jeudi 23 mars 2017

INDEX NIETZSCHE (6/16) : LA CONNAISSANCE, LES SCIENCES suivi de LES MATHÉMATIQUES




FRÉDÉRIC NIETZSCHE, LA CONNAISSANCE,
LES SCIENCES



Voir, dans le Dictionnaire Nietzsche, les excellentes entrées
" Connaissance ", cc. 150b-156b, par Scarlett Marton 
" Science ", cc. 812b-816a, par Philippe Choulet 


La vision dionysiaque du monde, 1870 [publié en 1928]

§ 3 : « Le manque de connaissance de l'homme sur lui-même est le problème de Sophocle, le manque de connaissance de l'homme sur les dieux, celui d'Eschyle. » [Der Mangel an Erkenntniß im Menschen über sich ist das sophokleische Problem, der Mangel an Erkenntniß im Menschen über die Götter das äschyleische.]


Cinq préfaces à cinq livres qui n'ont pas été écrits, 1872, [Fünf Vorreden zu fünf ungeschriebenen Büchern]
1 "Sur le Pathos de la vérité" : L'art est plus puissant que la connaissance, car il veut la vie, tandis que le but ultime qu'atteint la connaissance n'est que  l'anéantissement.  [Die Kunst ist mächtiger als die Erkenntniß, denn sie will das Leben, und jene erreicht als letztes Ziel nur — die Vernichtung. —]


La naissance de la tragédie, 1872,

§ 7 : " La connaissance tue l’action, car l’action exige que l’on se drape dans l’illusion  c’est la leçon d’Hamlet. [Die Erkenntniss tödtet das Handeln, zum Handeln gehört das Umschleiertsein durch die Illusion — das ist die Hamletlehre]


Fragments posthumes, 1872-1873,

P I 20b, été 1872 - début 1873 : 19[133] : " La nature ne connaît pas de figure, pas de grandeur, c'est seulement pour un [sujet] connaissant que les choses apparaissent grandes ou petites. " [Die Natur kennt keine Gestalt, keine Größe, sondern nur für ein Erkennendes treten die Dinge so groß und so klein auf.


La philosophie à l’époque tragique des Grecs, [avril 1873 - 1875], 1896,
Selon Enrico Müller, cet écrit repose dans sa plus grande partie sur un cours donné par Nietzsche en été 1872 à Bâle. Voir l'entrée " Philosophie à l'époque tragique des Grecs " dans le Dictionnaire Nietzsche, cc. 705a-710a.
§ 3 : thèse selon laquelle l'eau serait l'origine et la matrice de toutes choses. Est-il vraiment nécessaire de s'y arrêter et de la prendre au sérieux ? [dem Satze, daß das Wasser der Ursprung und der Mutterschooß aller Dinge sei: ist es wirklich nöthig, hierbei stille zu stehen und ernst zu werden?][...] pour trois raisons :
 - cet énoncé traite de l'origine des choses [der Satz etwas vom Ursprung der Dinge aussagt]
 - il le fait sans image ni fabulation [
er dies ohne Bild und Fabelei thut und vom Wasser redet]
 - il contient la pensée que tout est un [alles ist eins]
La troisième raison fait de Thalès [de Milet (Turquie actuelle), -Ve siècle] le premier philosophe grec.
En tant que mathématicien et astronome, Thalès s'était fermé à tout ce qui est mystique ou allégorique.
" S'il [Thalès] a, en l'occurrence, bien utilisé la science et employé des vérités démontrables pour les dépasser aussitôt, c'est précisément là un trait typique de l'esprit philosophique. " [Wenn er dabei die Wissenschaft und das Beweisbare zwar benutzte, aber bald übersprang, so ist dies ebenfalls ein typisches Merkmal des philosophischen Kopfes.
" Une acuité dans l'activité de discernement et de connaissance, une grande capacité de distinction constituent donc, suivant la conscience du peuple, l'art propre au philosophe. [ein scharfes Herausmerken und -erkennen, ein bedeutendes Unterscheiden macht also, nach dem Bewußtsein des Volkes, die eigenthümliche Kunst des Philosophen aus.]
[...]
En choisissant et en distinguant ce qui est extraordinaire, étonnant, difficile, divin, la philosophie se définit par rapport à la science, de même qu'elle se définit par rapport à l'habileté en préférant l'inutile. La science se précipite sans faire de tels choix, sans une telle délicatesse, sur tout ce qui est connaissable, aveuglée par le désir de tout connaître à n'importe quel prix. La pensée philosophique est au contraire toujours sur les traces des choses les plus dignes d'être connues. " [Durch dieses Auswählen und Ausscheiden des Ungewöhnlichen Erstaunlichen Schwierigen Göttlichen grenzt sich die Philosophie gegen die Wissenschaft eben so ab, wie sie durch das Hervorheben des Unnützen sich gegen die Klugheit abgrenzt. Die Wissenschaft stürzt sich, ohne solches Auswählen, ohne solchen Feingeschmack, auf alles Wißbare, in der blinden Begierde, alles um jeden Preis erkennen zu wollen; das philosophische Denken dagegen ist immer auf der Fährte der wissenswürdigsten Dinge, der großen und wichtigen Erkenntnisse.]


Vérité et mensonge au sens extra-moral, 1873,

§ 2 : " La journée de veille d’un peuple stimulé par le mythe, comme par exemple les Grecs anciens, est en fait, par le miracle continu tel que le conçoit le mythe, plus semblable au rêve qu’à la journée du penseur dégrisé par la science. " [Der wache Tag eines mythisch erregten Volkes, etwa der älteren Griechen, ist durch das fortwährend wirkende Wunder, wie es der Mythus annimmt, in der That dem Traume ähnlicher als dem Tag des wissenschaftlich ernüchterten Denkers.]


Fragments posthumes, 1872-1873,

U I 4bn été 1872 - début 1873 : 21[13] : " Là où l'être humain cesse de connaître, il commence à croire. Il jette sa confiance morale sur ce point, espérant être payé de retour : le chien nous regarde avec des yeux pleins de confiance et veut que nous lui fassions confiance.
La connaissance n'a pas autant d'importance pour le bien-être de l'être humain que la foi. Même lorsque quelqu'un découvre une vérité, p. ex. une vérité mathématique, sa joie est le fruit de la confiance absolue qu'il a de pouvoir construire là-dessus. Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité. " [Wo der Mensch zu erkennen aufhört, fängt er zu glauben an. Er wirft sein moralisches Zutrauen auf diesen Punkt und hofft nun mit gleichem Maße bezahlt zu werden: der Hund blickt uns mit zutraulichen Augen an und will daß wir ihm trauen.
Das Erkennen hat für das Wohl des Menschen nicht so viel Bedeutung wie das Glauben. Selbst bei dem Finder einer Wahrheit z.B. einer mathematischen ist die Freude das Produkt seines unbedingten Vertrauens, er kann darauf bauen. Wenn man den Glauben hat, so kann man die Wahrheit entbehren.]

P I 20b, été 1872 - début 1873 : 19[11] : la pulsion de connaissance sans discernement vaut la pulsion sexuelle indifférente – signes de vulgarité ! 
[22] : la pulsion de connaissance sélective rend à la beauté sa puissance.
[24] : Il ne s’agit pas d’une destruction de la science, mais d’une domination. Elle dépend en effet totalement dans tous ses buts et méthodes de conceptions philosophiques, mais elle l’oublie facilement. La philosophie qui domine doit penser le problème de savoir jusqu’où la science doit se développer : elle doit fixer la valeur
[41] : la culture d’un peuple se manifeste dans le domptage uniforme imposé aux pulsions de ce peuple : la philosophie dompte la pulsion de connaissance. 
[75] : la pensée philosophique peut être décelée au cœur de toute pensée scientifique ; même dans la conjecture. 
19[76] : Il n’y a pas de philosophie en aparte, coupée de la science : on pense pareillement ici et là.
[136] : Toutes les sciences ne reposent que sur le fondement général du philosophe.
[141] : Tout savoir se constitue par séparation, démarcation, limitation ; pas de savoir absolu d’un tout !
[156] : " La proposition : il n’y a pas de connaissance sans être connaissant, ou pas de sujet sans objet et pas d’objet sans sujet [Schopenhauer, Le Monde …, « Suppléments », II, xix], cette proposition est parfaitement vraie, mais extrêmement triviale. " [C’est cela que Sartre prit pour une découverte de Husserl]. 
[172] : " C'est dans le philosophe que la connaissance et la culture se rejoignent. "
[182] : " L’humanité a dans la connaissance un beau moyen de sa ruine. " [Die Menschheit hat an der Erkenntniß ein schönes Mittel zum Untergang.]
[235] : " Toutes les lois de la nature ne sont que des relations d’un x à un y et un z. Nous définissons les lois de la nature comme la relation à un xyz, où chaque terme, à son tour, ne nous est connu que comme relations à d'autres xyz. "
[236] : la connaissance n’a que la forme de la tautologie. Tout progrès de la connaissance consiste à identifier le non-identique.


De l'utilité et des inconvénients de l'histoire pour la vie, 1874,

Préface : « " Je hais tout ce qui ne fait que m'instruire, sans augmenter ou stimuler directement mon activité. " [Goethe à Schiller, 19 décembre 1798] Ce sont ces mots de Goethe qui, comme un vigoureux Ceterum censeo [Caton l'Ancien, Ceterum censeo Carthaginem esse delendam], pourrait ouvrir notre considération sur la valeur et la non-valeur des études historiques. »



Humain, trop humain Un livre pour esprits libres, 1878,

I " Des principes et des fins ", § 6. L'esprit de la science puissant dans le détail, non dans le tout. : 
Antagonisme entre les domaines scientifiques particuliers et la philosophie. Cette dernière veut la même chose que l'art, donner le plus de profondeur et de sens possible à la vie et à l'action ; dans les premiers [les domaines scientifiques particuliers], on cherche la connaissance et rien de plus, — quoi qu'il put en sortir. Jusqu'à présent, il n'y a pas encore eu de philosophe entre les mains de qui la philosophie n'ait pas tourné à quelque apologie de la connaissance. [Hier ist der Antagonismus zwischen den wissenschaftlichen Einzelgebieten und der Philosophie. Letztere will, was die Kunst will, dem Leben und Handeln möglichste Tiefe und Bedeutung geben; in ersteren sucht man Erkenntniss und Nichts weiter, — was dabei auch herauskomme. Es hat bis jetzt noch keinen Philosophen gegeben, unter dessen Händen die Philosophie nicht zu einer Apologie der Erkenntniss geworden wäre; in diesem Puncte wenigstens ist ein jeder Optimist, dass dieser die höchste Nützlichkeit zugesprochen werden müsse. Sie alle werden von der Logik tyrannisirt: und diese ist ihrem Wesen nach Optimismus.]

II " Pour servir à l'histoire des sentiments moraux ",
§ 38. Utile, mais dans quelle mesure ?
§ 68. Moralité et succès. : les sciences en plein essor se sont ralliées point par point à la philosophie d’Épicure, mais ont point par point réfuté le christianisme. [Wie es mit der grösseren Wahrheit steht, ist daraus zu ersehen, dass die erwachenden Wissenschaften Punct um Punct an Epikur’s Philosophie angeknüpft, das Christenthum aber Punct um Punct zurückgewiesen haben.]

III " La vie religieuse ",
 § 110. La vérité dans la religion. : il n’existe ni parenté, ni amitié, ni même hostilité entre la religion et la science effective : elles vivent sur des astres différents. Toute philosophie qui laisse une queue de comète religieuse s'allumer dans l'obscurité de ses pespectives ultimes donne à suspecter toute la part d'elle-même qu'elle présente comme science : tout cela aussi, on s'en doute, est de la religion, quoique sous la pompe de la science. [In der That besteht zwischen der Religion und der wirklichen Wissenschaft nicht Verwandtschaft, noch Freundschaft, noch selbst Feindschaft: sie leben auf verschiedenen Sternen. Jede Philosophie, welche einen religiösen Kometenschweif in die Dunkelheit ihrer letzten Aussichten hinaus erglänzen lässt, macht Alles an sich verdächtig, was sie als Wissenschaft vorträgt: es ist diess Alles vermuthlich ebenfalls Religion, wenngleich unter dem Aufputz der Wissenschaft. —]
§ 128 : la science moderne a pour but aussi peu de douleur que possible, une vie aussi longue que possible

IV " De l'âme des artistes et écrivains ", § 222 : l’homme scientifique prend la suite de l’homme artistique.

V " Caractères de haute et basse civilisation ", § 251 : L’avenir de la science. La science donne beaucoup de satisfaction à celui qui y consacre son travail et ses recherches, mais fort peu à celui qui en apprend les résultats.
Suspicion sur la métaphysique, la religion et l'art qui consolent.
§ 252 Le plaisir de la connaissance.
§ 271 L'art de raisonner. : « Le plus grand progrès qu'aient fait les êtres humains consiste en ce qu'ils ont appris à raisonner correctement. Ce n'est pas là chose aussi naturelle que le suppose Schopenhauer (1) lorsqu'il dit : " Tous sont capables de raisonner, fort peu de juger. " [Ethik, 114], mais chose apprise tard et encore loin d'avoir établi son autorité . Aux temps anciens, le raisonnement faux est la règle : et les mythologies de tous les peuples, leur magie et leur superstition, leur culte religieux, leur droit, sont des mines inépuisables de preuves de cette proposition. » [Die Kunst, zu schliessen. — Der grösste Fortschritt, den die Menschen gemacht haben, liegt darin, dass sie richtig schliessen lernen. Das ist gar nicht so etwas Natürliches, wie Schopenhauer annimmt, wenn er sagt: „zu schliessen sind Alle, zu urtheilen Wenige fähig“, sondern ist spät erlernt und jetzt noch nicht zur Herrschaft gelangt. Das falsche Schliessen ist in älteren Zeiten die Regel: und die Mythologien aller Völker, ihre Magie und ihr Aberglaube, ihr religiöser Cultus, ihr Recht sind die unerschöpflichen Beweis-Fundstätten für diesen Satz.]
1. Cf Diderot : « Celui qui osera prononcer dans une question qui excède la capacité de son talent naturel, aura l’esprit faux. Rien n’est si rare que la logique : une infinité d’hommes en manquent. » (Réfutation de l’ouvrage d’Helvétius intitulé L’Homme, IV).

IX " L'homme seul avec lui-même ", § 630 : l’homme à convictions n’est pas l’homme de la pensée scientifique.
§ 631 : l'esprit scientifique doit progressivement mûrir chez l'homme cette vertu d'abstention prudente 
§ 635 : les méthodes scientifiques sont un aboutissement de la recherche au moins aussi important que n’importe quel autre de ses résultats ; car c’est sur la compréhension de la méthode que repose l’esprit scientifique.



Fragments posthumes, 1876-1879,

Mp XIV 1b, fin 1876 – été 1877 : 23[13] : "La science est la mort de toutes les religions, peut-être aussi un jour celle des arts." [Die Wissenschaft ist der Tod aller Religionen, vielleicht einmal auch der Künste.]
23[17] : "Les personnes qui n’ont pas de formation scientifique ne font que bavarder quand elles parlent de sujets sérieux et difficiles, et elles le font avec présomption. Socrate a raison. [Menschen, die keine wissenschaftliche Cultur haben, schwatzen, wenn sie über ernste und schwere Gegenstände reden und thun es mit Anmaaßung. Sokrates behält recht.]
23[144] : " Il est dans la nature des esprits non scientifiques de préférer n'importe quelle explication d'une chose à l'absence d'explication ; s'abstenir, ils ne veulent pas y penser. " [Es ist nach Art der unwissenschaftlichen Menschen, irgend eine Erklärung einer Sache keiner vorzuziehn, sie wollen von der Enthaltung nichts wissen.]

Mp XIV 2a, automne 1878 : 36[2] : Une chouette de plus pour Athènes. — Que la science et le sentiment national sont des contraires, on le sait, même s'il se fait que des faux-monnayeurs politiques nient à l'occasion cette vérité : et enfin ! viendra aussi le jour où l'on comprendra que toute civilisation élevée ne peut aujourd'hui s'entourer encore de barrières nationales qu'à son propre détriment. Il n'en fut pas toujours ainsi : mais la roue a tourné et continue à tourner. [Noch eine Eule nach Athen. — Daß Wissenschaft und Nationalgefühl Widersprüche sind, weiß man, mögen auch politische Falschmünzer gelegentlich dies Wissen verleugnen: und endlich! wird auch der Tag kommen, wo man begreift, daßalle höhere Cultur nur zu ihrem Schaden sich jetzt noch mit nationalen Zaunpfählen umstecken kann. Es war nicht immer so: aber das Rad hat sich gedreht und dreht sich fort.

N I 3c, 1878 - juillet 1879 : [5] : « Les Thraces font la transition vers la science les premiers : Démocrite [d'Abdère] Protagoras [d'Abdère] Thucydide. »


Opinions et sentences mêlées [Hth II], 1879,

§ 98 : à un être purement connaissant, la connaissance serait indifférente. [für ein rein erkennendes Wesen wäre die Erkenntniss gleichgültig.]

§ 205. Air vif. : " Le meilleur et le plus sain dans la science comme dans la montagne est l'air vif qui souffle en elles. — Les esprits douillets (comme les artistes) redoutent et dénigrent la science à cause de cet air-là. " [Das Beste und Gesündeste in der Wissenschaft wie im Gebirge ist die scharfe Luft, die in ihnen weht. — Die Geistig-Weichlichen (wie die Künstler) scheuen und verlästern dieser Luft halber die Wissenschaft.]

§ 215 : La morale des savants.
" Un progrès rapide et régulier des sciences n'est possible que si l'individu n'est pas obligé d'être trop méfiant, de vérifier un à un les calculs et les assertions des autres dans des domaines qui ne lui sont pas familiers ; mais la condition en est que chacun ait dans sa propre sphère des concurrents extrêmement méfiants, et qui le surveillent de très près. C'est cette coexistence de 'pas trop méfiant' et de 'extrêmement méfiant' qui engendre la probité dans la République des savants. " [Moral der Gelehrten. — Ein regelmässiger und schneller Fortschritt der Wissenschaften ist nur möglich, wenn der Einzelne nicht zu misstrauischsein muss, um jede Rechnung und Behauptung Anderer nachzuprüfen, auf Gebieten, die ihm ferner liegen: dazu aber ist die Bedingung, dass Jeder auf seinem eigenen Felde Mitbewerber hat, die äusserst misstrauisch sind und ihm scharf auf die Finger sehen. Aus diesem Nebeneinander von „nicht zu misstrauisch“ und „äusserst misstrauisch“ entsteht die Rechtschaffenheit in der Gelehrten-Republik.]
§ 221 : Grecs d'exception.
« Que l'on rende dignement hommage à la grandeur de ces Grecs d'exception qui créèrent la science. Raconter leur histoire, c'est raconter l'histoire la plus héroïque de l'esprit humain. » [würdige man die Grösse jener Ausnahme-Griechen, welche die Wissenschaft schufen! Wer von ihnen erzählt, erzählt die heldenhafteste Geschichte des menschlichen Geistes!]
§ 318 : Du gouvernement des savants.
« Aucune puissance du monde n'est actuellement assez forte pour réaliser le bien, – à moins que la croyance à l'utilité supérieure de la science et des savants ne finisse par paraître évidente même aux plus rebelles et qu'ils ne la préfèrent à la foi dans le nombre, aujourd'hui régnante. Dans l'esprit de cet avenir, que notre mot d'ordre soit : "Plus de respect pour les savants ! Et à bas tous les partis ! » [keine Macht der Welt ist jetzt stark genug, das Bessere zu verwirklichen, — es sei denn, dass der Glaube an die höchste Nützlichkeit der Wissenschaft und der Wissenden endlich auch dem Böswilligsten einleuchte und dem jetzt herrschenden Glauben an die Zahl vorgezogen werde. Im Sinne dieser Zukunft sei unsere Losung: „Mehr Ehrfurcht vor dem Wissenden! Und nieder mit allen Parteien!“]


Fragments posthumes, 1880,

M II 1 [9], printemps 1880 : « Platon [République IX, 580d] et Aristote [Métaphysique I, i, 980b] ont raison de considérer les joies de la connaissance comme le bien le plus désirable, – à supposer qu’ils veuillent exprimer là une expérience personnelle et non générale : car pour la plupart des gens, les joies de la connaissance comptent parmi les plus faibles et se situent bien au dessous des joies de la table. » 

N V 3, été 1880 : [290] : Je sais si peu de choses des résultats de la science. Et pourtant ce peu me semble déjà inépuisablement riche pour éclairer l’obscur et pour la mise à l’écart des façons primitives de penser et d’agir.
[295] : les sciences représentent la moralité supérieure par rapport aux déchiffreurs d’énigmes et constructeurs de systèmes.

N V 4, automne 1880 : [3] : l’histoire de la science montre la victoire des pulsions nobles : il circule beaucoup de moralité dans la praxis  de la science.



Aurore  Réflexions sur les préjugés moraux, 1881,

I, § 6 : la science nous oblige à abandonner la croyance en des causalités simples
§ 48 : « Connais-toi toi-même », c’est toute la science. Ce n’est qu’au terme de la connaissance de toutes choses que l’être humain se connaîtra. Car les choses ne sont que les frontières de l’être humain. [« Erkenne dich selbst »  ist die ganze Wissenschaft. — Erst am Ende der Erkenntniss aller Dinge wird der Mensch sich selber erkannt haben. Denn die Dinge sind nur die Gränzen des Menschen.]

III, § 195 : nous avons besoin avant tout d’un savoir mathématique et mécanique […] ce martyre qu’est l’histoire des sciences dures.

V, § 424. Pour qui la vérité existe. : la vérité n’est faite que pour les âmes puissantes et ingénues […] les autres cherchent des remèdes à leur mal […] De là le peu de plaisir que ces gens prennent à la science

§ 429. La nouvelle passion. : nous préférons tous la destruction de l’humanité à la régression de la connaissance !

§ 432. Chercheurs et expérimentateurs. : Aucune méthode scientifique n’est la seule à pouvoir donner accès à la connaissance !


Fragments posthumes, 1881,

M III 1, printemps-automne 1881 : [80] : La connaissance vaut en tant que : 1) elle réfute la « connaissance absolue » 2) elle découvre le monde objectif et dénombrable des successions nécessaires.
[124] : Certaines impulsions, par exemple l’impulsion sexuelle, sont susceptibles d’un grand affinement, d’une haute sublimation par l’intellect (amour de l’humanité, vénération de Marie et des saints, enthousiasme, exaltation artistiques ; Platon entend que l’amour de la connaissance et de la philosophie serait une impulsion sexuelle sublimée) dans le même temps continue à s’exercer son ancienne action immédiate.
[132] : La raison ! Sans la connaissance, elle est quelque chose d’absolument insensé, même chez les plus grands philosophes !
[162] : Il nous faut aimer et cultiver l’erreur, c’est le sein maternel de la connaissance.

M III 4a, automne 1881 : [26] : Passion de la connaissance laquelle justement veut reconnaître la connaissance et du même coup celui qui en est passionné !


Le Gai Savoir [la gaya scienza], 1882,

II, § 107 : ultime reconnaissance envers la science

III, § 112 : Il suffit de considérer la science comme une humanisation relativement fidèle des choses
III, § 246 : la mathématique n’est que le moyen de l’universelle et dernière connaissance de l’humain.

IV, § 293 : sévérité de la science ; atmosphère claire, transparente, tonifiante, virile
§ 300 : préludes de la science : magie, alchimie, astrologie
§ 319 : nous autres, assoiffés de raison, nous voulons scruter nos vécus avec autant de rigueur qu’une recherche scientifique, heure par heure, jour par jour ! Nous voulons être nous-mêmes nos propres cobayes d’expérimentation et de recherche.
§ 333 : Ce qui s'appelle connaître. [Was heisst erkennen] — Non ridere, non lugere, neque destestari, sed intelligere ! dit Spinoza [Éthique, III, Préface : Nam ad illos revertere volo, qui hominum Affectûs, & actiones detestari, vel ridere malunt, quàm intelligere]
§ 335 : " Vive la physique ! Et davantage encore ce qui nous y contraint – notre probité ! ". cf " Ce n'a été qu'avec beaucoup de peine que les Écoles ont enfin osé admettre une Physique qu'elles s'imaginaient être contraire à celle de Moïse. " D'Alembert, "Discours préliminaire..., Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné..., tome I, 1751.

V, § 344 : Dans la science les convictions [Ueberzeugungen] n’ont pas droit de cité […] ce n’est que lorsqu’elles se décident à s’abaisser modestement au niveau d’une hypothèse, à adopter le point de vue provisoire d’un essai expérimental, d’une fiction régulatrice, que l’on peut leur accorder l’accès et même une certaine valeur à l’intérieur du domaine de la connaissance – avec cette restriction toutefois, de rester sous la surveillance policière de la méfiance – […] Reste à savoir s’il ne faudrait pas, pour que pareille discipline [de l’esprit scientifique] pût s’instaurer, qu’il y eût déjà conviction […] la science elle aussi se fonde sur une croyance, il n’est point de science « sans présupposition ». […] [Wille zur Wahrheit] : Pourquoi ne pas tromper ? Mais pourquoi ne pas se laisser tromper ? […] [Erkenntnisss] – la croyance à la science ne saurait avoir pris son origine dans un calcul d’utilité, elle est née en dépit du fait que l’inutilité et la dangerosité [Gefährlichkeit] de la « volonté de vérité », de la « vérité à tout prix » sont constamment démontrés. […]
C’est toujours une  croyance métaphysique sur quoi repose notre croyance en la science


Fragment posthume, 1885-1886,

W I 8, automne 1885 - automne 1886 : "Connaître", c'est un rapporter à : par essence un regressus in infinitum. [„Erkennen“ ist ein Zurückbeziehn: seinem Wesen nach ein regressus in infinitum.]


Essai d'autocritique, 1886 (août),

§ 1 : " La science elle-même, notre science, — oui, envisagée comme symptôme de vie, que signifie, au fond, toute science ? Quel but, pis encore quelle origine de toute science ? [die Wissenschaft selbst, unsere Wissenschaft — ja, was bedeutet überhaupt, als Symptom des Lebens angesehn, alle Wissenschaft? Wozu, schlimmer noch, woher — alle Wissenschaft? Wie? Ist Wissenschaftlichkeit vielleicht nur eine Furcht und Ausflucht vor dem Pessimismus? Eine feine Nothwehr gegen — die Wahrheit? Und, moralisch geredet, etwas wie Feig- und Falschheit? Unmoralisch geredet, eine Schlauheit? Oh Sokrates, Sokrates, war das vielleicht dein Geheimniss? Oh geheimnissvoller Ironiker, war dies vielleicht deine — Ironie? ——]

§ 2 : " voir la science sous l'optique de l'artiste et l'art sous celle de la vie... [die Wissenschaft unter der Optik des Künstlers zu sehn, die Kunst aber unter der des Lebens….]

Par-delà bien et mal, 1886 (septembre),

VI, « Nous, les savants », § 204 : la déclaration d’indépendance de l’homme de science, son affranchissement de la philosophie, est une conséquence indirecte de la pensée démocratique et de ses prétentions
VII, " Nos vertus ", § 229 : l’homme de connaissance, lorsqu’il contraint son esprit à connaître contre sa pente naturelle, et bien souvent aussi contre les vœux de son cœur –, en l’obligeant à nier là où il voudrait approuver, aimer, adorer, – se comporte comme un artiste de la cruauté raffinée ; le simple fait d’étudier un sujet sérieusement et à fond est une violence volontaire contre la tendance foncière [Grundwillen] de l’esprit qui se dirige inlassablement vers l’apparence et la superficie : dans toute volonté de connaître il entre déjà une goutte de cruauté.
§ 230 : C’est cette aspiration à l’apparence, à la simplification, au masque, au manteau, bref à la surface  car toute surface est un manteau  que contrecarre la tendance sublime à la connaissance, laquelle va et veut aller à la racine et à la complexité des choses ; il y a là une cruauté de la conscience intellectuelle et du goût que tout penseur courageux reconnaîtra en soi. […] Replonger l’homme dans la nature ; faire justice de nombreuses interprétations vaniteuses, aberrantes et sentimentales qu’on a griffonnées sur cet éternel texte primitif de l’homme naturel ; vouloir que l’homme se tienne désormais en face de l’homme comme, aujourd’hui déjà, dans la discipline de l’esprit scientifique, il se tient en face de l’autre nature. [Diesem Willen zum Schein, zur Vereinfachung, zur Maske, zum Mantel, kurz zur Oberfläche — denn jede Oberfläche ist ein Mantel — wirkt jener sublime Hang des Erkennenden entgegen, der die Dinge tief, vielfach, gründlich nimmt und nehmen will [...] Den Menschen nämlich zurückübersetzen in die Natur; über die vielen eitlen und schwärmerischen Deutungen und Nebensinne Herr werden, welche bisher über jenen ewigen Grundtext homo natura gekritzelt und gemalt wurden; machen, dass der Mensch fürderhin vor dem Menschen steht, wie er heute schon, hart geworden in der Zucht der Wissenschaft, vor der anderen Natur steht]


Généalogie de la morale, 1887,
III, § 23 : lorsqu’aujourd’hui la science n’est pas la manifestation la plus récente de l’idéal ascétique […], elle est une couverture pour le mécontentement, le manque de foi [Unglauben], le remords, la despectio sui, la mauvaise conscience

Crépuscule des Idoles, [1888]
« Maximes et traits », § 5 : Il est bien des choses que je veux, une fois pour toutes, ne point savoir. La sagesse fixe des limites même à la connaissance.

L’Antéchrist,
§ 12 : le prêtre, qu’a-t-il à faire de la science ?
§ 13 : les découvertes les plus précieuses, ce sont les méthodes
§ 59 : « la probité de la connaissance était déjà là il y a plus de deux mille ans ».
Loi contre le christianisme : être chrétien est d’autant plus criminel qu’on se rapproche le plus de la science

Ecce Homo,
Avant-propos, § 3 : chaque pas en avant dans la connaissance est la conséquence de la probité [Sauberkeit] envers soi.


Fragments posthumes, 1884-1888,

W I 1, printemps 1884 : [192] : la « cause première », comme la « cause en soi », n’est pas une énigme, mais une contradiction.

NVII 1, avril-juin 1885 : 34[244] : NB. « Connaître » est la manière de nous faire sentir que nous savons déjà quelque chose : donc le combat d'un sentiment de quelque chose de nouveau et la transformation de l’apparemment neuf en quelque chose d’ancien. [NB. „Erkennen“ ist der Weg, um es uns zum Gefühl zu bringen, daß wir bereits etwas wissen: also die Bekämpf]ung eines Gefühls von etwas Neuem und Verwandlung des anscheinend Neuen in etwas Altes.]
34[246] : Nous ne voulons pas du tout "connaître", mais ne pas être perturbés dans la croyance que nous savons déjà. [Wir wollen gar nicht „erkennen“, sondern nicht im Glauben gestört werden, daß wir bereits wissen.]

W I 4, juin-juillet 1885 : [23] : la « Connaissance » : une échelle qui permet de comparer des erreurs plus anciennes et des erreurs plus récentes.

W I 8, automne 1885 – automne 1886 : Connaître signifie : « entrer en relation conditionnelle avec quelque chose »

Mp XVII 3b, fin 1886 – printemps 1887 : [4] : toute connaissance humaine est soit expérience, soit mathématique

Mp XVII 3b, fin 1886 – printemps 1887 : [15] : Constater ce qui est, comme il est, paraît être quelque chose d’indiciblement plus élevé, plus sérieux que tout « ce devrait être ainsi » : car cette dernière formule, en tant que critique et prétention humaine, apparaît condamnée dès le départ au ridicule.
La stupéfaction devant le non-accord de nos désirs et du cours du monde a conduit à connaître le cours du monde.

W II 3, nov. 1887 – mars 1888 : [57] : Comprendre – est-ce approuver ?

W II 3, nov. 1887 – mars 1888 : la religion a faussé la conception de la vie : la science et la philosophie n’ont toujours été que les ancillae [servantes] de la religion.

W II 5, printemps 1888 : 14[105] : notre connaissance est devenue scientifique dans la mesure où elle sait recourir au nombre et à la mesure
Possibilité d’un ordre scientifique des valeurs selon une échelle numérique et quantitative de la force
14[188] : avec un mot, on n’éclaircit rien.

W II 6a, printemps 1888 : [46] : Affirmer que la vérité est là et que c’en est fini de l’ignorance et de l’erreur, c’est là l’une des plus graves perversions qui soient. La « vérité » est […] plus funeste que l’erreur et l’ignorance, parce qu’elle entrave les forces nécessaires pour œuvrer en faveur des Lumières et de la connaissance
[58] : Pourquoi accéder à la connaissance ? pourquoi pas, plutôt, se faire des illusions ?

W II 7a, printemps-été 1888 : [32] : "L’erreur est une lâcheté … toute acquisition de la connaissance résulte du courage, de la dureté envers soi, de la probité envers soi …" [Der Irrthum ist eine Feigheit… jede Errungenschaft der Erkenntniß folgt aus dem Muth, aus der Härte gegen sich, aus der Sauberkeit gegen sich…]




LES MATHÉMATIQUES


Fragment posthume, 1872-1873

P I 20b, été 1872 - début 1873 : [96] : " Ce fut un grand mathématicien [Thalès] qui inaugura la philosophie en Grèce. De là son goût pour l'abstrait, le non-mythique. Malgré sa répugnance pour le mythe, il passe pour le "sage" de Delphes : les adeptes de l'orphisme montrent la pensée abstraite sous forme d'allégorie.
Les Grecs reprennent la science des Orientaux. Les mathématiques et l'astronomie sont plus anciennes que la philosophie. "


De l'utilité et des inconvénients de l'histoire pour la vie, 1874,

§ 1 : " Dans la mesure où elle sert la vie, l'histoire sert une force non historique : elle ne pourra et ne devra donc jamais devenir, dans cette position subordonnée, une science pure comme par exemple les mathématiques. "


Humain, trop humain, 1878,

I, § 11 : les mathématiques ne se seraient certainement pas constituées si l'on avait su d'emblée qu'il n'y a dans la nature ni ligne exacte, ni cercle réel , ni mesure absolue de grandeur [Ebenso steht es mit derMathematik, welche gewiss nicht entstanden wäre, wenn man von Anfang an gewusst hätte, dass es in der Natur keine exact gerade Linie, keinen wirklichen Kreis, kein absolutes Grössenmaass gebe].


Fragment posthume 1876-1877,
Mp XIV 1b, fin 1876 – été 1877 : [39] : moyens d'expression bien définis, nombres, lignes, qui ne prêtent à aucune équivoque

Aurore, III, § 195 : nous avons besoin avant tout d'un savoir mathématique et mécanique [wir ein mathematisches und mechanisches Wissen zu allernächst nöthig haben]

Le Gai Savoir [la gaya scienza], III, § 246 : Mathématiques. . — Nous voulons faire entrer à tout prix la finesse et la rigueur des mathématiques dans toute la science, autant qu'il est en notre pouvoir ; non pas dans la croyance que nous connaîtrions mieux les choses par cette voie, mais afin d'établir notre relation humaine aux choses. La mathématique n’est que le moyen de l’universelle et dernière connaissance des hommes. [Mathematik. — Wir wollen die Feinheit und Strenge der Mathematik in alle Wissenschaften hineintreiben, so weit diess nur irgend möglich ist, nicht im Glauben, dass wir auf diesem Wege die Dinge erkennen werden, sondern um damit unsere menschliche Relation zu den Dingen festzustellen. Die Mathematik ist nur das Mittel der allgemeinen und letzten Menschenkenntniss.]

Crépuscule des Idoles,
La "raison" dans la philosophie, § 3 : cette logique appliquée, les mathématiques [jene angewandte Logik, die Mathematik]


L'Antéchrist,

§ 59 : À quoi bon les Grecs ? À quoi bon les Romains ? Toutes les conditions nécessaires à une culture savante, toutes les méthodes scientifiques étaient déjà là, on avait déjà découvert les règles du grand art, l’art incomparable de bien lire  cette condition d’une tradition dans la culture, de l’unité de la science ;  la science de la nature, associée à la mathématique et à la mécanique, était sur la meilleure voie,  le sens des faits [Thatsachen], l’ultime et le plus précieux de tous les sens, avait ses écoles, sa tradition déjà plusieurs fois séculaire ! Comprend-on cela ? L'essentiel était déjà trouvé pour pouvoir se mettre au travail ; — les méthodes, on ne le répétera jamais assez, sont l'essentiel, et aussi le plus difficile, ce qui se heurte le plus longtemps aux habitudes et à la paresse. Tout ce que, par un immense effort sur nous-mêmes — car, d'une manièe ou d'une autre, nous avons encore dans le sang tous les pires instincts, les chrétiens —, nous venons de reconquérir : un regard libre sur la réalité, la main prudente, la patience et le sérieux dans les plus petites choses, toute la probité de la connaissance — elle était déjà là ! Il y a plus de deux millénaires !  [Wozu Griechen? wozu Römer? — Alle Voraussetzungen zu einer gelehrten Cultur, alle wissenschaftlichen Methoden waren bereits da, man hatte die grosse, die unvergleichliche Kunst, gut zu lesen, bereits festgestellt — diese Voraussetzung zur Tradition der Cultur, zur Einheit der Wissenschaft; die Naturwissenschaft, im Bunde mit Mathematik und Mechanik, war auf dem allerbesten Wege, — derThatsachen-Sinn, der letzte und werthvollste aller Sinne, hatte seine Schulen, seine bereits Jahrhunderte alte Tradition! Versteht man das? Alles Wesentlichewar gefunden, um an die Arbeit gehn zu können: — die Methoden, man muss es zehnmal sagen, sind das Wesentliche, auch das Schwierigste, auch das, was am längsten die Gewohnheiten und Faulheiten gegen sich hat. Was wir heute, mit unsäglicher Selbstbezwingung — denn wir haben Alle die schlechten Instinkte, die christlichen, irgendwie noch im Leibe —, uns zurückerobert haben, den freien Blick vor der Realität, die vorsichtige Hand, die Geduld und den Ernst im Kleinsten, die ganzeRechtschaffenheit der Erkenntniss — sie war bereits da! vor mehr als zwei Jahrtausenden bereits! Und, dazu gerechnet, der gute, der feine Takt und Geschmack! Nicht als Gehirn-Dressur! Nicht als „deutsche“ Bildung mit Rüpel-Manieren! Sondern als Leib, als Gebärde, als Instinkt, — als Realität mit Einem Wort…Alles umsonst! Über Nacht bloss noch eine Erinnerung! — Griechen! Römer!]


Fragments posthumes 1884-1887,

W I 1, printemps 1884 : [307] : La mathématique contient des descriptions (définitions) et des déductions à partir de définitions. Leurs objets n'existent pas. La vérité de leurs déductions repose sur l'exactitude de la pensée logique. – Quand la mathématique est appliquée, il arrive la même chose que dans les explications selon le schème "moyens et fins" : le réel est d'abord arrangé et simplifié (FAUSSÉ – –)
[314] : Il n'y a pas de compréhension [Begreifen] en mathématiques, mais seulement un constat de nécessités : de relations qui ne changent pas, de lois dans l'être.
[327] : vérité objective des lois logiques, mathématiques, mécaniques, chimiques.

N VII 1, avril-juin 1885 : [58] : le nombre est notre grand moyen de nous rendre le monde disponible [handlich]. Notre compréhension est à la mesure de ce que nous pouvons dénombrer, c.-à-d. s'étend aussi loin qu'il est possible de percevoir une constante.
N VII 1, avril-juin 1885 : [131] : » Une proposition telle que " deux choses égales à une troisième sont égales entre elles " présuppose : 1) des choses 2) des égalités : les unes et les autres n'existent pas. Mais grâce à ce monde fictif et figé des nombres et des concepts, l'homme acquiert un moyen de maîtriser des masses énormes de faits à l'aide de signes et de les inscrire dans sa mémoire. Cet appareil de signes constitue sa supériorité justement parce qu'il lui permet de s'éloigner le plus loin possible des faits particuliers. »
[169] : Le nombre lui-même est de part en part notre invention.

W I 7a, août-septembre 1885 : [27] : Les mathématiques et la mécanique ont été longtemps considérées comme des sciences d'une valeur absolue, et de nos jours seulement on ose soupçonner qu'elles ne sont ni plus ni moins que de la logique appliquée, fondée sur l'hypothèse précise et indémontrable qu'il existe des "cas identiques" – la logique elle-même étant une écriture chiffrée parfaitement conséquente, fondée sur l'hypothèse généralisée qu'il y a des cas identiques.

Mp XVII 2a, août-septembre 1885 : [7] : les mathématiciens qui poursuivent leurs déductions jusqu'à ce que pour eux l'atome soit utilisable !

Mp XVII 3b, fin 1886 – printemps 1887 : [4] : la mathématique est possible à des conditions auxquelles la métaphysique n'est jamais possible.
Toute connaissance humaine est soit expérience, soit mathématique. [Mathematik ist möglich unter Bedingungen, unter denen Metaphysik nie möglich ist alle menschliche Erkenntniß ist entweder Erfahrung oder Mathematik]


 INDEX NIETZSCHE (7/16) : JUIFS, JUDAÏSME



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