mardi 14 février 2017

ACTUALITÉS DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE

État non définitif

A / MON INDEX

12 : KNABENLIEBE, PÉTRONE


B / ACTUALITÉ ÉDITORIALE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE


Réédition 2002 de Grasset, 1991

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Table des entrées du Dictionnaire Nietzsche de 2013

Affect (Affekt), affect du commandement (Affekt des Commando’s) 23
Altruisme (Altruismus) 27
Amor fati 30
Apollinien (Apollinisch) 34
Apparence (Schein) 38
Aristocratique, noble (aristokratisch, vornehm) 46 
Art (Kunst) 48
Bon Européen, Europe (guter Europäer, Europa) 54
 Cause, causalité (Ursache, Ursächlichkeit) 59
Chose (Ding) 68
Civilisation (Civilisation) 71
Concept (Begriff) 77
Connaissance (Erkenntnis) 80
Corps (Leib) 87
Culture (Cultur) 95
Dionysiaque (Dionysisch) 101
Égoïsme (Selbstsucht, Egoismus) 108
Élevage/dressage (Züchtung/Zähmung) 111
Esprit libre (freier Geist) 115
Éternel retour (ewige Wiederkehr) 120
Être (Sein) 127
Explication, expliquer (Erklärung, erklären) 130
Force (Kraft) 134
Gai savoir (fröhliche Wissenschaft, gaya scienza, gai saber), gaieté d’esprit (Heiterkeit) 139
Généalogie (Genealogie) 146
Hérédité (Vererbung) 154
Hiérarchie (Rangordnung) 162
Histoire, histoire naturelle (Geschichte, Historie ; Naturgeschichte) 168
Inconditionné, absolu (unbedingt, absolut) 171
Instinct, pulsion (Instinkt, Trieb) 174
Interprétation (Auslegung, Interpretation) 178
Législateur, législation (Gesetzgeber, Gesetzgebung) 182
Matière (Materie, Stoff) 187
Morale (Moral) 191
Nihilisme (Nihilismus) 198
Pathos, affect, sentiment de la distance (Pathos, Affekt, Gefühl der Distanz) 204
Philologie (Philologie) 206
Philosophe (Philosoph) 213
Pitié, compassion (Mitleid) 220
Plaisir/déplaisir, souffrance (Lust/Unlust, Leiden) 223
Renversement de toutes les valeurs (Umwerthung aller Werthe) 229
Ressentiment (Ressentiment*) 237
Sens historique (historischer Sinn) 241
Soulèvement d’esclaves (Sklavenaufstand) 244
Spiritualisation (Vergeistigung) 247
Surhumain (Übermensch) 251
Type, typologie (Typus, Typenlehre) 257
Valeur, évaluation (Werth, Werthschätzung) 262
Vérité (Wahrheit) 271
Vie (Leben) 278
Volonté (Wille) 284
Volonté de puissance (Wille zur Macht) 289



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Alain Jugnon : Nietzsche est la scène
Alain Jouffroy : Nietzsche fut mon compagnon de lecture 
Michel Surya : Ecce monstrum
Giuliano Campioni : Pour une nouvelle lecture de Nietzsche 
Miguel Morey : Les danses du présent
Monique Dixsaut : Le dur service de la vérité
Bernard Stiegler : La grande bifurcation vers le néguanthropos
Paul Audi : Suis-je nietzschéen ?
Jean Maurel : Oui, sept fois oui
Hadrien Laroche : De l’œuvre d’art là où elle apparaît sans artiste
Jean-Clet Martin : Nietzsche et le criminel
Frédéric Neyrat : Nietzsche et la relance métaphorique
Avital Ronell : Friedrich, ami d’une intello, malgré tout
Stefan Lorenz Sorgner : Nietzsche éducateur. D’Héraclite au transhumanisme
Philippe Beck : Comment ne pas être nietzschéen
Jean-Luc Nancy : Wer bin ich ?
Dorian Astor : Les monstres de courage et de curiosité

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Marseille : Agone, 2016

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À paraître en mars 2017



(Merci à Dorian Astor)

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C / Après ce survol de l'actualité éditoriale récente relative à Nietzsche, je voudrais souligner l'actualité de la pensée de ce philosophe.

Éducation, culture, philosophie, socialisme, athéisme, fin de vie, journalisme, Europe, islam, autant de thèmes nietzschéens qui participent de notre actualité.

Athéisme : Chez moi l'athéisme se conçoit d'instinct. Schopenhauer, premier athée avoué et inflexible chez les Allemands.

Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité.
Dieu : Cite les mots de Stendhal : " La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas. " Et Épicure (seule proposition vraie de toute philosophie de la religion) : " S'il y a des dieux, ils ne se soucient pas de nous. " Notre plus durable mensonge. Mensonge ou faiblesse de la croyance en Dieu. L'ultime, le plus mince, le plus vide, placé en premier comme origine, comme être le plus réel ; cause en soi = contradiction interne.
Défi jeté à la vie, au vouloir-vivre. La pensée la plus destructrice et la la plus hostile à la vie. Quel penseur a encore besoin de l'hypothèse d'un Dieu ? Hypothèse bien trop extrême. Rien qu'un mot pâli, pas même une notion (cf Delhomme). Une réponse grossière, une indélicatesse à l'égard des pensées, une interdiction : " Tu ne dois pas penser. "
Autrefois on cherchait à prouver qu'il n'y a pas de dieu ; aujourd'hui on montre comment la croyance qu'il y en a un a put s'établir. L'athéisme est la conséquence d'une élévation de l'homme.
Foi : La foi rend stupide même dans le cas où elle est au départ une foi intelligente. Foi de Pascal = suicide continu de la raison. Sacrifice de toute liberté, de toute fierté, de toute confiance de l'esprit en soi-même. Conteste que la foi, ou les martyrs, prouve quelque chose. Obtenue par des moyens radicalement opposés à la méthode de la recherche.
Religion : monstre enfanté par le doute quant à l'unité de la personnalité. 
Christianisme : religion lyrique (amour ; Nolite judicare ; un juge n'est pas objet de l'amour) ; les deux autres épiques et héroïques. A diabolisé l'Antiquité. Comme si un Jésus avait le moindre poids à côté d'un Platon, un Luther à côté d'un Montaigne (absurde). D'autres peuples ont des saints, les Grecs ont des sages. Religion de la déprimante compassion. Dans toute morale aristocratique, la compassion passe pour faiblesse. Soulèvement de tout ce qui rampe contre tout ce qui a de la hauteur. Pour N., la décadence commence avec le christianisme ; pccabilité et damnation. La pensée d'une dette envers Dieu devient pour  l'homme de la mauvaise conscience un instrument de torture. Cependant, religion très ingénieuse qui a ses faux-fuyants et apaisements (absolution).
Muselière pour le peuple, le peuple étant la muselière pour les gens éduqués.
Incapacité philologique du théologien. Si l'humanité redirigeait l'intelligence, de la théologie vers l'éducation.
Les insatisfaits accrochent leur cœur à Dieu. Le chrétien recherche la raison de son malaise dans ses fautes. Le fanatisme est la force de volonté des faibles.
Islam : Mahomet a fixé les coutumes et le mode de vie de chacun. Utilise l'au-delà comme instrument de punition. Mahomet a pris au christianisme le moyen de la tyrannie des prêtes, la croyance en l'immortalité et la doctrine du Jugement dernier.
Le Mahométisme religion pour les hommes ressent le christianisme comme une religion de femmes ; il méprise de christianisme ; l'islam présuppose des hommes.
Saint (pieux) mensonge " la vérité est là " = le prêtre ment. Commun à Confucius, loi de Manou (IIe siècle hindou), Mahomet, Église chrétienne.
Le christianisme nous a frustré de la culture du monde maure d'Espagne. Guerre à outrance avec Rome, Pais et amitié avec l'islam.


Philosophie : L'étymologie donne : philosophie = amour de la sagesse ; Pour N., le philosophe est celui qui aime les hommes sages. Il définit ainsi la vraie philosophie : " comprendre les limites de la raison " (objectif kantien). Mais il reproche à Kant d'avoir produit une " philosophie de professeurs ".
" Les Présocratiques, véritable philosophes des Grecs, m'ont éduqué " La religion des Grecs n'inhibait pas l'activité philosophique. Héraclite : monde vrai = mensonge.
Dialogue platonicien : jubilation que procurait la découverte de la pensée rationnelle. Avantage de Socrate sur le fondateur du christianisme : sourire et intelligence.
La philosophie est au cœur de toute pensée scientifique. Les sciences reposent sur un fondement philosophique (logique d'Aristote ; cf Heidegger, Koyré).
Le produit du philosophe est sa vie (Montaigne, Camus). Ce qui maintient la vie, la poursuite d'un bonheur nouveau. Faire de sa vie une expérience (Experiment].
La philosophie ne construit pas mais détruit (cf Vigny sur Voltaire). Inclassable, elle n'est pas une science de l'homme. Elle fait du tort à la bêtise.
Malhonnêteté des philosophes à déduire Dieu qu'ils tiennent pour bon et vrai depuis le début (allusion à Descartes dans les MM). Manque de rigueur rage de la généralisation (les deux mouvements de la pensée selon Schopenhauer).
Ce qui fait défaut : de nouveaux philosophes. " Je vois venir de nouveaux philosophes, très libres esprits. "


Chez Nietzsche le concept d'esprit libre déborde le strict athéisme. La critique de la foi religieuse est faite au nom de la logique (Dieu est une hypothèse bien trop extrême) mais aussi, dans le cas du christianisme, au nom de la valeur " vie ". Application pratique, son opinion sur la fin de vie :
Humain, trop humain I, 1878, II " Sur l'histoire des sentiments moraux ", § 80 Le vieillard et la mort : « Abstraction faite des exigences qu'imposent la religion, on doit bien se demander : pourquoi le fait d'attendre sa lente décrépitude jusqu'à la décomposition serait-il plus glorieux, pour un homme vieilli qui sent ses forces diminuer, que de se fixer lui-même un terme en pleine conscience ? Le suicide est dans ce cas un acte qui se présente tout naturellement et qui, étant une victoire de la raison, devrait en toute équité mériter le respect : et il le suscitait, en effet, en ces temps où les têtes de la philosophie grecque et les patriotes romains les plus braves mouraient d'habitude suicidés. Bien moins estimable est au contraire cette manie de se survivre jour après jour à l'aide de médecins anxieusement consultés et de régimes on ne peut plus pénibles, sans force pour se rapprocher vraiment du terme authentique de la vie. — Les religions sont riches en expédients pour éluder la nécessité du suicide : c'est par là qu'elle s'insinue flatteusement chez ceux qui sont épris de la vie. »
Le premier volume de Humain, trop humain Un livre pour esprits libres , dédié à Voltaire pour le centième anniversaire de sa mort (30 mai 1778).

Intérêt de sa critique des socialistes pour comprendre la gauche en crise.

Égalité de l'enseignement pour tous jusqu'à quinze ans ; la prédestination au lycée par les parents est une injustice.

Le socialisme est fondé sur la résolution de poser les hommes égaux et d'être juste envers chacun. C'est la moralité la plus élevée, et le plus grand des mensonges. Cela relève de la décadence.

Volonté de puissance = volonté de la vie, trait de caractère fondamental des dominateurs. Moyen contre le socialisme : mener une vie sobre et modeste.

Les socialistes ont pour la plupart le tempérament sombre, débile [faible] songe-creux, fielleux. Espèce d'hommes la plus myope, la plus sincère, la plus bruyante.

Le socialisme vise à la destruction de la grande intelligence et de la forte individualité (représentation et volonté).

Christianisme latent dans le socialisme [Dolléans]. Le socialiste cherche la raison de son malaise dans la société comme le chrétien la recherche dans ses fautes. Les socialistes en appellent aux instincts chrétiens, c'est leur plus fine habileté.


Sur l'Europe : L'Europe et la culture, l'Europe et la science.
L’argent à lui seul obligera l’Europe, tôt ou tard, à se fondre en une seule puissance, ça c'est bien vu !!

Les journalistes.
La philosophie a de précieux d'enseigner le contraire de tout ce qui est journalistique : moment, opinions, mode. Cf Gide, moins intéressant demain.
Quiconque a de l'argent et de l'influence peut, de toute opinion, faire une opinion publique.
Le journalisme se substitue à la culture et l'information à l'instruction.
Œuvre de séduction du peuple poursuivie par les journalistes. Menues malhonnêtetés qui égarent l'opinion. Fausse alerte permanente qui détourne vers une fausse direction.
La liberté de la presse met le style et finalement l'esprit à terre. Galiani le savait déjà il y a un siècle. Encore un siècle de journalisme, et tous les mots, et l'esprit lui-même, pueront. Mépris profond pour ceux qui travaillent dans la presse. Souhaitait une interdiction policière de toute page de journal contenant la moindre faute de langage.

Cite Baudelaire (Mon cœur mis à nu) : la lecture du journal le matin, dégoûtant apéritif.
Presse mal vue par de nombreux auteurs, à commencer par Voltaire.

Marx : " On croirait jusqu'à présent que la formulation des mythes chrétiens dans l'Empire romain n'avait été possible que parce que l'imprimerie n'était pas encore inventée. C'est tout le contraire. la presse quotidienne et le télégraphe qui répand ses inventions en un clin d'œil dans tout le globe fabriquent plus de mythes en un jour qu'on ne pouvait en fabriquer autrefois en un siècle (et ces veaux de bourgeois les gobent et les diffusent). " (Lettre au médecin Ludwig Kugelman, 27 juillet 1871).

Jessica Abrahams et Brice Couturier proposent :
1 / Être tout simplement compétents
2 / S’efforcer à la plus grande précision possible.
3 / Cesser de mêler à la relation des faits nos jugements de valeur.
4 / Veiller au pluralisme de l’information, améliorer la diversité d’opinion.
5 / Éviter toute connivence avec le milieu politique.




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