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jeudi 7 avril 2016

NOTES (§§ 18-22) HISTORIQUES CONTRE LA PÉDOPHILIE


RETOUR


          CHRONOLOGIE SOMMAIRE

§ 18 a) - En 1536, le prêtre Benoît Gréalou, "convaincu d'avoir commis le péché sodomite avec trois ou quatre jeunes enfants ses disciples", fut brûlé vif à Cahors (Archives départementales du Lot, F 179).

- Le musicien et maître de chapelle Richard Renvoisy fut condamné à mort en 1586 et exécuté à Dijon pour relation coupable avec un de ses enfants de chœur.

- Brantôme rapporta un cas d'exécution capitale d'un homme coupable d'avoir engrossé une fille de neuf ans (Les Dames galantes), et précisa que l'âge de maturité pouvait être à l'époque de douze ou treize ans.

- Jean Imbert Brunet, prêtre du lieu d'Ollioules [Var actuel], prévenu de « sodomie abominable commise à la personne de Gabriel Maistral âgé de cinq ans », fut condamné en 1599 par la justice ecclésiastique à la réclusion dans un monastère ; puis, réclamé par la justice civile qui fait prévaloir sa compétence sur celle de l'Official [juge ecclésiastique], il fut condamné à mort, à être brûlé, en avril 1601 ; peine exécutée, malgré les efforts de l'archevêque d'Aix-en-Provence pour le sauver en refusant de le dégrader avant l'exécution (mss 1787, consulté, fonds Peiresc, de la Bibliothèque Inguibertine de Carpentras)..


- Dans ses Mémoires-Journaux, Pierre de L'Estoile cita le cas d'un vicaire du quartier parisien de Vaugirard accusé d'avoir violé une fille de neuf ans, et qui, sachant que le prince de Conti voulait le faire arrêter, alla se constituer prisonnier à l'Évéché (Édition Lemerre, 1879, tome VII, page 324) ; autre scandale, un moine de l'ordre des Carmes, le père Camus, accusé de sodomie avec un novice "âgé seulement de quinze à seize ans" (id., ibid.). En août 1608, un prêtre de St Honoré, « dans l’église même, bougeronne un jeune garçon » (id., tome IX, page 122)


§ 18 b) Pierre Jarrige : Les Jésuites mis sur l'échafaud pour plusieurs crimes capitaux par eux commis dans la province de Guyenne. Avec la réponse aux calomnies de Jacques Beaufés, jésuite, Leide 1649.

Chapitre V " Les impudicités des jésuites dans leurs classes" : pages 42-45.

Les mollesses , les attouchements sensuels, les pollutions, et les ordures sont si communes à leurs jeunes gens, qu'ils en laissent les marques et les vestiges partout avec tant d'horreur, que leur lascivité n'est pas imaginable. il s'est trouvé des régents parmi eux, qui n'ont pas fait difficulté de se faire toucher déshonnêtement à leurs écoliers, pour se faire exciter à cette abominable infamie, jusque-là que quelques uns de ces enfants s'étant faits dû depuis de leur société ont accusé ces vilains à leur maître de novices. Mon encre rougit écrivant ces saletés. Le collège de Limoges ne peut nier qu'un de ses régents nommé Sanguinière n'ait appelé plusieurs fois un beau garçon les dimanches et jours de congé, sous prétexte de lui corriger ses compositions, ne l'ait entretenu de discours amoureux, et se soit fait toucher avec tant de passion, que l'habitude au mal depuis l'aveugla, et le porta même à le faire venir dans sa grande chaire, ut intermanus illuis se pollueret, pendant que ses disciples étaient attentifs à composer dans la classe. J'ai surpris moi-même, étant préfet dans le collège d'Agen, le maître de la quatrième, nommé François Mingeloussaux baisant ardemment, et serrant entre ses genoux et ses bras un petit gentilhomme de ses écoliers ; l'enfant qui était innocent s'estimait bien chéri ; mais si son père, l'un des plus généreux de ce pays, avait appris ces infamies, quelque crédit que les jésuites aient, il lui eût coupé les oreilles. Si j'avais à nommer les autres qui dans leur régence tombent et sont tombés dans cette infirmité, je m'arrêterais premièrement dans le collège de Bordeaux, puis parcourrais les autres l'un après l'autre, et finissant par celui de Fontenay, je devrais voir que dans chacun est arrivé quelque saleté de telle nature. Ils ne peuvent tenir les mains sans toucher, ni la bouche sans baiser, et cette parole est ordinaire dans l'entretien des écoliers les plus clairvoyants, un N.N. (*) est la Demoiselle de notre Régent. Ces horribles sodomies que quelques uns de leurs régents exercent ne se rencontrent pas seulement dans les grandes académies où ils ont à choisir; mais elles règnent encore dans les plus petits collèges et résidences, tant aujourd'hui le mal est général dans cette société. Deux écoliers de la petite ville de Saint Macaire se sont plaints à leurs parents, et les parents au supérieur du lieu, qu'un certain Gervaise leur maître les avaient forcés, et marquaient si distinctement le lieu, la façon, les circonstances, qu'il fut aisé de convaincre ce gomorréen et ce sodomite. Christophe Penaud son préfet est un témoin irréprochable de cette conviction puisqu'il eut la commission du recteur de Bordeaux d'en faire de véritables et secrètes informations. Il y a des seigneurs d'éminente condition dans la ville de Bordeaux qui savent que Léonard Alemay les a fait déchausser, non pour autre fin que pour contempler leur nudité. Les fesser de la main par délices est un passe-temps à ces infâmes, que Dieu brûlera de son feu s'ils ne se retirent d'un péché qui couvre de honte et de confusion la nature.
*. Nomen nescio, abrégé en N.N., est une expression utilisée pour parler d'une personne anonyme ou non définie.

Réponse aux calomnies....
Toute la province sait que du temps du provincial Malescot , le général de l'ordre Mutius Vitelleschi avait écrit de n'attendre plus et de le renvoyer, puisqu'il était incorrigible ; le principal crime dont il était chargé était qu'il avait touché déshonnêtement quelques petits écoliers d'une rare beauté, et même dans la maison une nuit il s'était levé de son lit pour aller coucher avec un certain jeune philosophe mon condisciple, nommé Martial Lamy religieux jésuite.


§ 19 - Tallemant des Réaux fit apparaître dans ses magnifiques Historiettes qu'au XVIIe siècle un garçon de 15 ans pouvait encore être considéré comme innocent ; il notait d'une fille que "dès treize ans, elle fut débauchée" (collection "Bibliothèque de la Pléiade", Paris : Gallimard, 1961 : tome I, page 418 ; tome II, page 273).

- Le diplomate allemand Ézéchiel Spanheim, évoquant la séduction dont fut l'objet, en 1682, un fils naturel de Louis XIV âgé de quatorze ans, mentionnait " le vilain commerce entre de jeunes seigneurs de la Cour, où, sortant à peine de l'enfance (souligné par moi), on trouva qu'il avait été entraîné, et dont il fut châtié sévèrement par ordre du Roi son père" (Relation de la Cour de France en 1690, édition Renouard, 1682, page 101).

- Dans une lettre du 3 décembre 1705, Madame, belle-sœur de Louis XIV, stigmatisait les mœurs  de la Cour de France et exposait une typologie précise des anomalies sexuelles où figurait notamment l'attrait pour les enfants de dix, onze ans (Briefe, 1676-1706, 1867).

- Le 18 novembre 1725, l'abbé Gillot déclara au Lieutenant de Police de Paris : "c'est le sieur Milly, supérieur des clercs de la paroisse St Eustache, qui [m]'a séduit dès l'âge de 14 ans en me faisant des attouchements". (Archives de la Bastille, Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, manuscrit 10256).

- En 1731, l'avocat Mathieu Marais et le magistrat Jean Bouhier s'échangèrent des informations sur l'affaire de Bordeaux, envers de celle du Père Girard à Aix, et à la suite de laquelle MM. du Parlement auraient retiré leurs enfants du collège des jésuites.

- Une archive de la police parisienne, (6 octobre 1743), mentionna un écrivain de 60 ans qui avait violé une petite fille de 4 ans : "Je l'ai envoyé en prison et vais prendre des mesures pour lui faire faire son procès à la requête du procureur du Roi s'il est possible. J'ai cru devoir donner cette satisfaction à son quartier, qui dans le moment qu'on l'a arrêté s'est mis à crier qu'il fallait le mener à la Grève [lieu d’exécution des peines capitales]." (Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, manuscrit 719, réserve 21, folio 233, verso).

- En 1750, Charles Collé, secrétaire du duc d'Orléans, nota au sujet d'une maquerelle fustigée, une certaine dame Moyon : "Son crime était d'avoir débauché de petites filles de 9 ou 10 ans et de les avoir prostituées. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a pas été condamnée à la mort ; les lois infligent la peine capitale dans les cas de rapt, même le rapt de séduction ; le crime de la Moyon me paraît plus grand." (Journal et Mémoires, édition 1868, tome I, page 200).

- En 1764, critique anglaise de l’article de Voltaire : “Our courts of justice are sufficiently convinced, by hateful experience, that, if very young persons are ever made accessory to this horrid species of guilt, the principal, the seducer, is ever some hypocritical monster, old enough to be hackneyed in the ways of vice and iniquity.” (Monthly Review, volume 31)

« Est-il vrai que le jésuite qui avait enfondré (1) le cul du prince de Guéménée (2) est mort ? Ne s’appelait-il pas Marsy (3) ? On dit d’ailleurs [par ailleurs] que c’était un garçon de mérite. »
Voltaire, lettre à D’Alembert, 16 mars 1765.
1. Selon Alfred Delvau, « Effondrer = Enfoncer, dans l’argot des voyous. » (Dictionnaire de la langue verte).
2. Henri Louis Marie, prince de Rohan.
3. François Marie de Marsy, 1714 / 16 décembre 1763. 


- En 1771, Thévenau de Morande signala dans son Philosophe cynique que l’abbé Grizel « a été accusé par le sacristain de sa paroisse d’embrasser les petits enfants qu’il confesse pour leur pénitence ».

   L'Ancien Régime n'était donc pas aussi laxiste que les travaux superficiels de l'ancien élève des Jésuites Philippe Ariès  (1914-1984) avaient pu le laisser envisager (sur le seul cas de Louis XIII enfant), même si certains poissons arrivaient à passer au travers des mailles du filet et si l'application des lois était moins rigoureuse sous le tandem Louis XV - Pompadour. Je regrette de ne pas avoir pu prendre connaissance de la communication "Le mythe de l'adolescence" que Philippe Ariès annonça pour le congrès homosexuel de 1955 à Paris, congrès organisé, puis annulé  en dernière minute, par la revue mensuelle Arcadie.


§ 20 a) - Pour la période révolutionnaire, on lit dans un rapport de police du 19 octobre 1793 : "Le jardin de la Révolution, les galeries surtout proches le théâtre de la Montansier, sont remplies de jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, depuis l'âge de sept ans jusqu'à quatorze et quinze, qui se livrent presque publiquement aux polissonneries et aux excès de la débauche la plus imfâme ; ils sont presque nus comme la main, et offrent aux passants le plus avilissant spectacle" (Cité par Charles-Aimé Dauban, La Démagogie à Paris en 1793, Plon, 1867, page 471).

- Le 24 mai 1798, le commissaire Picquenard écrivit au président du Directoire exécutif : "On vient d'amener, au bureau central, plusieurs enfants de sexe masculin, dont le plus âgé avait à peine six ans, tous infectés du virus vénérien. Ces petits malheureux, dont on ne peut entendre les propos sans frémir d'horreur, sont amenés au Palais-Royal par leur mère pour servir d'instrument à la plus infâme comme à la plus horrible débauche. Les leçons de l'exécrable roman de Justine sont mises en pratique avec une audace qui n'eut jamais d'exemple." (BnF, manuscrit français, N.A. [Nouvelles acquisitions] 3533, folios 351-352). Le roman de Sade Justine ou les Malheurs de la vertu avait été publié l'année précédente.

§ 20 b) Le XIXe siècle n'était pas mieux disposé.

- " Lorsque le Père Contrafatto, prêtre italien officiant à Paris, est accusé, en 1826, de violence sexuelle sur une enfant de 5 ans, son long procès révèle d’abord l’incompréhension des juges. Comment un homme aussi discret, aux mains aussi blanches, à l’apparence aussi raisonnable, peut-il se livrer à des actes aussi abjects  ? Comment son apparente normalité peut-elle recéler sa redoutable duplicité  ? Contrafatto, condamné, sera d’ailleurs rapidement libéré, protégé par l’Eglise autant que par le pouvoir d’une Restauration craignant les effets politiques de la querelle religieuse. "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1847, le ministre de la Justice, Nicolas Martin du Nord, se suicida après la révélation par la presse de son intérêt pour les petites filles de dix à douze ans (cf Proudhon, Carnets, n° 8, et K. H. Ulrichs, Vindicta, page 32).

- En 1856, Alexis Dupont, ancien ténor à l'Académie Royale de Musique, se suicida en prison après avoir été arrêté, avec deux complices, pour attentat à la pudeur sur enfants des deux sexes au-dessous de huit ans (cf Maxime Du Camp, lettre à Gustave Flaubert, 30 août 1856, et Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III, à la date du 7 septembre 1856).

- Le Journal de Rouen révélait le mercredi 11 septembre 1861, en page 3, une affaire impliquant un certain Philémon Delaurier, 22 ans, en religion Frère Catulle, et vingt-cinq enfants de six à dix ans de la maison des Frères de la Doctrine chrétienne à Saintes. Le frère Catulle fut condamné par la Cour d'assises aux travaux forcés à perpétuité.

- Entre 1837 et 1862, le curé Charles-Eugène Pelletier commit de nombreux attentats à la pudeur sur de jeunes garçons ; condamné par contumace en 1838, il fut signalé, parfois sous un faux nom, à Paris et en province, et même une fois en Belgique, avant d'être arrêté, puis condamné en mai 1863 aux travaux forcés à perpétuité (cf Le Siècle, 4 juin 1863).

 - " En 1865 un frère des écoles chrétiennes de Versailles est accusé d’attentats à la pudeur sur 87 enfants, provoquant la colère et le désarroi des parents, leur vindicte aussi, certains proposant même de «  brûler et saccager la maison des frères  ». "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1868, fut publié l'ouvrage d'E. Alexis, Les Immoralités des prêtres catholiques ; l'auteur proposait la solution radicale de la castration des prêtres.

- En 187., scandale du vicaire de Villiers-le-Bel (Val d’Oise). « Sous prétexte de continuer leur instruction religieuse, il emmena un jeudi sept ou huit de ces garçonnets dans la forêt d’Ermenonville, et là, dans un fourré, il se déshabilla, se mit complètement nu, et entourant son corps de petites branches et de tiges de lierre arrachées aux arbres du fourré, il prit devant ces enfants des poses de faune au bois et les excita par des caresses – auxquelles quelques uns se prêtèrent. Au retour l’un d’eux, que ce spectacle avait révolté, en fit le récit au chef de l’institution, qui prévint immédiatement, non pas le parquet, de crainte d’un scandale qui portât préjudice à la maison, mais l’évêque de Versailles : celui-ci se contenta de changer le vicaire de commune. » (Léon Fiaux, La Police des mœurs en France, Paris : E. Dentu, 1888).

- En 1873, L. Baudier publie chez Millière Arlequin démocratique et on y trouve, pages 89-240, une partie intitulée "Sur les genoux de l'Église".

- Dans une lettre à Mme Brainne, Gustave Flaubert signalait que la maîtresse d'asile de Suresnes était en prison pour « corruption d'enfants au-dessous de dix ans », et ajoutait : « Pauvre humanité » (lettre du 15 mars 1877).

- « En 1885, dans la commune de Gleizé [Rhône], la plupart des enfants de l'école congréganiste furent souillés par un de leurs maîtres », écrivait le Dr Alexandre Lacassagne en 1886 (Article "Pédérastie", Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales, volume 22).

- Le Journal de Rouen du 29 octobre 1890, page 3, parlait d'une "scène épouvantable" avec un enfant de 12 ans dans l'affaire du journalier Léon-Honoré Duboc.


§ 20 c) Lyon, encore...

Le journaliste Luc Rosenzweig, aujourd'hui retraité du quotidien Le Monde, a donné un témoignage précieux sur les années 1950. Dans sa chronique " Pêle-Mêle " du quotidien Le Monde du 6 mars 2001, il interrogeait : 

« Pourquoi, vers le milieu du siècle dernier, a-t-on laissé "œuvrer" pendant plusieurs lustres, dans un prestigieux établissement public d'enseignement secondaire de Lyon, deux aumôniers catholiques, le Père A. et le Père G. dont les comportements nous semblent, aujourd'hui, sans équivoque ? »

Dans un e-mail, il me précisait : 
« Les aumôniers auxquels je faisais allusion étaient en fonction dans l'établissement que je fréquentais alors. Assistant, (à l'insu de mes parents, qui n'étaient pas catholiques) à des cours d'instruction religieuse en sixième, j'ai été alors intrigué, mais pas plus que ça, par les méthodes de ces deux abbés, qui prenaient les gamins sur les genoux pour leur caresser les cheveux, organisaient des séances de "confessions", à genoux sur un petit banc au fond de la classe, au cours desquelles ils faisaient raconter aux enfants leurs pratiques nocturnes avec force détails. En ce qui me concerne, les choses n'ont pas été plus loin, mais bien des années après, quelques anciens condisciples rencontrés par hasard m'ont confirmé que pour certains d'entre eux, notamment au cours des camps de scouts que l'un des aumôniers animait, on était allé bien plus avant dans des pratiques aujourd'hui qualifiées de pédophiles. Au milieu des années 60, ils ont, paraît-il, été discrètement mis à l'écart, sans que le scandale n'éclate publiquement...Tout cela, naturellement, demande à être vérifié, et fera peut-être l'objet d'une recherche que je mènerai […]. L'allusion faite dans ma chronique était, dans cette optique, destinée à déclencher des témoignages me permettant de l'amorcer. »


§ 21 a) : Jacques Gaillot, ancien évêque d´Évreux,

destitué par le Vatican en 1995 pour ses positions progressistes, avait reconnu, le 8 décembre 2000, qu´il était au courant du passé du père Denis Vadeboncœur, un prêtre québécois mis en examen et écroué, vendredi 1er décembre, pour viols sur mineur de moins de 15 ans et de plus de 15 ans par personne ayant autorité. Le père Vadeboncœur fut en effet été condamné en novembre 1985 à 20 mois de prison au Québec pour abus sexuels. En 1988, il avait été accueilli dans le diocèse d´Évreux et avait été nommé, par Mgr Gaillot, curé de la paroisse de Lieurey (Eure). Un jeune homme de 25 ans [en 2000] a porté plainte pour viols – des faits qui se seraient produits pendant cette période, avant et après 1990.

Dans un entretien (Paris-Normandie, 6 décembre 2000), l´ancien évêque d´Évreux avait pourtant affirmé qu´il ignorait « tout de la gravité des faits » qui avaient valu sa condamnation au père Vadeboncœur : « Je ne l´aurais pas accepté dans le diocèse si j´avais su qu´il avait été condamné pour pédophilie. » Jacques Gaillot précisait même qu´il avait reçu « une lettre d´accompagnement favorable » émanant des supérieurs du prêtre au Québec.

Ces dénégations ont suscité une polémique au Canada. La congrégation des religieux de Saint-Vincent-de-Paul, à laquelle appartient le prêtre, décida de rendre public, le 7 décembre 2000, l´échange de courriers qu´elle avait eu, en 1987 et 1988, avec l´évêché d´Évreux.

Dans une lettre en date du 13 octobre 1987, l´abbé Jean-Jacques Latour, secrétaire de Mgr Gaillot, demandait des « renseignements complémentaires » sur le père Vadeboncœur. Le provincial canadien des religieux de Saint-Vincent-de-Paul lui envoya un long courrier, daté du 29 octobre 1987. Les agissements et la condamnation du prêtre québécois y étaient longuement détaillés :

« Au tout début du mois de février 1985, le père Vadeboncœur a été arrêté à la suite d´une enquête policière. Il était alors accusé d´actes de grossière indécence et d´agression sexuelle à l´égard de quelques adolescents, âgés de 12 à 17 ans, et d´un acte de sodomie avec un de ceux-ci. » Le père Pierre Lévesque, signataire de la lettre, estimait qu´il n´est pas « déraisonnable d´entretenir certains doutes sur [la] capacité [du père Vadeboncœur] de ne pas récidiver ».

Dans un courrier du 24 février 1988, le secrétaire de Jacques Gaillot accusait réception de la lettre. Il expliquait, à propos du père Vadeboncœur : « Nous espérons comme vous que ce changement de climat permettra un nouveau départ, au service de l´Évangile. »
Revenant sur ses précédentes déclarations, Mgr Jacques Gaillot reconnaissait, vendredi 8 décembre [2000], dans un communiqué, qu´il avait été informé du passé du prêtre québécois : « Avant de décider de l´accueil de Denis Vadeboncœur à Évreux, j´ai reçu quelques informations fragmentaires et incomplètes sur la courte détention qu´il avait subie au Québec. (…) Ce n´est que plus tard que j´ai reçu des informations plus détaillées. Néanmoins, face à sa volonté de réinsertion et en l´absence de toute critique de ses paroissiens, je n´ai pas estimé devoir revenir sur cette décision d´accueil. »

Xavier Ternisien,  Mgr Gaillot connaissait le passé pédophile d'un prêtre québecois avant son arrivée dans son diocèse , in Le Mondedimanche 10 décembre 2000 - lundi 11 décembre 2000.

Contrairement à ce qui est reproché à l´évêque de Bayeux, Mgr Pierre Pican, mis en examen pour non-dénonciation de crime et d´atteinte sexuelle sur mineur (*), Mgr Gaillot ne semblait en effet pas au courant des [nouveaux] agissements reprochés au père Vadeboncœur à Lieurey [Eure]. Pour autant, l´attitude des évêques français suscite l´étonnement au Québec : « Comment a-t-on pu le nommer en paroisse ? s´interroge Jacques Côté, responsable de la communication de l´archevêché de Québec. Nous avons adopté chez nous le principe de la tolérance zéro : tout prêtre soupçonné de pédophilie est aussitôt signalé à la justice. »


* Déclaration de Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux-Lisieux

Après avoir pris le temps de réfléchir, j'ai décidé de ne pas faire appel de la décision du tribunal correctionnel de Caen, en date du 4 septembre 2001, qui m'a condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs.
Ce procès extrêmement complexe dépassait ma propre personne. Essayant de prendre de la distance par rapport à ce que j'éprouve, je constate qu'ont été réaffirmés des principes de première importance touchant le respect des personnes, à travers l'option de conscience et le secret professionnel des ministres du culte.
Le jugement comporte pourtant, il faut le regretter, une restriction du champ du secret professionnel qui ne laisse pas d'inquiéter. Une telle remise en cause -même partielle- de la jurisprudence admise et constamment réaffirmée jusqu'ici demanderait que je fasse appel.
Je ne saurais pourtant oublier l'épreuve subie par les victimes de l'abbé Bissey. Même si certains ne l'ont pas perçu, j'ai constamment été habité par l'ampleur de leur drame, et les souffrances qui se sont exprimées lors des procès m'ont marqué en profondeur. Aussi ai-je voulu manifester ma volonté d'apaisement à l'égard des parties civiles et ne pas raviver les blessures, au cours d'un nouveau procès qui se déroulerait devant la cour d'appel de Caen. J'ai aussi beaucoup pensé à mon diocèse, à l'Eglise, à toutes celles et ceux qui, de bien des manières, ont été affectés par cette situation.
C'est pourquoi, dans l'espoir de contribuer au retour de la paix dans les consciences et dans les esprits, j'ai décidé de ne pas faire appel.
A Bayeux, le 7 septembre 2001
+ Pierre PICAN
Évêque de Bayeux et Lisieux

* * * * *
" En 2003, la Conférence des évêques de France publie une brochure, largement diffusée, intitulée Lutter contre la pédophilie. L’injonction est claire  : «  Lorsque quelqu’un a connaissance d’un crime (…), qu’il soit prêtre, éducateur laïque ou membre de la famille de la victime, la dénonciation s’impose.  » Le code pénal [article 434-3] punit d’ailleurs de trois ans de prison la non-dénonciation de tels faits. "" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

§ 21 b) : L'affaire Barbarin

" Relativement épargnée, ces dernières années, par le scandale de la pédophilie, l’Église catholique en France est à la veille d’une grande tempête. En cause, l’un des plus puissants et médiatiques évêques de l’Hexagone, le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin.
« Dans les prochains jours, des plaintes vont être déposées contre lui pour non-dénonciation de faits de pédophilie », indique à Libération, François Devaux, le président de l’association La Parole libérée. Fondée en décembre dernier, elle regroupe les personnes qui auraient été victimes du père Bernard Preynat, un prêtre du diocèse de Lyon, mis en examen le 27 janvier pour « agressions sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans par personne ayant autorité ». " (Libération, 12 février 2016).

Le parquet de Lyon a ordonné une enquête préliminaire pour "non-dénonciation de crime" et "mise en danger de la vie d'autrui" en marge de l'affaire d'un prêtre, mis en examen pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.
L'enquête a été ouverte à la suite d'un signalement de victimes du religieux, mettant en cause plusieurs responsables du diocèse de Lyon, parmi lesquels le cardinal Philippe Barbarin qu'ils accusent de ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements passés de ce prêtre.
04/03/2016 18:39:01 - Lyon (AFP) - © 2016 AFP


" Le cardinal Barbarin, nommé archevêque de Lyon en 2002 affirma, globalement, ne pas avoir « couvert » d'actes pédophiles: « Je veux dire avec la plus grande force que jamais, jamais, jamais je n'ai couvert le moindre acte de pédophilie. »

Il rappela ensuite que la décision de remettre ce prêtre en service en 1991, après une suspension de six mois (suivant une dénonciation interne des parents d'enfants victimes), avait été prise par son «prédécesseur, le cardinal Decourtray», précisant que «jamais on n'aurait pris une telle décision aujourd'hui.»

Il indiqua, une fois au courant des faits, avoir demandé à ce prêtre une déposition «écrite» qu'il avait alors «transmise» à Rome, où on lui a conseillé d'écarter ce prêtre, même non visé à l'époque par des plaintes, ce qu'il a alors fait.

Il a reconnu avoir «confiance» en la parole de ce prêtre qui lui a garanti « n'avoir jamais recommencé » après 1991. Justifiant ainsi le fait qu'il l'avait maintenu en fonction malgré ce passé. " (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/03/15/01016-20160315ARTFIG00211-le-cardinal-barbarin-nie-avoir-couvert-des-faits-de-pedophilie.php)

Barbarin, 18 novembre 2016 :
" Je demande pardon devant Dieu et devant tout notre diocèse, de n’avoir pas pris les devants pour enquêter comme il aurait fallu dès qu’un premier témoignage m’était parvenu, pardon de ne pas avoir sanctionné immédiatement un prêtre pour ses actes anciens, très graves et clairement indignes de son ministère, pardon de mes erreurs de gouvernance qui ont occasionné un tel scandale. "
" En ce vendredi 18 novembre 2016, en la Primatiale Saint-Jean, le cardinal Barbarin a célébré une Messe de réparation à l’intention des victimes de pédophilie de la part des membres du clergé. Voici le texte intégral qu’il a prononcé au seuil de cette célébration. "
« En réparation de la profanation du corps vivant du Christ »

§ 22

Mgr Lalanne hésite à qualifier la pédophilie de « péché »

Interrogé, mardi [5 avril 2016] sur RCF, Mgr Stanislas Lalanne a soutenu que la pédophilie était « un mal » mais pas forcément « de l’ordre du péché », entraînant la condamnation du collectif de victimes La Parole libérée et l’incompréhension à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église.

Qu’a dit Mgr Lalanne ?

« La pédophilie est un mal. Est-ce que c’est de l’ordre du péché ? Ça, je ne saurai pas dire, c’est différent pour chaque personne. Mais c’est un mal et la première chose à faire, c’est de protéger les victimes ou les éventuelles victimes ». Ces mots, prononcés mardi 5 avril par Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, sur les ondes de RCF, ont soulevé très vite une polémique. D’autant que plusieurs auditeurs étaient revenus en direct sur ces propos pour les contester.

Dès le lendemain, la Parole libérée, le collectif qui rassemble les victimes du P. Preynat -ce prêtre de la banlieue lyonnaise auquel il est reproché d’avoir abusé une soixantaine de scouts dans les années 1980 – a fait part dans un communiqué de sa « très vive émotion ».

« Après le fameux’Grâce à Dieu ! Les faits sont prescrits !’ de Mgr Philippe Barbarin, les propos de Mgr Lalanne résonnent à nouveau de manière violente et dégradante pour les victimes d’actes de pédophilie », estime l’association, accusant l’Église de « maladresses et d’amateurisme » dans sa communication, empêchant de percevoir en elle « la référence morale (qu’elle) se doit d’incarner ». Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes, catholiques ou non, se sont émus et interrogés.
Les propos de Mgr Lalanne sont-ils justes sur un plan théologique ?

D’un point de vue théologique, les affirmations de Mgr Lalanne peuvent s’expliquer. « On considère qu’il y a péché lorsqu’il y a un acte moral responsable », souligne le P. Laurent Lemoine, dominicain et théologien moraliste, auteur de plusieurs documents sur la pédophilie. « Or, parmi les personnes coupables de faits de pédophilie, beaucoup sont de grands pervers ».

Pourtant, il semble aujourd’hui impossible, au vu du traumatisme collectif et de l’ampleur des dégâts causés, de s’en tenir à ces distinctions théologiques. « La pédophilie est un délit, et c’est même un crime. Or, quels crimes ne sont-ils pas des péchés  ? La question est complexe », avance le P. Lemoine, pour qui la réflexion du clergé sur la pédophilie doit absolument intégrer l’aspect civil de tels actes.

Aussi, des propos tels que ceux de l’évêque de Pontoise, s’ils ne sont pas absolument faux d’un point de vue formel, « ne sont plus audibles », assure le P. Lemoine, d’autant que la société a l’impression que la parole de l’Église est beaucoup plus claire en termes de bien et de mal sur d’autres sujets moraux.

Que répond Mgr Lalanne  ?

« Les faits de pédophilie sont une faute objective mais le péché est d’un autre ordre », se défend pour La Croix Mgr Lalanne, qui redit cependant « leur extrême gravité et la nécessité de sanctions ». « Pour les prêtres pédophiles, le chemin doit permettre de reconnaître le mal commis, de passer du déni à la reconnaissance de son acte comme un péché », convient-il.

Jean-Paul II lui-même, lorsque le scandale de la pédophilie avait explosé aux États-Unis au début des années 2000, avait qualifié les abus sexuels de « péché détestable aux yeux de Dieu ». Quelques années plus tard, Benoît XVI avait parlé de « péché grave », preuve qu’il est possible de qualifier clairement ces actes.

Pour le P. Lemoine, ce débat montre le flou qui plane encore sur la question. « Le Catéchisme de l’Église catholique se penche sur l’homosexualité mais ne dit rien de la pédophilie, pointe le dominicain, il serait peut-être temps de se mettre à la page ».
Marie Malzac

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Loiret : affaire de prêtres pédophiles signalée
Par Lefigaro.fr avec AFP
Publié le 18/04/2016


L'évêque d'Orléans, Mgr Jacques Blaquart, a retiré ses derniers ministères à un prêtre de la ville, mis en examen en 2012 pour des faits de nature pédophile après un signalement de l'Église, a-t-il révélé aujourd'hui lors d'une conférence de presse. Les faits remonteraient à 1993 et se seraient produits à l'occasion d'un camp du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) où officiait ce prêtre en tant qu'aumônier, dans le sud-ouest de la France, a précisé l'évêque, qui a agi après avoir été contacté par une victime en 2011.

"J'ai aussitôt saisi le procureur. L'enquête est en cours et aurait mis en évidence huit ou neuf cas d'attouchements sur mineurs, sur des victimes âgées d'une douzaine d'années", a ajouté Mgr Blaquart. Le procès de ce prêtre, aussi aumônier auprès des Scouts d'Europe, pourrait avoir lieu l'an prochain. Selon l'évêque, il a reconnu les faits.

Les prédécesseurs de Mgr Blaquart avaient eu connaissance de ses agissements et avaient pris "des mesures conservatoires" contre le prêtre, aujourd'hui âgé de 65 ans, pour éviter qu'il soit seul en contact avec des jeunes, mais ils n'avaient pas porté plainte, a-t-il ajouté. L'évêque a récemment supprimé les derniers ministères de ce prêtre. "J'aurais dû le faire plus tôt", a-t-il ajouté. Bien avant les mesures annoncées la semaine dernière par la Conférence des évêques de France, le diocèse d'Orléans, à la demande de l'évêque, a été le premier à mettre en place une cellule d'écoute pour les victimes de prêtres pédophiles.

Quatre appels ont été reçus au cours de la première année de fonctionnement, mais depuis un mois, le rythme s'est accéléré, avec 12 appels depuis mars. Quatre contacts concernent des faits anciens commis dans le Loiret par des prêtres décédés. Les autres appels concernent d'autres diocèses et les contacts ont été aussitôt transmis aux évêques concernés.

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NOTES (§§ 18-22) HISTORIQUES CONTRE LA PÉDOPHILIE


RETOUR


          CHRONOLOGIE SOMMAIRE

§ 18 - En 1536, le prêtre Benoît Gréalou, "convaincu d'avoir commis le péché sodomite avec trois ou quatre jeunes enfants ses disciples", fut brûlé vif à Cahors (Archives départementales du Lot, F 179).

- Le musicien et maître de chapelle Richard Renvoisy fut condamné à mort en 1586 et exécuté à Dijon pour relation coupable avec un de ses enfants de chœur.

- Brantôme rapporta un cas d'exécution capitale d'un homme coupable d'avoir engrossé une fille de neuf ans (Les Dames galantes), et précisa que l'âge de maturité pouvait être à l'époque de douze ou treize ans.

- Jean Imbert Brunet, prêtre du lieu d'Ollioules [Var actuel], prévenu de « sodomie abominable commise à la personne de Gabriel Maistral âgé de cinq ans », fut condamné en 1599 par la justice ecclésiastique à la réclusion dans un monastère ; puis, réclamé par la justice civile qui fait prévaloir sa compétence sur celle de l'Official [juge ecclésiastique], il fut condamné à mort, à être brûlé, en avril 1601 ; peine exécutée, malgré les efforts de l'archevêque d'Aix-en-Provence pour le sauver en refusant de le dégrader avant l'exécution (mss 1787, consulté, fonds Peiresc, de la Bibliothèque Inguibertine de Carpentras)..


- Dans ses Mémoires-Journaux, Pierre de L'Estoile cita le cas d'un vicaire du quartier parisien de Vaugirard accusé d'avoir violé une fille de neuf ans, et qui, sachant que le prince de Conti voulait le faire arrêter, alla se constituer prisonnier à l'Évéché (Édition Lemerre, 1879, tome VII, page 324) ; autre scandale, un moine de l'ordre des Carmes, le père Camus, accusé de sodomie avec un novice "âgé seulement de quinze à seize ans" (id., ibid.). En août 1608, un prêtre de St Honoré, « dans l’église même, bougeronne un jeune garçon » (id., tome IX, page 122)


Pierre Jarrige : Les Jésuites mis sur l'échafaud pour plusieurs crimes capitaux par eux commis dans la province de Guyenne. Avec la réponse aux calomnies de Jacques Beaufés, jésuite, Leide 1649.

Chapitre V " Les impudicités des jésuites dans leurs classes" : pages 42-45.

Les mollesses , les attouchements sensuels, les pollutions, et les ordures sont si communes à leurs jeunes gens, qu'ils en laissent les marques et les vestiges partout avec tant d'horreur, que leur lascivité n'est pas imaginable. il s'est trouvé des régents parmi eux, qui n'ont pas fait difficulté de se faire toucher déshonnêtement à leurs écoliers, pour se faire exciter à cette abominable infamie, jusque-là que quelques uns de ces enfants s'étant faits dû depuis de leur société ont accusé ces vilains à leur maître de novices. Mon encre rougit écrivant ces saletés. Le collège de Limoges ne peut nier qu'un de ses régents nommé Sanguinière n'ait appelé plusieurs fois un beau garçon les dimanches et jours de congé, sous prétexte de lui corriger ses compositions, ne l'ait entretenu de discours amoureux, et se soit fait toucher avec tant de passion, que l'habitude au mal depuis l'aveugla, et le porta même à le faire venir dans sa grande chaire, ut intermanus illuis se pollueret, pendant que ses disciples étaient attentifs à composer dans la classe. J'ai surpris moi-même, étant préfet dans le collège d'Agen, le maître de la quatrième, nommé François Mingeloussaux baisant ardemment, et serrant entre ses genoux et ses bras un petit gentilhomme de ses écoliers ; l'enfant qui était innocent s'estimait bien chéri ; mais si son père, l'un des plus généreux de ce pays, avait appris ces infamies, quelque crédit que les jésuites aient, il lui eût coupé les oreilles. Si j'avais à nommer les autres qui dans leur régence tombent et sont tombés dans cette infirmité, je m'arrêterais premièrement dans le collège de Bordeaux, puis parcourrais les autres l'un après l'autre, et finissant par celui de Fontenay, je devrais voir que dans chacun est arrivé quelque saleté de telle nature. Ils ne peuvent tenir les mains sans toucher, ni la bouche sans baiser, et cette parole est ordinaire dans l'entretien des écoliers les plus clairvoyants, un N.N. (*) est la Demoiselle de notre Régent. Ces horribles sodomies que quelques uns de leurs régents exercent ne se rencontrent pas seulement dans les grandes académies où ils ont à choisir; mais elles règnent encore dans les plus petits collèges et résidences, tant aujourd'hui le mal est général dans cette société. Deux écoliers de la petite ville de Saint Macaire se sont plaints à leurs parents, et les parents au supérieur du lieu, qu'un certain Gervaise leur maître les avaient forcés, et marquaient si distinctement le lieu, la façon, les circonstances, qu'il fut aisé de convaincre ce gomorréen et ce sodomite. Christophe Penaud son préfet est un témoin irréprochable de cette conviction puisqu'il eut la commission du recteur de Bordeaux d'en faire de véritables et secrètes informations. Il y a des seigneurs d'éminente condition dans la ville de Bordeaux qui savent que Léonard Alemay les a fait déchausser, non pour autre fin que pour contempler leur nudité. Les fesser de la main par délices est un passe-temps à ces infâmes, que Dieu brûlera de son feu s'ils ne se retirent d'un péché qui couvre de honte et de confusion la nature.
*. Nomen nescio, abrégé en N.N., est une expression utilisée pour parler d'une personne anonyme ou non définie.

Réponse aux calomnies....
Toute la province sait que du temps du provincial Malescot , le général de l'ordre Mutius Vitelleschi avait écrit de n'attendre plus et de le renvoyer, puisqu'il était incorrigible ; le principal crime dont il était chargé était qu'il avait touché déshonnêtement quelques petits écoliers d'une rare beauté, et même dans la maison une nuit il s'était levé de son lit pour aller coucher avec un certain jeune philosophe mon condisciple, nommé Martial Lamy religieux jésuite.


§ 19 - Tallemant des Réaux fit apparaître dans ses magnifiques Historiettes qu'au XVIIe siècle un garçon de 15 ans pouvait encore être considéré comme innocent ; il notait d'une fille que "dès treize ans, elle fut débauchée" (collection "Bibliothèque de la Pléiade", Paris : Gallimard, 1961 : tome I, page 418 ; tome II, page 273).

- Le diplomate allemand Ézéchiel Spanheim, évoquant la séduction dont fut l'objet, en 1682, un fils naturel de Louis XIV âgé de quatorze ans, mentionnait " le vilain commerce entre de jeunes seigneurs de la Cour, où, sortant à peine de l'enfance (souligné par moi), on trouva qu'il avait été entraîné, et dont il fut châtié sévèrement par ordre du Roi son père" (Relation de la Cour de France en 1690, édition Renouard, 1682, page 101).

- Dans une lettre du 3 décembre 1705, Madame, belle-sœur de Louis XIV, stigmatisait les mœurs  de la Cour de France et exposait une typologie précise des anomalies sexuelles où figurait notamment l'attrait pour les enfants de dix, onze ans (Briefe, 1676-1706, 1867).

- Le 18 novembre 1725, l'abbé Gillot déclara au Lieutenant de Police de Paris : "c'est le sieur Milly, supérieur des clercs de la paroisse St Eustache, qui [m]'a séduit dès l'âge de 14 ans en me faisant des attouchements". (Archives de la Bastille, Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, manuscrit 10256).

- En 1731, l'avocat Mathieu Marais et le magistrat Jean Bouhier s'échangèrent des informations sur l'affaire de Bordeaux, envers de celle du Père Girard à Aix, et à la suite de laquelle MM. du Parlement auraient retiré leurs enfants du collège des jésuites.

- Une archive de la police parisienne, (6 octobre 1743), mentionna un écrivain de 60 ans qui avait violé une petite fille de 4 ans : "Je l'ai envoyé en prison et vais prendre des mesures pour lui faire faire son procès à la requête du procureur du Roi s'il est possible. J'ai cru devoir donner cette satisfaction à son quartier, qui dans le moment qu'on l'a arrêté s'est mis à crier qu'il fallait le mener à la Grève [lieu d’exécution des peines capitales]." (Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, manuscrit 719, réserve 21, folio 233, verso).

- En 1750, Charles Collé, secrétaire du duc d'Orléans, nota au sujet d'une maquerelle fustigée, une certaine dame Moyon : "Son crime était d'avoir débauché de petites filles de 9 ou 10 ans et de les avoir prostituées. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a pas été condamnée à la mort ; les lois infligent la peine capitale dans les cas de rapt, même le rapt de séduction ; le crime de la Moyon me paraît plus grand." (Journal et Mémoires, édition 1868, tome I, page 200).

- En 1764, critique anglaise de l’article de Voltaire : “Our courts of justice are sufficiently convinced, by hateful experience, that, if very young persons are ever made accessory to this horrid species of guilt, the principal, the seducer, is ever some hypocritical monster, old enough to be hackneyed in the ways of vice and iniquity.” (Monthly Review, volume 31)

« Est-il vrai que le jésuite qui avait enfondré (1) le cul du prince de Guéménée (2) est mort ? Ne s’appelait-il pas Marsy (3) ? On dit d’ailleurs [par ailleurs] que c’était un garçon de mérite. »
Voltaire, lettre à D’Alembert, 16 mars 1765.
1. Selon Alfred Delvau, « Effondrer = Enfoncer, dans l’argot des voyous. » (Dictionnaire de la langue verte).
2. Henri Louis Marie, prince de Rohan.
3. François Marie de Marsy, 1714 / 16 décembre 1763. 


- En 1771, Thévenau de Morande signala dans son Philosophe cynique que l’abbé Grizel « a été accusé par le sacristain de sa paroisse d’embrasser les petits enfants qu’il confesse pour leur pénitence ».

   L'Ancien Régime n'était donc pas aussi laxiste que les travaux superficiels de l'ancien élève des Jésuites Philippe Ariès  (1914-1984) avaient pu le laisser envisager (sur le seul cas de Louis XIII enfant), même si certains poissons arrivaient à passer au travers des mailles du filet et si l'application des lois était moins rigoureuse sous le tandem Louis XV - Pompadour. Je regrette de ne pas avoir pu prendre connaissance de la communication "Le mythe de l'adolescence" que Philippe Ariès annonça pour le congrès homosexuel de 1955 à Paris, congrès organisé, puis annulé  en dernière minute, par la revue mensuelle Arcadie.


§ 20 - Pour la période révolutionnaire, on lit dans un rapport de police du 19 octobre 1793 : "Le jardin de la Révolution, les galeries surtout proches le théâtre de la Montansier, sont remplies de jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, depuis l'âge de sept ans jusqu'à quatorze et quinze, qui se livrent presque publiquement aux polissonneries et aux excès de la débauche la plus imfâme ; ils sont presque nus comme la main, et offrent aux passants le plus avilissant spectacle" (Cité par Charles-Aimé Dauban, La Démagogie à Paris en 1793, Plon, 1867, page 471).

- Le 24 mai 1798, le commissaire Picquenard écrivit au président du Directoire exécutif : "On vient d'amener, au bureau central, plusieurs enfants de sexe masculin, dont le plus âgé avait à peine six ans, tous infectés du virus vénérien. Ces petits malheureux, dont on ne peut entendre les propos sans frémir d'horreur, sont amenés au Palais-Royal par leur mère pour servir d'instrument à la plus infâme comme à la plus horrible débauche. Les leçons de l'exécrable roman de Justine sont mises en pratique avec une audace qui n'eut jamais d'exemple." (BnF, manuscrit français, N.A. [Nouvelles acquisitions] 3533, folios 351-352). Le roman de Sade Justine ou les Malheurs de la vertu avait été publié l'année précédente.

Le XIXe siècle n'était pas mieux disposé.

- " Lorsque le Père Contrafatto, prêtre italien officiant à Paris, est accusé, en 1826, de violence sexuelle sur une enfant de 5 ans, son long procès révèle d’abord l’incompréhension des juges. Comment un homme aussi discret, aux mains aussi blanches, à l’apparence aussi raisonnable, peut-il se livrer à des actes aussi abjects  ? Comment son apparente normalité peut-elle recéler sa redoutable duplicité  ? Contrafatto, condamné, sera d’ailleurs rapidement libéré, protégé par l’Eglise autant que par le pouvoir d’une Restauration craignant les effets politiques de la querelle religieuse. "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1847, le ministre de la Justice, Nicolas Martin du Nord, se suicida après la révélation par la presse de son intérêt pour les petites filles de dix à douze ans (cf Proudhon, Carnets, n° 8, et K. H. Ulrichs, Vindicta, page 32).

- En 1856, Alexis Dupont, ancien ténor à l'Académie Royale de Musique, se suicida en prison après avoir été arrêté, avec deux complices, pour attentat à la pudeur sur enfants des deux sexes au-dessous de huit ans (cf Maxime Du Camp, lettre à Gustave Flaubert, 30 août 1856, et Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III, à la date du 7 septembre 1856).

- Le Journal de Rouen révélait le mercredi 11 septembre 1861, en page 3, une affaire impliquant un certain Philémon Delaurier, 22 ans, en religion Frère Catulle, et vingt-cinq enfants de six à dix ans de la maison des Frères de la Doctrine chrétienne à Saintes. Le frère Catulle fut condamné par la Cour d'assises aux travaux forcés à perpétuité.

- Entre 1837 et 1862, le curé Charles-Eugène Pelletier commit de nombreux attentats à la pudeur sur de jeunes garçons ; condamné par contumace en 1838, il fut signalé, parfois sous un faux nom, à Paris et en province, et même une fois en Belgique, avant d'être arrêté, puis condamné en mai 1863 aux travaux forcés à perpétuité (cf Le Siècle, 4 juin 1863).

 - " En 1865 un frère des écoles chrétiennes de Versailles est accusé d’attentats à la pudeur sur 87 enfants, provoquant la colère et le désarroi des parents, leur vindicte aussi, certains proposant même de «  brûler et saccager la maison des frères  ». "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

- En 1868, fut publié l'ouvrage d'E. Alexis, Les Immoralités des prêtres catholiques ; l'auteur proposait la solution radicale de la castration des prêtres.

- En 187., scandale du vicaire de Villiers-le-Bel (Val d’Oise). « Sous prétexte de continuer leur instruction religieuse, il emmena un jeudi sept ou huit de ces garçonnets dans la forêt d’Ermenonville, et là, dans un fourré, il se déshabilla, se mit complètement nu, et entourant son corps de petites branches et de tiges de lierre arrachées aux arbres du fourré, il prit devant ces enfants des poses de faune au bois et les excita par des caresses – auxquelles quelques uns se prêtèrent. Au retour l’un d’eux, que ce spectacle avait révolté, en fit le récit au chef de l’institution, qui prévint immédiatement, non pas le parquet, de crainte d’un scandale qui portât préjudice à la maison, mais l’évêque de Versailles : celui-ci se contenta de changer le vicaire de commune. » (Léon Fiaux, La Police des mœurs en France, Paris : E. Dentu, 1888).

- En 1873, L. Baudier publie chez Millière Arlequin démocratique et on y trouve, pages 89-240, une partie intitulée "Sur les genoux de l'Église".

- Dans une lettre à Mme Brainne, Gustave Flaubert signalait que la maîtresse d'asile de Suresnes était en prison pour « corruption d'enfants au-dessous de dix ans », et ajoutait : « Pauvre humanité » (lettre du 15 mars 1877).

- « En 1885, dans la commune de Gleizé [Rhône], la plupart des enfants de l'école congréganiste furent souillés par un de leurs maîtres », écrivait le Dr Alexandre Lacassagne en 1886 (Article "Pédérastie", Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales, volume 22).

- Le Journal de Rouen du 29 octobre 1890, page 3, parlait d'une "scène épouvantable" avec un enfant de 12 ans dans l'affaire du journalier Léon-Honoré Duboc.

Le journaliste Luc Rosenzweig, aujourd'hui retraité du quotidien Le Monde, a donné un témoignage précieux sur les années 1950. Dans sa chronique " Pêle-Mêle " du quotidien Le Monde du 6 mars 2001, il interrogeait : 

« Pourquoi, vers le milieu du siècle dernier, a-t-on laissé "œuvrer" pendant plusieurs lustres, dans un prestigieux établissement public d'enseignement secondaire de Lyon, deux aumôniers catholiques, le Père A. et le Père G. dont les comportements nous semblent, aujourd'hui, sans équivoque ? »

Dans un e-mail, il me précisait : 
« Les aumôniers auxquels je faisais allusion étaient en fonction dans l'établissement que je fréquentais alors. Assistant, (à l'insu de mes parents, qui n'étaient pas catholiques) à des cours d'instruction religieuse en sixième, j'ai été alors intrigué, mais pas plus que ça, par les méthodes de ces deux abbés, qui prenaient les gamins sur les genoux pour leur caresser les cheveux, organisaient des séances de "confessions", à genoux sur un petit banc au fond de la classe, au cours desquelles ils faisaient raconter aux enfants leurs pratiques nocturnes avec force détails. En ce qui me concerne, les choses n'ont pas été plus loin, mais bien des années après, quelques anciens condisciples rencontrés par hasard m'ont confirmé que pour certains d'entre eux, notamment au cours des camps de scouts que l'un des aumôniers animait, on était allé bien plus avant dans des pratiques aujourd'hui qualifiées de pédophiles. Au milieu des années 60, ils ont, paraît-il, été discrètement mis à l'écart, sans que le scandale n'éclate publiquement...Tout cela, naturellement, demande à être vérifié, et fera peut-être l'objet d'une recherche que je mènerai […]. L'allusion faite dans ma chronique était, dans cette optique, destinée à déclencher des témoignages me permettant de l'amorcer. »


§ 21 : Jacques Gaillot, ancien évêque d´Évreux, destitué par le Vatican en 1995 pour ses positions progressistes, avait reconnu, le 8 décembre 2000, qu´il était au courant du passé du père Denis Vadeboncœur, un prêtre québécois mis en examen et écroué, vendredi 1er décembre, pour viols sur mineur de moins de 15 ans et de plus de 15 ans par personne ayant autorité. Le père Vadeboncœur fut en effet été condamné en novembre 1985 à 20 mois de prison au Québec pour abus sexuels. En 1988, il avait été accueilli dans le diocèse d´Évreux et avait été nommé, par Mgr Gaillot, curé de la paroisse de Lieurey (Eure). Un jeune homme de 25 ans [en 2000] a porté plainte pour viols – des faits qui se seraient produits pendant cette période, avant et après 1990.

Dans un entretien (Paris-Normandie, 6 décembre 2000), l´ancien évêque d´Évreux avait pourtant affirmé qu´il ignorait « tout de la gravité des faits » qui avaient valu sa condamnation au père Vadeboncœur : « Je ne l´aurais pas accepté dans le diocèse si j´avais su qu´il avait été condamné pour pédophilie. » Jacques Gaillot précisait même qu´il avait reçu « une lettre d´accompagnement favorable » émanant des supérieurs du prêtre au Québec.

Ces dénégations ont suscité une polémique au Canada. La congrégation des religieux de Saint-Vincent-de-Paul, à laquelle appartient le prêtre, décida de rendre public, le 7 décembre 2000, l´échange de courriers qu´elle avait eu, en 1987 et 1988, avec l´évêché d´Évreux.

Dans une lettre en date du 13 octobre 1987, l´abbé Jean-Jacques Latour, secrétaire de Mgr Gaillot, demandait des « renseignements complémentaires » sur le père Vadeboncœur. Le provincial canadien des religieux de Saint-Vincent-de-Paul lui envoya un long courrier, daté du 29 octobre 1987. Les agissements et la condamnation du prêtre québécois y étaient longuement détaillés :

« Au tout début du mois de février 1985, le père Vadeboncœur a été arrêté à la suite d´une enquête policière. Il était alors accusé d´actes de grossière indécence et d´agression sexuelle à l´égard de quelques adolescents, âgés de 12 à 17 ans, et d´un acte de sodomie avec un de ceux-ci. » Le père Pierre Lévesque, signataire de la lettre, estimait qu´il n´est pas « déraisonnable d´entretenir certains doutes sur [la] capacité [du père Vadeboncœur] de ne pas récidiver ».

Dans un courrier du 24 février 1988, le secrétaire de Jacques Gaillot accusait réception de la lettre. Il expliquait, à propos du père Vadeboncœur : « Nous espérons comme vous que ce changement de climat permettra un nouveau départ, au service de l´Évangile. »
Revenant sur ses précédentes déclarations, Mgr Jacques Gaillot reconnaissait, vendredi 8 décembre [2000], dans un communiqué, qu´il avait été informé du passé du prêtre québécois : « Avant de décider de l´accueil de Denis Vadeboncœur à Évreux, j´ai reçu quelques informations fragmentaires et incomplètes sur la courte détention qu´il avait subie au Québec. (…) Ce n´est que plus tard que j´ai reçu des informations plus détaillées. Néanmoins, face à sa volonté de réinsertion et en l´absence de toute critique de ses paroissiens, je n´ai pas estimé devoir revenir sur cette décision d´accueil. »

Xavier Ternisien,  Mgr Gaillot connaissait le passé pédophile d'un prêtre québecois avant son arrivée dans son diocèse , in Le Mondedimanche 10 décembre 2000 - lundi 11 décembre 2000.

Contrairement à ce qui est reproché à l´évêque de Bayeux, Mgr Pierre Pican, mis en examen pour non-dénonciation de crime et d´atteinte sexuelle sur mineur (*), Mgr Gaillot ne semblait en effet pas au courant des [nouveaux] agissements reprochés au père Vadeboncœur à Lieurey [Eure]. Pour autant, l´attitude des évêques français suscite l´étonnement au Québec : « Comment a-t-on pu le nommer en paroisse ? s´interroge Jacques Côté, responsable de la communication de l´archevêché de Québec. Nous avons adopté chez nous le principe de la tolérance zéro : tout prêtre soupçonné de pédophilie est aussitôt signalé à la justice. »


* Déclaration de Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux-Lisieux

Après avoir pris le temps de réfléchir, j'ai décidé de ne pas faire appel de la décision du tribunal correctionnel de Caen, en date du 4 septembre 2001, qui m'a condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs.
Ce procès extrêmement complexe dépassait ma propre personne. Essayant de prendre de la distance par rapport à ce que j'éprouve, je constate qu'ont été réaffirmés des principes de première importance touchant le respect des personnes, à travers l'option de conscience et le secret professionnel des ministres du culte.
Le jugement comporte pourtant, il faut le regretter, une restriction du champ du secret professionnel qui ne laisse pas d'inquiéter. Une telle remise en cause -même partielle- de la jurisprudence admise et constamment réaffirmée jusqu'ici demanderait que je fasse appel.
Je ne saurais pourtant oublier l'épreuve subie par les victimes de l'abbé Bissey. Même si certains ne l'ont pas perçu, j'ai constamment été habité par l'ampleur de leur drame, et les souffrances qui se sont exprimées lors des procès m'ont marqué en profondeur. Aussi ai-je voulu manifester ma volonté d'apaisement à l'égard des parties civiles et ne pas raviver les blessures, au cours d'un nouveau procès qui se déroulerait devant la cour d'appel de Caen. J'ai aussi beaucoup pensé à mon diocèse, à l'Eglise, à toutes celles et ceux qui, de bien des manières, ont été affectés par cette situation.
C'est pourquoi, dans l'espoir de contribuer au retour de la paix dans les consciences et dans les esprits, j'ai décidé de ne pas faire appel.
A Bayeux, le 7 septembre 2001
+ Pierre PICAN
Évêque de Bayeux et Lisieux

* * * * *

" En 2003, la Conférence des évêques de France publie une brochure, largement diffusée, intitulée Lutter contre la pédophilie. L’injonction est claire  : «  Lorsque quelqu’un a connaissance d’un crime (…), qu’il soit prêtre, éducateur laïque ou membre de la famille de la victime, la dénonciation s’impose.  » Le code pénal [article 434-3] punit d’ailleurs de trois ans de prison la non-dénonciation de tels faits. "
" Pédophilie : il y a loin du pardon à la justice ", LE MONDE | 28.03.2016

" Relativement épargnée, ces dernières années, par le scandale de la pédophilie, l’Église catholique en France est à la veille d’une grande tempête. En cause, l’un des plus puissants et médiatiques évêques de l’Hexagone, le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin. « Dans les prochains jours, des plaintes vont être déposées contre lui pour non-dénonciation de faits de pédophilie », indique à Libération, François Devaux, le président de l’association La Parole libérée. Fondée en décembre dernier, elle regroupe les personnes qui auraient été victimes du père Bernard Preynat, un prêtre du diocèse de Lyon, mis en examen le 27 janvier pour « agressions sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans par personne ayant autorité ». " (Libération, 12 février 2016).


Le parquet de Lyon a ordonné une enquête préliminaire pour "non-dénonciation de crime" et "mise en danger de la vie d'autrui" en marge de l'affaire d'un prêtre, mis en examen pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.
L'enquête a été ouverte à la suite d'un signalement de victimes du religieux, mettant en cause plusieurs responsables du diocèse de Lyon, parmi lesquels le cardinal Philippe Barbarin qu'ils accusent de ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements passés de ce prêtre.
04/03/2016 18:39:01 - Lyon (AFP) - © 2016 AFP


" Le cardinal Barbarin, nommé archevêque de Lyon en 2002 a affirmé, globalement, ne pas avoir «couvert» d'actes pédophiles: «Je veux dire avec la plus grande force que jamais, jamais, jamais je n'ai couvert le moindre acte de pédophilie.»

Il a rappelé ensuite que la décision de remettre ce prêtre en service en 1991, après une suspension de six mois (suivant une dénonciation interne des parents d'enfants victimes), avait été prise par son «prédécesseur, le cardinal Decourtray», précisant que «jamais on n'aurait pris une telle décision aujourd'hui.»

Il a indiqué, une fois au courant des faits, avoir demandé à ce prêtre une déposition «écrite» qu'il a alors «transmise» à Rome, où on lui a conseillé d'écarter ce prêtre, même non visé à l'époque par des plaintes, ce qu'il a alors fait.

Il a reconnu avoir «confiance» en la parole de ce prêtre qui lui a garanti « n'avoir jamais recommencé » après 1991. Justifiant ainsi le fait qu'il l'avait maintenu en fonction malgré ce passé. " (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/03/15/01016-20160315ARTFIG00211-le-cardinal-barbarin-nie-avoir-couvert-des-faits-de-pedophilie.php)


§ 22

Mgr Lalanne hésite à qualifier la pédophilie de « péché »

Interrogé, mardi [5 avril 2016] sur RCF, Mgr Stanislas Lalanne a soutenu que la pédophilie était « un mal » mais pas forcément « de l’ordre du péché », entraînant la condamnation du collectif de victimes La Parole libérée et l’incompréhension à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église.

Qu’a dit Mgr Lalanne ?

« La pédophilie est un mal. Est-ce que c’est de l’ordre du péché ? Ça, je ne saurai pas dire, c’est différent pour chaque personne. Mais c’est un mal et la première chose à faire, c’est de protéger les victimes ou les éventuelles victimes ». Ces mots, prononcés mardi 5 avril par Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, sur les ondes de RCF, ont soulevé très vite une polémique. D’autant que plusieurs auditeurs étaient revenus en direct sur ces propos pour les contester.

Dès le lendemain, la Parole libérée, le collectif qui rassemble les victimes du P. Preynat -ce prêtre de la banlieue lyonnaise auquel il est reproché d’avoir abusé une soixantaine de scouts dans les années 1980 – a fait part dans un communiqué de sa « très vive émotion ».

« Après le fameux’Grâce à Dieu ! Les faits sont prescrits !’ de Mgr Philippe Barbarin, les propos de Mgr Lalanne résonnent à nouveau de manière violente et dégradante pour les victimes d’actes de pédophilie », estime l’association, accusant l’Église de « maladresses et d’amateurisme » dans sa communication, empêchant de percevoir en elle « la référence morale (qu’elle) se doit d’incarner ». Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes, catholiques ou non, se sont émus et interrogés.
Les propos de Mgr Lalanne sont-ils justes sur un plan théologique ?

D’un point de vue théologique, les affirmations de Mgr Lalanne peuvent s’expliquer. « On considère qu’il y a péché lorsqu’il y a un acte moral responsable », souligne le P. Laurent Lemoine, dominicain et théologien moraliste, auteur de plusieurs documents sur la pédophilie. « Or, parmi les personnes coupables de faits de pédophilie, beaucoup sont de grands pervers ».

Pourtant, il semble aujourd’hui impossible, au vu du traumatisme collectif et de l’ampleur des dégâts causés, de s’en tenir à ces distinctions théologiques. « La pédophilie est un délit, et c’est même un crime. Or, quels crimes ne sont-ils pas des péchés  ? La question est complexe », avance le P. Lemoine, pour qui la réflexion du clergé sur la pédophilie doit absolument intégrer l’aspect civil de tels actes.

Aussi, des propos tels que ceux de l’évêque de Pontoise, s’ils ne sont pas absolument faux d’un point de vue formel, « ne sont plus audibles », assure le P. Lemoine, d’autant que la société a l’impression que la parole de l’Église est beaucoup plus claire en termes de bien et de mal sur d’autres sujets moraux.

Que répond Mgr Lalanne  ?

« Les faits de pédophilie sont une faute objective mais le péché est d’un autre ordre », se défend pour La Croix Mgr Lalanne, qui redit cependant « leur extrême gravité et la nécessité de sanctions ». « Pour les prêtres pédophiles, le chemin doit permettre de reconnaître le mal commis, de passer du déni à la reconnaissance de son acte comme un péché », convient-il.

Jean-Paul II lui-même, lorsque le scandale de la pédophilie avait explosé aux États-Unis au début des années 2000, avait qualifié les abus sexuels de « péché détestable aux yeux de Dieu ». Quelques années plus tard, Benoît XVI avait parlé de « péché grave », preuve qu’il est possible de qualifier clairement ces actes.

Pour le P. Lemoine, ce débat montre le flou qui plane encore sur la question. « Le Catéchisme de l’Église catholique se penche sur l’homosexualité mais ne dit rien de la pédophilie, pointe le dominicain, il serait peut-être temps de se mettre à la page ».
Marie Malzac

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Loiret : affaire de prêtres pédophiles signalée
Par Lefigaro.fr avec AFP
Publié le 18/04/2016


L'évêque d'Orléans, Mgr Jacques Blaquart, a retiré ses derniers ministères à un prêtre de la ville, mis en examen en 2012 pour des faits de nature pédophile après un signalement de l'Église, a-t-il révélé aujourd'hui lors d'une conférence de presse. Les faits remonteraient à 1993 et se seraient produits à l'occasion d'un camp du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) où officiait ce prêtre en tant qu'aumônier, dans le sud-ouest de la France, a précisé l'évêque, qui a agi après avoir été contacté par une victime en 2011.

"J'ai aussitôt saisi le procureur. L'enquête est en cours et aurait mis en évidence huit ou neuf cas d'attouchements sur mineurs, sur des victimes âgées d'une douzaine d'années", a ajouté Mgr Blaquart. Le procès de ce prêtre, aussi aumônier auprès des Scouts d'Europe, pourrait avoir lieu l'an prochain. Selon l'évêque, il a reconnu les faits.

Les prédécesseurs de Mgr Blaquart avaient eu connaissance de ses agissements et avaient pris "des mesures conservatoires" contre le prêtre, aujourd'hui âgé de 65 ans, pour éviter qu'il soit seul en contact avec des jeunes, mais ils n'avaient pas porté plainte, a-t-il ajouté. L'évêque a récemment supprimé les derniers ministères de ce prêtre. "J'aurais dû le faire plus tôt", a-t-il ajouté. Bien avant les mesures annoncées la semaine dernière par la Conférence des évêques de France, le diocèse d'Orléans, à la demande de l'évêque, a été le premier à mettre en place une cellule d'écoute pour les victimes de prêtres pédophiles.

Quatre appels ont été reçus au cours de la première année de fonctionnement, mais depuis un mois, le rythme s'est accéléré, avec 12 appels depuis mars. Quatre contacts concernent des faits anciens commis dans le Loiret par des prêtres décédés. Les autres appels concernent d'autres diocèses et les contacts ont été aussitôt transmis aux évêques concernés.

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