lundi 17 avril 2017

ACTUALITÉS DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE



A / ACTUALITÉ ÉDITORIALE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE
B / ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE CE PHILOSOPHE
C / MON INDEX

« En fin de compte, il faut tout faire soi-même pour savoir soi-même quelque chose : c’est dire que l’on a beaucoup à faire. Mais une curiosité comme la mienne n’en demeure pas moins le plus agréable des vices, – pardon, je voulais dire : l’amour de la vérité trouve sa récompense au Ciel et déjà sur cette Terre. – »
Par-delà bien et mal, III, § 45.


A / ACTUALITÉ ÉDITORIALE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE





Réédition 2002 (à gauche) de Grasset, 1991 (à droite).
Alain Finkielkraut ne se sentait pas assez philosophe pour participer à cet ouvrage (Répliques, 4 mars 2017).

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Entrées du Dictionnaire Nietzsche de 2013

Affect, affect du commandement
Altruisme
Amor fati
Apollinien
Apparence (Schein)
Aristocratique, noble (vornehm)
Art (Kunst)
Bon Européen, Europe
 Cause, causalité (Ursache, Ursächlichkeit)
Chose (Ding)
Civilisation
Concept (Begriff)
Connaissance (Erkenntnis)
Corps (Leib)
Culture
Dionysiaque
Égoïsme (Selbstsucht, Egoismus)
Élevage/dressage (Züchtung/Zähmung)
Esprit libre (freier Geist)
Éternel retour (ewige Wiederkehr)
Être (Sein)
Explication, expliquer (Erklärung, erklären)
Force (Kraft)
Gai savoir (fröhliche Wissenschaft, gaya scienza, gai saber), gaieté d’esprit (Heiterkeit)
Généalogie
Hérédité (Vererbung)
Hiérarchie (Rangordnung)
Histoire, histoire naturelle (Geschichte, Historie ; Naturgeschichte)
Inconditionné, absolu (unbedingt, absolut)
Instinct, pulsion (Trieb)
Interprétation (Auslegung, Interpretation)
Législateur, législation (Gesetzgeber, Gesetzgebung)
Matière (Materie, Stoff)
Morale
Nihilisme
Pathos, affect, sentiment de la distance Gefühl der Distanz)
Philologie
Philosophe
Pitié, compassion (Mitleid)
Plaisir/déplaisir, souffrance (Lust/Unlust, Leiden)
Renversement de toutes les valeurs (Umwerthung aller Werthe)
Ressentiment
Sens historique (historischer Sinn)
Soulèvement d’esclaves (Sklavenaufstand)
Spiritualisation (Vergeistigung)
Surhumain (Übermensch)
Type, typologie (Typus, Typenlehre)
Valeur, évaluation (Werth, Werthschätzung)
Vérité (Wahrheit)
Vie (Leben)
Volonté (Wille)
Volonté de puissance (Wille zur Macht)


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Bruxelles (Belgique) : Les Impressions Nouvelles, 2016.

Alain Jugnon : Nietzsche est la scène
Alain Jouffroy : Nietzsche fut mon compagnon de lecture 
Michel Surya : Ecce monstrum
Giuliano Campioni : Pour une nouvelle lecture de Nietzsche 
Miguel Morey : Les danses du présent
Monique Dixsaut : Le dur service de la vérité
Bernard Stiegler : La grande bifurcation vers le néguanthropos
Paul Audi : Suis-je nietzschéen ?
Jean Maurel : Oui, sept fois oui
Hadrien Laroche : De l’œuvre d’art là où elle apparaît sans artiste
Jean-Clet Martin : Nietzsche et le criminel
Frédéric Neyrat : Nietzsche et la relance métaphorique
Avital Ronell : Friedrich, ami d’une intello, malgré tout
Stefan Lorenz Sorgner : Nietzsche éducateur. D’Héraclite au transhumanisme
Philippe Beck : Comment ne pas être nietzschéen
Jean-Luc Nancy : Wer bin ich ?
Dorian Astor : Les monstres de courage et de curiosité

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Marseille : Agone, 2016, collection Banc d'essais.
I L'objectivité, la connaissance et le pouvoir.
II Remarques sur le problème de la vérité chez Nietzsche et sur Foucault lecteur de Nietzsche.



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Paru en mars 2017 ; environ 400 entrées, 992 pages.

" Ce dictionnaire veut tout : exposer les points de départ, aider à lire, expliquer les conflits d’interprétations, s’adresser aux débutants, aux amateurs éclairés, aux spécialistes… Il s’applique à traiter des concepts de Nietzsche, des auteurs qu’il interprète, des amis qu’il fréquente tout autant que des manières dont on l’a compris ou non. Voilà qui fait beaucoup. Le résultat est utile, évidemment. Passionnant parfois, inégal toujours. "

Roger-Pol Droit, lemonde.fr, 23 mars 17.

Je publierai en juin ma propre recension de cet ouvrage.






LA TÉLÉOLOGIE À PARTIR DE KANT
Préface de Jean-Luc Nancy
" Ce volume réunit, pour la première fois en français, l’intégralité des travaux préparatoires de Friedrich Nietzsche, alors âgé de 24 ans, pour une thèse de doctorat sur Le concept de l’organique depuis Kant. À l’époque où il envisageait cette thèse, en 1868, Nietzsche achevait ses études à Leipzig et était déjà reconnu comme un spécialiste de la philologie classique. L’interruption de ses recherches par le service militaire obligatoire, son éloignement consécutif du milieu des philologues et les premières manifestations de la maladie, firent rejaillir sa vocation pour la pensée philosophique, concrétisée ici pour la toute première fois. Nous y découvrons une réflexion différente, moins connue que les thèmes les plus discutés, où Nietzsche fait non seulement preuve de sensibilité à l’égard de la tradition philosophique, mais s’intéresse aussi au débat scientifique de son temps. Imprégnés de ce dernier, ces écrits font transparaître une vision profondément matérialiste : l’organisme est une « pluralité » de « forces aveugles » qui combattent entre elles. Confirmées plus tard par ses lectures sur les mécaniques du développement – désormais appelées « embryologie expérimentale » –, ces thèses s’étendront au domaine de l’inorganique et fourniront la base du célèbre concept de « volonté de puissance ». "


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B / Après ce survol de l'actualité éditoriale récente relative à Nietzsche, je voudrais souligner l'actualité de la pensée de ce philosophe.

Intoduction :

a) Sur la philosophie

b) Sur Nietzsche : mort jeune, comme Pascal ; FP analogues aux Pensées, la quantité en plus.



École d'élite Pforta, fondée en 1543 (actuel land de Saxe-Anhalt, au nord-est de l'Allemagne) : 1858-1864, avec une bourse d'études. 
1864-1865 : études de théologie et de philologie classique à Bonn.
1865-1869 : études de philologie classiques à Leipzig. Publications sur Diogène Laërce.


Professeur de philologie à Bâle pendant 10 ans (1869-1879). Malade depuis au moins 1875.

Philologie : Discipline (correspondant à nos lettres classiques) qui vise à rechercher, à conserver et à interpréter les documents, généralement écrits et le plus souvent littéraires, rédigés dans une langue donnée, et dont la tâche essentielle est d'établir une édition critique du texte. Pour nietzsche, c'est surtout un art de bien lire.(AC § 52)

Hiver 1869 : cours sur Les Travaux et les Jours d'Hésiode.

Nietzsche est donc venu à la philosophie par la philologie (Pour Condorcet, c'était par les mathématiques ; dans les deux cas, à partir d'une formation scientifique).

Œuvres philosophiques complètes : œuvres publiées de son vivant, œuvres posthumes, fragments posthumes (FP), correspondance.

Notamment 
1878 (mai) : Humain, trop humain Un livre pour esprits libres (dédicacé à Voltaire pour le 100e anniversaire de sa mort.
1879 (début mars) : Opinions et sentences mêlées (Hth 2)
1879  (mi-décembre) : Le Voyageur et son ombre (Hth 2)
1886 (septembre) : Par-delà bien et mal
1887 (novembre) :  La Généalogie de la morale
Thèmes appartenant à notre actualité. Philosophie, socialisme, athéisme, fin de vie, journalisme, Europe, islam, connaissance, science, nazisme.

Nazisme : (thème pas prévu initialement) Pour des hommes de la génération de Me Maurice Brun, avocat honoraire, ancien député (1973-1978) et adhérent fidèle du CCM, le nom de Nietzsche est associé au nazisme. Ce serait plus justifié avec Fichte, antisémite et nationaliste, - et Hegel.

Le livre La Volonté de puissance fut concocté par sa sœur (publication :1901-1906-1911)

Nietzsche était plutôt anti-allemand, opposé au nationalisme consécutif à l'unification de l'Allemagne par Bismarck en 1871.
" chez les Allemands d'aujourd'hui tantôt la bêtise antifrançaise, tantôt la bêtise antisémite, ou antipolonaise " (PBM, 1886, VIII, § 251).   
" Nous n'aimons pas l'humanité ; mais d'autre part nous sommes loin d'être assez " allemand ", au sens que l'on donne communément aujourd'hui au mot "allemand", pour prendre le parti du nationalisme et de la haine raciale " (Gai Savoir, 1887, V, § 377) 
" Quelle bénédiction est un Juif parmi du bétail allemand !... " (FP, 1888)
Contre les antisémites (choqué par les " écrits qui entendent mener les Juifs à l'abattoir " ; cf Baudelaire " belle conspiration à organiser pour l'extermination de la race juive " Mon cœur mis à nu , à comprendre avec l'ironie de l'auteur).

Nietzsche imagine une race européenne avec les Juifs.
Pour la science, pour l'instruction.
Pas anti-homosexuel. Ses passages sur ce sujet.
Guerre - mais de l'esprit.

Anti-religieux, donc anti-judaïsme.

Rêve d'eugénisme : élimination ou extinction des " ratés ".

Le nom de Nietzsche n'apparaît pas dans Mein Kampf. Celui de Schopenhauer deux fois ; il y a un buste de Schopenhauer devant la bibliothèque du Berghof (résidence secondaire d'Hitler dans les Alpes bavaroises).
« L'œuvre de Nietzsche est brutalement interrompue par la démence au début de 1889. Sa sœur Elisabeth se fit gardienne autoritaire de l'œuvre et de la mémoire. Elle fit publier un certain nombre de notes posthumes. Les critiques lui reprochent moins peut-être des falsifications (les seules qui soient manifestes concernent les lettres) que des déformations : elle a cautionné l'image d'un Nietzsche antisémite et précurseur du nazisme — l'anti-Nietzsche par excellence. » (Gilles Deleuze, Michel Foucault, " Introduction générale ", in Le Gai Savoir, Paris : Gallimard, 1967).

Je tombe sur ces lignes ahurissantes de Roger Laporte (1925-2001) : " [...] dans la mesure où tout penseur est responsable de ce qu'il écrit et publie, il [Nietzsche] ne peut être tenu pour quitte d'une complicité involontaire avec le nazisme, complicité, à tout prendre, peut-être plus grave que celle de Heidegger. " (dans Les Philosophes 2 De Hume à Sartre, Paris: Hachette, 1985 ; collection Le Livre de poche - biblio essais 4236).


Timothy W. RybackHitler's Private Library [La bibliothèque privée d'Hitler],  2008 : chapitre 4, " Le philosophe égaré ". (photo Herman Seidl).
J'y trouve :
Hitler à Leni Riefenstahl : " Je ne peux pas tirer grand chose de Nietzsche. C'est un artiste plus qu'un philosophe, il n'a pas la compréhension limpide de Schopenhauer. Naturellement, j'apprécie le génie de Nietzsche. Il écrit sans doute le plus beau langage que la littérature puisse offrir aujourd'hui, mais ce n'est pas mon guide. " (Memoiren 1902-1945, 1990).
De Ryback : " Moins une distillation des philosophies de Schopenhauer et Nietzsche qu'une théorie bon marché, puisée dans des livres de poche et de gros livres ésotériques, ou l'on distingue la genèse d'un esprit mesquin, calculateur et prêt à cogner plus qu'à discuter. "
Enfin, la valorisation des " esprits libres " s'accorde mal avec les totalitarismes.

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Athéisme : Chez moi l'athéisme se conçoit d'instinct (1888). Schopenhauer [1788-1860], premier athée avoué et inflexible chez les Allemands. [en France, c'est Jean Meslier (publié en 1762 par Voltaire) et Sade, 1740-1814].
Il y a bien aujourd'hui dix à vingt millions d'hommes parmi les différents peuples d'Europe qui " ne croient plus en Dieu ". Est-ce trop demander qu'il se fassent signe ? (1881).

Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité.

Sur "Dieu" : Cite les mots de Stendhal : " La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas. " Et Épicure (seule proposition vraie de toute philosophie de la religion) : " S'il y a des dieux, ils ne se soucient pas de nous. " Notre plus durable mensonge. Mensonge ou faiblesse de la croyance en Dieu. L'ultime, le plus mince, le plus vide, placé en premier comme origine, comme être le plus réel ; cause en soi = contradiction interne.
Défi jeté à la vie, au vouloir-vivre. La pensée la plus destructrice et la la plus hostile à la vie. Quel penseur a encore besoin de l'hypothèse d'un Dieu ? Hypothèse bien trop extrême. Rien qu'un mot pâli, pas même une notion (cf Delhomme). Une réponse grossière, une indélicatesse à l'égard des pensées, une interdiction : " Tu ne dois pas penser. "

Aurore, I, § 95. La réfutation historique en tant que réfutation définitive. :
« Autrefois, on cherchait à prouver qu’il n’y avait pas de dieu, — aujourd’hui on montre comment la croyance qu’il y a un dieu put s’établir et à quoi cette croyance doit son poids et son importance : du coup une contre-preuve de l'inexistence de Dieu devient superflue. — Autrefois, lorsque l'on avait réfuté les " preuves de l'existence de Dieu " qui étaient avancées, le doute persistait encore : ne pouvait-on pas trouver de meilleures preuves que celles qu'on venait de réfuter : en ce temps-là les athées ne savaient pas débarrasser la table. »
L'athéisme est la conséquence d'une élévation de l'homme.

Foi : La foi rend stupide même dans le cas où elle est au départ une foi intelligente. Foi de Pascal = suicide continu de la raison. Sacrifice de toute liberté, de toute fierté, de toute confiance de l'esprit en soi-même. Conteste que la foi, ou les martyrs, prouve quelque chose. Obtenue par des moyens radicalement opposés à la méthode de la recherche.

Religion : monstre enfanté par le doute quant à l'unité de la personnalité.

Christianisme : religion lyrique (amour ; Nolite judicare ; un juge n'est pas objet de l'amour) ; les deux autres étant épiques et héroïques. A diabolisé l'Antiquité. Comme si un Jésus avait le moindre poids à côté d'un Platon, un Luther à côté d'un Montaigne (absurde). D'autres peuples ont des saints, les Grecs ont des sages. Religion de la déprimante compassion. Dans toute morale aristocratique, la compassion passe pour faiblesse. Soulèvement de tout ce qui rampe contre tout ce qui a de la hauteur.

Pour Nietzsche, la décadence commence avec le christianisme (pour Onfray, elle commence avec la fin du christianisme) ; peccabilité et damnation. Cf Condorcet, Esquisse... :
" il n’y a point de religion qui ne force ses sectateurs à dévorer quelques absurdités physiques. Ainsi le triomphe du christianisme fut le signal de l’entière décadence, et des sciences, et de la philosophie. "
La pensée d'une dette envers Dieu devient pour  l'homme de la mauvaise conscience un instrument de torture. Cependant, c'est une religion très ingénieuse qui a ses faux-fuyants et apaisements (absolution).
Muselière pour le peuple, le peuple étant la muselière pour les gens éduqués.
Incapacité philologique du théologien. Si seulement l'humanité redirigeait l'intelligence, de la théologie vers l'éducation !!
Les insatisfaits accrochent leur cœur à Dieu. Le chrétien recherche la raison de son malaise dans ses fautes. Le fanatisme est la force de volonté des faibles.

Islam : Mahomet a fixé les coutumes et le mode de vie de chacun. Utilise l'au-delà comme instrument de punition. Mahomet a pris au christianisme le moyen de la tyrannie des prêtes, la croyance en l'immortalité et la doctrine du Jugement dernier.
Le Mahométisme, religion pour les hommes, ressent le christianisme comme une religion de femmes ; il méprise de christianisme ; l'islam présuppose des hommes.
Saint (pieux) mensonge " la vérité est là " = le prêtre ment. Mensonge commun à Confucius, loi de Manou (IIe siècle hindou), Mahomet, Église chrétienne.
Le christianisme nous a frustré de la culture du monde maure d'Espagne. Guerre à outrance avec Rome, Pais et amitié avec l'islam (AC § 60).


Philosophie :

L'étymologie donne : philosophie = amour de la sagesse ; Pour N., le philosophe est celui qui aime les hommes sages. Il définit ainsi la vraie philosophie : " comprendre les limites de la raison " (objectif kantien). Mais, comme Schopenhauer, il reproche à Kant d'avoir produit une " philosophie de professeurs ".
" Les Présocratiques, véritable philosophes des Grecs, m'ont éduqué " La religion des Grecs n'inhibait pas l'activité philosophique. Héraclite : monde vrai = mensonge.
Dialogue platonicien : jubilation que procurait alors la découverte de la pensée rationnelle. Avantage de Socrate sur le fondateur du christianisme : sourire et intelligence.
La philosophie est au cœur de toute pensée scientifique. Les sciences reposent sur un fondement philosophique (logique d'Aristote ; cf Heidegger, Koyré).
Le produit du philosophe est sa vie (Montaigne, Camus). Ce qui maintient la vie, la poursuite d'un bonheur nouveau. Faire de sa vie une expérience [Experiment].
La philosophie ne construit pas mais détruit (cf Vigny sur Voltaire). Inclassable, elle n'est pas une science de l'homme. Elle fait du tort à la bêtise.
Malhonnêteté des philosophes chrétiens à déduire Dieu qu'ils tiennent pour bon et vrai depuis le début (allusion à Descartes dans les MM). Manque de rigueur, rage de la généralisation (cf les deux mouvements de la pensée).
Ce qui fait défaut : de nouveaux philosophes. " Je vois venir de nouveaux philosophes, très libres esprits. "


Chez Nietzsche le concept d'esprit libre déborde le strict athéisme.

Chez Condorcet aussi :
" Ni la constitution française, ni même la déclaration des droits, ne seront présentés à aucune classe des citoyens, comme des tables descendues du ciel, qu'il faut adorer et croire. " (Rapport et projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique, 20-21 avril 1792).
La critique nietzschéenne de la foi religieuse est faite au nom de la logique (Dieu est " une hypothèse bien trop extrême ") mais aussi, dans le cas du christianisme, au nom de la valeur " vie ". Application pratique, son opinion sur la fin de vie :
Humain, trop humain I, 1878, II " Sur l'histoire des sentiments moraux ", § 80 Le vieillard et la mort : « Abstraction faite des exigences qu'imposent la religion, on doit bien se demander : pourquoi le fait d'attendre sa lente décrépitude jusqu'à la décomposition serait-il plus glorieux, pour un homme vieilli qui sent ses forces diminuer, que de se fixer lui-même un terme en pleine conscience ? Le suicide est dans ce cas un acte qui se présente tout naturellement et qui, étant une victoire de la raison, devrait en toute équité mériter le respect : et il le suscitait, en effet, en ces temps où les têtes de la philosophie grecque et les patriotes romains les plus braves mouraient d'habitude suicidés. Bien moins estimable est au contraire cette manie de se survivre jour après jour à l'aide de médecins anxieusement consultés et de régimes on ne peut plus pénibles, sans force pour se rapprocher vraiment du terme authentique de la vie. — Les religions sont riches en expédients pour éluder la nécessité du suicide : c'est par là qu'elle s'insinue flatteusement chez ceux qui sont épris de la vie. »
Le premier volume de Humain, trop humain Un livre pour esprits libres , dédié à Voltaire pour le centième anniversaire de sa mort (30 mai 1778).

Intérêt de sa critique des socialistes (culture insuffisante) pour comprendre la gauche française en crise. Pas assez d'importance accordée à l'instruction, à la culture (confondue avec le spectacle).

Égalité de l'enseignement pour tous jusqu'à quinze ans ; la prédestination au lycée par les parents est une injustice.
Le Voyageur et son ombre, 1879, § 263 : Le chemin de l’égalité.Quelques heures d’escalade en montagne font d’un coquin et d’un saint deux êtres passablement égaux. La fatigue est le plus court chemin pour aller à l’égalité et à la fraternité – et la liberté enfin nous est donnée de surcroît par le sommeil.
Le socialisme est fondé sur la résolution de poser les hommes égaux et d'être juste envers chacun. C'est la moralité la plus élevée (dans l'esprit de N. ce n'est pas un compliment), et le plus grand des mensonges. Cela relève de la décadence.

Volonté de puissance = intensification de la volonté de vivre, trait de caractère fondamental des dominateurs, de esprits libres et forts. Moyen contre le socialisme : mener une vie sobre et modeste pour ne pas susciter l'envie.

Les socialistes ont pour la plupart le tempérament sombre, débile [faible], songe-creux, fielleux. Espèce d'hommes la plus myope, la plus sincère, la plus bruyante.

Le socialisme vise à la destruction de la grande intelligence et de la forte individualité : correspondent à représentation et volonté (caractère) selon Schopenhauer.

Christianisme latent dans le socialisme [Dolléans]. Le socialiste cherche la raison de son malaise dans la société comme le chrétien la recherche dans ses fautes. Les socialistes en appellent aux instincts chrétiens, c'est leur plus fine habileté.


Les journalistes.

N. les critiques depuis 1872 (28 ans).
La philosophie a de précieux d'enseigner le contraire de tout ce qui est journalistique : moment, opinions, mode. Cf Gide, ce qui sera moins intéressant demain.
Quiconque a de l'argent et de l'influence peut, de toute opinion, faire une opinion publique.
Le journalisme se substitue à la culture et l'information à l'instruction (à l'étude).
Œuvre de séduction du peuple poursuivie par les journalistes. Menues malhonnêtetés qui égarent l'opinion. Fausse alerte permanente qui détourne vers une fausse direction.
La liberté de la presse met le style et finalement l'esprit à terre. Galiani le savait déjà il y a un siècle.

Encore un siècle de journalisme, et tous les mots, et l'esprit lui-même, pueront.

Mépris profond pour ceux qui travaillent dans la presse. Souhaitait une interdiction policière de toute page de journal contenant la moindre faute de langage.

Cite Baudelaire (Mon cœur mis à nu) : la lecture du journal le matin, dégoûtant apéritif.
Presse mal vue par de nombreux auteurs, à commencer par Voltaire.

Marx : " On croirait jusqu'à présent que la formulation des mythes chrétiens dans l'Empire romain n'avait été possible que parce que l'imprimerie n'était pas encore inventée. C'est tout le contraire. la presse quotidienne et le télégraphe qui répand ses inventions en un clin d'œil dans tout le globe fabriquent plus de mythes en un jour qu'on ne pouvait en fabriquer autrefois en un siècle (et ces veaux de bourgeois les gobent et les diffusent). " (Lettre au médecin Ludwig Kugelman, 27 juillet 1871).

Jessica Abrahams et Brice Couturier proposent :
1 / Être tout simplement compétents
2 / S’efforcer à la plus grande précision possible.
3 / Cesser de mêler à la relation des faits nos jugements de valeur.
4 / Veiller au pluralisme de l’information, améliorer la diversité d’opinion.
5 / Éviter toute connivence avec le milieu politique.


Europe.

La raison à l'école, le sens de la science, ont fait de l'Europe l'Europe. Comprendre l'Europe comme un centre de culture.
Civilisation (Cultur) " européenne " : ces peuples et parties de peuples qui ont leur passé commun dans l'hellénisme, la romanité, le judaïsme et le christianisme.
Tout homme animé de bons sentiments européens doit maintenant apprendre à écrire bien et toujours mieux. Bien écrire et bien lire - ces deux vertus croissent et diminuent ensemble. Le contraire est le nationalisme.
L'amour-passion, notre spécialité européenne (troubadours, gai saber) ; poètes à qui l'Europe doit presque son existence.

Qu'est-ce que l'Europe ? Jusu'où on croit en la science, s'étend maintenant l'Europe. On a éliminé la Romanité, estompé le christianisme.
Le christianisme a donné de l'esprit à l'humanité européenne et ne lui a pas enseigné une subtilité exclusivement théologique. Le combat contre le christianisme (platonisme pour le peuple) a produit en Europe une magnifique tension de l'esprit.
Il y a bien aujourd'hui dix à vingt millions d'hommes parmi les différents peuples d'Europe qui " ne croient plus en Dieu ". Est-ce trop demander qu'il se fassent signe ?

Faire de la mission et de l'histoire de l'Europe la continuation de celles de la Grèce. Les hommes vastes et profonds de ce siècle voulurent incarner, par anticipation, l'Européen de l'avenir : Napoléon, Goethe, Beethoven, Stendhal, Heinrich Heine, Schopenhauer.

Délire des nationalités qui crée un fossé entre les peuples d'Europe.

une petite politique [...] Ne doit-elle pas de toute nécessité vouloir l'éternisation du fractionnement de l'Europe en petits États ?
peu tentés de prendre place à cette auto-admiration raciale et cette impudeur mensongère dont on fait aujourd'hui étalage en Allemagne (GS V, 1887)

L'argent à lui seul obligera l'Europe, tôt ou tard, à se fondre en une seule puissance. Les États-Unis d'Europe : idée encore plus grande que l'unité allemande. La diversité des langues empêche de voir la disparition des traits nationaux et la création de l'homme européen (1876). Union européenne des peuples dans laquelle chaque peuple individuel aura la position et les droits d'un canton.

Mouvement démocratique de l'Europe. Les Européens se ressemblent toujours davantage. Processus de " devenir Européens ". L'Européen d'aujourd'hui vaut moins que l'Européen de la Renaissance. 

Maladie de la volonté (nihilisme) inégalement répandue. Empoisonnement de l'Europe par l'alcool qui jusque là est allé de pair avec l'hégémonie politique et raciale des Germains. (trouvait qu'on ne se souciait pas assez du régime alimentaire).


La connaissance, les sciences :

Pourquoi accéder à la connaissance ? Pourquoi pas plutôt se faire des illusions ?
« Platon [République IX, 580d] et Aristote [Métaphysique I, i, 980b] ont raison de considérer les joies de la connaissance comme le bien le plus désirable, – à supposer qu’ils veuillent exprimer là une expérience personnelle et non générale : car pour la plupart des gens, les joies de la connaissance comptent parmi les plus faibles et se situent bien au dessous des joies de la table. »
Préludes de la science : magie, alchimie et astrologie.


Origine des sciences

Ces Grecs d'exception qui créèrent la science. Histoire la plus héroïque de l'esprit humain (cf le titre de Jean Dieudonné, mathématicien). La pensée philosophique peut être décelée au cœur de toute pensée scientifique. Toutes les sciences reposent sur le fondement général du philosophe. Il n'y a pas de philosophie en a parte, coupée de la science. On pense pareillement ici et là.


Comme mathématicien, Thalès s'était fermé à tout ce qui est mystique ou allégorique. Répugnance pour le mythe.

Je sais si peu de choses des résultats de la science. Et pourtant ce peu me semble déjà inépuisablement riche pour éclairer l’obscur et pour la mise à l’écart des façons primitives de penser et d’agir.

" Vive la physique ! Et davantage encore ce qui nous y contraint – notre probité ! ". cf " Ce n'a été qu'avec beaucoup de peine que les Écoles ont enfin osé admettre une Physique qu'elles s'imaginaient être contraire à celle de Moïse. " D'Alembert.
Chaque pas en avant dans la connaissance résulte de la probité envers soi (honnêteté intellectuelle). 

La connaissance tue l'action, car l'action exige l'illusion.

C'est sur la méthode que repose l'esprit scientifique ; les découvertes les plus précieuses, ce sont les méthodes. La coexistence pas trop méfiant / méfiant engendre la probité dans la République des savants;

Les sciences se sont ralliées à la philosophie d'Épicure et ont réfuté le christianisme. Religion et sciences vivent sur des astres différents. Là où l'être humain cesse de connaître, il commence à croire. Cf André Gide : Cesse de croire et instruis-toi.

La pensée philosophique est toujours sur les traces des choses les plus dignes d'être connues. La science moderne a pour but aussi peu de douleur que possible, une vie aussi longue que possible.

L'homme à convictions n'est pas l'homme de la pensée scientifique ; plus de respect pour les savants ! À bas tous les partis !


Éducation culture
Condorcet : « Tous les individus ne naissent pas avec des facultés égales […] En cherchant à faire apprendre davantage à ceux qui ont moins de facilité et de talent, loin de diminuer les effets de cette inégalité, on ne ferait que les augmenter. » (Nature et objet de l’instruction publique, 1791)
" En avril 1792, Condorcet présente au nom du Comité d'instruction publique de l'Assemblée législative un projet de réforme du système éducatif visant à créer un système hiérarchique d'instruction, dirigé et contrôlé de manière indépendante par les hommes de savoir qui agiraient comme gardiens des " Lumières " et qui garantiraient les libertés publiques. Les pirncipales dispositions du projet sont jugées contraires à l'égalité et à la vertu républicaines, on y voyait une tentative pour remplacer subrepticement la tyrannie institutionnelle des prêtres par celle d'une aristocratie de savants. Avec son système hiérarchique d'instruction couronné par un Institut national, la loi générale sur l'éducation, finalement adoptée par la Convention le 3 brumaire an III (25 octobre 1795), s'inspirait ouvertement de Condorcet.

La culture doit à la fois être transportée dans des cercles de plus en plus vastes, abandonner ses plus hautes prétentions à la souveraineté, et se soumettre comme une servante à la vie de l'État. (1872)


C / MON INDEX

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