lundi 20 avril 2015

INDEX NIETZSCHE (12/16) : KNABENLIEBE, PÉTRONE




INDEX NIETZSCHE (2/16) : "DIEU", LA RELIGION


Pour Nietzsche et la sexualité, cliquez ici.




Fragments posthumes, 1869-1871,
P II 1b, automne 1869 : [52] : le plus haut que l’éthique consciente des Anciens ait atteint, c’est la théorie de l’amitié.
[81] : Influence des femmes. Sur l'ancienne scène anglaise c’était des garçons qui jouaient les rôles de femmes et c’est précisément cette institution pudique et morale à l’origine qui poussa la mise en scène jusqu’à l’indécence la plus outrée. [Cf Montesquieu, Voyage de Gratz à La Haye, I, vii : « À Rome, les femmes ne montent pas sur le théâtre ; ce sont des castrati habillés en femmes. Cela fait un très mauvais effet pour les mœurs : car rien (que je sache) n’inspire plus l’amour philosophique aux Romains. »]

P I 14b, hiver 1869-1870 - printemps 1870 : [4] : idéalisation de la pulsion sexuelle chez Platon [Banquet].

P I 15a, hiver 1869-1870 - printemps 1870 : [73] : Socrate et l’instinct.

I. Sur l’éthique

Concept de l’amitié. Pulsion sexuelle idéalisée.

U I 2b, fin 1870 - avril 1871 : [76] : Il faut mentionner aussi la pédérastie [Päderastie] des Anciens comme une conséquence nécessaire de cette surcharge de la pulsion [dionysiaque].


Naissance de la tragédie (1871) :
§ 15 : vices réputés et détestables des Grecs.


Fragments posthumes, 1870-1875,
U I 5a, hiver 1870-71 – automne 1872 : [73] : Φίλία et παιδεία, point de départ de Sappho : l’érotique [Erotik] en rapport avec l’éducation.

P II 8b, été 1871 - printemps 1872 : [18] : la nature grecque sait utiliser toutes les propriétés fécondes : [...] les pulsions non naturelles dans l'éducation du jeune homme par l'homme mûr.

[42] : Toute inclination, amitié, amour a en même temps quelque chose de physiologique. Nous ne savons rien du tout sur le niveau de profondeur et de hauteur qu'atteint la physis. [Alle Neigung, Freundschaft, Liebe zugleich etwas Physiologisches. Wir wissen alle nicht, wie tief und hoch die Physis reicht.]

[43] : Éros et culture des amis. [Eros und Bildung der Freunde.]

Mp XII 5, fin 1874 : [2] : le vautour parle seul et raconte : je suis le vautour de Prométhée et, par le plus étrange concours de circonstances, je suis libre depuis hier. Lorsque Zeus me donna l’ordre de dévorer le foie de Prométhée, il voulait m’éloigner parce qu’il était jaloux à cause de Ganymède.

Mp XIII 6b, mars 1875 : [52] : Il faut détourner les yeux de l’absurdité moderne et regarder en arrière – beaucoup de ce qui est repoussant dans l’Antiquité paraît alors comme d’une profonde nécessité.

[74] : Points de vue principaux sur la future mise en valeur de l’Antiquité.

1) Ce n’est pas pour les jeunes gens, parce que cela montre l’homme avec une certaine impudeur.

U II 8b, printemps-été 1875 : [50] : Il y a des choses que l’Antiquité enseigne, et sur lesquelles je ne voudrais pas m’exprimer ouvertement à la légère.

[59] : Grecs et philologues

Les Grecs honorent la beauté

libre virilité

[166] : Sur la religion

I Dans l’Antiquité, l’amour sexuel saisi par Empédocle à l’état pur.

[172] : qui sait qu’il y a des connaissances de l’Antiquité qu’on ne peut pas communiquer aux jeunes gens !

U II 8c, été ( ?) 1875 : 6 [3] : Socrate, pour l’avouer une bonne fois, m’est si proche que j’ai presque toujours un combat à livrer avec lui.


U III 1, été 1875 : 9[1] : V. L'amour. [...] Opposition vraie pour tous les temps et pour tous les peuples de l'Aphrodite ouranienne et de l'Aphrodite pandémienne. [...] L'amitié sensuelle, dans sa forme irréprochable, dont on ne connaît pratiquement aujourd'hui que la déformation. [...] L'amour n'est pas seulement objectivé comme Aphrodite, mais aussi comme Éros : Éros n'est nullement l'idéal de l'amour de la femme pour l'homme, mais l'idéal de cette deuxième forme. Il apparaît qu'il y a une proche parenté entre le féminin et la première fleur de l'autre sexe : et toutes les fois que la différence d'âge ou de caractère produit un contraste semblable à celui de l'homme et de la femme, ce contraste peut aussi bien nourrir une expression dans la sensibilité. Dühring rappelle les amitiés de la toute première jeunesse, avec leur caractère sensuel ; la différence d’âge minime, les natures fortement différentes. D’après Dürhing, les rapports, dans un âge plus avancé, doivent être ou bien des dégénérescences d’une pulsion naturelle, ou bien le lien d’une inclination qui dure depuis la première jeunesse.

L'amour Érotique prouve l'exaltation du sentiment, indépendamment du but naturel.


Lettre à Erwin Rohde, 23 mai 1876 : "Je trouve remarquable que tu dises si peu sur les rapports pédérastiques [...] C'est sur ce fond que se sont éveillées l'idéalisation d'Éros et les sensations plus pures et plus ardentes de l'amour passion [...] transfert sur l'amour des sexes [...] L'Éros, à la meilleure époque, est l'Éros pédérastique." [Aufgefallen ist mir, daß Du von den päderastischen Verhältnissen so wenig sagst: und doch ist das Idealisiren des Eros und das reinere und sehnsüchtigere Empfinden der Liebespassion bei den Griechen zuerst auf diesem Boden gewachsen und wie mir scheint, von da aus auf die geschlechtliche Liebe erst übertragen worden, während es ihre (der geschlechtl Liebe) zartere und höhere Entwicklung früher geradezu hinderte. Daß die Griechen der älteren Zeit die Männererziehung auf jene Passion gegründet haben und so lange sie diese ältere Erziehung hatten, von der Geschlechtsliebe im Ganzen mißgünstig gedacht haben, ist toll genug, scheint mir aber wahr zu sein. Auf Seite 70 und 71, glaubte ich, Du würdest an diese Dinge erinnern müssen. Der Eros, als πάθος der καλῶς σχολάζοντες, in der besten Zeit ist der päderastische: Die Meinung über den Eros, die Du „einigermaßen verstiegen“ nennst, nach der das Aphrodisische am Eros nicht wesentlich, sondern nur gelegentlich und accidentiell ist, die Hauptsache eben φιλία ist, kommt mir nicht so ungriechisch vor.]


Fragment posthume, 1876,
U II 5c, octobre-décembre 1876 : [112] : "La pédérastie [Päderastie] grecque n'est pas contre nature, sa causa finalis étant, d'après Platon, d' engendrer de beaux discours [Platon, Banquet ou Symposium, 206b-210a].


Humain, trop humain (1878),
V, § 259 "Une civilisation virile" : Les rapports érotiques entre hommes et adolescents furent, à un degré qui échappe à notre compréhension, l'unique et nécessaire condition de toute cette éducation virile [...] jamais jeunes gens ne furent sans doute traités avec autant de sollicitude, d'affection et d'absolu respect du meilleur d'eux-mêmes (virtus) qu'aux VIe et au Ve siècles [avant notre ère].


Fragment posthume, 1878,
N III 5, automne 1878 : [4] : Il y a bien des choses que l’homme fait peut ne pas cacher aux hommes comme lui : mais il songe avec douleur aux jeunes gens que sa sincérité pourrait troubler, détourner du bon chemin : et ce d’autant plus qu’ils auront été jusqu’alors habitués à écouter la parole de leur maître et guide. Alors, pour ne pas gêner leur formation, il ne lui reste plus qu’à s’éloigner d’eux à fond et avec dureté, à leur jeter à eux-mêmes les rênes de son influence sur eux. À eux de se rester fidèles contre lui. Ainsi, ils lui resteront fidèles sans le savoir.


Le Voyageur et son ombre (1880),
§ 225 : « La licence à Athènes.
Même quand le marché aux poissons d’Athènes eut trouvé ses penseurs, ses poètes, la licence grecque continua à garder un air plus idyllique et raffiné que n’en eurent jamais la licence romaine ou allemande. La voix claironnante de Juvénal y eût sonné creux ; un rire gentil et presque enfantin lui eût répondu. »


Aurore. Pensées sur les préjugés moraux (1881),
I, § 76 "Croire mauvais, c'est rendre mauvais" : A-t-on le droit de nommer Éros ennemi ! En fait les sensations sexuelles ont ceci de commun avec les sensations de pitié et d'adoration que grâce à elles un être humain fait du bien à un autre en éprouvant du plaisir, - on ne rencontre pas si souvent dans la nature des dispositions aussi bienveillantes !


III, § 164 : "Peut-être prématuré.
Il semble qu'actuellement, sous toutes sortes de noms erronés et trompeurs et la plupart du temps dans une grande confusion, on assiste aux premières tentatives de la part de ceux qui ne sont pas assujettis aux mœurs et aux lois régnantes pour s'organiser et se créer ainsi un droit (a) : tandis que jusqu'ici, décriés comme criminels, libres penseurs, immoralistes [Unsittliche] (b) et canailles, ils vivaient en hors-la-loi, corrompus et corrupteurs, en proie à la mauvaise conscience. [...] Les non-conformistes qui sont si fréquemment les individus inventifs et féconds ne doivent plus être sacrifiés ; il faut même cesser de considérer comme ignominieux le fait de ne pas se conformer à la morale, en actions et en pensées ; il faut procéder à un grand nombre d'expériences nouvelles de vie et de communauté ; il faut éliminer du monde un énorme fardeau de mauvaise conscience – ces objectifs universels devraient être reconnus et poursuivis par tous les gens loyaux qui cherchent la vérité !" [Vielleicht verfrüht. — Gegenwärtig scheint es so, dass unter allerhand falschen irreführenden Namen und zumeist in grosser Unklarheit von Seiten Derer, welche sich nicht an die bestehenden Sitten und Gesetze gebunden halten, die ersten Versuche gemacht werden, sich zu organisiren und damit sich ein Recht zu schaffen: während sie bisher, als Verbrecher, Freidenker, Unsittliche, Bösewichte verschrieen, unter dem Banne der Vogelfreiheit und des schlechten Gewissens, verderbt und verderbend, lebten. […] Die Abweichenden, welche so häufig die Erfinderischen und Fruchtbaren sind, sollen nicht mehr geopfert werden; es soll nicht einmal mehr für schändlich gelten, von der Moral abzuweichen, in Thaten und Gedanken; es sollen zahlreiche neue Versuche des Lebens und der Gemeinschaft gemacht werden; es soll eine ungeheuere Last von schlechtem Gewissen aus der Welt geschafft werden, — diese allgemeinsten Ziele sollten von allen Redlichen und Wahrheitsuchenden anerkannt und gefördert werden !]

a. Allusion à la première phase de la revendication homosexuelle allemande, entre 1864 et 1880, avec K. H. Ulrichs, K. M. Benkert (créateur en 1869 du néologisme Homosexualität) et Heinrich Marx (ce dernier auteur de Urningsliebe. Die sittliche Hebung des Urningthums und die Streichung des § 175 des deutschen Strafgesetzbuchs, 1875, où il demande le droit au mariage). Cette revendication, qui fut formulée à l'aide des termes uraniste, troisième sexe (tous deux dus à Ulrichs) et homosexualité (dû à Benkert), attira dès 1869 l'attention de Karl Marx et les sarcasmes de Friedrich Engels ; il se trouve que Marx et Engels étaient en relations suivies avec Benkert, et lisaient Ulrichs ; elle attira donc aussi l’attention de Nietzsche.

b. Cf Horace de Viel-Castel : « La Cour est divisée en ce moment en moralistes et en immoralistes. Qui l’emportera ? » (Mémoires sur le règne de Napoléon III (1851-1864), tome 2, 1883, à la date du 6 février 1853).

III, § 170 : « Autre perspective du sentiment : Qu'est-ce que notre bavardage sur les Grecs ! Que comprenons-nous donc à leur art dont l'âme est - la passion pour la beauté virile nue ! Ce n'est qu'à partir de là qu'ils ressentaient la beauté féminine. »

V, § 503 : "Amitié : toutes les grandes vertus antiques s'appuyaient sur le fait que l'homme épaulait l'homme et qu'aucune femme n'avait le droit de prétendre constituer l'objet le plus proche, le plus haut et même l'objet unique de son amour, - comme la passion enseigne à le sentir."


Fragments posthumes, 1880-1881,
N V 3, été 1880 : [72] : aux yeux de celui pour qui Éros est autre chose qu’un démon sauvage insatiable crapuleux (aux yeux d’un Anacréon), la chasteté n’aura en soi rien de particulièrement vénérable.

N V 4, automne 1880 : [138] : celui qui pense et sent en dehors de la norme

N V 6, fin 1880 : [150] : tant que vous trouverez la beauté chez Apollon, vous devrez chercher la morale qui lui correspond : cette beauté ne s’accorde pas avec la morale chrétienne.

N V 5, hiver 1880-1881 : [19] : Ne parler morale qu’à ceux qui se sont familiarisés avec le mode de vie d’un grand nombre d’animaux.
[26] : Naturel-antinaturel - ce n'est rien ! Les Grecs ont élevé l'amour entre individus du même sexe au plus haut degré d'idéalité ; ils déclaraient même l’amour des garçons [Knabenliebe] bon.
[109] : Mes penchants secrets qui sont après tout ceux de la nature, opposés à certaines affectations de grandeur dont il faut que je me décore, me donnent des ressources infinies pour déjouer les croyances de tout le monde (pour abuser ceux qui prétendent me connaître).

M III 1, printemps-automne 1881 : [97] : "Ce qui a favorisé le GRAND NOMBRE de libres individus chez les Grecs : le mariage non point par besoin de volupté. Exercice et développement de l’art du coït. L'amour des garçons [Knabenliebe] propre à divertir de la vénération des femmes et de leur influence amollissante et de la sorte à éviter la faiblesse, la nervosité excessive des femmes." [voir ci-dessous, W I 2, [362] ].
[123] : Platon entend que l’amour de la connaissance et de la philosophie serait une impulsion sexuelle sublimée.
[186] : Les législateurs de la Grèce […] favorisèrent l’amour des garçons, d’abord pour prévenir la surpopulation (laquelle engendre des foyers d’inquiétude et de misère, même au sein de la noblesse) ensuite en tant qu’idéal pédagogique propre à l’agŏn : les jeunes gens et les hommes plus âgés devaient demeurer les uns auprès des autres, ne point se séparer et maintenir les intérêts des jeunes gens – autrement l’ambition de plus âgés, isolés de la jeunesse, se fût jetée sur l’État, mais l’on ne pouvait guère s’entretenir des affaires de l’ État avec de jeunes garçons.

N V 7, automne 1881 : [183] : Discipline des Grecs. Les hommes plus beaux que les femmes.
[220] : Je pourrais les nommer Juvenilia [œuvres de jeunesse] et Juvenalia, ce qui est assez clair je pense, mais dans une latinité qui me fait rougir. Beaucoup d’amour juvénile et de haine juvénile y figurent, de tout genre.


Le Gai Savoir (1882, 1887),
II, § 61 : Le sentiment de l’amitié était considéré par l'Antiquité comme le sentiment le plus élevé [das Gefühl der Freundschaft dem Alterthum als das höchste Gefühl galt]
§ 72 : "Chez les animaux, le sexe masculin est considéré comme le beau" [Bei den Thieren gilt das männliche Geschlecht als das schöne.]

IV, § 297 : savoir contredire, le sentiment de la bonne conscience dans l'hostilité envers ce qui est habituel, traditionnel et sacré [das Widersprechen-Können, das erlangte gute Gewissen bei der Feindseligkeit gegen das Gewohnte, Ueberlieferte, Geheiligte]


Fragments posthumes, 1882-1885,
N V 9a, juillet-août 1882 : [34] : que sont donc les dérèglements de toute sorte sinon la conséquence de l’insatisfaction qu’éprouvent un si grand nombre aux formes autorisées ?

Mp XVII 1a, été 1883 : [6] : À Athènes, les hommes étaient beaucoup plus beaux que les femmes – selon Cicéron : ce serait certainement une conséquence d’un grand effort de beauté accompli sous l’influence de la pédérastie [Päderastie].

W I 1, printemps 1884 : [374] : Dans quelle mesure l’être humain est un comédien.
Supposons que l’individu reçoive un rôle à jouer
rôle dans son rapport au sexe qu’il représente
[484] : Les chemins de la liberté
la fréquentation des parias de toute espèce (dans l’histoire et la société)

W I 2, été-automne 1884 : [362] : « En Orient et à Athènes, à sa grande époque, on enfermait les femmes, on ne voulait pas de l'imagination dépravée de la femme : c'est cela qui gâte la race, plus que le commerce physique [d’un homme] avec un homme. » [voir ci-dessus, M III 1, [397].
[397] : Virgile (trahit sua quemque voluptas) [Bucoliques, II, 65]
[427] : Pétrone : ciel très clair, air sec, mouvement presto : pas de Dieu niché dans le fumier.

N VII 1, avril-juin 1885 : [80] : Grossièreté et délicatesse côte à côte chez Pétrone, chez Horace aussi : c’est ce que je trouve le plus agréable. Cela appartient au goût grec.
[90] : À l’esprit provençal, qui est resté païen, je veux dire qui n’a pas été « germanisé », on doit la spiritualisation de l’amor de l’amour sexuel tandis que l’Antiquité n’a abouti qu’à une spiritualisation de la pédérastie [Päderastie].
[102] : Le tempo le plus rapide que j’ai trouvé chez un écrivain, c’est chez Pétrone : il court comme un vent rapide et par suite n’est pas lascif ; il est trop gai [lustig] pour cela.


Par-delà Bien et Mal (1886),
IV, § 75 : le degré et la nature de la sexualité se répercutent jusque dans les plus hautes régions de l’esprit.

V, § 200 : êtres nés pour vaincre et pour séduire dont Alcibiade et César constituent les plus belles expressions (j’y ajouterais volontiers le premier Européen qui réponde à mon goût, le Holenstaufen Frédéric II), et parmi les artistes peut-être Léonard de Vinci.

VI, § 209 : le fervent amateur de beaux grenadiers bien bâtis qui, alors qu’il était roi de Prusse, donna naissance à un génie militaire et sceptique […] l’extravagant père du grand Frédéric […] soupçonnait son propre fils [Frédéric II] de n’être pas assez un homme.


La Généalogie de la morale (1887),
III, § 19 : papiers de lord Byron brûlés par Thomas Moore.

Fragments posthumes, 1886-1888,
Mp XVII 3b, fin 1886 – printemps 1887 : [7] : Les chevaliers à l’époque des croisades – enfants robustes [en français dans le texte]. Pour tuer et hurler, des bêtes de proie. Une fois la colère passée, ils retrouvent les larmes et se jettent gaiement au cou les uns des autres, tendrement.
[20] : Vertu et ironie et perspicacité chez Socrate – chez Platon l’amoureux (pédéraste [Päderast])

W II 1, automne 1887 : [21] ; À l’honneur des vices
la culture grecque et la pédérastie [Päderastie]
la musique allemande et l’ivrognerie
[44] : Ce qui n’est loisibles qu’aux natures les plus fortes et les plus fécondes, pour rendre possible leur existence – oisiveté, aventure, incroyance, débauche même – tout cela, mis à la portée des natures moyennes, les ruinerait nécessairement.
[143] : Que l’on prenne comme antidote un livre proprement païen, par exemple Pétrone, où dans le fond rien ne se fait, ne se dit, ne se veut, ne s’estime qui, selon un critère de valeur chrétien et cagot, ne soit péché, même péché mortel. Comparé à lui, le Nouveau Testament demeure le symptôme de la culture décadente et de la corruption – et c’est en tant que tel qu’il a agi, en tant que ferment de décomposition.

W II 2, automne 1887 : [69] : Qu’on lise simplement Pétrone immédiatement après le Nouveau Testament : comme l’on respire, comme l’on chasse loin de soi les miasmes de la maudite momerie !
[93] : est-ce que l’ordure antique n’a pas plus de valeur que toute cette petite sagesse prétentieuse, cette momerie chrétienne ?

W II 3 , novembre 1887 – mars 1888 : [26] : Il semble que toute grande croissance ait besoin de fumier et d’engrais […] le duc de Morny affirmait qu’un vice même pouvait servir en l’occurrence, à savoir la tribaderie. [Cf Journal des Goncourt, 17 mai 1863 : « Morny […] a émis cet axiome qu’un peu de libertinage adoucit les mœurs. Puis de là, à la grande indignation de la Princesse [Mathilde], il a commencé une apologie de la tribaderie, qui donne le goût à la femme, lui apporte son raffinement, l’accomplit. »]

W II 5, printemps 1888 : [157] ; La débauche ne peut être reprochée qu’à celui qui n’y a pas droit ; et presque toutes les passions ont mauvaise réputation à cause de ceux qui ne sont pas assez forts pour les tourner à leur avantage – [Cf Marcel Jouhandeau, « L'homosexualité n'est tolérable que dans l'exception, n'est supportable que si l'on a affaire à une âme, à un être exceptionnels. Les Grecs interdisaient l'homosexualité aux esclaves. Je souhaiterais qu'elle ne soit permise qu'aux Sages. » ("Éthique du péché", Nrf, janvier 1981)].

W II 6a, printemps 1888 : [60] : nous avons droit à toutes les choses qui étaient jusqu’à présent les plus mal famées
[104] : Ce qu’il faut entendre par la spiritualisation des désirs de toutes sortes : la satura Menippea de Pétrone [Le Satyricon] en est un exemple classique. On la lit en parallèle avec un Père de l’Église, et on se demande où souffle l’air le plus pur …

W II 7a, printemps-été 1888 : [67] : le roi de Bavière, qui était connu comme pédéraste [Päderast], dit un jour à Wagner : « Ainsi vous non plus n’aimez pas les femmes ? elles sont si ennuyeuses … ».

W II 9c, octobre-novembre 1888 : [1] : Pétrone : bonne humeur qui saute avec grâce sur toutes les animalités du monde antique, souveraine liberté devant la « morale »


Crépuscule des Idoles (1889),
Divagation d'un "inactuel", § 22 : thèse de Platon [Banquet] : action de la beauté, de la sensualité la plus extrême à la plus haute spiritualité.

§ 23 : "Platon [...] dit, avec une candeur dont seul un Grec est capable (et jamais un "chrétien") qu'il n'y aurait pas de philosophie platonicienne s'il n'y avait à Athènes de si beaux adolescents : leur vue seule peut plonger l'âme du philosophe dans un vertige érotique qui ne lui laisse de répit qu'elle n'ait semé sur un terrain d'une telle beauté la graine de toutes les grandes choses. Étrange saint, lui aussi [...] La philosophie selon Platon se définirait plutôt comme une joute érotique, développant et intériorisant l’ancienne gymnastique agonale et les conditions qu’elle présuppose ... Qu’est-il en fin de compte sorti de cette érotique philosophique de Platon ? Une nouvelle forme artistique de l’agon grec, la dialectique." [Plato [...] sagt mit einer Unschuld, zu der man Grieche sein muss und nicht „Christ“, dass es gar keine platonische Philosophie geben würde, wenn es nicht so schöne Jünglinge in Athen gäbe: deren Anblick sei es erst, was die Seele des Philosophen in einen erotischen Taumel versetze und ihr keine Ruhe lasse, bis sie den Samen aller hohen Dinge in ein so schönes Erdreich hinabgesenkt habe. Auch ein wunderlicher Heiliger! [...] Philosophie nach Art des Plato wäre eher als ein erotischer Wettbewerb zu definiren, als eine Fortbildung und Verinnerlichung der alten agonalen Gymnastik und derenVoraussetzungen… Was wuchs zuletzt aus dieser philosophischen Erotik Plato’s heraus? Eine neue Kunstform des griechischen Agon, die Dialektik.]

§ 45 : généralisons le cas du criminel : imaginons des natures à qui, pour une raison ou pour une autre, l’assentiment de la société est refusé.

§ 47 : À Athènes, du temps de Cicéron, qui en exprime son étonnement [Tusculanes, IV], les hommes et les adolescents surpassaient de loin les femmes en beauté : mais quel travail, quels efforts le sexe masculin ne s’était-il pas imposés à Athènes, depuis des siècles, au seul service de la beauté ! – Il ne faut pas ici se méprendre sur la méthode. Une simple éducation des sentiments et des pensées est presque équivalente à zéro.


L’Antéchrist (1889),
§ 8 : […] comme si, jusqu’ici, l’humilité, la chasteté, la pauvreté, la sainteté en un mot, n’avaient pas fait indiciblement plus de mal à la vie que toutes les abominations et tous les vices …

§ 46 : "j'ai, immédiatement après saint Paul, lu avec ravissement Pétrone, le plus aimable, le plus pétulant des railleurs, dont l'on pourrait dire ce que Domenico Boccacio écrivait au duc de Parme au sujet de César Borgia :  « è tutto festo » – immortellement sain, immortellement gai et accompli ..."

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