lundi 19 février 2018

ATHÉISME ET LAÏCITÉ

Jean-Pierre Chevènement : " Cette notion de laïcité est mal comprise. Il faut lever la confusion qui existe souvent dans l’esprit des peuples musulmans entre la laïcité et l’athéisme. Cela n’a rien à voir. " (" De l'islam, des musulmans et de la laïcité ", Orient XXI, 26 octobre 2017).

La peste ? Diable !!


I / Actu Macron


Radicalisation de la laïcité, héritage intellectuel et culturel, expliquer le fait religieux, structuration de l'islam, il est normal de croire.

II / L'athéisme des origines à 1789


Athéisme des anciens Grecs. Persécutions à l'époque moderne, prudence de Montaigne et Voltaire, audace des Libertins. Pseudo-preuves et arguments. Axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque.


III / Athéisme depuis 1789


Naigeon, Condorcet, Schopenhauer, Stendhal, Nietzsche, Roger Martin du Gard, Gide, Sartre, Camus, Onfray. Formulations.


IV / Concept de laïcité, laïcité française depuis 1905


La laïcité n'est ni la seule séparation, ni la seule coexistence des religionsLa laïcité n'est pas l'athéisme, mais pas non plus le silence de l'athéisme. Loi de 1905 jugée " gravement injurieuse envers Dieu " (Vatican). Exceptions territoriales.




V / Ce n'est pas au christianisme que l'on doit la laïcité
 C'est bien à tort que l'on invoque " Rendez à César... ". Religion d'État à Rome. Édits de Nantes, de Fontainebleau, de Versailles. Syllabus de 1864. Séparation jugée " gravement injurieuse pour Dieu " (1906).


VI / Appendices




I / Actu Macron

a)
Le président Emmanuel Macron a reçu le 21 décembre 2017 à l'Élysée les responsables des six principales religions (catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste) pendant " près de deux heures " (AFP).

Nonobstant " La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. ". Macron, ou la laïcité " en même temps ".

" Il [Macron] a dit : +C'est bien la République qui est laïque et non la société, les cultes peuvent s'exprimer dans l'espace public+", s'est réjoui ce pasteur réformé, qui assure la présidence tournante de la Conférence des responsables de culte en France (CRCF). Selon le grand rabbin de France, Haïm Korsia, Emmanuel Macron " ne comprend pas certaines situations qui relèvent d'une obsession. Il a parlé de +radicalisation de la laïcité+. C'est une très belle formule, d'ailleurs "."Il s'est interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité au détour d'une phrase, en se disant vigilant là-dessus", a abondé le pasteur Clavairoly. " (Le Figaro).

Réaction de MC Valls : " Je ne comprends pas l'idée d'une laïcité radicalisée. D'une manière générale je n'aime pas l'idée des adjectifs attachés à la laïcité: la laïcité 'ouverte' contre la laïcité 'radicalisée', a assuré ce mardi 9 janvier Manuel Valls sur Europe 1. Je ne l'accepte pas, c'est une manière d'ailleurs de disqualifier les avocats, les défenseurs de la République et de la laïcité. ". " Le vrai danger dans la société française, c'est l'islam radical, c'est l'islamisme radical, ce n'est pas la laïcité radicalisée. Faire un parallèle à travers cet adjectif 'radicalisé' entre les deux me paraît une faute. " " Je ne suis pas d'accord. Je pense que notre société est profondément laïque et qu'il faut la défendre. " En déplorant une " radicalisation de la laïcité ", le Président cautionne une fausse symétrie avec les islamistes dits " radicalisés ", assassins surtout. Ce qui est éminemment regrettable.

Rappel (une bonne loi à l'intitulé malheureux) :
L'intitulé d'une loi n'a aucune valeur normative. (Cf Guide de légistique, Paris : La Documentation française, 2017). Le contenu de cette loi correspond à une séparation des cultes et de la République.
b)
Macron, 4 janvier 2018 : " Ce sécularisme à la française, qui parfois surprend nos voisins, est un ciment puissant dans notre pays qu’ont déchiré tant de guerres de religions où la religion est inscrite dans l’héritage intellectuel, culturel, social. Cela donne à l’État une position de surplomb et d’arbitre qui lui permet de ne pas sans cesse rejouer sa légitimité politique à l’aune des débats spirituels. Mais cette neutralité ne va pas sans quelque pédagogie et nous avons commencé à en discuter en décembre dernier, car on a trop vite fait d’inférer de cette neutralité de l’État une absence. La laïcité organiserait ainsi une sorte de vide métaphysique à l’intersection de toutes les croyances. Consciente que l’individu nourrit toujours une interrogation existentielle que le vide inquiète, insécurise, la laïcité se ferait alors forte de venir elle-même peupler cette zone neutre et d’incarner une sorte de foi républicaine forgée par des valeurs, des traditions érigées à leur tour en croyance universelle sur le modèle lointain du culte de l’être suprême des Jacobins. D’aucuns y rêvent encore mais ce culte-là a fait long feu.
[...]
Ce que Hannah ARENDT appelait la sanction transcendante dans le domaine politique tenté par le culte de l'Être suprême n'est en rien le sens de notre laïcité française. Et je ne souhaite pas qu'une religion d'État soit substituée de cette manière aux religions. Mais pas davantage la religion ne saurait colorer la vie politique de la nation. Je serais aussi, toujours vigilant à cet égard face aux tentatives de faire revenir par la fenêtre politique ce qui est sorti par la porte du religieux. Et je sais, comme vous, que certains tentent d'instaurer avec les pouvoirs publics, une forme de rapport de force autour de la mise en œuvre de telle ou telle croyance, oubliant là aussi, le fil de notre histoire et voulant la faire bégayer.
J'aurais la même vigilance sur ce plan-là, je ne nie pas l'existence de questions et d'interrogations liées à l'inévitable friction entre l'ordre religieux et l'ordre politique, mais je récuse les stratégies d'entrisme comme les coups de force militants. Notre force, votre force, c'est que vous ne participez pas de la puissance publique et par conséquent que vous ne la légitimez pas. Et cette distinction fondamentale des Ordres est un acquis précieux pour vous comme pour la République car ce sont fondamentalement les principes de liberté d'association et de conscience qui régissent vos organisations respectives. Et de cette distinction ne saurait pour autant découler une quelconque ignorance, qui ne serait que méconnaissance par exclusion.
[...]
Nous avons commencé à mettre en place ce sur quoi nous sommes engagés en terme d'enseignement, de formation des enseignants, indispensable pour que le bon exercice de la laïcité se fasse, qu’il permette à des enseignants placés dans des situations d'extrême difficulté d'être armés, en quelque sorte, pour expliquer l'histoire de notre pays, mais aussi le fait religieux dans sa plénitude.
[...]
Nous devons avoir un travail sur la structuration de l'islam en France qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu'elle est en train de vivre sur le plan international. " (Discours des vœux du Président de la République aux autorités religieuses).

Ceci tient lieu de position du Président sur le sujet, et l'autre discours qui avait été annoncé, qui devait s'adresser à tous les Français, et pas aux seuls représentants des cultes, n'aura pas lieu, comme si la laïcité se réduisait à la coexistence des religions.

c)
Conseil des 13 Sages :
La sociologue Dominique Schnapper, fille de Raymond Aron, sociologue, ancien membre du Conseil constitutionnel, présidente.
Le formateur d'enseignants Jean-Louis Auduc, agrégé d'histoire.
L'inspectrice générale de l'Éducation nationale (Groupe permanent et spécialisé - histoire et géographie) Catherine Biaggi.
Le président de l'Observatoire de la laïcité auprès de Matignon, ancien ministre, Jean-Louis Bianco.
Le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain. Il a déclaré récemment :
" De soi-disant spécialistes de la laïcité (universitaires comme hauts responsables de l'État) viennent expliquer qu'elle garantit la « liberté religieuse » (sic) ou encore la coexistence des religions dans l'espace public !
Je m'inquiète quand je vois notamment que ce sont des gens qui forment de futurs enseignants par exemple en la matière. Il y a là une volonté délibérée (je ne peux imaginer une seconde qu'ils soient incapables de lire le texte de la loi de 1905 correctement…) de tordre le texte lui-même pour le faire correspondre à des idées politiques. "
Le producteur et animateur de radio, membre du bureau de la Fondation de l'islam de France, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, Ghaleb Bencheikh.
Abdennour Bidar, professeur de philosophie, auteur de Un islam pour notre temps (2004), ancien "M. laïcité" de Grenelle.
L'universitaire Rémi Brague, membre de l'Académie catholique de France.
Le journaliste, ancien grand maître du Grand Orient de France (GOdF), Patrick Kessel.
La philosophe Catherine Kintzlerprofesseur des Universités.
La juriste Frédérique de la Morena, maître de conférences en droit public (Université de Toulouse 1)
Alain Seksig, ancien instituteur, inspecteur général de l'Éducation nationale, ancien membre du Haut comité à l'intégration (HCI), membre du comité de rédaction de la revue Hommes et Migrations, instigateur en 2002 du « comité national de réflexion et de propositions sur la laïcité à l'école ».
Le haut fonctionnaire Richard Senghor, maître des requêtes au Conseil d'État.

Aucun athée, juif ou protestant identifié (sauf erreur), mais deux musulmans et un catholique.

d)
Macron, 13 février 2018 : « Je crois en une forme de transcendance, oui. C’est d’ailleurs pour cela que je respecte éminemment la place que les religions occupent dans notre société. Je considère que d’un point de vue presque anthropologique, il est normal que nos concitoyens croient dans des religions, des formes métaphysiques, cela fait partie de la vie en société. De ce qui peut être nécessaire pour l’homme. On ne doit pas gommer cette part irréductible ». (Macron face aux journalistes, sans caméras).


II / Histoire de l'athéisme, des origines à 1789

Athéisme, Histoire de l'athéisme (lien)

L'insensé (insipiens) noté dans l'Ancien Testament (Psaumes)
Si les bœufs savaient dessiner (Xénophane de Colophon). Le sophiste Critias (invention)
Platon distingue athéisme relatif et athéisme absolu (Apologie de Socrate, 26 b-e)
Pas d'athées chez les barbares (Élien).


Dans sa lettre à Érasme du 30 novembre 1532, Rabelais, écrivant en grec, disait du grammairien et polémiste Jules César Scaliger qu'il était " totalement athée ".

Montaigne et l'autonomie de la pensée.

a) Persécutés notamment pour athéisme :


Christopher Marlowe (1564-1593) : Accusé d'hérésie, réputation d'athée. his death was faked to save him from trial and execution for subversive atheism. Honan (2005), p.355. "Useful research has been stimulated by the infinitesimally thin possibility that Marlowe did not die when we think he did. ... History holds its doors open."

Giordano BRUNO (1548 près de Naples -1600 à Rome) : Ancien frère dominicain, disciple de Copernic. Auteur de La Cause, le principe et l’un et De l’Infini, de l'univers et des mondes (1583).
. Accusé d'athéisme et d'hérésie (particulièrement pour sa théorie de la réincarnation des âmes) par l'Inquisition, d'après des écrits jugés blasphématoires (où il proclame en outre que Jésus-Christ n'est pas Dieu mais un simple « mage habile », que le Saint-Esprit est l'âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé), il est condamné à être brûlé vif après huit années de procès.
Le 21 décembre il dit à ses bourreaux : « Je ne me repentirai pas ! ».
Le 20 janvier, le pape Clément VIII décide de l’envoyer au bûcher.
Thèse sur l'infinité du monde.

VANINI
Malenfant, greffier du Parlement de Toulouse, note dans ses Mémoires (1617-1619) :
« Il estoit par trop notoire que le dict estoit enclin, voire entièrement empunaysi du vilain péché de Gomorrhe ; et fut arresté deux fois diverses le commettant, l’une sur le rempart de Saint-Estienne, près la porte, avec un jeune escolier angevin, et une autre, en une certaine maison de la rue des Blanchers, avec un beau fils de Lectoure en Gascogne ; et conduit devant les magistrats, répondit en riant qu’il étoit philosophe, et par suite enclin à commettre le péché de philosophie. »
Lucilio Vanini, dit Giulio Cesare Vanini, né en 1585 à Taurisano dans la Terre d'Otrante (Italie, région des Pouilles), licencié en droit en 1606, précepteur, arrêté en novembre 1618 par l'Inquisition et exécuté à Toulouse le 9 février 1619, est un philosophe et naturaliste italien précurseur de Spinoza, , proche du courant libertin.
De admirandis Naturæ, dans Opere di Giulio Cesare Vanini, Milan, 1934, t. II, p. 276. " In unica Naturæ Lege, quæ ipsa Natura (quæ Deus est enim principium motus), in omnium gentium animis inscripsit."
Sa vie errante, sa mort tragique, ainsi que son parti pris antichrétien, rappellent Giordano Bruno

Après un long délibéré, Lucilio Vanini, dit Pomponio Uciglio, fut convaincu de blasphème, impiété, athéisme, sorcellerie et corruption de mœurs. Il fut condamné à avoir la langue coupée, à être étranglé puis brûlé le 9 février 1619 sur la place du Salin. Gabriel Barthélemy de Gramond, Historiarum Galliœ ab excessu Henrici IV, Toulouse, 1643, livre XVIII :
« Avant de mettre le feu au bûcher, on lui ordonna de livrer sa langue sacrilège au couteau : il refusa ; il fallut employer des tenailles pour la lui tirer, et quand le fer du bourreau la saisit et la coupa, jamais on n’entendit un cri plus horrible ; on aurait cru entendre le mugissement d’un bœuf qu’on tue. Le feu dévora le reste, et les cendres furent livrées au vent. »

Théophile de Viau (1590-1626) est décrit comme un auteur libertin.

Théophile de Viau et la libre pensée française en 1620 par Antoine Adam
" Quand un homme s'entoure d'amis qui tous sont athées, comment douter qu'il le soit aussi ?Théophile, dès 1615, est un athée. Les faits ont été déjà signalés. A Castelnau-Barbarens, en octobre 1615, le poète a tenu plusieurs « discours d'impiétez » contre Dieu, la Vierge et les Saints. Il s'est moqué de la Bible. À Saint-Affrique, un peu plus tard, il a renouvelé le scandale, il s'est permis sur la Vierge et les saints d'ordurières plaisanteries. "

Viau est mort en prison à m'âge de 36 ans.

Autres libertins, sans doute pas tous athées : Saint-Pavin, Claude de Chouvigny, Guez de Balzac, baron de Blot l'Église (1605-1655), Tallemant des Réaux, Jean de La Fontaine, et alii.

Dénonciation des premiers libertins.
" Le Diable s’appercevant de la foiblesse et incapacité d’un petit esprit, tasche de luy soustraire doucement toutes les occupations qui le pourroient tenir en halene, il le mene premierement à la feneantise, de la feneantise à la gourmandise et yvrognerie, de celle-cy à la luxure, de la luxure à l’insensibilité, de l’insensibilité à la curiosité, de la curiosité, à la Magie et sortilege, de celuy-cy à l’Atheisme, et voyla le voyage que se font ordinairement tous nos beaux esprits pretendus. " François Garasse, La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou pretenduz tels, contenant plusieurs maximes pernicieuses à l’Estat, à la Religion et aux bonnes Mœurs, combattue et renversee par le P. François Garassus de la Compagnie de Jésus, Sébastion Chappelet, Paris, 1623, republiée par Gregg international publishers limited, Westmead, Farnborough, Hants., England, 1971.

Molière, Don Juan, 1665. Scène du pauvre.

L'Allemand Matthias Knutzen, né en 1646, était ouvertement athée ; cf ses trois écrits de 1674, qu'il distribua à Rome et à Jena (Thuringia). La ville et l'université de Jena menèrent une enquête. Pour éviter l'arrestation, Knutzen alla d'abord à Coburg puis à Altdorf près de Nuremberg.

Dans sa lettre en latin Amicus Amicis Amica! Knutzen résume sa pensée ainsi :
Insuper Deum negamus, Magistratum ex alto despicimus, Templa quoque cum omnibus Sacerdotibus rejicientes.
De plus nous nions Dieu, nous méprisons les autorités d'en haut, nous rejetons les temples et tous leurs ministres.

Pierre Bayle (1647-1706), auteur du Dictionnaire historique et critique ; élargit la tolérance à l'athéisme :

Pensées diverses sur la comète, 1683. (La moralité ne provient pas de la religion).

Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ " Contrains-les d'entrer ", 1686. Critique notamment de l'approbation donnée par Augustin à ces paroles.



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Philosophe après avoir été jésuite, le Polonais Kazimierz Łyszczyński, né en 1634, est connu pour avoir écrit un traité joliment intitulé De non existentia Dei. Il écrivit aussi " ergo non est Deus " dans la marge de la Theologia Naturalis d'Henry Aldsted. Accusé à juste titre d'athéisme, il fut décapité le matin du 30 mars 1689 sur la place du marché de Varsovie.

Pendant son procès (1689), Łyszczyński prétendit que le sujet de son écrit était un débat entre un catholique et un athée, et que le catholique devait finalement l'emporter. Il dit à la Diète que le titre final aurait été différent de De non existentia Dei). Il prétendit n'avoir écrit que la première moitié, les arguments de l'athée, puis s'être arrêté d'écrire sur le conseil d'un prêtre.

* * * * *

Le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre, né le au château de Férolles-en-Brie et mort le à Abbeville, est un jeune noble français condamné, pour blasphème et sacrilège, par le tribunal d'Abbeville, puis par la Grand-Chambre du Parlement de Paris, à faire amende honorable, à être décapité et ensuite brûlé, après avoir été soumis à la question ordinaire et extraordinaire : une sentence qui sera exécutée.

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b) Arguments philosophiques

Lettre de Pascal au père Noël, 29 octobre 1647 ; argument hélas appliqué à la seule question de la matière subtile de Descartes :
« Nous trouvons plus de sujet de nier son existence, parce qu'on ne peut pas la prouver, que de la croire, par la seule raison qu'on ne peut montrer qu'elle n'est pas. »
 HENRY OLDENBURG (v. 1618 - 1677) (secrétaire de la Royal Society de Londres), dont le nom mérite (bien qu'ignoré par Onfray...) de rester dans les Annales de l’Athéologie :
« Des définitions ne peuvent contenir autre chose que des concepts formés par notre esprit ; or notre esprit conçoit beaucoup d’objets qui n’existent pas et sa fécondité est grande à multiplier et à augmenter les objets qu’il a conçus. Je ne vois donc pas comment de ce concept que j’ai de Dieu, je puis inférer l’existence de Dieu. » (Lettre à Baruch Spinoza, 27 septembre 1661).

Diderot ; " [Saunderson] : Un phénomène est-il, à notre avis, au-dessus de l'homme ? nous disons aussitôt : c'est l'ouvrage d'un Dieu ; notre vanité ne se contente pas à moins. Ne pourrions-nous pas mettre dans nos discours un peu moins d'orgueil, et un peu plus de philosophie ? Si la nature nous offre un nœud difficile à délier laissons le pour ce qu'il est et n'employons pas à le couper la main d'un être qui devient ensuite pour nous un nouveau nœud plus indissoluble que le premier. " (Lettre sur les aveugles, juin 1749). Le 24 juillet, Diderot est arrêté et emprisonné au donjon de Vincennes.

À noter les mésaventures et rétractations du comte Georges-Louis de Buffon, le Galilée français :
« J’abandonne ce qui dans mon livre [Histoire de la Terre] regarde la formation de la Terre, et en général tout ce qui pourrait être contraire à la narration de Moïse [la Genèse], n’ayant présenté mon hypothèse sur la formation des planètes que comme une pure supposition philosophique. » Réponse du comte Georges-Louis de Buffon à MM. Les Députés et Syndic de la Faculté de Théologie, 12 mars 1751.

Voltaire, articles " Athée ", section première : " L’athéisme et le fanatisme sont deux monstres qui peuvent dévorer et déchirer la société ; mais l’athée dans son erreur conserve sa raison, qui lui coupe les griffes, et le fanatique est atteint d’une folie continuelle qui aiguise les siennes. " [Voyez Religion. (Note de Voltaire)]

et "Athéisme" : " Bayle devait plutôt examiner quel est le plus dangereux, du fanatisme ou de l’athéisme. Le fanatisme est certainement mille fois plus funeste, car l’athéisme n’inspire point de passion sanguinaire, mais le fanatisme en inspire ; l’athéisme ne s’oppose pas aux crimes, mais le fanatisme les fait commettre. Supposons, avec l’auteur du Commentarium rerum gallicarum [de François de Beaucaire-Péguillon , évêque de Metz], que le chancelier de L’Hospital fût athée : il n’a fait que de sages lois, et n’a conseillé que la modération et la concorde ; les fanatiques commirent les massacres de la Saint-Barthélemy. [Thomas] Hobbes passa pour un athée : il mena une vie tranquille et innocente ; les fanatiques de son temps inondèrent de sang l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. Spinoza était non-seulement athée, mais il enseigna l’athéisme : ce ne fut pas lui assurément qui eut part à l’assassinat juridique de Barneveldt ; ce ne fut pas lui qui déchira les deux frères de Wit en morceaux, et qui les mangea sur le gril. " (section IV)

Paul Henri Thiry, baron d’HOLBACH (1723-1789) :
« Qu’est-ce, en effet, qu’un athée ? C’est un homme qui détruit des chimères nuisibles au genre humain pour ramener les hommes à la nature, à l’expérience, à la raison. C’est un penseur, qui ayant médité la matière, son énergie, ses propriétés et ses façons d’agir, n’a pas besoin pour expliquer les phénomènes de l’univers et les opérations de la nature, d’imaginer des puissances idéales, des intelligences imaginaires, des êtres de raison, qui, loin de faire mieux connaître cette nature, ne font que la rendre capricieuse, inexplicable, méconnaissable, inutile au bonheur des humains. »
Système de la nature ou Des lois du monde physique et du monde moral ", 1770, Seconde partie " De la divinité ; des preuves de son existence, de ses attributs ; de la manière dont elle influe sur le bonheur des hommes ", chapitre xi " Apologie des sentiments contenus dans cet ouvrage. De l’impiété. Existe-t-il des athées ? "

Diderot : « Vous mêlez la théologie avec la philosophie ; c’est gâter tout, c’est mêler le mensonge avec la vérité ; il faut sabrer la théologie. »
Reproche fait à des Anglais, rapporté par Samuel de Romilly en 1781.


Sade (lien) : " À te prouver que tout peut être ce qu'il est et ce que tu vois, sans qu'aucune cause sage et raisonnable le conduise, et que des effets naturels doivent avoir des causes naturelles, sans qu'il soit besoin de leur en supposer d'antinaturelles, telle que le serait ton dieu qui lui-même, ainsi que je te l'ai déjà dit, aurait besoin d'explication, sans en fournir aucune; et que, par conséquent dès que ton dieu n'est bon à rien, il est parfaitement inutile; qu'il y a grande apparence que ce qui est inutile est nul et que tout ce qui est nul est néant; ainsi, pour me convaincre que ton dieu est une chimère, je n'ai besoin d'aucun autre raisonnement que celui qui me fournit la certitude de son inutilité. "

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III / Athéisme depuis 1789

Jacques-André Naigeon : Dans l’Encyclopédie méthodique, Naigeon prône le fatalisme, le matérialisme, l’athéisme, notamment dans les articles consacrés à Collins, à Campanella, à Vanini et au curé Meslier.

Condorcet : " Le mépris des sciences humaines était un des premiers caractères du christianisme. Il avait à se venger des outrages de la philosophie ; il craignait cet esprit d’examen et de doute, cette confiance en sa propre raison, fléau de toutes les croyances religieuses. La lumière des sciences naturelles lui était même odieuse et suspecte ; car elles sont très dangereuses pour le succès des miracles ; et il n’y a point  de religion qui ne force ses sectateurs à dévorer quelques absurdités physiques. Ainsi le triomphe du christianisme fut le signal de l’entière décadence, et des sciences, et de la philosophie. " (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, Cinquième époque)

" VINGT sectes égyptiennes, judaïques, s’accordant pour attaquer la religion de l’empire, mais se combattant entre elles avec une égale fureur, finirent par se perdre dans la religion de Jésus. On parvint à composer de leurs débris une histoire, une croyance, des cérémonies, et une morale, auxquelles se réunit peu-à-peu la masse de ces illuminés.
TOUS croyaient à un Christ, à un Messie envoyé de dieu, pour réparer le genre humain. C’est le dogme fondamental de toute secte qui veut s’élever sur les débris des sectes anciennes. On se disputait sur le temps, sur le lieu de son apparition, sur son nom mortel : mais celui d’un prophète, qui avait, dit-on, paru en Palestine, sous Tibère, éclipsa tous les autres ; et les nouveaux fanatiques se rallièrent sous l’étendard du fils de Marie. " (Esquisse... 6e époque)

Stendhal :
Vu par Nietzsche :
Ecce Homo, § 3 : " Stendhal, une des plus belles rencontres fortuites de ma vie  [...] athée sincère, une espèce rare, rare et presque introuvable en France, soit dit sans offenser Prosper Mérimée... Peut-être même suis-je jaloux de Stendhal ? Il m'a devancé en faisant le meilleur mot d'athée, un mot qui pourrait être de moi : " La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas... [rapporté par Mérimée] " Moi-même, j'ai dit quelque part : "Quelle fut, jusqu'à présent, la principale objection à l'existence ? Dieu... "

André Gide : Il contribua à faire connaître Arthur Schopenhauer, et surtout Frédéric Nietzsche, en France.
« N’a jamais rien prouvé le sang des martyrs. Il n’est pas religion si folle qui n’ait eu les siens et qui n’ait suscité des convictions ardentes. C’est au nom de la foi que l’on meurt ; et c’est au nom de la foi que l’on tue. L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi. » Ce passage des Nouvelles nourritures (IV) rappelle le § 53 de L’Antichrist :
« Il est si peu vrai que des martyrs prouvent quoi que ce soit quant à la vérité d’une cause, que je suis tenté de nier qu’aucun martyr n’ait jamais rien eu à voir avec la vérité. Le ton sur lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il « tient pour vrai » exprime déjà un niveau si bas de probité intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr. »
Comment ne pas en venir, en cette année 2018, à penser que « l’athéisme seul peut pacifier le monde aujourd’hui » (Journal, 13 juin 1932) ?
" Ce jeune musulman, élève de [Louis] Massignon, qui vint un matin me parler et que j'envoyai à Marcel de Coppet : avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l'Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations... Berdiaeff réserve ce rôle à l'orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C'est au nom de Dieu qu'on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s'agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C'est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. " (Journal, 14 avril 1933)
Roger Martin du Gard, Jean Barois.

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Formulations de la pensée athée (qui n'est pas une croyance).
Je crois qu'il n'existe pas de Dieu
Je ne crois pas qu'il existe un Dieu
Je pense qu'il n'existe pas de Dieu
Je pense qu'il n'existe rien qui...
Reprise par les Athées Humanistes de Belgique de
ma formulation de la position philosophique athée,


Henri Pena-Ruiz : « Ne pas croire en Dieu, ce n'est pas forcément croire en rien ni être privé de convictions. » (Dictionnaire amoureux de la laïcité, Paris : Plon 2014, entrée "Athéisme")

Ce n'est pas forcément non plus croire en quelque chose... Mieux vaut douter, penser et savoir que "croire", et quant aux convictions,
« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. » [Feinde der Wahrheit. — Ueberzeugungen sind gefährlichere Feinde der Wahrheit, als Lügen.] Humain, trop humain, IX " L'homme seul avec lui-même ", § 483 Ennemis de la vérité

Quelques définitions de la foi :
La substance de ce qu’on espère, la preuve de ce qu’on ne voit pas (Paul)
Croire les choses parce qu’elles sont impossibles (Pic de La Mirandole)
Argument des choses de nulle apparence (Rabelais)
Ne pas voir, et croire ce qu’on ne voit pas (Bourdaloue)
Croyance en ce qui semble faux à notre entendement (Voltaire)
An illogic belief [croyance] in the occurrence of the improbable (Mencken)
" Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque [sic : belle "logique" circulaire], rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même " (Dei Verbum 11, Paul VI, 1965 ; repris dans le Catéchisme de 1992).

Qui peut encore croire à ça ? Il y a beaucoup de paresse intellectuelle dans le maintien de ces croyances.



Axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque. Si un dieu existait, en choisissant de se manifester il y a quelques millénaires sur l'axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque, il aurait commis une sacrée erreur manifeste d'appréciation (comme disent les juristes) sur le niveau d'évolution de l'espèce humaine dans cette région !! Ignorait-il donc ce qui se passait alors en Grèce et à Rome (sans parler de la Chine), pour faire des obscurs Hébreux un peuple élu, pour en faire le corps mystique de lui-même ??

Le principe même d'une Révélation istic et tunc est un signe d'arbitraire (pourquoi là-bas, et à cette époque-là plutôt qu'à une autre ?) qui s'accorde bien mal, quand on y réfléchit, avec la notion d'un dieu parfait, tout-puissant et omniscient.


Assimilations choquantes de l'athéisme au totalitarisme par deux papes :

Lettre encyclique de Jean-Paul II du 15 octobre 1998, publiée en traduction française par la Documentation catholique, n° 2191, 1er novembre 1998, pages 901-942 :
§ 46 : " Diverses formes d'humanisme athée, philosophiquement structurées [...] ont présenté la foi comme nocive et aliénante pour le développement de la pleine rationalité. Elles n'ont pas eu peur de se faire passer pour de nouvelles religions, constituant le fondement de projets qui, sur le plan politique et social, ont abouti à des systèmes totalitaires traumatisants pour l'humanité. "

Nonobstant

" La Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. [...] En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » " (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Jean Meslier, avec ses idées politiques communistes, donna hélas quelques arguments à cela.

* * * * *

IV / Laïcité a) Avant la non-reconnaissance de 1905 :

Tolérance (toleration) avant la laïcité. John Locke écrivit sa fameuse Letter pendant l'hiver 1685-86.

1689 (année du Bill of Rights) : La Toleration de John Locke rejetait l'athéisme :
Those are not at all to be tolerated who deny the being of a God. Promises, covenants, and oaths, which are the bonds of human society, can have no hold upon an atheist. The taking away of God, though but even in thought, dissolves all ; besides also, those that by their atheism undermine and destroy all religion, can have no pretence of religion whereupon to challenge the privilege of a toleration. As for other practical opinions, though not absolutely free from all error, if they do not tend to establish domination over others, or civil impunity to the Church in which they are taught, there can be no reason why they should not be tolerated.
1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 10, proposé par Boniface Louis de Castellane (1758-1837, emprisonné sous la Terreur) et l'évêque Jean-Baptiste Gobel (1er septembre 1727 - mort guillotiné le 13 avril 1794).

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Déclaration ..., article 11, proposé par le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld d’Enville (1743 - tué le 4 septembre 1792 par des volontaires qui faisaient la chasse aux aristocrates).

Condorcet : Il n'est pas nécessaire de supposer un lien à modèle religieux pour former le lien politique. (Mémoires).

I : Il faut que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation. La puissance publique n’a pas le droit de lier l’enseignement de la morale à celui de la religion.
II : Il ne faut pas lier l’instruction de la morale aux idées générales de religion. Quel homme éclairé oserait dire aujourd’hui, ou que les principes qui règlent nos devoirs n’ont pas une vérité indépendante de ces idées, ou que l’homme ne trouve pas dans son cœur des motifs de les remplir, et soutenir en même temps qu’il existe une seule opinion religieuse contre laquelle un esprit juste ne puisse trouver des objections insolubles pour lui ? Pourquoi appuyer sur des croyances incertaines des devoirs qui reposent sur des vérités éternelles et incontestées ?
IV : Tout homme devant être libre dans le choix de sa religion, il serait absurde de le faire contribuer à l'enseignement d'une autre, de lui faire payer les arguments par lesquels on veut le combattre. Dans toutes les autres sciences, la doctrine enseignée n'est pas arbitraire ; la puissance publique n'a rien à choisir ; elle fait enseigner ce que les gens éclairés regardent comme vrai, comme utile. Mais, d'après qui décidera-t-elle que telle théologie est vraie ? Et quel droit aurait-elle d'en faire enseigner une qui peut être fausse ? On peut, jusqu'à un certain point, faire payer un impôt pour les frais d'un culte ; la tranquillité publique peut l'exiger, du moins pour un temps très borné. Mais qui osera dire que l'enseignement de la théologie puisse être jamais un moyen de conserver la paix ?
V : Ce serait trahir le peuple que de ne pas lui donner une instruction morale, indépendante de toute religion particulière.

1791 : Abolition des crimes de blasphème et de sortilège, libre exercice des cultes.
1792 : état-civil (c'est une première séparation).

1793 : Le chevalier de La Barre est réhabilité par la Convention le 25 brumaire an II (
1795-1801 : séparation financière

Le 3 Ventôse an III (21 février 1795), décret sur la liberté des cultes, précisant, à son article II, que « la République ne salarie aucun culte ».
La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités de salut public, de sûreté générale et de législation, réunis, décrète :
Art. Ier Conformément à l’article VII de la déclaration des droits de l’homme, et à l’art. CXXII de la constitution, l’exercice d’aucun culte ne peut être troublé.
II. La République n’en salarie aucun.
III. Elle ne fournit aucun local, ni pour l’exercice du culte, ni pour le logement des ministres.
IV. Les cérémonies de tout culte sont interdites hors de l’enceinte choisie pour leur exercice.
V. La loi ne reconnaît aucun ministre de culte : nul ne peut paraître en public avec les habits, ornements ou costumes affectés à des cérémonies religieuses.
VI. Tout rassemblement de citoyens pour l’exercice d’un culte quelconque, est soumis à la surveillance des autorités constituées. Cette surveillance se renferme dans des mesures de police et de sûreté publique.
VII. Aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un lieu public, ni extérieurement, de quelque manière que ce soit. Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté. Aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite pour y inviter les citoyens.
VIII. Les communes ou sections de commune, en nom collectif, ne pourront acquérir ni louer de local pour l’exercice des cultes.
IX. Il ne peut être formé aucune dotation perpétuelle ou viagère, ni établi aucune taxe pour en acquitter les dépenses.
X. Quiconque troublerait par violence les cérémonies d’un culte quelconque, ou en outragerait les objets, sera puni suivant la loi du 22 juillet 1791 sur la police correctionnelle.
XI. Il n’est point dérogé à la loi du 2 des sans-culotides, deuxième année, sur les pensions ecclésiastiques, et les dispositions en seront exécutées suivant leur forme et teneur.
XII. Tout décret dont les dispositions seraient contraires à la présente loi, est rapporté ; et tout arrêté opposé à la présente loi, pris par les représentants du peuple dans les départements, est annulé.
Cette première séparation prendra fin avec la signature du Concordat du 15 juillet 1801 :

" Le Gouvernement de la République reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des citoyens français. " Les autres cultes sont reconnus.

" La religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'État. " (Charte constitutionnelle de 1814),

1825 : loi sur le sacrilège, abolie en 1830.

Article 6 de la Charte de 1830 : " La religion catholique, apostolique et romaine, professée par la majorité des Français "

Constitution de 1848, IIe République, 4 novembre 1848
" Préambule
En présence de Dieu et au nom du Peuple français, l'Assemblée nationale proclame :
[...]
Article 7. - Chacun professe librement sa religion, et reçoit de l'État, pour l'exercice de son culte, une égale protection. - Les ministres, soit des cultes actuellement reconnus par la loi, soit de ceux qui seraient reconnus à l'avenir, ont le droit de recevoir un traitement de l'État. "

Constitution du 14 janvier 1852, Second Empire
Article 26. - Le Sénat s'oppose à la promulgation. - 1° Des lois qui seraient contraires ou qui porteraient atteinte à la Constitution, à la religion, à la morale, à la liberté des cultes, à la liberté individuelle, à l'égalité des citoyens devant la loi, à l'inviolabilité de la propriété et au principe de l'inamovibilité de la magistrature ; 2° De celles qui pourraient compromettre la défense du territoire.

Loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 sur les rapports des pouvoirs publics
Article 1. - Le Sénat et la Chambre des députés se réunissent chaque année le second mardi de janvier, à moins d'une convocation antérieure faite par le Président de la République. - Les deux chambres doivent être réunies en session cinq mois au moins chaque année. La session de l'une commence et finit en même temps que celle de l'autre. - Le dimanche qui suivra la rentrée, des prières publiques seront adressées à Dieu dans les églises et dans les temples pour appeler son secours sur les travaux des assemblées.

Lois Jules Ferry et Goblet sur l'enseignement : 28/3/1882 (la religion n'est plus enseignée) et 30/10/1886 (laïcisation du personnel enseignant). Cf Vehementer Nos sur la loi de 1905 :
" On a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux, supprimé les signes traditionnels à bord des navires le Vendredi Saint, effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux, banni des tribunaux, des écoles, de l'armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait, d'une façon quelconque, rappeler la religion. "
 Mai 1904, rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège (après la visite du président Loubet à Rome).


* * * * *

IV / Laïcité b) Principes (1) de la laïcité à la française selon le titre Ier de la loi du 9 décembre 1905 (le rapporteur est Aristide Briand) :
  • liberté (de conscience, d'exercice des cultes)
  • séparation (financière, non-reconnaissance) des cultes et de la République (État, départements, communes, régions, collectivités territoriales d'outre-mer).
  • 1. Principes repris dans le décret du 6 février 1911.
Ce n'est donc pas simplement une séparation des Églises et de l'État. Cet intitulé n'a d'ailleurs aucune valeur normative. (Cf Guide de légistique, Paris : La Documentation française, 2017).



La laïcité devient un principe constitutionnel avec la Constitution de 1946. La Constitution de 1958 y ajoute le respect des croyances, ce qui a été contesté.

Catherine Kintzler caractérise la laïcité comme un régime d'articulation entre un principe de liberté d'affichage de la part des individus et un principe d'abstention de la part de la République.

Paru en 2014


Le libre exercice des cultes et la libre expression constitutionnelle des opinions religieuses ont comme contrepartie la libre expression de l'incroyance, fusse sous forme de moqueries et de dérision (ancien crime de blasphème, aboli en 1791).

Article 19, dernier alinéa, modifié par la loi du 25 décembre 1942 (extension des subventions pour réparation aux monuments non classés). Conservé en 1945

Alsace-Moselle
" Le Conseil d’État [6 avril 2001) « valide » la législation spéciale relative à l’enseignement religieux obligatoire dans les lycées et collèges publics des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. Ce régime dérogatoire n’a pas été abrogé implicitement par le principe constitutionnel de laïcité, érigé par le juge administratif en principe fondamental reconnu par les lois de la République [PFRLR].
Il n’est pas non plus incompatible avec les exigences de la Convention européenne des droits de l’homme [CEDH] en matière de protection de la liberté de conscience des élèves, dès lors que la faculté d'être dispensé d’enseignement religieux leur reste ouverte. " (Le principe de laïcité comme PFRLR)

Guyane
" « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Pourtant, la Guyane, alors définie comme « colonie » au moment du vote de cette loi n'est pas, aujourd'hui, au principe de laïcité. De même, le décret du 6 février 1911 (1) portant séparation des Églises et de l'État en Guadeloupe, en Martinique et à la Réunion, ne s'applique pas au territoire de la Guyane. Devenu département et région, ce territoire n'est toujours pas entré dans le droit commun quant à ces dispositions.
Conformément au principe défini à l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen selon lequel la loi « doit être la même pour tous » la loi de 1905 doit s'appliquer à l'ensemble du territoire de la République. Il convient ainsi de retirer du budget des collectivités le financement des cultes en Guyane " (proposition de loi d'un sénateur).
1. Ce décret reprend les principes de 1905 :
TITRE Ier PRINCIPES
Art. 1er. - La République assure la liberté de conscience. Elle garanti la libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.
Art. 2. - La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er juillet qui suivra la publication du présent décret, seront supprimés des budgets des colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion et des communes de ces colonies, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. [...]
* * * * *

V / Ce n'est pas au christianisme (Rendez à César...) que l'on doit la laïcité


Contrairement à ce qu'on raconte sur Internet, le christianisme n'a pas inventé la laïcité, ni même la seule séparation effective des cultes et de la République ; le fameux " Rendez à César...,  Reddite ergo, quae sunt Caesaris, Caesari et, quae sunt Dei, Deo ”. (Matthieu, XXII, 21) est davantage une distinction et une subordination qu'une séparation ; il est complété par
" Il n'y a point d'autorité qui ne provienne de Dieu, Non est enim potestas nisi a Deo; quae autem sunt ". (Aux Romains, XIII, 1).
et
" Obéissez à Dieu plutôt qu'aux hommes, Oboedire oportet Deo magis quam hominibus. " (Actes des apôtres, V, 29).
« Attribuons le pouvoir de donner royaumes et empires au seul vrai Dieu. » Augustin, La Cité de Dieu, V, xxi. Théorie du droit divin.
Pour la DDHC, article 3, c'est la Nation qui est au principe de la souveraineté.

Du pape Pie IX, 1864 : Syllabus Résumé renfermant les principales erreurs de notre temps (accompagne l'encyclique Quanta Cura),
§ VI. " Erreurs relatives à la société civile, considérée soit en elle-même, soit dans ses rapports avec l’Église. " :
LV. L'Église doit être séparée de l'État, et l'État de l'Église. Ecclesia a Statu, Statusque ab Ecclesia seiungendus est. (Allocutio Acerbissimum, 27 septembre 1852 (Prop 31, 51, 53, 55, 67, 73, 74, 78).
 L'Index Librorum Prohibitorum est aboli en juin 1966, aucun ouvrage paru depuis n'y figure, mais garde sa valeur morale. J'ai connu à Paris l'abbé Marc Oraison, un des derniers auteurs à figurer dans cet Index (décret du 18 mars 1953).

Du pape Léon XIII, 1885 : " Les sociétés humaines ne peuvent pas, sans devenir criminelles, se conduire comme si Dieu n'existait pas ou refuser de se préoccuper de la religion comme si elle leur était chose étrangère ou qui ne pût leur servir de rien. " "Civitates non possunt, citra seclus, genere se, tanquam si Deus omnino non esset, aut curam religionis velut alienam nihil que profituram ablicere. " (Lettre encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885.)
Du pape Pie XI, mars 1937 : Il ne saurait y avoir d'autorité sur la Terre, si l'autorité de la Majesté divine est méconnue. (Mit brennender Sorge  Avec une brûlante inquiétude).
Du pape Jean-Paul II au Bourget le 1er juin 1980 : " France, Fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? " (sans parler de Vehementer Nos : la loi de décembre 1905 fut violemment critiquée par le pape Pie X : Vehementer Nos du 11 février 1906).
Du pape Benoît XVI, 2009  : " La Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. [...] En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » " (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Christianisme religion d'État avec Théodose Ier en 380.

L'édit de Thessalonique fut décrété par les empereurs romains Théodose Ier, Gratien et Valentinien II le 27 février 380. Il fait du christianisme l'unique religion licite de l'Empire romain interdisant l'ensemble des cultes dits « païens ». En plus des adeptes des religions dites « païennes », les philosophes stoïciens, épicuriens, néoplatoniciens et sceptiques perçus comme une menace pour la christianisation sont également persécutés). Fin du libre exercice des cultes.

Sur la liberté de conscience : « Quant à mes ennemis , ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux , amenez-les ici , et égorgez-les tous devant moi ! » (Luc, XIX, 27).
Luc, XIV, 23 : Et ait dominus servo: “Exi in vias et saepes, et compelle intrare, ut impleatur domus mea. " Va dans les chemins et contrains les gens d'entrer afin que ma maison soit remplie ". Passage commenté par Pierre Bayle en 1686 dans Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ " Contrains-les d'entrer ".
Édit de Nantes : autorise les Protestants à pratiquer leur culte du 30 avril 1598 au 22 octobre 1685 (Édit de Fontainebleau). En 1787, le 7 novembre, l’Édit de Versailles (édit de tolérance) donne aux non-catholiques le droit de pratiquer leurs religions, mais conserve le catholicisme comme religion d’État du royaume de France.
Enfin, la liberté de conscience trouve sa source intellectuelle non dans les Testaments, mais dans l'injonction philosophique " Penser par soi-même " : Grecs anciens : Hésiode, Socrate (Enjeu d'autonomie de la pensée qui parcourt les Dialogues de Platon) ; Humanisme (Montaigne), Libertinage érudit, Lumières (Bayle, D'Alembert, Voltaire, Condorcet). D'où la dénomination libres penseurs.

La loi de 1905 fut d'abord refusée par le Vatican, dans le contexte de la rupture des relations diplomatiques. Encyclique Vehementer Nos de Pie X, 11 février 1906. Ensuite accords de 1923 et 1945.
" Qu'il faille séparer l'État de l'Église, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l'État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l'homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l'existence comme il nous soutient. [...] La notion du vrai en sera troublée, et les âmes remplies d'une grande anxiété. " (Vehementer Nos).

* * * * *

d) Mosquée de Paris : Alain Gresh : " Ce qui était possible en 1921 ne le serait pas en 2015 ? "

Oui. À l’époque la laïcité n’était qu’une loi ordinaire à laquelle on a pu déroger par une autre loi (du 19 août 1920 ; J. O. du 21 août) ; c’est depuis la Constitution de 1946 (Préambule al. 13 et Constitution art. 1) un principe à valeur constitutionnelle (PVC), et un PFRLR pour l'administration.

Les tenants des crèches dans les bâtiments publics voudraient bien rétablir, sinon " la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'État. " (Charte constitutionnelle de 1814), du moins cet article 6 de la Charte de 1830 : " la religion catholique, apostolique et romaine, professée par la majorité des Français ". Mais la place naturelle des crèches est dans les nombreuses églises, chapelles, basiliques, abbatiales, couvents, monastères et cathédrales. De même, le lieu de prières des musulmans, c'est dans les mosquées ou chez eux, pas dans nos rues ni sur les lieux de travail.

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VI / Appendices :

a)
Joël Andriantsimbazovina, Hélène Gaudin, Jean-Pierre Marguénaud, Stéphane Rials, Frédéric Sudre, directeurs, Dictionnaire des Droits de l'Homme, Paris : PUF, 2008.
Articles :
Athéisme : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum pp. 989-1005).
Christianisme, pp. 141-145.
Incroyance : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum).
Islam, pp. 543-549.
Judaïsme, pp. 557-560.
Laïcité, pp. 597-601 : article complet et exact, sauf l'appellation " séparation des Églises et de l'État " pour " séparation des cultes et de la République ".
Liberté de pensée, de conscience et de religion, pp. 636-639 : " c'est la liberté de croire ce que l'on veut, de s'attacher éventuellement à la religion de son choix incarnée dans un groupement religieux organisé et de manifster ce choix et cette croyance en paroles et (ou) en actes. ". Oubliée, la liberté de ne pas croire... " Le constat peut être dressé de l'emprise réelle de liberté de religion, dévoreuse ou protectrice, sur celle de pensée et de conscience. [...] Il n'existe pas dans la jurisprudence de la Cour européenne de décision significative rendue sur le fondement de la disposition visée (l'article 9 de la Convention) au profit d'un athée ou d'un agnostique. " 
Libre pensée : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum).

b)
" Rassemblement pour la Laïcité Dimanche 25 janvier [2015], 10h30, parvis mairie de Montluçon, au pied de l'arbre de la Laïcité ...
" Suite aux attentats perpétrés la semaine dernière à Paris et aux discours sur les valeurs de la République des plus hautes autorités de l’État prononcés ces deux derniers jours, plusieurs associations laïques de Montluçon vous invitent à un rassemblement citoyen pour rappeler à toutes et à tous, que la Laïcité est et demeure le [sic...] fondement de notre République et du Vivre ensemble, le DIMANCHE 25 JANVIER [2015] à 10h30, autour de l'Arbre de la Laïcité, esplanade de la Mairie, place Jean Jaurès. A cette occasion, l'intégralité de notre communiqué, paru partiellement, sera lu et les responsables des associations laïques présents pourront répondre aux journalistes présents. "
En quoi l'invocation de la seule  laïcité pouvait-elle être une riposte adéquate aux attentats islamistes de Charlie-Hebdo et l'Hyper Cacher ??

c)


Livret laïcité, Paris : Ministère de
l'Éducation nationale, 2015, page 17.



samedi 17 février 2018

"DIEU", LA FOI suivi de (§ XII) SUR « FIDES ET RATIO »

 Reprise par les Athées Humanistes de Belgique
 de ma formulation de la position philosophique
athée, que je rappelle à la fin de cet article


Voir aussi mes pages : LES RELIGIONS suivi de NOTES SUR L'OBSCURANTISME RELIGIEUX ; j'ai préféré séparer l'approche philosophique de la critique de la foi de l'approche historique et politique des religions ; Michel Onfray eut tort de ne pas pratiquer ainsi dans son Traité... car cela l'affaiblit.


et

"DIEU", LA RELIGION, DANS L'ŒUVRE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE


* * * * *

Athéisme de " l'Insensé " noté dans l'Ancien Testament :

Dixit insipiens in corde suo: “ Non est Deus ”.
Corrupti sunt et abominationes operati sunt;
Psaumes, I, 14, 1 (vers -VIe siècle ?)


§ I / Les premiers pas de l'athéisme
§ II / « La raison offense tous les fanatismes. »
§ III / A / "DÉFINITIONS" DE "DIEU"
§ III / B / La toute-puissance n’existe pas selon Aristote, Horace et Sénèque le Jeune.
§ III C / Qualifications et métaphorisations de "Dieu"
§ IV / DÉFINITIONS DE LA FOI :
§ V / Philosophie et/ou foi
§ VI / "DIEU" … HYPOTHÈSE OU INVENTION ?
§ VII / UNE HYPOTHÈSE EXTRÊME
§ VIII / SUR L’IDÉE DE DIEU CHEZ DESCARTES
§ IX / HUMAIN, TROP HUMAIN
§ XI / MAIS DIEU SAUVÉ EN TANT QUE FILS DE L’HOMME ?
§ XII / SUR FIDES ET RATIO
§ XIII - Sur "totalitarisme et athéisme"

§ I / Les premiers pas de l'athéisme :


Xénophane de Colophon [Ionie], (vers -570 / vers -475 ) : « Si les bœufs savaient dessiner, ils donneraient aux dieux forme bovine. » (rapporté par Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 110) . C'est quasiment dire que l'homme a créé les dieux à son image, contrairement au mythe de Genèse, I, 27 " Et creavit Deus hominem ad imaginem suam ; ad imaginem Dei creavit illum ".

La thèse athée de l’invention des dieux est ancienne : le sophiste Critias (-Ve siècle) apparaissait à Sextus Empiricus appartenir au groupe des athées,
« Un homme à la pensée astucieuse et sage
Inventa la crainte des dieux pour les mortels,
Afin que les méchants ne cessassent de craindre
D’avoir à rendre compte de ce qu’ils auraient fait,
Dit, ou encore pensé, même dans le secret :
Aussi introduisit-il la pensée du divin. »
(Critias d'Athènes, cité par le sceptique Sextus Empiricus, IIe siècle, Contre les professeurs, IX, 54).
Élien (vers 175 / vers 235), Histoires variées, livre II,
" § 31. Qu'il n'y a point d'athées chez les barbares.
Qui pourrait ne pas louer la sagesse des peuples qu'on nomme barbares ? On n'en vit jamais aucun nier l'existence de la divinité : jamais ils n'ont mis en question s'il y a des dieux, ou s'il n'y en a pas ; si les dieux s'occupent, ou non, de ce qui concerne les hommes. Nul Indien, nul Celte, nul Égyptien n'imagina de système pareil à ceux d'Évhémère de Messine [vers -340 / vers -260], de Diogène de Phrygie [Diogène d'Apollonie, élève d'Anaximène, milieu -Ve siècle], d'Hippon [de Métaponte, -Ve siècle], de Diagoras [de Mélos], de Sosias, d'Épicure. Toutes les nations que je viens de nommer, reconnaissent qu'il y a des dieux, et que ces dieux veillent sur nous, et nous annoncent ce qui doit nous arriver, par certains signes dont leur providence bienveillante nous donne l'intelligence ; comme le vol des oiseaux, les entrailles des animaux, et quelques autres indices, qui sont autant d'avertissements et d'instructions. Ils disent que les songes, que les astres même nous découvrent souvent l'avenir. Dans la ferme croyance de toutes ces choses, ils offrent d'innocents sacrifices, auxquels ils se préparent par de saintes purifications ; ils célèbrent les mystères ; ils observent la loi des Orgies ; enfin, ils n'omettent aucune des autres pratiques religieuses. Pourrait-on après cela ne pas avouer que les barbares révèrent les dieux, et leur rendent un véritable culte ? "
Traduction du grec par Bon-Joseph Dacier, 1827.

  Sextus Empiricus« Que Dieu n'existe pas, c'est l'avis de ceux qu'on appelle athées, comme Évhémère [« Évhémère, surnommé l’Athée, dit ceci : lorsque les hommes n’étaient pas encore civilisés, ceux qui l’emportaient assez sur les autres en force et en intelligence pour contraindre tout le monde à faire ce qu’ils ordonnaient, désirant jouir d’une plus grande admiration et obtenir plus de respect, s’attribuèrent faussement une puissance surhumaine et divine, ce qui les fit considérer par la foule comme des dieux. »] Diagoras de Mélos, Prodicos de Céos, Théodore [de Cyrène] » (Contre les professeurs, IX, 52).



   L'écrivain latin Marcus Tullius Cicero fit le point :

« La plupart [des philosophes] ont dit que les dieux existaient, mais Protagoras [d'Abdère] était dans le doute (1), Diagoras de Mélos et Théodore de Cyrène pensaient qu’il n’y en avait aucun. [Velut in hac quaestione plerique, quod maxime veri simile est et quo omnes +sese duce natura venimus, deos esse dixerunt, dubitare se Protagoras, nullos esse omnino Diagoras Melius et Theodorus Cyrenaicus putaverunt.] […] Diagoras [de Mélos], appelé άθεος [athée] et plus tard Théodore [de Cyrène] ont ouvertement nié l’existence des dieux. [Quid Diagoras, Atheos qui dictus est, posteaque Theodorus nonne aperte deorum naturam sustulerunt? Nam Abderites quidem Protagoras, cuius a te modo mentio facta est, sophistes temporibus illis vel maximus, cum in principio libri sic posuisset "De divis neque, ut sint neque ut non sint, habeo dicere".] » Cicéron (-106 / -43), De la nature des dieux, I, i, 2 et I, xxiii, 63.
1. Cf Les Présocratiques (traduction Jean-Louis Poirier, coll. Pléiade), pp. 986, 995, 1000 et la note de Poirier pp. 1527-1528.



The Greek word "αθεοι" as it appears in the Epistle to the Ephesians II, 12

(early 3rd-century Papyrus 46).



   « C’est d’abord la crainte qui a créé les Dieux ("Primus in orbe deos fecit timor") », écrivit l’athée et romancier latin du 1er siècle Pétrone (Poésies, V).

Enfin, dans sa lettre à Érasme du 30 novembre 1532, Rabelais, écrivant en grec, disait du grammairien et polémiste Jules César Scaliger qu'il était "totalement athée".


Tout sec ...

Michel de Montaigne« Perseus [-307/6  -243], auditeur de Zénon [de Citium], a tenu qu'on a surnommé Dieux ceux qui avaient apporté quelque notable utilité à l'humaine vie et les choses mêmes profitables [Cicéron, De Natura Deorum, I, xv]. Chrysippe [de Soles, vers -280 / -206] faisait un amas confus de toutes les précédentes sentences, et comptait, entre mille formes de Dieux qu'il fait, les hommes aussi qui sont immortalisés. Diagoras [de Mélos, fin  -Ve siècle] et Théodore [de Cyrène, fin -Ve siècle] niaient tout sec qu’il y eût des Dieux. » (Essais, II, xii, pages 515-516 de l'édition de référence Villey/PUF/Quadrige).

Montaigne semble là rejoindre par avance le point de vue de Nietzsche :
Aurore, I, § 95. La réfutation historique en tant que réfutation définitive. :
« Autrefois, on cherchait à prouver qu’il n’y avait pas de dieu, — aujourd’hui on montre comment la croyance qu’il y a un dieu put s’établir et à quoi cette croyance doit son poids et son importance. »
Les athées connus dans l'Antiquité grecque :
Bion de Borysthène, philosophe cynique, (vers -325 / vers -250) : niait l'efficacité de la prière.
Critias d'Athènes, homme politique, (vers -455 / -403)
Diagoras de Mélos, philosophe disciple de Démocrite, (vers - 475 / vers -405) : " the Greek lyric poet Diagoras of Melos was sentenced to death in Athens under the charge of being a "godless person" (ἄθεος) after he made fun of the Eleusinian Mysteries, but he fled the city to escape punishment. Later writers have cited Diagoras as the "first atheist", "
Évhémère de Messsine
Hippon de Métaponte
Prodicos de Céos
Théodore de Cyrène


Montaigne nie l'immortalité de l'âme lorsqu'il écrit, suivant Épicure :
« La mort est moins à craindre que rien, s'il y avait quelque chose de moins. Elle ne vous concerne ni mort, ni vif : vif, parce que vous êtes : mort, par ce que vous n'êtes plus. » Essais, I, xx (" Que philosopher C'est apprendre à mourir ").
Surtout, à la toute fin des Essais, Montaigne recommande hardiment non son âme, mais la vieillesse, cet ante mortem, non au dieu des chrétiens, mais au divin Apollon. Certainement deux des raisons pour laquelle l'ouvrage de Montaigne fut (bien que tardivement) inscrit à l'Index Librorum Prohibitorum. (en plus du peu de cas qu'il faisait de Jésus).


The first known explicit atheist was the German critic of religion Matthias Knutzen in his three writings of 1674. In the February 1674 he went to Rome and in the September 1674 to Jena (Thuringia). There, Knutzen distributed handwritten pamphlets with atheistic contents. The town and the university of Jena carried out an investigation. In order not to be arrested, Knutzen went first to Coburg and then to Altdorf near Nuremberg.

The Polish ex-Jesuit philosopher Kazimierz Łyszczyński who wrote a treatise entitled On the non-existence of God (De non existentia Dei)and was later executed on charges of atheism. he was accused of having denied the existence of God and having blasphemed against the Virgin Mary and the saints. He was condemned to death for atheism. The sentence was carried out le 30 mars 1689 before noon in the Old Town Market in Warsaw, where his tongue was pulled out followed by a beheading. His trial has been criticized and is seen as a case of legalized religious murder in Poland. "ergo non est Deus" dans la marge de la Theologia Naturalis d'Henry Aldsted.

In the 1720s, the French priest Jean Meslier.


Paul Henri Thiry, baron d’HOLBACH (1723-1789) :
« Qu’est-ce, en effet, qu’un athée ? C’est un homme qui détruit des chimères nuisibles au genre humain pour ramener les hommes à la nature, à l’expérience, à la raison. C’est un penseur, qui ayant médité la matière, son énergie, ses propriétés et ses façons d’agir, n’a pas besoin pour expliquer les phénomènes de l’univers et les opérations de la nature, d’imaginer des puissances idéales, des intelligences imaginaires, des êtres de raison, qui, loin de faire mieux connaître cette nature, ne font que la rendre capricieuse, inexplicable, méconnaissable, inutile au bonheur des humains. »
" Système de la nature ou Des lois du monde physique et du monde moral ", 1770, Seconde partie " De la divinité ; des preuves de son existence, de ses attributs ; de la manière dont elle influe sur le bonheur des hommes ", chapitre xi " Apologie des sentiments contenus dans cet ouvrage. De l’impiété. Existe-t-il des athées ? "
NIETZSCHE : Le Gai Savoir, V, § 357 :
« [Arthur] Schopenhauer fut en tant que philosophe le premier athée avoué et inflexible qui se soit trouvé parmi nous autres Allemands : c’était là le vrai motif de son hostilité envers Hegel. […] discipline doublement millénaire de l’esprit de vérité qui finit par s’interdire le mensonge de la croyance en Dieu. …»
Aurore, I, § 96 " In hoc signo vinces. " : " Aussi avancée que soit l'Europe dans d'autres domaines : sur le plan religieux elle n'a pas encore atteint la naïveté libérale des anciens brahmanes. [...] Il y a bien aujourd'hui dix à vingt millions d'hommes parmi les différents peuples d'Europe qui " ne croient plus en Dieu "", — est-ce trop demander qu'ils se fassent signe ? "

§ / II - « La raison offense tous les fanatismes. »
Alfred de Vigny, Le Journal d’un poète, hiver-printemps 1829.

Magnifique et subtil commentaire anticipé de l'affaire des caricatures danoises de Mahomet, caricatures qui faisaient suite, je le rappelle, à l'assassinat du réalisateur néerlandais Theo Van Gogh le 2 novembre 2004 par un islamiste marocain.


Complément du Traité d'athéologie
d'Onfray, et réciproquement.

ONFRAY : « L’inverse [de la thèse de Dostoïevski] me semble plutôt vrai : " Parce que Dieu existe, alors tout est permis …" Je m’explique. Trois millénaires témoignent, des premiers textes de l’Ancien Testament à aujourd’hui : l’affirmation d’un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant, belliqueux a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix …. Le fantasme juif du peuple élu qui légitime le colonialisme, l'expropriation, la haine, l'animosité entre les peuples, puis la théocratie autoritaire et armée ; la référence chrétienne des marchands du Temple ou d'un Jésus paulinien prétendant venir pour apporter le glaive, qui justifie les croisades, l'Inquisition, les guerres de Religion, la Saint-Barthélémy, les bûchers, l'Index [Librorum Prohibitorum], mais aussi le colonialisme planétaire, les ethnocides nord-américains, le soutien aux fascismes du XXe siècle, et la toute-puissance temporelle du Vatican depuis des siècles dans le moindre détail de la vie quotidienne ; [je souligne] la revendication claire à presque toutes les pages du Coran d'un appel à détruire les infidèles, leur religion, leur culture, leur civilisation, mais aussi les juifs et les chrétiens — au nom d'un Dieu miséricordieux ! »
Michel Onfray, Traité d’athéologie-Physique de la métaphysique, Paris: Grasset, 2005, 1ère partie "Athéologie", III " Vers une athéologie ", § 1 " Spectrographie du nihilisme ".

Inversion salutaire, que l'actualité parisienne du 13 novembre 2015 (après celle du 7 janvier) vient encore de renforcer, mais dans un opuscule malheureusement plus politique que philosophique, très insuffisant sur l'histoire de l'athéisme, et qui ressemble bien davantage à un Abrégé qu'à un Traité. (Ceci dit pour les juristes qui connaissent le distinguo entre un "traité", un "manuel", et un "précis" ou "abrégé"). Ce pauvre Onfray, qui n'est plus à une volte-face près, dénonce maintenant (15 novembre 2015) une " politique islamophobe " de la France...


§ III / A / " DÉFINITIONS " DE "DIEU" :

Elles ne proviennent pas seulement de l'Ancien Testament, mais aussi de la philosophie gréco-romaine anté-chrétienne. Cependant il serait très surprenant, s'il y avait un dieu, qu'il ait choisi de se manifester dans ces contrées alors obscures et arriérées d'Asie mineure, l'axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque, — et pas un peu plus tard en Grèce ou à Rome. Sans doute ne prévoyait-il pas l'avenir ...


« Celui qui est (ou Je suis celui que je suis ?)» (14 Dixit Deus ad Moysen : “ Ego sum qui sumExode, III, 14) ;
« l’Intellect qui façonne toutes choses à partir de l’eau » (Thalès de Milet, cité par Montaigne, Essais, II, 12);
« le moteur immobile » (Aristote) ;
« un esprit libre et sans entraves, détaché de toute matière périssable, conscient de tout et source de tout mouvement, doué lui-même d’un mouvement sempiternel » (Cicéron, -106 / -43, Tusculanes, I, xxvii, 66-67) ;

« l'être tel qu'on ne peut rien penser qui le surpasse »  (Anselme de Cantorbéry) ;
« une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante et par laquelle moi-même et toutes les choses qui sont ont été créées et produites » (Descartes);
« l’être absolument infini » (Spinoza);
« une substance nécessaire » (Leibniz);
« être nécessaire, unique, simple, immuable et éternel » (Kant) ;
l'Absolu, l'Idée éternelle (Hegel).

« principe et fin de toutes choses » (Dei Verbum, 1965)
Les éléments récurrents, et « extrêmes » de ces tentatives farfelues de définitions ab nihilo sont:
L’être
Le créateur
L’éternité
L’infinité
L’unicité
L’immuabilité
La toute-puissance


§ III / B / La toute-puissance n’existe pas selon Aristote, Horace et Sénèque le Jeune.

En effet, « la seule chose que Dieu n’a pas, le pouvoir de défaire ce qui s’est fait » (Éthique à Nicomaque, VI, ii, 6) ;

« Dieu [Jupiter] ne peut pas faire que ce qui a eu lieu ne se soit pas produit » ( " non tamen inritum quodcumque retro est efficiet neque
diffinget infectumque reddet
quod fugiens semel hora vexit." ; Odes, III, xxix, 45-48) ;

« le souverain créateur du monde a pu dicter les destinées, il y est soumis, il obéit incessamment, il a commandé une seule fois » (De la Providence, V, 8).

Cette impossibilité de la toute-puissance de Dieu, qui nuisait gravement au concept, fut niée, mais sans arguments convaincants, par Jérôme (vers 347 / 420) puis par Pierre Damien (vers 1007 / 1072).

« Dieu ne possède rien […] Dieu est nu […] personne ne connaît Dieu […] Dieu est le plus grand [maximus] et le plus puissant. »
« Dieu est près de toi, il est avec toi, il est en toi. » (Sénèque le Jeune, 1er siècle, Lettres à Lucilius, XXXI, 10 et XLI, 1). C'était presque déjà suggérer, avec sagesse, que "Dieu" est une invention toute humaine.

« Crois d’abord, et tu comprendras [...] Comprends ma parole pour arriver à croire, et crois à la parole de Dieu pour arriver à la comprendre. » (Augustin d'Hippone, Il faut croire pour comprendre, Sermon XLIII, 4 et 9). Déjà l’éloge de la pseudo-logique circulaire commune au christianisme (voir le § XI)  et au marxisme …


§ III C / Qualifications et métaphorisations de "Dieu" :

« le Dieu, éternel et un, semblable et sphérique, ni illimité ni limité, ni au repos ni en mouvement » (Xénophane de Colophon, cité par Pseudo-Aristote) ;
« Dieu est éternel, un, partout semblable, limité, sphérique et doué de sensation dans toutes ses parties »  (Xénophane de Colophon, cité par Hippolyte)
L'être le plus excellent (Aristote) ;

son centre est partout, sa circonférence nulle part (Livre des XXIV philosophes ; Rabelais, Tiers livre, XIII, et Cinquième livre, XLVII) ;
asile de l’ignorance (Spinoza) ;
tout ensemble Père, Fils, et Saint-Esprit (Bossuet ; c'est le dieu Un et Trine) ;
une grosse ou petite araignée dont les fils s'étendent à tout (Diderot) ; un père qui fait grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants (Diderot) ;
un fantôme inventé par la méchanceté des hommes (marquis de Sade) ;
une idée sans objet [cf Kant], une idée sans prototype, une chimère (Sade) ;
un mot rêvé pour expliquer le monde (Alphonse de Lamartine) ;
« Le seul être qui, pour régner, n’ait même pas besoin d’exister. » (Charles Baudelaire, Fusées) :
« la raison de ceux qui n'en ont pas » (Ernest Renan, Dialogues philosophiques) ;
notre mensonge de plus grande durée (Frédéric Nietzsche) ;
« Où qu’est Dieu ? le Dieu nouveau ? le Dieu qui danse ?... Le Dieu en nous !... qui s’en fout ! qu’a tout de la vache ! Le Dieu qui ronfle ! » (L.-F. Céline, Les beaux draps) ;
" unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre " (Paul VI, 1965)
un élément organisateur de l’univers discursif de la philosophie (G. Almeras et Sylvain Auroux) ;
soleil des intelligences, force des volontés et boussole de notre cœur (pape Benoît XVI).


§ IV / DÉFINITIONS DE LA FOI :

La substance de ce qu’on espère, la preuve de ce qu’on ne voit pas (Paul)
Croire les choses parce qu’elles sont impossibles (Pic de La Mirandole)
Argument des choses de nulle apparence (Rabelais)
Ne pas voir, et croire ce qu’on ne voit pas (Bourdaloue)
Croyance en ce qui semble faux à notre entendement (Voltaire)
An illogic belief [croyance] in the occurrence of the improbable (Mencken)

Frédéric Nietzsche : « Qui ne sait mettre sa volonté dans les choses, y met au moins un sens : cela s’appelle croire qu’une volonté s’y trouve déjà (principe de la "foi"). » (Crépuscule des Idoles, "Maximes et traits", § 18).


§ V  / Philosophie et/ou foi :

Thomas Browne, 1605-1682 : « To believe [croire] only possibilities is not faith [foi] but mere [simple] philosophy. » (Religio Medici).
« Vous mêlez la théologie avec la philosophie ; c’est gâter tout, c’est mêler le mensonge avec la vérité ; il faut sabrer la théologie. »
Denis Diderot, reproche fait à des Anglais, rapporté par Samuel de Romilly en 1781.
Arthur Schopenhauer: « Soit croire, soit philosopher. » (Paralipomena et parerga, "Sur la religion", § 181).

Martin Heidegger: « L’inconditionnalité de la foi et la problématisation de la pensée sont deux domaines dont un abîme fait la différence. » (Qu’appelle-t-on penser ?, II, vi).

Le « miracle » intellectuel de l'Occident est d’avoir, seul, et dès l’Antiquité, problématisé la foi.


Qualifications et métaphorisations de la foi :

Un acte, non de l’intelligence, mais de la volonté (Descartes)
Un don de Dieu (Pascal)
La consolation des misérables, et la terreur des heureux (Luc de Vauvenargues)

Croyance suffisante subjectivement et insuffisante objectivement (I. Kant, Critique de la raison pure, II, "Théorie transcendantale de la méthode", 2, 3e section)

Une espérance fervente (Alfred de Vigny)

Frédéric Nietzsche : La véritable ruse chrétienne, Un veto contre la science, le mensonge à tout prix, Une forme de maladie mentale (cf Sigmund Freud)

La démission de l’intelligence (Henri de Montherlant)


§ VI / "DIEU" … HYPOTHÈSE OU INVENTION ?

Commentant Ludwig Feuerbach (1804-1872), Michel Onfray nota : « les hommes créent Dieu à leur image inversée ». Mais il passe inaperçu que cette inversion fut révélée dans ces belles lignes d’un auteur grec du IIe siècle, Lucien de Samosate [Syrie actuelle] :
« Le marchand : Que sont les êtres humains ? 
Héraclite : Des dieux mortels. 
Le marchand : Que sont les dieux ? 
Héraclite: Des êtres humains immortels. » 
Philosophes à vendre, 14.
Pour la petite histoire : ces vers de Lucien de Samosate ont un temps figuré comme message d'accueil sur le répondeur téléphonique de Marc Sautet, fondateur des cafés-philo parisiens.


« Dieu » fut un objet de la foi judéo-islamique : Jacques Derrida, juif lui-même, faisait ce rapprochement qui semble pertinent aussi à Michel Onfray ; et en Occident l'objet de la foi chrétienne qui étoffe son édifice avec la médiatisation par les personnes de Jésus de Nazareth et de Marie (la mère), et par le Saint-Esprit ; la pratique de la confession auriculaire réalisa ce contrôle des pensées imaginé par Critias d’Athènes et qu’Ernest Renan appelait « tyrannie spirituelle ». Enfin, « Dieu » accéda au statut de simple hypothèse philosophique ; on connaît la réponse du physicien le marquis de Laplace à Bonaparte : « Je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. » (rapportée par Victor Hugo qui la tenait du physicien français François Arago) ; ceci au moment de la publication de L'Exposition du système du monde, en 1796. Hypothèse bien trop extrême, selon Nietzsche.


S’il y a des dieux …

Protagoras d'Abdère (sophiste, -Ve siècle) : « Les dieux, je ne saurais dire ni s’ils existent, ni s’ils n’existent pas. » (cité par Cicéron, De la nature des dieux, I, xxiv, 63). Protagoras serait donc le patron des agnostiques.

Frédéric Nietzsche : « "S’il y a des dieux, ils ne se soucient pas de nous" – voilà la seule proposition vraie de toute philosophie de la religion. [Wenn es Götter giebt, so kümmern sie sich nicht um uns“ — dies ist der einzige wahre Satz aller Religions-Philosophie] […] Les plus anciennes hypothèses doivent être les plus bêtes ». (Fragments posthumes, M III 6a, décembre 1881 – janvier 1882 ; N VI 2, mai-juin 1883).

Blaise Pascal, bien plus audacieux que Descartes, s'aventurait à envisager la non existence divine : « nous sommes incapables de connaître s'il y a un Dieu. Cependant il est certain que Dieu est, ou qu'il n'est pas : il n'y a point de milieu. » Et : « S'il y a un Dieu il est infiniment incompréhensible puisque n'ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport à nous. ». Pour lui,  l’hypothèse tournait au fameux pari, faute de possibilité de preuve.

Commentaire de Denis Diderot :
« Pascal a dit: " Si votre religion est fausse, vous ne risquez rien à la croire vraie ; si elle est vraie, vous risquez tout à la croire fausse". Un imam peut en dire tout autant. »
Addition aux Pensées philosophiques, 1770, LIX. D'actualité ...
Diderot à Voltaire :
« Je me suis aperçu que les charmes de l’ordre les captivaient [les athées] malgré qu’ils en eussent ; qu’ils étaient enthousiastes du beau et du bon, et qu’ils ne pouvaient, quand ils avaient du goût, ni supporter un mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action : en voilà tout autant qu’il m’en faut ! Ils disent que tout est nécessité. Selon eux, un homme qui les offense ne les offense pas plus librement que ne les blesse la tuile qui se détache et qui leur tombe sur la tête : mais ils ne confondent point ces causes, et jamais ils ne s’indignent contre la tuile, autre conséquence qui me rassure. Il est donc très-important de ne pas prendre de la ciguë pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu.  » (Lettre du 11 juin 1749).
« Si les cieux, dépouillés de son empreinte auguste,
Pouvaient cesser jamais de le manifester,
Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. »
Voltaire, Épître 104, À l’auteur du livre des Trois imposteurs, vers 20-22, 1769.
« Pourquoi existe-t-il tant de mal, tout étant formé par un Dieu que tous les théistes se sont accordés à nommer bon ? »
Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, "Les Pourquoi". Cet argument peut se contourner de la façon suivante : ce qui semble "mal" à l'homme n'est pas nécessairement "mal" dans l'absolu. Mais difficile à avaler quand même.


§ VII / UNE HYPOTHÈSE EXTRÊME :


« Un seul Dieu, le plus grand chez les dieux et les hommes,
Et qui en aucun cas n'est semblable aux mortels
Autant par sa démarche, autant par ce qu'il pense. » (Xénophane de Colophon, -VIe/-Ve siècles, cité par Clément d'Alexandrie, Stromates, V, 109).

Plus tard, on dira, en restant dans le pensable : « grandeur telle que rien de plus grand ne peut être pensé » : Sénèque le Jeune (-4 / 65), puis Anselme de Cantorbéry (1033-1109) ; voire même, entrant dans l'impensable, « plus grand que ce qui peut être pensé » (Anselme, repris par Thomas d'Aquin). Ce qui correspond au concept courant (mais non au concept mathématique) d’infini. Cf l’actuel, moins élaboré et plus modeste, « Allahou Akbar » (" Dieu est plus grand ") des islamistes.

Selon Aristote, Dieu était « le moteur immobile », c’est-à-dire la « première cause », la cause en soi [causa sui des scolastiques, cause incausée] qui aurait lancé l’Univers à la fois en existence et en mouvement.

« Créateur du monde » est l’attribut principal de « Dieu », d’où la toute-puissance, mais avec une restriction de taille : Dieu ne peut pas faire que ce qui s’est produit ne se soit pas produit (concession au principe de réalité). C’est l’artifex (maître d’œuvre) de Sénèque le Jeune, créateur d’un monde « optimal » (Lettres à Lucilius, LXV, 10, 19). Ou encore le fameux horloger de Voltaire.

La création du monde est complétée par la création de l'homme, et de l'homme paradoxalement créé moralement LIBRE, libre de choisir entre le bien et le mal vus selon le créateur ; "Dieu" se trouve ainsi exempté de toute responsabilité du mal. Pour filer la métaphore de Voltaire, l'horloger a donc fabriqué une horloge "libre" d'indiquer n'importe quelle heure ... Création suivie de celle de la femme, pour certains autre argument de poids contre la bonté infinie du dieu ...


§ VIII / SUR L’IDÉE DE DIEU CHEZ DESCARTES :

Cartésianisme est souvent perçu comme synonyme de pensée logique. Pour se défaire de ce préjugé, il suffit d’examiner sommairement la façon dont Descartes traita l’idée de Dieu.

Dans le Discours de la méthode, première apparition de la notion de Dieu dans le passage suivant :
« Il est bien certain que l’état de la vraie religion, dont Dieu seul a fait les ordonnances, [2e partie] »
Ici, aucun doute n’est exprimé, ni sur la religion, ni sur l’existence d’un dieu ; dans la 4e partie du Discours …, Descartes essayera bien, après d’autres, de prouver l’existence de son Dieu, mais on sait que cette "preuve" a été définitivement ruinée par David Hume et Kant.



Pour réhabiliter le cartésianisme, il a été dit que le Discours … ne représentait pas le sommet de la pensée cartésienne, et qu’il fallait aller voir les Méditations métaphysiques. Soit. Ce texte s’ouvre sur une adresse à Messieurs les Doyen et Docteurs de la sacrée Faculté de Théologie de Paris dans laquelle on peut lire :
« Bien qu’il nous suffise, à nous autres qui sommes fidèles, de croire par la foi qu’il y a un Dieu, et que l’âme humaine ne meurt point avec le corps[…] »
En contradiction avec cette ouverture, Descartes annonce, dès la première Méditation:
« Je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions. »
Bon programme, mais peu suivi ; quelques pages plus loin, Descartes se contredit une nouvelle fois en écrivant :
« Toutefois il y a longtemps que j’ai dans mon esprit une certaine opinion, qu’il y a un Dieu qui peut tout, et par qui j’ai été créé et produit tel que je suis. »
Toutefois n’a pas pour fonction d’amener le doute sur Dieu, mais de mettre en doute les vérités mathématiques envisagées à la fin de l’alinéa précédent.
« Or qui me peut avoir assuré que ce Dieu n’ait point fait qu’il n’y ait aucune Terre, aucun ciel, aucun corps étendu, aucune figure, aucune grandeur, aucun lieu, et que néanmoins j’aie les sentiments de toutes ces choses, et que tout cela ne me semble point exister autrement que je le vois ? »
Ce Dieu est ici évoqué sans aucune mise en doute, alors que l’existence de l’Univers est, elle, suspectée !
« Et même, comme je juge quelquefois que les autres se méprennent, même dans les choses qu’ils pensent savoir avec le plus de certitude, il peut se faire qu’il [Dieu] ait voulu que je me trompe toutes les fois où je fais l’addition de deux et de trois, ou que je nombre [compte] les côtés d’un carré, ou que je juge de quelque chose encore plus facile, si l’on se peut imaginer rien de plus facile que cela. »
Dans cette mise en doute des vérités mathématiques, Descartes a recours à l’idée de Dieu dont il admet implicitement l’existence ; il examine si grâce à elle le doute sur les vérités mathématiques peut ou non être levé.
« Mais peut-être que Dieu n’a pas voulu que je fusse déçu de la sorte, car il est dit souverainement bon.Toutefois, si cela répugnait à sa bonté, de m’avoir fait tel que je me trompasse toujours, cela semblerait aussi lui être aucunement contraire, de permettre que je me trompe quelquefois, et néanmoins je ne puis douter qu’il ne le permettre. »
Un peu plus loin, toujours dans la première méditation, Descartes vient à envisager l’objection que pourraient lui faire des athées, et envisage enfin qu’il puisse n’y avoir ni Dieu, ni univers, et ceci dans un même mouvement; mais Descartes n’envisage toujours pas la seule non existence de Dieu...

* * * * *
Sur le catholicisme de Descartes, on peut se reporter au stimulant article de François Miclo,

Descartes excommunié ? Léa Salamé, zéro pointé.

* * * * *

Force est donc de constater que dans son exposé, Descartes faisait une exception, une entorse à la logique, pour l’opinion particulière que constitue la foi en le Dieu chrétien. « Il [Descartes] se perd dans l’hypothèse de la véracité de Dieu », remarquait Alfred de Vigny (Journal d’un poète, hiver 1834). La perfection est mise en avant par Descartes : Dieu est parfait, il ne lui manque rien, donc il existe ; preuve dite « ontologique » (ou définitionnelle), mieux nommée "preuve" circulaire, réfutée par Henry Oldenburg, David Hume et Kant : on tombe en effet dans une contradiction lorsque en pensant d’abord une chose, on y introduit la notion de son existence ou celle de sa possibilité. Cf le sophisme du « gouvernement parfait », utopie qui « doit » être possible, car sinon elle ne serait pas parfaite. Selon Descartes :
« On peut démontrer qu’il y a un Dieu de cela seul que la nécessité d’être ou d’exister est comprise en la notion que nous avons de lui. » (Les Principes de la philosophie, I, 14).
C'est considérer qu’à chacune de nos notions correspond une réalité extérieure, c’est la théorie idéaliste du reflet, inversée plus tard en matérialisme absolu par les marxistes. Or « Nul homme ne saurait devenir plus riche en connaissances avec de simples idées. » (Kant, Critique de la raison pure, DT, II, iii, 4). Déjà Aristote de Stagire : « Ceux qui définissent ne prouvent pas ce faisant l’existence du défini. » (Seconds analytiques, II, vii, 92b).

Et Leibniz : « D'une définition on ne peut rien inférer de certain au sujet de la chose définie, tant qu'il n'est pas établi que cette définition exprime une chose possible. » (Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, traduit du latin par Paul Schrecker).

Ils n’en prouvent pas davantage la possibilité que l’existence ; par exemple : " le plus grand nombre entier ", " le plus petit réel strictement positif ", et, je l'ai dit, " le gouvernement parfait ".

* * * * *

HENRY OLDENBURG (v. 1618 - 1677) (secrétaire de la Royal Society de Londres), dont le nom mérite (bien qu'ignoré par Onfray...) de rester dans les annales de l’athéologie :
« Des définitions ne peuvent contenir autre chose que des concepts formés par notre esprit ; or notre esprit conçoit beaucoup d’objets qui n’existent pas et sa fécondité est grande à multiplier et à augmenter les objets qu’il a conçus. Je ne vois donc pas comment de ce concept que j’ai de Dieu, je puis inférer l’existence de Dieu. » (Lettre à Baruch Spinoza, 27 septembre 1661).
Leibniz : " La démonstration de l'existence de Dieu, tirée de la notion de Dieu, paraît avoir été pour la première fois inventée et proposée par Anselme de Cantorbéry dans son livre Contre l'insensé, qui nous a été conservé. Cet argument a été plusieurs fois examiné par les théologiens scolastiques et par l'Aquinate [Thomas d'Aquin] lui-même, à qui Descartes semble l'avoir emprunté, car il n'ignorait pas ce philosophe. Ce raisonnement n'est pas sans beauté, cependant il est imparfait. " (Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, traduit par Paul Schrecker).
David Hume : « There is a great difference betwixt [entre] the simple conception of the existence of an object and the belief [la croyance] of it. » (A Treatise of Human Nature, I, ii, section 7)
DIDEROT« J’avoue qu’un Être qui existe quelque part et qui ne correspond à aucun point de l’espace ; un Être qui est inétendu et qui occupe de l’étendue ; qui est tout entier sous chaque partie de cette étendue ; qui diffère essentiellement de la matière et qui lui est uni ; qui la suit et qui la meut sans se mouvoir ; qui agit sur elle et qui en subit toutes les vicissitudes ; un Être dont je n’ai pas la moindre idée ; un Être d’une nature aussi contradictoire est difficile à admettre. » Le Rêve de D’Alembert, publié en 1830 [1769], " Entretien entre D’Alembert et Diderot ".
Frédéric Nietzsche :
« Nous n’avons pas le droit de supposer une création, car ce "concept" ne permet pas de comprendre quoi que ce soit. Créer du néant une force qui ne soit pas déjà là : ce n'est pas une hypothèse ! » (Fragments posthumes, Mp XVII 1b, hiver 1883-1884, [36]).
Clément d’Alexandrie eut fort à faire pour tirer dans le sens d’une création divine cette pensée du présocratique Héraclite d'Éphèse :
« Ce monde-ci, le même pour tous nul des dieux ni des hommes ne l’a fait. Mais il était toujours, est et sera. » (Fragment XXX)
« Le concept de "création" est aujourd'hui absolument indéfinissable, inapplicable : ce n'est qu'un mot qui subsiste à l'état rudimentaire, depuis les temps de la superstition ; avec un mot, on n'éclaircit rien. » (Fragments posthumes, W II 5, printemps 1888, [188]) ; Frédéric Nietzsche retrouvait ainsi le principe de Lucrèce (-1er siècle) :
« Nullam rem e nilo gigni divinitus umquam. Rien n’est produit de rien par une force divine. » (De rerum natura, I, 150). Le duo Dieu-Univers n’est pas assimilable au couple voltairien horloger-horloge.

§ IX / HUMAIN, TROP HUMAIN

« Les dieux ne sont pas tels que la multitude se les représente. » (Épicure, Lettre à Ménécée, § 123)

« L’homme de bien diffère de Dieu seulement par la durée. » (Sénèque, De la providence, I, 5)

« If God were not a necessary being of himself, he might [pourrait] almost seem to be made on purpose [exprès] for the use and benefit of mankind [l’humanité]. » (John Tillotson, 1630-1694, Sermons, 93)

« On a dit fort bien que si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés. » (Montesquieu, Lettres persanes, LIX)

« Si Dieu nous a fait à son image, nous le lui avons bien rendu. » (Voltaire, Carnets)


UNE HYPOTHÈSE BIEN TROP EXTRÊME


Valeur de la croyance grecque à leurs dieux : elle se laissait délicatement mettre de côté et n’inhibait pas les activités philosophique et scientifique.

Michel de Montaigne : « l’homme nu et vide […] anéantissant son jugement pour faire plus de place à la foi. » (Essais, II, xii, page 506). Cela annonce Kant.
Pascal : « S’il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque, n’ayant ni parties ni bornes, il n’a nul rapport à nous. Nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu’il est, ni s’il est. » (Pensées, Br 233, L 418).
J'apprécie ces "Si" pascaliens. Oser mettre en doute deux fois l'existence du dieu !!

* * * * *

   Le principe d’économie des concepts, ou « rasoir d’Ockham » (admis par Pascal mais seulement dans les sciences) enjoint de ne pas multiplier les êtres sans nécessité (Traité des principes de la théologie). On trouve donc plus de raison de nier l’existence de Dieu parce qu'on ne peut pas la prouver, que de la croire par la seule raison qu'on ne peut démontrer qu'elle n'est pas ; cf Lettre de Pascal au père Noël, 29 octobre 1647 ; argument hélas appliqué à la seule question de la matière subtile de Descartes :
« Nous trouvons plus de sujet de nier son existence, parce qu'on ne peut pas la prouver, que de la croire, par la seule raison qu'on ne peut montrer qu'elle n'est pas. »

   L’inexistence des êtres de fictions (dieux païens ou dieu monothéiste, anges et archanges, démons et chimères, esprits) est en effet indémontrable et inéprouvable, faute de tout point de contact entre ces êtres éventuels et notre réalité, comme l’avait bien vu Blaise Pascal. Les vérités dites de fait (par exemple la vérité géographique : « la Corse est une île ») ne se démontrent pas, elles se constatent (si le niveau de la mer baissait suffisamment, la Corse pourrait un jour se trouver rattachée au Continent) ; seules les vérités de raison (e. g. : si x est impair, (x + 1)² est multiple de 4) sont susceptibles d’une démonstration (1) en bonne et due forme.
1. Il existe trois types de démonstrations : la déduction, la réduction à l’absurde (Parménide et Zénon d'Elée) et l’induction complète (raisonnement par récurrence).


Jacques DU ROURE (début XVIIe / vers 1685) : « Parce qu’encore dans la philosophie, on considère les choses et les sociétés purement naturelles, je n’y traite pas des religions. Outre que – la nôtre exceptée, dont les principaux enseignements sont la justice et la charité [la justice avant la charité ; exeunt la foi et l’espérance …], c’est-à-dire le bien que nous faisons à ceux qui nous en ont fait, et aux autres – elles sont toutes fausses et causes des dissensions, des guerres, et généralement de plusieurs malheurs. »
Abrégé de la vraie philosophie, "Morale", § 69, 1665. Je soupçonne ce Du Roure de dissimuler son athéisme.



Nicolas Malebranche (1638-1715) :




« – Aristarque : J'en suis convaincu par la foi, mais je vous avoue que je n'en suis pas pleinement convaincu par la raison.
– Théodore : Si vous dites les choses comme vous les pensez, vous n'en êtes convaincu ni par la raison, ni par la foi. Car ne voyez-vous pas que la certitude de la foi vient de l'autorité d'un Dieu qui parle, et qui ne peut jamais tromper. Si donc vous n'êtes pas convaincu par la raison, qu'il y a un Dieu, comment serez-vous convaincu qu'il a parlé ? Pouvez-vous savoir qu'il a parlé, sans savoir qu'il est ? Et pouvez-vous savoir que les choses qu'il a révélées sont vraies, sans savoir qu'il est infaillible, et qu'il ne nous trompe jamais ?
– Aristarque : Je n'examine pas si fort les choses ; et la raison pour laquelle je le crois, c'est parce que je le veux croire, et qu'on me l'a dit ainsi toute ma vie. Mais voyons vos preuves.
– Théodore : Votre foi est bien humaine, et vos réponses bien cavalières ; je voulais vous apporter les preuves de l'existence de Dieu les plus simples et les plus naturelles, mais je reconnais par la disposition de votre esprit qu'elles ne seraient pas les plus convaincantes. Il vous faut des preuves sensibles. »
 (Conversations chrétiennes ..., 1677, Entretien I).

Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l'Education, 1762, livre IV, " Profession de foi du vicaire savoyard " : « Ne donnons rien au droit de la naissance et à l'autorité des pères et des pasteurs, mais rappelons à l'examen de la conscience et de la raison tout ce qu'ils nous ont appris dès notre enfance. Ils ont beau me crier : Soumets ta raison; autant m'en peut dire celui qui me trompe : il me faut des raisons pour soumettre ma raison. »


ARTHUR SCHOPENHAUER : « Je n’y vois [dans la causa sui], quant à moi, qu’une contradictio in adjecto, un conséquent pris pour un antécédent, une décision autoritaire et impertinente de rompre la chaîne infinie de la causalité. […] Une première cause est tout aussi impensable que l’endroit où l’espace finit ou que l’instant où le temps a commencé. » (De la quadruple racine du principe de raison suffisante (1847), Paris : J. Vrin, 1991, chapitre II, § 8 et chapitre IV, § 20).


§ X / FRÉDÉRIC NIETZSCHE :

Gai Savoir, V, § 357 : « [Arthur] Schopenhauer fut en tant que philosophe le premier athée avoué et inflexible qui se soit trouvé parmi nous autres Allemands: c’était là le vrai motif de son hostilité envers Hegel. […] discipline doublement millénaire de l’esprit de vérité qui finit par s’interdire le mensonge de la croyance en Dieu. »

Une des dernières ruses des croyants est d'insinuer que l'athéisme serait une croyance à l'instar de la leur ; une croyance, sans dogme, sans rites, sans tabous, sans interdits, mais une croyance... Ces croyants ne veulent pas reconnaître que, contrairement à leur croyance, l'athéisme est une pensée. La pensée de la question, c'est ce qui leur manque. " Mal nommer les choses... " (Albert Camus).

« Que le monde ne soit pas la quintessence d’une rationalité éternelle, on peut le démontrer définitivement par ceci que ce morceau de monde que nous connaissons, – j’entends notre raison humaine – n’est pas trop raisonnable. » (Le Voyageur et son ombre, § 2). À rapprocher de David Hume: « Quel privilège particulier possède cette petite agitation du cerveau que nous appelons pensée pour que nous devions en faire ainsi le modèle de tout l’Univers ? » (Dialogues, II).

Fragments posthumes, N VII 3, été 1886 – automne 1887: [71] 3 : « Nous n’avons plus tellement besoin d’un remède contre le premier nihilisme(*) : la vie n’est plus à ce point incertaine, hasardeuse, absurde dans notre Europe. Une si monstrueuse surestimation de la valeur de l’homme, de la valeur du mal etc. n’est plus tellement nécessaire aujourd’hui […] "Dieu" est une hypothèse bien trop extrême [„Gott“ ist eine viel zu extreme Hypothese]. »
* Cf « la morale empêchait que l’homme ne se méprisât en tant qu’homme […] la morale était le grand remède contre le nihilisme pratique et théorique. » (Fragments posthumes, N VII 3, été 1886 - automne 1887: [71]: Le nihilisme européen.).

« "Dieu" aujourd'hui rien qu'un mot pâli, pas même un concept !" (Fragments posthumes, W II 1, automne 1887, 9[18]). « Dieu […] formule unique pour dénigrer l’en-deçà et répandre le mensonge de l’au-delà. » (L’Antéchrist, 18). À rapprocher de ce qu'écrivit l'excellente et regrettée Jeanne Delhomme [une de mes profs de philo à Parix-X - Nanterre] : « Dieu n’est donc pas un concept problématique, ce n’est pas un concept du tout, c’est pourquoi on peut le dire sans pouvoir le penser. » (L’Impossible interrogation, 1971, III, iii, Médiations).

Ecce Homo, « Pourquoi je suis un destin », § 8 : " Le concept [Begriff] "Dieu", inventé comme concept opposé à la vie – et, en elle, tout ce qui est nuisible, empoisonné, négateur, toute la haine mortelle contre la vie, tout cela ramené à une scandaleuse unité! Le concept "au-delà", "monde vrai", inventé pour déprécier l’unique monde qui existe, pour ne plus conserver pour notre réalité terrestre aucun but, aucune raison, aucune tâche! Le concept "âme", "esprit", et, pour finir, "âme immortelle", inventée afin de mépriser le corps, de le rendre malade – "saint"! – d’opposer une effrayante insouciance à tout ce qui, dans la vie, mérite le sérieux: les questions d’alimentation, de logement, de régime intellectuel, de traitement des malades, d’hygiène, de climat! Au lieu de la santé, le "salut de l’âme" – je veux dire une folie circulaire [en français dans le texte] qui oscille entre les convulsions de la pénitence et l’hystérie de la rédemption! Le concept de "péché" inventé, en même temps que l’instrument de torture qui la complète, la notion de "libre arbitre", à seule fin d’égarer les instincts, de faire de la méfiance envers les instincts une seconde nature! "

André GIDE . «  N’a jamais rien prouvé le sang des martyrs. Il n’est pas religion si folle qui n’ait eu les siens et qui n’ait suscité des convictions ardentes. C’est au nom de la foi que l’on meurt  ; et c’est au nom de la foi que l’on tue. L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi.  » Ce passage des Nouvelles nourritures (IV) rappelle ce § 53 de L’Antichrist  :
«  Il est si peu vrai que des martyrs prouvent quoi que ce soit quant à la vérité d’une cause, que je suis tenté de nier qu’aucun martyr n’ait jamais rien eu à voir avec la vérité. Le ton sur lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il «  tient pour vrai  » exprime déjà un niveau si bas de probité intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr.  »

Comment ne pas en venir, en cette année 2015, à penser avec Gide que «  l’athéisme seul peut pacifier le monde aujourd’hui  » (Journal, 13 juin 1932)  ?


Ma formulation de la position philosophique athée :
« Je pense qu'il n'existe rien dans l'Univers qui ressemble de près ou de loin à ce que les croyants appellent "dieu". » Formulation reprise par les Athées de Belgique.

Car l'athéisme est bien une pensée, et non une croyance.


Excellente chronique de Laurent Gerra sur RTL le 9 février 2009 :
« Benoît XVI : - [Richard] Williamson demande des preuves de l’existence des chambres à gaz. Arrête, Richard, bitte, de dire des bêtises pareilles ; après, tu vas demander des preuves de l’existence de Dieu, peut-être ? Quand on est prêt à croire sans preuves qu’on peut marcher sur l’eau, qu’on peut multiplier les pains ou ressusciter au bout de trois jours, alors on peut tout croire, hein ? »
Selon Martin Heidegger : « L’inconditionnalité de la foi et la problématicité de la pensée sont deux domaines dont un abîme fait la différence. » (Qu’appelle-t-on penser ?, II, vi). Distinction qui en rappelle d’autres :

Déjà Thomas Browne(1605-1682) : « To believe only possibilities is not faith but philosophy. » (Religio Medici).

Et Baruch Spinoza : « Entre la foi, ou [sive] la Théologie, et la Philosophie il n’y a nul commerce, nulle affinité ; et c’est un point que personne ne peut ignorer s’il connaît le but et le fondement de ces deux puissances, qui certainement sont d’une nature absolument opposée. Le but de la philosophie n’est rien d’autre que la vérité, celui de la Foi rien d’autre que l’obéissance et la piété. »
Traité théologico-politique, XIV.


§ XI / MAIS DIEU SAUVÉ EN TANT QUE FILS DE L’HOMME ?

« Le règne de Dieu est au dedans de vous » (Évangile selon Luc, XVII, 21) ; interprété par Ernest Renan, cela donne : « Dieu sera plutôt qu’il n’est […] il est le lieu de l’idéal, le principe vivant du bien. » (Lettre à M. Marcellin Berthelot, 1863). « Il faut créer le royaume de Dieu, c’est-à-dire de l’idéal, au dedans de nous. » (Souvenirs d’enfance et de jeunesse, II, vii).

Puis André GIDE :

« L’admirable révolution du christianisme est d’avoir dit : le royaume de Dieu est au dedans de vous. » (Journal, 28 février 1912).

« Je crois plus facilement aux dieux grecs qu'au bon Dieu. Mais ce polythéisme, je suis bien forcé de le reconnaître tout poétique. Il équivaut à un athéisme foncier. C'est pour son athéisme que l'on condamnait Spinoza. Pourtant, il s'inclinait devant le Christ avec plus d'amour, de respect, de piété même que ne font bien souvent les catholiques, et je parle des plus soumis ; mais un Christ sans divinité. » Les Nouvelles nourritures.

Jacques Prévert :


" J'ai toujours été intact de 
Dieu et c'est en pure perte que ses émissaires, ses commissaires, ses prêtres, ses directeurs de conscience, ses ingénieurs des âmes, ses maîtres à penser se sont évertués à me sauver.

Même tout petit, j'étais déjà assez grand pour me sauver moi-même dès que je les voyais arriver.

Je savais où m'enfuir: les rues, et quand parfois ils parvenaient à me rejoindre, je n'avais même pas besoin de secouer la tête, il me suffisait de les regarder pour dire non.

Parfois, pourtant, je leur répondais : « 
C'est pas vrai ! »

Et je m'en allais, là où ça me plaisait, là où il faisait beau même quand il pleuvait, et quand de temps à autre ils revenaient avec leurs trousseaux de mots-clés, leurs cadenas d'idées, les explicateurs de l'inexplicable, les réfutateurs de l'irréfutable, les négateurs de l'indéniable, je souriais et répétais: «C'est pas vrai ! » et « 
C'est vrai que c'est pas vrai ! »

Et comme ils me foutaient zéro pour leurs menteries millénaires, je leur donnais en mille mes vérités premières. "
(Bifur, 1930, Paroles, 1946)


Couverture de Charlie-Hebdo

Déjà Sénèque le Jeune (avec ironie?) : « Dieu […] est en toi. »


§ XII / SUR FIDES ET RATIO


   Un des mérites de l’encyclique Fides et Ratio (a) publiée en octobre 1998 fut de réussir à présenter un exposé concis de la doctrine catholique (Tradition, Écriture, Magistère) et de sa distinction entre l’ordre de la foi et celui de la connaissance philosophique (I, § 9). Ces pages présentent des aspects variés ; certains intéressants, d'autres faibles, voire consternants.


Six idées intéressantes :

Il est exact, mais trivial, que « derrière un mot unique se cachent des sens différents » (Introduction, § 4).

La priorité de la pensée philosophique sur les systèmes philosophiques (Introduction, § 4). Soit dit en passant, c'est l'existence chez Socrate de cette forme philosophique de la pensée qui permet aujourd'hui aux philosophes analytiques de se réclamer de lui.

Le nécessaire (et difficile) équilibre à tenir entre la confiance accordée à autrui et l'esprit critique (III, § 32).

Le caractère universel de la vérité, dont le consensus (la vox populi) n'est cependant pas le critère (III, § 27 ; V, § 56 ; VII, § 95).

Le rappel, après Montaigne (a), de l'unité de la vérité (III, §§ 27 et 34), selon le principe de non-contradiction.

L'affirmation selon laquelle la vérité dépasse l'histoire (VII, § 95).


Huit faiblesses :

La « capacité de connaître Dieu » (Introduction, § 4) n’est pas une constante philosophique.

La connaissance propre à la foi serait « fondée sur le fait même que Dieu se révèle, et c'est une vérité très certaine car Dieu ne trompe pas et ne veut pas tromper » (I, § 8) ; ce raisonnement est entaché du vice de circularité que l'on décèle déjà dans ce texte biblique : " Le Seigneur [...] se révèle à ceux qui ont foi en Lui [se autem manifestat eis, qui fidem habent in illum.] " (Sagesse, I, 2).

La reprise du préjugé égalitariste de la correction politique selon lequel "tout homme est philosophe" (III, § 30 ; VI, § 64).

Le postulat d'une valeur absolue de la vérité (III, § 27) ; la raison ouverte à l'absolu devient alors capable d'accueillir la Révélation (IV, § 41).

L'exigence d'une "façon correcte de faire de la théologie" (IV, § 43).

La justification de la foi par la Révélation (I, §§ 8, 9 et 15 ; IV, § 43), cercle vicieux que Malebranche relevait déjà (voir plus haut, § VII), à l'époque où la foi cherchait sérieusement un fondement rationnel, ce qui n'est visiblement plus le cas aujourd'hui. Le catholicisme a régressé sur ce point.

Le postulat du surplomb de la démarche philosophique par la posture de la foi (IV, § 42; V, § 50; VI, § 76); postulat auquel Malebranche, on l'a vu, mais aussi Jean-Jacques Rousseau avait, comme bien d'autres, répondu par avance (b).

Le fondement de la foi sur ... le témoignage de Dieu (I, § 9), encore un cercle ; mais on sait qu'aux yeux des croyants et selon leur "logique", la circularité est davantage une perfection qu'une objection.

L'affirmation, là encore entachée de circularité, selon laquelle la lumière de la raison et celle de la foi ne peuvent se contredire, car "elles viennent toutes deux de Dieu" (IV, § 43). « La raison et la foi sont de nature contraire » écrivait le grand Voltaire (Lettres philosophiques, XIII, appendice 1).


Cinq ridicules :

La définition de la philosophie par son étymologie "amour de la sagesse" (Introduction, § 3) ; confusion entre signification et étymologie que l'on n'admettrait pas venant d'un élève de classe terminale.

L'attribution à Platon de Traités philosophiques, alors qu'il n'a écrit que des Dialogues et des Lettres (Introduction, § 1).

Compétence circulaire qui viendrait à l’Église « du fait qu'elle est dépositaire de la Révélation de Jésus Christ » (Introduction, § 6).

L'association athéisme-totalitarisme (IV, § 46), alors que, comme l'avait bien vu Ernest Renan (c), l'Inquisition chrétienne a été la matrice forte des totalitarismes modernes (Ce qui n'empêcha pas Benoît XVI de reprendre cette association en 2010, lors de son voyage en Grande-Bretagne).

Faire de la Vierge Marie une nouvelle Minerve (d), en "harmonie profonde" avec la philosophie authentique, et "image cohérente de la vraie philosophie" (Conclusion, § 108).

Paradoxale est donc cette coexistence, dans cette prétention de prosélyte de l’ancien maître du Vatican, d'aperçus justes et d'aveuglements face à l'absurdité (des montagnes d'absurdités, écrivait André Gide).

Faiblesses et mystères du cerveau humain ...


§ XIII - Sur "totalitarisme et athéisme" :
L'athéisme est une pensée philosophique qui n'implique l'adhésion à aucune idéologie totalitaire. L'assimilation faite par plusieurs papes est donc sans fondement.

Lettre encyclique de Jean-Paul II du 15 octobre 1998, publiée en traduction française par la Documentation catholique, n° 2191, 1er novembre 1998, pages 901-942. On y lit :

§ 46 : " Certains représentants de l'idéalisme ont cherché de diverses manières à transformer la foi et son contenu, y compris le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus Christ, en structures dialectiques rationnellement concevables. À cette pensée se sont opposées diverses formes d'humanisme athée, philosophiquement structurées, qui ont présenté la foi comme nocive et aliénante pour le développement de la pleine rationalité. Elles n'ont pas eu peur de se faire passer pour de nouvelles religions, constituant le fondement de projets qui, sur le plan politique et social, ont abouti à des systèmes totalitaires traumatisants pour l'humanité. "



" Même dans notre propre vie, nous pouvons nous rappeler combien la Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. J’évoque aussi l’attitude du régime envers des pasteurs et des religieux chrétiens qui ont défendu la vérité dans l’amour en s’opposant aux Nazis et qui l’ont payé de leurs vies. En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Benoît XVI n'avait donc jamais vu ça :




NOTES DU § XII

a. Michel de Montaigne, Essais, I, ix : " Si, comme la vérité, le mensonge n'avait qu'un visage [...] "

b. Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l'Éducation, IV, Profession de foi du vicaire savoyard : « Ils ont beau me crier : Soumets ta raison ; autant m'en peut dire celui qui me trompe : il me faut des raisons pour soumettre ma raison. » Soumettre sa raison est une formule oxymorale ; la raison ne se soumet pas, ou alors elle n'est plus raison.

c. Ernest Renan, L'Avenir religieux des sociétés modernes, 1860, III : "Le christianisme, avec sa tendresse infinie pour les âmes, a créé le type fatal d'une tyrannie spirituelle, et inauguré dans le monde cette idée redoutable, que l'homme a droit sur l'opinion de ses semblables."

d. Minerve, déesse italique identifiée en Grèce à Athéna, ou encore Pallas Athéna, et qui personnifiait notamment la sagesse et la raison ; voir Chateaubriand, Essai sur les révolutions, II, xxxi : " le voluptueux sacrifia à Vénus, le philosophe à Minerve, le tyran aux déités infernales. "

Une première version de cette note sur Fides et ratio fut publiée dans la Tribune des Athées, n° 101, décembre 1999.




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