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mercredi 20 septembre 2017

DICTIONNAIRE NIETZSCHE 2017

Collection Bouquins chez Robert Laffont (32 €) paru en mars 2017 ; ouvrage dirigé par Dorian Astor. Environ 400 entrées classées alphabétiquement, 992 pages.




Face à un ouvrage d'une telle ambition, la première réaction est forcément positive ; ce n'est que progressivement que l'on en décèle les failles. Loin d'avoir un instrument qui nous présente et explique Nietzsche (ce qu'on attendrait d'un Dictionnaire), nous sommes confrontés à un bouquin comportant, à côté d'articles pédagogiques ou documentés, des exercices de style assez hermétiques, dont un exemple typique à gauche
(de plus, l'Essai d'autocritique y est signalé comme un écrit de 1886, sans indication de ce qu'il s'agit d'un ajout à La Naissance de la tragédie de 1872).


 Forme
La typographie par colonnes est pénible à lire, surtout quand il y a dans le texte abondance de courtes citations, et de références (abrégées mais parfois longues : VMSEM, UIVH, PETG). De même la rubrique " Bibl. " sans retour à l'alinéa. Mais au moins y a-t-il un titre courant en haut de page, ce qui manque au Dictionnaire Nietzsche de Cécile Denat et Patrick Wotling (Paris : Ellipes 2013).

Les références des Fragments posthumes sont parfois incomplètes, par exemple col. 349b : M I 1, mais pas 18 ; ou parfois absentes.

Une erreur parmi d'autres : c. 435a : c'est Généalogie de la morale III, § 8, et non II.

On peut regretter qu'ils n'y ait pas au moins quelques photos, que l'on trouvera sur la notice Nietzsche du wikipedia allemand.


Fond
Peu d'entrées s'adressent véritablement aux débutants. C'est un Dictionnaire qui n'explique pas vraiment Nietzsche de façon abordable, mais requiert lui-même souvent des explications, voire un Dictionnaire du Dictionnaire Nietzsche... Comme l'écrit un critique du Monde,
" Ce dictionnaire veut tout : exposer les points de départ, aider à lire, expliquer les conflits d’interprétations, s’adresser aux débutants, aux amateurs éclairés, aux spécialistes… Il s’applique à traiter des concepts de Nietzsche, des auteurs qu’il interprète, des amis qu’il fréquente tout autant que des manières dont on l’a compris ou non. Voilà qui fait beaucoup. Le résultat est utile, évidemment. Passionnant parfois, inégal toujours. " Roger-Pol Droit, lemonde.fr, 23 mars 17.
Critique de Frédéric Pagès dans le Canard enchaîné :



Le souci pédagogique est davantage présent dans le plus sommaire Dictionnaire Nietzsche des philosophes Cécile Dénat et Patrick Wotling (Paris : Ellipses, février 2013), ainsi que dans les entrées de ces deux auteurs du DN 2017 ; en voici la liste :

Cécile Dénat : altruisme, aristocratique, atomisme, Considérations inactuelles I - David Strauss, Considérations inactuelles II - De l'utilité... de l'histoire..., Considérations inactuelles III - Schopenhauer, éducation, Grecs, Héraclite, histoire-historicisme-historiens, nature, pitié, Platon, scepticisme, Socrate, Sur l'avenir de nos établissements d'enseignement, Thucydide.

Patrick Wotling : bouddhisme, culpabilité, culture, devenir, élevage, éternel retour, généalogie, hiérarchie, inactuel, nihilisme, pulsion, surhumain, type-typologie, un-unité, valeur, volonté de puissance.

Entrées du Dictionnaire Nietzsche de 2013

Affect, affect du commandement, Altruisme, Amor fati, Apollinien, Apparence (Schein), Aristocratique, noble (vornehm), Art (Kunst)
Bon Européen, Europe
Cause, causalité (Ursache, Ursächlichkeit), Chose (Ding), Civilisation, Concept (Begriff), Connaissance (Erkenntnis), Corps (Leib), Culture
Dionysiaque
Égoïsme (Selbstsucht, Egoismus), Élevage/dressage (Züchtung/Zähmung), Esprit libre (freier Geist), Éternel retour (ewige Wiederkehr), Être (Sein), Explication, expliquer (Erklärung, erklären)
Force (Kraft)
Gai savoir (fröhliche Wissenschaft, gaya scienza, gai saber), gaieté d’esprit (Heiterkeit), Généalogie
Hérédité (Vererbung), Hiérarchie (Rangordnung), Histoire, histoire naturelle (Geschichte, Historie ; Naturgeschichte)
Inconditionné, absolu (unbedingt, absolut), Instinct, pulsion (Trieb), Interprétation (Auslegung, Interpretation)
Législateur, législation (Gesetzgeber, Gesetzgebung)
Matière (Materie, Stoff), Morale
Nihilisme
Pathos, affect, sentiment de la distance Gefühl der Distanz), Philologie, Philosophe, Pitié, compassion (Mitleid), Plaisir/déplaisir, souffrance (Lust/Unlust, Leiden)
Renversement de toutes les valeurs (Umwerthung aller Werthe), Ressentiment
Sens historique (historischer Sinn), Soulèvement d’esclaves (Sklavenaufstand), Spiritualisation (Vergeistigung), Surhumain (Übermensch)
Type, typologie (Typus, Typenlehre)
Valeur, évaluation (Werth, Werthschätzung), Vérité (Wahrheit), Vie (Leben), Volonté (Wille), Volonté de puissance (Wille zur Macht)

* * * * *

Quelques failles et erreurs


Les renvois de concepts à des entrées sont vraiment faits pour des débiles : chasteté renvoyée à sexualité, Messine à Idylles de Messine, etc.


L'entrée " Épicure " (Keith Ansell-Pearson) n'indique pas que c'est très tôt, lors de ses travaux sur Diogène Laërce, que Nietzsche découvrit les Lettres et Maximes capitales d'Épicure.


Dans l'entrée " Athéisme " : l'insensé attribué à saint Anselme par Philippe Choulet ; c'est déjà dans l'ancien Testament (Psaumes, XIV, 1).

Dans l'entrée " Femme ", Éric Blondel traduit : " On ouvre un livre écrit par une femme et on soupire : 'Encore une cuisinière ratée !' ".

Plus précisément :
" On ouvre un livre de femme : — et bientôt on soupire "encore une cuisinière égarée ! " Fragments posthumes, 1885, 41[5] [August–September 1885 : " Man schlägt ein weibliches Buch auf: — und bald seufzt man „wieder eine verunglückte Köchin ! “ "]. Le bientôt (Bald) a son importance car il signifie un temps de lecture, excluant un rejet a priori, par préjugé misogyne.

L'entrée " Gide " (Jean-Louis Backès) ignore le recours de cet auteur à Nietzsche pour Corydon. Cas particulier de l'incompréhensible "oubli" du thème de l'homosexualité (voir plus loin).

L'entrée " Hésiode " (Jean-Louis Backès) ne fait pas mention de la hiérarchie des esprits selon les " trois possibilités hésiodiques "

Traduction de Nietzsche :
Der ist fürwahr der rechte Mann
Der selber sich berathen kann.
Auch der soll unser Lob empfahn,
Der zwar sich nicht berathen kann,
Doch gerne guten Rat nimmt an.
Doch wer sich nicht berathen kann,
Auch fremden Rath nicht gern nimmt an,
O weh! Das ist ein schlechter Mann!
Verloren hat er und verthan!


(den drei Hesiodischen Möglichkeiten, P I 16b 14[11] fragments posthumes printemps 1871 - début 1872 ; et Mp XII 2,  18[3] et 18[4] fin 1871 - printemps 1872) relevées, après bien d'autres, par Nietzsche. (cf ma page
 https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2011/11/lxii-penser-par-soi-meme-1.html)

Dans l'entrée " Leibniz ",
" un philosophe marié est une farce " ; cela traduit
Ein verheiratheter Philosoph gehört in die Komödie, das ist mein Satz
soit plutôt : " un philosophe marié relève de la comédie, c'est ma thèse ".

L'entrée " Schopenhauer " présente cet auteur comme la seule source d'information de Nietzsche en matière d'histoire de la philosophie, oubliant sa rencontre précoce avec les Vies et doctrines... de Diogène Laërce... ; par ailleurs qualifier la philosophie de Hegel de " monument de la pensée " relève de la seule et lourde subjectivité d'Éric Blondel.


UN BIAIS IDÉOLOGIQUE.

Je me demande bien ce qui permet à Juliette Chiche (" Croyance ") de conclure que selon Nietzsche, " l'incroyance est une croyance (GS, § 347) ". Faudrait-il nuancer l'athéisme de Nietzsche ?


L'entrée " Islam " ne prend pas en compte ces trois passages qui prouvent que Nietzsche n'était pas béat devant cette religion :
" Le mahométisme a à son tour appris du Christ : l'utilisation de l'au-delà comme instrument de punition. " (Fragments posthumes W II 5, printemps 1888, 14[204]) 
« Quel est tout ce que, plus tard, Mahomet prit au christianisme ? L'invention de Paul, son moyen de la tyrannie des prêtres, de la formation de troupeaux : la croyance en l'immortalité — cela s'appelle la doctrine du "Jugement". » (Antéchrist § 42) 
« Le "saint mensonge" est commun à Confucius, aux lois de Manou, à Mahomet, à l'Église chrétienne – : il ne manque pas chez Platon. "la vérité est là" : partout où l'on entend ça, cela signifie que le prêtre ment ... » (Antéchrist § 55)

Knabenliebe 

Les entrées "Amour" et "Sexualité" passent complètement sous silence les réflexions de Nietzsche sur l'amour grec (amour des garçons), ce qui n'est pas sans rapport avec l'absence d'une entrée "Diogène Laërce", auteur fort bavard sur la question dans sa mise en relation des vies et des doctrines.

Précautions et avertissements, peut-être compréhensibles pour une émission télévisée en prime time, surprennent chez des spécialistes, tels l'helléniste normalien Robert Flacelière (1904-1982) se préparant ainsi, en 1960,  à traiter de la pédérastie grecque :
« Si déplaisant que soit le sujet, il est impossible de le passer sous silence. » (L'amour en Grèce, Paris : Hachette, 1960). Avant lui, Pierre-Henri Larcher, annotateur d'Hérodote, écrivant en 1786 : « En voilà assez, et peut-être beaucoup trop, sur cette matière ».
Mais rien d'impossible dans ce Dictionnaire... Nietzsche utilisait notamment les termes Knabenliebe (3 occurrences selon la fonction search de nietzschesource.org) et Päderast* (12) ; on trouvera mes notes de lecture sur ses réflexions sur ma page

https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2009/11/knabenliebe-petrone-dans-les-oeuvres-de.html

Dorian Astor a eu la gentillesse de me dire : " Il eût été dommage de faire le travail deux fois ".

Entrées dues au germaniste qu dirigea l'ouvrage : Dorian Astor :
Andreas-Salomé, Bülow, Byron, Deussen, Föster, Fritsch, Fuchs, Gersdorff, Heine, Hölderlin, Köselitz [Gast], Lipiner, Liszt, Mushacke, Naumburg, Nietzsche-Carl, Röcken, Romundt, Salis, Schiller, Sils-Maria, Stein, Tribschen, Turin, Wagner-Cosima, Wagner-Richard.

De Philippe Choulet, professeur honoraire :
Allemand, antisémitisme, athéisme, barbarie, classicisme, conscience morale, corps, créateur-création, critique, dette, disciple, droit, État, être, folie, Gai Savoir, génie, guerre, hasard, héros-héroïsme, idéal-idéalisme, illusion, immoraliste, inconscient, incorporation, individu, innocence, Jésus, jeu, judaïsme, législateur, Lumières, Machiavel, martyr-martyre, matérialisme, mémoire et oubli, mensonge, Moïse, monde, Napoléon, nécessité, négation, raison, santé et maladie, science, socialisme, soi, système, Terre, travail, tyran-tyrannie, Vérité et mensonge au sens extra-moral.

De Fabrice de Salies, spécialiste en métaphysiques et ontologies modernes et contemporaines :
Alimentation, Bataille, Bergson, Bismarck, Blanchot, climat, Frédéric II (Hohenzollern) de Prusse, Hegel, Heidegger, Heinze, hindouisme, islam, journalisme, Lagarde, Leibniz, mode, Montaigne, nazisme, Paul de Tarse, peuple, Podach, réaction-réactionnaire, Rome-romain, sacrifice, saint-sainteté, Scheler, Schlechta, Strauss, Strinberg.

D'Éric Blondel, professeur émérite :
L'Antéchrist, Beethoven, Circé, Crépuscule des Idoles, cynisme, Ecce Homo, femme, Fink, Granier, Kaufmann, Luther, Mann, mariage, moralistes français, Mozart, musique, prêtre, psychanalyse, religion, Schopenhauer, sexualité, structuralisme.

De Jean-Louis Backès, professeur émérite :
Archiloque, Aristophane, autobiographies, chaos, Dostoïevski, Ermanaric, Gide, Hésiode, Homère, Œdipe, Pindare, Théognis, 

D'Emmanuel Salanskis, auteur d'un livre sur Nietzsche :
Animal, aryen, fort et faible, Galton, grande politique, Haeckel, hérédité, Roux, sélection, souffrance.

De Juliette Chiche, qui enseigne la philosophie au lycée :
Amitié, amor fati, amour, croyance, dégoût, masque, mépris, pudeur, ressentiment, solitude, vengeance.

De Maria Cristina Fornari, co-éditrice de la Nietzsches persönliche Bibliothek :
Anglais, bibliothèque de Nietzsche, correspondance, darwinisme, démocratie, édition - histoire éditoriale, fragments posthumes, Hobbes, Hume, Mill, positivisme, Spencer, troupeau, utilitarisme.

De Guillaume Métayer, traducteur des poèmes de Nietzsche et de Sandor Petöfi :
Danse, esprit libre, Galiani, Halévy, Idylles de Messine, Lukàcs, Petöfi, poésie, Voltaire.

Autres entrées à absence déplorée :

Antiquité (Alterthum) : 230 occurrences.

Aristote : 154 occurrences pourtant ; mais il y a une entrée sur le roi goth Ermanaric (3 occurrences)...

Conviction (Überzeugung) : 105 occurrences)

Passages les plus notables :
Humain, trop humain, IX " L'homme seul avec lui-même ", § 483 Ennemis de la vérité. Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. [Feinde der Wahrheit. — Ueberzeugungen sind gefährlichere Feinde der Wahrheit, als Lügen.]
§ 629 De la conviction et de la justice. : on croit au fond que personne ne modifie ses opinions tant qu’elles lui sont profitables, ou du moins qu’elles ne lui font pas tort. Mais s’il en est ainsi, c’est mauvais signe pour la valeur intellectuelle de toutes les convictions.
§ 630 : Conviction = croyance d’être, sur un point quelconque de la connaissance, en possession de la vérité absolue.
L’homme à convictions n’est pas l’homme de la pensée scientifique.
Ce n’est pas la lutte des opinions qui a mis tant de violence dans l’histoire, mais la lutte des croyances dans les opinions [der Kampf des Glaubens an die Meinungen], c'est-à-dire des convictions.
§ 637 : Ce sont les passions qui donnent naissance aux opinions ; la paresse d’esprit les fige en convictions.

Le concept de conviction est  cependant abordé par Paolo d'Iorio à l'entrée " Humain, trop humain I et II ", cc. 470b-471b.


Diogène Laërce (47 occurrences) :

L'aperçu remarquable de l'histoire de la philosophie grecque qu'offrent les Vies de Diogène Laërce s'accorde bien avec le goût de Nietzsche pour les vues d'ensemble et les évolutions sur de longues périodes, sans parler de son insistance à lier, après Montaigne, vie et philosophie. Selon Nietzsche,
" Il est en fait le portier de nuit de l'histoire de la philosophie grecque : personne ne peut entrer sans que Diogène lui ait donné la clé. " ('Laertius Diogenes und seine Quellen', BAW [Historisch-Kritische Gesammtsausgabe, edited by Hans Joachim Mette and Karl Schlechta, 9 vols. (Munich : C.H. Beck'sche Verlagsbuchhandlung, 1934-40)] V, p. 126 (Winter 1868/9) ; référence empruntée à J. Barnes, 1986).
Esquisse de ce que pourrait contenir une telle entrée :
* De Fontibus Diogenis Laertii (Sur les sources de Diogène Laërce) ; partie I: Rheinisches Museum 23, automne 1868, pp.632-653 : partie II: RhM 24, mars 1869, pp. 181-228 ; soit 78 pages.
* Analecta Laertiana , RhM 25, mars 1870, pp. 217-231 ; soit 14 pages.
* Projet de thèse (mai 1870) abandonné : Beitrage zur Quellenkunde und Kritik des Laertius Diogenes (Contribution à  l'étude et la critique des sources de Diogène Laërce)
Il semble n'exister aucune traduction anglaise ou française de ces 92 pages.
Jonathan Barnes, " Nietzsche and Diogenes Laertius [I-XII] ", Nietzsche-Studien, vol 15, n° 1, 1986, pages 16-40. Article cité par Marie-Odile Goulet-Cazé dans l'Introduction générale de Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris : LGF, 1999, collection Pochothèque.


Friedrich Nietzsche, Les Philosophes préplatoniciens.

Edition critique établie d'après les manuscrits et présentée par Paolo D'Iorio et Francesco Frontorotta, traduction par N. Ferrans, Paris : Éditions de l'Éclat, 1994.

Chronologia philosophorum, Par Francesco Fronterotta.

3. Valeur historique des sources.
3.3. Diogène Laërce

" Les études achevées et publiées par Nietzsche sur les sources de Diogène Laërce sont au nombre de trois :

La première, écrite sur les encouragements de [Friedrich W.] Ritschl à l'occasion d'un prix universitaire à Leipzig, fut rédigée très rapidement entre la fin de l'année 1866 et l'été 1867, puis publiée dans [...] les Analecta et les Beiträge, qui peuvent être considérés comme une série d'appendices au premier écrit, furent publiées en 1870. (note 10 renvoyant à J. Barnes, 1986).
Dans le De fontibus, Nietzsche mène une recherche soignée sur les sources de Diogène Laërce et sur les modalités selon lesquelles il s'inspire de ses modèles et les utilise, et par conséquent sur la nature de l'œuvre de Diogène Laërce dans son ensemble. Il conclut que l'auteur devait s'être servi, dans son travail, surtout de deux sources qui se détachent des autres par la quantité de citations qui en sont tirées : Dioclès de Magnésie, qui a vécu au Ier siècle avant J.C. ou à la fin du Ier Siècle après J.C., auteur de quelques Vies de philosophes (cité environ 29 fois) et Favorinus d'Arles, qui a vécu au IIe siècle après J.C. et auteur d'une Histoire variée et des Mémorables (cité environ 50 fois).
Mais très tôt, Nietzsche parvient à la conclusion que, des deux sources, Dioclès a la plus grande importance, au point qu'il affirme que " Laetius est Dioclis épitomé " (page 131, 7). C'est-à-dire que l'écrit de Diogène Laërce ne serait rien d'autre qu'un résumé des Vies des philosophes de Dioclès. Cette conclusion s'appuie sur plusieurs arguments.
En premier lieu, l'intégralité de la vie de Démocrite présentée par Diogène Laërce (IX, 34-39), à l'exception des cinq premières lignes, dépendrait exclusivement de Dioclès et c'est encore Dioclès qui serait la source principale des informations sur les Stoïciens au livre VII des Vies de Diogène Laërce et su l'épicurisme au livre X. En second lieu, dans la majeure partie des cas, l'utilisation des sources par Diogène Laërce correspondrait à celle de Dioclès, vis-à-vis de ses propres sources, comme dans le cas de Démétrus de Magnésie et de ses Homonymes, que, selon Nietzsche, Diogène Laërce ne connaissait qu'à travers la médiation de Dioclès. Enfin, la préface des Vies de Diogène Laërce serait tirée directement et intégralement de Dioclès.
En substance, Nietzsche pensait que Diogène Laërce était un poète, et qu'il se serait servi des Vies de Dioclès pour transmettre une sélection de ses épigrammes à la postérité. Il n'est pas possible, ici, de développer entièrement l'argumentation de Nietzsche ni de tenter d'en faire un contrôle exhaustif. On peut néanmoins proposer quelques observations générales.
En réalité, bien que Nietzsche s'efforce de démontrer le contraire, Dioclès semble bien n'être qu'une des sources des Vies de Diogène Laërce. En effet, à l'exception des renseignements sur les Stoïciens du livre VII, 48-83, aucun autre témoignage ne peut lui être attribué avec certitude ; par ailleurs, même la tentative pour reconstituer le rapport entre Dioclès et ses sources (afin de démontrer que les Vies de Laërce ne recourent à d'autres sources qu'à travers Dioclès, source principale), semble absolument sans espoir et aucun des arguments de Nietzsche n'est probant (en particulier, il n'y a aucune raison pour soutenir que les Vies de Diogène Laëce ne connaissaient Démétrius de Magnésie qu'à travers la médiation de Dioclès) ; enfin, même si l'on retenait l'hypothèse interprétative de Nietzsche dans son ensemble, seulement un peu plus de la moitié des Vies de Diogène Laërce pourrait être estimée dépendante de Dioclès.

4. L'analyse philologique des sources
Alors que dans les études sur Diogène Laërce, Sotion et Apollodore sont considérés par Nietzsche comme deux sources parmi d'autres, sans que leur soit donné un relief particulier, dans les Leçons sur les philosophes préplatoniciens et dans les Diadoché des philosophes, la position de Sotion et d'Apollodore devient au contraire emblématique.
[...]
De cette chronologie, Nietzsche se sert à des fins philosophiques et interprétatives bien précises. C'est seulement à condition de supposer un apprentissage de Parménide auprès d'Anaximandre qu'on peut, à son avis, expliquer l'ambivalence du poème parménidien et l'incompatibilité entre ses deux parties : l'une inaugurant la philosophie de l'être et du non-être, l'autre d'origine physico-cosmologique. Selon Nietzsche, il n'y a aucun rapport entre les deux : Parménide aurait conçu et professé deux philosophies différentes. "


Eros et les dérivés en erot- (64 occurrences). Mais il y a, comme j'ai déjà dit, une entrée sur le roi goth Ermanaric (3)...

Essai d'autocritique : Ce texte ajouté en août 1886 au début de La Naissance de la tragédie à partir de l'esprit de la musique (janvier 1872) aurait mérité une entrée, ainsi qu'une mention dans la chronologie.

Flaubert : 33 occurrences.

Maladie : la question de la nature du mal dont souffrit Nietzsche à partir de 1875 n'est pas abordée.

Pathos : 167 occurrences.

Portofino (11 occurrences).

mardi 18 octobre 2016

L'AMOUR DES GARÇONS (3/4) CHEZ MAXIME DE TYR, PLUTARQUE, ATHÉNÉE, DIOGÈNE LAËRCE et Pseudo-LUCIEN

Une page des Vies parallèles Rome,1470,
collection de l'Université de Leeds.

Avant de lire entre les lignes, il faut lire les lignes (proverbe provincial)


Voir aussi : Platon, Xénophon et Aristote

Martial et Juvénal

Augustin, et alii

Michel Foucault : « Il y a deux âges d’or de la problématisation de l’homosexualité comme monosexualité, c’est-à-dire des rapports entre hommes et hommes, et hommes et garçons. Le premier, c’est celui de la période grecque, hellénistique qui se termine en gros au cours de l’Empire romain. Les derniers grands témoignages en sont : le dialogue de Plutarque, les dissertations de Maxime de Tyr et le dialogue de Lucien. »
« Entretien avec J.P. Joecker, M. Overd et A. Sanzio », Masques, n° 13, printemps 1982.


PLUTARQUE (vers 48 / vers120) biographe et moraliste grec,

Vies parallèles, Collection Budé, Loeb Classical Library :

Agésilas [-444/-360, roi de Sparte] :
II, 1 : lorsqu'il était parmi les garçons élevés ensemble, Lysandre fut son éraste [cf Lysandre, 22] ;
XI, 2 : passion pour Mégabatès encore pais ; 5 : il était tourmenté par son éros pour ce garçon dont il avait refusé un baiser ; [cité par André Gide]
XIII, 2 : Agésilas aida le fils de Pharnabaze en matière d'érotique ; celui-ci s'était épris d'un jeune athlète [cf Xénophon, Helléniques] ;
XX, 6 : sachant qu'Agésipolis était porté à l'érotique, il amenait la conversation sur les garçons en âge d'aimer [relevé par André Gide] ; l'éros lacédémonien n'a rien de honteux et est très décent , comme je l'ai écrit dans ma vie de Lycurge [cité par Lafitau] ;
XXV, 1 : Archidamos était amoureux de Cléonyme encore pais ; XXXIV, 7 : âge du plus grand charme, quand le pais devient andros [relevé par André Gide].

Alexandre [-356/-323, roi de Macédoine], 9 : à Chéronée [août -338] il se jeta le premier sur le bataillon sacré de Thèbes ; 22 : 47 : Éphestion l'aimait ; 67 : donne un baiser à son éromène Bagoas.

Aristide, 2 : rival de Thémistocle pour l'amour du beau Stésiléos.

Caton l'ancien, X, 5 ; XX [cité par Henri Irénée Marrou].

Cicéron, VII, 5 :

Cimon, I, 3-4 : Damon poursuivi par un Romain.

Cléomène, 3 : Xénarès avait été l'amant du roi Cléomène, liaison que les Lacédémoniens appellent inspiration ; 4 ; 37.

Démétrios, 19 : beau garçon rencontré sortant de chez lui ; 24 : mort du beau Damoclès.

Flaminius, XVIII, 3 :

Lycurge [vers -800], 17 : érastes de bonne renommée pour les jeunes à partir de 12-13 ans ; 18 : les érastes partageaient la bonne et la mauvaise réputation des garçons [cf Élien ; cité par André Gide] ; ils tâchaient de rendre leur ami vertueux (1) ; Éros était tellement en honneur chez eux que les femmes les plus honnêtes s'y éprenaient elles-mêmes des jeunes filles ; 25 : les érastes faisaient les achats nécessaires pour ceux qui avaient moins de trente ans.
1. Montesquieu : " Les préceptes de Lycurge et de Socrate sur l'amour pour les garçons, nous font voir le penchant déterminé des Grecs pour ce vice, puisque les législateurs songèrent à faire usage de ce penchant, en le réglant à peu près comme Mme de Lambert et les moraux d'aujourd'hui ont pensé à faire usage de l'amour pour les femmes et de celui des femmes pour les hommes, en purifiant cet amour et en le réglant. Quand un législateur emploie un mobile, il faut qu'il le juge très fort. " (Mes pensées, VIII, xxiii)

Lysandre, 1 : beauté masculine ; 22 [cf Agésilas, II].

Marcellus, 2, 5-8 : propositions insistantes de Scantinius Capitolinus au fils de Marcellus, adolescent d'une grande beauté ; Scantinius C. condamné à une amende par le Sénat [cf Valère Maxime].

Marius, XIV, 4 : Luius ne savait pas résister à l'attrait des beaux garçons ; 6 : le soldat Trébonius tue Lusius qui voulait le violenter [cf pseudo-Quintilien].

Numa, IV, 7-8 : on peut raisonnablement croire qu'un dieu ait de l'amitié pour un homme et que sur cette amitié se greffe le sentiment qu'on appelle éros ; Phoïbos, Hyacinthe et Admète ont été aimés d'Apollon.


Pélopidas [vers -410/-364, général thébain] :
XVIII, 1-2 : bande sacrée composée d'érastes et d'éromènes [cité par Sade] ; critique de Pamménès [général thébain, ami d'Épaminondas ; cf Homère, Illiade] ; 4 : Iolaüs aimé d'Hercule [cité par André Gide] ; Platon appelle l'éraste "ami divin" [cf Phèdre] ;
XIX, 1 : ce n'est pas la passion de Laïos qui fut à l'origine des liaisons des érastes chez les Thébains ; les législateurs favorisèrent cet éros afin de tempérer le caractère des jeunes [cf Freud sur la masturbation] ; 3 : Gorgidas et le bataillon sacré [cité par André Gide] ;
XXVIII, 5 : Alexandre de Phalères avait eu pour paidika le plus jeune de ses beaux-frères [relevé par Gide].


Pompée, XLVIII, 12 : Klodios : qui est le mec qui cherche un mec ? Qui se gratte la tête avec un seul doigt ?

Solon [-VIIe/-Ve siècles], I, 2-3 : sa liaison érotique avec le beau Pisistrate [cf Élien] ; faible en face des beaux garçons [cité par Voltaire] ; 3 : paidérastie interdite aux esclaves par sa loi [cf Banquet des sept sages et Dialogue sur l'amour] ; 4 : Pisistrate fut aussi l'éraste de Charmos et il offrit à l’Académie une stature d’Éros ; II, 2 : un garçon ou une femme ; XXI, 2 : il plaçait la philia au dessus de la parenté.

Sylla, II, 6 : épris du comédien Métrobios qu'il ne cessa pas d'aimer ; XXXVI, 2 : Métrobios jouait en costume masculin des rôles de femmes ; bien qu'ayant dépassé la jeunesse, il ne cessa pas d'être aimé par Sylla, qui ne s'en cachait pas.

Thémistocle, 3 : sa rivalité avec Aristide au sujet d'un jeune garçon, Stésilaos de Céos.

Moralia, Collection Budé, Loeb Classical Library :

Banquet des sept sages, 152d : Solon a rédigé une loi athénienne : les esclaves n'auront pas accès à éros [cf Solon].

Comment distinguer le flatteur de l'ami, 71c : il ne faut pas critiquer un éraste devant son éromène.

Comment tirer profit de ses ennemis, 89e : soupçons d'efféminement [malakia] portés sur Lacydès [successeur d'Arcésilas à l'Académie], à cause de sa démarche et de sa coiffure ; sur Pompée, à cause de son habitude de se gratter la tête d'un seul doigt [cf Pompée].

De la curiosité, 2 : Aristippe curieux de ce que Socrate disait aux jeunes pour se les attacher à ce point. ; 10 : on voit à Rome des gens qui ne font nul cas des tableaux, des statues, ni même, par Zeus, de la beauté des jeunes garçons.


Dialogue sur l'amour [Erotikos] : 750b : Protogène : je suis hostile non à Éros mais à la luxure ; 750c : l’Éros véritable n’a rien à voir avec les femmes ; 750d : Éros qui s'attache à une âme jeune et bien douée aboutit à la vertu par le chemin de l'amitié [origine de l'expression "le sentier de la vertu"] ; 751a : Protogène : il n'y a qu'un Éros authentique, celui des paidika [cité par Montaigne] ; 751b : Solon avait interdi aux esclaves d'aimer les enfants mâles ; Daphné ; le critère du mec érotique ; 751c : vers de Solon : « il aime les gars dans leur jeunesse en fleur, désirant la douceur des lèvres et les cuisses » [traduction Félix Buffière] et d'Eschyle ; 751de : libertinage et efféminement [thelutéti] sont contraires à la nature ; cite Platon [Phèdre, 250e] ; 751f : les désirs pour les garçons et pour les femmes relèvent d'une chose unique ; Éros ; comme un bâtard de vieillard, l'amour des paidika chasse celui qui est légitime [cité par Schopenhauer ] ; il s'est introduit dans les gymnases à la faveur de la nudité [cité par Van Limburg] ; 754d : l'éraste dirige le jeune homme ; 760d : la pièce de Sophocle Niobé [cf plus loin Athénée] ; 760f : l'éromène de Cléomaque assiste à la bataille ; 761a : la paidérastie était en faveur chez les Chalcidiens après la mort de Cléomaque ; 761b : nouvel ordre des soldats : l'éraste à côté de l'éromène ; Éros est le seul stratège invcincible ; 761c : l'éraste et l'éromène sont intrépides ; 761d : divers héros ayant été adonnés à l'érotique ; Iolaös fut aimé d'Hercule [cité par Edward Carpenter]; 761e :  Apollon fut l'éraste d'Admétus ; 767a : Euripide ambidextre devant la beauté [cité par Fourier] ; 768ae : l'union du mâle avec le mâle [arren arrenas homilian] ;  est l'œuvre d'Hybris ; 768ef : vengeances d'hommes dont on avait abusé ; 769b : ni la paidomanie ni la gynécomanie ne méritent le nom d'éros ; 770bc : le philosophe Bion disait que les premiers poils des beaux garçons tuent l'amour pour eux [cité par Montaigne].


De l'éducation, 11d : faut-il éviter ce sujet ? ; 11e : faut-il permettre aux érastes de passer leur temps avec les garçons ? ; hommes qui ont admis les amours masculines et qui ont ainsi fait progresser les jeunes gens vers la culture, le gouvernement des hommes ou la vertu morale [idée reprise par Nietzsche] ; 11f : témoignage d'Euripide en leur faveur : "un autre éros" ; n'admettre que ceux qui sont amoureux des âmes ; 11f-12a : les amours à la thébaine ou à la manière de l'Élide sont à fuir, ainsi que ce qu'on appelle les rapts à la crétoise ; mais les amours à l'athénienne ou à la lacédémonienne sont à imiter [cité par Paul Gide (père d'André)].

Dits notables des Lacédémoniens, 222b : jeune qui rougit lorsqu'il est rencontré avec son éraste [cf Ion]; 231b : homme efféminé [malakoi] par nature.

De l'étude des poètes, 34a [cf Euripide].

De la malignité d'Hérodote, 13 : les Perses ont pratiqué la castration des jeunes gens avant de connaître les Grecs [cité par Forberg].

Des notions communes contre les Stoïciens, 28 : chasse aux jeunes gens imparfaits.

Propos de table [Symposiaques], I, 2, 618d : juste critique de Pamménès : Homère aurait dû ranger l'éraste à côté de l'éromène dans le bataillon [cf Illiade, II] ; 619a : placer ensemble les buveurs ; ensemble aussi les érotiques, non seulement ceux qui aiment les paidika, mais aussi ceux qui aiment les femmes et les jeunes filles ; 5, 622e : les hommes trouvent le plus grand plaisir en voyant leurs éromènes ; l'amant se persuade que son aimé est beau et bon [kalos kai agathos] ; II, 1, 633f : les hommes aiment être taquinés sur leur amour en présence de leurs éromènes ; IV, 5, 671b : certains pensent qu'Adonis était le paidika de Dionysos ; Phanoclès, homme érotique.
VII, 8, 3 : dans la nouvelle comédie, chez Ménandre, « il n'y a pas d'amour des garçons et la séduction des vierges y tourne, très convenablement, au mariage. »

Que les animaux usent de raison, 990d : il ne s'est point trouvé que les mâles se soient jamais joints avec les mâles ; mais cela arrive aux plus brillants et aux meilleurs des hommes ; 990e : si un coq monte sur un autre coq, on le brûle tout vif [cité par Buffon].

Questions romaines, 40 : sports à l'origine de l'amour infâme [cité par Montesquieu et par A. Becker] ; 101 (287f-288a) : les enfants libres auraient porté un badge [bulla] parce que les Romains aimaient les jeunes esclaves, comme le prouvent leurs comédies, mais s'abstenaient des garçons de naissance libre.

pseudo-PLUTARQUE (Ier/IIe siècles),
Histoires d'amour, Loeb Classical Library :
II, 772ef : mort d'Actéon qui était aimé par Archias ; III : Aristodème et le garçon.


MAXIME DE TYR (vers 125 / vers 185), sophiste grec,

Dissertations, Bibliotheca Teubneriana, traduction (parfois revue) de J. J. Combes-Dounous, 1802 :

XXIV, " Qu'est-ce que l'érotique de Socrate ? ", i : jeune Corinthien amoureux d'Actéon ; " Périandre, tyran d'Ambracie faisait ses plaisirs d'un jeune Ambracien. Ce commerce n'avait rien que d'illégitime. C'était plutôt une passion honteuse que de l'amour. Aveuglé par son pouvoir, Périandre prenait ses ébats au milieu de l'ivresse, sans précaution, avec son Ganymède. "
ii : L'autre espèce d'éros ; " Épaminondas affranchit Thèbes de la domination de Lacédémone avec une phalange d'amants. Un grand nombre de jeunes Thébains étaient amoureux chacun d'un beau garçon. Epaminondas fit prendre les armes aux uns et aux autres. Il en forma un bataillon sacré. Ces jeunes gens, pleins d'intrépidité et de courage, combattirent avec beaucoup d'adresse, et ne se laissèrent point mettre en déroute. Ni Nestor, le premier des Capitaines dans les champs Troyens, ni les Héraclides dans le Péloponnèse, ni les Péloponnésiens dans les campagnes de l'Attique, n'eurent une pareille phalange. Chacun des amants était obligé de bien payer de sa personne ; soit par amour-propre, parce qu'il combattait sous les yeux de ce qu'il aimait ; soit par nécessité, parce qu'il combattait pour ce qu'il avait de plus cher. De leur côté, les garçons voulaient se montrer les émules de leurs amants "
iv : " Osons demander à Socrate quelque compte de sa conduite. Qu'il nous apprenne ce qu'il disait de lui-même dans ses discours. Qu'entendait-il, lorsqu'il disait en parlant de lui, « qu'il était le serviteur de l'amour ; qu'il était la règle blanche pour les beaux garçons, qu'il était habile dans son art : qu'Aspasie de Milet, et Diotime de Mantinée, en tenaient école ; qu'il avait pour disciples, Alcibiade, le plus pimpant des Athéniens ; Critobule, l'Athénien le plus à la fleur de l'âge ; Agathon, le plus abandonné à la mollesse ; Phædre, à la divine tête ; Lysis, le Ganymède, et Charmide, le beau garçon ? [...] il veut qu'il soit permis au citoyen qui fait l'action la plus louable, d'aimer, parmi les beaux, garçons celui qui lui plaît le plus. O l’admirable récompense ! "
v : " Rien ne se ressemble moins que Socrate éperdu d'amour, et Socrate modèle de tempérance ; que Socrate brûlant à l'aspect des beaux garçons, et Socrate gourmandant le libertinage. Est-ce bien Socrate, l'antagoniste de Lysias sur le chapitre de l'amour, qui touche de son épaule l'épaule de Critobule, qui revient de la chasse du bel Alcibiade, que la seule présence de Charmide met hors de lui ? Sont-ce là des choses qui conviennent aux mœurs d'un philosophe ?  "
vi : " Socrate ne fut attaqué, sous le rapport de l'amour, ni par ces adroits accusateurs, ni par Aristophane même, le plus acharné de ses ennemis, qui fit entrer dans les pièces de théâtre dirigées contre lui, tout qui pouvait prêter à la malignité comique. Il lui reprocha sa pauvreté ; il le traita de mauvais bavard, de sophiste; il l'attaqua sur tout, hors sur l'obscénité de ses amours. Il n'y a donc pas apparence que les calomniateurs, ni les auteurs comiques, eussent contre Socrate la moindre prise, de ce côté-là. "
vii : " Nous pouvons d'abord répondre à ses modernes accusateurs, qui ne sont pas moins fougueux que les anciens, que ce genre d'amour n'est pas l'invention de Socrate, mais qu'il est beaucoup plus ancien et nous produirons pour témoin Socrate lui-même, le louant, l'admirant, et désavouant d'en être l'auteur. Car, Phèdre de Myrrhine lui ayant montré le discours de Lysias, fils de Céphale, sur cette matière, Socrate lui dit, qu'il ne voyait pas une grande merveille à être plein comme une outre des ouvrages d'autrui, tels que ceux de la belle Sapho, (car il se plaît à l'appeler ainsi, à cause de la beauté de ses vers, quoiqu'elle fût petite et brune), ou d'Anacréon qu'il nommait le sage. Le panégyrique de l’amour qu'il prononça, dans le Banquet, il l'attribue à une femme de Mantinée. Mais, que l'auteur de cet ouvrage fût une femme de Mantinée, ou de Lesbos, reste qu'il n'appartenait point à Socrate, et qu'il n'en avait point les prémices.  "
viii : " On avait aussi entre deux hommes, entre Patrocle et Achille, un amour que les travaux et le temps consolident, et qui dure jusques à la mort. Ils sont jeunes, et ont des mœurs l'un et l'autre. L'un donne des leçons ; l'autre les reçoit. L'un a du chagrin ; l'autre le console. L'un chante ; l'autre écoute. C'est aussi un trait caractéristique d'amour, de demander, d'un côté, la permission de combattre, et de pleurer, dans la crainte de ne pas l'obtenir; tandis que, de l'autre, on se laisse fléchir ; on pare le suppliant de ses propres armes; on tremble du retard de son retour; on veut mourir, en apprenant, sa mort ; et on abjure ses ressentiments. L'amour se retrouve jusque dans les rêves, dans les songes, dans les larmes d'Achille, et dans la dernière offrande qu'il fait au tombeau de Patrocle, dans sa chevelure. Tels sont les tableaux de l'amour qui nous sont présentés dans les ouvrages d'Homère. "
ix : " Les ouvrages de Sappho (s'il est permis de comparer les modernes aux anciens) ne renferment-ils pas tous les principes de Socrate sur le sujet de l'amour ? Socrate et Sappho me paraissent avoir dit la même chose, l'un de l'amour des hommes, et l'autre de l'amour des femmes. Ils annoncent qu'ils ont de nombreuses amours, et que la beauté est toujours sûre de les enflammer. Ce qu'Alcibiade, Charmide, et Phædre, sont pour Socrate, Gyrinne, Athis et Anactorie, le sont pour Sappho. "

XXV, i : " Socrate [...] vit que tout fourmillait d'impurs débauchés, et de Ganymèdes (02) pris dans les pièges. Il eut pitié des uns et des autres. Il ne pouvait point opposer à ce genre de libertinage une loi. Car il n'était ni Lycurgue, ni Solon, ni Clisthène, ni aucun de ceux qui, revêtus d'une délégation publique, avoient de l'empire sur l'esprit des Grecs. "
ii : " Chez les autres, l'amour n'était que l'appétit du désir qui se perd en vagabond dans les jouissances, qui a sa source dans les agréments corporels, qui attire et séduit les yeux, et par eux s'insinue dans l'âme. Car les yeux sont le chemin de la beauté (08). Chez Socrate, l'amour ne le cédait point en intensité à celui des autres : il était différent sous le rapport du désir, plus modéré sous le rapport de la jouissance, plus ingénieux sous le l'apport de la vertu. Il avait son principe dans la beauté de l'âme qui se dessine sur le corps. "
iii : " En se passionnant pour un beau jeune homme, Socrate et Clisthène ont des vues toutes différentes. L'aiguillon de Socrate est son amour pour la vertu ; celui de Clisthène est son goût pour le plaisir. "
iv : " Lors donc que vous entendrez dire d'un philosophe, qu'il aime, et d'un débauché, qu'il aime aussi, ne donnez pas le même nom au sentiment de l'un et de l'autre. L'un cède à l'impulsion du plaisir, l'autre est entraîné par les charmes de la beauté. "
v : " Un Spartiate [Agésilas], qui n'avait point été nourri au Lycée, qui n'avait point fréquenté l'Académie, qui n'avait point été instruit dans les principes de la philosophie, ayant rencontré un jeune-homme [Mégabate], Barbare à la vérité, mais extrêmement beau, et déjà dans la fleur de l'âge, en devint amoureux. Eh ! comment s'en serait-il défendu? Mais son amour n'alla point au-delà de ses yeux. "

XXVI, i : " DES Grecs firent prisonnier un Thrace, nommé Smerdis. C'était un Ganymède pour un Roi. Il s'enorgueillissait d'attirer tous les regards. On en fit cadeau à un tyran d'Ionie, à Polycrate de Samos (04), qui l'accueillit avec satisfaction. Polycrate devint amoureux de Smerdis, qui inspira, en même temps, au poète de Téos, à Anacréon, une affection décidée. Smerdis reçut de Polycrate, de l'argent, de l'or, et tout ce qu'il était dans l'ordre qu'un beau Ganymède reçût d'un tyran qui l'aimait. Il reçut d'Anacréon des hymnes, des louanges en vers, et tous les hommages de cette nature, qu'un poète décerne à l'objet qu'il aime. Or, si l'on compare l'amour à l'amour, celui du tyran à celui du poète, quel est celui des deux qui paraîtra le plus auguste, le plus céleste, le plus digne d'être consacré à Vénus, d'être regardé comme l'œuvre d'un Dieu? Je pense, moi, que c'est celui dont les Muses et les Grâces forment le cortège, plutôt que celui qui cède à la nécessité, et à la crainte. Celui-ci est d'un esclave, d'un misérable mercenaire ; celui-là est d'un homme libre, d'un Grec. "
ii : " Éros est peu familier aux Barbares. "
iv : " Éros uni au logos ne laisse pas d'être une passion. Mais, si vous ôtez le logos, vous dérangez toute la symétrie; vous n'en faites plus qu'une maladie. "
v : " Éros est une faim de la psyché. "
viii : " Il est honteux à un adolescent, en Crète, de n'avoir point d'amoureux. Mais il est également honteux à un Crétois de toucher à ses aimés. O l'admirable loi ! dans laquelle on a si heureusement allié l'amour et la tempérance! "

XXXVII, v : " Anacréon rendit moins cruelle pour les Citoyens de Samos la tyrannie de Polycrate, en faisant aimer à ce tyran le beau Smerdis, la chevelure de Cléobule., la flûte de Batylle, et les chants ioniens. "



ATHÉNÉE DE NAUCRATIS (IIe/IIIe siècles), rhéteur grec,

Les Sages attablés [Le Banquet des Sophistes], Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé (incomplet), Loeb Classical Library :

I, 15bc : Damoxène enthousiasmé pour un garçon de 16 ou 17 ans ; 20ef : après la bataille navale de Salamine [en l’an -480] Sophocle dansa nu et huilé [cité par André Gide] ; 25c : Eubule : point de femmes dans leur camp ; ils sont revenus de la guerre de Troie avec le cul plus large que les portes de la ville [belle hyperbole ...].
III, 103bc : pièce de Baton le comique [IIIe siècle] intitulée Précepteur qui trompe la jeunesse d'un adolescent ;
IV, 161b : Alexis, dans ses Tarantins : Épicharidès est amateur de chiens [de débauchés] et fait pourtant partie des pythagoriciens.
V, 187e-188a : Alcibiade intoxiqué par l'amour du garçon [pais] Charmide ; Callias et son paidika Autolycus ; cite  Xénophon,  Symposium ; 216ef : Pausanias [athénien] éraste d'Agathon ; affirme dans le Symposium de Xénophon qu'une armée composée de paidika et d'érastes serait très vaillante ; 217a : Pausanias livre sa pensée sur l'érotique.
VI, 260b : licence impure de Philippe de Macédoine, d'après Théopompe, Histoires, XXVI.
VII, 310b : Théognis ne désavoue pas sa paidérastie.
VIII, 339ac : railleries d'Antiphanes et révélations d'Eschine [cf Contre Timarque, 41] contre l'athénien Misgole, enflammé par la vue de jeunes.
IX, 389c : Aristote sur les perdrix mâles.
X, 423e : Les Paidérastes, oeuvre de Diphile [pièce perdue du poète comique du -IVe siècle] ; 427d : le cottabe [bassin pour le vin] servait à honorer les éromènes ; Pindare dit honorer ainsi Agathon ; 445e : Alcée [de Mytilène] auteur de la pièce Ganymède ; 451c : la chose la plus forte du monde : le pénis, à qui tout est possible si l'on n'est insensible ;
XI, 505f : Platon : Zénon [d'Élée] fut le paidika de Parménide [cf Parménide, 127] ;
XII, 522de : orgie des Tarentins en plein jour ; 523c : les Massaliotes sont devenus efféminés ; faiblesse [malakia] de caractère, efféminement par le luxe ; proverbe : "Voguez vers Massalia." [cf Plaute] ; 540e : Polycrate tyran de Samos, passionné par les liaisons masculines [arrenon homilias] ; 542d : Douris [-IIIe siècle], Histoires, XVI : Démétrius passait en secret ses nuits avec de jeunes gens [cité par W. Becker]. 


XIII, 561f : légion sacrée des Thébains, composée d'érastes et d'éromènes ; 563ef : reluqueurs de gamins, en bons disciples de Zénon [de Citium] qui ne s'adressait pas aux femmes, mais aux paidika ; vous dites que les éromènes doivent être gardés jusqu'à 28 ans ; 564a : même dans les temps anciens on aimait les garçons, on appelait les éromènes "paidika" ; 564b : Aristote a dit que les érastes ne regardent que les yeux de leurs éromènes [fragment ne figurant pas dans les œuvres conservées] ; 564f : les éromènes des Stoïciens ont des mentons rasés ; 565e : vous appelez cinèdes ceux qui se parfument ; 565f : éromènes aux mentons et culs rasés ; 592f : Démosthène tomba amoureux d'un nommé Aristarque ; 601a : le poète Stésichore [vers -600] était immodérément adonné à l'érotique ; chansons appelées paidika ; les pratiques d'érotique étaient tellement actives, et personne ne considérait ces érotiques [ou érotistes ?] comme vulgaires, qu'un grand poète comme Eschyle, et aussi Sophocle, introduisirent le thème d'éros dans leurs tragédies -- le premier celui d'Achille et Patrocle [Myrmidons], le second celui des garçons dans Niobé, pièce que certains appellent Paidérastria ; 601c : Pindare était érotique sans mesure ; 601d : Théoxène de Ténédos était l'éromène de Pindare ; 601ef : beaucoup préfèrent l'amour des paidika aux liaisons féminines ; les Crétois et les Chalcidiens d'Eubée ont une passion pour les paidika ; Échémène dit dans son Histoire de Crète que c'est Minos qui enleva Ganymède ; 601f : Minos était l'éraste de Thésée [cité par Chateaubriand] et lui donna sa fille Phèdre en mariage, selon Zénis ou Zéneus de Chios ; 602ab : Jérôme de Rhodes [-290/-230] : ces amours de garçons [paidon érotas] se répandirent ; les érastes ne voulaient pas passer pour lâches aux yeux de leurs paidika ; légion sacrée organisée à Thèbes par Épaminondas [cité par Chateaubriand] ; Harmodios et Aristogiton ; éros de Chariton et Mélanippe [cité par E. Carpenter] ; Mélanippe était le paidika d'après Héraclite le Pontique dans Péri Érotikon ; 602d : mort de Cratinos et de son éraste Aristodémos ; les tyrans essayèrent d'abolir entièrement les amours des paidika [cité par J. Potter] ; 602f : la paiderastie passa de Crète en Grèce, selon Timée [vers -356/-260] ; d'autres déclarent que Laïos fut l'initiateur de ces amours [érotos ; cité par Forberg ; et par Chateaubriand : " Des savants, dans Athénée, examinent doctement quand l'amour pour les jeunes garçons commença. Les uns le font remonter à Jupiter, et les autres à Minos, qui devint amoureux de Thésée ; les autres à Laïus, qui enleva Chrysippe, fils de Pélops, son hôte. Hiéronyme, le péripatéticien loue cet amour et fait l'éloge de la légion de Thèbes ; Agnon l'académicien rapporte que chez les Spartiates il était licite à la jeunesse des deux sexes de se prostituer légalement avant le mariage. " (Études historiques, Cinquième discours, troisième partie "Mœurs des païens")] ; il devint amoureux de Chrysippe, fils de Pélops [cité par W. Becker] ; 603a : Praxilla de Sycyon [poétesse lyrique grecque ] dit que Chrysippe fut enlevé par Zeus [ou par Œdipe ?] ; bien que les Celtes aient de belles femmes, ils préfèrent les paidika [cité par H. Estienne]; ils dorment sur des peaux d'animaux avec deux éromènes ; le roi Alexandre était follement philopaide et épris de l'eunuque Bagoas ; 603d : [cf Ibycos]; 603e : Sophocle était philomeire [cité par Forberg], et Euripide philogyne ; 603f [cf Ion de Chios] ; 604c [cf Ion de Chios] ; 604de : Hiéronyme de Rhodes : anecdote du manteau de Sophocle ; 605a : Onomarque [stratège phocéen] était philopaide ; 609d : Charmos a été l'éraste d'Hippias.


XIV, 620ef : le récitant des poèmes de Sotades de Maronée est appelé cinédologue ; 638b : Amêtor d'Éleutherne fut le premier à jouer à la harpe des chansons érotiques ; 639a : poèmes érotiques pas différents de ceux de Sappho et d’Anacréon, d’après Cléarque.
XV, 670b : éros est un lien de certaines personnes portant des couronnes ; 670d : on mettait des couronnes aux portes des éromènes ; l'éromène est l'image d'éros ; 677d : Callixène de Rhodes, dans ses Livres d'Alexandrie, mentionne Hadrien et Antinoüs ; 692f : invocation d'Harmodios selon les Villageois d'Antiphane ; 695c : j’aimerais devenir une lyre portée par de beaux garçons ; 697de : chanson composée par Séleucus : je serai paidophile ; j'aimerais cela plutôt que de me marier, un garçon [pais] peut m'assister à la guerre ; 699c : paidomanie du tyran Agathoclès.


DIOGÈNE LAËRCE (début IIIe siècle), écrivain grec,

Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, ou Vies et doctrines des philosophes illustres, Collection Budé (incomplet), Loeb Classical Library, Classiques modernes ; Flammarion, collection GF ; Pochothèque (Le Livre de poche) : 

II, 19 : Socrate fut le paidika [garçon aimé] d'Archelaos, selon Aristoxène [cf Porphyre et Souda ; cité par Montaigne] ; 23 : Ion de chios raconte que dans sa jeunesse Socrate visita Samos en compagnie d’Archelaos ; 31 : Socrate a méprisé la beauté d'Alcibiade [cf Platon, Symposium] ; 49 : Xénophon était l'éraste de Clinias, selon Aristippe [cité par Montaigne] ; 50 : Xénophon accusa Ménon de Pharsale d'être plus jeune que son paidika [cité par Becker] ; 76 : Aristippe hostile aux cinèdes ; 99 : le sage peut avoir des éromènes [aimés] ; le garçon et le jeune homme sont utiles pour faire l'amour, selon Théodore [cité par Montaigne] ; 105 : Phédon fut forcé de se prostituer [cf Aulu-Gelle ; cité par Montaigne] 

III, 29 : Platon aima Aster ; 30 : aima aussi Dion ; 31 : Alexis et Phèdre [qui avait vingt ans de plus que Platon] ; 32 : il embrasse Agathon et lui transmet son âme ; 81 : selon lui, l'érotique pourrait être une quatrième sorte de philia [après l'affection familiale, l'amitié qui naît de la fréquentation, et celle qu'impose les devoirs d'hospitalité ; cf Aristote]. 

IV, 7 : Xénocrate de Chalcédoine dédaigna les avances de la courtisane Phryné ; 17 : Polémon accusé par sa femme d'avoir eu des rapports avec des jeunes gens [cité par Montaigne] ; 19 ; 21 : Cratès fut l'élève et l'éromène de Polémon ; 22 : Arcésilas de Pitane fut l'éromène de Crantor ; 24, 30 ; 34 [cité par Montaigne] ; 40 : Arcésilas fut appelé cinédologue par les élèves de Chios le stoïque ; 41 : Arcésilas épris de Démétrios et de Cléochare ; 47 : on reproche à Bion de Borysthène [vers -325/vers -255] de ne pas courtiser un certain jeune homme ; 49 : son reproche à Alcibiade d'avoir détourné les maris de leurs femmes, puis plus tard les femmes de leurs maris [cf Suétone sur César] ; 53-54 : coucha avec son élève Bétion. 

V, 3 : Aristote aurait eu Hermias comme paidika ; 20 : à la question "Qu'est-ce qu'un ami ?" il répondait : "une seule âme en deux corps" ; demander pourquoi on recherche les beaux est une question d'aveugle [cf Stobée] ; 31 : il considérait l'érotique comme une source d'amitié ; il disait qu'éros, ce n'est pas seulement coucher, mais aussi philosopher ; 39 : Théophraste aima Nicomaque, selon Aristippe ; 93 : 

VI, 46 : Diogène de Sinope hostile aux garçons fardés ; 58 : transformer les érastes [amants] du corps en érastes de la beauté de l'âme ; 80 : Diogène de Sinope aurait écrit une Érotique et un Ganymède ; 91 : Cratès frappa le derrière de Ménédème en demandant : "Asclépiade est là ?". 

VII, Les Stoïciens, 17 : Zénon de Citium fut amoureux de Chrémonidès ; 18 : les philopaides perdent la raison à force de passer leur temps avec les garçons ; 113 : éros, désir qui ne vient pas aux sages [ou qui ne vise pas au bon motif] ; 166 : on dit qu'alors qu'il était enfant, Hérillos de Carthage [vers -260] trouva de nombreux érastes

VIII : 10 : on était païs jusqu'à 20 ans selon Pythagore ; 60 : Pausanias [un médecin] était l'éromène d'Empédocle ; 71 ; 86 : certains disent qu'Eudoxe de Cnide était le paidika de Théomédon. 

IX, 25 : Zénon d'Élée fut l'élève et le paidika de Parménide [cf Platon] ; 111 : Timon a écrit des poèmes cinédiques ; 113 : il [Timon] avait la raillerie facile. 

X : cf ÉPICURE.


Pseudo-Lucien, IIIe-IVe siècle,

Les Deux Éros, Loeb Classical Library VIII ; traduction Roger Peyrefitte (1954, 1973) :

4 : Théomneste : discussion comparative sur les philopaides et ceux qui aiment les femmes ; 5 : Lycinus annonce le récit d'une discussion entre deux mecs [andros] sur les deux sortes d'amour [récit du dialogue : 19-52] ; l'un prenait un plaisir excessif avec les paidika [garçons aimés], tandis que l'autre, ignorant de l'éros des mâles, était attiré par les femmes ; 9 : Kallicratide aimait les palestres seulement à cause de son éros pour les paidika ; sa misogynie lui faisait souvent maudire Prométhée ; 11 : Kallicratide aurait préféré voir l'Éros de Thespie plutôt que l'Aphrodite de Cnide [deux statues] ; 19 : Chariclès [jusqu'en 28] : Aphrodite, par ta grâce permet que les hommes restent masculins ; 20 : la luxure transgressa les lois de la nature ; 22 : chez les animaux, les lois de la nature sont préservées ; 23 : argument des disciples de Socrate [cité par Festugière] ; 24 : ce ne sont pas des philosophes, ceux qui appellent la beauté du corps, vertu de l'âme ; 25 : les services rendus par une femme sont supérieurs à ceux d'un paidika ; 27 : le garçon outragé n'a pas de plaisir [cité par Chateaubriand] ; 28 : si on accepte l'union [homilia] entre mâles, que les femmes aussi puissent s'aimer entre elles ; 30 : Kallicratide [jusqu'en 49] : Aphrodite, soit bienveillante, car nous aussi nous honorons ton fils, Éros ; 31 : l'éros des mâles est la seule activité qui combine plaisir et vertu ; nous sommes des étrangers isolés dans une terre étrangère [cité par J. Boswell] ; cependant nous ne nous laisserons pas envahir par la peur et nous ne trahirons pas la vérité ; 33 : le mariage est un remède contre la nécessité, mais l'éros des mâles découle d'un esprit philosophique ; 35 : l'amour des femmes est nécessaire, mais celui des mâles est une invention supérieure, bien que plus récent ; 36 : l'amour le plus stable est celui des mâles ; 39 : laideur des femmes au réveil [cité par Chateaubriand] ; 44 : opposer aux maux associés aux femmes la vie masculine d'un garçon ; 45 : éducation philosophique et exercices du corps ; 46 : qui ne serait pas éraste [amant] d'un tel garçon ? ; 47 : l'amour était le médiateur de l'affection entre Oreste et Pylade [cf Pindare ; cité par Chateaubriand] ; Pylade se montra être plutôt l'éraste que l'éromène [aimé] ; 48 : avec le temps, il devient difficile de savoir qui est l'éraste de qui ; 49 : on devrait aimer les jeunes comme Alcibiade a été aimé par Socrate ; 51 : Théomneste : la paidérastie ne devrait être permis qu'aux sages ; 53 : Théomneste admire la solennité des discours suscités par cette paidérastie ; éros se fait une échelle de plaisir : vue, contact, baisers, caresses, 54 : Socrate était autant adonné à l'érotique que n'importe qui ; le plaisir était au service de l'amitié entre Achille et Patrocle ; cite Eschyle [fragment 136].