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samedi 15 octobre 2016

DIX PRINCIPES DE LOGIQUE CLASSIQUE (et un APPENDICE)

Arthur Schopenhauer

   Note que l'on pourra à juste titre qualifier de "sommaire", mais je n'ai encore rencontré aucune tentative de faire un point synthétique et vulgarisateur sur les principes à retenir et l'ordre dans lequel les prendre. Toute suggestion ou documentation sera donc la bienvenue.
" Afin d'éviter toutes les erreurs, on n'a besoin que d'appliquer les règles les plus vulgaires des logiciens avec beaucoup de constance et de rigueur. " (Leibniz, Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, 1ère partie)

I / Principe de non-contradiction et d'identité ou, plus simplement, d’incompatibilité : La proposition : « A et non A » est fausse pour toute proposition A. Énoncé par Aristote, Métaphysique, IV, page 1005b, lignes 19-20. Non A désigne la négation de A ; la logique classique employait le terme contradictoire ; non A est faux quand A est vrai, et inversement. En termes plus simples, ce principe affirme qu'une proposition ne peut être à la fois vraie et fausse.
Leibniz : " La première des vérités de raison est le principe de contradiction ou, ce qui revient au même, le principe d'identité, ainsi qu'Aristote l'a remarqué justement. " (Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, traduit du latin par Paul Schrecker).
En logique algébrisée, si a est la fonction de vérité de A (a = 1 pour A vrai, et 0 pour A faux ; a² = a), alors la fonction de vérité de non-A est 1 - a, et celle de A et non-A est a(1 - a) = a - a² = 0.


II / Principe d’apodicité ou d’incomplétude : Le point de départ d’une démonstration n’est pas démontrable. Énoncé par Aristote, Métaphysique, IV, vi, page 1011a, ligne 13.


Les deux principes suivants concernent les relations entre le genre et l'espèce (les deux premiers des cinq universaux selon Porphyre de Tyr (3e siècle) : le genre, l’espèce, la différence spécifique, le propre, l’accident).




III / Principe de spécification ou de division : Variété de l’homogène sous des espèces inférieures. " Distingo est le plus universel membre de ma Logique. " (Montaigne, Essais, II, i, page 335 de l'édition Villey/PUF). Kant, Critique de la raison pure, Appendice à la Dialectique transcendantale, De l'usage régulateur des idées de la raison pure.


Voir aussi Platon, Philèbe, 13-16 et Politique, 262ab.

Ce principe, encore appelé distinguo interne (ou analyse), et celui qui le suit (distinguo externe ou synthèse), sont attachés à la distinction et aux liens de l’unité et de la multiplicité. Selon Kant, qui leur adjoint le principe de la continuité des formes, ce sont des principes transcendantaux de la raison, car portant sur la façon de connaître en général, et non sur une connaissance particulière. On accuse légitimement de "confusion" ceux qui ignorent ce principe.




IV / Principe d’homogénéité, de rassemblement ou de généralisation : Homogénéité du divers sous des genres plus élevés. Énoncé par Platon, Lois, XII, page 965cd. Repris par Kant, Critique de la raison pure, Appendice à la " Dialectique transcendantale ", De l'usage régulateur des idées de la raison pure.
« Le divin Platon et l'étonnant Kant unissent leurs voix impressionnantes pour recommander une règle, comme méthode de toute philosophie, et même de tout savoir en général. On doit, disent-ils, satisfaire à deux lois, celle de l'homogénéité et celle de la spécification, dans la même mesure et non à l'une au détriment de l'autre. » (Arthur Schopenhauer, De la Quadruple racine du principe de raison suffisante, chapitre premier,  Introduction, § 1 La méthode, 1813-1847).
Edgar Morin, qui donc n'inventait rien, dans "Réforme de la pensée" : « Le principe de simplicité impose de disjoindre et de réduire. Le principe de complexité enjoint de relier, tout en distinguant.  »


V / Principe du tiers exclu : De deux propositions contradictoires, l’une doit être vraie, l’autre fausse. Aristote, De l’interprétation, VII. La proposition « A ou non A » est vraie pour toutes les interprétations de A. Ce principe, encore appelé ‘loi de bivalence’, est en même temps l’axiome d’existence d'une proposition contradictoire pour toute proposition. Selon une des lois d'Augustus De Morgan, non(A ou non A) = non A et A, ce qui est faux d'après le premier principe ;
donc A ou non A est vraie.

En logique algébrisée, A ou B a pour fonction de vérité a + b - ab.
Pour A ou non A : a + 1 - a - a(1 - a) = 1 - a + a² = 1, donc vrai.


VI / Principe de raison suffisante (PRS) ou de causalité :

« Rien ne peut se produire sans cause ; il n’arrive rien qui n’ait pu arriver. » Cicéron, La Divination, II, xxviii, 61 : "Nihil enim fieri sine causa potest; nec quicquam fit, quod fieri non potest." Reformulé par plusieurs auteurs :

Francis Bacon (1561-1626) : « Il n’y a rien de si petit qui dans l’ordre de la nature se fasse sans cause » (De l’Accroissement des sciences, II, xiii, Premier exemple).

Baruch Spinoza (1632-1677) : « À toute chose on doit assigner une cause ou raison, tant du fait qu’elle existe que du fait qu’elle n’existe pas » (Éthique, I, proposition. XI).

Leibniz (1646-1716) : « Aucun fait ne saurait se trouver vrai, ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu’il y ait une raison suffisante pour qu’il en soit ainsi et pas autrement » (Monadologie, § 32).

Christian von Wolff ou Wolf (1679-1754) : « Il n’est rien sans sa raison d’être » (Ontologie, § 70).

Selon Arthur Schopenhauer (De la Quadruple racine du principe de raison suffisante), la signification générale de ce principe de raison suffisante est que toute chose n’est que grâce à une autre ; il juge indispensable de le diviser en quatre branches : le rapport de succession temporelle ou de contiguïté spatiale, l’inférence logique, le motif psychologique, et enfin la causalité des phénomènes physiques et biochimiques.


VII / Principe d’analogie : « Il faut assigner les mêmes causes aux effets naturels de même genre, autant que faire se peut. » Isaac Newton, Principes mathématiques de la philosophie naturelle, III, " Règles qu’il faut suivre ", 2. En droit, cela donne le principe de parallélisme des formes.


VIII / Principe (ou règle) d’élimination (modus ponens) : Si A implique B (équivalent à " B ou non-A ") et si A, alors B.
Diogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres, VII [Stoïciens], 80 : « si le premier, le second ; or le premier ; donc le second ». On peut y associer la règle pascalienne enjoignant de substituer mentalement la définition à la place des définis (De l'Art de persuader).

"Ne perdons jamais de vue la grande règle de définir les termes." Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article "Alexandre".

"Si seulement, au lieu de s'indigner, on cherchait à savoir de quoi l'on parle. Avant de discuter, l'on devrait toujours définir." André Gide, Journal, "Feuillets 1918".


IX / Principe (ou règle) du syllogisme :

Si A implique B (B ou non-A) et si B implique C (C ou non-B), alors A implique C (C ou non-A). Aristote, Topique, I, i, 100a25.

Rabelais en donne un exemple plaisant :

" Il n'est (dit Gargantua) point besoin torcher cul, sinon qu'il y ait ordure ; ordure n'y peut être si on n'a chié ; chier donc nous faut devant que le cul torcher. " (Gargantua, XIII).

Louis Couturat, 1868-1914, distinguait, après Aristote, le syllogisme catégorique (tout a est b, et tout b est c, donc tout a est c) et le syllogisme hypothétique (si tout a est b, et si tout b est c, alors tout a sera c).


X / Principe de cohérence transitive des choix :

Si A est préféré à B, et B à C, alors A sera préféré à C. Valable uniquement pour un individu ou un groupe de deux. Lors de choix effectués par un groupe de trois personnes ou plus, ce principe de cohérence peut se trouver violé par le choix résultant des préférences des  membres du groupe : c’est l’effet Condorcet, un des aspects de l’irrationalité des foules, approfondi par Kenneth J. Arrow.


Appendice : Christianisme et marxisme :

  Le marxisme a introduit un dualisme logique : la dialectique, qui admet et promeut le contradictoire, l’identité des contraires, le raisonnement circulaire, et que Lénine appelait, a-t-on dit, "l'algèbre de la révolution", est opposée à la logique classique qui exigeait et exige toujours la non-contradiction.

  En 1947, le stalinien Jean Kanapa opposa le « rationalisme des Facultés de philosophie, confit, desséché et momifié, simple précepte épistémologique » au « rationalisme total, vivant, dialectique ». Mais Staline finit par être obligé, vers 1950, de réintroduire l'enseignement universitaire de cette logique classique. En France, Jean Toussaint Desanti tenta de promouvoir la "science prolétarienne" contre la "science bourgeoise".

  Le dualisme logique prend en sociologie la forme du constructionnisme dont un des partisans, Philippe Corcuff, essaye désespérément d'élaborer une logique autre que celle du raisonnement classique en introduisant un "raisonnement circulaire" (Le Débat, n° 103, janvier-février 1999, page 117), qui rejoint la "logique" hégélienne de l'identité de l'identité et de la différence, et, avant Hegel, le second Pascal, celui du manuscrit inachevé des Pensées.

  On rejoint la circularité chrétienne chère notamment aux papes Jean-Paul II et Benoît XVI : la foi en Dieu fondée sur le témoignage de Dieu, la vérité de la Révélation réservée à ceux qui croient en Dieu, la raison et la foi qui ne peuvent se contredire car [sic] elles viennent toutes deux de Dieu (Voir les §§ 9, 15 et 43 de la Lettre encyclique de Jean-Paul II, Fides et Ratio [La foi et la raison], 15 octobre 1998).

  Philippe de Lara, dans sa réponse à Corcuff, relevait que
"si grandioses que soient ces tentatives, elles butent sur le mur du non-sens" ("Nouvelle sociologie ou vieille philosophie", Le Débat, n° 103, janvier-février 1999, pages 121-129 ; la vieille philosophie en question étant la dialectique hégéliano-marxiste.)

   Pour maintenir à tout prix l'erreur marxiste ou néo-marxiste, il faudrait changer le critère d'appréciation, ici, rien de moins que la logique ... L’idée que l’on a de ce qui doit être fausse alors la vision que l’on a de ce qui estLe réel passe en jugement devant l'irréel. Maurice Merleau-Ponty soutenait pourtant que le marxisme ne critique la pensée formelle
« qu’au profit d’une pensée prolétarienne [souligné par moi] plus capable que la première de parvenir à l’"objectivité", à la "vérité", à l’"universalité", en un mot de réaliser les valeurs du libéralisme. » (Humanisme et terreur, Paris : Gallimard, 1947, deuxième partie, chapitre I).



dimanche 10 avril 2016

L'AMOUR DES GARÇONS (1/4) DANS LES TEXTES DE PLATON, DE XÉNOPHON ET D'ARISTOTE

Avant de lire entre les lignes, il faut lire les lignes (proverbe vichyssois)

Raphaël, École d'Athènes, détail, 1510.


  Il n'y a pratiquement rien sur l'amour des garçons chez les Présocratiques, mis à part cette remarque de Jamblique sur les Pythagoriciens récents : " ils estimaient qu'il faut supprimer les accouplements contre nature et déréglés "(Vie pythagorique, § 210, in Jean-Paul Dumont, 1933-1993, Les Présocratiques, Paris : Gallimard, 1988, collection "Bibliothèque de la Pléiade"). On peut donc parler,  à cet égard aussi, d'une rupture platonicienne.

Cette page web est un extrait revu de Ces petits Grecs ont un faible pour les gymnases (1988), travail publié dès 1986 sous le titre Tableau synoptique de références à l'amour masculin : auteurs grecs et latins ; les passages cités ci-dessous sont soit donnés en traduction, soit le plus souvent résumés.

* * * * *

PLATON D'ATHÈNES (-428 / -348), philosophe, élève de Cratyle et de Socrate,

Sources : Bibliotheca Teubneriana ; Collection Budé (Belles Lettres) ; Loeb Classical Library ; Oxford Classical Texts ; Gallimard, collection "Bibliothèque de la Pléiade" ; Flammarion, collection GF :


Alcibiade I, 105a : Socrate aime Alcibiade ; 123d : Alcibiade a presque vingt ans ; 131cd : amour du corps, amour de l'âme.
Alcibiade II, 141d : Archelaos, tyran de Macédoine, assassiné par son aimé.

Banquet, traduction de Jean Racine. Traduction Luc Brisson, Flammarion, collection GF :

Phèdre : 178c : "je suis incapable de nommer un bien qui surpasse celui d'avoir dès sa jeunesse un amant de valeur, et pour un amant, d'avoir un aimé de valeur [repris par Gide dans Corydon] ; 178e : S'il pouvait y avoir moyen de constituer une cité ou de former une armée avec des amants et leurs paidika [garçon aimé ; allusion possible à la Bande sacrée], il ne pourrait y avoir pour eux de meilleure organisation, que le rejet de tout ce qui est laid, et l'émulation dans la recherche de l'honneur ; 180a : Eschyle raconte des bêtises, quand il prétend qu'Achille était l'amant de Patrocle ; Achille [...] était le plus jeune, comme le dit Homère ;

Pausanias :180d :  L'une [des Aphrodites] c'est la fille d'Ouranos, [d'où l'allemand Urning et le français Vénus Uranie et uranisme] celle que naturellement nous appelons la "Céleste" ; 181c : "L'autre Éros, lui, se rattache à l'Aphrodite célèste. Celle-ci, premier point, participe non pas de la femelle, mais seulement du mâle, ce qui fait qu'elle s'adresse aux garçons" ; 181de : [distinction enfant/adolescent [cf Charmide], critique de l'amour des garçons trop jeunes, une loi interdisant d'aimer les garçons trop jeunes serait nécessaire] ; 182a : "Il est naturel que la règle [nomos] de conduite en ce qui concerne éros soit facile à saisir dans certaines cités" ; 182b : "En Élide et chez les Béotiens, de meme  qu'à Sparte, et là où il n'y a pas de sophistes, la règle est simple : il est bien de céder aux avances d'un éraste [cité par David Hume], et personne, jeune ou vieux, ne dirait que c'est honteux" ; "en bien d'autres endroits qui tous sont sous la domination des Barbares, la règle veut que ce soit honteux" ; "chez les Barbares l'exercice du pouvoir tyrannique conduit à faire de cela en tout cas quelque chose de honteux, tout comme l'est la passion pour le savoir" ; 182c : Éros est favorable à la philosophie ; 182d : ni bien ni mal de façon absolue [même idée chez Démosthène] ;

Aristophane : 189d : "Premièrement, il y avait trois catégories d'êtres humains et non pas deux comme maintenant, à savoir le mâle et la femelle"; 189e : "Il y avait l'androgyne [cité par Rabelais, Gargantua, VIII ; pour Sigmund Freud aussi, seul l’androgyne subsistait …], un genre distinct qui, pour le nom comme pour la forme, faisait la synthèse des deux autres, le mâle et la femelle. Aujourd'hui cette catégorie n'existe plus, et il n'"en reste qu'un nom tenu pour infamant" ; 190b : "Le [double] mâle était un rejeton du Soleil [cf la carte 19 du tarot de Marseille], la femelle un rejeton de la Terre, et le genre qui participait de l'un et de l'autre un rejeton de la Lune" ; 191c : "le but de Zeus [...] si un homme tombait sur un homme, les deux trouveraient de toute façon la satiété dans leur rapport, ils se calmeraient, ils se tourneraient vers l'action et ils se préoccuperaient d'autre chose dans l'existence": 191e-192e : "ceux enfin qui sont une coupure de mâle recherchent aussi l'amour des mâles." ;

Diotime : 209c : l'homme amoureux entreprend d'être éducateur ; 211b : "s'élever par une pratique correcte de la paidérastie" ;

Alcibiade : 216d : Socrate tourne toujours autour des beaux garçons ; 219cd : n'a pas réussi à séduire Socrate.

Charmide, 153c : Charmide fait son entrée [cité par Michel Foucault] ; 154ad : distinction enfant/adolescent [cf Banquet], les amoureux de Charmide ; même les petits l’admiraient ; 155d : force du désir [cité par Becker].

Euthydème, 271b : Clinias est presque de l'âge de Théobule [cité par Michel Foucault] ; 273a : Clinias a de nombreux amoureux, dont Ctésippe ; 300c : Ctésippe s'anime en présence de son paidika.

Gorgias, 481d : Socrate amoureux d'Alcibiade, et Calliclès de Démos ; 481e-482a ; 494e : vie affreuse du cinède ; 513b.

Lois,
I, 636bc : L'Athénien : responsabilité des gymnases ; lorsque le sexe masculin et le sexe féminin s'accouplent en vue d'avoir un enfant, le plaisir qui en résulte semble leur être accordé conformément à la nature. Tandis que les copulations mâle avec mâle ou femme avec femme sortent de la nature [para physin] et proviennent d'une intempérance dans le plaisir ; 636cd : Crétois inventeurs de l'histoire de Ganymède ;
II, 653bc : incapacité morale du pais en amour ;  657d : les vieux aiment voir les jeunes garçons danser [cité par Montaigne] ;
VIII, 836c : ce qui se faisait avant Laïos ; il n'y a pas d'accouplements entre mâles chez les animaux [contredit par Aristote] ; 837a : l’Athénien : Éros est la philia poussée à l'extrême ; 837-838 : amour du corps et amour de l'âme ; s'abstenir d'avoir des rapports avec des mâles et se conformer à la nature [cité par Clément d'Alexandrie] ; investir cette règle d'un caractère religieux [cité par Montaigne] ; 840a : le sophiste Iccos de Tarente n'approcha ni femme ni garçon ; 841d : jeter, en sortant de la nature [para physin], au corps d'un mâle un sperme improductif ;
IX, 874c : droit de tuer l'auteur d'une violence [repris par Paul le juriste et par Proudhon].

Lysis, 204b-206c : Hippothalès amoureux de Lysis [cité par J.-J. Matignon] ; 207c : entre amis, tout est commun ; 211e : Socrate plein d'ardeur amoureuse ; une espèce d'amoureux de camaraderie.

Ménon, 70bc : ton camarade Aristippe, ton amoureux ; 76b : Ménon est beau et a encore des érastes.

Parménide, 127 : Zénon aurait été le paidika de Parménide [cité par Athénée et par Diogène Laërce].

Phédon, 64d ; 73d : la lyre du garçon aimé.

Phèdre, 227c ; 231-232 ; 237b : conseil de céder au désir de celui qui n'est pas amoureux ; 239a ; 239cd [cité par Michel Foucault] ; 240c : même âge, mêmes plaisirs ; 244a, 249a, 251a : un plaisir contre nature [cité par Plutarque] ; 255b : l'éraste est pour l'éromène un ami divin [cité par Plutarque] ; 255bc : croissance du désir ; 278e : le bel Isocrate ; 279b : Socrate : "mon paidika Isocrate".

Protagoras, 309ab : âge et beauté d'Alcibiade ; le charme de la jeunesse est le plus grand lorsque la barbe commence à apparaître.

République, traduction Georges Leroux, collection GF
III, 403ab : il n'y a plus d'amour charnel quand c'est de la droite façon que l'un aime et que l'autre est aimé [cité par Virey] ;
V, 452 : nudité au gymnase pratiquée d'abord en Crète, puis à Sparte [cité par Montesquieu] ; 468bc : faire couronner par ses jeunes compagnons d'armes celui qui se sera distingué ; interdiction de refuser un baiser pendant les campagnes militaires [cité par Plutarque] ; 474de : tout jeune garçon dans sa fleur cause à qui aime les garçons ; idéalisation du physique de l'aimé ;
VI, 485c : celui qui, par sa nature, est plein de dispositions amoureuses chérit tout ce qui s’apparente aux garçons ;
IX, 571bd : en rêve, la partie bestiale de l'âme est capable de s'unir à qui que ce soit, être humain, dieu ou bête ; 574c : le vain amour d'un garçon en bel âge.

Sophiste, 222e : la technique érotique : donner des cadeaux.




XÉNOPHON D'ATHÈNES (vers -430 / -355), historien et essayiste,


Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts ; Flammarion, collection GF :

Agésilas, V : le roi de Sparte Agésilas était épris de Mégabate.

Anabase : II, vi, 28 : Ménon imberbe, son paidika barbu [cité par Montaigne] ; IV, i, 14 : garçons passés en fraude ; IV, vi, 3 : Épisthénès s'amouracha d'un enfant ; VII, iv, 7-10 : Épisthénès était paidéraste [relevé par Michel Foucault].

De la chasse : XII, 20 : lorsqu'un homme est vu par celui qu'il l'aime, il ne fait rien de mal.

Cyropédie : I, 4 : un Mède se fait embrasser deux fois par le beau Cyrus ; II, 2 : coutume des Grecs, mener avec soi un beau jeune homme ;  VII, 5 : ceux qui ont femmes ou paidika sont peu sûrs.

Économique : XII, 13-14 : rien de plus attrayant que le soin des paidika.

Helléniques : IV,i, 39-40 ; viii, 39 ; V,iii, 20 : paidika d'Agésilas et d'Agésipolis ; iv, 25 : Archidamos épris de Cléonymos ; VI,iv, 37.

Hiéron : I, 31 : l'amour des garçons chez les tyrans ; VII : les complaisances d'amants insensibles n'ont point de charme pour les tyrans ; XI : le tyran aura à souffrir les sollicitations des beaux jeunes gens [cité par Montaigne]

Mémorables : I,ii, 29-30 : Critias était épris d'Euthydème et tentait de jouir de lui ; I,iii, 8-15 : Socrate et la puissance d'un baiser à un beau garçon [cité par Montaigne] ; I,vi, 13 : différence entre le prostitué et le sage ;  II, i [cf Prodicos de Céos] ; II,vi, 22 : Socrate : tout charmés qu'ils sont par l'amour des beaux garçons, les hommes savent se maîtriser ; II,vi, 28 : Socrate : je m'entends à aimer ; II,vi, 33 : Critobule : apprends-moi à donner la chasse aux amis.

République des Lacédémoniens : II, 12 : Il me semble devoir aussi parler de l'amour des  paidika, car cela aussi touche à l'éducation [cité par H. I. Marrou] ; chez les Béotiens, les hommes et les enfants [pais] forment des couples qui vivent ensemble ; chez les Éléens, on achète par des présents les faveurs des garçons à la fleur de l'âge ; 13 : Lycurge fit qu'à Lacédémone les érastes n'étaient pas moins retenus dans leurs amours pour les paidika que les pères à l'égard de leurs fils ; dans beaucoup d'États, des lois ne s'opposent point à ce désir pour des garçons [cité par William A. Percy].

Symposium [Banquet] :
I, 2 : Callias épris d'Autolycus [cité par La Mothe Le Vayer] ; 4 : il donne un banquet en l'honneur d'Autolycus et de son père ; 9 : beauté d'Autolycus ;
II, 3 : Socrate : "aucun homme ne se parfume pour un autre homme" ; 15 : beauté d'un jeune danseur ;
IV, 12 : Critobule : "j'ai plaisir à contempler Clinias" ; 15 : Critobule : "influence de la beauté sur ceux qui sont portés à l'éros" ; 27-28 : Socrate au contact de la peau de Critobule [cité par Montaigne] ;
VIII, 2 : Socrate : "Charmide a eu beaucoup d'érastes ; Critobule sent déjà de l'amour pour d'autres" ; 10 : Socrate : "Callias paraît inspiré par l'Aphrodite ouranienne" [cf Platon, Banquet] ; 15 : Socrate : "les jouissances physiques amènent le dégoût et on se lasse des paidika" ; 20 : Socrate : "celui qui fait violence ne montre que sa perversité, mais celui qui persuade corrompt l'âme" ; 21 : Socrate : "un garçon en commerce avec un homme ne partage pas comme la femme les jouissances de l'amour" ; 30 : Socrate : "c'est pour son âme que Zeus a transporté Ganymède dans l'Olympe" ; 31 : Socrate : "les meilleurs d'entre les demi-dieux ne sont point célébrés pour avoir partagé le même lit, mais parce que l'admiration qu'ils avaient l'un pour l'autre leur a fait accomplir des exploits" ; 32-34 : Socrate : "Pausanias éraste du poète Agathon ; soutient que l'armée la plus valeureuse serait une armée d'érastes et de paidika" [bande sacrée ? ; cf Platon, Symposium ; cité par Athénée] ; 36 : Socrate : "je pense que même l'homme qui jouit de la beauté de son éromène donnerait plutôt sa confiance à celui dont l'âme mérite l'amour" ; 37 : Socrate : "Callias doit être reconnaissant aux dieux de lui avoir inspiré de l'amour pour Autolycos" [cité par Edward Carpenter].


ARISTOTE DE STAGIRE (-384/-322), logicien et philosophe grec,

Constitution d'Athènes, Collection Budé, Loeb Classical Library :
XVII, 1-2 : Pisistrate a-t-il été aimé par Solon ? ; XVIII, 1 : Hipparque de caractère enjoué, porté à l'érotique [cité par Héraclide] ; 2 : Thettalos [jeune demi-frère d'Hipparque] épris d'Harmodios et déçu dans son amour ; il traita Harmodios d'efféminé [malakon] ; 2-5 : meurtre d'Hipparque, Harmodios et Aristogiton ; LVIII, 1-2 : commémoration d’Harmodios et Aristogiton.

Éthique à Eudème, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts :
III, 1, 1229a : une des sortes de courage, celui donné par éros ; VII, 2, 1236a : trois sortes d'amitié ; 3, 1238b : dans l'érotique, la proportion n'est pas la même pour l'un et l'autre relativement au désir. Eunice a dit : "Un éromène, non un amant [éron], tiendra de tels propos."

Éthique à Nicomaque, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, GF :
III, xi, 1 : l'adolescent et l'homme à la fleur de l'âge désirent les rapports sexuels, comme dit Homère [Illiade, XXIV, 130].
VII, v, 3 : origine des amours masculines [aphrodision tois arresin] : par nature dans certains cas, par habitude dans d'autres qui sont l'objet de violences dès l'enfance [cité par Montaigne] ; 5 : hors des limites du vice [cité par Thomas d'Aquin] ; 7 : dans des cas de ce genre, il arrive que l'on éprouve seulement ces désirs, sans se laisser vaincre par eux.
VIII [L'amitié], iii, 1 : il y a trois sortes d'amitiés [cité par Voltaire] ; 5 : les jeunes sont enclins à l'érotique ; iv, 1 : l'éraste et l'éromène ne tirent pas leur plaisir de la même source ; vi, 2 : l'amitié parfaite a une apparence d'excès.
IX, i : les différends dans l'amour masculin.

Histoire des animaux, Collection Budé, Loeb Classical Library :
VII, 1, 581b : les jeunes gens deviennent de plus en plus débauchés si l'on ne surveille pas leurs relations avec l'autre sexe ou avec les deux ; IX, 8, 614a : chez les perdrix, le mâle vaincu ne se laisse cocher que par son vainqueur ; aussi chez les cailles et parfois chez les coqs ; dans les temples où ces derniers sont donnés en offrande et gardés sans femelles, tous couvrent le nouvel arrivant [cité par Athénée].


Politique, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, GF :
II, iv, 2, 1262a : étrange, après avoir établi la communauté des enfants, de n'interdire aux amants que le coït et de ne pas interdire éros ; éros est à lui seul le comble de l'impudeur ; 3, 1262a : étrange aussi de n'interdire l'union charnelle [synousia] pour le seul motif qu'il en résulte une volupté trop forte et d'estimer sans importance que ce soit entre père et fils ; 6, 1262b : Aristophane dans son discours sur l'érotique [Symposium de Platon] : les amants, à cause de la violence de leur amour, aspirent à confondre leurs existences et à ne faire de deux êtres qu'un seul ; 10, 1262b : amours [érotas] encore plus inévitables avec les transferts d'enfants.
II, v, 19, 1264a : exercices du gymnase interdits aux esclaves chez les Crétois ; ix 7-8, 1269b : amour des mâles [arrenas synousian] en honneur chez les Celtes [cité par La Mothe Le Vayer] ; les peuples guerriers sont adonnés soit à l'amour masculin [arrenon homilian] soit à l'amour des femmes ; x, 9, 1272a : rapports des hommes entre eux tolérés par la loi crétoise pour limiter le nombre d'enfants [cité par La Mothe Le Vayer et par K. O. Müller] ; xii, 8-9, 1274a : le législateur thébain Philolaüs était l'éraste de Dioclès [cité par La Mothe Le Vayer].
V, iv, 1303b : rivalité amoureuse ; v, 9-10, 1311ab : Harmodios insulté ; Périandre tyran d'Ambracie avait demandé à son paidika s'il n'était pas gros de ses œuvres [cf Plutarque] ; le roi Amyntas le petit s'était vanté d'avoir outragé la jeunesse de Derdas ; 11-12, 1311ab : révolte de Crataios contre Archélaos : il avait mal supporté leurs rapports intimes ; 12, 1311b : Archéalos avait défloré Hellanocrate de Larissa et ne tenait pas la promesse qu'il lui avait faite ; xi,, 28-29, 1315a : le tyran doit se garder d’avoir des relations sexuelles avec des adolescents ; par amour et non par licence.


Voir aussi : Aristotle : Homosexuality in The Politics.

Premiers analytiques, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, Vrin 1966 :
II, xxii, 68ab : l'amant préfère que l'aimé soit disposé à lui céder sans le faire, plutôt qu’il ne lui cède sans en avoir envie ; éros vise la philia plutôt que l'union charnelle [définition de l'amour citée par le psychanalyste Jacques Lacan].

pseudo-ARISTOTE 1 (-Ier /Ier siècles)
Du Monde,
V, 396b : le mâle se rapproche de la femelle, ce que ne font pas les êtres de même sexe.

pseudo-ARISTOTE 2 (Ve/VIe siècles)
Problèmes, Collection Budé, Loeb Classical Library :
IV, 26 : [esquisse d'une théorie de l'inversion sexuelle ; explication anatomo-pathologique du plaisir anal ; cité par M. Le Maistre en 1490 ; traduit par Georges Hérelle en 1899].
X, 52 : même tels hommes nous semblent beaux quand nous ne regardons qu'à notre union avec eux.

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La lecture des CCLV et quelques auteurs et textes que j'ai recensés dans Ces petits Grecs ... permet de constater que l'Antiquité n'opposait pas simplement l'actif au passif – opposition qui n'a d'ailleurs pas disparu aujourd'hui, si l’on en croit les petites annonces des magazines ; chez Platon, Martial et Ptolémée notamment, on relève des distinctions suivant l'âge de l'aimé (enfant, adolescent, adulte). La notion d'homosexualité masculine – ou amour et desirs masculins pour le même sexe – était acquise, et il existait de nombreux termes ou expressions pour l'exprimer, et l'opposer à l'amour des femmes (hétérosexualité masculine) ; de nombreux auteurs parlent d’amour, ce qui est bien plus élégant que l’expression actuelle de "pratiques sexuelles", soit dit en passant :

En grec :
                                                                                                                                                            

amours masculines (Agathias)
ce caractère (Aristophane)
éros, érotique, amour des mâles, amour masculin/amour des femmes (Aristote)
union masculine, amours de garçons/liaisons féminines, sorte d'amour, philomeire/philogyne, gynécomanie/paidomanie (Athénée)
philopaide (Callimaque)
union avec la femme/union avec un homme (Constitutions apostoliques)
commerce des mâles (Diodore de Sicile)
érotique, cinédologue, philopaide (Diogène Laërce)
autre éros ; ambidextre (Euripide)
union naturelle/union de mâle à mâle (Josèphe Flavius)
amour masculin (Justin)
amour des femmes/amour des mâles, hétérochrotas (pseudo-Lucien)
gynécomanie, Cypris/Éros, désir pour les mâles (Méléagre)
pandémos/ourania (Platon)
éros, genre d'amour, amour légitime/amour des garçons, gynécomanie/paidomanie, porté à l’érotique (Plutarque)
ceux qui aiment les paidika/ceux qui aiment les femmes et les jeunes filles (Plutarque)
passion pour les femmes/union masculine (Ptolémée)
amour masculin (Sextus Empiricus)
philopaide (Straton de Sardes)
philopaide (Théocrite)
paidéraste, porté à l'éros (Xénophon d'Athènes)


En latin :


amour pour les mâles (Achille Tatius)
virosus, porté sur les mecs (Aullu-Gelle)
fils appartenant aux genres féminin et neutre ; vice bi-masculin (Ausone)
deux formes d'amour (Célius Aurélien)
amour d'amitié [amor amiticiae] (Cicéron)
paidérastie (Lucilius)
vice sodomitique ( rapports sexuels avec le sexe non complémentaire [non debitum], par exemple homme avec homme ou femme avec femme) (Thomas d’Aquin)


La distinction suivant le sexe de l'objet aimé était non seulement faite par les Anciens, mais encore discutée dans des dialogues. Le dialogue est le genre à la fois rationaliste et démocratique par excellence.

Prodicos de Céos (-Ve siècle) : dialogue entre Vertu et Dépravation ; recours à des artifices en faisant jouer aux hommes le rôle des femmes ; jeunes garçons dont l'amour te donnera la plus grande joie (cf Xénophon d'Athènes).
Platon, Symposium.
Xénophon, Symposium.
Plutarque, Sur l'Amour.
pseudo-Lucien : Chariclès contre Kallicratidas ; l'amour masculin relève d'un esprit philosophique.

Les Anciens discutaient aussi de l'homosexualité des animaux, discussion reprise par André Gide, entre autres.
 
Voir aussi : Plutarque et Athénée

Martial et Juvénal