.F. :

« Les communistes […] ne se sont jamais prononcés ni pour ni contre l’homosexualité. Cela relève avant tout de la personnalité de chaque individu et nous condamnons donc, de ce point de vue, toute forme de répression […] Vous [Marc Croissant] nous reprochez de ne pas avoir compris que ce qu’on a appelé "l’affaire de mœurs de Saint-Ouen" était en réalité ce que vous considérez comme une pratique sexuelle banale ["simplement des pratiques sexuelles de groupe entre adultes et adolescents de 11 à 17 ans, et de photos"]. Comment osez-vous soutenir un tel point de vue, alors qu’il s’agit en l’occurrence de la prostitution d’une quarantaine d’adolescents et d’enfants, dont le plus jeune avait tout juste quatre ans ! […] En tant que défenseur de la pédophilie et de "tout autre forme de sexualité" (on est loin de l’homosexualité) vous y trouvez peut-être votre compte, mais vous me permettrez de dire que je considère votre lettre [publiée dans L’Humanité du 30 mars 1979] indigne d’un communiste. »
Réponse de Roland Leroy (né en 1926) à Marc Croissant, L’Humanité, 30 mars 1979.


§ 10 c) -   Dans un entretien accordé au magazine gay Illico en mars 2001, Jean Le Bitoux (1948-2010), confondant encore, comme beaucoup, pédophilie et pédérastie, déclarait :

  "En France, l’homosexualité vient d’une culture pédophile avec André Gide. En 1968, il existait même un comité d’action pédérastique révolutionnaire. Dans le discours du G.L.H. [Groupe de Libération Homosexuelle] à partir de 1975, il y a tout un héritage du F.H.A.R. [Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire] notamment sur la question pédophile. À l’époque, il s’agissait de libérer son corps, libérer ses fantasmes. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque-là la majorité est à 21 ans [sic, pour 18 ans à partir de 1974 ; autre confusion ...], ce qui est bien tard. Dans les années 1970, tout est à libérer y compris l’enfant qui est corseté comme la femme, comme l’homosexuel. Aujourd’hui, on ne parle plus du tout du même enfant. L’enfant des années 1970 était l’esclave d’une vieille civilisation, l’enfant d’aujourd’hui est extrêmement sacralisé. [...] Tony Duvert tenait une rubrique dans Gai Pied où il affirmait : la question pédophile existe et certains gays sont pédophobes et ils considèrent que l’émancipation des homosexuels se fera sur le dos des pédophiles. On a inventé un homosexuel qui laisse de côté la question pédophile. [...] Aujourd’hui, je pense que les pédophiles sont toujours les boucs émissaires des homosexuels. Le débat n’est plus du côté d’un espace de liberté que les pédophiles n’ont toujours pas, mais du côté de la jeunesse des homosexuels." (1)

   En 1984, le mouvement homosexuel C.U.A.R.H. réclama dans son Manifeste européen la légalisation de la pédophilie, mais le gros du mouvement homosexuel des années 2000 et 2010 s'en tient encore à sa "pentalogie" GLBTQ, gais, lesbiennes, bisexuels, transexuels et queer. À la fin des années 1970, le Groupe de Libération Homosexuelle de Rouen demanda l'abaissement de la majorité sexuelle à 13 ans, mais ajouta : « En dessous de 13 ans, le problème est complètement différent. Il n'est pas question pour nous de cautionner ni de défendre des relations directement sexuées entre un adulte et un mineur de moins de 13 ans. » (Allonz' enfants, n° 6, hiver 1978-1979). Soit le retour au régime de la IIIe République.


§ 11 / a). - La revue L'Infini 

publiée par Gallimard (avec le concours du Centre National des Lettres) et dirigée par Philippe Sollers (signataire de cette pétition de 1977) consacra l’ensemble de son numéro 59 d'automne 1997 (142 pages) à "La Question pédophile", avec une suite, une réaction publiée dans le numéro 60 d'hiver 1997-98. Un questionnaire était proposé, quarante-deux réponses de personnalités furent publiées. 


  Roger Dadoun y définit la pédophilie comme "intérêt sexuel pour l'enfant avec passage à l'acte" ; le pédophile selon Catherine Millot est un "adulte ayant des relations sexuelles avec un impubère". Bertrand Boulin (1949-2002, fils de l'ancien ministre R.P.R. Robert Boulin) constatait que "l'enfant est aujourd'hui le mineur" ce qui est certes une confusion regrettable [encore faite par Roland Castro sur La Cinquième – Ripostes, 11 mars 2001, et par Philippe Sollers sur LCI, 14 mars 2001 ; confusion qui recouvre celle entre pédophilie et pédérastie]. Frédéric-Charles Coulet posait une question : "Y aurait-il par hasard un rapport entre la criminalisation [il s'agit plutôt de stigmatisation, puisque la pédérastie est légale, tranche d'âge 15-18 ans] de la pédérastie, l'éclipse d'une certaine beauté chez les jeunes et la délinquance des mineurs qui insiste chaque matin dans les colonnes des journaux ?" Florence Dupont déplorait un "déferlement de bonne conscience fondé sur la haine" et Gilles Chatelet (dans le n° 60) une "hystérie anti-pédophile". Le magistrat Yves Lemoine constatait que "le sort de l'enfant est d'être abusé" ; certes, mais on peut ne pas s'y résigner. 


§ 11 / b)   Renaud Camus, aujourd'hui fondateur du " NON au changement de peuple et de civilisation " (NCPC) après avoir présidé le parti de l'In-nocence, y écrivait, bien naïvement :

 « Je crois que la “pédophilie”, la mal-nommée, est avec la question des races, la question des classes, celle de l’immigration et celle du chômage un des terrains d’élection par excellence de ce que j’appelle la glu des discours. Elle est aussi une arme absolue de langage, en ce sens qu’elle permet de déconsidérer à jamais et même d’éliminer du terrain de l’échange intellectuel quiconque prendrait la liberté de tenir une parole ou d’entretenir une opinion qui s’écarteraient si peu que ce soit du discours sympathique en place — lequel, vautré dans l’adhésion qu’il provoque, et qu’il entretient par un mélange de complaisance et de terreur, écrase tous les autres, et interdit toute nuance, confondant sans scrupule le monstrueux avec l’insignifiant. [...] Si la sexualité, comme je crois, n'a strictement rien de répréhensible en soi, on ne voit pas pourquoi elle le serait chez les enfants, ou avec les enfants. Il est absurde de considérer qu'elle serait illicite jusqu'à un certain âge, et deviendrait licite du jour au lendemain, dès que cet âge est dépassé (1). Les enfants ont une sexualité et des pulsions sentimentales bien connues, qui peuvent très bien se porter sur des adultes, en particulier sur de jeunes et beaux adultes, professeurs de gymnastique ou moniteurs de colonies de vacances, comme nous l'avons tous vu. [...] il faut veiller avec le plus grand soin à ne pas confondre, d’une part, relations sentimentales ou sexuelles entre adultes et enfants d’un âge raisonnable parfaitement consentants, ou même désirants — relations qui peuvent être tout à fait innocentes, et quelquefois seraient très belles, si la société ne s’en mêlait pas — et d’autre part les faits divers épouvantables qui défraient la chronique ». (L'Infini, Gallimard, n° 59, automne 1997, "La Question pédophile").
1. Je réponds à cet argument au § 14 de mes pages.

  Sur son site web, visité le 18 mai 2001, Renaud Camus persistait :

« Les enfants sont le dernier bastion de la haine du sexe (2). Autant dire qu'il est farouchement protégé. Pourtant, si on pensait vraiment que le sexe est tout à fait innocent ; si on était tout à fait convaincu, comme je le suis, que par essence il est tout entier du côté de la douceur, de la bienveillance, de la gentillesse, de l'humour, et bien sûr de la plus complète liberté de chacun ; si on acceptait de l'envisager comme un des plus grands bonheurs de la vie, certes, mais aussi comme l'un des rapports humains les plus riches, les plus complexes, les plus chargés de civilisation et de sens ; si on croyait vraiment tout cela, que l'on dit croire, mais que l'on ne croit pas sérieusement, la preuve, on ne trouverait pas si monstrueux que des adultes initient des enfants à ces plaisirs-là, pourvu qu'il s'agisse bien de plaisirs, et véritablement de liberté. »

2. On se demande où RC a bien pu dénicher cette haine du sexe, sexe qu'une grande majorité des humains apprécie.

Le 20 mai 2016 (jour de l'avant-dernière actualisation de cette page mienne...), Renaud Camus se décide enfin à expliquer sa position (après avoir reproduit ses réponses de 1997) :

« Sans doute mes réponses ne seraient-elles pas exactement les mêmes aujourd’hui : je préciserais certains points, en particulier sur la question de l’âge, d’autant que le sens du mot enfant a changé, ainsi que je le notais ici même il y a quelques mois. Déjà, en 1997, il faut bien le reconnaître, tout ce numéro de revue relevait d’un esprit largement révolu, celui des années soixante-dix. Mais enfin, dans l’ensemble, mes sentiments sur la question — qui ne me concerne pas directement, c’est le moins qu’on puisse dire (d’où peut-être une certaine naïveté, qu’on [c'est moi Cl. C. !!] m’a reprochée) — n’ont guère changé. Ils se résument à peu près à ceci : condamnation totale et sans réserve, et qui dans mon esprit va sans dire, de toute séduction active, contrainte et voie de fait, sans même parler du viol, à l’égard des enfants proprement dits ; émoi assez limité, je le reconnais, face aux amours de garçons ou de filles de quatorze ou quinze ans pour, voire ensuite avec, si ces adolescents arrivent à leur fin, leur professeur de gymnastique de vingt-cinq (mettons). Celui-ci me consulterait-il sur la conduite à tenir je lui conseillerais fermement l’abstention ; mais plus par prudence et respect de la loi que par conviction morale bien arrêtée : je suis trop nourri de Théocrite, de Mopse et de Bion. Il me semble qu’il n’y a guère lieu d’être moins naturiste que la nature : la puberté doit bien signifier quelque chose. » https://www.renaud-camus.net/journal/2016/05/20

* * * * *

   Sylvain Desmille caractérisait assez pertinemment la pédophilie comme un "métissage des temps", ce qui est également vrai de la pédérastie grecque ou gidienne, et bien souvent même de la sexualité entre adultes ; comme l'écrivait Frédéric Nietzsche dans ses notes de lecture sur Dühring, « toutes les fois que la différence d'âge ou de caractère produit un contraste semblable à celui de l'homme et de la femme, ce contraste peut aussi bien nourrir une expression dans la sensibilité », ce qu'il n'était pas le premier à remarquer (car Horace et Montaigne avant lui). Enfin, deux exemples de l'inexistentialisme selon Marcel Gauchet : pour Philippe Forest, "l'enfance n'existe pas, elle est le rêve du pédophile" ; pour Michel Houellebecq, " les pulsions sexuelles de l'enfance n'existent pas ". 


§ 11 / c)  À la différence de l'homosexualité, la pédophilie ne trouva jamais le moindre commencement d'adhésion chez les grands auteurs classiques ou modernes, à l'exception notable du marquis de Sade.

Une des premières condamnations de la pédophilie : ESCHINE D'ATHÈNES (vers -390/-314, entre Socrate et Platon), homme politique grec puis professeur de rhétorique,

Contre Timarque, " 139 : l'amant doit se contrôler tant que le garçon est incapable de discernement "

Elle était explicitement rejetée par Platon (Symposium, 181 d-e), ce qui passe trop souvent inaperçu : le convive Pausanias reprochait à ceux qui aiment les impubères de surprendre leur jeunesse et de profiter de leur crédulité pour les duper avant de les abandonner ; et il estimait que la loi aurait dû interdire les relations avec les garçons trop jeunes. Si l'interdiction semble conçue plutôt dans l'intérêt de l'amant que dans celui de l'enfant, il reste la notion de duperie dans le cas de l'enfant.

Dans les Lois (II, 653 b-c), Platon réaffirma l'incapacité morale de l'enfant dans les relations amoureuses. Le philosophe Aristoxène de Tarente pensait que l’apprentissage tardif de la sexualité était préférable, qu’il fallait empêcher l’enfant de chercher à avoir des relations sexuelles, et même de savoir ce dont il s’agit, avant l’âge de vingt ans (Stobée, Florilège, IV, xxxvii, 4). 

   Michel Onfray fit donc erreur, dans son Antimanuel de philosophie (Rosny : Bréal, 2001) en affirmant :
« Un pédophile, dans la Grèce de Platon, n'est pas condamné ou condamnable » (page 134) ou « À l'ère atomique, Socrate croupirait en prison. » (page 135). 
   Dans ses deux premières brochures (1864) le magistrat allemand Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), grand défenseur des homosexuels et promoteur du concept de "troisième sexe", précisait que le pais [garçon] grec n'était pas un impubère, ce qui fut confirmé depuis par plusieurs hellénistes chevronnés (H. I. Marrou, K. J. Dover, Félix Buffière, Bernard Sergent) : son âge allait de 12-15 ans à 20-21 ans.


   Montaigne déplorait le non-respect de "l'âge de choix et de connaissance" en amour (Essais, III, v, page 868, et III, xiii, page 1087 de l’édition P. Villey/PUF/Quadrige), ce qui correspond exactement au "consentement avec discernement" que l'on exige aujourd'hui ; il ajoutait :
" l'amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison qu'en l'âge voisin de l'enfance " (III, v, page 895 de l'édition Villey/Saulnier),

mais l'âge voisin de l'enfance, ce n'est pas l'enfance ; distinction reprise par Tolstoï dans




Enfance, adolescence et jeunesse ; Montaigne esquissait la description d’une véritable liberté sexuelle en écrivant « qu'on aime un corps sans âme ou sans sentiment quand on aime un corps sans son consentement et sans son désir. » (III, v, page 882). Des mots qu'on n'a hélas plus guère l'habitude d'entendre ... Le marxisme vulgaire et la sociologie aidant, les « pratiques sexuelles » ont remplacé l’amour. 


   Marc-André Raffalovich (1864-1934), que l'on considère parfois comme un pionnier du militantisme homosexuel français, écrivait en 1896 que personne n'avait le droit de "rendre plus courte ou moins complète la précieuse durée de l'enfance impubère [...] il est sot, il est inique à la minorité de se croire tout permis parce que rien ne lui est accordé" (Uranisme et unisexualité, 1896, page 12). 


1. Je remercie vivement François Miclo d'avoir déniché cet entretien (Causeur.fr, 26 avril 2010). J'ai connu Jean Le Bitoux à la fin des années 1970 à Paris ; il y avait alors trois Groupes de libération homosexuelle (GLH), dont un, le GLH-PQ (politique et quotidien) était de tendance trotskyste et animé par Le Bitoux et Gérard Poncin.

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jeudi 17 mars 2016

NOTES (§§ 1-5) CONTRE LA PÉDOPHILIE ET SUR LES SEUILS DE CONSENTEMENT


N.B. Au départ, je n'avais pas de compétence particulière ni d'intérêt à traiter ce sujet ; à la fin des années 1970 j'ai été amené à rencontrer à Paris un groupe de pédophiles et à discuter avec eux. Cet article est le fruit de ma réflexion et de mon travail de documentation, et il récuse l'argumentation en faveur de la pédophilie.


   La pédophilie, parfois illustrée (déjà la confusion) par le mythe pédérastique grec de l'enlèvement de Ganymède par Jupiter, fut définie lors d'un colloque de l'UNESCO à Paris en janvier 1999 comme relation sexuelle avec un enfant de moins de 13 ans ; précision utile car le mineur civil est souvent confondu avec cet enfant de moins de 13 ans.

"Pour les Nations Unies, pour l'Union africaine et pour d'autres instituions mondiales, un enfant est une personne de moins de 18 ans. Pourtant, en France, certains ne cessent de lutter pour faire descendre l'âge du consentement aux relations sexuelles (définies par l'association d'un contact et d'un orgasme), aujourd'hui fixé à 15 ans (sauf pour les personne ayant autorité [18 ans])" (Stéphane Joulain, "La pédophilie dans l'Église catholique : un point de vue interne", Esprit, n°° 378, octobre 2011, pages 28-39. Pour cet auteur, "la dérive autoritaire est une des plus fréquentes de toutes les dérives qui atteignent les prêtres".


   Selon cette définition de l'UNESCO, la différence d'âge avec le partenaire doit être supérieure à 5 ans (p supérieur ou égal à e + 5) ; ainsi, une relation 11-15 ne sera pas considérée comme de la pédophilie. J'adopte cette définition qui semble raisonnable. À 13 ans et demi, demandera-t-on, on est où ? L'ennui de ces limites d'âge est évidemment qu'elles supposent que tous les êtres sont construits sur le même modèle, alors que le temps des maturités physique et psychologique est différent des uns aux autres. La définition de l'Unesco est particulièrement intéressante pour des Français car elle correspond à ce que dictait la législation de toute la IIIe République ; cependant, à ce critère d'âge d'état-civil, j'adjoins, comme je l'expose plus loin, celui de l'âge de choix et de connaissance, pour reprendre la belle expression de Montaigne.


§ 1 - Distinguer entre pédophilie et ce qu'André Gide appelait pédérastie, ce que faisait notamment le Dr Marcel Eck, psychiatre catholique parisien :
« Au point de vue psychanalytique, il existe une différence considérable entre le pédophile qui cherche des aventures avec les jeunes impubères et l'homosexuel qui pratique son homosexualité avec des adolescents déjà pubères, même plus que pubères » ("L'homosexualité", exposé aux Journées nationales de l'U.N.A.P.E.L., 7 et 8 juin 1975). 
   Dans ce sens, ni André Gide, ni Roger Peyrefitte ou Daniel Guérin n'étaient des pédophiles (pour Henri de Montherlant et Gabriel Matzneff, c’est moins sûr), bien que la presse d'aujourd'hui les rangent parfois dans cette catégorie ; André Gide ne protesta jamais contre le seuil de 13 ans révolus, en vigueur à son époque ; son travail pour Corydon, effectué entre 1909 et 1918, montre même qu’il hésitait entre les deux limites à poser de 13 ou 15 ans, alors que le seuil en vigueur était de 13 ans.

  Le sexologue allemand Magnus Hirschfeld (1868-1935) opposait aux gérontophiles les pédophiles « qui recherchent les enfants non pubères » (Anomalies et perversions sexuelles, 1957). La définition de l’Association des psychiatres américains retenait le rapport sexuel avec un enfant âgé de treize ans au plus (DSM IV, publié en 1994). Selon une étude de Catherine Montiel et Renaud Fillieule (cf "La pédophilie", Synthèse, n°3, juin 1997, et La Pédophilie, IHESI, 1997), « il s’avère nécessaire de retenir la définition psychiatrique : la pédophilie est [...] une attirance sexuelle pour les enfants pré-pubères. Elle ne concerne pas les atteintes sexuelles sur les jeunes adolescents pubères, et il faut également la distinguer de l’inceste qui se limite strictement au cadre familial. »

   Il conviendrait donc d'en finir avec la confusion médiatique entre impubères et pubères, confusion présente dans cette dépêche de l’A.F.P. de Pierre Célérier en date du 27 mars 2001 :

« la loi [en Russie] garantit l’impunité aux responsables d’actes de pédophilie sur des enfants de 14 ans ou plus ». Selon une information en provenance directe de Moscou (janvier 2005), la police moscovite arrête les proxénètes prostituant des mineurs. Comme quoi la législation russe sait distinguer entre liberté sexuelle et exploitation de l’enfance ou de l’adolescence, ce que ne sait pas encore faire la grande presse française. Confusion apparemment encore à l'œuvre dans la récente (30 mai 2011) mise en cause publique d'un ancien ministre par un autre ancien ministre, Luc Ferry.

Confusion qu'entretenait en 1997 l'écrivain Renaud Camus, dans ses réponses à L’Infini :
2) Qu’appelle-t-on un enfant, aujourd’hui ? Qu’appelle-t-on un pédophile ?
« — Mettons qu’on appelle enfant un être humain de moins de quinze ans, ou de quatorze ans : ce me semble une constatation à peu près objective de l’usage courant, indépendamment de l’étymologie. Et cet usage courant ne me paraît pas poser de problème particulier.
Indigence intellectuelle ou hypocrisie, ce refus de considérer la question d'un seuil d'âge de choix et de connaissance laisse pantois. Voir le § 11 / b) pour les justifications camusiennes de la pédophilie (bien que non pédophile lui-même, tout comme Dany Cohn-Bendit)


§ 2 – Au début du XIXe siècle, pédophilie signifiait "amour des enfants", sans implication sexuelle, comme en témoigne le dictionnaire Littré. L’expression "pédophilie érotique", traduite de l’allemand, fut proposée en 1906 par le Dr Auguste Forel. Par la suite, on abrégea en pédophilie, et le pédophile devint, sans doute à tort car bien minoritaire, un des types homosexuels, la pédophilie homosexuelle masculine apparaissant parfois prépondérante, les homosexuels masculins pouvant sembler sur-représentés dans les affaires de pédophilie. Selon l'inventaire du Dr Charles Perrier, un tiers des victimes de moins de treize ans d'attentats à la pudeur étaient des garçons (Les Criminels, 1900). Selon le Dr Marcel Eck, la pédophilie "est habituellement homosexuelle, mais pas toujours" (son article cité au § 1). D'après Frank M. Du Mas, il y aurait quatre à cinq fois plus de pédophiles parmi les homosexuels que parmi les hétérosexuels (Gay is not good, Nashville : T. Nelson, 1979).


§ 3- À la fin des années 1970, une commission d'experts gouvernementaux des pays du Conseil de l'Europe étudiait la possibilité de réduire les peines appliquées aux infractions relatives aux seuils de consentement, donc aux infractions commises par les pédophiles et une partie des pédérastes. Cette volonté d'harmonisation des Codes pénaux européens allait à l'encontre de considérations climatiques anciennes reprises par le juriste René Garraud (1849-1930) :
« Le développement physique et moral de l'enfant variant suivant les races et les climats, nous devons trouver, dans chaque pays, une présomption [de consentement] différente ». 
Le rapporteur conclut à la nécessité de réprimer ce qui correspond à peu près à la pédophilie, de fixer un âge précis, et proposait quatorze ans, soit cet ancien seuil romain repris par le droit canon. Voir Rapport de M. H. Horstkotte, L'Âge et les conditions du consentement dans le domaine sexuel, volume XXI des Études relatives à la recherche criminologique, Strasbourg : Conseil de l'Europe, 1984, pages 186, 215, 220, 222.

* * * * *

La loi 80-1041 du 23 décembre 1980 remplaça le crime d'attentat à la pudeur sans violence sur mineur de moins de quinze ans par un simple délit, punissable d'une peine de 3 à 5 ans d'emprisonnement et d’une amende de 6 000 F à 60 000 F ou de l’une de ces deux peines seulement ; il n'y eut, lors des débats, que les parlementaires communistes pour s'opposer à cette indulgence. Le Nouveau Code pénal en vigueur depuis 1993 réduisit encore, à 2 ans d'emprisonnement et 200 000 F d’amende (ancien article 227-25), la peine encourue pour une telle relation sexuelle. Cette évolution put légitimement inspirer la théorie de la "société complice", déclaration de l'archevêque de Rennes Jacques Jullien (1929-2012) à Ouest-France, 8 août 1997. Mais que dire de l'Église elle-même, l'actualité en est pleine, avant et depuis le curieux comportement des évêques Jacques Gaillot et Pierre Pican dans l’affaire Vadeboncœur ?


La loi 98-468 du 17 juin 1998, dite loi [Ségolène] Royal, a renversé la tendance, en montant la peine, pour un majeur, à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (article 227-25 nouveau) ; des parlementaires proposèrent, sans succès, d’y ajouter l’imprescriptibilité.


§ 4 - L'enfant (mineur de moins de 15 ans) reste donc moins bien protégé qu’avant 1980 pour les atteintes non violentes dans lesquelles son consentement éclairé n'est jamais présumé ; en revanche la répression du viol sur mineur de moins de quinze ans et des agressions sexuelles a été renforcée.

  Par ailleurs l'adolescent est davantage contrôlé : un seuil de 18 ans (au lieu de 15 ans) est applicable depuis la loi 80-1041 du 23 décembre 1980 à l'entourage, familial ou éducatif ; cette disposition a pour origine un amendement du sénateur socialiste Edgar Tailhades (article 331-1 de l'ancien Code pénal) et constitue aujourd'hui l'article 227-27 du Nouveau Code pénal de 1993 (2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende) ; elle n'a rien à voir avec la répression de la pédophilie et se rapprocherait plutôt de la lutte contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail ...
 
Dans une affaire aussi triste que celle du professeur Gabrielle Russier, cet article 227-27 offrirait un deuxième chef d'inculpation ; à l'époque, la malheureuse n'avait été poursuivie que pour détournement de mineur (article 356 de l'ancien Code), c'est-à-dire non pour une infraction à caractère sexuel, mais pour avoir fait quitter à ce mineur le domicile parental. L'Allemagne possède une disposition analogue à l'article 227-27 (article 174).


§ 5 - La tolérance de la pédophilie attribuée à l'Ancien Régime français n'a jamais existé ailleurs que dans l'imagination de l’historien Philippe Ariès (1914-1984) auteur de L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (Paris : Plon, 1960). La pédophilie choquait, comme le montrent de très nombreux témoignages littéraires, historiques et judiciaires (certains sont cités dans la dernière partie de cette étude). Selon le juge Horstkotte :
« La thèse suivant laquelle les infractions sexuelles contre les mineurs sont des attaques contre une victime considérée individuellement, sa liberté et son intégrité, n'est pas une idée moderne, mais une idée profondément enracinée dans l'histoire du droit. » 
Cette belle mise au point souffre cependant de l'ambiguïté du terme de mineur : moins de 25 ans sous l'Ancien Régime ! Mais elle devient exacte si l'on remplace "mineurs" par "enfants". Contrairement à ce que Monseigneur Yves Patenôtre put déclarer à la télévision, à toutes les époques on avait clairement identifié la pédophilie et on en avait parlé, comme le montrent les nombreuses références que je donne dans la partie historique de ces Notes.

   Dans un entretien avec Michel Onfray (Philosophie Magazine, avril 2007) le candidat Nicolas Sarkozy assurait " incliner (...) à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions pas gérer cette pathologie ". Au micro de R.T.L., Monseigneur André Vingt-Trois, archevêque de Paris, s'éleva début avril 2007 contre toute tentation d'eugénisme : « Surtout, ce que me paraît plus grave, c'est l'idée qu'on ne peut pas changer le cours du destin. C'est vrai quand on prend la perspective génétique, mais c'est aussi vrai quand on prend la perspective sociologique. Parce que dire que quelqu'un est pré-déterminé par la famille qui l'a entouré, par les conditions dans lesquelles il a vécu, ça veut dire que l'homme est conditionné absolument. »



SUITE §§ 6-11